Hellooooooo !
Pour fêter le week-end qui s'annonce, petit chapitre à dévorer sans modération. ;)
Bonne lecture !
Co : A méditer comme concept, je sais pas si ça serait aussi bon pour le moral en effet ! Le suspense te tue ? Lequel ? On en met JAMAIS ! héhéhé On a pas updater le blog mais c'est vrai qu'on pourrait... tu te souviens de tout, c'est OUF ! Chad c'est un grand cynique mais au fond heiiin il est pas méchant le bougre. ça tombe bien que tu ais hâte puisque la voici la suite des aventures du côté de Sibby la geek ;) héhéhé. ENJOY !
Mia : Salut Mia ! Heureuses de te lire et de savoir que la fic a atteint son objectif : être divertissante, bien se lire et surtout que les personnages te fassent rire ou te touchent :) on poste deux fois par semaine généralement le mardi et le samedi, on aime pas attendre donc on se dit que les lecteurs aussi héhéhé ! On a hâte d'avoir tes avis et réactions pour la suite. bises !
Chapitre 21
« Ah, tiens ! Enfin de retour ! Au moins je sais quoi t'offrir pour Noël. »
J'accroche mon peignoir sur le crochet de la salle de bain, Nialh s'effondre sur mon canapé et met ses chaussettes trouées sur ma table basse. Poussant au passage mes exemplaires collector de Métal Hurlantsur le côté. Je m'empresse de les ranger avec soin dans les étagères. Il croise les bras et m'inspecte avec intérêt. J'arque un sourcil, perplexe.
« Un problème ?
- Alors, qu'est-ce qu'il s'est passé ?
-Ce qu'il s'est passé ?
-Ah fais pas genre Sibéal ! Sourit-il narquoisement, tu vois trèèès bien de quoi je parle.
-Ah ! M'exclamé-je, Ben c'était super ! Franchement à refaire ! On a volé au dessus des montagnes et fait un piquet sur un lac, j'ai même pu lui toucher de la neige d'un col. Magique !
- Je te parle pas de ça, soupire-t-il, je parle de ton date !
-Mon date ? Euh... de quoi tu parles ?
Mon dernier rendez-vous remonte à août dernier, et autant dire que même si Tobias et moi avions les mêmes centres d'intérêts l'alchimie était absolument inexistante. Le baiser trop humide et maladroit a fini de tuer tout désir et je suis rentrée regarder une rediffusion de Battlestar Gallactica. Et depuis c'est le désert. Je lui lance un regard étonné.
« Avec Murdock ! S'exclame-t-il.
- Avec Murdock ? »
Je manque de m'étrangler dans ma gorgée de thé. Et toussote un peu pour reprendre contenance. L'eau me brûle la trachée. L'idée est totalement improbable !
«Votre petite soirée pizza ! Ça dure depuis combien de temps votre affaire, hein ? Me dis pas qu'il y a rien, j'ai bien vu ! Avec Anak on vous a rôdé au bar aussi, et puis il est quand même tout le temps en train de te coller à lui... vous vous cacher ou quoi ? »
Je le dévisage comme s'il lui poussait une deuxième tête et rit nerveusement.
« Je sais pas trop ce que vous vous êtes imaginés avec Nanak mais faut arrêter de vous faire des films, on est amis. Et Murdock a toujours été très tactile... avec tout le monde ! Un truc de son clan je crois !
- Mwouais... il pose pas son bras sur les épaules de Wenda toutes les cinq minutes...
- Je dois avoir la bonne taille pour lui servir d'accoudoir ! lancé-je avec humour. »
Nialh s'enfonce un peu plus dans le canapé, ramène le plaid sur lui et porte à ses lèvres le thé au jasmin en me scrutant. Je me sens rougir jusqu'à la racine des cheveux, me rappelant soudain du fait que j'ai quand même bien maté Murdock à la salle ces dernières séances... Enfin c'est pas un truc interdit, je suis sûre que suis pas la seule en plus ! Mon frère sirote en silence sa boisson, ses cheveux bordéliques ne semblent pas avoir vu de shampoing depuis plusieurs jours.
« Tu veux pas prendre une douche ?
- Change pas de sujet, me coupe-t-il, c'était quoi cette tête là ? Il s'est passé un truc entre vous, hein ?
- Mais non ! Rien du tout !
- Hum...
- Quoi ?
