Bonne lecture !

Coralie: roooh... merci de ce compliments, ça nous va vraiment droit au coeur 3 On espère que ça va continuer comme ça et que tu puisses t'identifier à certains ! Pour Nanak et Valérian, je te laisse juge mais tu tiens sûrement une piste. héhéhé ;)


Chapitre 32 :

"Et du coup, tes parents t'ont appelé Apollo pour Apollo 13 ?

-13 ? s'enquit le colloc de Nialh en fronçant les sourcils. Non, c'est un roi grec ?

-Euh… alors, pas exactement !"

Mince, c'est un sorcier de pure souche. Dommage. Je bois un peu de mon cocktail pailleté pour m'hydrater la voie avant mon récit de cette ô combien mythique mission spatiale quand Nialh débarque sur nous, tout exalté, les yeux rivés sur moi. Merlin soit loué, faites qu'il a trop bu et qu'il louche, et que je ne suis pas sa véritable cible !

Je n'ai pas le temps de me cacher derrière Apollo que le roi de la soirée m'attrape les deux poignées vigoureusement et me tire en avant, et j'observe au supplice tout mon précieux cocktail chavirer au sol… noooon, pourquoi ? Alors qu'il était encore si jeune…

"Je t'emprunte Wonder !" expédie-t-il à son collocataire.

Celui-ci, loin de vouloir me secourir, est tout simplement hilare, visiblement très heureux qu'il en ait après moi, et pas après lui… bon, après je le comprends.

"Tu as renversé mon cocktail ! me plaigné-je en lui montrant mon verre vide.

-Apollo te resservira ! Je l'ai chargé du service ! Mais ce n'est pas l'important… devine qui j'ai vu se faufiler sur le balcon…

-Valérian ?"

Cette réponse me vaut un coup de phalange sur le front et outrée, je proteste avec un "AIEUH!". Il me prend pour une porte, maintenant ?!

"On t'arrangera ton coup plus tard ! me promet-il.

-Non, non, non ! m'empressé-je de refuser.

-Si-bé-al, énonce-t-il le prénom.

-Oh ! Je vais aller la retrou-..."

Mais je n'ai pas fait un pas vers le balcon que Nialh me retient par le coude avec une brusquerie qui aurait fini de me renverser tout mon cocktail s'il n'avait pas déjà commis ce terrible crime…

Je plante mes deux poings sur ma hanche, prenant un air sévère.

"BON, NIALH ! protesté-je. Ca suffit, oui ?!

-Ah, me fais pas ta Wonder Woman !"

Je me rends compte qu'avec ma posture, ma cape et mon justaucorps, je suis effectivement parfaitement dans le personnage. Il ne manque plus qu'on lance un musique épique.

"Elle est avec Murdock…, me souffle-t-il d'un air espiègle.

-Oooooooh…"

Je comprends mieux son état critique et observe les environs. Mon regard tombe tout d'abord sur Wanda qui nous scrute au loin avec des yeux d'aigle dans son costume de comtesse européenne… je suis un peu surprise, mais n'y prends pas plus garde -elle a toujours été très intense. Je vois ensuite Moh qui montre son compte instagram et très certainement celui de sa copine Cherry à Eanna, puis mes yeux se dirigent en direction du balcon. Effectivement je vois par la porte fenêtre la silhouette fine de Sib toute proche de celle beaucoup plus robuste de Murdock… Je repère même son bonnet campé sur sa tête. Un petit rire m'échappe et j'échange un regard excité avec Nialh.

"N'allons pas les embêter…, minaudé-je.

-Oh non, concède-t-il avant d'adopter un air machiavélique, on le fera plus tard."

OoOoOo

"Ah, moi, ce mois-ci, Théodore Verons m'en a fait une bonne, nous conte Wanda en prenant un air contrarié, il voulait expliquer à ses camarades en quoi consistait ce jeu moldu ridicule… le bro… le broline ! Vous savez avec les boules et les quilles, bon. Eh bien, il a pris l'une de mes délicates boules de cristal et il a visé les pieds de mon bureau avec ! Oh, j'étais ulcérée.

-C'est du bowling, corrigé-je avec un sourire appréciatif, il est marrant, ce jeu !"

