Hellooooooooooo little sunshiiiines !

On espère que vous vous portez bien sous votre plaid et avec votre chocolat chaud hein ! Nous tout baigne, on prépare des plans machiavéliques dans nos écrits... on kiffe la vie quoi.

Allez, bonne lecture ! ;)

Coralie : du coup le blog tu sais que nous on avait presque oublié, on est allé y faire un tour ... on avait oublié le mot de passe figure toi ! xD On adore parler aussi de problématiques un peu familiales aussi, ça ça a pas changé. Pour ce qui est de Murdock et Sib on peut rien dire mais boooooon. Sibby semble pas indifférente au sex-appeal de l'autre demi-nain c'est sûr ;)


Chapitre 22

"Don't let yourself gooo, chantonné-je avec passion, cause everybody criiies…"

Nialh bouge la tête en rythme de la musique et me rejoint pour la dernière phrase de ce refrain si émouvant :

"Everybodyy hurts sometimes…"

Nous nous balançons paisiblement, mes mains sur ses épaules et les siennes sur mes hanches, et je suis très heureuse de le voir d'une si belle humeur. Il a été trop longtemps déprimé à cause de personnes égoïstes, et je ne sais que trop bien ce que ça fait. La vie est trop courte pour ça !

"Don't throw your hand, oh no ! Don't throooOoow your hand…"

On voit soudainement Sib passer à toute allure près de nous et on la suit une seconde du regard, sans parvenir à voir son visage, avant d'échanger un regard interrogateur. Malheureusement, elle disparait parmi la foule de danseurs et il est proprement impossible de savoir où elle a bien pu partir. Ben, qu'est-ce qui a bien pu se passer pour stopper la danse si abruptement ?! Nialh leur avait arrangé un si beau coup, j'ai trouvé l'idée digne d'un génie !

Murdock est planté sur la piste de danse, les bras ballants, l'air confus et on se décide d'un commun accord à aller le rejoindre pour résoudre ce mystère. Quand il nous voit arriver, il se gratte machinalement le crâne mais son visage se détend de soulagement en comprenant qu'on a été nous aussi témoin du départ précipité de Sib et qu'on est tout aussi paumé que lui.

"Alors, là m'demandez pas…, nous précède-t-il, elle est partie d'un coup en me disant qu'elle se sentait mal…

-Ohhh ! C'est rien ! fais-je, rassurée. C'est le champagne, ça, c'est traitre !

-Il s'est vraiment rien passé ? insiste tout de même Nialh.

-Ben, on dansait, répond Murdock, qu'est-ce tu veux qu'il se soit passé ?"

Nialh fait la moue mais accepte bon gré, mal gré de lâcher l'affaire tandis que Murdock nous quitte, prétextant une envie soudaine de whisky. Mais aussitôt, les paupières plissées, Nialh place un bras sur mon épaule et je hausse un sourcil en sa direction.

"Tu trouves pas tout ça étrangement suspect, Nanak ?

-Naaan, tu sais, le champa-...

-Tch, me coupe-t-il, écoute ta petite voix intérieure.

-Celle qui me parle de chips et de nutella à onze heures du soir ?

-Oui, celle-là… qu'est-ce qu'elle te dit, en ce moment, si tu repenses à ma sœur partant en courant en plein milieu d'un slow avec mon futur beau-frère ?"

Cette tournure de phrase me semble tout de même vachement orientée mais je fais mine de rien, et tente plutôt une réponse :

"Hmm… J'imagine…"

Il ouvre de grands yeux optimistes, pendu à mes lèvres et ne voulant pas le décevoir, je suggère :

"... qu'il s'est passé quelque chose entre eux ?

-BINGO ! célèbre-t-il en frappant dans ses mains. Allez, champagne ! faut arroser ça !"

Je ne suis pas vraiment convaincue, après tout ma propre théorie est tout de même nettement plus solide ! tout le monde sait que les bulles du champagne que les danses ne font pas bon ménage, je ne voudrais pas trop me mouiller, bien sûr, mais je suis à peu près sûr qu'il y a des études scientifiques sur le sujet. M'enfin, qui suis-je, me direz-vous, pour refuser une petite coupe quand on m'en propose une avec tant d'enthousiasme en ce saint jour de fête ?

"Champagne !" accepté-je gaiement.

Non, non, mon père m'a élevée mieux que ça.