- Rien, c'est juste dommage. Il est quand même cool, j'aurais bien aimé l'avoir en beau-frère. On pourrait bien se marrer aux réunions de famille... Histoire de dérider un peu les vieux !
- Tu peux toujours tenter ta chance si tu y tiens vraiment, le rabroué-je.
- Nan... Je voudrais pas te marcher sur les plates bandes, dit-il avec un sourire en coin. »
Je me sens à nouveau prise d'une bouffée de chaleur, remonte mes lunettes sur mon nez et ouvre mon roman à la page 60 pour retrouver la plume d'Ursula Le Gain. Nialh continue de me lancer des petits regards suspects en faisant mine de feuilleter un magasine. Je finis par lâcher avec assurance :
« T'inquiète pas, rien à craindre de ce côté là ! Par contre, je veux bien que tu partages un peu mon plaid. Si ça te dérange pas bien sûr... »
OoOoOo
« Et voilà l'étoile ! M'exclamé-je »
Mon neveu babille de joie, battant des mains avec enthousiasme alors que je fais virevolter l'étoile dorée au dessus de sa tête. Il éclate de rire en l'attrapant et la porte instantanément à la bouche, je m'empresse de lui reprendre la décoration baveuse et lui embrasse le front. Abaigh revient de la cuisine, portant une montagne de pommes de terre présentée dans le plat en porcelaine peint que maman ne sort que pour les grandes occasions. Une délicieuse odeur s'en échappe.
« A taaaaaable, c'est chaud ! »
Papa et Nialh, en pleine conversation près de la cheminée relèvent la tête. Je place Peter sur sa chaise haute avant d'aller proposer de l'aide en cuisine tandis que Abaigh va chercher Harry. Maman a sorti la dinde du four, elle semble perdue dans ses pensées. Les yeux rivées à la fenêtre sur le paysage d'un blanc cotonneux tandis qu'elle s'essuie machinalement les mains sur son tablier. Je me rapproche d'elle doucement, maman et moi n'avons jamais pu réellement nous comprendre mais je sais dire quand elle est mélancolique. Et pourquoi. Ma sœur, sa deuxième fille qui lui a tout fait vivre du pire de l'adolescence et avec qui elle était constamment en conflit. Leur relation a été toujours tumultueuse et maman a toujours dû lui consacrer plus qu'à moi et Abaigh. Abaigh parce qu'elle a toujours assumé avec maturité son rôle d'aîné, a toujours pris les bonnes décisions et se contenter de cela. Moi parce que je ne savais pas comment lui montrer que je désirais aussi son attention. Prise en sandwich entre son fils unique et sa turbulente fille.
« Maman... Tu penses à Eanna ?
- Ça fait déjà deux Noël qu'elle n'est pas avec nous..., murmure-t-elle pour elle-même.
- Elle nous manque à tous tu sais... Je suis sûre qu'elle pense à nous aussi. »
Maman lève un regard humide vers moi, son sourire est un peu crispé. Je pose tendrement ma main sur la sienne. Elle se renfrogne aussitôt et me rabroue brusquement.
« Bon ! Allez, tu apportes la dinde sur la table ? Je m'occupe des haricots. »
Je préfère ne pas insister, et m'en retourne à la salle à manger où tout le monde à pris place autour de la table. Une salve d'applaudissement accueille la dinde que je présente avec enthousiasme. Je m'esclaffe, on a l'air bien malin avec nos affreux pulls tricoté rouges et verts par mami. Maman s'assoit à ma suite.
« A la famille ! Fait papa en se levant, son verre à la main, et à notre futur petite-fille !
- Une fille ! s'exclame ma mère ravie, une petite fille ! C'est merveilleux !
- Harry ! se retourne Abaigh vers son mari, on avait dit qu'on gardait le secret !
- Il m'a eu, s'excuse-t-il derrière son verre. Il est très fort. »
Papa a le regard pétillant derrière ses lunettes et me fait un clin d'oeil de connivence en me servant de la dinde.
« Ouais, il est comme ça le patriarche, faut se méfier ! Fait Nialh en se prenant copieusement des patates, ni vu ni connu je t'embrouille. Il a réussi à me faire cracher que j'avais fuguer en cinquième année sans même que je m'en rende compte !
- Par contre tu t'es bien rendu compte de la punition si je me souviens bien, le taquiné-je, privé de sortie pendant quoi, tout l'été ?
- Je lui dois ma rupture avec Jess... soupire-t-il penseur, mon premier amour...
