Bonjour tout le monde !
Alors, vraiment désolées pour le retard mais on est un peu surchargées ! En espérant que ce chapitre vous plaira assez pour rattraper le délai ;)
Bonne lecture !
Chapitre 10 :
Mes mains tiennent le bol de porridge qu'Ethéol m'a amené. Je n'ai pas faim et n'y ai pas encore touché mais mes doigts se nourrissent de la chaleur qui s'en dégage. Il fait assez froid, ce soir. Plus que d'habitude, j'ai l'impression mais je ne sais pas vraiment si c'est simplement la baisse d'adrénaline ou cette sensation étrange qui ne me quitte pas depuis l'attaque d'aujourd'hui. Les images de têtes roulant sur le sol, de membres déchiquetés et de visages déformés par la haine sont partout dans ma tête, entêtantes, harcelantes. Et il y a cette odeur de sang qui est toujours là, comme si elle me suivait partout. Mais elle est surement imprégnée dans mes vêtements, dans les pores de ma peau. Je me sens sale et je ne voudrais qu'une chose, plongée dans un lac et frotter, frotter jusqu'à m'en libérer.
Est-ce que je suis traumatisée ? Hantée, encore sous le choc ?
Je ne saurais le dire.
J'ai vu la mort, moi qui n'en ai connu que celle de ma mère dans ma vie –vie qui n'est pas vraiment une vie puisqu'immortelle… et sans mort, il y a-t-il vraiment vie ? Suis-je vraiment vivante si je ne peux mourir ? Et suis-je vraiment si immortelle que le prétendent mes compagnons elfes ? Après tout, aujourd'hui, j'aurais pu mourir, tout elfe, ou demi-elfe, que je suis. J'aurais pu me faire arracher le cœur, j'aurais pu me faire fracasser le crane, j'aurais pu me faire étrangler. Par des inconnus, des gens à qui je n'ai rien fait. A qui aucun de ceux qui sont morts aujourd'hui n'ont jamais rien fait.
J'ai l'impression que mes pensées s'embrayent toutes seules, que je n'ai plus aucun contrôle sur elle. Je les laisse rouler dans ma tête, en pleine léthargie, et j'accepte chaque résultante qui apparait, qui parfois se contredise, se dispute. La vie, la mort, le bonheur, les sourires, les cris, les pleurs, la méchanceté, la cruauté, l'humanité, les rêves, les espoirs.
Et si un jour je devais tuer pour ne pas être tuée, est-ce que je le ferai ? Et si je devais tuer pour empêcher à Ethéol de mourir, est-ce que je le ferai ?
-Faut manger après une journée telle que celle-ci.
Je ne sursaute même pas et me contente de regarder Dérinir, l'ami brun de Rowana, s'assoir à côté de moi, sur le tronc d'arbre. C'est lui qui m'a sauvé la vie, tout à l'heure. Cet homme blond allait m'enfoncer son couteau je-ne-sais dans quelle partie de mon corps mais Dérinir l'en a empêché juste à temps. Et c'est tellement étrange de devoir la vie à quelqu'un quand on s'est depuis toujours cru immortelle. Enfin, je suppose, qu'avoir une dette pareille est toujours étrange. Je suppose que des remerciements sont tout indiqués.
-Et ça te paraitra surement meilleur que tout ce que tu as jamais mangé, jusqu'ici… frôler la mort peut avoir ce genre d'effet sur la perception de la nourriture, plaisante-t-il.
Je jette un coup d'œil à la mixture dans mon bol. Si ça peut rendre meilleur ce genre de chose alors, frôler la mort doit vraiment être magique ou je-ne-sais-quoi…
-Merci pour… ça, lui dis-je, me sentant bizarre.
-Je suis payé pour ça… bien que tu ne faisais pas partie des personnes que je devais protéger, en théorie, m'accorde-t-il avec un sourire.
Le feu en face de nous crépite, un bout de bois explose en deux et je sursaute. Satané feu !
