Bien le bonjour !
Aujourd'hui 23 février, joyeux anniversaire à Emily Blunt... eh oui eh oui, on aime vous régaler de ces petites infos cruciales !
Bonne lecture ! ;)
Coralie : Clo a toujours eu le sens de la formule, surtout pour faire rire ;) Pour Murdock et Sibby, c'est plutôt un truc sans arrière pensée de son côté - le mec a quand même embrassé Valérian derrière. L'admirateur secret c'est THE mystère qu'on ne peut hélas pas divulguer, désolée secret de fabrication du suspense héhéhé. Tkt tu auras la réponse ! Merci de tes reviews, bisous!
Chapitre 23
L'idée est tellement improbable -impossible même!- qu'elle en revient de manière obsédante dans mon esprit. Et ce foutu baiser n'arrange en rien la situation. J'envie Valérian, lui il est bien tranquille, il a sûrement déjà oublié ce moment gênant. Il ne veut même sûrement plus jamais y penser ! Et évidemment que Murdock a fait ça de façon spontanée et légère en nous embrassant tous les deux, c'est typique de lui. Valérian ou moi c'est plus ou moins la même blague pour lui.
Ma gargouille de porte d'entrée me tire la langue, me laissant enfin accéder à mon appartement. Enfin. Cette première journée de retour à Ilvermony a semblé infinie ! Et dire qu'il va falloir que l'on prépare ensemble les devoirs blancs des dernières années... longues soirées de joie en perspective... Il faut vraiment que j'arrête de ressasser, ça ne m'aide pas par Merlin !
« Ah bien tiens ! La voilà ! »
Un grommellement m'échappe, évidemment. Bien sûr. Nialh. Echoué sur mon canapé, il mâche des chips un verre de bière à la main. Nanak me sourit à son tour, lovée dans mon fauteuil tout délavé par le temps, sous lequel des livres dépassent. Ses cheveux sont remontés en un chignon lâche, elle lève son verre en ma direction.
« Sibby ! On a prévu de fêter un peu la fin des vacances !
- Fêter la fin des vacances ? Vous êtes sûrs que c'est vraiment le bon terme ?
- Disons plutôt boire pour oublier le retour à la réalité, gémit Nanak. Les premières années ne sont plus aussi choupinou qu'en septembre.
- M'en parle pas... »
Je me cale à mon tour dans le canapé, m'enroule dans mon plaid. Sur la télévision, je reconnais instantanément Mario Smach Bros. Merlin, où Nialh est-il allé retrouvé cette antiquité ?
« Je l'ai ramené du grenier des parents, figure-toi que Nanak est soit-disant super forte à ce jeu.
- De looongs après-midi de canicule californienne avec Mov, assure-t-elle. Ton frère se prend une petite humiliation...
- Oh, il a l'habitude t'inquiète Nanak.
- Ah mais vas-y Sib, je te laisse la manette. T'as toujours été tellement douée à ce jeu... »
Ah ça, j'ai toujours vite été éliminée des olympiades Mario du quartier tous les étés où mon frère a été obsédé par sa console. Je finissais toujours avec Tolkien au fond du jardin, allongée dans le hamac troué sous les arbres. Nialh était déchaîné pendant le week-end de ses olympiades et la maison était toujours en ébullition. Je les regarde s'envoyer des grands coups d'épée dans la tronche avant de me décider à aller chercher une bière au frigo. Nanak pousse un cri triomphal tandis que Nialh jette la manette sur le canapé. Il a toujours été très mauvais joueur, je parierai fort qu'on va passer la soirée dessus jusqu'à tant qu'il batte Anak. On est clairement pas couché...
La porte s'ouvre brutalement, la poignée s'écrasant contre le mur.
« Alors comme ça on m'attend pas pour la sauterie ?! J'vois que ça se laisse pas aller !»
Merlin, évidemment... Évidemment !
« Saluuuut Murdooooock ! Le moral est bon t'inquiète !
- Ben fallait te bouger un peu hein ! On avait soif nous !
- Aaaaaah, voilà une chose que j'aime entendre ! Où est la bière ?! Et c'est quoi ce truc ?
- Mario Smach Bros ! Un truc de non-mage, tu connais ?
