Bonjour !
On remercie encore nos trois fidèles reviewseuses :) ça fait chaud au cœur les filles !
Bonne lecture,
Chapitre 15
J'ai fait retirer les draps noirs des fenêtres et ouvrir en grand les portes pour laisser l'air frais pénétrer dans la maison. Le soulagement des domestiques a été assez éloquent, et ma mère a repris quelques couleurs depuis que je l'entraine faire le tour d'Albiwyn chaque matin. J'ai renvoyé quelques hommes de confiance de mon frère qui s'occupaient de nos terres selon leur intérêt depuis la mort d'Elian. Et je me suis attelée à remettre en état les portes d'entrée de la ville, pour donner du travail aux artisans et secouer les habitants figés par le deuil de ma mère. J'ai ordonné que l'on reconstruise aussi le mur d'enceinte, et ai mis la main à la pâte. Histoire de changer mes idées.
Assis dans le fauteuil du maître de lieu, fait d'un bois massif et clair, je scrute la carte qu'a étendue devant moi Fama sur la longue table de réunion. Je l'ai désigné comme bras droit à la place d'Orgon qui ne m'inspirait que de la méfiance. Fama avait été renvoyé dans son foyer par mon frère qui le jugé trop âgé mais j'ai confiance en son jugement et même si sa main n'est plus aussi ferme que lorsqu'il m'a appris quelques bottes dans la cour, son regard gris est toujours aussi perçant et perspicace. Ma mère est assise en retrait dans un coin de la grande salle, près de la fenêtre, à broder en compagnie d'Athia. A discuter même et le regard ravi d'Athia m'en dit long sur l'état dans lequel elle devait se trouver avant que je ne rentre. Elle ne me quitte pas d'une semelle depuis mon arrivée, convaincue que je vais partir à nouveau.
« Ils attaquent pas bandes de douze, les raids sont très bien organisés et rapides, explique Fama en me montrant les villages victimes. La forêt à proximité leur permet de se cacher et de nous échapper.
- Et depuis combien de temps cela dure-t-il ?
- Quelques mois, mon frère n'en était pas à sa première contre-attaque mais ils connaissent bien mieux la région. »
J'hoche la tête. Et comme à chaque fois qu'Elian est mentionné je ne peux m'empêcher de songer à son tombeau. Comme ceux du reste de notre famille il se trouve à quelques minutes à pied de là, au pied d'une colline recouverte de tyris. C'est en me confrontant à son cercueil que j'ai véritablement réalisé qu'il était parti. Que nous n'avons pas eu le temps de nous réconcilier et que je suis seul pour assumer une charge qui me semble soudain trop lourde, trop étouffante. Mais je ne peux pas me défiler, il ne reste plus que moi. Les quelques larmes que j'ai versé devant son nom inscrit dans la pierre étaient amères de regrets.
Et depuis dix jours je remue sans relâche la maison pour sortir mes gens de l'immobilité. Et pour essayer de ne pas songer à ce qu'il va advenir maintenant pour moi. Je ne peux pas retourner à Edoras, pas encore. Ma mère est trop fragile, trop anxieuse. Il faut que j'écrive à Effa, je n'ai pas encore eu le temps. Les jours filent et le travail est sans fin. Ce mois d'inertie a accumulé un retard que je n'aurais jamais cru capable. Et encore, les Rohirrims et petits seigneurs des environs ne sont pas encore venus, et même si j'ai toujours été plus doué en diplomatie qu'Elian je redoute encore le moment de la confrontation.
« Seigneur Ethéol, s'incline soudain un des soldats de mon frère que je n'ai pas entendu entrer, Dame Léony, se tourne-t-il vers ma mère, Dame Mallia est arrivée.
- Oh, faites –la entrer, je me lève du siège. »
Ma mère fait de même, j'échange un regard avec elle. Le sien me fait clairement comprendre son animosité envers sa belle-fille. Je n'ai pas encore pu juger, elle était astreinte aux quarante jours de réclusion requis pour une veuve. Pour vérifier si celle-ci n'est pas enceinte de son défunt mari et peut se remarier. Mallia entre alors, dans sa robe noire et sobre qui laisse juste entrevoir la naissance de ses épaules. Sur sa tête est déposé son voile noir de veuve qu'elle a rejeté en arrière. Elle a les cheveux d'un blond très clair, presque blanc si on omet les reflets dorés, et des yeux d'un vert perçant. J'incline la tête avec respect, elle plonge dans une petite révérence.
