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Et puis sans plus attendre : bonne lecture :)
Chapitre 13
Je tiens fermement ma bougie, comme le reste de la foule amassée devant les marches menant à la demeure royale. Sur le haut, la noblesse et le roi Elwine, fils d'Eomer accompagné de l'héritier aux cheveux dorés. Un profond silence a pris place après le discours, un silence humble et respectueux pour ceux qui ont donnés leurs vies pour nous permettre d'être aujourd'hui libres. Le cheval blanc du Rohan claque au vent. Elwine fait un signe et peu à peu les bougies s'allument au passage d'un flambeau. La mienne s'enflamme enfin, éclairant mes mains. Je fixe la flamme, replongeant dans mes souvenirs.
Quand j'étais enfant, ma mère me racontait le courage des nôtres face à la masse grouillante d'orks. Le soleil se levant sur nos casques d'argent et nos lances brandies comme un acte de défi à la mort. Et Minas Tirith, grise de chagrins et de blessures. La cité des rois du Gondor déchirée. Les actes de bravoure de mon grand-père me tenaient éveillés. Je rejouais la bataille avec mes chevaux en bois sous la couette. Ma mère me disait toujours de voir aussi combien cela nous avait couté, de ne pas voir que la gloire mais aussi la mort.
« Le roi est très beau ce soir, souffle Lia à côté de moi.
- Parce que tu le vois tous les jours ? Je ne te savais pas grande dame.
- Je ne fais pas qu'astiquer des verres en bois, réplique-t-elle malicieusement, ceux en or et en argent sont aussi dans mes cordes.
- La dame a des goûts de luxe, rié-je discrètement.
- J'ai bien l'intention de sortir de ce trou, hoche-t-elle la tête. J'ai un plan.
- Vraiment ?
- Je vais épouser un Rohirrim, affirme-t-elle, c'est pour ça que rien n'est possible entre nous Silmaril, même si tu es beau à tomber.
- Je vais prendre ça comme un compliment. Et tu vas le trouver où ton Rohirrim ?
- J'le trouverai, t'en fais pas pour moi ! Et toi ? penche-t-elle la tête vers moi, c'est quoi ton plan pour t'en sortir ?
- Je m'en sors très bien comme ça. »
Elle enroule son bras autour du mien, pressant son sein contre moi. Puis lève un sourire sur moi.
« Toujours aussi mystérieux hein ?
- Quoi tu t'en plains ? demandé-je.
- Non, ça fait partie du charme, murmure-t-elle en posant ses lèvres sur les miennes. »
Elle a les lèvres épaisses et humides, je glisse ma main libre jusqu'à la chute de ses reins. Elle rit, m'embrassant avec plus d'empressement. Ma bougie commence à m'agacer. Ses doigts abimés pincent la mèche, je laisse tomber la chandelle à terre. Plaquant Lia contre moi.
« Eh, souffle-t-elle les yeux plus sombres, et si on allait voir ailleurs ?
- Et ta vertu pour ton Rohirrim ? me moqué-je en caressant la courbe de ses fesses.
- Comment tu crois que je vais l'attirer ? sourit-elle, avec de l'expérience, beaucoup… beaucoup d'expérience. Tu vas m'aider hein ? »
Comment refuser quand un joli corps comme le sien est pressé contre vous ? Je l'entraine hors de la foule. Je ne sens plus le vent froid, juste ses lèvres brulantes sur les miennes. Je ris, je doute qu'elle ait vraiment besoin de mon aide pour avoir de l'expérience.
OoOo
Je m'assois à la table que Rowana s'est appropriée à l'auberge, celle près de la cheminée en pierre. Elle semble la plus fraiche de l'assemblée, les joues roses et coiffée avec beaucoup de soi. Je ne suis pas un expert mais je dirais que depuis qu'elle a rencontré son fiancé, son Ménéopir, elle rayonne. Ce qui nous vaut de l'entendre parler deux fois plus avec deux fois plus d'entrain. En face d'elle, Tolst dévore une assiette plus large que lui. Ce mec paye pas de mine mais avale deux fois plus que la moyenne, c'est impressionnant. On dirait un Hobbit !
« Où donc avez passé la nuit ? me demande-t-elle avec reproche, Neaffa vous a attendu un moment…
- A d'autres ! s'exclame Tolst, elle avait la tête retournée par un beau brun très chère Rowana, où donc étiez-vous cette nuit pour ne pas l'avoir remarqué ?
- Un baiser ne veut rien dire, s'écrie-t-elle. De plus Neaffa avait un peu bu et n'a pas pu dire non à ce… fifrelin ! Il lui a fourré la langue dans la bouche sans la moindre élégance ! »
Je stoppe brusquement ma cuillère à mi-chemin de ma bouche et me retourne vers elle. Comment ça ? Dérinir a embrassé Neaffa sans son consentement ?
