Tuesday, Wednesday happy daeaaaays...
Allez,
Bonne lecture les p'tits chats !
Chapitre 24 :
"Et… BUUUUT !"
La voix tonitruante de Murdock fait se retourner tous les occupants du bar vers nous et je fais la moue tandis que Valerian devant moi se masse l'oreille, celle qui vient tout juste de se faire agresser par son coéquipier. Le mien me fusille d'ailleurs des yeux et grimaçante, je m'excuse silencieusement.
"Mais c'est pas vrai ! T'es une gardienne ou une passoire ?! m'accuse Nialh.
-Mais je t'ai dit que j'étais meilleure en attaquante !
-Non, non, t'as dit que "tu te débrouillais…", me rappelle-t-il, 10 contre 4, j'appelle pas ça te débrouiller !"
Il pointe du doigt les perles percées qui représentent nos scores.
"Eho, mauvais joueur ! l'interpelle Murdock, en fanfaronnant, si tu marquais plus, vous auriez pas que quatre. Et c'est pas les dons de goal de Valerian qui t'ont fait barrage…
-Je rappelle juste une petite chose, intervient celui-ci en levant un doigt important, je n'aurais jamais joué si tu ne m'avais pas piqué les clés de chez moi. Je déteste le babyfoot.
-Et tout ce qui est un peu fun en ce monde !
-N'empêche, c'est vrai que ce jeu est nul, le défendé-je pour une fois.
-C'est toi qu'es nulle, contre Nialh.
-Et toi, t'es le pire coéquipier du Massachussets !
-Ca, c'est peu de le dire !" appuie une voix qu'on reconnaît tous aussitôt.
Sibéal arrive dans toute sa splendeur accompagnée de sa grande soeur Eanna. Et quelle belle surprise ! On l'avait invité, bien entendu, mais elle avait préféré passer la soirée chez elle pour bouquiner. Je m'éloigne de ce satané babyfoot et accoure vers elles deux pour les accueillir comme il se doit :
"Siby ! Te voilà ! Et coucou Eanna !"
Celle-ci m'adresse un petit sourire et un geste de la main.
"Ah bah ça tombe vachement bien ! se réjouit Murdock.
-Oui, merveilleusement bien, s'accorde Valerian, tu pourras me remplacer.
-Non, non, non ! refuse Nialh. Viens ici, frangine, que je puisse enfin gagner !
-Je suis sûre que tu vas encore perdre ! prédis-je, le menton haut.
-Ouais, ouais, fait-il tout en attrapant Siby du poigné pour l'amener à lui, va plutôt nous payer la prochaine tournée de bière-au-beurre ! C'était au perdant de s'y coller !
-Ouais, et la prochaine sera pour toi, du coup !" poursuit Murdock en se marrant.
Nialh se rembrunit.
"Seulement si je perds deux fois d'affilée ! négocie-t-il avant de se tourner férocement vers Siby, donc HORS DE QUESTION ! On se concentre !
-Je suis pas loin de regretter d'être sortie…, s'agace Siby.
-Ouais, bah trop tard ! Allez, on y va !"
Siby me lance un regard de défaite et je ris en lui faisant comprendre gestuellement que je reviens vite. Je me retourne donc vers Eanna et lui demande si ça lui dit de m'accompagner, et de pourquoi pas m'aider à ramener à la bataille de verres que j'aurai sur les bras.
"Oh bah écoute, je n'ai rien de mieux à faire, accepte-t-elle, à part peut-être la supporter pour Sib, mais ça voudrait dire encourager Nialh, et je pense pas que j'ai tant envie que ça de nourrir le dragon…
-Alcoolisons-le, ça apaisera sa colère !" décidé-je le poing en l'air.
Elle m'adresse un petit sourire en acquiesçant et je remarque une assez nette différence d'humeur en comparaison avec la soirée du nouvel an. Après, je ne la connais pas depuis longtemps, c'est assez difficile d'en tirer une conclusion mais elle m'a tout de même pas l'air dans son assiette.
