Salut à tous !

On vous remercie évidemment pour vos reviews et vos inquiétudes pour la santé de ce bon vieux Ethéol ;) je suppose que vous êtes impatientes donc je vais pas m'éterniser sur le mot d'auteur.

Bonne lecture mes petits loups !


Chapitre 20 :

-De toute façon, s'il ne revient pas aujourd'hui, je vais le chercher, statué-je avec fermeté alors que je brosse Perle. Pas vrai, Perle ?

Elle hennit joyeusement mais je ne peux m'empêcher de penser que j'aurais préféré Murmure me réponde à la place. Ca aurait voulu dire qu'il revenait avec Ethéol mais, bien sûr, je le vois d'ici ne pas revenir avant encore deux-trois autres jours… mais une fois, pas deux ! Je n'attendrai pas dix-neuf jours !

-Passe-moi ça ! s'agace Dérinir en me piquant la brosse des mains. On dirait que tu coiffes une poupée !

Et il commence à brosser Perle avec vigueur, projetant un nuage de poussière dans les airs de l'écurie. Je roule des yeux. Monsieur sait tout mieux faire que tout le monde. J'échange un regard avec Perle et je suis sûre qu'elle partage toute mon irritation. Je lui caresse le museau. Pas une fois, quand je la montais elle ne s'est cambrée pour me faire tomber. Pas une fois, elle n'a tapé du sabot furieusement. Pas une fois, elle ne m'a donné un coup de queue, de museau, de tête, de pied… elle n'a fait que frotter son museau ou ses grosses joues contre moi.

Ethéol a raison, c'est le cheval, mais aussi l'animal, le plus adorable de toute la Terre du Milieu et j'en suis folle !

-Tu t'imagines vraiment partir avec ton petit poney au milieu des meurtriers et voleurs qui ravagent ces terres, pour aller ramener ton prince charmant d'opérette ? ironise Dérinir. Allons, arrête de rêver ! Tu vas te faire tuer avec lui !

-Personne ne va se faire tuer ! m'écrié-je, la voix montant dans les aigus.

Je récupère ma brosse avec colère et lui jette un regard meurtrier.

-Mis à part toi si tu continues à m'énerver !

Il soupire d'exaspération et je reprends moi-même le brossage de Perle.

-Tout ce que je dis et fais n'est pas contre toi, Neaffa.

Je sursaute et tourne un regard estomaqué vers lui. Je crois bien que c'est la première fois qu'il prononce mon prénom ou me parle normalement.

-Je n'ai pas dit ça, répliqué-je. Je dis que tout ce que tu dis et fais est pour toi.

Il a un sourire et vient s'appuyer contre l'encolure de Perle qui ne bronche pas –parfois, je m'étonne à la vouloir plus hostile…-, juste à côté de moi et je le surveille du coin de l'œil, méfiante.

-Je veux bien admettre que je fais certaines choses pour moi…, dit-il en baissant son visage vers le mien.

Mais je n'ai pas le temps de le repousser qu'une armée de sabots viennent marteler la cour, devant l'écurie. Il y a des cris d'hommes et de chevaux. Je me précipite au-dehors et soupire de soulagement en voyant les hommes partis avec Ethéol, à présent juste devant moi. Mais une fois que je croise le regard de Mitch, je sais qu'il s'est passé quelque chose.

Quelqu'un est mort ?

Comme un automate, je m'avance entre les hommes qui descendent de cheval et les femmes qui se sont rués à leurs rencontres. Mes yeux sont partout, à la recherche d'Ethéol ou de Murmure, mais Mitch m'attrape le bras de sa main droite. Je lance un regard à son bras gauche qui est en sang

-Neaffa, il…

-Mitchie ? Ton bras…

-Ce n'est rien, me coupe-t-il.

Je sens instantanément qu'il veut me dire quelque chose de déplaisant. Je l'étudie un instant en fronçant les yeux avant de lui demander, la voix plus rauque qu'habituellement :

-Où est-il ?

-Ils l'ont déjà porté au château.

J'arque un sourcil.

-Comment ça, « porter » au château ? Je ne comprends pas.

-Il s'est fait blesser… gravement.

Je recule d'un pas, comme électro-choquée. Ce n'est pas possible ! Ethéol ne peut pas se faire blesser gravement ! Le brouhaha et la foule dans lesquels Mitch et moi sommes plongés semblent me noyer et, soudainement, je ne peux plus le supporter. Il faut que je sorte de là. Je me fraye un chemin, poussant tout le monde, et accélérant le pas.

