On vous souhaite un bon week-end :) Restez bien au chaud 3


Chapitre 17

« Euh vous voulez du thé ?

- Du pisse-mémère ? Naaaan, t'as pas un autre truc ?»

Chad ouvre un à un mes placards, exposant mes mugs et ma vaisselle. Anak échouée sur le canapé a la tête qui repose sur mes magazines. J'ouvre la commande en acajous. La bouteille de Vodka acheté par mon frère pour ma pendaison de crémaillère y est toujours intacte. Chad pousse un sifflement ravi avant de s'en emparer et de remplir trois verres.

« Euh non mais...

- Allez, allez hein ! Deux heures du mat' c'est l'heure par-faite pour un shot ! »

Ni une ni deux il me le colle entre les mains agrémenté d'une lamelle de citron et de sirop de fraise. J'appuie sur la télécommande pour lancer le film, Chad siffle d'admiration.

« Tu d'vais être super bonne en études des non-mages !

- Sibbyyyyyy qu'est-ce que tu as mis ?

- Le Seigneur des Anneaux, avec Gandalf le magicien ?

- Ah ouiiii ! Je l'aime bien celui-là !

- Et... comment ça s'est passé ta soirée avec Kenneth ?

- Oh pfff ! lèche-t-elle la main au ciel.

- Une merde ! Répond Chad.

- Oh... comment ça ?

- Ben à cause des olives j'l'ai embrassé !

- A cause des olives ?

- Puis BAM ! Il me dit qu'il aime Anubis !

- Anubis ? Froncé-je les sourcils.

-T'es sûre de toi là ? Rit Chad. »

Elle ferme les yeux, plongée dans une profonde concentration avant de s'écrier en ouvrant à nouveau ses paupières : « HANABI ! ». Les pièces du puzzle finissent pas s'imbriquer dans mon esprits. Oh je vois... Elle a... malencontreusement ?... embrassé Kenneth qui l'a jeté parce que comme je le soupçonne depuis quelques temps il est amoureux d'Hanabi. Etrangement ça ne fait pas plus de sens sur pourquoi soudainement comme dans un rêve surréel je me retrouve à regarder un film avec un bouteille de vodka ouverte à deux heures du matin. Chad balance ses pieds sur ma table passe, ma pille de livres s'effondre sur le sol avec fracas. Heureusement qu'Ilvermorny est bien insonorisé !

« Bon sang... c'est quoi ce truc ?

- La Terre du milieu ! Répond Anak. Et c'est trop cool.

- Carrément ! Assuré-je. »

OoOoOo

Une lumière vive me perce les paupières, bon Dieu... Qu'est-ce que... ? Une masse de cheveux sur mon épaule, Anak est endormie la bouche entre-ouverte en un petit ronflement. Chad vautré sur mon tapis a pris un livre pour oreiller. Quelle heure est-il par Merlin ? La pendule dans la cuisine me fait bondir : neuf heure et demi ?!

« Debout Naknak ! Debour ! On est en retard !

- Hein ? »

Ses longs cheveux forment une masse informe autour de son visage loin d'être frais. Et sa robe n'est pas du tout décente pour aller donner cours. Je lui attrape le poignet et me précipite dans ma penderie. Tandis qu'elle attache machinalement ses cheveux en un chignon décoiffé je lui balance une blouse, un veste et un jean.

« Merlin !

- Sib ça va ? S'inquiète-t-elle.

- Ouais, t'inquiète j'ai pas sorti les deux jambes du pyjamas... grimacé-je en me relevant, les fesses endolories par la chute. »

J'enfile une robe à manches longues, des collants et mes bottines. Où sont ces fichus lunettes ?!

« Olalala, grimacé-t-elle, j'ai maaaaal à la tête...

- Tu demanderas à Mrs Peters de te faire une potion, t'inquiète elle a l'habitude. »

Je la traine jusqu'à la cuisine pour récupérer mon sac avec mes copies corrigées. Chad, nonchalamment accoudé au comptoir sirote un café chaud. Il nous dévisage d'un œil goguenard.

« Ah ben vous avez l'air fraîche !

- Fais comme chez toi, ferme la porte en sortant, les clés sont sur la Horde du Contrevent, Anak grouille !

- La quoi... ?

- Je sens tous mes cheveux... geint-elle. »

Sans ménagement je l'entraîne hors de l'appartement et dévale les escaliers pour rejoindre nos salles dans l'aile Ouest. Je n'ai jamais été aussi en retard, et je n'ai absolument aucune excuse. Et je ne suis pas certaine que Gandalf puisse m'en fournir une valable.