« Vous devez être Ethéol, fait-elle alors, j'ai beaucoup entendu parler de vous.
- J'espère que cela était à mon avantage, débité-je la formule de rigueur.
- On m'a peint un tableau nuancé mon Seigneur mais cela ne m'avait pas préparé à votre charme, réplique-t-elle en laissant percer un petit sourire sur ses lèvres fines et rouges.
- J'espère que vous trouverez le réconfort pour votre peine en cette demeure Dame Mallia, je réponds selon la politesse attendue.
- Je n'en doute nullement, me fixe-t-elle avec intensité. »
Puis, elle se tourne vers ma mère qui la regarde avec froideur. Sans se laisser démonter Mallia va à elle pour lui prendre les mains. Lui offrant un sourire compatissant.
« Ma chère Léony, je partage votre douleur dans cette épreuve et je vous offre toute mon affection. J'ai conscience que c'est bien peu face à cette perte mais sachez que vous avez en moi une amie fidèle, elle la serre contre elle, affrontons ensemble ce chagrin.
- Votre gentillesse n'a d'égale que de votre douceur Dame Mallia, répond froidement ma mère, mais comme vous le voyez, un fils m'a été rendu pour apaiser mes souffrances.
- Je n'ai aucun doute que lui et moi deviendrons de très bons amis, me lance-t-elle un sourire. »
J'hoche la tête, ma mère comprend imperceptiblement et propose à Athia et Mallia de se retirer dans son boudoir. Je me retourne vers Fama.
« Continuons. »
OoOo
« Ethéol, il est temps. »
Je relève la tête des listes des dépenses que j'épluche – comme je m'y attendais Elian n'a pas fait attention aux fuites de fonds étranges -. Ma mère se tient debout, devant la table du bureau de mon père encombré des parchemins que j'ai sorti. Je pose la liste et fronce les sourcils.
« Temps pour quoi ?
- Prendre le titre, s'assied-t-elle sur la chaise, devenir officiellement Rohirim et seigneur des terres d'Albiwyn.
- Maman…, soupiré-je.
- Non, me coupe-t-elle reprenant sa voix ferme que je croyais perdue à jamais, tu es mon fils, le fils d'un Rohirim. L'héritier. Tu as des responsabilités, des gens attendent que tu les endosses.
- Je sais, m'appuyé-je contre le dossier.
- Ethéol, je sais que ce n'est pas facile, crois-moi, sourit-elle tristement, mais des gens ont besoin de toi. J'ai besoin de toi. »
Elle se penche sur moi, posant sa main amaigrie sur ma joue. Je lui souris. Laissant mon regard parcourir les étagères. Au dessus de la cheminée trône l'emblème de notre famille, un casque d'argent gravé de l'orme dans notre cour. Mon père m'avait expliqué que le plus important n'était pas le casque symbole de notre état de guerriers du Rohan mais l'arbre, l'orme qui représente la générosité et la loyauté. Des valeurs qu'il a voulu nous inculquer à mon frère et à moi.
A côté est l'emblème de la famille de ma mère, chose peu commune parce que l'épouse abandonne sa famille pour en intégrer une autre et donc oublier son symbole. Pourtant il est là, parce que ma mère a tenu tête à mon père, affirmant que nous étions tout autant de son sang et que son symbole avait toute sa place ici. C'est une tyris, symbole de la tradition et du renouveau. Antagonismes, mais l'un n'existe pas sans l'autre.
« Tu ne peux pas courir le monde comme un adolescent rêveur, fait-elle doucement, ce temps-là est révolu. Tu es un homme maintenant, tu as eu vingt deux ans il y a deux mois. »
C'est vrai, j'avais oublié.
« Ne sois pas amer.
- Je ne le suis pas.
