Désolée pour le retard ! On est un peu surbookée en ce moment !
Bonne lecture !
Chapitre 5
Murmure avance au pas, sur la route humide et sinueuse. La terre est glissante et dangereuse. Je referme plus fermement mon manteau, l'air est perçant avant l'aube. La brume s'enroule autour des troncs des pins et de sapins. Il y a dans la bise l'odeur familière de la route au petit matin. Et le souffle chaud de Neaffa dans mon dos, assoupie et bercée par le pas de ma monture. Ses mains s'agrippent à peine à moi, je jette un coup d'œil sur elle vérifiant qu'elle ne va pas tomber. Elle a la bouche légèrement entrouverte et les sourcils froncés. Très elfique. C'est presque un miracle qu'elle se soit un peu détendue à cheval, elle est terrifiée par la moindre bestiole. Le moindre lapin.
La forêt s'éclaircie peu à peu et le soleil brule la prairie qui s'étend sous mes yeux. La rivière qui clapote entre les herbes folles a la teinte du miel. J'arrête un instant Murmure pour compter le paisible spectacle d'une nouvelle journée sur la route. J'hésite un instant à réveiller Effa avant de rejeter l'idée, elle aura bien le temps d'en voir d'autres. Enfin, si jamais elle décide de me suivre j'ai dans l'idée qu'elle a du mal à s'habituer à la vie de grands chemins. Je me demande aussi comment elle a fait pour convaincre son père, ou alors – et c'est probablement plus proche de la vérité – elle lui a rien dit et il la traque. Et si jamais c'est le cas, je ne donne pas cher de ma peau ou de la sienne. Son père est peut être un elfe froid et distant, toujours droit et calme mais il reste un père dont la fille est à peine adulte chez les elfes, et à moitié humaine qui plus est ce qui lui confère un certain entêtement et une certaine tendance pour l'impulsivité déraisonnée. Chez eux c'est un manque de stabilité cruel, personnellement je trouve que cela fait tout son charme.
Je fronce les sourcils, Murmure relève le museau au son étrange qui danse avec la brise. Un son de lyre. Je dirige prudemment Murmure et sous le couvert des premiers sapins je découvre une silhouette. Je le détaille avant de trop m'approcher, la main sur la garde de mon épée. Il est blond, jeune. L'âge de mon frère probablement. Et ses doigts sont trop propres et trop lisses pour être ceux d'un guerrier. Sa musique s'arrête et il lève la tête vers moi lorsque l'ombre de Murmure se découpe sur le chemin.
« Bien le bonjour ! s'exclame-t-il amicalement. Belle journée pour voyager n'est-ce pas ?
- En effet, je réponds avec méfiance. »
Son visage m'est familier. Il semble également me reconnaitre car il se lève aussitôt pour me saluer avec plus de déférence.
« Seigneur Ethéol ! »
Par les Valars… Je soupire.
« En ces lieux je me nomme Silmaril, à qui ai-je l'honneur ?
- Léontard, fils de Aramys du peuple du Sud, nomade et musicien, pour vous servir !
- Je me souviens, j'hoche la tête, c'était pour l'anniversaire de ma mère ?
- En effet ! s'enthousiasme-t-il, que faites-vous donc sur les routes… et en si bonne compagnie, apprécie-t-il Neaffa d'un coup d'œil discret. »
Je lui lance un regard froid. Il ne bat pas vraiment en retraite, se contentant de la détailler avec une attention trop pressante à mon goût. Puis il se fend d'un sourire et lève des yeux verts sur moi.
« Souhaiteriez vous, vous votre amie, partagez mon repas, ce n'est qu'une maigre portion mais…
- Non, je crains que…
- A manger ? s'éveille faiblement la voix de Neaffa après un bâillement, vraiment ? Je meurs de faim.
