Bonjour les petits loulous !

Merci à Maple et YoOyoO pour vos reviews les filles :)

Bonne lecture à tous !


Chapitre 25

Je traverse la Grande Salle vidée de ses visiteurs, une cinquantaine de garçons au total et au moins vingt-cinq filles à marier venues papillonner dans des robes tout aussi aguichantes les unes que les autres. De quoi faire passer la pilule après avoir serré la main à leurs frères et échanger quelques mots avec leurs pères qui savent tout de moi et dont les visages-même ne me rappellent rien. La plupart des filles ont d'ailleurs battu retraite après notre discussion à Effa et moi au milieu de la salle, et je crois que le fait que je l'embrasse les a convaincues qu'il n'y avait pas grand-chose à tirer de moi.

Lorsque j'arrive dans le bureau, je sors la feuille où s'étalent ma signature et le seau de ma famille. Relisant soigneusement les mots. Je sais que c'est le bon choix, je suis même certain que c'est ce qu'il faut. Puis je ferme la porte et m'en vais rejoindre ma chambre. Les couloirs grouillent encore des valets des invités qui s'affairent à ce que leurs maitres soient au mieux. Mais la plupart on dû monter leur confortable tente sur la plaine en contrebas.

« Fatiguée ? demandé-je en l'apercevant sous la couette. »

Effa relève les yeux de son livre épais et poussiéreux que je soupçonne de ne pas avoir sorti une page de son étagère depuis au moins dix ans. Il faut dire que ni moi ni mon frère n'étions de grands lecteurs de fictions. Je préférai les cartes et les dessins sur la Terre du Milieu et ses milles et un recoins et Elian s'enfonçait toujours dans les hauts faits de nos ancêtres.

« Non pas vraiment, fait-elle en souriant.

- Tiens, c'est toi, je lui tends le parchemin. »

Elle fronce les sourcils, je lui jette un regard malicieux. Lorsqu'elle relève le nez elle est bouche-bée, les yeux ronds. Très délicat comme attitude elfique. Je m'esclaffe et lui tapote l'épaule.

« Eh bien remet toi parce que tu as du pain sur la place, c'est fini les vacances.

- Mais… Tu… bafouille-t-elle, tu es sûr que tu veux que se soit moi ?

- Absolument, je lui souris en replaçant une mèche de ses cheveux, je suis sûr que tu vas être extraordinaire, dans tous les sens du terme, ajouté-je avec une pointe d'humour. »

Elle ne relève pas, se contentant de me fixer avec ahurissement. Je viens de lui donner un parchemin la mandatant comme ma représentante pour régler le problème d'analphabétisme. Ce n'est plus possible, en Moria et chez les elfes tous savent lire et écrire couramment aux moins deux langues. Les impôts qu'ils me versent doivent servir à autre chose qu'à s'empoussiérer. Et si Neaffa veut que l'on passe plus de temps ensemble je n'ai pas d'autre choix que lui demander de m'aider en se chargeant de certaines tâches. Je n'en ai pas encore parlé à Fama mais nul doute qu'il va être ravi d'apprendre que je donne des postes à des gens étrangers au Rohan. Elle aura droit à puiser dans les coffres, et il est un véritable chien de garde sur mes fonds.

Elle sourit alors, un énorme sourire ravi.

« Je ne te décevrai pas ! fait-elle solennellement.

- Je sais, rié-je de sa tête sérieuse, c'est pour ça je t'aime. »

Ses yeux s'élargissent à nouveau et elle dévoile des fossettes qui ne peuvent qu'appartenir à sa mère pour ne les avoir jamais vues chez son père.

« C'est vrai ? »

Je lève les yeux au ciel et hoche la tête. Ses jolis yeux bleus se mettent à pétiller et elle me serre contre elle. Je voudrais me moquer, tourner tout ça autrement. En dérision. Mais lorsqu'elle relève la tête, le visage troublé et souriant, je reste muet.

Et l'embrasse passionnément.