Je ne dis cependant rien pour le moment et on se dirige toutes deux vers le bar, où l'un des barman nous accueille aussitôt, et je passe ma commande. Une fois qu'il s'en va, je jette un coup d'œil au profil d'Eanna et elle fixe un point, l'œil dans le vague. Je me racle la gorge, hésitant un peu, mais ne la voyant toujours pas réagir, je tente une question :
"Est-ce que…, commencé-je et elle se tourne vers moi avec une mine interrogatrice, tout va bien ?
-Oh, fait-elle, réalisant que j'ai remarqué quelque chose, je devrais dire oui… j'imagine, mais pour être franche, j'ai connu de meilleurs jours."
Je hoche la tête en tentant un petit sourire de circonstance, alors qu'une foule de gens arrivent et assomment les barmen de commande.
"C'est peut-être la fatigue du nouvel an qui traine," supposé-je avec un sourire encourageant.
Elle rit un peu et secoue la tête en négation.
"Maintenant que tu me parles du nouvel an, je viens de réaliser que je crois bien avoir respecté notre résolution.
-Ah bon ?
-Hm… je n'y avais pas pensé plus tôt, mais oui, fait-elle en souriant. J'ai longtemps caché certaines choses à mes parents, j'étais terrorisée à l'idée de leur dire et aujourd'hui, j'en ai parlé à mon père. Dans mes cauchemars, quand je le faisais, c'était pire mais le jour, quand je m'imaginais le faire… ça se passait mieux. Alors, je ne sais pas, avoue-elle en haussant les épaules, si je suis soulagée ou bien, dévastée."
Je crois comprendre de quoi il s'agit et je lui souris avec optimisme.
"Tu as raison, tu as déjà tenu notre résolution avec succès ! la félicité-je. Et je suis sûre que ton courage sera récompensé !"
Elle m'étudie un moment et je fronce les sourcils d'un amusement curieux devant une telle attention, et elle finit par me dire :
"Je devrais vivre un peu plus comme toi, ça parait tellement plus facile !"
Je suis un moment prise de court par la remarque, et un rire nerveux m'échappe, balayant les mots d'un geste faussement désinvolte de la main en me retournant vers le bar où je m'accoude, cherchant notre barman des yeux. Je le vois remplir verre sur verre avec le plus grand sérieux.
"Oh, je suis désolée, dit-elle, je ne voulais pas te blesser.
-Non, t'inquiète pas, je sais que c'était un compliment !" assuré-je avec énergie.
Mais beaucoup d'autres l'envisagent autrement. Les gens faciles n'ont jamais eu la cote ici-bas. Je sais que bien peu ne me prennent au sérieux, et encore moins n'attendent quoique ce soit de moi, ce qui effectivement simplifie grandement la vie. Ca évite de devoir décevoir, mais ça n'empêche pas, en revanche, d'être déçue. Bien au contraire. Et comme Eanna l'a si bien dit, le contraste entre les pensées qu'on a le jour et ces mêmes pensées qui nous reviennent le soir est abyssal. J'ai soudainement envie d'appeler Chad, le seul en dehors de ma famille qui ne m'ait jamais quitté, mais je me retiens en songeant à la délicieuse bière-au-beurre qui m'attend et qui me réchauffera très certainement le cœur !
"De toute façon, on est ce qu'on est, renchéris-je, et même si on le voulait, on ne pourrait pas changer !
-Et ce n'est pas ce qu'on veut ! assure alors Eanna.
-Non !" acquiescé-je.
Le barman revient donc avec les verres qui les suivent vaillamment en flottant, et je sors mon porte-monnaie pour m'acquitter de la facture quand Eanna m'arrête avec autorité.
"C'est pour moi, dit-elle, j'ai quelque chose à fêter !
-D'accord, alors !"
Elle paye et je me saisis d'une des boissons pour la lever vers Eanna pour un toast :
"Aux bonnes résolutions ! proposé-je.
