Alors que Lou profite de ses vacances parisienne, Clo étudie une comcom avec intérêt pour le boulot.

On vous souhaite à tous et toutes une bonnes semaine et une bonne lecture ;)


Chapitre 38

Notre départ est prévu pour demain et nous avons la chance de ne pas manquer la fête naine de la Saint-Romarik le Roc ! C'est la fête des tonneliers, et il s'y déroule des activités en tout genre pour célébrer les tonneaux. On a par exemple fait de la lutte dans des tonneaux où le but est de casser la l'armure-tonneau de l'autre, des courses et parcours de balais-tonneaux, et on a même descendu un tobogan à bord de tonneaux roulants. Murdock est évidemment sorti victorieux de chaque petit jeu... mais bon, c'est normal, il a de l'expérience ! Voilà 34 ans qu'il s'exerce chaque 26 février -il prétend avoir fait du tonneau-balais dés son premier anniversaire... Valérian et moi-même sommes dubitatifs mais n'avons pas osé émettre le moindre doute.

Mais ce que j'ai hâte d'essayer c'est la la corrida-tonneau... j'ai pas encore trop saisi le concept mais le nom donne envie !

Il est cependant l'heure du grand défilé des Anciens assortis de leur fanfare et nous les regardons passer avec fascination dans leurs costumes traditionnels. Le bruit de leurs instruments se répercutent contre les parois de l'immense caverne où se déroulent les festivités et c'est très impressionnant.

Un bras s'enroule alors soudainement autour de mes épaules et je me tourne vers le grand sourire de Nialh qui me tend une montagne de boules de glace couleur chocolat planté dans un tonneau miniature.

"Tiens, ma choupinette d'amour, ta glace préférée !" m'annonce-t-il fièrement.

Il assortit ça d'un clin d'œil malicieux qui me pousse à jeter un regard furtif vers Valérian à ma gauche. Mais celui-ci a les yeux rivés sur le défilé devant nous, ne nous accordant pas la moindre attention. Je suis déçue malgré moi et mon regard se reporte sur Nialh dans un élan amer.

"C'est pas la glace au chocolat ma préférée, maugréé-je.

-Ohhh, mais tu deviens capricieuse ! Je te gâte trop !"

Et il termine sa phrase en me tapotant le bout du nez de son index que j'ai soudainement envie de tordre. Ou de mordre. Mais je me venge plutôt sur la glace qu'il m'a ramené, appréciant tout de même le geste. Je pourrais essayer de fuir mais ce serait au risque de me payer une cymbale en pleine poire.

"La prochaine fois, je veux mangue-coco, marmonné-je.

-N'importe quoi pour ma princesse !"

Je lève les yeux au plafond de la caverne tout en me mettant finalement par rire un peu du ridicule de la situation. Tu parles d'une princesse, toi !

Mais au moins j'ai une glace-tonneau.

OoOoOo

La porte s'ouvre sur Sib dont le visage s'illumine en reconnaissant ma trogne et je me traine ma valise et moi à l'intérieur dans leur chambre. Murdock fait une pause dans son pliage de vêtements assez artistique pour me voir m'affaler de tout mon long dans leur lit.

"Ben, quel bon vent t'amène, ma grande ? me lance-t-il. Tu excuseras le désordre, on attendait pas de la visite si tôt…"

En d'autres circonstances, j'aurais ri de la blague mais je suis présentement au bout de ma vie. Nialh est tout simplement insupportable. On est sur le départ, et donc tout comme Murdock et Sib, on devait ranger nos affaires mais il n'arrêtait pas au sujet de Valérian et de me torturer les nerfs avec tous les plans farfelus qu'il a imaginé pour le rendre jaloux. Il m'a tellement bassiné avec ses scénarii en tout genre que je ne sais même plus si, là, tout de suite, je ne suis pas dans un de ses univers parallèles ! J'en perds complètement la tête !

Heureusement, j'ai réussi à lui échapper par un quelconque miracle…

Sib vient s'asseoir vers moi et je tourne mon regard vers elle pour lui avouer :

"J'en peux plus, ton frère me rend folle !