OoOoOo

"Ohhh, j'adore cette chanson ! m'exalté-je en sautillant légèrement sur place.

-Rha, attends, faut que j'aille aux toilettes !

-Nooooon, après, supplié-je Nialh en lui attrapant le poigné, retiens-toi juste trois minutes…

-Bouge pas, je reviens !"

Et son poigné s'échappe alors hors de ma prise, et je le vois s'éloigner comme au ralenti. Pourquoi… ? Pourquoi maintenant ? Je regarde, en deuil, les autres danser sur Eye of The Tiger tout autour de moi, consciente que ce moment unique ne reviendra pas de la soirée… Qu'ils profitent tous de la vie, ils ne savent pas quand la corde peut lâcher. Bien sûr, je pourrais danser seule, je sais… mais il aurait fallu que je me prépare un peu mentalement pour ça, vous voyez ?

Que je boive un ou deux verres de plus… ou même trois…

Je m'en vais donc en soupirant vers le buffet pour noyer ma peine dans les petits-fours. Valérian s'y trouve adossé, dans son costume impeccable et immaculé d'un blanc crème, alors qu'une femme lui parle dans un flot continu et il darde aussitôt son regard bleu sur moi. Je force un sourire de circonstance pour répondre à son attention soudaine. Après tout, nous avons fait la paix plus tôt et papoter longuement à propos du conseil de classe à venir.

Je fonce ensuite au buffet, un peu plus loin, et devant tous ces délicieux mets, je me frotte les mains, et me saisis d'un petit pic en bois. Alors, qu'est-ce que je pourrais me prendre de bon ?

"Collègue !" m'appelle Valérian alors en me rejoignant.

Je lui jette un regard incrédule. Il est tombé sur la tête, celui-ci ? On est pas en salle des profs !

"Je me suis fait la réflexion tout à l'heure que tout ça, dit-il en me montrant les merveilles culinaires qui s'étendent devant nous, ne vaut vraiment pas nos bon vieux petits asticots africains."

Je le dévisage des pieds à la tête avec un net mouvement de recul, hésitant fortement à appeler à l'aide pour que quelqu'un vienne à mon secours. Ne me dites pas qu'il en a à nouveau après ma peau !

Ce soir, cependant, je ne suis pas la seule à en être témoin et la femme avec qui il conversait plus tôt s'en va en échouant de cacher sa mine de dégout. Il la regarde partir sans discrétion, et je fais donc de même jusqu'à ce que je le vois très distinctement soupirer de soulagement. Il remarque ma tête et semble se rendre compte de l'affront terrible qu'il vient de commettre contre ma pauvre innocente personne.

"Désolé, dit-il, je n'arrivais pas à m'en défaire… un chausson à la truffe ?"

Et sans prévenir, il me met le chausson sous le nez et je dois retenir un haut-le-coeur, le souvenir des asticots à nouveau frais dans ma mémoire par sa faute. J'avais faim juste avant, terriblement faim même !

"Non merci," répondé-je avec difficulté.

Je me retourne pour que tout aliment comestible sorte de mon champ de vision et une horreur pire encore s'impose à ma vue. Nialh ! Sur la piste de danse ! Avec quelqu'un d'autre ! Sur MA chanson !

"Non…

-Oh et bien, peut-être une tartelette à l'artichaut ? me propose Valérian.

-Et pourquoi… on ne danserait pas plutôt ?"

Il me regarde silencieusement un long moment avant qu'un de ses sourcils se hausse pour que je réévalue de moi-même la validité et la pertinence de mon offre. Mais c'est hautement pertinent ! C'est Eye of the Tigeret c'est bientôt la fin, par Merlin ! Personne dans cette maudite grotte n'a le sens commun nécessaire pour saisir l'urgence de la situation ?!

"Non," répond-il donc, en voyant que je ne bouge pas.

Quel démon ! Qu'il se les garde, ses tartelettes aux asticots tout droit sorties du cauchemar dont il vient ! Puisque c'est ça, je vais trouver Sib, la seule personne de valeur des lieux, pour ensuite aller sans tarder harceler le DJ jusqu'à ce qu'il accepte de remettre la chanson depuis le début.

"Très bien !" posé-je avec humeur.

Je lui attrappe tout de même sa tartelette tendue parce que, grâce à la force amère des déceptions, ma faim m'est revenue et je m'en vais dignement en la croquant à pleines dents.