-Aux meilleures !"
OoOoOo
"Attends une seconde…"
Suspendue aux lèvres de mon frère, scrutant avec anticipation son air gravement songeur, j'attends ses prochains mots.
"La rose ! s'écrie-t-il soudainement victorieux.
-La rose ?
-La lettre est parfumée à la rose ! J'me disais bien que je connaissais cette odeur…"
Je me rembrunis, en marmonnant. Tu parles d'un exploit, un jardinier qui connait le parfum de la rose. Il la retourne dans ses mains sans se dépêtrer de son air de fierté, tandis que je m'adosse à nouveau au banc sur lequel on s'est installé. On est dans un coin de la cour de l'école, et je regarde un groupe d'enfants se disputer après une bataille de cartes explosives.
J'ai reçu une nouvelle visite de la chouette à la pause, et ce que j'avais pris pour la farce d'un jour s'est reproduit. Ma deuxième lettre d'amour repose dans les mains de Moh, et elle parle encore d'étoile et de ma beauté. Cette fois-ci cependant elle est signée d'un "X." Ce qui ne m'avance guère puisque je ne connais personne dont le prénom commence par un X…
Xarthur ? Xannabelle… Xéric ?
Je soupire. Pff, je laisse tomber.
"Quoi ? fait mon frère en voyant ma tête.
-Rien, dis-je en reprenant mon courrier, c'est sûrement une erreur de destinataire, de toute façon.
-Et pourquoi il ou elle chercherait toutes les phrases de drague en rapport avec les étoiles ?
-Parce que c'est accrocheur ?
-Parce que t'es prof d'Astronomie !
-T'es jardinier, et pourtant personne n'a essayé de te pécho en te disant que t'es beau comme un géranium.
-Ouais, dommage, d'ailleurs, j'aurais pas pu résister…
-Anak."
A l'entente de mon nom qui ne vient clairement pas de la bouche de mon frère, je cache en un éclair la lettre dans le t-shirt de Moh alors que ce dernier me fait des grands yeux de surprise.
Valérian arrive en nous jetant tour à tour des regards suspcieux et d'un commun accord, nous nous affectons de l'air le plus innocent que nous avons développé dans la famille pour couvrir nos méfaits. C'est à dire un sourire béat et de grands yeux papillonnant.
"Valérian ! le salué-je avec entrain.
-Ca va bien ? lui demande mon frère sans attendre.
-Oui, oui… vous ne faites rien d'illégal, à tout hasard ?
-Comme quoi ? m'enquis-je de curiosité.
-Oh non, non, dit Moh en m'assénant un coup de coude. On parle juste bouture et constellation…
-Ah… oui, euh, je venais pour te demander si je pouvais emmener ma classe avec la tienne à la sortie que tu organises à l'observatoire."
J'essaye de cacher ma moue en cherchant un prétexte pour refuser. Toute une journée de sortie avec Valérian, le vélane en chef des tatillons, je ne suis pas sûre si c'est vraiment une invitation au bonheur… En plus, je suis sûre qu'il charmerait toute ma classe et qu'ils ne retiendront plus rien du tout !
"C'est que…, commencé-je, tu vois… je suis pas sûre que la directrice accepterait, comme ça, à la dernière minute…
-J'ai déjà vu avec elle et elle est d'accord.
-Oh. Ah bon.
-Oui, oui. Mais bien sûr, si ça te dérange…
-Ouhlà, noooon ! Au contraire ! certifié-je. Quelle joie !"
Il opine du menton, même s'il n'a pas du tout l'air convaincu, et il s'en va en me regardant bizarrement quand je lui fais un joyeux au-revoir des deux mains.
"T'en fais trop," m'indique Moh en rabaissant lui-même l'une de mes mains.
Je lâche un profond soupir et laisse tomber ma tête sur son épaule.
"Depuis quand il aime les étoiles, par Merlin… c'est la pleine lune ou quoi ?
-C'est pas un loup-garou."
