Bonjour, bonjour !
Je vous laisse découvrir ce petit chapitre pour fêter paques ! L'une des plus succulentes fêtes de l'année, n'est-il pas ;)
Bonne lecture !
Chapitre 4 :
-Ca fait drôlement mal aux fesses ! remarqué-je, grimaçant, la voix tressautant aux rythmes du trot de Murmure.
En plus, je soupçonne ce bon Dieu de cheval de bien faire exprès de lever son gros derrière et de retomber le plus brutalement possible sur le sol pour faire s'empirer mon martyr ! Murmure m'aime peut-être un peu plus que la plupart des autres bêtes, à force de me voire, mais il n'est quand même pas mon plus grand fan… Une fois, il m'a mangé les cheveux alors que je lui tendais une pomme qui pousse dans nos arbres elfiques pour une tentative de faire ami-ami avec lui ! Autant vous dire que ça n'a pas été concluant, donc !
-Tu t'attendais à quoi ? ironise Etheol. A un carrosse plein de coussins pour sa majesté ?
-Et ben, oui, pourquoi pas ?!
Il soupire ou rit, je ne sais pas trop. Les deux en même temps, je crois, et je me cramponne à lui lorsque Murmure décolle pour passer de grosses racines. Outch ! Ca y est, je crois que je vais avoir les fesses les plus bleues de tout Rivendell quand on rentrera ! Mais musclées… tout n'est peut-être pas perdu !
-Etho…, ronronnai-je avec ma voix la plus convaincante.
-Quoi ?
-Ca fait des heures qu'on chevauche, on peut peut-être faire une pause ? En plus, j'ai faim !
-Quelle aventurière…
-Hé ! fis-je alors qu'il stoppe Murmure. Je suis une aventurière ! Je ne monte juste pas les chevaux et j'ai un ventre !
Il bondit au sol et me tend une main que je trouve bien suffisante. J'hausse un sourcil et atterris au sol après un petit saut périlleux. Je lui lance un sourire de défi.
-Qui est l'elfe, ici ?!
-Demi-elfe, rappelle-t-il.
-Détail, Etho, détail !
Il lève les yeux au ciel avant de me tendre du pain d'elfe et je m'en empare avec joie pour croquer dedans sans attendre. Il va s'assoir sur un tronc d'arbre et je l'imiterai bien si je n'avais pas aussi mal aux fesses. Je préfère encore rester debout, décidé-je en lançant un regard amer à Murmure qui broute la fine herbe des bois. Je ne sais pas vraiment où on est mais cette forêt est épaisse. On va voir un des amis nains d'Etheol. Il a vraiment beaucoup de connaissances et d'amis, d'un peu toutes les races mais surtout de celle naine. C'est ça de voyager en suivant le vent, le vol des oiseaux ou je-ne-sais-quoi d'autre qui le guide.
Comme tout elfe qui se respecte, j'aime la forêt. C'est rassurant, calme et paisible, et ça sent tellement bon. S'il y a un danger, il n'y a escaladé le plus grand arbre des environs et aller se percher à son sommet. Et il y a toujours un buisson à baies si l'on a faim. Mais il y a ce petit détail qui me sépare des autres elfes et qui me fait un peu moins aimer la forêt… c'est truffé d'animaux en tout genre et surtout de tout petits ! Et souvent, ce sont les plus petits et adorables en apparence qui sont les pires ! Ce sont les premiers à me sauter dans les cheveux pour planter leur petites griffes vicieux dans mon crane !
Je frissonne lorsque j'entends un bruissement et aperçois un lapin. Je ne vois que ces deux dents horriblement longues et cette paire d'yeux vitreux… rouges ?
-Aaah ! m'écrié-je en accourant sur Etheol. Un lapin albinos !
Je lui bondis sur les genoux, entourant sa taille de mes jambes et son cou de mes bras. Il ne tangue qu'à peine sous le poids de l'impact… il est plus enraciné qu'un arbre, c'est fou !
-Où ça ? fait-il en secouant la tête, désabusé.
-Là, là !
-Il fait même pas la taille de ton pied, Effa…
-Il a de vilains yeux méchants ! Regarde !
Il me lance un coup d'œil sceptique. Le lapin est toujours là malgré mes cris. Je savais qu'il était fourbe !
-Regarde ! insisté-je.
-Bon, descends, je vais voir !
Je quitte ses genoux à contre cœur et m'assis en tailleur sur le tronc, prenant bien soin de garder mes jambes et surtout mes pieds loin du sol. Etheol se lève et pour se payer ma tête, s'accroupit presque par terre vers le lapin.
-Petit monstre, viens voir Papa…, chantonne-t-il.
-Etho, c'est pas drôle !
-Tais-toi, patate, tu lui fais peur !
Je fronce le nez avec agacement et croise les bras sur ma poitrine en voyant le lapin s'approcher avec de petits bonds vers Etheol. Il le prend dans ses bras et se met à le caresser entre les oreilles, en se redressant. Il se tourne vers moi avec une mine moqueuse.
