Bonjour tout le monde !
On espère que l'air printanier vous ravie, que vous vous impatientez de sortir des pulls et des collants et que tout va bien dans votre vie 3
Bonne lecture !
Coralie : héhéhé oui on a prévenu qu'il y allait y avoir une petite accélération là ! Heureuses que ça te plaise ! En effet Kenneth est... un fripon (comme dirait Clo dans son langage !) On est refaite que la construction des personnages te satisfassent, c'est un des trucs qu'on essaie de peaufiner pas mal :D On espère que l'évolution qui va suivre sera à la hauteur de ce que tu espères ! Bisouuuus
Chapitre 31
« Tu es sûre que ça le dérangera pas ?
- Mais non t'inquiète pas Nanak, ça va lui faire plaisir ! »
Elle hoche la tête, ravie. Je reporte mon attention sur la boîte contenant le gâteau au chocolat que j'ai cuisiné ce matin. Anak a apporté les bougies d'anniversaire pour les allumer juste au moment où Nialh ouvrira la porte de son appartement. Elle a tenu à ce qu'il y ai bien le compte, 26 ! Collées l'une contre l'autre dans le magicobus de Chicago, on se tient comme on peut chaud dans le froid glacial de cette matinée brumeuse.
« Au fait, ça s'est bien passé hier au cours de yoga ?
- Ah ! Oui, oui, c'était vraiment super, rougit-elle.
- Ah bon ben tant mieux, sourié-je. »
Aussi surprenant que ça en a l'air, Valérian et Anak semblent vraiment avoir trouvé une certaine dynamique dont la teneur reste encore à élucider... même si j'ai mis du temps à m'en apercevoir. Je glisse un œil un peu interrogatif sur elle mais n'ose pas la questionner plus. Elle semble perdue dans ses pensées sous son bonnet rose. Soudainement, elle se tourne vers moi.
« C'était pas lui les lettres. »
Oh. Hum, bon ça n'est pas si surprenant que ça mais à voir son expression maladroite je ne peux que constater le sentiment de gêne qui doit lui peser. J'aimerais lui prendre la main mais la praticabilité me semble incertaine dans ce bus et avec mon précieux paquet.
« C'était qu'une blague stupide d'élèves, marmonne-t-elle.
- Une blague de mauvais goût, asséné-je froidement. Tu sais de qui ?
- Ouais... m'enfin ça change pas grand chose, rit-elle d'une façon tout sauf naturelle.
- T'as pas à te sentir gênée, continué-je avec fermeté, ça aurait pu être quelque chose de sérieux !
- Personne n'est aussi romantique... soupire-t-elle avant de marmonner, ou sérieusement intéressé. »
Cette remarque me pince le cœur : comment peut-elle dire ça ? Anak est une personne tellement gentille, bienveillante, drôle et jolie... Elle a tout pour plaire à n'importe qui. Ça me fait de la peine qu'elle n'en soit pas consciente.
« Ne dis pas ça, la personne qui tombera amoureuse de toi sera la plus chanceuse que je connaisse, affirmé-je. Et je te pense sincèrement.
- Ouais ben... tu es bien la seule à le penser Sibby...
- Pourquoi tu dis ça Nanak ? Il s'est passé quelque chose ?
- Oui... et non, hausse-t-elle les épaules. Comme d'hab quoi. »
Je fronce les sourcils tandis qu'elle garde son regard dans le vague. Elle pique à nouveau un fard qui me laisse perplexe avant de dire du bout des lèves.
« Kenneth en tout cas il m'a plutôt prise pour un bouche-trou.
- Pardon ? »
Je savais que c'était pas une bonne idée ! Pourquoi il aurait demandé à Anak de venir boire un coup juste après sa rupture si ce n'est pour essayer de panser ses plaies dans ses bras ? J'ai la soudaine envie de faire s'arrêter le chauffeur, de tendre le gâteau à Nanak et de prendre la direction des appartements d'Ilvermony pour aller lui dire ma façon de penser à ce prof de Runes. Non seulement il a piétiné mon petit frère mais aussi mon amie, je vais lui balancer mon poing dans la figure et lui dire ma façon de penser !