Pas mauvais, d'ailleurs, cette petite tartelette !

OoOoOo

J'ai enfin retrouvé Sibby dans un coin de la pièce. Elle avait l'air toute perdue et je lui ai demandé si elle avait bu ou mangé quelque chose de mauvais qui lui avait retourné l'estomac, mais pour mon plus grand soulagement, elle a vite retrouvé le sourire et une mine lumineuse. Aussi, je n'ai pas tardé à la mener sur la piste de danse pour qu'on enchaine le plus de chansons possibles avant minuit !

Sa sœur Eanna nous a rejoint depuis les deux dernières et je dois dire que c'est une sacrée danseuse ! C'est aussi une sacrée dragueuse, d'ailleurs, pensé-je alors qu'elle m'adresse un clin d'œil rieur entre deux déhanchées, maintenant je sais chez qui Nialh a été formé…

"Mes amis nains et naines ! tonitrue alors le DJ par-dessus la chanson, est-ce que vous êtes prêts pour les Douze Coups ?!

-OUAAAAIIIS ! crie-t-on tous d'une même voix.

-Plus que cinq minutes !" nous avertit-il.

Puis, il laisse la musique reprendre ses droits pour les cinq minutes restantes et nous continuons à danser. Sibby remue soudain sa main dans les airs, semblant demander à quelqu'un de venir, et je me retourne dans la direction pour voir qu'il ne s'agit de nulle autre que de mon némésis de toujours -un trimestre entier, autant dire une éternité ! Flûte en main, Valérian se fraye un chemin avec la plus grande facilité du monde jusqu'à nous, récoltant bien des soupirs et des regards émerveillés sur son passage. Aussi, tous ces amateurs le regardent dans les yeux… quelle idée, aussi. Moi, quand je suis dans son périmètre, j'évite de regarder toute la partie haute de son corps, c'est très efficace.

Tiens, tenez, là, je regarde mes pieds et ça marche du feu de Merlin.

"Reste avec nous pour le compte-à-rebours, l'invite gentiment Sib dès qu'il fut proche de nous.

-Avec plaisir, dit-il, vous avez pris des résolutions ?

-Disons moins d'himalaya ?" plaisante Sib.

Valérian tourne un regard sceptique vers moi et je plisse les yeux pour lui rappeler la manière dont il m'a coupé l'appétit avec disgrâce tout à l'heure pour lui passer l'envie de faire un commentaire désobligeant envers ma misérable personne. Ca a paru le convaincre -mes regards peuvent être d'une grande intensité parfois, je me surprends moi-même- puisqu'il laisse l'opportunité passer. J'aime mieux ça…

"Moi, je compte prendre mieux soin de moi, déclare Eanna.

-C'est la meilleure résolution du monde ! applaudis-je. Tu me permets de te copier ?

-Ok, contre un baiser de minuit, deal ?

-Deal, ça me parait honorable ! fais-je en riant.

-AH BAH VOUS VOILÀ !"

Cette exclamation nous vient tout droit de Nialh qui accourt vers nous avec une contrariété toute princière. Bah tiens ! Un revenant !

"Dit monsieur toilettes ! l'accusé-je.

-Je t'ai dit de pas bouger ! me rappelle-t-il.

-Taratata ! A cause de toi, j'ai loupé Eye of The Tiger, et le DJ m'a dit d'attendre la fin de la soirée pour qu'il la repasse…

-On a plus important, Nanak, là !

-Ah bon ? m'indigné-je avant de le défier, et quoi donc ?"

Il regarde avec méfiance en direction des trois autres qui suivent notre conversation avec amusement, alors que ça n'a rien de drôle, c'est de Eye of the Tiger dont il est question, j'aimerais tout de même le rappeler ! Il m'attrape l'avant-bras pour m'approcher de lui et me souffler dans l'oreille :

"On doit s'arranger pour que Murdock et ma frangine s'embrassent à minuit !

-TRENTE SECONDES ! nous annonce le DJ avec euphorie.

-Je crois que ça va pas être possible…, souligné-je en haussant les épaules d'impuissance.

-Non, non, non… il est où, ah le voilà ! MURDOCK ! MUR-DOCK ! crie-t-il en tentant de l'appeler par-dessus le brouhaha de la foule. Appelle-le avec moi !"