-Étonnant, remarque Murdock.

-Qu'est-ce qu'il a encore fait ? me demande Sib avec un sourire amusé.

-Oh, non, rien de nouveau ! dis-je en me redressant pour m'asseoir face à Sib. Il est encore sur sa dernière lubie, il prononce si souvent son prénom que maintenant c'est juste "Val" pour gagner du temps de débit de parole.

-Ohhh, et t'es jalouse qu'il ait un petit surnom pour ton prince aux yeux de biche ?

-Murdock ! protesté-je. Je rigole pas, là, je suis vraiment au supplice…"

Je me retourne vers Sib pour lui attrapper les mains et être en mesure de supplier comme il se doit :

"Sauve-moi, Sib !

-Je n'ai de cesse de lui dire d'arrêter, soupire-t-elle, mais tu sais comme il est…

-Je sais… en plus, je sais que c'est pour m'aider mais…"

Incapable de finir cette phrase, je préfère me contenter d'un soupir. Je lève les yeux vers ceux de Sib et elle fronce les sourcils en lisant l'expression de mon visage. Elle doit voir ce qui tourne dans ma tête et que j'essaye d'enfermer dans une cage.

"Mais ?" me demande-t-elle.

Je me mordille nerveusement l'intérieur de la lèvre avant de jeter un regard en direction de Murdock qui s'est fait bien silencieux. Appuyé contre le bureau de la chambre, il nous écoute sans rien dire et je réalise qu'il a une expression semblable à celle de Sib. Peut-être qu'ils l'ont vu venir plus clairement que moi-même.

"C'est bête, non ? demandé-je timidement.

-Non, ça l'est pas, Anak, me rassure Sib. Pas du tout.

-Je pense que ça l'est, moi, insisté-je avant de lâcher, Comme s'il allait être jaloux ! Et sans Nialh, jamais j'aurais espéré, ni même voulu ça ! Mais maintenant… il a planté des attentes dans ma tête… et je commence à m'imaginer des choses…"

Chose qui n'est, pour moi, pas très compliquée. Je fais tout le temps ça. M'attacher à quelqu'un et interpréter la moindre marque d'affection, et faire des plans sur la comète. Faut dire, ça colle bien à la matière que j'enseigne… mais je viens à peine d'essuyer une déception, non seulement sentimentale mais aussi amicale, auprès de Kenneth, et je suis déjà en train de foncer tête baissée vers une nouvelle, encore plus évidente et grossière que la précédente !

On parle quand même de Valérian. Qu'on soit amis, c'est déjà quelque chose proche de l'extraordinaire, mais il faut croire que j'en veux toujours plus. Je secoue la tête dès que la pensée me traverse. Non !

"C'est de la faute de Nialh ! assuré-je comme s'ils pouvaient lire dans mes pensées. Jamais… jamais… non, je n'aurais jamais penser à ça sinon !"

Je les regarde tour à tour comme si je voulais les convaincre quand, en réalité, je sais bien que j'essaye de me convaincre moi-même. N'ai-je pas pensé à ça depuis les lettres en forme de cœur qui sentaient bon la rose ?

"Bien sûr, Nanak, me console Sib gentiment. Mais tu sais, ce n'est pas si improbable… Valérian est vraiment attentionné avec toi.

-Oui, mais parce qu'on est ami ! Comme toi tu peux l'être avec moi, ou bien Nialh, mais ça ne veut rien dire !

-Nanak…"

Cette fois-ci, c'est Murdock qui a parlé et je le coupe tout de suite :

"S'il-vous-plait, n'en rajoutez pas, vous ne savez pas à quel point je m'emballe vite…"

Et à chaque fois, c'est pour foncer droit dans un mur. Cette fois-ci, je tiens vraiment à Valérian et j'aimerais ne pas complètement foirer cette relation. S'il doit se passer quelque chose par un quelconque coup de passe-passe du destin, alors je l'accueillerai avec un bonheur immense, mais dans le cas contraire, qui me semble bien plus réaliste, j'aimerais ne pas tout gâcher. Et surtout ne pas avoir le cœur brisé pour rien. Ce serait appréciable de faire une pause.