« Je vais me le faire, grincé-je, me sentant bouillir de colère. Il a pas fait assez de mal comme ça ?
- Non laisse tomber, secoue-t-elle la tête, et puis faudra attendre ton tour, Murdock a déjà pris un ticket.
- Comment peut-il être aussi égoïste ? m'énervé-je. »
Elle hausse les épaules, la tête basse. Cette vision me fiche le cafard.
« Il a eu le cœur brisé j'imagine...
- Ne le défend pas Nanak, coupé-je séchement, il mérite pas tant.
- C'est toujours la même histoire, continue-t-elle faiblement, je me fais toujours avoir. Et je finis toujours seule.
- Tu n'es pas seule, enfin... tu m'as moi. »
Elle relève ses yeux sur moi et je lui souris doucement un peu gênée.
« Bon d'accord c'est pas non plus le gros lot, mais c'est déjà pas mal non ?
- Oui c'est déjà pas mal, fait-elle doucement.
- Et pour ce qui est du prince charmant, ben je crois qu'on peut encore attendre un moment... soupiré-je, mais au moins ça va pas nous empêcher de nous amuser.
- Oui ! Et puis j'ai décidé de plus adresser la parole à Kenneth.
- Parfait ! Ça lui fera pas de mal de comprendre qu'il a pas tous les droits et que ton amitié n'est pas acquise ! »
Elle hoche vigoureusement la tête, j'espère l'avoir un peu requinqué. Soudain, le magicobus s'arrête, le perroquet déplumé sur l'épaule du chauffeur se met à s'égosiller.
« River Side ! River Side ! »
Anak et moi nous empressons de sortir dans le froid. J'enfonce mon béret sur ma tête et lui indique la direction de l'immeuble de Nialh. J'espère qu'une part de gâteau au chocolat finira de lui remonter le moral...
OoOoOo
« JOYEUX ANNIIIIiversaiii...
- Tu dois être Sibéal, fait la fille qui nous a ouvert la porte. »
La coloc de Nialh a un sourire amusé tandis que Nanak et moi tenons le gâteau décoré de bougies allumées. Habillée d'un jogging jaune canari et d'un sweat-shirt du MIT, elle nous regarde avec humour toutes rouges de froid et la voix chevrotant la chanson. Une impressionnante crinière de boucles rousses cascade dans son dos. Elle ne doit pas faire plus d'un mètre cinquante cinq mais on sent qu'elle est tonique et musclée et dégage une incroyable confiance en elle.
« Frances ?
- Par pitié, grimace-t-elle, Fran, Frances c'est pour ma mère. Entrez, j'vais vous réveiller l'animal. »
Encombrée de notre gâteau on se débarrasse de nos écharpes, bonnets et autres manteaux avant d'arriver dans la cuisine ouverte. On entend un cri puis un rire avant de voir débarquer mon petit frère dans le salon en se frottant les yeux dans un vieux t-shirt de Pied-de-boeuf. Nanak et moi nous mettons aussitôt à chanter.
« JOYEUX ANNIIIIVERSAIIIRE ! JOYEUX ANNIVERSAIRE ! JOYEUX ANNIIIIIIIVERSAIRE NIIIIIALH »
Il souffle ses bougies sous nos applaudissements, Nanak farfouille les tiroirs à la recherche d'un couteau tandis que je sors des petites assiettes. Nialh s'assoie sur un des tabourets de l'îlot central. Fran nous lance une œillade intéressée depuis le bureau où elle s'est remis à coder, casque sur les oreilles. Je crois me souvenir qu'elle travaille comme free-lance à la sécurité des sites internet du ministère des affaires étrangères des Etat-Unis. C'est une non-mage mais dont la sœur est allée à Ilvermorny. Sans crainte, j'agite donc ma baguette pour amener sa part jusqu'à elle.
« Bon ben vous venez quand vous voulez hein ! S'écrit Nialh ravi et la bouche pleine.
- C'est pas si simple, taquiné-je, tu es plus souvent chez moi que chez toi !
- Tu vas faire une petite fête ? Demande Nanak.