- Dis-toi que c'est un nouvel horizon à découvrir, un nouveau défi à relever. »
Elle me sourit. J'évite son regard. Je sais ce qu'elle me demande mais je ne sais pas si j'en suis capable, je ne suis ni mon père ni mon frère. Je n'ai jamais songé un instant devoir endosser le rôle de chef de la famille, personne n'a réellement envisagé cela. Je ne suis pas prêt, pas fait pour cela.
« Tu es le fils de ton père, fait ma mère comme si elle lisait mes pensées, et tu es mon fils. Et je sais ce que tu es, tu es un rêveur oui mais tu es droit et courageux.
- Comment ai-je fait pendant des années sans toi pour me botter les fesses ? plaisanté-je.
- C'est bien ce que je me demande ! »
Elle se lève alors, sachant pertinemment que je ne répondrai pas tout de suite. Ses lèvres se posent sur mon front, un geste familier et rassurant. Elle pose sa main sur ma joue, fouille mon regard en un sourire triste.
« Tu as les yeux de ton père, murmure-t-elle, il me manque. Il me manque tellement.
- Je sais maman. Il me manque à moi aussi. »
Elle tourne les talons et ouvre la porte. Une fois sur le seuil elle se retourne.
« C'est bon de te revoir tu sais. »
La porte se ferme, je sors un papier et commence à écrire à Neaffa.
OoOo
Murmure regarde avec curiosité ce box où il n'avait pas vu depuis longtemps. Je m'amuse de ses mouvements de tête, il semble reconnaitre l'odeur. Je le brosse avec application son crin noir, retirant la poussière. Il soupire d'appréciation. Soudain, un pas déterminé se fait entendre et Mallia entre dans mon champ de vision. Elle a quitté sa robe de veuve, ne conservant que son voile comme le veut la tradition jusqu'à la fin des soixante jours de deuil. Elle se plante de l'autre côté de Murmure, me fixant avec la même intensité que la dernière fois.
« Vous voilà enfin Ethéol ! Je vous cherchais !
- J'imagine bien, je réponds tout en continuant de brosser.
- Ah, les chevaux…, sourit-elle en passant la main sur le dos de Murmure. Votre frère les aimait beaucoup également. Comment s'appelait son cheval déjà… ?
- Brume.
- Ah oui en effet ! Lui et moi avions l'habitude de nous promener à cheval, vous plairez-t-il de m'accompagner ce matin ? »
Je fronce les sourcils, la dévisageant. Elle semble toujours croiser mon chemin, cherchant par tous les moyens à attirer mon attention. Depuis qu'elle ne porte plus sa robe noire et sévère elle dévoile ses formes – qu'on ne peut dénier affriolantes – et coiffe avec un soin particulier si j'en juge pas les cheveux des autres femmes de la maison. Qu'attend-t-elle de moi exactement ? Je me méfie, sa famille n'est pas fortunée et leurs terres sont pauvres. La mort de mon frère leur fait perdre un appuie et une alliance très avantageuse.
« Je crains que non, je suis déjà pris, décliné-je poliment.
- Oh déjà ? »
Je ne peux m'empêcher de m'esclaffer.
« Je crois que les Rohirims ne sont pas encore venus me présenter leurs filles !
- En effet, c'est pour cela que j'en profite. »
Je ris, comme ça les choses sont au clair. Mallia a un certain culot. C'est indéniable.
« Seigneur Ethéol ! Seigneur Ethéol ! s'exclame-t- alors Ignas en déboulant dans les écuries. Il… Il y a quelque chose dans la cour et…
- Du calme, l'arrêté-je, je vais aller voir. »
Il hoche frénétiquement la tête. Je sors, Mallia sur mes talons. Je me fige alors sur place, les yeux écarquillés. Devant moi se tient – à cheval !- Neaffa. Accompagnée de Mitch qui m'adresse un regard désolé mais aussi de Rowana, son fiancé et de Dérinir. Je n'ai pas le temps de reconnaitre le reste de la troupe qui stationne dans la cour de notre demeure. Effa me bondit dessus.
« Qu'est-ce que… Qu'est-ce que tu fais là ?
- A ton avis ?! s'écrie-t-elle, J'étais morte d'inquiétude idiot ! Pas une lettre ! Pas un mot ! Il aurait pu t'arriver malheur et j'en aurais rien su !
- Calme-toi, tenté-je gentiment. Je t'ai écrit avant-hier.
