Le temps manque mais merci à nos lecteurs et nos reviewseuses :)

Bonne lecture ! Et welcome to Edoras !


Chapitre 11

Mon souffle se coupe un instant. Elle est la même. Les mêmes herbes folles brûlées par l'été, les mêmes pierres blanches recouvertes de lichen et le même vent incessant. Et l'intensité dans l'horizon infini. La plaine du Rohan se dresse devant nous, dans toute sa splendeur. Murmure s'arrête, comme s'il avait compris que j'avais besoin d'un instant pour retrouver ce qui m'était familier. Une bourrasque fait se soulever les tyris, les petites fleurs blanches que ma mère s'accroche dans les cheveux les jours de fête.

« C'est immense, fait Neaffa.

- Bienvenue chez moi, je me tourne vers elle.

- Au moins, on voit venir de loin les lapins de loin, apprécie-t-elle.

- Que tu crois Effa ! C'est beaucoup plus difficile que ça de chasser en plaine. »

Je talonne Murmure et nous prenons la fin du convoi. Mitch et sa jument rousse se tiennent à notre droite. Il vient de l'Ithilien, par delà de l'Anduin. Il a été marié à une fille choisie par sa famille, Lilia. Et a la façon dont il en parle, ça ne donne pas envie de se lancer dans l'aventure matrimoniale. Quand elle est morte, il a voulu fuir de nouveaux le poids de sa famille, a enfourché le premier cheval et a foncé à l'ouest. Ce qui l'amène alors à trente-deux ans à escorter la fille d'un marchand pour se payer de quoi se nourrir. En deux semaines, on a eu le temps de sympathiser. Je ne lui ai rien raconté de ma vie. Ça n'a pas l'air de trop le déranger, il semble avoir l'habitude des gens discrets.

« Alors, de retour chez toi Silmaril ?

- Ça faisait longtemps, j'hoche la tête.

- Où comptez-vous aller une fois arrivés à Edoras ?

- On va aller chez lui ! s'exclame Neaffa, sa famille a des terres dans l'ouest Emnet. »

Je la fusille du regard.

« Vraiment ? Alors comme ça vous avez des terres ? Vous êtes un Rohirrim ?

- Non, je réplique sèchement.

- Oui ! hoche Neaffa de la tête.

- Effa ! je la reprends.

- Ben quoi ? C'est ton ami maintenant, tu peux lui dire comment tu t'appelles, il va pas mordre. »

Mitch éclate de rire.

« Non jeune demoiselle, en effet ! Alors comme ça vous êtes vraiment un Rohirrim.

- Non, mon père l'était, corrigé-je.

- Donc vous êtes un seigneur.

- Non, c'est mon frère qui a le titre.

- Et donc votre vrai nom est ? sourit-il. Je suis un homme d'honneur, je mourrais avant de le donner à quelqu'un, plaisante-t-il. »

Je soupire. Le regard bleu de Neaffa se fait pesant. Je peux d'ici entendre son petit discours « l'honnêteté dans les relations est saine, on ne peut pas être de vrais amis si on ment Ethéo ! ».

« Je m'appelle Ethéol, fils d'Eneth.

- Je ne connais pas. »

Un rire me secoue, évidemment je ne m'attendais pas à ce qu'il pose un genou à terre et me rende ses hommages m'enfin c'est la première fois qu'on me répond ça après que j'ai donné mon nom, ou autrement dit ma confiance. Qui n'est pas si facile que ça à obtenir.

« Des gens vous attendent-ils ? Je suppose que votre famille vous ouvrira grand ses bras, continue-t-il avec tristesse.

- Je crains hélas qu'aucune personne n'attend mon retour avec impatience.

- Et vous ? quelqu'un vous attend-t-il à Edoras ? demande gentiment Effa.

- Oui, lui sourit-il, une personne très spéciale.

- Moi c'est mon père mais je crois que se sera pas un accueil chaleureux, fait-elle, heureusement que j'ai passé l'âge des fessées !