OoOo

« Bon alors es-tu enfin décidé sur l'une d'entre elles ? me demande Erwon.

- Vraiment désolé, ça ne sera pas ta sœur, répondis-je.

- Vraiment ? Voilà qui va faire plaisir à père. »

Pas qu'Oméa ne soit pas jolie, en réalité elle est probablement la plus mignonne de ce côté-ci du Rohan avec sa robe bleue et avec ses yeux de chat mais tout le monde dans la salle sait qu'elle est désespérément amoureuse du dernier fils du Seigneur Itac, Lian qui n'aura pas de terre et juste ses bras pour faire fortune. Inutile de préciser que son père est contre. Mais vu le caractère de la sœur d'Erwon, elle arrivera à ses fins.

« Ça c'est évident, j'ai appris qu'elle était fiancée.

- Fiancée ?! »

Je ne sais pas s'il s'étouffe de surprise ou de rire. Il fallait s'y attendre de toute façon quand votre sœur a refusé de paraitre lors de la rencontre avec un potentiel fiancé ça laisse présager des choses tout de même. Je le regarde se précipiter sur sa sœur, m'esclaffant de la voir le dédaigner en levant haut et fièrement son menton.

« Ah seigneur Ethéol, je voulais justement vous parler, m'aborde-t-on. »

Je soupire, me demandant si je n'aurais pas mieux fait finalement de mettre sur les convocations que les pères et sœurs n'étaient pas invités. Voilà déjà trois jours que je suis obligé de supporter les paroles pour m'amadouer, si Effa croit réellement qu'elle est la seule à ne pouvoir les regarder me papillonner autour, elle se trompe.

Il faudra probablement que je trouve une solution, rester jusqu'à la fin de mes jours entre quatre murs à prendre des décisions parce que tout le monde attend de vous que vous endossiez vos responsabilités, ce n'est pas comme cela que j'imaginais ma vie. Il y a encore des lieux inconnus à visiter et des gens qui se moquent de votre nom à rencontrer. Je ne compte pas visiter la Terre du Milieu en fixant la carte que j'ai accroché dans le bureau. J'ai assez confiance en Fama et ma mère pour les laisser tenir les rennes de temps en temps. Il faut encore que je montre des gens et des lieux à Neaffa. Maintenant qu'elle n'a plus une seconde à perdre.

Justement, ne gaspillons pas notre temps.

Je m'excuse auprès de l'homme a la moustache digne d'un nain et me perce un chemin au travers de la foule dont la moitié repartie demain parce que recalé – et ma théorie s'est révélée juste, avoir un pédigrée ne signifie pas avoir du talent. Et l'air offusqué de Fama ne changera rien aux garçons que j'ai décidé de garder.

Effa est visiblement en train de s'ennuyer ferme, appuyée contre le pilier. Rowana est visiblement très occupé avec son mari. Je passe un bras autour de ses hanches, la faisant sursauter.

« Tu passes une bonne soirée ? ironisé-je.

- Désolée de te décevoir, réplique-t-elle avec humour, mais je m'attendais à mieux de la part de quelqu'un qui fréquente les nains.

- Effectivement, on ne boit pas assez, déploré-je, quoi que tant mieux pour toi, tu ne tiens pas l'alcool.

- N'importe quoi ! s'offusque-t-elle.

- Ah oui ? Il est vrai ce mensonge ? plaisanté-je.

- Tu sais quoi Ethé…»

Je la coupe dans sa réplique en planquant mes lèvres sur sa bouche et la serrant contre moi. Elle reste figée d'étonnement avant de répondre à mon étreinte. Lorsque nous nous séparons pour rependre nos souffles, elle me lance un sourire.

« C'est en quel honneur ?

- Je n'ai pas envie de perdre une seconde, répliqué-je en prenant un air énigmatique. »

Plus jamais, parce que Effa est mortelle et que chaque seconde la rapproche de la vieillisse et l'entraîne petit à petit vers la mort. Ma gorge se serre, tout ça par ma faute. Je soupire, lui caresse distraitement la joue en songeant à toute son éternité perdue parce qu'elle m'aime. Elle m'aime.