- Et Nialh se fait défoncer !
- Oui alors attend Anak, hein, là c'était la remise en route. Fallait juste que je retrouve mes marques ! Et puis faut toujours laisser gagner les invités. Ma mère m'a bien élevé !
- Bon alors, t'as quoi en stock Sib ? »
Je sursaute, la porte du frigo toujours ouverte. Ah oui. La bière. Murdock s'appuie soudainement sur mon épaule et se penche pour scruter le contenu assez déplorable du réfrigérateur. Je me raidis sous le poids de son avant bras. De près, sa barbe soigneusement entretenue a l'air extrêmement douce et son odeur boisée m'enveloppe soudainement.
« Hum, j'ai de la Amerindian Ghost Pale Ale, sûrement de Nanak, de la bièraubeurre et une Lycante. Tu veux quoi ?
- La Lycante tiens, sort-il la bouteille de la porte. »
Je le regarde du coin de l'œil, ouvrir le tiroir à couverts et en sortir le décapsuleur. Il avale une longue gorgée de bière, faisant claquer sa langue de plaisir. Ses yeux tombent sur moi, il me dévisage, arquant un sourcil.
« Un problème Sib ?
- Quoi ? »
Merlin, d'où vient cette petite voix enrouée ?
« Ah, merde, s'excuse-t-il en me tendant sa bouteille, t'en voulais ?
- Non, rassuré-je, non pas du tout. Je vais peut-être prendre de la limonade.
- De la limonade... répète-t-il.
- Oui voilà. »
Il me regarde avec intensité avant d'éclater de rire, me balançant sa paluche dans le dos.
« T'es malade ! Prends de l'Amerindian et ramène tes petites fesses, va falloir m'apprendre à jouer à votre machin de non-mage.
- Tu ne t'adresses vraiment pas à la bonne personne... marmonné-je en remontant mes lunettes sur mon nez. »
Il m'ignore, ébouriffant mes cheveux avec amusement, avant de prendre une Amerindian et de refermer mon frigo d'un coup de pied.
« BORDEL DE MERDE !
- Alors quoi joli cœur, l'apostrophe Murdock goguenard, tu t'fais botter le cul ?
- Ouais ben la ramène pas hein ! »
Murdock s'installe sur le canapé et je constate avec déplaisir que mon frère s'est arrogé les deux tiers de la banquette. Me laissant à peine de quoi poser une fesse, si je ne veux pas être complément coller à mon collègue... Nialh me sourit narquoisement, je lui lance un regard glacial. Murdock ne remarque rien, je me glisse doucement à côté de lui. Me raidissant un peu en sentant son bras posé sur le dossier du canapé derrière moi. Je me sens m'empourprer lorsqu'il me ramène contre lui pour trinquer. Son sourire machiavélique déclenche aussitôt le mien alors qu'il se penche en s'esclaffant.
« J'ai trouvé le sujet pour les dernières années... Tu vas adorer.
- Merlin, est-ce que tu vas encore nous les faire flipper pendant deux semaines ?
- On a une réputation Sib ! Cette année, on va les faire chouiner... »
Son ton déclenche immédiatement mon rire, je sens immédiatement le regard de Nialh. Qu'il aille au diable.
OoOoOo
« Et pour finir, passons à Miss Simone Wanderberg, annonce Anastasia. »
Je repère son nom dans mon carnet, faisant défiler la liste des sixième années d'Oiseau Tonnerre grimaçant un peu en constatant sa moyenne générale en Histoire de la Magie. Sa paresse n'a d'égal que sa capacité à vous retourner la classe à son humour. Une véritable petite peste. Son passage risque d'être long, je sens déjà Cornélius vibrer d'impatience à l'idée de dégoupiller sa colère.
« Je crois qu'on sera tous d'accord pour dire, comme on le répète d'ailleurs depuis sa première année, que cette gamine est une cause perdue, lâche-t-il. On en est à combien d'heures de retenue ce semestre ? Dix-sept ?
- Vingt-deux, corrige Esteban. J'finirai bien par croire qu'elle est à mi-temps avec moi !