- Tu veux parier ? j'éclate de rire.»

Elle fait la moue, haussant les épaules. Mitch rejoint mon hilarité.

OoOo

Les toits d'Edoras s'enflamment sous le coucher du sol. Neaffa et Rowana s'extasient devant la cité perchée sur la colline, entourée de murs en pierre. La demeure du roi surplombe le reste, et au sommet claque le cheval du Rohan sur un fond vert. Je contemple un instant la cité de mon peuple, me rappelant les fois où je courrais dans les étables avec des amis pendant que mon père était au conseil des Rohirims en compagnie d'Elian et du roi. Bien des années sont passées mais la cité reste immuable, figée dans la conviction qu'elle est le cœur du Rohan. Alors que son cœur est dans la plaine étendue à ses pieds et le son des sabots au galop.

« Nous y voilà enfin, soupire Malaphrir. »

Lorsque l'on entre enfin dans la ville, la nuit est tombée et les gens courent à la taverne. Malaphrir annonce qu'il paie ce soir sa tournée et nos paies. Arrivé devant l'auberge, je descends de Murmure et aide Effa à mettre les pieds au sol. Elle grimace et marche bizarrement jusqu'à l'entrée. . Bras dessus bras dessous avec Rowana. Je m'esclaffe, c'est le métier qui rentre.

« Eh ! Je te paie une bière pour fêter ça ? lance Mitch.

- Je comprends mieux pourquoi tu as toujours besoin d'argent ! »

L'auberge est mal éclairée, et une odeur de paille et de sueur traine dans l'air. Mitch va au comptoir chercher à boire, je repère Malaphrir dans un coin entouré des autres hommes de l'escorte. L'éclat des pièces d'argent fait se retourner quelques regards. Il me fait signe du menton, je m'approche. Il me tend l'argent, je le compte avant de hocher la tête. Puis m'en vais m'assoir à côté de Mitch. Il semble chercher quelque chose dans la masse de personnes. Après avoir repérer Neaffa, prêt de la cheminée à discuter avec Rowana et Dérimir, je soupire et m'empare de ma pinte. Mitch reste plongé dans le vague, je fronce les sourcils et le questionne.

« Tu attends quelqu'un ou quoi ?

- Ouais, fait-il en plissant des yeux.

- Ta personne spéciale ? demandé-je en imitant le ton guilleret d'Effa –d'ailleurs où est-elle ?

- Ouais et elle est…

- Mitch ! »

Une forme aux cheveux blond-roux se précipite sur Hoamitch, j'ai à peine le temps de ciller qu'elle… ou visiblement plutôt il l'embrasse à pleine bouche. Lorsqu'il se décide à retirer ses bras du cou de Mitch, ce dernier a changé de couleur pour virer à un rouge bien vif. Un énorme sourire lui dévore le visage et il passe un bras autour du nouveau venu.

« Je te présente Tolst, fait-il, extatique.

- Fils de Olaf, ajoute-t-il sans m'adresser le moindre regard. »

Je manque d'éclater de rire sous la surprise.

« Silmaril, me présenté-je. Alors c'est vous donc.

- En effet, assure-t-il avec un brin de défi, maintenant j'aimerai vraiment avoir droit à un moment avec Mitch, toute la nuit si possible, si ça ne vous dérange pas.

- Pas le moins du monde, je m'esclaffe, je vous laisse. Merci pour le verre Mitch.

- A demain, me lance-t-il. »

Je me retourne pour échapper au spectacle du pelotage intempestif qui s'annonce à cette table. En retournant au comptoir je réserve une chambre avant de me concentrer sur le gout familier de la bière.

« Eh ! Une autre ! m'exclamé-je.