-Neaffa ! Attendez ! me crie Mitch, sur mes talons.

Mais je ne l'écoute pas et un coup d'œil en arrière m'apprend que Tolst est déjà sur lui, l'embrassant au moindre endroit accessible. Je me mets alors à courir franchement droit vers le château.

xOxOxO

J'ouvre à la volée la porte, essoufflée. J'ai l'impression que ça fait des heures que je courre dans ce château, à l'aveuglette. J'essayais de réfléchir où est ce qu'on avait bien pu le porter mais je ne trouvais rien. Je traversais tous les couloirs, montais et descendais tous les escaliers, ouvrais toutes les portes et je repartais.

Mais, cette fois-ci, la salle n'est pas vide. Il y a un lit, un attroupement, des pleurs et des murmures, et il y a Ethéol, dans ce lit. Je m'appuie contre le chambranle de la porte, un instant, pour reprendre mon souffle. Sa mère est agenouillée, près du lit, les bras se tenant à lui désespérément et sa joue contre son épaule. D'où je suis, je ne le vois pas très bien. Il est tellement entouré et le lit à baldaquin, aux rideaux certes ouverts mais épais, me bloquent la vue. Rowana se tourne vers moi.

-Neaffa, j'avais demandé qu'on aille vous chercher mais…, commence-t-elle.

Je ne réponds rien et m'approche lentement. Mes yeux se fixent sur le visage pâle et fiévreux d'Ethéol qui peine à garder les yeux ouverts, tandis que je continue de marcher vers le lit. On s'écarte un peu pour me laisser passer mais je reste derrière sa mère qui pleure toutes les larmes de son corps.

Le voir ainsi me paralyse. Je reste debout sans ciller et je n'arrive qu'à peine à comprendre ce qui arrive. Je sens juste Rowana passer un bras autour de mes épaules et me caresser le bras d'une de ses mains.

-Je… je lui avais dit de ne pas y aller, dis-je alors.

-Je sais, ma chérie, je sais…

Non ! Il aurait dû m'écouter ! S'il m'avait écouté, il serait resté et il ne serait pas dans ce lit !

Je quitte les bras de Rowana et m'agenouille près de sa mère. Je porte une main à la joue d'Ethéol, la retire un instant en constatant comme elle est gelée puis, réprimant un sanglot, je la replace. Ses cheveux châtains sont plaqués en arrière et ses yeux gris entrouverts sont vitreux. Oh, par toutes les étoiles du ciel, s'il-vous plait, ne faites pas ça…

-Ethéol ? l'appelé-je.

-Il ne vous entend pas, mademoiselle, il est en plein délire, m'apprend un homme. Je suis son médecin.

Je me tourne alors vers le médecin.

-Si vous êtes son médecin, alors que faîtes-vous ?! m'écrié-je. Guérissez-le, réveillez-le !

-Sa blessure est trop grave, trop profonde, me répond-il. Nous avons déjà tout est essayé qui est en notre pouvoir, nous ne pouvons rien faire de plus. Je suis navré.

-Navré ?! bondis-je en hurlant. Vous êtes navré ! Je m'en fiche ! Essayez encore ! Allez !

Je l'attrape par la chemise et lui ordonne encore de sortir ses médicaments et ses lotions, et de tout recommencer depuis le début. Il me demande de me calmer mais je n'écoute rien. On me tire en arrière et me tient en place. Je finis bien vite par cesser de gesticuler et je me mets à pleurer.

-Faites quelque chose…, supplié-je. Juste, faites quelque chose…

-Nous ne pouvons rien faire, il a été mortellement touché…

-Non, fis-je en pleurant. Non, faites quelque chose !

-A quoi bon ? murmure sa mère, écroulée sur Ethéol. C'est terminé, ma pauvre enfant… tout est terminé. Je suis maudite. Vous souffrez de ma malédiction, tous meurent autour de moi… mon époux, mes deux fils…

-Il n'est pas mort ! protesté-je. Ne dites pas ça !

-C'est trop tard, bien trop... tard. Nous ne sommes pas immortels, ils meurent tous tellement vite et vous ne pouvez rien faire.

Elle continue à chuchoter ses mots sinistres alors que je me tiens à peine debout, dans les bras de je-ne-sais-qui. Il ne peut pas mourir, il n'a pas le droit ! Je lui avais de rester avec moi et il est parti ! Je lui avais dit que je ne voulais pas et il ne m'a pas écouté ! Il n'a pas le droit de toujours partir comme ça ! Il ne peut pas mourir et me laissez là ! Toute une éternité sans lui, c'est…

Je lui avais dit de rester.

xOxOxO

-Je prépare vos affaires, Neaffa, je vous emmène avec moi au Gondor, me dit Rowana.