« Vous vous égarez très chère, je n'ai eu qu'à lui donner un petit coup de pouce et elle lui est tombée dans les bras avec empressement !
- Mais où diable étiez-vous cette nuit pour imaginer cela ? réplique-t-elle agacée qu'on la conteste. Et qu'avez-vous fait par les Valars ?
- Oh ça très chère, vous ne voulez pas le savoir, sous-entendit-il, mais si jamais…
- Il suffit, vous vous êtes fourvoyés et maintenant cette pauvre Neaffa est effrayée par…
- Effrayée ? la coupé-je.
- Oui tout à fait ! fait-elle en me toisant, et où donc étiez-vous, j'ai dû jouer les chevaliers servant à votre place !
- Ne l'écoutez pas, Tolst lèvre les yeux au ciel, elle et son romantisme galant… enfin vous voyez… C'était un échange fougueux de salive entre deux adultes plus que consentants. Fin de l'histoire.
- Très bien ! s'exclame-t-elle pour avoir le dernier mot. »
Mais son regard chocolat lance clairement le message inverse. Perplexe je tente de rassembler les informations. Un baiser fougueux ? Entre Effa et… cet arrogant de Dérinir ? Ma mâchoire se serre. Je mâche lentement mes œufs brouillés. Consentants ? J'ai tendance à croire plus Toslt, Rowana est encore une gamine de dix-neuf ans qui lit trop d'histoires romantiques. Consentants hein ? J'hausse les épaules pour rejeter la vague brulante hors de moi. Après tout, Neaffa a le double de mon âge, elle fait ce qu'elle veut et embrasse qui elle veut. Mais… Dérinir ? Mes œufs ont soudain un goût amer.
« Quand donc partez-vous vous marier chère Rowana ? demande-t-il soudain.
- Dans quelques jours, mon oncle a quelques affaires à régler pour mon père, explique-t-elle avec un sourire rêveur, il faut que je choisisse ma robe… J'hésite encore entre une soie rose ou jaune pale… Il faut que je sois parfaite.
- Très chère, se moque gentiment Tolst, vous iriez déguisée en souillon qu'il vous épouserait quand même !
- C'est vrai, sourit-elle avec fierté, mon Ménéopir est un grand seigneur.»
Neaffa et… Dérinir ? Des flashs me montent à la tête, je prends une profonde inspiration essayant de me focaliser sur la courbe voluptueuse des hanches de Lia. Mais la seule chose qui me brûle la rétine c'est les mains de Dérinir sur Effa.
OoOo
L'odeur du cuir des selles rohirs est particulière, nulle part ailleurs on ne retrouve la même courbe du siège. C'est pour ça que je ne peux remplacer ma selle qu'ici. Je connais l'artisan, le savoir se transmet de génération en génération. Comme souvent dans cette branche. La tignasse bouclée châtain d'Henra fait son apparition, il me lance un sourire amical et me donne l'accolade. Muet de naissance, il se contente de me faire signe qu'il a la selle qu'il me faut.
Je fais le tour de sa boutique, tâtant le cuir chaud et familier. Me rappelant la première fois que j'ai eu en main mon propre matériel. C'était après que mon père m'ai offert Murmure, il m'a emmené acheté mon équipement. M'apprenant à bien choisir. Un des rares moments où il n'y avait que lui et moi. Il était toujours plus proche de mon frère, celui qui prendrait la relève. Il me voyait comme le gamin un peu trop grand qui courrait dans la lande et jouait à être un Rohirrim avec le garçon d'écurie.
Le jour de mon passage à l'âge adulte, ce jour-là où nous étions seuls dans la boutique, il m'a vu en homme. Il a posé sa main lourde sur mon épaule, et m'a dit qu'il était fier de moi. Je me rappelle avoir demandé pourquoi, je n'avais rien accompli. Il a juste souri.
Henra revient, portant un selle légère et d'un brun foncé. Je la tâte, appréciant le contact. Lui sourit et hoche la tête. C'est à ce moment que la porte s'ouvre et qu'entre un pas lourd. Nous nous retournons. Je me fige sur place et le visage s'esclaffe.
« Ethéol ?! »
En trois pas il est sur moi et me donne l'accolade en riant. Puis il me détaille comme s'il n'y croyait pas.
« Ça fait combien de temps qu'on a pas vu ta sale gueule à Edoras ?
- Deux ans, répliqué-je amicalement, comment vas-tu Erwon ?
- Marié, grimace-t-il avant de sourire, et un fils.
- Tu n'as perdu ton temps !
- Tu me connais ? fait-il. Et toi qu'est-ce que tu fais ici ?