- Vingt-deux ! Sarah, je veux pas m'immiscer dans ta gestion de classe mais va falloir trouver une solution sinon je l'enferme avec l'épouvanteur au prochain cours !
- Elle a eu des problèmes avec ses parents, son papa est très malade, explique Mrs Peters la professeurs principale des Oiseau Tonnerre de sixième année. J'ai pris rendez-vous avec sa maman, elle semble un peu dépassée par la situation.
- Plutôt que de la coller avec Esteban, est-ce qu'on ne pourrait pas plutôt l'obliger à venir deux heures par semaine à la permanence de la bibliothèque pour faire ses devoirs. Au moins cela compenserait ses lacunes, proposé-je.
- J'admire ta naïveté Sibéal, me rétorque Cornélius avec humour, mais la bienveillance ça va bien cinq minutes !
- Cornélius, ne nous emportons pas, temporise Anastasia. Il est vrai que ses résultats catastrophiques sont inquiétants, elle va passer les épreuves anticipées et c'est très mal parti... Elle a une idée de ce qu'elle veut faire plus tard ? »
Je préfère m'abstenir. Cornélius est déchaîné. Machinalement je dessine des runes sur mon carnet. Me remémorant la soirée d'avant hier où Nialh a fini écoeuré, battu à plate couture à toutes les parties contre Nanak qui a exulté avant qu'il ne la bombarde de mes coussins pour la faire taire. Murdock n'a pas arrêté de se foutre de lui le reste de la soirée. En partant, mon frangin m'a fait son clin d'oeil de connivence, j'ai préféré l'ignorer. Il serait temps de demander à ma gargouille de lui interdire l'accès à mon appartement, il se prend pour mon colocataire.
« Je suis assez surpris de vos remarques, intervient Valérian. En sortilège elle se débrouille vraiment bien, elle fait beaucoup d'efforts et je n'ai aucun problème de comportement. Son binôme avec Miss Chavez fonctionne bien. Peut-être faut-il les mettre à côté dans vos cours aussi ? »
Et c'est moi la naïve ? Je sourire narquoisement à mon collègue, qu'il suppose que son charme de vénale ne soit en rien concomitant de la douceur sirupeuse dont Simone fait preuve dans son cours est quand même assez comique. Ses yeux bleu glacier feraient se taire d'admiration n'importe qui, même Cornélius s'il le voulait. Nanak échange un regard amusé avec moi, on est d'accord...
« Je vais la faire venir dans son bureau avec sa maman et vous, Mrs Peters pour que l'on discute sérieusement de son avenir, conclut la directrice, et je propose de mettre un avertissement dans son bulletin.
- Au minimum ! grince Cornélius.
- Bien, je vous propose de nous quitter s'il n'y a pas plus de remarque. »
Je range mes affaires et les fourre dans ma besace. Nanak contient tant bien que mal un bâillement, un coup d'oeil à l'horloge m'apprend qu'il est déjà 20h.
« ça vous dit on se commande un truc ? Proposé-je.
- Oh oui ! J'ai trop envie de tester l'Indien tenu par des Elfes de maison !
- Pourquoi pas, acquiesce Valérian. Il faut juste que je passe récupérer des copies dans ma salle.
- Miss O'Gallaghan ? m'interpelle Anastasia, je pourrais vous voir une minute ?
- On se retrouve en salle des profs ? Je vous rejoins dans une minute. »
Valérian et Anak échangent un regard intrigué, heureusement sans faire de remarques ils sortent ensemble de la salle des conseils me laissant avec notre directrice. Mon amie, me fait un petit sourire de soutien en fermant la porte derrière elle. Mrs Bolkovitch dans sa robe de sorcière gris argenté soupire un instant.
« Vous devez sûrement savoir de quoi il s'agit.
- J'imagine que c'est la suite de l'affaire Patterson...
- En effet, le conseil d'administration a été averti du problème. Il a voté votre inspection dans deux semaines.
- Très bien.
- Vous allez très bien vous en sortir Miss O'Gallaghan, me rassure-t-elle, j'ai toute confiance en vous. »
J'ai dû mal à avoir sa confiance. Patterson Père a des contacts au département de l'éducation du ministère de la Magie, je suis presque certaine qu'il sait très bien qui va venir m'inspecter. Peut-être même qu'il a glissé un mot pour demander quelqu'un en particulier. Alexander Binks ou pire encore Mary Cox.