Toute la table du conseil pédagogique se retournent vers moi, et il n'y a que Mrs Peters et Sib pour me sourire avec indulgence. Ignorant rapidement ma parenthèse, Wanda reprend en concluant qu'elle a collé Verons quatre heures. On fait le rapport des sanctions que l'on a distribuées à nos élèves dernièrement, et je me gratte le cou, hésitant un peu avant de prendre moi-même la parole. D'habitude, je n'ai rien à dire puisque je ne punis jamais mes élèves, récoltant ainsi les sermons répétés de Mrs Peters qui me trouve trop laxiste, mais cette fois-ci…

Je grimace un peu tout en me raclant la gorge avant de lever timidement la main et les autres professeurs dirigent à nouveau leurs yeux vers moi.

"J'ai aussi collé trois de mes élèves de Troisième Année.

-Ah ! apprécie Mrs Peters. Pour quel motif, Anak ?

-Euhm… eh bien, réfléchis-je, ils m'ont fait une blague ?

-Une blague ? s'intéresse aussitôt Hanabi.

-Oui, enfin, trois fois rien ! assuré-je. Ils m'ont fait croire en une histoire complètement inventée… pour me faire tourner en bourrique."

Je me force à rire pour me distraire du jugement relativement bienveillant dans les yeux de tous mes collègues. Ils me prennent tous pour le bébé de la bande, un peu marrante et légèrement incompétente. En même temps, comment puis-je leur en vouloir quand j'enchaine les bourdes ?

"Et que comptes-tu leur faire faire durant ces retenues ? me demande Mrs Peters.

-Leur faire recopier le conte de Wallad, le Lutin Mythomane ! déclairé-je, assez fière de mon idée. Et leur demander d'expliquer quelle est la morale de l'histoire en une page recto-verso !

-Très pédagogique !" me complimente Sib à ma droite.

Je lui souris, reconnaissante de son soutien

"Tout à fait !" plussoie Kenneth.

Je me rembrunis aussitôt.

"A mon époque si on avait osé se payer la tête d'un prof comme ces jeunes gens l'ont fait avec vous, Miss Freeman, laissez-moi vous dire qu'on allait racler le fin fond de l'étang de l'école, l'hiver, de nuit, et en slip de bain ! nous relate Cornelius avec son habituel ton revêche, mais bon, vous, la nouvelle génération, vous êtes chochotte…

-Très bien, décide Mrs Peters, nous avons bien avancé ! Faisons une petite pause."

La plupart se lève pour se disperser dans la pièce ou aller se servir du thé, mais puisque Sib doit aller discuter avec Hanabi au sujet d'un élève en commun, je reste pour ma part assise en attendant que ce conseil pédagogique se termine. Je n'ai jamais grand chose à dire et je lutte plutôt contre l'ennui…

Wanda, qui avait elle aussi demeurée assise, change alors de chaise et s'installe sur celle que Sib vient de quitter.

"Ce que les enfants peuvent être farceurs, n'est-ce pas ? m'aborde-t-elle sur le ton de la complicité.

-Ah oui, ça, c'est vrai, m'accordé-je, ils ont une de ces imaginations ! C'est quand même assez…

-Dis-moi, m'interrompt-elle, en parlant d'imagination, ces derniers temps, entre Valérian et toi, je sens comme un rapprochement !

-Oh… oui…"

Ma voix part dans les aigus et j'essaye comme je peux de me dérober à son regard plissé si soutenu.

"Il a un certain charme, il faut le reconnaître, accorde-t-elle d'un geste désinvolte de sa main aux longs ongles manucurés d'un doux rose, moi, j'admets qu'il me laisse tout à fait indifférente ! Après, nous sommes un peu de la même… engeance, si tu vois ce que je veux dire !

-Pas tellement…

-Mon arrière-arrière-grand-mère du côté de ma cousine au troisième degré était vélane, me souligne-t-elle avec importance, personne ne te l'a dit ? Faut dire, je ne m'en vante pas.

-Ah, c'est incroyable, ça !

-On s'y fait, tu sais, me rassure-t-elle, aux regards, aux attentions… à l'obsession de la gente masculine. Bref, mais ne parlons pas de moi. Je disais… Valérian. C'est marrant de le voir aussi proche de toi, tout à coup !"