- Petite ? s'exclame Fran, c'est pas ce qui est prévu ! »
Mon frère a un petit sourire satisfait tandis qu'il engloutit la fin de sa part de gâteau.
« Soirée déguisée ! annonce-t-il fièrement.
- Oh trop cool ! M'écrié-je.
- C'est quoi le thème ? Demande Nanak tout aussi emballée.
- « Héros et Héroïne de votre enfance » ou adolescence, répond-t-il avant de nous couper dans notre élan, naaaan dites rien je veux avoir la surprise des déguisements ! »
J'hoche la tête, le cerveau à mille à l'heure pour composer mentalement ma tenue. J'adore les soirées déguisées, c'est le seul moment où je peux laisser libre court à ma passion pour la science-fiction.
« T'as invité des gens d'Ilvermorny ? Demande Nanak.
- Ben classique, Murdock, Wanda, Moh..., fait-il d'un air conspirateur. et Valérian qu'a accepté l'invitation bien sûr ! J'ai hâte de voir en quoi il va se déguiser et s'il va inviter Nanak à danser...
- C'est sympa de ta part, tenté-je de détourner l'attention.
- Ouais je sais, je suis comme ça moi grand prince de l'amour ! Se vante-t-il.
- Oui alors, calmos, le coupe Fran, parce que ton plan pour me caser avec Appolo était quand même bien foireux.
- Etonnant ça, me moqué-je.
- Une erreur de parcourt ! L'exception qui confirme la règle ! »
Fran échange un regard amusé avec Nanak et moi avant de redemander une part. Appolo ? Le troisième coloc ? Merlin, qu'est-il encore allé imaginer ? Il faut vraiment qu'on lui trouve une occupation parce que Cupidon à mi-temps c'est clairement problématique pour tout son entourage...
« J'vous parie qu'il va venir en prince de la Renaissance, fait-il. Nanak faut que tu t'habilles dans le même genre, vous serez assorti comme ça !
- Ah ah, rit-elle faussement, nan j'ai déjà une petite idée...
- Laisse-la tranquille, soufflé-je à mon frère.
- Si on peut même plus rigoler le jour de son anniversaire, marmonne-t-il. »
Je lève les yeux au ciel, 26 ans mais toujours aussi puéril...
OoOoOo
« Il s'avère que votre rapport est très bon. »
Je reste un instant interdite, m'attendant à un « mais » de la part d'Anastasia... qui ne vient pas. Elle pose soigneusement mon dossier devant elle, croise les bras et m'offre un sourire doux. Alors c'est tout ? Tout ça pour ça ? Le père de Peterson va enfin me laisser tranquille ? Je retiens un peu mon souffle de peur de briser l'espoir.
« Vous pouvez vous détendre Miss O'Gallaghan, il n'y aura aucune suite de la part du ministère de l'éducation magique.
- Vraiment ? murmuré-je, c'est bien fini ?
- Il y a toujours possibilité d'un recourt de Mr Peterson au conseil d'administration où il a les arguments financiers de son côté mais votre intégrité professionnelle n'est pas attaquable, assure-t-elle.
- A-t-il laissé entendre qu'il engagerait une procédure ?
- Pas à ma connaissance, mais il connaît mon avis sur votre valeur dans l'équipe éducative, sourit-elle, je ne suis certainement pas l'un de ses appuis pour intenter à votre poste. »
Sa remarque me fait chaud au cœur, Anastasia est quelqu'un de toujours très réservée et professionnelle son petit compliment a du poids. Son soutien aussi. Je me sens soudainement soulagée, mes rêves d'enseignement à l'université sont intacts. Le poids se lève de mes épaules. Anastasia pose alors quelques questions concernant les résultats des examens blancs des dernières années puis me libère d'un geste gracieux. Je me retrouve dans le couloir, légèrement confuse par la bonne nouvelle. Je me dirige vers la salle des profs pour y retrouver Anak et Murdock qui attendent le verdict, les pieds légers. Au détour de l'ail est, Kenneth sortant de sa salle de classe me tombe dessus.
« Salut Sibéal.