Murdock et Sib échangent un regard, et finissent par acquiescer avant que Sib me promette :

"D'accord, on ne dira rien alors. Mais tu sais que tu as tout notre soutien, pas vrai ?

-Oui, je sais, vous êtes les meilleurs."

Je leur adresse un sourire de pure gratitude avant de leur demander :

"Du coup, je peux me cacher là ?"

OoOoOo

"J'aurais tellement aimé venir avec toi…, se désole Moh. Ca me rend nostalgique de nos vacances au ski quand on était gosses… Tu te rappelles la luge que papa nous avait conçu en bois ?

-Ouais, elle était top, me souvins-je. Elle doit être quelque part dans le garage !

-Faut qu'on lui remette la main dessus !"

Nous faisons trinquer nos tasses de thé sur cette sage décision. Moh est venu profiter de ma pause de mi-matinée en cette dure journée de la rentrée pour partager une petite collation chaude. En plus, j'ai l'heure qui suit qui est libre !

"Au fait, Cherry veut que tu viennes avec moi au Canada, la prochaine fois, pour qu'elle puisse te rencontrer ! m'apprend-il avec enthousiasme. On essayera aussi d'emmener Papa !

-Ouhla… tu sais ce qu'il pense de l'avion…

-On pourrait retenter de le convaincre à essayer le port-o-loin…

-J'y crois moyen !

-Y'a toujours l'option de le kidnapper…"

La porte de ma salle de classe se voit alors ouvrir avec énergie, alors que je l'avais seulement laissée entrebâillée, et c'est Nialh qui débarque d'un pas combattant en scandant un grand "NANETTE" un brin autoritaire.

"Tu es venu pour le thé ? m'enquis-je.

-Non ! Tu me dois 25 gallions !

-25 gallions ?" m'étranglé-je.

Ai-je été suffisamment bourrée pendant les vacances pour avoir joué au casino et tout perdu au Black Jack ? Il ne me semble pas pourtant… C'est quand même pas à la fête de Saint-Romarik le Roc que je me suis ruinée en tonneaux ?!

Soudainement, un gigantesque bouquet de roses, de lys et d'œillets apparaît dans un pop magique sur mon bureau me cachant presque totalement la vue de Nialh. Celui-ci l'écarte donc et il le fait tourner sur lui-même pour que je puisse lire la petite note qui y est attachée :

Pour ma chérie d'amour,

Ton Nialhounet.

Je lève des yeux horrifiés vers sa mine grandement satisfaite.

"Nialhounet ? dis-je à haute voix.

-Laisse-le bien en évidence ! me donne-t-il comme instruction. Bon, fait-il en faisant le tour du bureau pour m'embrasser la joue avec emphase, faut que j'y retourne, Janine est invivable aujourd'hui ! Mais tu ne diras pas que je te fais pas de cadeau !"

Oui, des cadeaux à 25 gallions sortis de ma poche… Je ne le regarde pas s'en aller, trop occupée que je suis à contempler, l'âme en peine, le vase qui obstrue tout mon bureau. Je suis dévastée. 25 gallions…

"Mais elles sont magnifiques…," s'extasie Moh.

Il s'est levé pour pouvoir les admirer de plus près et les sentir comme il se doit. Pas besoin de s'approcher, elles embaument toute la pièce… il va vraiment falloir que j'aère avant le prochain cours. Moh s'attarde alors sur le mot et il me regarde étrangement :

"Il s'est passé quelque chose entre vous au ski ?

-Quoi ?

-Pour qu'il t'offre les plus belles fleurs du monde et t'embrasse entre deux cours ?

-Moh, fais-je, abasourdie, t'as pas suivi ?! Il m'a littéralement endettée ! Et tout ça pour essayer de rendre Valérian jaloux tout en se débarrassant de Wanda qui lui a mis le grappin dessus…

-Mouais… ça m'a tout l'air d'être des excuses bidons…

-Ah non ! refusé-je. Tu m'as déjà fait le coup avec Monsieur X, tu vas pas me le faire avec Nialhounet ?!"

