Bonne lecture :)


Chapitre 33

« Sur votre gauche, les restes archéologiques découverts au départ par des non-mages, explique le guide. On a retrouvé beaucoup de bols sacrés, d'objets enchantés mais pas de baguettes magiques. Les premiers sorciers amérindiens, les shamans, n'utilisaient pas de baguette c'est venu avec la colonisation européenne. »

Les troisième années de Puckwoodgenie et de Serpent cornu écoutent attentivement Nick Black conservateur du site de Wankan Taka, connu pour être un endroit sacré pour les sorciers sioux qui venaient s'y retrouver et user d'herbes pour la divination ou pour apaiser les fantômes. Anak n'en perd pas une miette non plus, totalement captivée par ce qu'on raconte sur les ancêtres de sa tribu. On flotte tous doucement à quelques centimètres au dessus du sol où les fouilles sont encore en cours pour ne pas risquer d'abîmer de potentielles découvertes. L'expérience en a ravi plus d'un, qui se sont mis à faire la course et à sauter de partout. Il a fallu que Murdock les menacent de les coller à ramasser les fiantes des griffons d'Ubertta la prof de soin pour les animaux magiques. Ça les a vite fait déchanter. L'avantage en sortie avec lui c'est qu'ils sont tellement angoissés à l'idée de subir ses foudres qu'ils sont vite très disciplinés. Comme des petits soldats nains à l'entraînement.

« Merlin ! C'est trop intéressant ! murmure Nanak avec enthousiasme, ya plein de trucs que je savais pas ! Faudra que je raconte tout ça à Mov !

- Tant mieux, répondis-je, en même temps ils découvrent des choses tous les ans sur les premiers sorciers donc c'est normal...

- Ou peut-être que si tu avais moins dormi pendant les cours d'histoire de la magie ? Ironise Murdock.

- Ah mais j'avais Gater, proteste-t-elle, On parlait pas des Sioux mais de trucs assommants, Silverbo'machin et le Code de la Magie. Vous êtes des profs e-x-c-e-p-t-i-o-n-n-e-l-s que vous deux !

- J'aime assez cette explication, sourié-je.

- C'est pas mal comme excuse, renchérit Murdock.

- C'est pas une excuse, se défend-t-elle, c'est la vérité ! Il avait réussi à me faire m'endormir pendant les massacres de Salem !

- Un scandale ! s'insurge avec moquerie Murdock.

- J'te le fais pas dire ! »

J'ai un petit rire, bon c'est vrai que Gater était quand même particulièrement soporifique... je reporte mon attention sur les élèves de dos toujours aussi calme, remplissant leurs parchemins de notes. Le paysage est magnifique en arrière plan, de la grande prairie de l'Utah autour de nous couverte de gel jusqu'aux lointaines Rocheuses. J'enfonce mon béret sur ma tête, la bise me faisant frissonner.

« T'as oublié tes gants ? fait Murdock.

- Disons plutôt que j'en ai égaré un, montré-je ma main droite enveloppée de laine. »

Il s'empare de mes doigts rouges et recroquevillés sur eux, les enveloppe de sa large main. Je sens ma peau picoter et mon ventre se contracter de plaisir. Je caresse délicatement les dos de sa main sous son gant. Échangeant un petit regard avec lui, l'ombre d'un sourire se discerne sur ses lèvres.

« Bon, et maintenant nous allons nous diriger sur la droite sur le sentier des esprits ! lance le guide. »

Les élèves se détournent de l'immense prairie aux pierres sacrées. Surpris par le mouvement, Murdock et moi nous éloignons brusquement l'un de l'autre, mes doigts congelés retrouvant la chaleur relative de ma poche. Nanak, qui nous a vraisemblablement vu, me lance un petit sourire. Une pointe de soulagement me traverse, les élèves ne semblent rien avoir remarqué.

Personne ne sait vraiment ce qu'il se passe entre Murdock et moi, ou plutôt ne sait rien du développement de ces derniers jours à part elle. Et c'est assez tacitement que lui et moi avons décidé d'être discrets, de garder tout ça pour nous deux pour le moment. Ça paraît tellement friable que l'exposer me fait peur. Comme si les remarques de nos collègues, ma famille ou nos amis pouvaient tout faire voler en éclats. J'appréhende leurs réactions « Ah bon ? Toi et Murdock ? Je l'aurais jamais imaginé ! » Et tous les sous-entendus qu'ils charrieront avec.