Elle s'accoude à la table, sa main élégamment placée dans les airs, tout en se tournant vers moi soudainement.

"Tu ne lui ferais pas du chantage, tout de même ? me demande-t-elle alors. Ou… non… tu ne lui aurais pas fait boire un philtre d'amour ?!

-Non… ?

-Je te taquine !"

Elle se met à rire en gazouillis, et je fais semblant de l'accompagner, mais en vrai, je regarde autour de moi en essayant de trouver Sib des yeux et de l'appeler à l'aide ! Mais elle me frappe l'épaule pour attirer de nouveau mon attention, me plantant l'une de ses griffes dans l'épaule et je glapis de douleur. Ca fait un mal de chien ! Même mon cochon d'inde ne me griffait pas comme ça quand j'essayais de le remettre dans sa cage !

"Par un souci de solidarité féminine, je tenais surtout à te dire de ne pas te faire trop d'idées, reprend-elle avec une mine compatissante, il y a peu il essayait encore de m'attirer dans ses filets…"

Je l'observe, dubitative. Déjà que j'ai du mal à croire à l'ascendance vélane de son arrière-arrière grand mère mais alors Valérian qui essayerait d'attirer Wanda dans ses filets sans y parvenir…

"T'es sûre ? m'enquis-je. T'avais l'air plutôt intéressée…

-Comment ?! Merlin, non ! Je me montrais polie, c'est tout !

-Enfin, la fois où tu as essayé de le…

-BREF ! coupe-t-elle en frappant vigoureusement des mains tout en se levant. Je te rapporte un petit thé ?"

Et sans attendre ma réponse, elle s'en va énergiquement et je la regarde partir en fronçant des sourcils. Je ne sais pas si elle est vélane, mais elle n'est clairement pas nette… Sib revient aussitôt avec deux tasses de thé et se rassoit à sa juste place.

"On dirait que j'ai loupé quelque chose…, fait-elle en riant en voyant ma tête.

-Accroche-toi bien, lui assuré-je, toujours un peu abasourdie, toi qui adores la science-fiction, tu vas pas être déçue !"

OoOoOo

"Oui, en faiteuh, dis-je en prenant ma voix la plus pédante possible, Wanda c'est du vélanien ancien et ça veut dire "tous les mecs veulent me faire la cour parce que je suis beaucoup trop charmante". Je sais, c'est assez long à dire, c'est un langage très complexe mais c'est une option à Beaubaton où mon arrière-arrière-grand-père du côté de mon petit filleul a été un jour arrêté pour voyeurisme… Hmhm.

Tout en me pinçant les lèvres, je prends grand soin de gigoter avec distinction ma main tout à fait non manucurée dans les airs et Sibéal est si hilare de mes cinq dernières miniutes d'imitation de notre collègue qu'elle en est toute rouge et n'arrive pas à boire un peu de son verre d'eau pour se rafraîchir.

"Merlin…," soupire-t-elle en riant encore.

Elle s'essuye une larme de rire avec sa serviette et j'enfonce ma fourchette dans mes spaghetti bolognaise. Pour nous récompenser de notre séance à la salle, nous sommes désormais dans un petit restaurant italien du centre-ville de Salem.

"J'aurais tellement voulu être là… et à la fois pas du tout ! écarte-t-elle après une seconde de réfléxion, cette fille est folle…

-Ah, ça c'est sûr ! confirmé-je, la bouche pleine. Mais je pense que les trois quarts de nos collègues pensent la même chose qu'elle.

-Comment ça ?"

Je prends le temps d'avaler ma bouchée de pattes avant de saupoudrer encore un peu mon plat de parmesan.

"Bah que ya un truc de louche derrière le fait que Valérian et moi, on est devenu amis… mais, honnêtement, je peux pas vraiment leur en vouloir. Y'a pas juste un truc de louche, y'a eu une chouette ! finis-je avec emphase.