-Pourquoi quitter tes terres et courir autant de risques alors que tu ne sais qu'à peine tenir un couteau ?
-Certaines choses valent qu'on courre des risques, répondis-je.
Il lance un coup d'œil du côté des chevaux où Ethéol s'occupe de Murmure avant de reposer son regard noir sur moi. J'arque un sourcil.
-Je n'en suis pas si sûr, me réplique-t-il.
Je ne réponds rien et porte le bol à mes lèvres avant de grimacer.
C'est toujours aussi mauvais !
xOxOxO
Dérinir me regarde, l'air de se demander intérieurement si je suis en train de lui faire une blague ou pas. Ca me vexe.
-C'est comme ça que tu tiens une épée ?
-Bah oui !
Qu'il me traite d'incompétente, tant qu'il y est ! C'est un monde, ça !
-Alors, toi, tu tiens une épée comme un balai ?
Je fronce les sourcils et observe l'épée que je tiens entre les mains, avec les deux puisque c'est bien trop lourd pour que je fasse la belle en la tenant avec une seule. Je n'ai pas des bras qui font la taille de mes cuisses, toutes mes excuses ! Et puis, je tiens quand même à dire que je n'aime pas du tout son ton !
-ALLEZ-Y, NEAFFA, MON AMIE ! Je suis de tout cœur avec vous !
Je me retourne vers Rowana qui me fait un petit geste de la main en souriant, assise au pied de l'arbre, un large chapeau sur la tête. Heureusement qu'il y a au moins quelqu'un pour me soutenir parce qu'entre Dérinir qui me traite comme si j'étais la pire escrimeuse de toute la Terre du milieu et Ethéol qui me fusille du regard depuis un quart d'heure, adossé à un arbre et les bras croisés, je ne suis pas aidée. Je me demande d'ailleurs bien pourquoi Etho le prend comme ça, ce n'est pas de ma faute si je ne suis pas très douée avec une épée, mon père ne voulait jamais que je touche aux siennes ! Etho n'avait qu'à m'apprendre avant Dérinir, j'aurais eu l'air moins nouille !
-Très bien, soupire Dérinir.
Il me contourne et se place derrière moi. Il m'attrape les mains et les positionne sur la garde de mon épée étrangement. Je fais la moue. Ca va être nettement moins pratique comme ça, j'ai l'impression de me tordre le poigné !
-J'suis pas sûre que…
Mais il commence à manier mon épée, se tenant toujours dans mon dos, ses mains par-dessus les miennes et ses bras m'encadrant. J'écarquille les yeux en entendant la lame de l'épée siffler dans l'air et j'imagine sans mal une gorge se faire trancher aussi facilement qu'un couteau coupe dans du beurre. Je déglutis.
-C'est ainsi qu'il faut manier une épée, m'apprend-il un brin moqueur.
-Ah bah, c'est sûr, présenté de cette façon…
-BRAVO ! Oh, BRAVO ! s'exclame Rowana. Si vous vous voyiez, mon amie, si vous vous voyiez ! Quelle classe, quelle prestance !
Je souris modestement, me gardant bien de faire remarquer que je ne fais absolument rien et que les mains de Dérinir me broient les doigts contre la garde dure de l'épée.
Il me lâche et aussitôt l'épée parait peser des tonnes, elle plonge vers le sol et je la retiens au dernier moment d'aller se ficher dans l'herbe. Nous sommes dans les bois, non loin du chemin que nous empruntons. Nous avons fait une petite pause pour reposer nos montures et c'est là que Dérinir a eu l'idée de m'enseigner le combat à l'épée, pensant que ce ne serait pas de trop que je sache me défendre.
Il revient se poster devant moi et dégaine sa propre épée. Je suis les courbes qu'il trace dans l'air avec agilité et une telle aisance que j'ai l'impression que l'épée se fout de la mienne qui pique encore vers le sol. Agacée, je redresse la mienne ; je ne vais pas me laisser faire comme ça.