« Miss O'Gallaghan, se précipite vers nous Pia Mularck. Miss !

- Qu'est-ce qui se passe ? Tenté-je de la calmer, quelqu'un s'est fait mal ?

- J'ai oublié mon sandwich dans le magicobus ! Se lamente-t-elle au bord des larmes, Qu'est-ce que je vais faire ?

- Ben tu vas faire la diète, lui lâche Murdock moqueur, c'est ça qu'tu vas faire Mularck, t'auras p'têtre une meilleure mémoire la prochaine fois. »

Je lève les yeux au ciel, Pia se décompose.

« Elle n'est pas la seule à avoir oublier quelque chose aujourd'hui, insinué-je. Ce n'est pas grave Pia. »

Il m'adresse un regard amusé, je pose gentiment ma main sur l'élève et lui assure qu'on va trouver une solution. On se dirige vers les autres et j'écoute avec attention Nanak prononcer les mots sacrés sioux gravés sur les pierres qui bordent le sentier des esprits à deux troisièmes années de Murdock fascinées. On a dû mal à voir qui est la plus emballée, Anak ou les élèves !

« Vous croyez qu'on va pouvoir tester les herbes et champignons sacrée ? Demande Pia.

- Ah ben tiens ! Fait Murdock, est-ce que c'est pas la vrai explication de l'oubli de ton sandwich. »

La pauvre gamine vire au cramoisi.

OoOoOo

« Les lettres, c'était une connerie d'élèves ! s'écrit Nialh. »

Il déboule dans ma salle de classe tandis que le chiffon essuie la craie au tableau et que je trie les copies corrigées dans mon tiroir sous clé. Je dois avouer qu'il est bluffant, à ce niveau là de déduction c'est plus de la chance, c'est un don. Il a loupé une carrière d' ès crânement et bruyamment il s'avachit sur mon fauteuil, les bras croisés derrière la tête.

« Impressionnée, hein ? Tu veux savoir comment je l'ai appris ?

- Pas vraiment, haussé-je des épaules, c'est de l'histoire ancienne.

- De l'histoire ancienne ! S'exclame-t-il outré.

- Nanak les a collé, fin de l'histoire. »

Il tire soudainement la tronche, vexé d'avoir été coiffé au poteau par Anak sur « la » révélation qui lui a donné du fil à retordre. Si les élèves savaient à quel point leurs petites blagues sont aussi au cœur de certains fantasmes et préoccupations d'adulte de 26 ans... Je ne suis pas certaine qu'ils y croiraient.

« J'allais te donner le nom des coupables, m'enfin ça a plus la même saveur. T'as tout gâché !

- Désolée, j'aurais peut-être dû attendre que tu finisses ton monologue, taquiné-je. »

Renfrogné, il se met à soulever mes dossiers bien rangés et à trifouiller dans mon porte-plume. Je finis de ranger mes cours dans mon sac, sentant le poids de son regard sur mon dos. Je me prépare déjà à sa question, contenant tout tressaillement qui trahirait mon mensonge.

« Booooon, alooors... il s'est passé quoi avec Murdock à mon anniv ?

- Comment ça ? Froncé-je les sourcils.

- Sur le balcon, quand vous étiez collés l'un contre l'autre ! Attaque-t-il, on t'a vu avec Nanak !

- Il y a rien à dire, haussé-je les épaules. On discutait tout simplement. »

Ses paupières se plissent, ses yeux dardent sur moi un regard peu convaincu. Je ne faillis pas et le regarde avec détachement.

« Tu sais bien que je vais l'apprendre un jour ou l'autre...

- Il n'y a rien à savoir. »

Et techniquement c'est presque le cas. Rien qui ne le concerne en tout cas. Je jette furtivement un petit coup d'œil à la pendule au-dessus du tableau, espérant que la pause de Nialh se finisse rapidement. Je sais qu'il a réunion de l'intendance ce soir et Murdock est censé passer me prendre pour qu'on aille manger quelque chose à l'appartement...