- Salut, lâché-je le plus froidement possible. »
Le silence pèse soudainement entre nous, il m'adresse son habituel sourire qui ne me déride pas malgré son air d'hippogriffe battu.
« Tu planches sur un nouvel article ? Si tu as des runes à traduire je suis dispo sans problème bien sûr, propose-t-il.
- ça ira, pas pour l'instant, refusé-je avant de m'arrêter, pour être franche Kenneth t'as pas été correct ni avec mon frère ni avec Anak alors j'ai pas vraiment envie de faire comme s'il ne s'était rien passé.
- Ah tu es au courant, soupire-t-il, je suis désolée j'étais pas dans mon assiette et...
- Et quand tu as embrassé Hanabi devant Nialh non plus ? De toute façon c'est pas à moi qu'il faut t'excuser. Moi j'ai juste pas envie de t'adresser la parole. »
Je le plante là avec le sentiment fier de ne pas m'être emportée, mon cœur tambourine dans ma poitrine de colère contenue. C'est d'un pas assuré que je franchis la salle de prof où Anak et Murdock relèvent les yeux de leur partie de cartes.
« ALORS ?! »
Mon sourire semble assez éloquent puisqu'ils se mettent à pousser des sifflements et des petits cris d'enthousiasme. Nanak me serre fort contre elle, tandis que Murdock nous enferme dans ses bras puissants. Je me sens soudainement euphorique et étourdie, me laissant aller à son étreinte un peu coupable de mes sentiments pas si amicaux que ça.
« Dans sa gueule au p'tit merdeux ! aboie le demi-nain. On s'en prend pas à la dream team comme ça !
- Il sait pas sur qui il est tombé ! Assène mon amie. Il va falloir fêter ça !
- Bien parlé Nanak, range tes affaires j'crois bien qu'il me reste de la bière fraîche !
- Il est 10h du matin... c'est peut être un peu excessif non ? commencé-je. »
Son air déterminé me coupe toute envie de le contredire, ça et le petit serrement au ventre qu'il me provoque avec l'intensité de son regard. Bon ben d'accord alors, hein. Apéro à 10h.
OoOoOo
« Ne bouge paaaaas... »
Nanak tire la langue tout en coiffant la frange blonde de ma perruque. Je la laisse faire, devant le pas de la porte de l'appartement de Nialh, confiante en son expertise. Faut dire qu'elle a déjà fignolé mon maquillage en rajoutant des paillettes sur mes joues et mon front, et tartiné mes paupières d'un fard rosé. Elle acquiesce de contentement – ayant soigneusement étudié la couverture de mon exemplaire tout corné de Barbarella, justicière de l'espace – je suis vraisemblablement la réplique de mon héroïne. Je suis assez fière du justaucorps doré,des lunettes en plastique rose, des rangers d'Eanna et du pistolet laser. Pour un peu, je sortirais de son vaisseau spatiale le Galactica ! Nanak a opté pour un costume de Wonder woman, ses cheveux ont été bouclés pour l'occasion.
« Vous êtes en retard ! S'écrit Nialh.
- Bon anniversaire, l'ignore Nanak en lui tendant son cadeau.
- Sympa le costume, la félicite-t-il avant de poser ses yeux sur moi, naaaaan Barbarella sérieux ? Sib, personne aura la référence ! »
J'hausse les épaules, et alors ? Il arbore quant à lui fièrement un costume Buzz l'éclair, j'étais certaine qu'il allait choisir ça. Le nombre d'étés où Eanna et moi avons dû supporter Toy Story en boucle à la télé... Il nous laisse entrer, son appartement est méconnaissable dans le noir seulement illuminé par des spots et une boule à facette – évidemment mon frère a mis le paquet. Nanak se précipite vers Mov, habillé en androgyne à paillette ? - il a déjà dégainé son téléphone pour immortaliser leurs tenues sur Instagram.
« Sympa le costume, commente Fran. C'est qui ?
- Barbarella, la justicière, expliqué-je patiemment.
- J'connais pas, mais c'est cool ! »
Elle même est habillée en ce qui me semble être Mulan, Nialh revient vers nous accompagné d'un grand noir très mince déguisé en Captain America.