- A la bonne heure, s'exclame Léontard en lui tendant galamment la main, venez jolie fleur, que je vous serve. »
A ma plus grande stupéfaction elle le laisse l'aider à descendre de Murmure. Puis l'entraine vers son petit feu où repose sa lyre. Il fait vivement les présentations, s'annonçant comme l'un de mes vieil amis et j'en manque de m'étrangler de surprise. Médusé je les regarde s'assoir et commencer à se servir. Neaffa éclate de rire, avant de me faire signe de venir et d'arrêter de faire ma mauvaise tête. Je grogne, et descends de cheval.
OoOo
« Oh c'est charmant, vraiment, souris Neaffa. »
Je serre les dents, contenant avec peine mon agacement. Il y a une limite à ma patience et à ce qui est charmant. Voyager n'a jamais été une telle torture. Ecouter les amours d'un tel avec une telle pendant des heures commence sérieusement à m'irriter. Et même Murmure fatigue de la chansonnette de Léontard, il a les oreilles couchées. Je gratte affectueusement son encolure et tout à coup Léontard m'adresse la parole.
« Votre cheval est-il fatigué ? Avec deux cavaliers nul doute que même un cheval de Rhirin fatigue, fait-il, permettez moi belle Neaffa de vous prêter ma monture pour laisser celle de notre ami se reposer ?
- Euh… C'est-à-dire que….
- Merci de votre sollicitude mais ma monture se porte comme un charme, je réponds.
- Oh ? Très bien, mon offre est toujours valable néanmoins. »
Je jette un coup d'œil à Effa, elle me lance un sourire de remerciement. Je souris affectueusement. Déjà qu'elle a dû mal à être calme sur Murmure qu'elle connait depuis des années, alors sur un cheval qu'elle connait même pas. Et il est hors de question qu'elle s'agrippe à lui, ça ferait trop fantasmer ce musicien de pacotille.
« Et où est-ce que vous allez comme ça ?
- Dans les mines de la Moria, réponds Neaffa avec enthousiasme – où sont passés mes conseils en matière de discrétion avec des étrangers ? – Je n'ai jamais été dans des mines et il parait que depuis leur reconstruction elles sont encore plus belles qu'avant !
- Ah ça pour sûr ! Mais ce n'est pas une place pour une jolie fleur comme vous, secoue-t-il, la tête, tant d'obscurité quand votre beauté a besoin de lumière… »
Neaffa se met à rougir, je le sais parce qu'elle s'agrippe à moi avec nervosité. Et quand elle a les doigts qui tremblent, bien souvent c'est parce qu'elle est gênée. Normal pour quelqu'un qui n'a côtoyé que les elfes frigides et poétique. Je lui tapote gentiment la main. Ben alors, non seulement on a peur des lapins mais aussi des prétendants ? Elle pose son front contre mon dos.
« Eh Effa, je murmure, fatiguée ?
- Hum…
- Quelle éloquence ! Azar serait ébloui, j'ironise.
- Ah ah ah…
- Eh ben, déjà épuisée après seulement quatre jours ? Quelle aventurière ! Tu veux rentrer ?
- Non, bougonne-t-elle, pas question. Tu m'as promis qu'on irait voir la Moria.
- On le ferra, j'assure.
- Et aussi le Rohan, chez toi, chuchote-t-elle. »
Mon cœur se serre, je soupire et lui serre les doigts.
« Oui, d'accord. »
OoOo
« J'ai froid. »
J'éclate de rire, tout en continuant à brosser Murmure.
« Tu es une elfe, les elfes n'ont pas froid Effa, je tente de contenir le rire, on t'a rien appris à l'école des mini-elfes ou quoi ?
- Demi ! précise-t-elle avec fierté. Alors j'ai froid.