« Savez-vous de qui il s'agira ? soufflé-je avec dépit.
- Mrs Cox. »
Le reste de la conversation me passe par dessus la tête, trois banalités et une politesse plus tard je me retrouve dans le couloir. Cox va avoir ma tête, peu importe le cours, les élèves et le sujet. Elle voudra ma tête. Elle va remplir un rapport désastreux qui va encore saper un peu plus mes chances d'aller enseigner à l'université. Peut-être qu'elle va me dégager de mon poste. Oh Merlin...
« Sibby ça va ? »
Je lève les yeux sur Anak revenue sur ses pas, elle a un gentil sourire. Je secoue la tête, la gorge serrée. Elle m'entoure aussitôt de ses bras.
OoOoOo
« Je serais pas alarmiste, rationalise Valérian, c'est une inspectrice, une professionnelle. Déontologiquement parlant, elle ne peut pas te faire virer pour faire plaisir à un ami. Et si ça se trouve elle ne le connaît même pas. »
Je préfère les laisser discuter de mon sort, jouant avec un morceau de crevette dans mon curry. Malgré l'odeur alléchante, j'ai dû mal à avaler et à croire en l'optimisme pragmatique de mon collègue. Que ça soit Mary Cox ne peut pas être coïncidence. Et dans deux semaines ! Je devrais être déjà en train de mettre au propre mes cours, plutôt que de trainer en salle des profs.
« De toute façon, tu n'as rien à se reprocher ! assène Anak, c'est un petit merdeux pété de tune qui en fout pas une. Elle va bien voir que t'es une super prof !
- Je sais pas, marmonné-je en repoussant finalement mon plat. On verra. »
Nanak me lance un regard peiné.
« De toute façon, Mrs Bolkovitchsera là aussi lors de l'entretien. Elle pourra vérifier que l'inspection est impartiale, assure Valérian. »
Je me demande bien ce que je pourrais faire si je dois quitter Ilvermony. Retourner vivre chez mes parents puisque je devrais laisser mon appartement de fonction. Non. Plutôt vivre avec Nialh que d'aller essuyer l'inquiétude étouffante de ma mère.
« Tu vas donner le meilleur et ça va aller, affirme Anak. J'ai toujours été nulle en Histoire de la Magie mais je peux mettre au propre ton carnet à notes ?
- C'est gentil, je vais m'en sortir ne t'inquiète pas.
- Tu sais avec quelle classe ça sera ? »
Je secoue la tête, avec ma chance ça va tomber sur l'heure où j'ai Patterson.
« Espérons que ça ne soit pas l'heure à laquelle tu as son fils. »
Anak fusille du regard Valérian.
« Même si c'est avec lui, Sibéal va tout déchirer.
- Je n'ai pas dit le contraire mais ça lui permettrait d'être plus sereine, lève-t-il les yeux au ciel.
- On verra bien, les coupé-je. Si on parlait d'autre chose, j'en ai un peu marre de ressasser... »
Anak hoche la tête avant de lancer à Valérian.
« Tu connais Mario Smash Bros ? »
Il plisse les yeux, l'air circonspect avant de me regarder.
« Non. La question c'est surtout, est ce que j'ai envie de connaître ?
- ça dépend si tu aimes te faire humilier ou non... »
Nanak lui sourit narquoisement, il fait une grimace et se contente de l'ignorer en avalant un morceau de cheese nam.
OoOoOo
Les tiroirs du bureau sont tous ouverts, dégueulant de papiers. Une pile de copies à corriger trône dans un angle, ma tasse de thé posé dessus est devenue bien froide. Je grimace avant de la reposer à sa place. Je lève les yeux sur l'horloge au fond de la salle de classe, Merlin je suis encore loin du compte. Heureusement que la semaine prochaine c'est la sortie scolaire d'Anak des deuxième années. Ça me fait ça en moins à penser. Je me frotte les yeux avant de remonter mes lunettes pour me pencher à nouveau sur la programmation des compétences de rédaction des premières années.