Je gémis de désespoir contre son épaule et Moh rigole en ressortant ma lettre de son t-shirt. Il la déplie pour lire les quelques mots qu'elle contient avant de sursauter violemment.
"Je crois que c'est lui ! s'exclame-t-il.
-Lui qui ?
-Valérian ! Ton admirateur secret !"
Je regarde mon frère, son œil droit, puis son œil gauche, penche la tête, recommence. En voyant qu'il est bien sérieux, je reprends la lettre et la sniffe :
"Y'a sûrement de la drogue dans ce parfum à la rose.
-Non, Nanouille, écoute ! conteste-t-il. Je crois avoir entendu une gamine s'extasier sur son deuxième prénom, un jour… Xavier !
-Hm… j'aime pas du tout, décidé-je.
-C'est notre Monsieur X ! insiste-t-il en m'ignorant.
-Valérian ? Le vélane dont toute la population du coin est folle ? Celui-là ? demandé-je avec réticence.
-Oui !
-Pourquoi il ferait une telle chose ? Il n'a même pas assez d'humour pour que ce soit une blague, remarqué-je.
-Je ne parle pas d'une blague.
-Il ne m'adresse la parole que pour me faire des remontrances… à vrai dire, je crois qu'il ne me confierait même pas sa tasse de café le temps qu'il aille aux toilettes. Oui, assuré-je en hochant de la tête avec conviction, j'en suis même à peu près sûre !
-Mais il vient de faire des pieds et des mains pour participer à ta sortie, alors que, comme tu l'as dit, il n'a jamais montré le moindre intérêt pour les étoiles…"
Je fronce les sourcils, en me mordillant la lèvre. C'est vrai que ça, par contre, c'est étrange…
"En plus de ça, poursuit mon frère en levant un doigt pointilleux, quel autre homme par ici imagines-tu parfumer ses lettres d'amour à la rose ? Mis à part moi, je veux dire."
Cela dit, là, je dois dire, je suis sur le cul mais il marque un point.
OoOoOo
Siby et moi avançons côte à côte dans les couloirs alors que les élèves nous dépassent à toute vitesse pour sortir le plus rapidement de l'école et profiter de leur soirée. Je lui lance un petit coup d'œil discret et la trouve sans réelle surprise dans une réflexion silencieuse et sombre. Elle doit s'inquiéter pour l'inspection qui approche…
J'encercle son bras des miens et lorsqu'elle tourne un air étonné vers moi, je lui souris doucement.
"Oh, désolée, j'étais ailleurs, s'excuse-t-elle, un mince sourire aux lèvres.
-Et si… on faisait quelque chose qui sorte de l'ordinaire ? proposé-je.
-Qui sorte de l'ordinaire ?
-Oui… quelque chose qui.. nous prenne aux tripes ! Comme un saut à l'élastique !"
Elle se met à rire en secouant la tête et retroussant le nez de désapprobation, mais ses idées noires semblent s'être éloignées, aussi je ne fais que redoubler d'énergie, la tirant avec moi alors que j'accélère le pas.
"Trop effrayant ! refuse-t-elle.
-Oui, tu as raison… un strip-teaser ?"
Elle repart dans un rire, une main se portant à son visage pour cacher son amusement et son embarras.
"Beaucoup trop gênant !
-Mince, donc ma troisième idée n'ira pas, elle est à la fois effrayante et gênante…
-Si c'est les deux à la fois, ça change tout," plaisante-t-elle.
On passe devant un mur et une grosse affiche y est attachée, attirant mon œil. Un dessin-animé d'homme y nage, y fait du vélo avant d'y courir, et de recommencer cette boucle infinie. Je libère le bras de Siby pour m'approcher et le mot TRIATHLON m'explique l'ensemble de la proposition.
"Et ça ? demandé-je triomphalement.
-Un triathlon ?
-Que notre entraînement intensif à la salle ne soit pas en vain…
-Oui… oui, ça me dit bien !
-Top ! me réjouis-je. Je proposerai demain à Murdock de le faire avec nous !"