« Sib ! apostrophe Murdock en ouvrant brusquement la porte de la salle. C'est bon t'as fini ? »

Nialh se retourne vers lui, le dévisageant avec intensité avant de reporter son attention sur moi. Je me sens rosir. Evidemment, la chance n'est pas de mon côté... Murdock, imperturbable, s'accoude à la chambranle de la porte.

« Nialh ? Ben alors, tu sèches la réunion ? C'est Janine qui va être contente tiens, le charrie-t-il.

- Vous avez un truc de prévu ce soir ? Fait-il avec curiosité. Pourquoi je suis pas invité ?

- Ah si tu veux corriger des copies, aucun problème ! rétorque Murdock. Sib, on y va ? »

J'hoche la tête, mon frère pressé par notre départ se lève et nous accompagne jusqu'au bout du couloir avant de bifurquer au moment où le couloir mène aux escaliers des appartements des enseignants.

« Bon ben, bonne soiréééée alors hein. »

Le sous-entendu à peine dissimulé fait s'esclaffer Murdock et bouillonner le sang à mes oreilles. Nialh finit par disparaître de ma vue et je peux enfin me détendre alors qu'on s'engage en silence jusqu'à ma gargouille. Celle-ci nous tire la langue avant de dégager la porte d'entrée, une fois à l'intérieur je me retourne sur Murdock. Il se déchausse de deux coups de pied maîtrisés, comme d'ordinaire. Il jette sa pochette de copies sur le tabouret. Ces petits gestes habituels font bourdonner mon ventre.

« Bon, pizza ce soir ? Me sourit-il. »

Je pose vivement mes mains sur ses joues et presse mes lèvres contre les siennes.

OoOoOo

Assise en salle des profs, je feuillette la revue Historia tandis que Valérian corrige ses copies d'une plume élégante sans la moindre bavure. Comme un poète écrivant un recueil, c'est assez incroyable le style de correction laisse bien deviner le style de personne derrière... Un prof soigné, ordonné et consciencieux. Wanda déboule, l'air particulièrement ravie et pressée de partager ce qui occupe ses pensées. Elle s'assoit lentement, croisant les jambes et touillant son thé. Valérian et moi échangeons un regard circonspect, attendant qu'elle daigne enfin nous dire ce qu'il y a. Elle ne se fait pas prier bien longtemps :

« J'ai appris un de ces trucs dans le couloir ! Vous allez jamais le croire !»

J'arque un sourcil, depuis quand on colporte les bruits de couloirs et les ragots des élèves ? C'est toujours puéril et vue du nombre qui nait chaque semaine... on s'en sortirai plus. Je reporte mon attention sur mon article sur les runes féministes du Moyen-Age.

« Anak aurait reçu des lettres d'amour signées de ta main Valérian ! »

Je relève brusquement les yeux sur elle, elle semble particulièrement hilare et continue sur sa lancée. Je sens mon cœur se serrer et jette un coup d'œil à mon collègue de Sortilège qui relève les yeux de ses copies, fronçant ses gracieux sourcils blonds.

« Je sais pas ce qu'ils sont allés encore s'imaginer, c'est vrai qu'il y a bien eu une rumeur entre Kenneth et moi lorsqu'on est arrivé au bahut ya trois ans... ils aiment mettre leur prof en couple ! Rit-elle. Les troisièmes années ont l'air persuadé que Anak est tombée dans le panneau et craque complètement sur notre vélane !

- Tout le monde en pince pour lui, défendé-je avec le plus de légèreté possible, enfin c'est vrai, Valérian t'es peut être qu'à moitié vélane mais le charme opère quand même ! Tes élèves t'adulent !

- Oui enfin là ça parlait plus de coucherie que d'un simple béguin Sib, corrige-t-elle, du grand n'importe quoi franchement ! Ils ne manquent pas d'imagination !

- Exactement, rétorque froidement Valérian.

- Ton honneur est sauf en tout cas, se reprend Wanda, tout le monde sait que les lettres étaient une mauvaise blague d'élèves. »

Mon cœur se serre, oh Merlin... Valérian me glisse un coup d'œil par-dessus ses copies, essayant sûrement de discerner le vrai du faux de ce que nous rapporte Wanda à travers mon visage décomposé. Je tente de reprendre en main les choses.