Murdock se trouve en effet à une dizaine de mètres avec des membres de sa famille, il me semble, et devant l'insistance de Nialh, je cède et lève haut les bras pour attirer son attention, tout en sautant sur moi-même pour me faire plus grande.

"MURDOCK ! hurlons-nous de concert à nous en décrocher les poumons. MURDOCK !

-10 ! crie en même temps le DJ.

-MUUUUURDOOOOOCK, OHEEEE !

-9 !

Il nous voit enfin et, Nialh et moi bondissons de joie en voyant notre mission accomplie. Mais le DJ nous nargue en passant de huit à sept, et on crie à Murdock de venir à nous le plus vite possible. Il se met alors à courir pour notre plus grand bonheur, et Nialh me tord presque le bras d'exultation.

"6… 5… 4…"

Avec la plus grande fierté, on contemple Murdock pousser de ses bras vigoureux tous ceux qui se dressent sur son passage jusqu'à nous et on l'encourage en scandant son nom.

"3… 2… et…

-Embrasse ma soeur ! lui ordonne Nialh dés que Murdock nous rejoint enfin.

-1 ! BONNE ANNEEEE !"

Nialh pousse Murdock tout droit vers Sib dont je ne vois que très brièvement la profonde confusion qui empourpre son visage avant que son confrère d'histoire de la magie ne l'engouffre dans ses bras. Tout autour de nous, c'est l'explosion, on envoie des confettis du bout de nos baguettes et on s'en sert en trempette.

Je m'en vais vers Eanna pour lui coller un baiser bruyant sur les lèvres et elle éclate de rire à gorge déployée.

"Bonne année, Eanna ! lui souhaité-je. Et prenons soin de nous !

-Ca me semble être un merveilleux plan d'avenir !"

Nous nous retournons vers Murdock qui laisse une Sib pantelante et choquée, mais un mince sourire étendu en travers du visage, alors qu'il s'en va attraper Valérian du bras par le cou sans son consentement. L'expression d'horreur du vélane est tellement belle que j'aimerais la photographier et m'en faire un papier peint pour notre salon !

D'un bond, je suis auprès de Sib.

"Bonne année, Siby !"

J'accompagne ma phrase enjouée d'une bise contre sa joue et son sourire s'accentue, et elle me prend tout simplement dans ses bras.

"Bonne année, Nanak, et merci d'être là. Vraiment."

Je la sers quelques secondes de plus contre moi avant de m'écarter un peu pour lui dire d'un sourire, la tête penchée :

"Merci à toi, Siby."

OoOoOo

Avec Moh, on a décidé de raccompagner Papa jusqu'en californie en port-o-loin et me voilà donc à retourner les merguez et les chipo contre le grille de notre barbecue, dans notre petit jardin pleins de cactus. Nous avons invité tout le quartier et je l'entends partir dans de grands fou-rire avec Momo et Titi, ses deux meilleurs amis de toujours, et ça me fait sourire à travers la fumée de barbecue.

"Y'a pas à dire, fait Moh en me rejoignant,la luminosité d'ici est bien plus instagrammable… bien que j'avoue avoir pris deux-trois photos de Salem enneigée qui ont un petit succés !"

Il passe un bras autour de mon cou et je comprends que c'est selfie-time, j'offre donc mon sourire le plus éclatant en levant fièrement ma plus belle chipo du bout de ma fourchette. Il prend la photo et chope suavement un bout de ma pauvre saucisse avant que le karma ne le rattrappe et qu'il devienne tout rouge, la bouche grande ouverte, essayant par tous les moyens d'éteindre le feu qu'il vient de provoquer sur sa langue.

Notre Instaprince avec la bouche en feu, sautillant comme une cabri, les mains en guise d'éventails affolés ? L'occasion est trop belle ! Je me saisis de son propre téléphone pour documenter le moment en live, n'ayant pas peur de multiplier les différentes prises d'angles et les zooms abusifs !

"NANAAA ! parvint-il à beugler, la bouche-entr'ouverte.

-Je venge ma chipo !

-Rends-moi ça !"

Et il récupère d'une main son précieux téléphone pour briser le moment, bien qu'il soit tout aussi hilare que moi et qu'il ne perde pas un moment pour regarder la story toute fraiche avec amusement.

"Même dans un moment pareil, j'suis quand même canon…, se juge-t-il en me montrant son joli minois en souffrance.