- Ceci explique cela, j'hoche la tête avant de lui envoyer ma couverture. »
Elle me lance un sourire lumineux en remerciement en s'emmitoufle dedans, ne dépasse que quelques boucles argentées. Les flammes se reflètent dedans, lui donnant une apparence presque surnaturelle. Le tout pourrait être très gracieux si elle n'avait pas l'allure d'un sac à patate dans ces couvertures bien plus rêches que les draps de soie de Rivendel. Je tente de dissimuler mon sourire derrière Murmure, lui caressant affectueusement les naseaux. Il pousse doucement ma paume avec attention. Il n'est pas ma première monture, mais il est mon premier cheval. Pomme, mon poney a vécu une longue vie bienheureuse. Mon compagnon de jeu jusqu'à mes sept ans. Après, comme tous les hommes du Rohan, j'ai appris à monter pour faire la guerre, j'ai appris à monter sur de longues distances, des jours sans descendre de cheval à apprendre comment gérer sa fatigue et celle de l'animal, à apprendre à se comprendre et à ne faire qu'un. Pour mes quatorze ans, durant mon passage à l'âge adulte, j'ai reçu en cadeau un jeune poulain comme tous mes amis à mon âge. Murmure. Et là où mes amis ont aimé parcourir le Rohan, satisfaits de leur propre terre, j'ai voulu aller au-delà, mener Murmure aux confins de la Terre du Milieu. Ne faire plus qu'un et goûter à la liberté. A l'égoïsme, m'a crié mon frère en me maudissant.
« Belle Neaffa, vous tremblez ! s'exclame théâtralement Leontard, venez, partageons ma couverture, nous aurons plus chaud ! »
Le dit-poète est presque sur elle, tout bras grand ouvert. Elle bondit vivement sur ses pieds, avec agilité l'évite en bredouillant qu'il se trompe. Puis elle s'éloigne et va s'assoir plus loin. Après une dernière caresse à Murmure je vais l'y rejoindre. En effet, elle tremble. Je lui lance un regard interrogateur. Elle grimace.
« J'ai froid.
- T'es sûre que c'est pas la peur ? la taquiné-je.
- Peur moi ? Pff, se vante-t-elle, non mais tu sais à qui tu parles ? A une demi-elfe !
- Je suis tétanisé de peur, rié-je.
- Tu ferais bien ! s'exclame-t-elle en me donnant un coup de coude. »
Elle frisonne à nouveau. Petite nature… Soupire. Je passe un bras autour de ses épaules, elle lève ses yeux bleus sur moi. Je lui souris. Elle partage ses couvertures avec la mine d'un diplomate. Avant de poser sa tête sur mon épaule, son odeur familière m'entête légèrement. Mon regard se porte au ciel.
« C'est le même que chez moi, fait-elle.
- Alors tu as peut être une histoire à raconter, je suggère.
- Si t'es sage seulement.
- Eh !
- Bon très bien très bien, t'as juste à dire que je suis une elfe qui déchire.
- N'importe quoi !
- Très bien pas d'histoire ! s'exclame-t-elle en faisant mine de se relever.
- Ok, ok ! je la retiens par le poignet, t'es une demi-elfe qui déchire.
- Je sais ! sourit-elle avec arrogance avant de se rassoir contre moi, tu vois cette étoile-ci ?
- Ouais.
- C'est bien mais on va parler de celle-là en fait.
- Et tu te crois drôle ?
- Hilarante même ! fait-elle avec un sourire diaboliquement adorable. »
OoOo
« Marre ! Marre ! Marre ! »
Je me retourne sur elle, elle me lance un regard furieux. J'éclate de rire, il faut voir sa tête. Il pleut à torrent et son manteau elfique dégouline d'eau. Heureusement puisqu'il est elfique. Neaffa est au sec à l'intérieur. Mais ses chaussures sont engluées dans la boue et il y a de la terre sur sa joue droite. Je l'essuie gentiment tandis qu'elle me fusille du regard.
« Eh ! C'est pas de ma faute s'il pleut !
- Ouais mais tu te fous de moi !
- Mais pas du tout, je lève les yeux au ciel, c'est juste ta tête !
- C'est bien ce que je dis, tu te moques de moi !