-Ca leur passera, me rassure Sib. Quelque chose de plus sensationnel va venir remplacer toute cette histoire et ils auront tout oublié en moins de 72h ! Nos collègues ne sont pas bien différents des élèves…"

Je ne peux que lever mon verre de kir, que je n'ai pas encore terminé, à cette phrase pleine de sagesse et Sib me sourit avant de se découper un morceau de sa pizza. Je repense à la soirée déguisée et à la scène du balcon, et je pose donc la question qui me trotte dans la tête depuis :

"Et sinon… vous avez un peu parlé avec Murdock à l'anniversaire de Nialh ?"

Le regard qu'elle me lance, souligné par le sourire qu'elle n'arrive pas à retenir, sont plus qu'évocateur et je m'exclame :

"Mais non !

-Siii…, me confirme-t-elle en posant une main sur son front qui rosie, Oh Merlin, tu ne m'as pas laissé le temps de te faire la surprise ! On a parlé, et on s'est dit les choses… on s'est embrassé aussi…

-Ahlala… Je suis tellement heureuse pour vous !

-Merci, Anak. Du coup, on va voir ce que nous réserve la suite, conlut-elle, mais on va se faire discrets pour le début."

Sa gaieté, cependant, est imprimé sur son visage tout entier, et ses yeux pétillent sous les éclairages pourtant tamisés du restaurant. Je n'ai aucune difficulté pour y voir clairement tous les espoirs optimistes qu'elle nourrit pour leur avenir. J'appuie mon menton dans le creux de la main, si satisfaite et comblée par la direction qu'a pris leur situation. Enfin, ils ne seront plus malheureux et en proie aux doutes, et pourront profiter de leur amitié mais en amélioré ! Qu'aurait-on pu espérer de plus ? Quand Nialh va l'apprendre, il va…

Oh… Nialh. Mon sourire se fige et je grimace.

"Par contre, côté discrétion, j'ai peur que ce soit compliqué…

-Pourquoi tu dis ça ?

-Nialh vous a vu sur le balcon. En fait, c'est même lui qui est venu me voir pour me dire que vous y étiez !

-Bien sûr, grommelle-t-elle, mais tant qu'il ne sait pas que nous sommes ensemble…

-Oh non, je vais encore y avoir droit, pas vrai ?"

Sib pouffe de rire mais essaye de le camoufler derrière un faux sourire désolé pour ma pauvre personne…

"Toi, tu vas pouvoir roucouler avec ton Prince Demi-Nain et faire pleins de bébé qui naîtront avec des bonnets inclus dans la livraison, et moi, je suis condamnée à me faire harceler par ton psychopathe de frère ?!"

Elle hausse les sourcils en feignant l'innocence et un sourire mi amusé, mi-scandalisé, je secoue la tête tout en me laissant tomber sur le dossier de ma chaise.

"Ok, mais je veux être la marraine de votre premier gosse, négocié-je en croisant les bras sur ma poitrine, implacable, et je veux rien savoir !"

OoOoOo

"Nanak, j'te trouve enfin ! m'apostrophe Murdock. Où tu te cachais ?! Même sib ne savait pas où t'étais, c'est dire !

-Oh, oui, j'étais à la chorale pour me désinscrire," lui expliqué-je.

Je n'ai rien à dire de plus, instantanément, il comprend que ça a un rapport avec Kenneth, comme il savait que j'avais rejoint la chorale pour lui. Murdock est bien plus observateur et perspicace que beaucoup le pensent, je m'en suis rendue compte, il y a peu. Il m'offre un sourire compatissant avant de m'envoyer sa baluche en travers de l'épaule, dans l'idée claire de me rebooster et non de m'envoyer chez le kinésithérapeute, et pourtant…

"C'est bien, ma grande !" me félicite-t-il.

Je lui souris de gratitude, touchée par son soutien qui signifie beaucoup pour moi.

"Pourquoi tu me cherchais ? lui demandé-je.

-Avec Sib, on organise une sortie prochainement sur les terres des shaman sioux, et on voulait que tu viennes en accompagnatrice !

-Oh, non !" fais-je émerveillée.

Je porte mes mains à ma bouche, n'en croyant pas mes oreilles, avant de les rabaisser pour m'extasier :

"Mais c'est trop bien, bien sûr que je viens ! tu sais qu'Anak, ça veut dire "petit oiseau" en sioux ?