- Oui, alors je te rassure Nialh c'était pas une perte du tout.
- Mon dieu qu'elle était idiote cette petite ! Insiste ma mère. Elle avait pas inventé le fil à couper le beurre !
- Maman ! s'offusque mon aînée, c'était une ado !
- Et alors ? Il y a pas d'âge pour être un peu simple d'esprit...
- Faut au moins ça pour tomber sous le charme de notre bébé de frangin, taquiné-je. »
Nialh darde sur moi un regard qui ne me dit soudainement rien de bon. Sentant le vent tourné, je préfère changer de sujet mais maman a déjà rebondi sur ses remarques habituelles.
« Oh mon chéri, quand est-ce que tu nous ramène une chérie ?
- Maman, j'ai plus treize ans, marmonne-t-il.
- Bon ! Qui veut des haricots ? Propose Abaigh pour lui sauver la mise. »
Alors que papa lui tend son assiette la sonnette retenti faisant s'écrire Peter qui adore le son du carillon. Maman fronce les sourcils, se lève et s'en va ouvrir. Elle pousse soudain un cri, et en quelques instants c'est l'effervescence. Emmitouflée dans une écharpe céruléenne, les cheveux longs et et débraillée dans une petite robe noire, Eanna apparaît dans l'encadrement de la porte. Papa retient un sanglot et se précipite pour l'enlacer.
« C'est la magie de Noël ou je m'y connais pas ! s'exclame Nialh en levant son verre. Bon par contre, Ea tu peux t'assoir je veux pas manger froid moi. »
OoOoO
Mon souffle dégage de la fumée blanche qui s'envole dans la ciel rosé par la coucher de soleil. Je resserre le col de ma veste en frissonnant. Depuis le porche, les bruits d'exclamation du salon parviennent assourdis. Papa est dans son fauteuil, son petit-fils sur les genoux, Nialh accoudé à la cheminée écoute avec attention Eanna lovée contre maman dans le canapé tandis qu'Abaigh sert du thé.
« A ton tour. »
Harry se détourne du plateau d'échec pour contempler les derniers rayons du soleil qui rasent la campagne blanche. Je reporte mon attention sur le plateau.
« ça a pas toujours été facile hein ? »
Il me regarde en coin, je lui souris. Mon beau-frère toujours très discret a toujours bien su lire les gens.
« Non, ça a été surtout dur quand elle a divorcé après un an de mariage.
- Ouais, Abaigh m'a dit que tes parents avaient mal pris la nouvelle.
- C'est peu de le dire ! Pour eux le mariage c'est sacré... »
Leur éducation catholique surtout les empêche de concevoir qu'on puisse rompre un des sacrements de l'Eglise. Et le pousse à vouloir absolument caser tous les enfants au regard de Dieu. Et de toutes les commères de la ville...
« Te mets pas la pression non plus Sibéal.
- Oh, t'inquiète pas. Maman a fini de se faire des illusions sur mon cas.
- Elle veut juste te savoir heureuse. »
Je me retourne sur Abaigh qui referme la porte du perron et me tend un mug bouillant. Son joli visage est adouci par un sourire. Oui maman veut nous savoir heureux, mais elle veut surtout qu'on respecte bien la tradition. C'est pas toujours évident de lui faire comprendre qu'il y a d'autres moyens, plus modernes, d'être heureux. Le célibat n'est pas une tare.
« Nialh paraît avoir repris du poil de la bête. »
Je me retourne et dans le salon, mon petit frère s'agite pour faire rire aux éclats Peter. J'acquiesce. Oui, il se remet bien le frangin.
OoOoOo
La grotte n'a rien du tout d'insalubre contrairement aux stéréotypes que véhiculent les sorciers xénophobes qui ont dû mal à digérer que les nains aient obtenu les mêmes droits que nous il y a cent ans. La pierre est sculptée avec délicatesse, colorée avec soin d'un ocre bleu nuit et vert sapin. Des bougies flottent dans l'air, diffusant une lumière tamisée tandis qu'un groupe de gobelins musiciens s'agite sur scène à faire danser l'assistance. Une boisson naine pétille dans un immense chaudron, une odeur acidulée et salée s'en échappe. Murdock est vraiment très fort pour organiser les fêtes.