La porte s'ouvre brusquement, me faisant sursauter. Je me retourne, Murdock entre, une tasse à la main.
« ça sert à rien de faire des heures sup' m'apostrophe-t-il, ils te paieront pas plus !
- Vue le perfectionnisme de Cox, j'ai intérêt à passer toutes mes journées sur son inspection, elle va tout passer au peigne fin... »
Il me tend mon mug aux couleurs de Serpent cornu, le thé à la pêche odorant coule avec chaleur dans ma gorge. Merlin, j'avais vraimentbesoin de ça.
« Bon, qu'est ce que tu nous fabriques ? s'appuie-t-il contre le bureau en constatant le bordel, T'sais, te mets pas autant la pression, elle peut rien te reprocher. Tes cours pourrait être publier dans un putain de manuel de pédagogie. Je te les emprunte bien pour une raison !
- Il faudra peut-être un jour que je demande compensation...
- J'te prête quand tu veux les armes pour refaire la grande guerre troll, propose-t-il avec un enthousiasme moqueur. Les troisièmes années ont été c-o-n-q-u-i-s.
- Conquis ou terrifiés ? Je te rappelle que tu as fait venir Irving Gologan - Irving Gologan le président de l'association des trolls estropiés!- pour une démonstration en direct..., je sirote avec plaisir mon thé.
- Eh ben, ils ont été conquis ! ré-affirme-t-il. Ils ont bien compris qu'il fallait pas faire les marioles face aux trolls. Une leçon de vie s'tu veux mon avis !»
Je dissimule un sourire amusé, il se penche sur mes papiers fronçant les sourcils en relisant par-dessus mon épaule mes programmations.
« T'en as pour toute la nuit.
- Je sais, soupiré-je.
- J't'aurais bien passé les miennes, mais j'ai jamais compris pourquoi vous vous emmerdiez avec ça. »
Il tire brusquement un tabouret et s'assoit à côté de moi, sortant une à une mes corrections.
« Par les couilles de Merlin, c'est chiant...
- M'en parle pas...
- Bon allez, donne-moi ça je te fais celle des dernières années. »
Surprise, je le dévisage. Il me lance un sourire goguenard qui me fait légèrement rougir.
« C'est pas parce que j'en vois pas l'utilité que je sais pas en faire.
On aurait pu croire le contraire, me moqué-je. »
Il me bouscule de son épaule musculeuse, avant de se mettre immédiatement au travail, s'appropriant une partie du bureau pour étaler des parchemins vierges qu'il sort d'un tiroir. Je le fixe, assez médusé par la vision qu'il m'offre à la lumière des bougies. Elles dessinent des ombres mordorées sur sa peau tannée par le soleil et sur son bonnet vert enfoncé sur son crâne. Il se gratte machinalement la barbe tout en gribouillant sur mon parchemin. Il darde un regard inquisiteur sur moi, je me raidis.
« Un problème ? »
Je m'entends balbutier sans assurance.
« Disons que c'est la première fois que je te vois travailler.
- A situation exceptionnelle, mesure drastique ! Allez au boulot Sib, on va pas y passer la soirée. Et t'as intérêt à me payer la pizza ce soir.
- Je te préviens, il y a Battlestar à la télé.
- T'as intérêt à te bouger les miches alors, fait-il concentré sur son parchemin, j'ai pas envie de louper le début. »
Une bouffée de chaleur me sert le ventre, je lui souris de façon idiote.
OoOoO
Ils sont tous partis boire un coup pour fêter le week-end, j'ai réussi tant bien que mal à convaincre Nialh d'y aller et de refuser l'invitation à les accompagner. Histoire d'avoir une chance de faire quelque chose de productif et d'apprécier mon appartement silencieux. Pour la productivité, elle est proche du zéro absolu ce soir. La faute à mon exemplaire corné de nouvelles de Philip K. Dick, qui eu cru que je l'avais perdu dans le placard à serviettes de la salle de bain ?
Je remonte avec satisfaction mon plaid, m'enfonçant de toute ma longueur dans mon canapé enfin à ma seule disposition. Un vieux disque crache de l'indie rock irlandais. Une chanson et un chapitre plus tard, je me résigne à ne pas réussir à me concentrer.