« Ah Neaffa, je vous cherchais justement ! s'exclame ma mère, il faut que je vous présente à des amis.

- Tu m'accompagnes ? murmure-t-elle.

- Allons-y, hoché-je la tête en lui attrapant la main. »

Ma mère nous entraine vers un petit groupe, parmi lequel je reconnais ses amis. Maman rayonne presque en nous présentant, butant légèrement sur le Neaffa « amie de mon fils », me décochant un regard inquisiteur et un brin accusateur. Je lève les yeux au ciel, mais nos mains entrelacées sont pour l'instant assez significatives. Pour l'instant. Après… On verra.

OoOo

« Alors ça c'est passé comment ? demandé-je.

- C'était fatiguant, s'exclame-t-elle en fermant la porte.

- A ce qu'il parait tu t'en es bien sortie.

- Tu m'espionnes ? »

Elle a passé la journée à essayer de trouver des gens aptes pour mener sa campagne d'alphabétisation. Et a essayé de voir comment mettre en place des écoles. Pour garçons et filles. Fama en est resté ébahi, rien que pour sa tête je me suis esclaffé. Elle se laisse tomber sur le lit, tournant la tête vers moi. La mine sérieuse et les lèvres serrées. Je fronce les sourcils, abaissant mon livre pour croiser son regard.

« Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Rien.

- Et tu te trouves convaincante ?

- Tu es convaincu ?

- Oh oui, très ! ironisé-je.

- Ah, ben tu vois, sourit-elle. »

Je soupire, pose le livre pour me tourner sur le côté et lui faire face. Elle me fixe avec intensité. Je regarde une à une les étapes de formation de son sourire. Ses yeux sont du bleu de la baie de Forochel. Le bleu qu'Eléanora n'arrive pas à peindre, emmitouflée dans son manteau en fourrure, armée de ses pinceaux, sur sa barque le matin alors que le soleil perce à peine le ciel. Un jour je retournerai la voir, voir si elle a trouvé ce bleu qui la hante.

La main d'Effa se pose tout doucement sur mon torse, et elle tire sur la lanière de ma chemise en lin sans me regarder. Le rouge aux joues. Je reste un instant immobile, à la dévisager alors qu'elle tente de me retirer ma veste. J'attrape son poigné gentiment, la forçant à me regarder. Elle est gênée, maladroite. Je lui souris pour la rassurer.

« Eh, tu n'es obligée de rien.

- Mais j'en ai envie, réplique-t-elle avec sa mine sérieuse.

- Sûre ? soufflé-je en m'approchant de ses lèvres.

- Je t'aime, me sourit-elle comme s'il s'agissait d'une évidence. »

Je l'embrasse pour toute réponse, elle passe ses bras autour de mon cou. Je glisse mes mains le long de son dos, défaisant un à un les boutons de sa robe. Elle frisonne, perd son nez dans mon cou. Je dépose des baisers sur sa jugulaire, plongeant mes mains dans ses boucles. Elle se colle contre moi, m'enlevant ma chemise avec précipitation. Je m'esclaffe de tant d'empressement, elle fronce les sourcils. Passe la main sur mon torse pour en dessiner les moindres traits. Je l'embrasse à nouveau avant de lui passer sa robe par-dessus la tête. Gênée, elle baisse les yeux. Enfonçant son visage contre moi. Je l'éloigne pour lui sourire.

« Pourquoi tu te caches ? Je t'aime Effa. »

Elle sourit, hoche la tête et tire sur ma ceinture. Et perd ses lèvres sur les miennes.

OoOo

Demain la salle se videra enfin, ce soir j'annoncerai la quinzaine de noms qui auront le droit d'être formé ici, pour servir dans la troupe d'Albiwyn. La cavalerie d'Albiwyn du Rohan. C'est une grande fierté. Et une petite moitié d'eux n'est pas de la petite noblesse comme la tradition l'exige. Le gamin du forgeron, Graham, il ne paie pas de mine à première vu. Malingre et nerveux, il est le plus rapide et avec un poignard il est aussi dangereux qu'une vipère des sables. Et il n'a pas la langue dans sa poche, Mitch sait presque tout de sa vie et de son amour secret pour Pia la fille de l'aubergiste.