« Punaise ! Mais on m'avait pas dit que c'était une grosse fête ! J'imaginais une petite sauterie, je suis clairement pas habillée pour, fait Eanna. »
Je tourne mon regard sur ma sœur. Ses cheveux sont remontés en un chignon d'où s'échappent des mèches agrémentées de perles multicolores. Son jean large et son pull abricot sur le dos, elle ressemble encore à l'adolescente récalcitrante qui faisait hurler maman. Nerveusement, elle entortille une dreadautour de son doigt.
« T'inquiète, c'est pas bien grave, la rassuré-je doucement, Murdock avait pas donné de dress code ! »
En parlant de Murdock, je le repère soudain. Il agite la main dans notre direction et se dirige vers nous. Mon dieu, il est beaucoup trop bien habillé. On avait dit pas de dress code Merlin... Je l'ai jamais vu en chemise et veste de costard de ma vie. Ma bouche s'assèche immédiatement, je détourne les yeux pour me concentrer sur mon verre.
« Sib ! J'ai cru que t'aller te défiler pour l'épisode spécial de Doctor Who ! Tu m'rassures ! m'apostrophe-t-il en passant son bras autour de mes épaules et faisant trinquer nos flutes ensemble, alors tu as goûté à la spécialité du clan ? »
Je peux entendre d'ici Nialh. Je me dégage maladroitement en rougissant. Marmonnant une salutation. Il me lance une oeillade surprise. Eanna le salue d'un sourire éclatant qui révèle ses dents du bonheur.
« C'est super bon ! J'avais jamais goûté ça, on dirait de la bière mais avec un arrière goût salin, c'est fou ! Qu'est-ce que c'est ?
- Va savoir, j'ai jamais pu apprendre la recette du vieux Gog'nor. Il m'a toujours reçu à coup de pied dans le cul. Ya que les membres de la confrére qui savent ce qu'il y a dedans !
- Ça a l'air quand même fort en alcool, testé-je.
- Oh c'est rien ! C'est histoire de décoincer les gens, si ya pas d'alcool ils sont incapables de se sortir leurs balais du cul pour aller danser, s'exclame-t-il.
- Ben voyons..., sourié-je. Et les gobelins rockeurs tu les as dégoté où ?
- Ils m'étaient redevables... fait-il avec mystère, une vieille histoire de jeu et de course poursuite dans les souterrains avec un vers luminescent.
- Il va falloir nous en dire plus, fait Eanna.
- Ya plus urgent, la coupe-t-il en posant brusquement sa flûte, enflammer la piste de danse, parce que par Merlin, ça manque d'ambiance ici ! »
Il me lance un regard impérieux, je le sens tout de suite venir et porte l'alcool à mes lèvres avant détourner les yeux de son visage, histoire de faire mine de rien. La voix de Nialh résonne encore à mes oreilles de façon assourdissante. Eanna s'exclame quant à elle avec enthousiasme, Murdock me scrute avec circonspection.
« Non, non ça va, m'excusé-je, Allez-y tous les deux je vous rejoins plus tard. Je vais essayer de retrouver Nanak.
- Comment ça tu te défiles Sib ?! tonne Murdock éberlué. C'est pas ton genre !
- Allez à tout de suite ! »
Je m'éclipse vivement, et m'enfonce parmi les invités – Murdock connaît beaucoup trop de gens ! Un groupe de nains me bouscule, je manque de renverser mon verre. Je glisse un coup d'œil sur la piste de danse où Murdock fait tournoyer ma sœur. L'éclat des perles dans ses cheveux reflète celui des bougies. Il y a longtemps que je ne l'avais pas vu aussi détendue. Elle fait vraiment plaisir à voir ce soir.
« Sibby ! »
Nanak me tombe dessus avec effusion, son odeur fruitée m'enveloppe aussitôt tandis qu'elle me claque un baiser sur la joue.
« Je t'ai cherché partout ! S'exclame-t-elle. T'étais où ?
- C'est vrai ? »
Une bouffée d'affection me monte aux lèvres. Dans sa robe rouge braise, ses longs cheveux soyeux en cascade dans son dos elle est absolument renversante !
« Moi aussi !
- T'es super belle dis donc ce soir ! Me complimente-t-elle gentiment, on danse ? »
Je me laisse entraîner sur la piste sans discuter. Il est difficile de résister à tant d'enthousiasme. Elle lève les bras en l'air et se balance en cadence, je ne peux que suivre le rythme en riant de plaisir. Mes mains se soulèvent au rythme de la musique.