« C'est vraiment n'importe quoi ! Bientôt on va apprendre qu'Ubertta et Esteban ont une relation torride secrète ! »

Mais je sens bien au regard qu'ils me portent tous les deux, qu'ils savent que je dissimule quelque chose. Ils ont pas l'air convaincu. J'ai toujours été une piètre menteuse. Mal à l'aise et inquiète pour Nanak, j'attends cinq minutes encore, laissant Wanda broder autour de cette histoire, avant de me mettre à la recherche d'Anak.

OoOoOo

Eanna a une mine particulièrement défaite lorsque j'arrive à l'heure du déjeuner pour le repas familial de ce samedi. Recroquevillée près de la cheminée, elle me lance un regard défait. Depuis la cuisine, les sons des couverts et des ustensiles semblent anormalement brusques et bruyants. Oh. Elle l'a dit à maman.

« Ah Sibéal, t'es là ! fait Abaigh. Tant mieux. »

Elle me souffle dans l'oreille que maman est particulièrement à cran, j'hoche la tête d'assentiment. Aucune trace de papa, je le soupçonne de s'être retiré dans son garage pour « bricoler ». Ma sœur aînée, enceinte jusqu'aux oreilles maintenant avec ses huit mois de grossesse va s'asseoir contre Ea, enroulant tendrement son bras autour d'elle.

« Tu veux bien aller la voir ? Soupire-t-elle, j'ai tout essayé. »

J'acquiesce, peu convaincue tout de même que je puisse faire mieux qu'elle. Abaigh a toujours été le ciment de notre fratrie, toujours à colmater les fuites avec amour et patience... Je serre doucement l'épaule d'Eanna qui me sourit faiblement avant d'aller voir ce qu'il se passe en cuisine. Maman dans son tablier parme touille vivement son immense marmite.

« Salut Maman, commencé-je.

- Tu étais au courant toi aussi j'imagine, attaque-t-elle sans se retourner.

- Oui. »

Inutile de nier, son regard vert me dévisage et je sais qu'elle est capable de déceler le moindre de mes mensonges. Je n'ai jamais été capable de lui mentir. Ses lèvres se pincent.

« Je vois que dans cette famille l'honnêteté est de mise, cingle-t-elle, tout le monde parle dans mon dos et ta sœur me ment depuis sûrement des années !

- Elle a mis du temps à se trouver, la défendé-je. On ne l'a appris que récemment aussi. Elle ne savait pas elle-même.

- Elle s'est mariée à Ian, son fiancé de plusieurs années, fait-elle. Elle prévoyait d'avoir des enfants et de finir ses jours avec lui ! Qu'est-ce qu'ils vont dire à l'Eglise en apprenant qu'elle l'a finalement quitté parce qu'elle aime les femmes ? Anita va se sentir humiliée !

- Ce ne sont pas les affaires de la mère de Ian qui aime Eanna, marmonné-je.»

Toujours sa fichue obsession pour les apparences, pour le diktat de la paroisse que ses amies animent de cours de cuisine, de soirées tricot, d'actions humanitaires et de remarques conservatrices. Je m'appuie contre le comptoir et retourne le poisson dans la poêle. Qu'elle ne perçoivent pas la violence de ses propres remarques fait mal. Je n'imagine pas ce qu'elle a balancé de colère à Ea.

« Qu'est-ce que ça va être la prochaine fois, continue maman de frustration, ton frère sort avec un elfe de maison ?

- Dis pas des choses pareilles, murmuré-je, c'est blessant maman.

- Blessant ? S'énerve-t-elle, parce que moi ça m'a pas blessé d'apprendre que mes enfants et mon mari m'ont caché la vérité ? Que vous parliez dans mon dos ? Que vous ne me faisiez pas confiance ?

- Personne ne parle dans ton dos mais on craignait juste ta réaction, répliqué-je brusquement, cette réaction. Tu peux être dure maman, vraiment dure. Ea avait juste peur. »

Ma mère m'adresse un regard furieux, mais semble avoir saisi le sens de mes paroles. C'est le moment que choisit Nialh pour faire son apparition, la bouche en cœur et de la neige dans les cheveux. Il s'arrête presque instantanément sur le pas de la porte de la cuisine. Maman se tourne vers lui, son regard s'adoucit aussitôt et elle s'en va pour l'embrasser sur la joue.