- Ça arrive ! me répond alors une petite blonde. »

Je me retourne dans sa direction, elle est dos et présente une jupe extrêmement légère. Lorsqu'elle revient vers moi c'est avec un sourire appréciateur, son décolté laisse voir bien plus que la naissance de ses seins petits et ronds. Elle se penche vers moi, me tendant ma bière. Me dévoilant ce que l'imagination avait en charge. Je lui rends son sourire et lève mon verre à sa santé. Elle s'accoude sur le comptoir.

« Je m'appelle Lia, et toi beau gosse ?

- Silmaril. »

OoOo

J'avais oublié la sensation d'un lit, d'un matelas le matin au lever lorsque le soleil brule les paupières. J'ouvre un œil, reconnaissant la forme nue blottie contre moi. Sa très longue chevelure blonde lui recouvre le visage et ses yeux verts. Je reste un instant étendu, l'air frais me fait frissonner. La couverture recouvre à peine nos deux corps. Je me relève, ramène la couverture sur Lia et jette un coup d'œil à la fenêtre, le ciel est d'un bleu très clair et la ville calme.

Je sors de la maison, m'arrêtant un instant sur le seuil pour me retrouver. Ça fait une éternité que je ne suis venu pas dans ces quartiers, je remonte la rue lentement. Croisant au passage quelques femmes chargées de paniers de linge. J'allume ma pipe et laisse échapper un peu de fumée. Il fait bon, le vent est vif et froid. Un vent de chevauchée. Je souris et bifurque aux étables de notre auberge pour y retrouver Murmure.

Il lève la tête à mon approche, hennissant de plaisir. Je lui gratte affectueusement les naseaux avant de lui tendre une pomme ramassée dans mon fond de selle. Il frappe avec impatience la paume de ma main. Comme s'il avait la même envie. J'hoche imperceptiblement la tête et le fait sortir de sa stalle, laissant les rennes et le selle dans la paille. Murmure souffle bruyamment. Une fois dans la rue, je grimpe sur son dos, m'agrippe à sa crinière. Et talonne. Murmure part aussitôt.

Il fonce, nous fait sortir en trombe. Réveillant au passage les deux gardes endormis devant les portes d'Edoras. La vitesse grise Murmure, il accélère et je ferme les yeux, couché sur l'encolure pour savourer la sensation de liberté sur la plaine. Le vent fouette la crinière noire de Murmure, la mêlant à mes cheveux. Je ne vois rien mais ça n'a pas d'importance.

Il y avait bien longtemps que nous n'avions pas chevauchée à crue sur le Rohan. Des années même. Ça fait du bien.

Ça fait se sentir vivant.

OoOo

« T'es toute propre qu'est-ce qui se passe t'as un rendez-vous galant ?

- Rowana va rencontrer Ménéopir aujourd'hui ! Sur les marches du palais ! C'est romantique hein ? s'enflamme-t-elle.

- Qui ? froncé-je les sourcils en m'affalant sur mon lit encore fait.

- Ménéopir, s'exclame-t-elle, son fiancé enfin ! Elle a choisi sa plus belle robe ! »

Merveilleux. Je ferme les yeux, laissant l'adrénaline de ma course avec Murmure s'échapper par une profonde inspiration. Lorsque je rouvre les paupières elle s'affaire dans la pièce, se coiffant avec soin dans le miroir noirci accroché au mur. Elle fronce soudain les sourcils et se retourne vers moi, sa brosse en ivoire finement sculpté dans la main.

« Au fait où tu étais hier soir ? T'es pas rentrée, je me suis inquiétée.

- T'en fais pas pour moi, je sais me défendre, me moqué-je.

- Eh ! s'offusque-t-elle en me toisant, bientôt Dérimir m'aura métamorphosé en une véritable guerrière digne des chevaliers de la Marche !

- Oh ben si Dérimir peut faire ce miracle, grommellé-je.