OoOoOo
« Il est marrant Murdock quand même ! s'esclaffe Eanna. »
Ses yeux pétillent d'alcool et d'euphorie, accoudée à un banc elle se love contre le dossier en sirotant son verre. Je la dévisage, c'est incroyable à quel point elle a changé en deux ans. Je ne sais pas ce qu'elle a fait en Irlande, qui elle a rencontré mais elle semble tellement plus apaisée. Ce n'est plus la boule de nerf et de larmes de colère qui a claqué la porte de la maison après avoir divorcé à 27 ans. Partie avec le vent comme ce petit feu follet virevoltant et fragile qu'elle a toujours été. Qui cherchait sans cesse sa place.
« Mais t'inquiète hein, je vais pas te le voler.
- Nialh... grogné-je, n'écoute pas ce qu'il te raconte. Il ne se passe rien entre Murdock et moi !
- Peut être ! Sourit-elle de son petit sourire de lutin, mais ça te déplairait pas hein Sibby ?
- Faut que vous arrêtiez... soupiré-je. C'est quoi cette soudaine lubie ?
- Lubie ? Peut-être mais ça veut pas pour autant dire que y'avait pas déjà quelque chose avant. Des fois il suffit juste d'ouvrir les yeux pour comprendre certaines évidences. »
Son ton sérieux me fait relever la tête sur son visage. Elle me regarde avec appréhension, entortille sa dreadautour de son doigt. Je me rapproche d'elle, et pose ma main sur la sienne. Elle rit un peu avant dire.
« J'ai été stupide tellement longtemps, totalement stupide. »
De peur de la brusquer, je reste silencieuse.
« Je suis gay Sibby. »
Je la dévisage un instant, surprise. Son air fragile me transperce le cœur.
« Je t'avais bien dit que j'allais pas te voler Murdock ! balance-t-elle avec humour. »
Je l'attire soudainement contre moi, son petit corps tout mince et ferme. Elle me serre si fort et souffle à mon oreille.
« Maman et papa ne savent rien. »
J'hoche la tête, évidemment.
« Je dirai rien.
- Oui je sais. »
Elle se détache soudainement, ses yeux brillent et un air radieux et libéré se dessine sur ses traits. Elle glisse alors un regard mutin vers Anak.
« Ta copine c'est bien plus mon style, tu crois qu'elle me refuserai une danse ?
- Oh tu sais, avec Nanak, rien n'est impossible. Et puis c'est le Nouvel an quand même.
- Allez, qui ne tente rien n'a rien ! »
Elle m'embrasse la joue, laisse son verre et se dirige vers Nanak qui discute avec entrain avec Valérian. Je ne sais pas ce qui me paraît le plus surréaliste. La présence de Valérian à une fête de Murdock, le fait que ma sœur n'ai pas remarqué sa beauté incandescente ou bien qu'elle s'apprête à demander une danse à une fille qui lui plait. Elle a toujours été tellement plus directe et sûre de ses choix que moi, j'en suis admirative.
Balayant du regard la salle, je scrute les invités avant de repérer Murdock dont la voix tonitrue même à cette distance alors qu'il discute avec un groupe de naines. J'avale une gorgée d'alcool et prenant mon courage à deux mains, je m'arrête au groupe de musiciens, glisse une demande avant de me diriger vers lui. Je vais pas laisser Nialh et ses délires me gâcher mon plaisir. Les deux naines, leurs cheveux d'un blond vénitiens superbement tressées me dévisagent. Je préfère éviter leurs regards inquisiteurs et apostrophe Murdock avec entrain.
« Bon alors, on se la fait cette chorée de YMCA ?
- Ah ! Je savais bien que tu pourrais pas résister, sourit-il narquoisement. »
OoOoO
Y-M-C-A Young man are you listening to me ? You man young man what do you wanna be ? Y-M-C-A !
Essoufflée, je chante à en perdre la voix et éclate de rire en sautillant avec le reste de la foule qui se prend vite au jeu de la chorée sur cette chanson pourtant bien moldue. C'est un peu chaotique mais en tout cas pari réussi, ça met l'ambiance ! Il y a plus de gens sur la piste qu'autour. Murdock s'époumone en chœur. On est pas du tout synchro...
« Sibby ! Murdock ! J'le crois pas vous m'avez même pas appelé ! »
Nanak nous tombe dessus, les joues un peu rouges et les yeux chagrinés. J'ai un remord soudain, c'est vrai que j'aurais pu lui dire, c'est notre chanson à tous les trois. Je m'apprête à m'excuser mais me contente de lui prendre la main pour l'entraîner dans le rythme.