- Qu'est-ce que t'es susceptible toi alors ! »
Murmure renâcle, nous rappelant à l'ordre. Je reprends ma marche difficile, tirant ses rennes. Neaffa juste derrière nous, jette des injures – dont l'origine reste obscures vue la politesse elfique-. Plus loin derrière encore Leonard tire tant bien que mal sa monture dont je plains sincèrement le traitement. Nous n'atteindrons pas la Moria avant demain soir au plus tôt.
Je rabaisse mon capuchon, grelottant. Jetant des coups d'œil aux alentours pour trouver un abri. Mais la forêt n'est pas accueillante et il fait trop sombre pour que je reconnaisse bien cet endroit. Je fronce les sourcils, essuie l'eau qui coule sur mon front et continue de scruter tout en avançant lentement. Murmure renâcle à nouveau et un cri me fait me retourner brusquement. Neaffa est à terre, les deux mains dans la boue. Le capuchon rejeté en arrière et les cheveux au vent/
« MARRE ! »
Je dissimule mon sourire et reviens sur mes pas pour l'aider à se relever. Lui rabaisse son capuchon tandis qu'elle s'essuie mes mains. Une fois fait j'attrape sa main, je reprends les rennes de Murmure l'entraînant à ma suite.
« Marre de la pluie, marre de la boue, marre de…
- Eh, c'est bon Effa, je la calme, je vais trouver un abri très vite et on va se sécher d'accord ?
- Hum…, grommelle-t-elle nullement convaincue.
- Quelle aventurière dis moi…
- C'est bon hein, arrête de te moquer ! »
Bon. Il nous faut un abri et vite sinon elle va finir par piquer une crise. Et une demi-elfe en colère, mon expérience confirme, c'est pas quelque chose que j'ai envie d'avoir sur les bras. Encore moins sous cette pluie torrentielle. Un nouveau cri perce la nuit. Je me retourne, Léontard désigne quelque chose. Je suis la direction et tombe sur une sorte de cabane pour chasseur. Neaffa pousse un soupire de soulagement. Je lui lance un sourire réconfortant.
« Tu vois ? Je te l'avais bien dit.
- Tu avais dit que tu trouverais, pas que Léontard trouverait, réplique-t-elle du tac-au-tac – soudainement revigorée-.
- Très bien ! je fais avec une fausse colère, tu n'as qu'à lui sauter dans les bras pour le remercier et puis comme ça vous vous réchaufferez à la chaleur humaine.
- Brrr, grimace-t-elle. Pas question.
- C'est bien ce que je me disais, je réplique.
- Quoi tu serais jaloux ? lance-t-elle en remarquant ma satisfaction.
- Bien sûr, levé-je les yeux au ciel. »
En quelques minutes nous rejoignions la cabane délabrée. Je ne vais pas me plaindre, il manque peut être le pan d'un mur mais le toit semble tenir en échec la pluie et le vent. Je fais le tour pour voir si rien ne va nous tomber sur la tête pendant la nuit tandis que Léontard et Neaffa allume le feu. Murmure s'ébroue et pousse un hennissement on ne peut plus satisfait. Je lui tapote le flan et lui retire sa selle avant de m'avancer vers les flammes qui crépitent. Léontard dégouline par tous les pores et Neaffa a les lèvres bleutées. Je sors du fond de selle une couverture encore sèche et la lui tend. Elle soupire de contentement.
« Au fait, vous ne nous avez pas dit où vous contiez aller Léontard ? fait Neaffa pour combler le silence.
- Oh jolie fleur, lui sourit-il, je suis musicien, poète ! Je vais là où ma muse m'appelle ! Je n'ai nul foyer mais mon cœur a des bras de femmes pour m'accueillir à chaque village ! Je suis si connu qu'au-delà même des déserts du sud on chante mes louanges ! »
Soupire. Je lance un regard accusateur à Neaffa, avant de constater qu'elle s'est endormie. Je lui remonte la couverture jusqu'au cou et m'assoit près de Murmure pour me réchauffer de sa chaleur. Il frappe doucement ma joue de son museau, je le caresse en réponse. Léontard en arrière fond me plonge dans le monde des songes.
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