-Oh oui, dis donc, Sauron doit vraiment s'être réincarné en ce vile et pervers petit lapinou !
Je plisse des yeux, menaçante.
-Tu viendras pas te plaindre quand il aura planté ses deux répugnantes et énormes dents dans ta main !
-Touche-le, il est tout doux ! dit-il en se rapprochant de moi.
-T'approche pas, traitre ! m'exclamé-je en bondissant sur mes pieds.
-Allez, regarde-moi comme il est tout mignon…
Je bondis dans l'arbre le plus proche en criant alors qu'Etheol essaye de me refourguer son diablotin dans les bras et m'agrippe à l'une des branches.
-Tu vas me le payer !
-Oh, un écureuil derrière toi !
-AAAAAAHHHHHHHHHHHHH !
xOxOxO
-Bon, alors, qu'est-ce que tu ne dois pas faire ?
-Etho !
-Non, Effa, pas de « Etho » qui tienne, j'attends.
-C'est ridicule…, maugréé-je. Je ne vais pas…
-Si, Neaffa, me coupe-t-il en m'empêchant de rentrer dans la taverne. et je suis sérieux.
Et, en effet, dans son regard gris, pas la moindre trace d'humour ou d'ironie, rien qu'une mer ferme et métallique qui n'appelle à aucune contradiction. Je lance un regard à la porte entr'ouverte d'où parviennent des jurons prononcés fort et des rires qui ressemblent presque à des cris de guerre.
-Tu n'es plus à Rivendel, Neaffa, établit-il sérieusement, me barrant toujours le passage d'un bras. tout n'est plus limpide, clair et étincelant, musical et délicat.
C'est vrai qu'il n'y a pas un endroit semblable à celui-ci à Rivendel. Rien n'est aussi bruyant, rien n'est aussi rêche que le bois de cette porte et rien ne sent aussi… fort que cette odeur qui s'échappe de cette taverne. Mais ce n'est pas parce que c'est différent à tout ce que j'ai toujours connu, ce n'est pas parce que ça m'est tout à fait inconnu que je dois en avoir peur. Au contraire ! Ca me donne envie de danser et chanter de découvrir quelque chose d'autre ! Ca me fait bondir le cœur dans ma cage thoracique et le gonfle de tant d'espoir ! Tout ce que je ne connais pas et que je découvre, c'est une nouvelle chance de donner un vrai sens à ma vie ; je sais que j'ai l'éternité et ça donne tellement le vertige. L'éternité, c'est tellement vague, c'est tellement vide. Surtout quand l'homme en face de moi est la seule véritable chose qui semble remplir vraiment ma vie et que lui, n'est pas éternel.
Mais je me gifle mentalement. Règle d'or pour profiter le mieux d'une amitié humaine est de ne pas penser comme ça !
-D'accord, capitulé-je en roulant des yeux. Je ne dois pas m'éloigner, je ne dois pas adresser la parole à des inconnus, je ne dois pas regarder des inconnus, je ne dois pas boire ou manger quoique ce soit qu'un inconnu m'a apporté, je ne dois pas sourire à un inconnu… oh, j'ai une question !
-Je t'écoute.
-Est-ce que je peux respirer le même air qu'un inconnu ? Parce que je suis sûre que je peux retenir ma respiration à chaque fois qu'on va croiser quelqu'un, j'ai toujours été très douée en apnée ! me moqué-je.
-Très bien, fait-il en levant les yeux au ciel désormais étoilée. Allez, rentre. Je suis juste derrière toi.
-M'aurait étonné… t'sais que j'ai vingt ans de plus que toi ?
Il ouvre la porte complètement et me fait signe d'entrer. Je passe devant lui en soupirant et je ne me retourne même pas pour vérifier qu'il m'ait bien emboité le pas, je suis sûre qu'il inspecte déjà les environs et note dans un coin de la tête chaque personne présente dans cette taverne… sale et glauque, à vrai dire. Je fronce du nez. Et ça put encore plus à l'intérieur.
Il vient marcher à ma hauteur, posant une main dans le bas de mon dos, pour me guider vers une table dans le fond. Tous les yeux –certains n'en ayant plus qu'un d'ailleurs… dégoûtant !- sont rivés sur nous et je ne peux pas me retenir de les observer moi aussi. Ils sont si étranges… il y en a des vraiment petits et qui ont l'air déformé, je suppose que ce sont des nains ! Il y en a des gros et des très maigres, des moches et des beaux –mais surtout des moches…- mais ils ont tous cette chose chez eux qui les rend… fascinant. J'aimerais leur parler à tous, écouter ce qu'ils ont à dire, ce qu'ils ont vécu… ils ne sont pas comme mes frères, à Rivendel. C'est comme si, si on regardait au plus profond de leur regard, on pouvait y découvrir un véritable passé. Pas celui d'une famille ou d'un peuple, mais des passés individuels, des passés particuliers. Ils sont tous différents et si vivants ! Si expressifs ! Ils ont ce côté que j'aime tellement chez Etheol, ce côté à vif et solide, ce côté brut, même s'il est de loin le plus charismatique et beau, des environs !