« Ah Nanak, faut comprendre on voulait pas que tu nous éclabousses de ton talent, lui lance Murdock en la faisant tournoyer. »
Rose de plaisir, elle rit avec nous avant de lever elle aussi les bras au ciel.
« Ta sœur est vraiment super sympa ! me crie-t-elle dans l'oreille, je savais pas qu'elle était allée vivre en Irlande ! »
Je lui souris, c'est cool qu'elle ait accepté de danser avec Eanna. Je m'apprête à lui dire par dessus la musique lorsque Murdock m'attrape la main et me fait tournoyer à mon tour. Je manque de percuter Nialh qui déboule brutalement entre nous.
« ANAK ! s'exclame-t-il.
- NIALH ! S'écrie-t-elle ravie en sautillant sur place, t'es là aussi !
- Qu'est-ce que tu fiches là ?
- Hein ?
- Viens danser avec moi !
- Hein ? Quoi ? Je t'entends pas !
- DANSE AVEC MOI ! beugle-t-il à son oreille. »
Quelle délicatesse... Nanak semble vouloir refuser, après tout c'est notrechanson, lorsqu'il lui attrape le bras et l'entraîne avec lui sans ménagement. Le rythme change soudainement, mon frère passe d'autorité ses bras autour de ses hanches, et je les regarde médusée enchaîner sans effort sur la chanson suivante. Il lui glisse une remarque à l'oreille, elle rit en me jetant un petit regard en coin. Je crois bien deviner ce qu'il se raconte. J'ai pas envie d'en saisir plus la teneur. Essuyant la sueur de mon front, je tourne vers Murdock, un verre serait pas de refus !
« Quoi ? Pas question, on vient juste de s'échauffer, on enchaîne maintenant !
- Quoi sur un slow ? rié-je nerveusement.
- Quoi ? C'est un problème maintenant ? T'es sûre que ça va Sib ? »
Il me dévisage avec sincérité, visiblement surpris par ma nouvelle réticence. Je marmonne un « non, pas du tout » pour moi-même lorsqu'il pose d'autorité ses mains dans mon dos. Maladroitement je place les miennes sur ses épaules pour établir une distance appréciable entre nous.
La chanson me paraît connue, je suis cependant incapable de me souvenir du titre. Je jette un petit coup d'œil à Murdock, il est souriant, naturel et complètement détendu. La chaleur de sa paume sur ma hanche me monte aux joues, je détourne le regard. Il semble me parler avec entrain mais les mots me manquent pour lui répondre tout comme mon attention résolument fixée sur Nanak et Nialh. C'est un peu stupide. Il a fallu que mon frère pose cette fichue affirmation pour tout foutre en l'air. On peut faire confiance à Nialh pour se mêler de ce qui le regarde pas.
Mes yeux se promènent sur les larges épaules de Murdock, cette chemise est beaucoup trop bien coupée pour ma santé mentale. Ses muscles fermes sous mes doigts me font rougir, je cherche Nanak du regard. Elle chantonne, on peut l'entendre d'ici reprendre le refrain avec Nialh. Murdock semble avoir cessé d'essayer de me faire la conversation, se contenant de nous faire tourner sur nous-même sur ce rythme horriblement langoureux. La respectable distance entre nous se fait peau de chagrin. L'odeur boisée qui se dégage de lui m'enveloppe complètement. C'est une odeur beaucoup tellement enivrante. Merlin...
C'est complètement bête. C'est vraiment stupide. C'est mon collègue bon sang, mon ami !
« Je..., soufflé-je en me détachant de ses bras. Je me sens pas très bien.
- Hein ?
- Je me sens pas très bien, répété-je plus fort, je crois que je vais aller prendre l'air.»
Je profite de sa surprise pour me libérer complètement de cette étreinte, tourne le dos à Nanak et Nialh et me précipite le plus loin possible d'eux. Je retrouve sans peine l'entrée pour tomber dans le couloir escarpé d'où me parvient l'air frais de la nuit. Je m'assois sur les marches de l'escalier, la pierre froide fait redescendre l'adrénaline et les battements frénétiques de mon coeur. Je retire mes lunettes, les pose au sol et plaque mes mains sur mon visage. Un soupir m'échappe.
Je suis mal, mais alors vraiment mal.
Et vous alors, vous vous sentez comment après tout ça ;) ? retournée ? emballée ? blasée ? écoeurée ?