-Oh bah le jour de ton arrivée ici, certainement, une petite dizaine de fois !"

Je rigole, toujours toute excitée par la perspective de la sortie à venir, si bien que je dois me retenir de sautiller sur place. Murdock me regarde avec amusement.

"J'imagine que tu sais pour Sib et moi, devine-t-il alors.

-Oui ! Et je suis si heureuse pour vous, lui assuré-je, vraiment, Murdock. Ca me faisait tellement de peine de vous voir comme ça, tous les deux.

-Rha, fait-il avec un sourire en coin, tu as le cœur trop tendre, Nanak, que va-t-on bien pouvoir faire de toi ?

-Bah… j'ai dit à Sib que je voulais bien être la marraine de votre enfant ?" proposé-je.

Il éclate d'un grand rire tonitruant avant d'enfermer mon cou dans une prise de catch pour m'emmener le long du couloir en direction du réfectoire. Après tout, c'est vrai qu'il est bientôt l'heure de déjeuner !

"Au moins, tu perds pas le Nord, c'est déjà ça ! Il y a peut-être encore de l'espoir, finalement !"

OoOoOo

C'est assise sur mon bureau que je surveille mes trois élèves tandis que leur heure de retenue vient de commencer et qu'ils sont occupés à lire le conte de Wallad, le Lutin Mythomane. J'en profite de mon côté pour faire mon plan pour les cours des semaines prochaines, et je suis très satisfaite du calme olympien qui règne dans la salle. Il n'y avait visiblement pas beaucoup d'autres élèves collés en retenue ce soir puisque Esteban était disponible pour aider à les superviser. Celui-ci est donc installé à ma gauche à mon bureau et lit Witch Love, un magazine people très en vogue en ce moment.

Ca ne m'aide d'ailleurs pas à me concentrer… sur la une de son numéro, c'est la photo prise par un paparrazzi d'un de mes joueurs de Quidditch préférés pris en flag d'un prétendu adultère avec une chanteuse… alors que sa jeune épouse est enceinte ! Je suis dévastée, ça ne peut pas être vrai…

"Sordide histoire, commente Estéban qui a repéré mon regard insistant.

-Tu sais, un homme sage a dit un jour qu'il ne fallait pas croire tout ce qu'on lit dans les journaux…

-Bah je veux bien, mais les photos sont quand même parlantes… tiens, regarde, celle-là par exemple…"

Il pose le magazine et ce que je vois en flash me révulse tant que je le referme d'un geste brusque. Mes rétines sont à jamais brûlées, mais pire que ça, mon cœur est brisé en mille morceaux…

"Eh, madame, madame ! me hèle l'un des garçons en levant la main. Le lutin, là, Walloud…

-Wallad, Romuald.

-Ouais, si vous voulez, bah vous avez pris son histoire pour nous faire la morale c'est ça ? par rapport à ce qu'on a fait, pas vrai ?

-Oui, c'est ça, exactement, Romuald.

-Mais nous, on est pas des mythos, M'dame.

-C'est vrai ça, appuie Charles, le grand frère de Pénélope, on est pas des mythos comme Walloud ! On a juste fait une blague.

-Mais pour me faire cette blague, n'avez-vous pas eu recours au mensonge ? leur demandé-je en croisant les mains sur le bureau face à moi. Pire que ça, vous avez usurpé l'identité de quelqu'un d'autre !

-On a urpé personne ! se scandalise Nathan, le troisième. On s'est juste fait passer pour quelqu'un d'autre !"

Je leur souris avec indulgence avant d'échanger un coup d'œil avec Esteban qui doit camoufler ses rires derrière son infâme torchon de commérages… je connais certains journalistes qui devraient eux aussi lire l'histoire de Wallad !

"Ah et j'ai écrit à ma mère pour lui dire ce qu'on a fait, me révèle Charles.

-Oh, c'est très courageux de ta part, Charles ! Je te félicite.

-Eh ben, ma mère, elle a dit que c'était une vraie bonne blague !"