- Toujours aussi perspicace, raillé-je, j'achète une selle.
- C'est bon tu sais, fait-il avec compassion, je suis au courant. »
Je fronce les sourcils, il pose une main amicale sur mon épaule. Plantant son regard bleu dans le mien.
« De quoi tu parles ?
- Tu veux dire que… tu n'es pas au courant ?
- Au courant de quoi ? m'impatienté-je, de quoi Erwon ?
- Je suis désolé, soupire-t-il, vraiment désolé Ethéol... »
OoOo
« Tu pars ? Comment ça tu pars ? s'exclame-t-elle en me poursuivant dans l'escalier. Maintenant ?
- Oui maintenant Effa, répliqué-je la selle sur l'épaule en entrant dans l'écurie.
- Ethéol ! fait-elle en posant la main sur mon bras pour me forcer à la regarder, Ethéol qu'est-ce qu'il se passe ? »
Je tourne vers elle mes yeux gris, contemplant son joli front plissé d'inquiétude.
« Mon… mon frère est mort.
- Qu… quoi ? ses yeux s'écarquillent, comment ?
- Il s'est fait attaqué, je…, ma voix s'étrangle. Ça fait un mois… Je n'étais pas là et maintenant… Ma mère est toute seule, je dois y aller.
- Je viens avec toi ! décide-t-elle avec fermeté, selle Murmure je vais chercher mes affaires.
- Non, non Effa, je la retiens. Je ne peux pas t'emmener. »
Elle se retourne vers moi, ahurie et blessée. Je lui caresse gentiment les cheveux. Je n'arrive pas à lui sourire sincèrement. Elle s'en rend compte et son front se fronce de plus belle. Elle murmure un pourquoi.
« Murmure ira plus vite s'il n'a pas deux charges à supporter.
- Alors… tu vas me laisser là ? Toute seule ?
- Eh Effa, tenté-je de la rassurer en lui caressant l'épaule, tu n'es pas seule, il y a Rowana hein ? Et Tolst et Mitch. Ne t'éloigne pas de lui, d'accord ? Il te protégera. »
Elle hoche la tête, les lèvres pincées. Je selle Murmure, elle fourre mes affaires dans mon fond de selle en silence. Je fouille dans ma besace sors les dix écus d'argent gagnés et lui en donne huit. Les pièces sont froides, elle les fixe dans ses paumes. Avant de lever des yeux suppliants sur moi, je secoue la tête.
« Je reviens te chercher le plus vite possible. Je te le promets.»
Elle hoche la tête, je lui embrasse gentiment le front. Puis entraîne Murmure dans la rue sans me retourner. Je monte à cheval quand soudain une voix m'apostrophe. Mitch. Il courre vers moi et s'arrête, essoufflé.
« Tu pars sans dire au revoir ?
- Je vais revenir.
- Qu'est-ce qu'il se passe Ethéol ? s'inquiète-t-il.
- Des problèmes familiaux qui ne peuvent pas attendre, fais-je évasivement.
- Et Neaffa ? fronce-t-il les sourcils.
- Elle ne vient pas. »
Il me lance un regard étonné, je secoue la tête et me penche pour murmurer.
« Promets-moi de prendre soin d'elle. Qu'il ne lui arrive rien.
- Sur ma vie, hoche-t-il la tête avec sérieux en portant la main au cœur à la manière des Rohirrims. »
Rassuré, je talonne Murmure, il file comme le vent en direction des portes d'Edoras. En direction de l'Ouest Emnet. En direction de mes terres.
OoOo
Murmure ne ralentit pas la cadence, alors que la nuit est tombée sur la plaine. J'ai le ventre vide et la tête emplie de souvenir. D'Elian et de notre père. Tout les deux partis alors que j'étais sur les routes à découvrir la Terre du Milieu, à essayer de comprendre son histoire et ses peuples. Parti en laissant ma mère seule dans son boudoir froid à pleurer sur la fatalité qui s'est abattue sur sa famille. Ma mère qui a toujours été une femme de tête, une femme de caractère qui n'hésitait pas à affronter mon père lorsqu'elle pensait qu'il avait tord. Mes parents n'ont pas fait un mariage d'amour. Mais avec le temps ils ont fini par tomber amoureux. Et ma mère s'est effondrée à sa mort, comme si on lui avait arraché le cœur hors de la poitrine. Je n'ose imaginer son état maintenant qu'elle a perdu son fils aîné, que son époux est mort, que son cadet est au loin et qu'elle est seule face à sa douleur.
Mon cœur se serre un peu plus.