- Tu n'es qu'un parjure ! m'insulte-t-elle en me balançant son poing sur le torse, tu avais promis de revenir me chercher ! Tu avais promis !
- Je suis désolé Effa, soupiré-je.
- Arrête avec tes désolés ! crie-t-elle, tu m'as abandonné ! Abandonné !
- Dis pas n'importe quoi ! la coupé-je en posant fermement mes mains sur ses épaules.
- Je te déteste ! éclate-t-elle en sanglots brusquement. »
Perplexe, je l'enlace gentiment. Elle se met à pleurer et débiter des insultes à mon adresse tout en maudissant cet atroce voyage pour me rejoindre, la jument de Rowana dont elle est tombée plus d'une fois, et tous les chevaux de la terre du Milieu. Pour finir par faire une véritable déclaration d'amour à Murmure. Je tente de dissimuler mon rire en lui caressant gentiment le dos pour la consoler. Lorsqu'elle daigne relever ses yeux humides sur mon visage, il règne un silence de mort dans la cour.
« Je suis désolé Effa.
- J'espère bien ! gronde-t-elle.
- Ethéol, très cher, fait tout à coup Mallia en se plaçant à côté de moi, et si me présentiez à cette jeune elfe ? »
Neaffa lui lance un regard presque assassin, j'écarquille les yeux de surprise. Rowana éclate de rire avant de s'exclamer.
« Alors comme ça vous êtes de la noblesse, Silmaril ! Enfin non, ce n'est pas votre nom à ce que nous a raconté Neaffa, je dois avouer qu'Ethéol vous va beaucoup mieux ! Bien, fait-elle en descendant de cheval pour tendre les rennes à Ignias, j'ai envie d'un bon bain ! Qu'en dîtes-vous Neaffa ? »
OoOo
C'est un véritable débarquement, j'ai fait loger Effa et Rowana, Mitch et Tolst, Dérinir et Malaphrir respectivement dans les mêmes chambres pour permettre à tous de ne pas avoir à aller à l'auberge. Je connais bien Bo, il a beau avoir la conversation la plus drôle de ce coin du Rohan, ses lits ne sont jamais très propres et sa bière insipide. Cela a au moins un côté positif, ma mère a réendossé son rôle de maitresse de maison. Elle est sortie de ses pensées noires. Mallia en revanche semble ne pas apprécier que l'on trouble sa paisible retraite de jeune veuve. Pourtant elle est l'une des rares a avoir encore sa chambre pour elle seule.
« Ethéol, m'apostrophe ma mère au détour d'un couloir, où vas-tu ?
- Rejoindre Fama, il y a un problème au mur d'enceinte.
- Les Rohirims sont en route, m'annonce-t-elle, j'ai reçu une lettre de Dame Moira. Ils vont te demander…
- Ne t'inquiète pas, lui sourié-je, je ne t'abandonnerai pas à leurs griffes de vautour.
- Ce n'est pas d'eux que j'ai peur, je sais comment les amadouer, réplique-t-elle fermement.
- Maman, je pose ma main sur son épaule, il faut penser à sortir l'épée de papa. »
Son regard s'illumine soudain, elle m'enlace vivement. Faisant preuve d'une force dont je ne l'aurais pas cru capable en ces moments difficiles. Petit à petit, grâce à mes efforts pour redonner de l'énergie à cette demeure, elle semble rependre vie. C'est un véritable soulagement.
« La jeune elfe, Neaffa c'est cela ? demande-t-elle alors, c'est celle dont tu m'as parlé dans une de tes lettres, l'année dernière ?
- C'est elle, assuré-je.
- Ne devrait-elle pas être à Rivendell auprès des siens ?
- Maman, tu apprendras bien vite à la connaitre, m'esclaffé-je, cette elfe-là n'est vraiment pas comme les autres.
- Oui, j'ai vu votre altercation dans la cour tout à l'heure, sourit-elle.
- Et ce n'est qu'un début, tu vas voir je suis sûre que vous allez bien vous entendre. »
Elle hoche la tête, m'ordonnant de filer rejoindre Fama. Je tourne les talons, descends les marches et m'en vais à grande enjambée rejoindre mon bras droit en contrebas de la colline.
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