OoOoOo

« Miss O'Gallaghan ? »

Les septièmes années, appliqués sur leur interrogation de connaissances relèvent la tête sur Ulrich, secrétaire de la directrice. Je fais signe à la classe de se taire et de continuer sans bruit à écrire tandis qu'Ulrich vient me rejoindre en trottinant. Probablement que ça à voir avec le fait que Peterson ne soit pas présent à mon cours, probablement qu'il le sèche d'ailleurs. La probabilité qu'il soit malade me paraît invraisemblable : la mauvaise herbe est tenace.

« Oui Ulrich ?

- Sibéal, Mrs Bolkovitch te demande dans son bureau...

- Maintenant ? M'étonné-je, je suis en cours, pourquoi pas à la pause ?

- Euhm... répond-t-il gêné, elle a dit que c'était urgent.

- Oh, très bien. Je te laisse les surveiller alors. »

Il acquiesce, pas vraiment sûr de lui avant de savoir à ma place en prenant un air froid et implacable. Qu'est-ce qu'il peut y avoir de si urgent que ça ne puisse pas attendre la pause méridienne ? La réponse ne se fait pas vraiment attendre lorsque j'entre dans le bureaux circulaire de la directrice. Peterson fils se tient bien droit et me toise avec suffisance, et ce que je suppose être Peterson père, est assis dans un fauteuil en cuir près de la cheminée. Anastasia impeccable dans son tailleur blanc me demande poliment de m'assoir.

« Miss O'Gallaghan, j'ai cru comprendre que ces dernières semaines il y avait eu quelques différents entre Mr Peterson et vous-même...

- Eh bien, à vrai dire...

- Vous appelez ça des différents ? coupe le père, je voudrais clarifier les choses, cette femme harcèle mon fils !

- Voyons Mr Peterson, nous n'avons pas encore entendu ce qu'elle avait à nous dire.

- Contrairement à vous Madame, je suis capable de faire entièrement confiance à mon fils. »

Ce dernier a un sourire narquois tandis que son père me fusille du regard. Médusée je tourne mes yeux sur la directrice : qu'est-ce que c'est que cette farce ?! Ce merdeux est allé pleurer chez son papa pour que ma patronne me passe un savon et qu'il ai sa vengeance ? C'est tout bonnement ridicule.

« Sibéal, j'aimerais avoir votre version de cette histoire qui me semble tout à fait invraisemblable. Il semblerait que Rogers ne soit pas noté à sa juste valeur.

- Mr Peterson a des problèmes de concentration en classe, et cela s'en ressent sur ses notes, expliqué-je avec calme, Je ne remets pas en question son potentiel, mais ses efforts pour l'utiliser.

- Bien sûr ! Et c'est pas plutôt votre pédagogie qu'il faut remettre en question si mon enfant n'est pas capable de suivre votre cours ? Il n'est sûrement pas le seul à s'inquiéter de réussir ses examens d'histoire avec un tel prof !

- Mr Peterson, je peux vous assurer que l'année dernière les résultats à l'épreuve d'Histoire des élèves de Miss O'Gallaghan était très satisfaisant.

- Et ces punissions constantes, vous pensez que c'est quoi ? Fulmine-t-il, obligé de faire le travail des larbins parce qu'il ose dire ce qu'il pense ?!

- Mr Peterson a eu des remarques irrespectueuses que je me devais de sanctionner, je l'aurais fait avec n'importe lequel des élèves. »

Je me lèverai bien pour balancer un uppercut à la figure de Rogers Peterson, mes mains se serrent sur les accoudoirs.

« Cependant Miss Gallaghan, réplique-t-il froidement, mon fils est le seul à être puni ! Pour on ne sait quelle raison, aucun de ses camarades ne comprend cette discrimination !»

Je rougis de colère, Anastasia prend les devants aussitôt.

« Mr Peterson, je comprends tout à fait la situation. Il y a sûrement un malentendu...

- Alors, laissez-moi éclaircir les choses Mrs Bolkovich : cette femme n'est pas digne d'être professeur aux vues de son comportement vis-à-vis des élèves. Vous savez quel est mon opinion, je n'hésiterai pas à arrêter mes généreux dons à cette école si c'est pour de tels résultats. »

Avec une lente froideur il se lève de son siège, me toise avec suffisance. La ressemblance entre lui et son fils en devient plus frappante. Rogers, emboite le pas son parent, me décochant un sourire satisfait et un clin d'oeil narquois. Je manque de m'étranger de colère et me retourne sur Anastasia qui me fixe avec gêne. La porte se referme sur nous.

« Sibéal, j'ai bien peur que nous soyons dans une impasse. Je connais vos exigences, et je vous pris de croire que je les respecte mais il me semble évident qu'il vous faut faire preuve d'indulgence.

- Rogers Peterson est un enfant isolent et irrespectueux, il dérange, quand il ne les insulte pas, ses camarades.

- Personne n'est venu porté plainte.

- Ils ont tous peur de lui, c'est un petit tyran, m'agacé-je.