L'expression de Siby devient étrange et elle baisse un instant le regard avant de le reporter vers moi, un peu plus décidée.
"Et si… on le faisait que toutes les deux ?
-Pourquoi ? m'étonné-je.
-Ca fait longtemps qu'on n'a pas fait un truc toutes les deux…
-Oh… oui d'accord !
-Ah bah vous voilà !"
Comme invoqué, Murdock débarque vers nous depuis le bout du couloir et je vois très distinctement Siby faire un bond. Je la détaille des yeux, surprise, mais Murdock est sur nous en l'espace de quelques secondes, et repère aussitôt l'affiche dont on discutait.
"Oh, vous comptez le faire ? devine-t-il. Cool ! Je le ferai bien aussi ! Ca nous permettra de montrer à la foule de jaloux l'étendue des talents de notre trio de champions !"
Je me masse la nuque, gênée, cherchant comment adresser le sujet épineux quand Siby me précède, rougissante mais visiblement ravie :
"Oui, ce sera cool."
Elle m'adresse un très bref regard et s'apercevant de ma confusion, elle m'offre un petit sourire contrit. Je n'ai pas plus le temps de l'analyser que Murdock se tourne vers moi pour me prendre à parti, et encercle mon cou de son bras peu scrupuleux, me tordant au passage les cervicales.
"Bah alors, Miss Nanak, on deviendrait pas mou du genou j'espère ? Je ne le permettrai pas !
-Non, Chef Murdock ! Oui, Chef Murdock ! mimiqué-je d'un salut militaire.
-Bien…"
Siby rit, mais je discerne sans mal le remerciement silencieux qu'elle m'adresse même si je ne le comprends pas complètement. Je jette un coup d'œil à Murdock qui n'a rien remarqué.
Est-ce que Nialh aurait vraiment vu juste ?
OoOoOo
"Oh, Timothée ! m'extasié-je devant le garçon de douze ans. Comme tu as grandi !"
Il ne fait pas partie de mes classes et j'ai l'impression de ne l'avoir pas vu depuis une éternité… bah depuis l'Afrique ! Ce qui fait loin, même dans mes souvenirs ! Ah, il m'a manqué, ce petit garnement… on avait tellement de centres d'intérêts en commun…
"Merci, M'dame, me dit-il, pas vous, par contre."
Je fronce les sourcils et le regarde avec sévérité. J'avais oublié quel petit impertinent il était ! Alors que je disais ça par pure politesse, évidemment qu'il n'a pas grandi en deux mois !
"C'est vilain de dire la vérité, lui fais-je la leçon.
-Miss Freeman, m'interpelle Valérian, chacun s'occupe de ses propres élèves, voulez-vous ?"
Je jette un regard renfrogné en sa direction. Comme si je l'avais invité et qu'il ne s'était pas payé le luxe de s'inviter lui-même… et maintenant, il me vouvoie en m'appelant par des Miss Freeman tout à fait impolis et condescendants ! Escroc ! Un rictus me vient quand la suggestion de mon frère apparait dans un Pop! dans ma mémoire…
Sûrement pas ! Je ne veux pas qu'il soit mon admirateur secret à chouette télécommandée !
"Je suis l'organisatrice principale de cette sortie, lui rappelé-je en levant le nez en l'air avec supériorité, pour la journée, ils sont tous mes élèves… Monsieur Keloggan !
-Kello'han."
Ce n'est pas seulement la voix de Valérian qui m'a corrigée, mais l'ensemble de la quarantaine d'élèves que nous supervisons, c'est-à-dire aussi bien les siens que les miens ! J'ouvre de grands yeux vers eux… bon, c'est vrai que j'ai eu soudainement un gros doute mais quand même… quelle belle bande de traitres !
"Oui, bon… essayez de mémoriser aussi bien le nom des étoiles…," grommelé-je en me dirigeant vers l'entrée de l'observatoire.
Ca me donne envie de faire un examen surprise lundi matin prochain, tiens.