« Appolo, mon colloc, Sibéal ma sœur, présente-t-il.
- Salut, très cool ce costume, me complimente-t-il, c'est qui ?
- Barbarella, justicière de l'espace, expliqué-je tandis que mon frère me faire comprendre qu'il avait raison – personne n'a la référence. »
Et Appolo porte bien son nom, il a un très beau visage et son sourire est ravageur. Nialh a un regard ouvertement appuyé entre lui et Fran qui se contentent de l'ignorer. Commentant plutôt les tenues peu travaillées de certains de leurs potes. Merlin, il faut vraiment lui trouver une occupation digne de ce nom...
« T'as appris pour Hanabi et Kenneth ? Demandé-je.
- Ouais, hausse-t-il les épaules avec agacement, tout ça pour ça. Je sais pas si c'est pire de m'dire qu'elle m'a trompé pour un truc pas sérieux.
- C'est vrai, c'est p'têtre pas mieux, grimacé-je.
- Je m'en fous, me rassure-t-il, ils font bien ce qu'ils veulent j'en ai plus rien à foutre.
- Tant mieux, je crois pas qu'ils en vaillent la peine tu sais... »
Il fait une petite moue, se propose d'aller me trouver un verre tandis qu'Apollo va gérer la playlist et mettre quelque chose de plus dansant. Fran suit mon frère des yeux, j'aperçois Wanda déguisée en Cendrillon qui enroule son bras autour de lui. Fran prend un air étonné. Oui, c'est vrai que la soudaine attention de ma collègue pour mon frère est surprenante mais elle a dû vraisemblablement renoncer à mettre le grappin sur Valérian et s'est rabattue sur Nialh...
« Sibbyyyyyy ! s'écrit Nanak. Viens on va danser ! »
Je me laisse entraîner dans la chanson, ma longue perruque blonde se balançant au rythme de la sono.
YOU CAN DAAAANCE, YOU CAN JIIIVE, HAVING THE TIME OF YOUR LIIIIIIIFE
OoOoOo
« Donc t'es encore étudiant en sortilège et ingénierie ?
- Ouais mais bon c'est pour les parents, moi j'aimerai bien vivre de la boxe, explique Apollo.
- T'as déjà fait des combats professionnels ? demande Nanak.
- Oui pas mal, j'commence à avoir un p'tit palmarès, répond-t-il fièrement. »
Valérian hoche la tête, je ne saurais dire s'il est vraiment impressionné par ça. Il faut dire que sous son costume il est encore plus insondable que d'ordinaire. Il s'est déguisé en Norbert Dragonno... en tweet donc. Apparemment nous n'avions pas le même livre de chevet étant enfants ! Nanak lui lance de petits regards discrets, et Nialh a peut-être bien raison. Ce n'est pas le même air niais et béat qu'il est capable de générer par son aura de vélane.
« C'est vrai ? demandé-je intriguée, il faudrait qu'on vienne te voir, je suis sûre que ça plairait à Murdock.
- Le demi-nain ?
- Oui, il a une passion pour les gens qui se tapent dessus, m'esclaffé-je. Ça doit être génétique, en tout cas il terrorise ses élèves.
- Ça change de Gater, s'écrit Appolo, qu'est-ce qu'il était assommant Merlin...
- Il faisait pas des exercices de mise en situation des guerres nanniques non plus...
- Sérieux ? rie Appolo. C'est un génie ce mec !
- Surtout ne va pas lui dire ! »
Il part dans un éclat de rire tandis que j'essaye de retrouver Murdock parmi les invités. Il n'est pas difficile à repérer avec son énorme hache de guerre dans le dos. Il croise mon regard et me sourit largement, je lui fais un petit signe de la main en essayant de contrôler ce sentiment stupide de contentement.