Nous sommes dans ma chambre et je suis assise sur mon lit. Je fixe le sol devant moi. Ethéol est mort, hier. Je lui tenais la main, sa mère était à côté de moi. Ca faisait des heures qu'il avait fermé les yeux mais il continuait à respirer. Et puis, tout à coup, ce fut sa dernière respiration et j'ai retenu la mienne. Sauf qu'il n'a jamais recommencé à respirer. Moi, si.

Et pourtant, j'aurais voulu que non. J'aurais voulu que tout s'arrête. Quoique, tout s'est arrêté. Je ne sais plus trop bien ce qui s'est passé. J'ai pleuré, peut-être crié. On m'a porté, je me suis accroché puis j'ai lâché prise. J'ai eu l'impression que je laissais mon cœur dans la pièce, en sortant. Je ne ressentais plus rien. Aucun mal, aucun bien. Juste un immense vide, un immense néant. On m'a allongé dans mon lit et j'ai gardé les yeux ouvert dans le noir, toute la nuit. Le soleil s'est levé et j'ai continué à attendre.

Puis, Rowana est entrée et m'a fait m'assoir. Je me suis assise et j'ai attendu. Elle emballe mes affaires, et j'attends. Il vaut mieux que je commence tout de suite, j'ai encore une éternité à attendre.

-Cela vous fera le plus grand bien, m'assure-t-elle. Un nouvel air, une nouvelle vie !

Je n'ai pas besoin d'air, que je respire ou pas, je ne meurs pas. Je suis immortelle. Et je n'ai pas de vie non plus. Sans fin, il n'y a pas de vie. Et Ethéol était ma vie.

-Tout ira mieux, me promet-elle en s'agenouillant face à moi.

Je la regarde mais, même sans voir mon regard, je sais qu'il est vide, sans expression. Et à la détresse qui se lit sur le visage de Rowana, je vois que ce vide l'effraye. Mais je ne sais comment changer ça. C'est trop tard, Léony disait. Et ça l'est. Tout est fini. Ma vie est finie, je n'ai plus que l'éternité.

-Je vais m'occuper de vous.

J'hoche de la tête. Mais ça ne sert à rien de m'occuper de moi, je ne risque rien, je suis immortelle, et je n'ai plus rien, donc que pourrais-je encore perdre ? Mon père est immortel, comme moi. Et ma mère est déjà morte et, maintenant, Ethéol est mort. Aucune médecine n'a su les sauver, aucun remède n'a su les faire rester près de moi. Nous sommes maudites, disait Léony. Et je commence à le croire, moi aussi.

Maudites à voir tout le monde mourir autour de nous. Je passerai l'éternité à enterrer mes proches, à les pleurer et à les regretter. Une éternité de souffrances et de vide. Rowana mourra, Mitch mourra, Bratecelle mourra, Murmure et Perle mourront, Tolst mourra, Malaphrir mourra, Dérinir mourra, Léony mourra… ils mourront tous et je resterai là, à attendre.

L'immortalité est une malédiction.

-Je sais que vous l'aimiez et il vous aimait aussi, il n'aimerait pas vous voir ainsi, me dit-elle.

-Il ne fallait pas partir.

xOxOxO

Je descends de Perle qui se met à brouter l'herbe du sous-bois. Je m'approche de la minuscule rivière qui cascade à travers les arbres. L'eau est claire et les petits cailloux blancs qui forment son lit sont parfaitement visibles. Je me penche vers elle et y vois mon reflet. En effet, je parais à peine vivante. J'y plonge ma main et l'eau fraiche me caresse.

Je ne fais pas attention aux mélodies des oiseaux ou aux bruits qui m'entourent. Pour la première fois de ma vie, l'idée qu'un lapin puisse surgir d'un buisson ne m'occupe pas l'esprit.

J'ai pris ma décision. Je ne peux pas le laisser partir. Il est trop important. Je l'aime beaucoup trop. Je l'aime. Comme un meilleur ami mais aussi, bien au-delà. Je sais que c'est un peu tard pour en prendre conscience mais je le sais, à présent, j'en suis amoureuse. C'est mon cœur, mon souffle, ma vie. C'est tout. Et ces heures que j'ai dû passer dans un monde où il n'existe plus ont été intolérable, une véritable torture.