Mon sourire tombe. On n'est vraiment pas soutenu. Je me racle la gorge pour ravaler ma déception et leur dis de reprendre leur lecture. Ils obéissent tous les trois sans rechigner et les deux heures se déroulent plus ou moins dans la tranquillité, à l'exception de quelques moments d'agitation qui se calmèrent rapidement. On frappe alors à la porte et j'autorise l'entrée, ne m'attendant pas du tout à voir Valérian apparaître dans le chambranle et je me redresse aussitôt.

"Oh, toutes mes excuses, fait-il en repérant Estéban et les garçons, je ne savais pas que tu étais occupée… je venais te chercher pour qu'on aille au yoga comme convenu.

-Ah mince, oui ! me rappelé-je. Mais la retenue est bientôt terminée…

-Ouais, v's'inquiétez pas, M'sieur Xavier, on en a bientôt fini avec Walloud."

Alors que Charles et Nathan ricanent de l'intervention nonchalante de Romuald, Valérian se tourne élégamment vers eux, profondément confus par l'utilisation de son second prénom. Misère de misère de nom de Merlin, ils veulent vraiment me mettre dans une sacrée merde !

"Hop, hop, hop, à ses plumes ! m'écrié-je en me levant pour frapper des mains. Il ne reste plus que dix minutes !"

J'adresse subtilement un regard plissé d'avertissement à Romuald. Si jamais Valérian apprend, par leur faute, que j'ai cru recevoir des lettres d'amour de lui pendant trois bonnes semaines et que j'ai à peine bronché, je jure qu'ils vont ratisser le fond de l'étang à la mode Cornélius !

Lorsque Valérian retourne son attention vers moi avec toujours autant de perplexité, je reprends agilement un air innocent et lui indique, toute doucereuse :

"Attends-moi dans le couloir, je te rejoins vite !"

Il opine du menton, non sans lancer un dernier regard suspicieux aux garçons. Dès que la porte se referme, je secoue un doigt de remontrance vers Romuald.

"J'vous préviens, vous trois, pas un mot au Professeur Kello'Han !

-Pourquoi ça ?" se demande Estéban, curieux.

Ah tiens, oui j'avais oublié que nous n'étions pas tout à fait seuls. Je décide donc de préciser aux garçons :

"Pas un mot à quiconque."

Avant de me rasseoir et d'adresser un sourire ingénu à Estéban qui se tapote le menton avec un air de détective mis en déroute, et je lui dit tout simplement :

"Secret professionnel."

OoOoOo

Une fois la retenue terminée, nous sortons tous de la salle, et Estéban me promet de bien raccompagner les enfants à leurs dortoirs. Je leur souhaite à tous les quatre une bonne soirée suivie d'une bonne nuit, avant de me retourner pour chercher Valérian des yeux. Il est un peu plus loin, en pleine conversation avec nul autre que Kenneth. Je fronce les sourcils, désenchantée, et m'avance à contre-coeur vers eux.

Valérian me tourne le dos mais Kenneth me repère très rapidement. Je le vois se tendre singulièrement alors que je reste impassible tout en me postant à leurs côtés, et il me lance aussitôt :

"Salut, Anak. On parlait du dernier conseil puisque Valérian n'était pas là."

Je me contente de lui adresser un regard qui, j'espère, est assez clair pour lui faire comprendre que j'ai aucun désir de lui parler avant de me tourner franchement vers Valérian.

"C'est bon, j'ai fini, nous pouvons y aller.

-Oh oui, d'accord, accepte-t-il, merci pour le compte-rendu, Kenneth. Passe une bonne soirée.

-Oui… bonne soirée."

Je ne gaspille pas une seconde de plus et me mets à marcher dans le couloir dans la direction pour quitter Ilvermony, Valérian m'emboitant tout naturellement le pas. Une légère colère me crispe les doigts et fait s'accélérer mes pas. Je ne m'attendais plus à grand-chose venant de Kenneth mais le voir faire comme si de rien n'était a le don de m'énerver au plus haut point.

"Y aurait-il un problème entre Kenneth et toi ? m'interroge alors Valérian.

-Non, aucun problème."

Les mots que Murdock m'avaient dit au sujet de Kenneth au bar me reviennent et d'un sourire, je lui explique de cette façon toute simple :

"On ne peut juste pas être ami avec tout le monde."