- Pff, t'es vexé parce que bientôt je serais une virtuose de la lame ! »

Une virtuose de la lame ? Je demande à voir… C'est juste que ce Dérimir avec son arrogance commence sérieusement à m'agacer. Parce qu'il a sauvé les miches de Neaffa, il se pavane avec l'assurance qu'il s'est métamorphosé en prince charmant. Alors que ce mec c'est évident qu'il ne s'en sortirait pas tout seul vu sa capacité à énerver les gens et à démarrer au quart de tour. D'ailleurs, j'espère bien qu'un jour il s'en mordra les doigts. Et j'espère surtout assister à ça.

« Bon j'y vais ! fait-elle soudain. Rowana veut surtout pas être en retard !

- J'imagine, marmonné-je sans intérêt en jaugeant l'eau dans le gros bac.

- Et t'inquiète pas pour moi, me sourit-elle en présentant fièrementla dague où trône le rubis de Kiliorn, je sais me défendre.

- Vraiment ? »

Elle me tire élégamment la langue avant de claquer la porte. Son pas d'elfe ne se fait pas entendre lorsqu'elle descend les escaliers et bientôt on n'entend plus que les bruits dans la pièce commune au dessous. Je me relève et plonge un doigt dans l'eau, elle n'est même plus chaude. Je grimace, je vais pas pouvoir me prélasser dans une eau chaude. Le matin ne pouvait pas être parfait sur toute la ligne.

OoOo

« Effa, détends toi il ne pas ruer, tenté-je de ma cabrer.

- J'essaie hein ! s'exclame-t-elle. »

Raide comme un piquet sur le dos de Murmure, elle s'agrippe à sa crinière avec l'énergie du désespoir. Tenant les rennes d'une main je tente tant bien que mal de lui inculquer quelques notions d'équitation. Je n'ai jamais vu quelqu'un y mettre autant de mauvaise volonté.

« Tiens-toi plus droite, les épaules en arrière, conseillé-je.

- Oui…, gémit-elle.

- Eh Neaffa, si tu veux on arrête d'accord ? lui proposé-je en posant une main rassurante sur la sienne, il n'y a aucune obligation. »

La tentation semble grande, elle se mord les lèvres avant de secouer la tête avec détermination. Prenant une profonde inspiration elle se met bien droite. Bon, elle est toujours un peu trop raide mais ça ira mieux avec le temps. Murmure s'ébroue avec agacement, je lui tapote l'encolure avant de le mettre au pas. Effa retient son souffle, retenant sans aucun doute un cri d'angoisse. Elle fixe la tête de Murmure comme se demandant ce qu'elle est venu faire ici.

« Regarde devant toi, ça détend, je souris, ça fait un peu oublié qu'on est à cheval.

- Facile à dire ! grimace-t-elle.

- Bon, je vais lâcher les rennes et tu vas les prendre pour…

- QUOI ? QUOI ? s'affole-t-elle.

- Du calme ! Tiens, voilà. Tu vois ? Il ne s'est rien passé. Tout va bien, respire.»

Elle fixe les rennes comme s'il s'agissait d'un objet de torture, Murmure part au trot et elle pousse un petit cri. Tire brusquement sur les rennes, faisant s'arrêter violemment sa monture. Je me précipite trop tard, elle est tombée au sol et Murmure la toise avec curiosité.

« Tout va bien ? Rien de cassé ?

- Mes fesses ! geint-elle lorsque je l'aide à se relever, cheval de malheur !

- Et ton égo peut être ? rié-je, allez c'est pas grave c'est comme ça qu'on se forme.

- Hors de question ! Non ! s'exclame-t-elle en se postant derrière moi pour se cacher de Murmure. Je ne remonte pas sur lui !

- C'était pas de sa faute enfin, tu as paniqué. Il faut que tu te détentes.

- N'importe quoi, il s'est emballé tout seul !

T'es pas un peu de mauvaise foi là peut être ?

- Absolument pas ! »

J'éclate de rire, elle hausse les épaules avec une petite moue. Je sens que ça va prendre des années, Murmure henni derrière moi, semblant appuyer ma pensée.


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