Si ça se trouve Nanak et Nialh se sont lancés un défi stupide pour faire la revanche de leurs parties de Mario Smash Bros. Je suis sûre que Nialh balance des chips à la figure d'Anak parce qu'elle lui décrit avec délectation sa tronche de mauvais perdant. Peut être même que Valérian a accepté de boire un peu plus que d'habitude, poussé par Murdock à se décoincer un peu. Wanda est sûrement en train de geindre qu'elle ne trouvera jamais l'âme sœur après avoir essuyé un nouveau date pathétique avec le barman du village. Kenneth sera là, mon frère s'en fichera. C'est sûr même. Et probablement que Murdock lui fera quelques remarques piquantes pour venger l'honneur de Nialh ou bien pour son propre amusement. Va savoir ce qu'il se passe des fois dans la tête de ce demi-nain...
Oh eh puis mince.
D'un coup de baguette, mes baskets courent jusqu'à moi tandis que mon manteau et mon écharpe sortent du placard de l'entrée. Un coup d'œil au miroir me fait grimacer, bon tant pis ça sera jogging et t-shirt Star warsce soir. J'ouvre la porte d'entrée, enfonçant mon bonnet sur mes oreilles, impatiente de rejoindre le bar, Anak et Murdock.
« Sib ?
- Ea ? m'esclamé-je. Qu'est-ce que ce qu'il se passe ?
- Tu... tu comptais sortir ? »
Sa petite voix fait retomber immédiatement mon adrénaline. Sa mine est décomposée.
« Tu veux rentrer ?
- Je veux pas t'embêter. »
Je secoue la tête, retire mon bonnet, mon écharpe et mon manteau avant de la faire entrer. Elle s'assoie sur le fauteuil délavé, ses yeux verts brillent. Je lance un chocolat chaud avant de la rejoindre doucement.
« Tu allais rejoindre ta copine ?
- Anak ? Oui, ils sont au pub pour fêter le week-end.
- Ah c'est cool... Y a Murdock aussi je suppose ?
- Et Nialh oui. »
Elle hoche vaguement la tête, se la prenant soudainement dans ses mains. Ses longs cheveux tressés retombent sur son visage.
« Papa sait. »
Oh.
« Tu lui as dit ?
- Oui. »
J'imagine la tête de notre paternel, toujours affectueux et attentionné mais si traditionnel et guindé dans ses idées. Apprendre l'homosexualité de l'un de ses enfants... a dû être un choc auquel rien ne l'a préparé.
« Il a dit quelque chose ?
- Il a dit qu'il était content pour moi, que... souffle-t-elle d'une voix étranglée, qu'il... qu'il était content que je lui dise... qu'il était content que j'ai enfin pu me trouver.
- C'est plutôt une bonne nouvelle... non ? »
Je caresse doucement son dos. Elle hoche vaguement la tête sans me regarder avant de murmurer d'une voix perdue.
« Il a dit que je devais pas le dire à maman. Pas tout de suite. »
Mon ventre se serre. Ah. Oui, maman et ses rêves de famille parfaite à l'Eglise, maman et son éducation catholique irlandais à la dure. Maman qui l'adore mais...
« Je crois qu'il a peur que je lui dise, éclate-t-elle en sanglots, qu'il veut pas qu'elle ai honte de moi. »
Je l'enveloppe dans mes bras, la berçant contre moi.
« Je suis certaine que ce n'est pas ce qu'il voulait dire.
- Je... je sais pas Sibéal, j'ai toujours fait un peu honte à maman, sanglote-t-elle. »
Sa phrase me transperce le cœur, je la serre plus fort encore. Ma grande sœur si fragile, si perdue.
« C'est faux, elle t'aime à la folie. Elle s'inquiète toujours pour toi, tu lui manquais tellement Ea, tu n'as pas idée à quel point tu lui as manqué. S'il te plait, ne dis pas ça. Ne dis jamais ça. Il faut juste laisser le temps à papa de digérer la nouvelle, il sera de ton côté quand tu le diras à maman.»
Elle hoche la tête, reniflant bruyamment. Je caresse doucement sa joue humide.
« En tout cas moi je suis fière de ma grande sœur. »