- Vous devez comprendre la situation Sibéal, continue-t-elle doucement en alignant soigneusement ses plumes devant l'encrier, Mr Peterson est un de nos plus généreux donateurs, ce depuis des années. Son avis compte dans la gestion de cette école et sans son argent et celui de ses nombreux amis, Ilvermorny ne pourrait pas offrir toutes ses options et voyages à ses étudiants... »

La situation m'apparait soudain clairement. Anastasia a les poings liés par le conseil d'administration et les parents d'élèves. Elle m'adresse un regard désolé, mais toute son empathie me laisse de glace quand la phrase tombe comme un couperet :

« Je serais désolée mais dans l'obligation de me séparer de vous si les choses empirent. »

OoOoOo

Renvoyée. Voilà la réalité, je risque d'être renvoyée parce qu'un élève grossier a un levier de pression plus fort que le mien. Renvoyée d'Ilvermorny couperait court à tous mes espoirs de carrière dans l'enseignement. Et je ne pourrais jamais avoir un poste de chercheur à l'université sorcière Pied de Boeuf. Tout s'arrêterai net. A cause d'un élève arrogant qui a un père puissant capable de briser mes ambitions et mes rêves.

Mon fauteuil est une bénédiction lorsque mes genoux cèdent sous le poids de la colère et de l'inquiétude. La salle de classe est vide, un tas de copies trône sur le bureau. Tout le monde est dans le réfectoire et les profs dans notre salle, pour le déjeuner. Je n'ai pas envie de les rejoindre... pour leur dire quoi ? Une boule me noue l'estomac. Comment vais-je faire maintenant ? Si je ne peux rien dire à Peterson, il va continuer à terroriser ma classe, se foutre de tout le monde et gêner le travail. Et mes élèves rateront leurs examens finaux. C'est hors de question ! Mais... mais si je continue à le sanctionner c'est mon poste qui m'est retiré.

Merlin... Qu'est-ce que je peux faire... Il n'y a aucun bonne issue ! Je tombe sur la lettre de l'université Pied de Boeuf dont le magasine à publier mon article il y a une semaine. Je n'ai même pas envie de la lire. Qu'est-ce que je vais faire ?Après demain j'ai cours avec les septièmes années...

« Hey Sib ! Qu'est-ce que tu fous ? On t'attend nous ! »

Je relève la tête brusquement, surprise de trouver Murdock nonchalamment appuyé sur la chambranle de la porte, feignant l'impatience. Soudainement il perd son air jovial.

« Qu'est-ce qui ne va pas ? »

Ma gorge est trop nouée, je me contente de hausser les épaules. A quoi bon lui en parler, c'est trop humiliant de lui avouer qu'un élève me mène par le bout du nez. Que je n'ai aucune autorité. J'ai l'impression d'être de nouveau une gamine. Et Murdok, plus âgé que moi, me prend déjà pour une gamine.

« Elle te voulait quoi Ania ? »

Quelque chose cède alors, mes lèvres tremblotes. Je remonte machinalement mes lunettes sur mon nez.

« Peterson menace de me faire virer.

- DE QUOI ?! »

Il se dresse de toute sa hauteur devant moi, je me recroqueville alors dans mon siège. Je n'ai jamais vu Murdok aussi menaçant, et sa réaction violente me donne envie d'aller me cacher dans un trou de sourie.

« Comment ça te faire virer ?!

- Son fils est allé se plaindre de moi et... et il a beaucoup d'influence au comité d'administration... murmuré-je. »

Sa colère retombe brutalement lorsqu'il me dévisage de ses yeux bruns et chauds. Je me sens mal à l'aise d'être transpercée du regard comme ça. Il pose sa grande main sur mon épaule, qui a l'air de s'effondrer sous le poids de ses doigts, puis se penche vers moi et me dit avec sérieux.

« J'vais pas laissez un p'tit connard te faire virer Sibéal. T'inquiète pas. »

Étonnamment ça me rassure de savoir que Murdok est avec moi dans cette histoire. J'ai un petit sourire de remerciement, il m'en revoit un qui pourrait faire s'effondrer des montagnes. Et booste ma confiance en moi. Je pose ma main sur la sienne et la serre vivement. Il a un air que je n'avais jamais vu sur son visage continuellement débonnaire.

« Tinquiète pas Sib, je vais pas laisser un connard sans nom te faire ça. J'vais chercher ma hache et t'en fais du p'tit bois. »

OoOoOo

« Tout va bien Sibéal ?

- Oh oui t'inquiète Valérian, sourié-je, je suis juste un peu fatiguée.

- Y paraît que tu as été convoqué par Bolkovich, fait Wenda.