-Qu'est-ce que j't'ai dit ? grogne-t-il d'ailleurs. Les regarde pas ! Avance !
-Rho…
Il me presse de sa main et on atteint la table qu'il a visiblement élue comme la notre. Elle est dans un des recoins les moins éclairés et sympathiques de la taverne, bien que rien n'est vraiment éclairé et sympathique ici. Il me fait assoir sur la chaise qui est le plus contre le mur.
-Je vais nous chercher quelque chose à manger et à boire, dit-il.
-Pourquoi on va pas plutôt au bar, avec les autres ? C'est tout sombre, ici…
-Effa ! s'exaspère-t-il. Rappelle-toi de ce que je t'ai dit ! Fais un effort un peu !
-Rho, oui, c'est bon…
-Et arrête avec tes « rho », ça m'agace !
-Rh-okay ! fis-je en exagérant un soufflement pour bien exprimer mon irritation.
Il me laisse là, ne se retournant pas, et je suis presque sûre que c'est pour ne pas attirer encore plus l'attention sur moi. Je roule des yeux. Qu'est-ce qu'il peut être parano et à cran ! Il n'est pas du tout comme ça à chaque fois qu'il vient me voir à Rivendel ! Là, on dirait qu'une armée va nous attaquer à la minute et qu'il a déjà une quinzaine de plans défensifs en tête…
Je m'accoude sur la table, la tapotant du bout des ongles, et continuant mon inspection des individus qui nous entourent. La plupart ont continué à me regarder, certains me sourient ou me font des gestes. Ils ont l'air fort social et charmant malgré leurs dents jaunes ou leurs cicatrices… Etheol a aussi des cicatrices mais elles ne sont pas vulgaires et repoussantes comme certaines que je vois dans cette taverne. Au contraire, celles d'Etheol le rendent encore plus virile et coriace ! Alors que celle qui barre le visage de ce papi est juste… atroce.
Deux hommes se lèvent et commencent à m'approcher en me faisant des sourires joviaux et avenants. Je me redresse, toute excitée d'avoir un peu de conversation et d'écouter de nouvelles aventures mais avant qu'ils n'atteignent ma table, c'est Etheol qui leur barre le passage. Je soupire, renfrognée, en le voyant leur parler et les voir partir sans faire d'histoire. Quel rabat-joie…
-Tu leur as souri ! m'accuse-t-il en arrivant, posant deux assiettes à notre table.
-Non !
-Je t'ai vu, Neaffa !
-J'ai pas fait exprès, d'accord ? m'agacé-je. C'est eux qui m'ont souri en premier !
-Tu n'aurais même pas dû les voir te sourire puisque tu devais pas les regarder !
-Je… je… mes yeux ont glissé !
Il s'assoit avec énervement et je lance un regard à mon assiette. Elle est remplie d'un liquide marron dans lequel flotte des morceaux informes et jaunâtres.
-C'est quoi, ça ?
-Du ragoût, fait-il en entamant son propre repas avec appétit. C'est plus bon que ça en a l'air…
-C'est pas compliqué… ni rassurant.
Il hausse les épaules et continue de manger. J'attrape ma cuillère et pêche un des morceaux à la surface pour le regarder de plus près. Je le porte à ma bouche et mâche, essayant de reconnaître le goût.
-C'est un champignon ?
-Tu veux pas savoir, m'assure-t-il.
Sans doute pas.
-Et tu sais, tout ça, dit-il sérieusement. C'est pas pour te materner ou je ne sais quoi, c'est juste que tout et tout le monde peut être dangereux. Et quand je te dis de faire quelque chose, il faut que tu le fasses parce que… parce que la dernière chose que je veux est qu'il t'arrive quelque chose, Effa. T'es venue avec moi et c'est à moi de m'assurer que rien ne t'arrive.
-Ca fait quarante ans que rien ne m'arrive, Etho, répliqué-je en posant une main sur l'une des siennes. Je ne veux pas une éternité de « rien ».
-Ce « rien » est de loin préférable à certaines autres choses.
-Tu ne sais pas !
-Oh, si, je sais et tu m'as, moi ! s'énerve-t-il. Je fais partie de ce… « rien », peut-être ?
Je serre sa main dans la mienne en lui souriant.
-Non, Etho, tu es mon remède. Toi, tu es « tout » et c'est pour ça que même ici, dans cet endroit vraiment sinistre et… dégoûtant ! je n'ai absolument pas peur !
Il essaye de cacher un sourire mais je le vois quand même et le mien s'agrandit.
-Tu n'as pas peur quand deux mecs louches s'approchent de toi mais tu es montée dans un arbre à cause d'un lapin… tu as un sérieux grain.
-Va te faire voir, Etheol ! m'écrié-je en le tapant par-dessus la table.
Et j'éclate de rire.