« Anak, aimerais-tu aller danser ? »
Mon attention se reporte immédiatement sur Valérian et Nanak, je la vois maladroitement répondre, légèrement rose sous les spots. Gênée de les dévisager ainsi je me détourne, Appolo n'a vraisemblablement rien vu de la tension électrique entre eux deux. Faut dire qu'il ne connaît pas le caractère introverti de Valérian, il est assez rare de le voir demander à une fille de venir danser. Encore moins pour un slow. Je fais mine de ne pas avoir toute mon attention focalisée sur leurs réactions et continue de mener nonchalamment la discussion avec le colloc de mon frère. Du coin de l'œil je les regarde s'éloigner pour aller danser, retrouver Fran, Mov et Nialh qui se déhanchent dans le salon dont les canapés ont été miniaturisés.
«Hey Sib, s'approche Murdock, ton verre est vide ?
- Une tare, soupiré-je avec emphase, mais que font les Aurors ?
- Surement de la paperasse, ce truc c'est sans fin au ministère.»
Il me tend un verre du champagne ouvert après le gâteau et je le remercie doucement alors qu'Appolo se met à lui demander comment il enseigne la grande guerre de Poudlard dans son cours. Je glisse un petit regard vers la piste où Nanak et Valérian se balancent doucement. Nialh me lance des clins d'oeil de connivence tandis que Fran lui balance un coup de coude dans les côtes probablement pour l'empêcher de lancer une ou deux remarques bien gênantes. Le bras de Murdock qui se pose soudainement sur mon épaule me fait me raidir instantanément, lui continue de s'enflammer de façon passionné sur l'enseignement de la vie d'Harry Potter. J'avale une ou deux lampées rapides de champagne et prétexte un arrêt maquillage pour me dégager. Murdock a un air indéfinissable sur le visage, j'y discerne un peu de déception. Un pincement de culpabilité me verre les tripes, je devrais arriver à me faire violence ! A faire comme avant, Merlin !
« Je reviens, prometté-je aussitôt. »
Il hoche la tête, mais sans enthousiasme.
OoOoOo
L'atmosphère étouffante de l'appartement me donne un peu le tournis, je fais signe à Nanak que je vais prendre l'air tandis qu'elle finit sa macarena avec son frère. J'ouvre la porte vitrée et l'air glacial qui monte de la Main Branch de la rivière vient fouetter mon visage. Fran et un pote de mon frère fument accoudés à la rambarde du balcon, elle me propose une cigarette d'un geste, je secoue la tête. L'eau noire du fleuve reflète les milliers de petites lumières qui scintillent dans la ville, et les quelques rares voitures qui circulent à cette heure. Les voisins n'auront jamais été aussi contents du sortilège d'insonorisation qui a été placé dans l'appartement. Je pose mon pistolet laser, retire mes lunettes roses pour essuyer la sueur sur mon front, et m'empare du plaid abandonné sur la petite chaise. Pas sûr que Barbarella a ce genre de problème en pourchassant les Xyclodiens de la galaxie Tetra. Mon attention se reporte sur l'animation dans le salon de mon frère. Eanna fait jaillir des paillettes de sa baguette au visage de Nialh, Appolo fait danser Wanda. Valérian a dû se trouver un coin tranquille pour éviter de se faire harceler pour une danse. Et Murdock m'adresse un regard, je lui souris doucement et me sens raidir en le voyant traverser le salon pour venir ouvrir la baie vitrée et me rejoindre. Il a un air déterminé et sérieux qui me tend comme un arc, je m'appuie sur la rambarde pour prendre contenance et lâche avec détachement :
« Hey.
- Bordel, marmonne-t-il en se frottant les bras, on se les caille ici !
- Ça va t'es toujours équipé, pointé-je du doigt son bonnet. »
Un petit soubresaut de malaise me fait détourner les yeux. Merlin, c'est le bonnet.
« Ouais, fait-il lentement, Nanak me l'a bien transmis. Bon il avait l'air d'avoir trainé au fond de son sac un temps indéterminé m'enfin...
- Le principal c'est qu'elle te l'a bien rendu, soufflé-je. »
Il semble essayer de deviner les mots qui se bousculent dans ma tête, se grattant la barbe avec gêne et en me dévisageant avec intensité. Je me sens rougir, il pense probablement à la même chose que moi : j'ai été bien trop lâche pour lui rendre moi-même, essayant à tout prix d'éviter cette conversation...