« Eanna t'a dit, fait-il.

- Plus ou moins. »

Ma mère ne pense pas que ça soit mal qu'Ea soit lesbienne, je pense que ce qui l'inquiète c'est le quand-dira-t-on. Elle s'investie tellement pour être un pilier de la paroisse depuis des années... Le modèle de la parfaite et aimante famille qu'elle défend vole en éclat et avec lui probablement l'image qu'elle renvoie et se fait d'elle-même. Difficile de lui en vouloir vraiment quand toute sa vie notre grand-père l'a seriné avec l'importance de la communauté, de la traditions et des pratiques catholiques. Elle a déjà eu tellement de mal pendant son enfance à subir les réprobations de sa mère sur le fait qu'elle soit une sorcière. Que de reproche sur cette magie si peu naturelle aux yeux de notre grand-père.

« Allez hein, on arrête la soupe à la grimace, on est pas venu ici pour s'engueuler quand même ! lâche Nialh avec légèrement en humant la marmite, moi j'ai une faim de loup ! Qu'est-ce que tu fais de bon ? »

Cette remarque a le don de dérider notre mère et d'apaiser un peu la tension. Ça va prendre du temps, j'espère que ça va aller.

OoOoOo

« T'es vraiment sûr de ton coup ? »

Murdock m'assure que c'est la bonne direction. Je grimpe avec précaution les pierres humides et glissantes du chemin qui serpente dans la montée abrupte. La balade n'est pas longue mais c'est tout de même assez sportif d'arriver au Natan-bakor. Le lieu de la bataille antique entre trolls et shamans pour le partage des plaines du Maine en contre-bas. J'ai toujours eu envie d'y aller, apparemment la vue est incroyable. J'ai sauté sur l'occasion quand Murdock a proposé d'aller prendre l'air ce week-end tous les deux. C'est un peu la honte aussi d'enseigner l'histoire de la Magie sans jamais être allé poser sa main sur l'arbre du danger... la pente se fait moins raide, je redresse la tête, essoufflée, pour tomber sur la petite prairie en pente dégagée qui mène à la falaise. Au milieu se dresse le fameux arbre, tout noueux et riquiqui. Murdock me balance son bras sur les épaules et s'esclaffe de mes joues rougies par l'effort.

« Ben voilà ! On peut dire que t'es officiellement une vraie prof d'histoire de la Magie maintenant !

- Tout ça pour ça ? me moqué-je, je me suis laissée avoir !

- On est d'accord, c'truc décharné vaut pas le détour, acquiesce-t-il, la prochaine fois on ira voir les mines des Pourfendeurs de Rocs, ça ça t'en met plein la vue !

- Et au moins on sera à l'abri de la pluie ! »

Mon kaway rabattu sur mes oreilles dégouline de la petite bruine qui s'est abattue sur nous depuis déjà vingt minutes. Murdock a un sourire moqueur de ma tête et de mes verres embués, je le bouscule et ignore sa remarque pour aller m'approcher du bord de la falaise et admirer la vue. Les nuages bas et la brume qui s'installent progressivement ne permettent pas de vraiment voir grand chose, à moins que ça soit la buée de mes lunettes.

« Bon c'est pas si ouf tout ça, se plante-t-il à côté de moi.

- On aurait peut être dû regarder la météo... suggéré-je en essuyant mes verres. Je me demande bien qui devait le faire... »

Sa main se pose vivement sur ma joue, me faisant relever les yeux. Il m'embrasse alors, coupant court à ma pique et faisant bourdonner mon ventre et mes oreilles. Lorsqu'il se détache avec un sourire satisfait je me sens rougir.

« ça fait partie de l'aventure Sib! assure-t-il.

- Et si on tombe malade, c'est ce que tu diras à Anastasia ? demandé-je humour.

- Qui te dit que c'était pas mon plan dès le début ? sourit-il narquoisement, des jours de repos tranquilles gratos à lézarder dans le canapé ?