Fama a été étonné mais après les avoir vu un à un faire leurs preuves, je crois qu'il n'a plus eu rien à dire. Certains ont été très convaincants. D'autres pas du tout. Il n'y avait pas à discuter, les faits ont parlé et Fama est un homme terre à terre qui sait reconnaitre la valeur des faits. C'est pour ça que j'en ai fait mon bras droit, parce qu'il sait reconnaitre la réalité, et qu'il sait se remettre en question. Bien qu'il aurait préféré que je ne fasse la sélection que parmi la petite noblesse.

« Où est Neaffa ? demande ma mère. »

Elle a quitté ses robes grises et ternes ces derniers temps. Elle a choisi la verte, sa préférée. Je crois qu'elle a fait le deuil, parce qu'elle sait que je ne la quitterai pas. Je vais essayer de ne pas mourir alors, pensé-je en moi-même avec humour. Elle pose sa main sur mon bras, me sortant de mes pensées.

« Avec Rowana et Tolst je suppose.

- Rowana ? fronce-t-elle des sourcils, mais ne devait-elle pas partir ? Son époux vit au Gondor, non ?

- Je crois maman qu'elle fait ce qu'elle veut, sourié-je, et qu'elle n'a pas l'intention de faire ce qu'on attend d'elle mais ce qu'elle a envie de faire.

- Ça m'en a tout l'air, hoche-t-elle la tête, je pourrais lui proposer d'habiter la maison d'à côté de chez Melia.

- Elle ne partira jamais alors !

- Elle est pleine d'énergie, sourit-t-elle, c'est agréable. »

J'hoche la tête, laissant mon regard se promener sur l'assistance. Je n'en peux plus de ces banquets où je dois avoir un mot pour tous. Les nuits à la belle étoile me manquent, les chevauchées sur Murmure dès l'aurore aussi. Et l'odeur de la rosée sur les sapins de Lorien. J'ai la soudaine impression que c'était dans une autre vie. Et ça l'était, songé-je en me rappelant de ma mort. Je ne devrais pas être ici quand la vie ne tient qu'à si peu de choses, quand j'ai déjà goûté à la mort. Je suis fatigué de la perspective des jours et des mois qui vont suivre. Mais pour l'instant je ne pars pas, ma mère a besoin de moi. Pour l'instant.

Je proposerai à Effa d'aller voir la cité blanche du Gondor et de marcher sur la terrasse qui fait face à au Mordor pour goûter au vent violant et à la sensation de voler. Je lui proposerai d'aller en Forochel, de faire face à la mer si bleue et de respirer l'impression d'avoir atteint le bout du monde. D'avoir achever la découverte. De sentir le besoin de retrouver un foyer monter au rythme des vagues qui lèchent la plage. Oui, je lui proposerai. Bientôt. Je ne suis pas mon frère, j'ai besoin d'aller plus loin que l'horizon familier pour vivre.

« Oh, j'allais oublier, fait-elle alors. C'est pour toi. »

Elle glisse un sachet en velours dans ma main, je fronce les sourcils et l'ouvre. Lorsque je reconnais le bijou j'écarquille les yeux. Croise son regard. Elle a un sourire calme, serein. Elle pose sa main sur la mienne, la faisant se refermer sur la bague en argent.

« On ne sait jamais, au cas où tu sais… »

Elle porte son regard sur Effa qui apparait à côté de Tolst.

« Je l'aime bien cette fille, approuve-t-elle.»

Je m'esclaffe, et glisse la bague dans la poche de mon pantalon.

J'ai beaucoup de projets à proposer à Neaffa.


C'était le dernier chapitre d'Ethéol avant l'épilogue :) qu'avez vous pensé du personnage ?