La jument de mon frère s'appelle Brume, elle est d'un gros pommelé tendre. Je me souviens du visage d'Elian lorsque père lui a offert. Il rayonnait de fierté et d'impatience. Et quand il l'a vu il est resté béat d'admiration. Il souriait. Je me souviens du bleu de ses yeux, ils étaient si clairs, si jeunes… La dernière fois que nous nous sommes vus, ils étaient sombres comme la mer et furieux. La dernière fois que nous nous sommes parlés, nous nous sommes disputés. Nous nous sommes quittés étrangers, presque ennemis. Ma gorge se serre.
Peut être est-ce mieux que je ne le vois pas froid et inerte. Peut être vaut-il mieux que je ne garde en mémoire que l'adolescent aux yeux si clairs. Cet adolescent dont l'entêtement lui a coûté la vie. Erwon m'a raconté ce que tous savent, qu'il a persisté à continuer son expédition à la bordure nord de nos terres alors qu'il n'était pas assez armé pour affronter les mercenaires qui y rôdent. Il est mort pour son devoir de protéger nos terres, pour l'honneur de notre famille. Il est mort comme il l'aurait voulu.
Mais même en me répétant cela, je ne peux m'empêcher de regretter ce gâchis.
Et pour la première fois, le mot d'égoïste qu'il m'a craché à la figure me semble juste. Si j'avais été là, j'aurais pu lui faire entendre raison, je l'aurais retenu. Mais m'aurait-il écouté ? Au fond de moi, je sais que non. Elian ne m'écoutait jamais.
OoOo
Lorsque je passe les portes d'Albiwyn c'est en fin d'après-midi, après trois jours de chevauchée. Murmure est harassé. Il avance au pas entre les maisons. La demeure familiale s'est agrandie d'une aile, mais ses pierres claires sont les mêmes et le grand orne est toujours là. A étendre ses immenses branches sur la cour de la maison où j'ai grandi. Je reste un instant immobile, ayant l'impression de retomber en enfance.
Puis, je me laisse glisser à terre lui caressant l'encolure avec affection. Je savais qu'il en était capable. Je sors de ma poche un sucre roux qu'il avale goulûment. Un garçon d'écurie se précipite sur moi avant de s'arrêter bouche-bée à quelques mètres. Je reconnais aussitôt ces boucles.
« Seigneur Ethéol !
- Bonjour Ignias, le salué-je en lui tendant les rennes. »
Il hoche la tête, avant d'incliner le buste devant moi avec respect. J'avais oublié ces marques de politesse, comme j'ai eu l'impression certaines fois d'oublier que j'étais l'enfant d'un Rohirrim, d'un noble guerrier du Rohan. A grands pas je grimpe les quatre marches, m'arrêtant devant les portes en bronze sculpté aux exploits de mes ancêtres. Et lentement ouvre celle de droite. Le grand hall est sombre, des tentures ont été jetées sur les fenêtres. Je m'arrête au bord de la raie de lumière que laisse entrer la porte. Un bruit de vaisselle se fait entendre, je tourne les yeux. Une femme d'une quarantaine d'années, aux cheveux roux, me dévisage. Athia.
« Par les Valars, s'exclame-t-elle, est-ce bien vous seigneur Ethéol ? »
J'hoche la tête, elle porte ses mains à sa bouche. Les yeux exorbités, avant de tourner les talons et de disparaitre dans le couloir. Je m'avance dans la pièce. Reconnaissant avec peine dans la pénombre les tapisseries de chevaux et de batailles victorieuses. De chevauchées et d'aventures. Celles dans lesquelles je m'imaginais pendant les conseils entre mon père et les Rohirims de l'Ouest Emnet.
« Ethéol…»
Je me retourne vivement au son. Nous nous dévisageons un instant, immobiles. Ma mère se tient là, amaigrie et pâle. Ses longs cheveux bruns sont tirés en un chignon lâche, des mèches s'en échappent avec désordre. De larges cernes s'étendent sous ses yeux bleus. Son regard est fatigué, injecté de sang. Elle pousse un gémissement, semble presque s'écrouler. Je me précipite sur elle, l'enlaçant avec douceur. Ses doigts noueux s'accrochent désespérément à mon dos. Elle pleure.
« Mon fils, mon fils, mon fils…
- Je suis rentré dès que j'ai su, murmuré-je.
- Tu es là, tu es enfin là…
- Je ne partirai pas, tu m'entends ? je pose mes mains sur ses joues humides, tu n'es plus toute seule. »
Elle pleure de plus belle. Posant son front sur mon torse, me tâtant pour se persuader que je suis bien là devant elle. Et soudain elle me paraît vieille, fatiguée, fragile entre mes bras. J'ai peur de la briser d'une étreinte trop forte. Elle est si petite et si faible, ses sanglots la secouent de part en part son corps décharné. Je perds mon visage dans son épaule.
« Tu n'es plus seule maman. Je suis rentré à la maison.»