-En position de combat ! m'ordonne Dérinir.
Euh…
-NEAFFA ! NEAFFA ! NEAFFA ! scande Rowana. NE-A-FFA !
Bon, très bien. Je l'imite et avance un pied, fléchissant légèrement la jambe et me faisant la remarque que je dois être particulièrement ridicule. Mais qu'à cela ne tienne, je n'aime pas beaucoup son attitude supérieure et hautaine ! Je le fixe dans ses yeux noirs avec défi. Si c'est se faire découper en rondelles qu'il veut alors il ne sera pas déçu !
Mais avant que je n'ai amorcé la moindre attaque, il fait un pas vers moi et frappe son épée contre la mienne. J'écarquille les yeux, la garde de mon épée connaissant une grosse secousse entre mes mains et pour le coup, je suis formelle, mon poigné est tordu. Il ne perd pas de temps et son épée s'écrase sur la mienne, l'envoyant valser alors que je réprime un gémissement de douleur.
-Non mais ça va pas ! m'écrié-je. Tu voulais me déboiter l'épaule ou quoi ?!
Je tiens mon poigné droit en grimaçant de colère et de douleur. Je lui jette un regard noir.
-Je crois que tu n'as pas bien compris la situation, l'elfe, me répond-il avec agacement. Tu risques bien plus qu'une épaule déboitée ! Alors, va rechercher ton épée et reprenons !
J'ouvre la bouche, scandalisée.
-Mais pour qui te prends-tu, espèce de péquenaud ?! Va la chercher toi-même, ta fichue épée !
Et sur ce, je tourne les talons avec le peu de dignité qu'il me reste. Quel abruti !
xOxOxO
-Donc, vous m'avez dit que votre mère était du Gondor ? me demande Rowana avec intérêt.
Elle fait avancer sa jument grise à l'allure de Murmure pour que l'on puisse discuter. Je suis assez admirative de la façon dont elle monte à cheval, d'ailleurs. Elle a l'air d'avoir fait ça toute sa vie mais c'est vrai aussi que je suis la seule à partager un cheval et à ne pas monter seule. Ethéol quant à lui parle avec avec Micht –ce n'est pas son vrai nom mais il est trop compliqué pour que je m'en souvienne… C'est un homme très sympathique et qui m'a l'air très bien, sous tous les rapports ! Pas que je lui ai vraiment parlé mais à chaque fois que je croise son regard, il me sourit !
-Oui ! Elle s'appelait Elée, lui confié-je.
-Oh ! Je crois bien en avoir entendu parler… le fait qu'elle quitte son village en compagnie d'un elfe a fait sacrément jaser !
-J'imagine sans mal ! dis-je avec fierté.
-Mais tout le monde était loin de se douter qu'un enfant avait été le fruit de cette union, ajoute-t-elle avec un clin d'œil. Cela dit, l'histoire d'amour de mes parents est aussi très romantique ! Tenez vous bien ! Il l'a rencontrée alors qu'elle était esclave de nomades du Sud qui la tenaient prisonnière… il est tombé tout de suite sous son charme –il faut dire que ma mère est une femme sublime !- et il l'a achetée pour –accrochez-vous bien à votre séduisant Silmaril, mon amie !- 10 145 écus d'or !
-Quelle preuve d'amour ! commenté-je béatement. Votre père doit être un homme formidable !
-Ah ça oui ! Bon, bien évidemment, ça l'a quelque peu appauvri mais ses affaires sont florissantes et il a su combler la dépense ! Vous demanderez à mon oncle, il vous dira combien mon père est dur en affaire !
Sur ces mots, elle éclate joyeusement de rire. Nous ne sommes plus très loin du Gondor, à deux-trois jours seulement. Et ce n'est pas trop tôt car la route fut longue !
-D'ailleurs, je tiens à vous signaler que j'ai remarqué une chose, déclare-t-elle alors.