Mais je connais un moyen de le ramener. Je n'y ai pas pensé tout de suite mais tous les elfes connaissent cette légende.

Je pose ma paume à plat sur la surface lisse de la rivière et murmure en elfe :

-Moi, Neaffa, fille d'Orawin, j'appelle Alatar et Pallando, les mages bleus.

Une brise souffle alors et je me redresse, scrutant les environs. Je n'ai aucun doute à ce qu'ils répondent à mon appel. Nous, les elfes, et les mages bleus sont liés par un accord. Nous les avons aidé à se retirer quelque part dans une forêt lointaine, sans qu'aucun mage, ni autre habitant de la Terre du Milieu ne les retrouve, et avons gardé leur nouvelle demeure cachée. En contrepartie, ils viennent à notre aide quand un elfe en ressent le besoin. Ce qui est rarissime. Depuis le deuxième âge, l'époque où ils ont disparu, ils n'ont réapparu pour nous que six fois. Et encore, ce chiffre est en proie à des désaccords chez les elfes mais ce qui est certain, c'est que peu importe le nombre de fois où nous les aurions appelé, ils auraient répondu présents.

-Neaffa, fille d'Orawin, nous te saluons.

Je me retourne et deux grands hommes se tiennent devant moi. L'un a les cheveux gris, l'autre les cheveux blanc et ils ont tous deux une longue barbe bouclée. Celui aux cheveux gris portent une robe bleu nuit tandis que l'habit du second est brun. Ils me regardent tous deux avec attention mais leurs visages sont impassibles.

-Je vous remercie d'avoir répondu à mon appel, dis-je.

-Il est bien normal, me répond celui à la robe bleue. Je suis Alatar, et voici mon compagnon, Pallando.

-Même si tu n'es qu'une elfe de moitié, nous nous devons d'écouter une enfant de Rivendell, réplique Pallando.

-Quel service attends-tu de nous ?

-J'ai besoin que vous sauviez un ami à moi, déclaré-je.

Pallando m'étudie et c'est Alatar qui me demande :

-Dans quelle hostile posture se trouve-t-il pour avoir besoin de notre aide ?

Je ne réponds pas tout de suite et lance un coup d'œil à Perle qui nous observe de loin. Je reporte mon regard sur eux et, après un moment de réflexion, je décide de ne pas y aller par quatre chemins.

-Il est mort, hier.

-C'était un humain, devine Pallando. Fidèle fille de son père.

-En effet, approuvé-je, en ignorant la colère qui se réveille à cette réplique.

-Nous comprenons fort bien ta douleur, Neaffa, me dit Alatar. Mais tout mage que nous sommes, la vie et la mort sont au-delà de nos compétences. Nous ne pouvons ramener un être à la vie sans bouleverser l'équilibre de ce monde.

-Je le sais bien, dis-je. Mais je connais une légende. Un elfe est tombé amoureux d'une humaine et elle tomba malade. Il a alors fait appel à vous et vous avez puisé dans son immortalité pour guérir sa femme. Cette légende est vraie, n'est-ce pas ?

Pallando grogne à ce souvenir mais Alatar opine du menton.

-C'est exact, ce fut il y a plusieurs siècles à présent.

-Et cet elfe est maintenant mort, poursuit Pallando avec agacement. Il n'a vécu que 701 ans et ce fut certainement la chose la plus stupide qu'il a commise.

-Mais ça a sauvé sa femme ! protesté-je.

-Elle est morte quinze ans après, dit Pallando. Il ne l'a pas sauvée, il n'a fait que retarder le délai ! Les humains sont voués à mourir, il n'y a rien à y faire.

-Il a vécu quinze ans de plus avec celle qu'il aimait, je n'appelle pas ça rien ! m'énervé-je. Surement que l'éternité ne l'attirait plus sans elle !

-Du calme, mes amis, intervient Alatar. Ceci n'est pas la question, c'était la décision de Poleiwan. Ton cas est différent, Neaffa, car ton ami est déjà mort.

-Il doit forcément y avoir un moyen !

-Oui, concède Alatar. Mais pour que l'équilibre soit maintenu, il ne faut pas seulement puiser une partie de ton immortalité, il faut que nous la lègue entièrement.

Pallando me regarde, haussant un sourcil, l'air de me dire « ça calme, hein ? ». Je le fusille du regard.

-Comment ça ? Je mourrai ? demandé-je.

-A partir de l'instant où ton ami reviendra à la vie, tu seras mortelle. Tu ne vivras pas 701 ans.


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