« Est-ce que tu regrettes ? »
Sa question me fait ravaler mon souffle et envoie toutes mes autres pensées au fond de ma gorge. Les mots se bousculent un peu, quelle est la bonne réponse ? Quelle est la réponse qu'il attend ? Est-ce que je regrette de l'avoir embrassé et d'avoir passé la nuit avec lui ? Est-ce que je regrette qu'il ne se soit rien passé de plus ? Est-ce que je regrette d'avoir mis à mal notre amitié ?Je le regarde avec incertitude, mon sang tambourine à mes oreilles. Espérant plus de précision pour éviter une maladresse préjudiciable à notre relation. Il a les lèvres serrées, suspendu visiblement aux miennes. Je déglutis difficilement.
« Euh, non... bafouillé-je. Enfin, je... je regrette que ça ai pu gâcher notre amitié quoi.
- Ah, fait-il gravement.
- Mais je regrette pas que ça soit arrivé, lâché-je. »
Je me sens soudainement brûlante dans l'air glacial de Chicago. Je détourne le regard, mais qu'est-ce que je suis allée encore dire Merlin ? Comme si je n'avais pas déjà assez fait de mal à notre amitié... Mais, je peux pas non plus mentir. Ça aussi ça aurait fait du mal à notre amitié. Et j'ai tellement besoin de savoir moi aussi ce qu'il pense...
« Et toi tu regrettes ? »
Le cœur au bord des lèvres je relève les yeux sur lui, il s'appuie sur la rambarde, se passe la main dans la barbe en me jetant un coup d'œil. Il a l'air aussi perdu que moi.
« Je sais pas trop... non... Mais j'ai pas envie que ça soit bizarre entre nous, comme maintenant quoi. J'ai envie qu'on soit amis. »
La réponse me fait l'effet d'une pluie glaciale, une pierre me tombe sur le ventre. Ah, d'accord. Je me mets à battre frénétiquement des paupières pour empêcher le douloureux sanglot de couler. Oui, c'est vrai qu'en ce moment c'est comme marcher sur des œufs. Et c'est en grande partie de ma faute. En fait, non. Absolument tout est de ma faute.
« Ton amitié compte beaucoup pour moi. J'ai pas envie de la perdre, et j'ai... j'ai l'impression que c'est le cas...»
La douceur de cette remarque me fait ravaler ma déception. C'est vrai. Je comprends. Moi aussi j'ai pas envie de gâcher notre amitié en étant incapable de passer outre cette soirée. Je lui donne un petit coup d'épaule, essayant de briser la tension entre nous pour retrouver un semblant de naturel.
« On peut pas se débarrasser de moi comme ça, tenté-je. Peterson l'a appris à ses dépens. »
Il a un petit ricanement moqueur qui manque de conviction, et marmonne un « Quelle p'tite merde ». Le silence s'épaissit entre nous, je fixe mes chaussures. Qu'est-ce que je peux dire? Que faut-il que je dise ? Que moi aussi j'ai peur qu'on arrive plus à être amis comme avant mais que j'ai vraiment envie, de façon difficilement contrôlable en pensée, de recommencer ? J'ai vraiment envie de l'embrasser à nouveau. J'ai tellement envie d'essayer mais j'ai tellement peur de tout perdre. Non, mauvaise idée. Mieux vaut me taire. J'en ai assez fait. Je relève les yeux sur lui, on échange un petit sourire maladroit. Quels idiots.
« J'ai envie de t'embrasser. »
Mon cœur fait un bond, je me statufie en le dévisageant. Je suis tendue comme jamais, va-t-il vraiment le faire ? Je n'ai pas à me poser la question trop longtemps, il se rapproche de moi avec assurance, pose sa main tiède sur ma joue froide. Ses yeux me fixent intensément, comme s'ils attendaient que je l'arrête. Son odeur de sous-bois, la chaleur de ses prunelles, la fermeté de ses doigts. Mon sang dans mes oreilles assourdit tous les autres sons. L'instant d'après il m'embrasse. Et il embrasse comme il parle, sans détour et passionnément. Impossible que j'oublie ce baiser. J'ai le souffle court et le ventre en marmelade lorsqu'il s'éloigne et me sourit.