-Quelle est-elle ?
-Vous plaisez beaucoup à Dérinir !
Je la regarde avec étonnement. Je ne m'attendais pas à ça ! Elle se racle la gorge comme pour attirer mon attention qu'elle a déjà. Je fronce les sourcils.
-Vous plaisez même ENORMEMENT à Dérinir ! insiste-t-elle plus fort.
-Oui, j'ai bien entendu, la rassuré-je. Mais je pense que vous faites fausse…
-Neaffa plait beaucoup à Dérinir !
Mais à quoi joue-t-elle ? Ethéol cesse sa conversation avec Micht pour se retourner vers mon amie qui lui lance un grand sourire.
-Je disais que votre amie Neaffa plaisait beaucoup à mon ami Dérinir, lui explique-t-elle.
-Fort bien ! cingle-t-il avec mauvaise humeur.
Puis, il retourne à Micht et je lève les yeux au ciel.
-Ca lui arrive d'être comme ça, ne le prenez pas personnellement, excusé-je Ethéol. Mais pour en revenir à Dérinir, je pense que vous vous méprenez, Rowana ! Et d'ailleurs, je l'espère parce que moi-même ne l'apprécie pas beaucoup ! Il est d'une telle arrogance !
-Oh, il ne faut pas lui en vouloir, rit Rowana. Mais c'est certain qu'il manque de politesse et de courtoisie, et ne serait certainement pas le compagnon qu'il vous faut ! Il est orphelin de père et de mère, et mon bon père l'a recueilli à l'âge de douze ans alors que nous passions dans son village et qu'il volait les paysans au marché pour se nourrir. Depuis, il nous aide beaucoup et je l'apprécie comme mon propre frère mais toujours est-il que je n'en voudrais pas comme époux !
Et elle s'esclaffe.
-Ah, ce sacré Dédé…, fait-elle. Ce n'est pas un vilain bougre mais il faut se le coltiner !
xOxOxO
Près du feu, allongé sur le dos directement sur l'herbe, Ethéol fixe le ciel qui se découpe à travers les branchages et feuillages des arbres. Son bras est sous sa nuque et il parait pensif. Je m'approche de lui et vais me blottir contre lui, posant ma joue contre son torse. Il tourne sa tête vers moi et me sourit.
-Ca va ? demandé-je.
-Bien sûr, répond-il. Pas trop fatiguée par le voyage ?
-C'est toi qui fais tout ! rié-je.
Il a un moment de suspens avant d'hocher la tête, plutôt fier de lui.
-C'est vrai que tu serais mal barrée sans moi !
-J'ai pas dit ça ! fis-je en lui tapant sur le torse. J'ai dit que c'était toi qui faisais le sale boulot tandis que je me la coulais douce et que c'était très bien comme ça !
Il éclate de rire et je l'imite gaiement.
-Si c'était toi qui dirigeais Murmure, je n'ose imaginer où on atterrirait… encastrés dans le premier arbre parce que tu l'aurais énervé, surement !
-C'est pas moi qui l'énerve, c'est lui qui m'énerve !
-Bien sûr, ça va être de la faute de mon cheval ! ricane-t-il.
-Exactement !
Bien sûr que c'est de la faute de ce satané cheval ! Les coups de sabots, les coups de museaux, les coups de dents dans les cheveux et les soupirs particulièrement insultants par le naseau en pleine figure, c'est moi peut-être ? Non, monsieur, je ne crois pas !
Il me décoche un regard amusé et je lui souris effrontément.
-Au fond, il t'aime, me confie-t-il avec l'air de dévoiler un grand secret. Tu ne le sais pas mais si !
-Ah bon ? Et j'aimerais bien savoir ce qui te fait dire ça !
-Parce qu'il aime tous ceux que j'aime.
-Ooh…, ronronné-je.
Je me redresse sur les coudes et l'embrasse sur la joue avant de me réinstaller sur son torse, en souriant.
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