-T'es même plus beau que d'habitude ! raillé-je. Le rouge cramoisie rajoute quelque chose !

-T'es juste jalouse !"

Au loin, je vois notre père qui taquine l'une de nos nouvelles voisines, Sandy, qu'il a évoquée plusieurs fois lors de nos conversations. Il nous a dit qu'elle avait divorcé après avoir perdu sa petite fille qui était gravement malade, une quinzaine d'années plus tôt. Aujourd'hui, je peux me rendre compte qu'elle est juste un peu plus âgée que lui et a un charmant sourire. Lorsque nous sommes arrivés ce matin, elle nous a accueillis comme si elle nous connaissait depuis toujours, aussi j'imagine que mon père lui a rabattu les oreilles à notre sujet.

"Tu crois qu'il pense à refaire sa vie ?" me demande alors Moh.

Il a remarqué où se porte désormais mon attention et affiche un air sincèrement curieux.

"Je l'espère, en tout cas," répondé-je.

Moh aligne son sourire optimiste sur le mien et nous retournons à notre occupation sacrée qui consiste à vérifier que les merguez ne crament pas.

OoOoOo

La sonnerie de la première récréation de la rentrée retentit et il n'en faut pas plus pour que ma salle de classe se vide complètement en deux-temps trois-mouvements. Je souris, un peu désabusée mais principalement amusée, en voyant que les bonnes habitudes ne se sont pas perdues pendant les vacances.

"Bon, fais-je sur le ton de la rébellion à ma classe désertée, ils ne sont pas les seuls à avoir des récréations occupées !"

Je me lève avec énergie, bien décidée à aller trouver Sib et Murdock pour prendre le petit café de l'entre-deux matinal, lorsqu'un bruit étrange me stoppe parvenant d'une des fenêtres rondes découpées dans le toit. Tapotant de son bec acéré la vitre, une petite chouette aux plumes grises ébouriffées semble perdre patience.

Sapristi ! Depuis quand suis-je devenue une personne suffisamment importante pour recevoir la visite impromptue de messagers ailés ? Je n'ai pourtant pas le souvenir d'avoir adhéré à une secte secrète… à part, peut-être, la chorale ?

La main sur le cœur, je me retiens juste à temps de demander en mime à la chouette si c'est à moi qu'elle s'adresse, et décide plutôt de crever l'abcès en me dirigeant directement vers la fenêtre que j'ouvre prudemment. Pour être tout à fait honnête, j'aime pas trop les trucs volants… en vérité, j'ai eu plutôt des mauvais rapports avec les divers animaux qui ont croisé mon chemin. Je ne sais pas s'ils ont du mal avec mes gestes expansifs et brusques ou avec ma voix, mais ils ne m'aiment pas tellement en général -alors que moi, si ! C'est l'une de mes plus grosses déceptions dans la vie…

Elle penche la tête sur le côté et me regarde de ses gros yeux ronds et noirs, et j'ai l'impression d'être retournée à mon entretien d'embauche avec la directrice. Elle aussi, elle me regardait comme ça.

Avec une sorte de scepticisme mêlée de curiosité dans ses grands yeux brillants. C'était étrangement flatteur et insultant à la fois.

Je semble avoir réussi l'examen puisque ne se tenant plus que sur une patte, elle me tend la seconde qui enferme dans ses serres longues et aiguisées comme des poignards une lettre rose. A la seconde où je m'en suis emparée avec la plus grande précaution, le volatile me provoque une crise cardiaque en prenant son envol.

Je me penche au travers de la fenêtre pour être sûre qu'elle est bien partie, et que d'autres membres de son gang ne comptent pas revenir m'achever mais le ciel est vide.

Ouf ! Me voilà sortie d'affaire !

Enfin… mon regard retombe sur mon courrier… pas tout à fait. La lettre est des plus bizarres. Déjà, elle est rose et sa forme est assez étrange. Elle est arrondie. Je la plie donc et un ooooh émerveillé m'échappe lorsque je réalise qu'elle est en réalité en forme de cœur. Mais son contenu est plus fascinant encore.

De toutes les étoiles dans le ciel, tu es la plus belle.

La mâchoire m'en tombe et mes yeux retournent en un éclair vers la fenêtre. Attendez une minute…

Est-ce qu'une chouette vient de me déclarer sa flamme ?!