- J'aurais dû m'en douter... rié-je. »

Une bourrasque fait trembler les pauvres branches déplumées de l'arbre. Je frisonne un peu et propose de rentrer, ajoutant à ma proposition un crochet par la pâtisserie de Salem qui fait des superbes tartelettes au citron. Je glisse tout doucement mes doigts entre les siens, il referme sa main sur la mienne. Une petite chaleur ronronne dans ma poitrine, j'ai très très envie de me lover contre lui dans le canapé pour manger des pâtisseries et boire du thé tout le dimanche après-midi.

« On transplane ? propose-t-il.

- Merlin, oui ! m'exclamé-je alors que la pluie se met à tomber drue, collant mes cheveux à mes joues.

- Quelle témérité ! S'esclaffe-t-il.»

Je l'ignore et lève ma baguette pour nous transporter directement devant la devanture de la pâtisserie de Salem. Il ne lâche pas ma main avant que je n'ai à payer les tartelettes.

OoOoOo

« C'est horrible, gémit Nanak. »

Échouée sur mon canapé, la tête enfoncée dans mon oreiller elle est prostrée de honte à ressasser la rumeur entre elle et Valérian qui a enflée de manière exponentielle mais pas totalement inattendue ces derniers jours. Je lui caresse gentiment le dos, ne sachant plus vraiment quoi dire pour lui remonter le moral. Elle rase les couloirs dès qu'elle croise un collègue et sent bien le regard narquois des élèves. Ea dans le fauteuil berce entre ses mains son verre vide la mine attristée. Je vais de l'une à l'autre sans réellement arriver à leur remonter le moral.

« ça va passer, je t'assure ils vont vite trouver un truc plus intéressant ! assuré-je. La vente de fleurs pour la saint valentin est dans quelques jours, je suis certaine que ça va les occuper. »

Anak grimace à l'annonce de la fête fatidique. Ah oui. Effectivement c'est pas ce 14 février qui va faire oublier aux élèves cette supposée passion entre elle et notre collègue de Sortilèges. Au contraire même... Je coule un regard vers Eanna qui a un petit air triste, maman et elle se sont poliment adressées la parole samedi dernier au repas mais on est loin d'avoir fait retomber la tension.

« J'arrive même pas à regarder Valérian en face, fait-elle mal à l'aise, je suis même pas allée au cours de yoga de vendredi avec lui... j'ai honte.

- Je suis sûre qu'il comprendra si tu lui expliques, affirmé-je. Et ne t'inquiète pas pour lui, c'est pas la première fois qu'il y a des rumeurs sur lui à Ilvermorny.

- Et sûrement pas la dernière, renchérit Eanna. T'inquiète Anak.

- Je suis désolée Eanna, soupire-t-elle, c'est pas si grave que ça au final... »

Ea se crispe un peu et secoue la tête, cherchant à éviter d'avoir à aborder le sujet. Elle veut rien ajouter de plus à la situation, de toute façon elle n'évoluera pas si notre mère ne fait pas un effort de son côté et accepte de nous pardonner de lui avoir cacher son orientation sexuelle. Je suis certaine que papa la caresse dans le sens du poil pour lui faire entendre un peu raison de son côté. Eanna évite pour sa part de rentrer à la maison où elle habite depuis son retour et se cherche activement un logement. Tout en ayant trouver refuge dans la chambre d'amis d'Abaigh.

« Si vous voulez, Nialh a laissé sa console... et j'ai trouvé dans la boite Just Dance..., proposé-je.

- Pourquoi pas, fait-elle avant de retrouver un petit sourire, mais faut s'habiller pour danser !

- J'ai bien un boa en plume qui traine, et il me reste des paillettes pour les yeux pour mon costume Barbarella !

- Bon ben allez, banco ! s'écrit Nanak en bondissant du canapé.

- Je me réserve I'm so excited ! prévient ma sœur.

- Elles sont pas trois dans le groupe ? fait Nanak, on a qu'a reformé le trio ! »

Anak glisse sur ses yeux mes lunettes en plastique et aux verres roses. Je trifouille dans ma boite à costume à la recherche du boa. Je retrouve mon chapeau de Gandalf et le place sur ma tête avec ravissement. Ea annonce que la bière c'est clairement pas assez fort et ouvre mon petit bar sous la table basse.

« Pina Colada pour tout le monde ! s'écrit-elle d'une voix enthousiaste encore un peu forcée, c'est ma tournée ! »