OoOoOo
Je touche des doigts la boule de lumière qui représente Jupiterre et émerveillée, j'effleure ses anneaux. Évidemment, ce ne sont que des apparitions magiquement invoquées dans cette salle qui est spécialement dédiée à notre système solaire, mais il m'est tellement facile de m'imaginer sincèrement flotter dans l'espace. Je passais tant d'heures quand j'étais petite, et même par la suite adolescente, à me rêver astronaute… ça surprenait chaque personne à qui je partageais ma passion, il y avait quelque chose que personne ne comprenait.
Comment quelqu'un qui faisait constamment des blagues pas toujours très drôles pouvait-il nourrir un rêve si inatteignable et profond, c'était sûrement sur ce point que s'arrêtait leur interrogation. En réalité, ce n'est pas pour la science, ni même vraiment pour l'aventure qui me serait garantie, mais tout simplement parce que je n'ai jamais rien trouvé de plus beau et paisible. Et pourtant, alors que notre père est moldu, notre mère était bel et bien sorcière, et dès toute petite, j'ai vu les merveilles de la magie et aucune d'elles n'a jamais pu rivaliser avec le ciel même vu du bas.
Alors, qu'est-ce que ça se serait vu du haut ?
"Timothée, le dispute soudainement Valérian, que fais-tu à quatre pattes ? Veux-tu bien te lever ?"
Je rigole et mes yeux délaissent nos chères planètes pour voir Timothée qui effectivement fait je-ne-sais-quoi au sol. Valérian tourne vers moi un regard froncé que j'accueille sereinement. Rien ne peut m'irriter dans l'antre de l'espace.
"Tu devrais faire preuve d'un peu plus de rigueur et d'autorité, me dit-il.
-Oh, on ne se vouvoie plus ?"
J'ai le droit à un énième regard exaspéré et je me tourne alors franchement vers lui pour mieux le regarder, alors que lui a déjà détourné les yeux. Dans la pénombre dans laquelle nous sommes tous plongés, ses pouvoirs de vélane ne sont plus si puissants et mes esprits peuvent rester clairs, alors autant en profiter. Son profil est effectivement parfait, même dans le noir, à l'image des étoiles et de la lune que l'obscurité ne peuvent que complimenter.
C'est impossible qu'il soit l'auteur des lettres. Ca parait évident, jamais Valérian ne ferait une telle chose… et certainement pas en me choisissant comme destinataire. Mais bien sûr, fidèle à moi-même, je n'arrive pas à m'ôter cette possibilité fantasque de la tête.
Ca ne fait aucun doute qu'il a senti depuis longtemps mon regard et qu'il a pris son mal en patience jusqu'à ce que je retrouve la décence de regarder ailleurs. Mais très honnêtement, et aussi beau soit-il (il est loin d'être le seul à l'être sur Terre, après tout), il est bien moins impressionnant quand je n'ai pas à détourner les yeux de risque de me faire happer par son pouvoir hypnotique. Mais il finit par répondre à mon attention, et je reconnais presque de l'appréhension quand il tourne les yeux vers moi.
"Qu'est-ce que…
-Tu aimes le parfum des roses ? demandé-je.
-Pardon ?
-Est-ce que tu aimes le parfum des roses ?
-Je…, hésite-t-il avant de se racler la gorge, bien sûr, qui n'aime pas le parfum des roses ?
-Oui, bien sûr."
Je secoue la tête en riant et mes yeux retournent à Jupiterre qui valse sur elle-même pour notre seul plaisir.
"Pourquoi tu… ? enfin, je ne comprends pas.
-Je me pose juste des questions comme ça," éludé-je avec légèreté.
Comme lorsque j'étais enfant et que je m'interrogeais sur la liberté que procurerait l'absence totale de gravité, et ce que ça ferait de toucher une étoile du bout des doigts. Au fond, je n'ai pas beaucoup changé.
Je rêve toujours de ce que je ne pourrai jamais toucher.