- Tout va parfaitement bien ! Assène Murdok. Arrête de la distraire et joue c'est ton tour ! »

Depuis qu'il a appris ma situation ce matin il se fait un devoir de m'éviter à avoir à expliquer les choses. Du coup il matérialise son soutien systématiquement par un contact constant... c'est gentil de savoir qu'il est là pour moi et bien sûr ça ne me dérange pas bien sûr mais...

« Hanabi, arrête de faire un câlin à ton copain et joue par pitié, s'impatiente Wenda. »

Son bras semble quant à lui avoir élu domicile sur mes épaules. Il me lance un clin d'oeil, je le remercie du regard. Je n'ai vraiment pas envie de discuter de ça devant tous mes collègues. Mon frère, sa copine lovée contre lui, me dévisage avant de me glisser discrètement alors que Murdok lance le débat sur la prochaine soirée karaoké tout en abattant son as sur le valet de Wenda.

« Sibéal...

- C'est bon Nialh, tout va bien...

- Depuis quand tu sors avec Murdok ? »

Surprise, le sang me monte au visage d'un coup. Il me désigne le bras du demi-nain.

« Hein ? Non, non pas du tout ! Tu sais bien comment il est, toujours très tactile.

- Ah bon ? fronce-t-il les sourcils moqueur, non parce que ça fait quand même très possessif ! Tu m'cacherais pas quelque chose par hasard ?

- N'importe quoi ! lâché-je avec un rire forcé.

- Hé Nanak faut que j'te parle ! apostrophe-t-il mon amie.

- Mais je te dis que c'est rien du tout !

- Hum ? Anak lève le nez de ces cartes, oui ?

- Nialh c'est à toi, ordonne Murdok. J'croyais qu'on jouait, pas qu'on bavassait !

- Ah ben, le principal concerné donc...

- Joue ! Coupé-je. »

Il lève les yeux au ciel et lance un clin d'oeil à Anak qui le dévisage avec perplexité. Je lui intime du regard d'abandonner d'essayer de comprendre mon frère. Il y a bien longtemps que j'ai arrêté. Je replonge dans mon jeu, j'ai vraiment aucune chance avec les cartes.

OoOoOo

Nialh a habillement changé de siège pour être plus prêt de Nak et discute avec elle depuis dix bonnes minutes, trop bas pour que je n'entende mais pas assez discrètement pour que je ne sache pas de quoi il retourne. Son regard chocolat pétille d'excitation devant une Anak qui ouvre la bouche de stupéfaction. Je passe ma main devant mes yeux, gênée, et remonte mes lunettes. Merlin, me voilà bien. Je vais leur dire la vérité et ils n'auront plus à se faire des films sur les cachoteries entre Murdok et moi. Mais je sais qu'ils vont vouloir m'aider, faire quelque chose et se sentir inutiles parce qu'il y a rien à faire. Moi-même je ne sais pas quoi faire. Et heureusement à la fin de la semaine ce sont les vacances de Toussaint.

« Pour demain, avec ton cours pour les septièmes années, fait Murdok. Et Peterson...

- M'en parle pas, soupiré-je, je ne sais pas ce que je vais pouvoir dire...

- Ben tu diras rien, j'emmène ma classe à une conférence sur la Grande Guerre entre Voldy et Harry, viens avec moi.

- T'es sérieux ?

- Comme ça t'auras pas à le gérer et s'il fait du bordel c'est moi qui irait lui cause à ce merdeux, assure-t-il.

- Murdok... c'est gentil mais je n'ai pas envie qu'il s'en prenne à toi aussi.

- Oh ben il peut toujours essayer de m'faire peur le lardon. J'en ai rien à foutre d'Ilvermorny, j'peux toujours bosser avec les nains ! On s'en tamponne pas mal de ce que les humains disent !

- Mais...

- Et j'sais bien que pour toi ça compte, pour l'université. »

Le simple fait qu'il se rappelle que je souhaite intégrer le corps des chercheurs à l'université me coupe la chique. Je le dévisage. Derrière sa barbe et son attitude de bon vivant qui vit au jour le jour il cache bien son jeu. Ca me brule soudainement le cœur de plaisir. Je lui souris :

« Merci pour ça.

- Ah ben entre collègue hein si on peut plus s'aider ! Allez, bois un coup faut pas non plus que ça t'empêche de boire Sib ! »

Le goût fruité du cidre coule agréablement le long de ma trachée. Il m'ébouriffe le sommet du crâne, fier de son petit animal de compagnie que je suppose être... Mon frère se redresse brutalement de la banquette, faisant se renverser les cartes de Valérian qui relève la tête avec agacement. Anak attrape brusquement le bras de Nialh, comme pour le retenir. Je suis alors son regard pour tomber sur le comptoir du pub où Hanabi a la langue dans le palais d'un Kenneth très enthousiaste. Les bras m'en tombent.

« Par les couilles de Merlin ! Beugle Murdok. »