Il semble hésiter un instant avant d'éclater de rire et je pousse un soupir de soulagement. Je reprends ma tasse de thé que j'avais délaissé sous le coup de l'effarement et décide de me réconforter dans sa saveur pomme-caramel.

"Mais sérieusement, reprend-il, il te drague depuis quand ?

-MOHVO !"

OoOoOo

"Bonjour, Professeur Kello'Han !"

Je jette un coup d'œil amusé au roucoulement collectif que produisent mes élèves en sortant de ma salle, le cours fini, alors que Valérian attend à la porte pour que tu nous allions ensemble au yoga. Je me dépêche de rassembler mes affaires pour ne pas le faire attendre. Il ne devait pas avoir de cours à la dernière heure pour être aussi ponctuel.

"Prends ton temps, Anak, m'invite-t-il avec sa politesse coutumière.

-Non, non, je pense que j'ai tout ! Ouhla, j'allais oublier mes clés…"

Je ris de ma presque grosse bourde qui m'aurait valu un demi-tour en express mais quand je relève les yeux pour dire à Valérian que cette fois-ci, c'est bon, il fixe un point derrière moi avec insistance. Étonnée, je suis son regard et tombe sur le bouquet ridicule de Nialh que j'ai dû coller dans un coin de la pièce pour éviter qu'il n'hypnotise mes élèves.

"Ah oui, fais-je, c'est euhm…

-De la part de Nialh ?"

Coupée court dans mes réflexions, je garde bêtement la bouche ouverte tandis qu'il m'harponne d'un regard un peu trop grave pour la situation et je remets une mèche de mes cheveux noirs derrière l'oreille pour m'occuper les mains.

"Oui," répondé-je finalement.

Pour une étrange raison, je me sens assez embarrassée de l'aveu mais je ne comprends pas vraiment pourquoi. J'avais subitement envie de mentir et d'inventer une grande-tante qui pourrait être fleuriste et assez généreuse pour gaspiller 25 gallions durement gagnés dans un bouquet composé qui fait la moitié de ma taille. Mais pourquoi lui mentirais-je ? Quelle différence cela fait que les fleurs viennent d'une grande tante imaginaire ou bien de Nialh ? Auprès de Valérian, surtout.

Pour moi, bien sûr, je ne suis pas très forte en math, mais je pense pouvoir dire que la différence fait à peu près 25 gallions.

"C'est un joli bouquet, note-t-il simplement.

-Mouais… je l'ai pas choisi…"

Je remarque alors que Valérian me lance un regard particulièrement interrogateur et j'ai l'impression d'être passée au laser, aussi je me reprends vite.

"Enfin, oui, très joli ! corrigé-je. Allons-y !"

Avant que ce fichu bouquet ait ma peau.

OoOoOo

"Oh ça, alors, tu vois c'que j'vois, Sib ? Ne serait-ce pas nos yogeurs professionnels ?

-Je crois qu'on voit la même chose, valide celle-ci avec un petit sourire.

-Le terme, c'est "yogi", lui apprend Valérian, pour désigner les personnes pratiquant le yoga."

Murdock fait semblant d'être impressionné mais c'est pour mieux lancer une œillade railleuse à Sib qui rit sous cape. Les bras croisés dans le plus grand sérieux sur sa poitrine, Valérian toise Murdock avec la désapprobation qui lui est propre et qui lui rajoute un certain charme… plus ça va, et plus je comprends pourquoi certains élèves font des bêtises rien que pour recevoir ses remontrances et peut-être, si Merlin est d'humeur généreuse, écoper d'une heure de retenue qui leur offre du temps supplémentaire avec lui.

Je secoue la tête. Quand j'étais ici, j'avais pas de prof comme lui… la vie est vraiment injuste.

"C'est pas que ça m'intéresse pas, mais vous savez que le programme d'échange des élèves de l'école de Uagadou a été décalé d'une semaine ? nous apprend Murdock.

-Oh pourquoi ? m'inquiété-je.

-J'sais pas… y'a une question d'éclipse lunaire…

-Une éclipse lunaire ? demande Valérian. Tu es sûr ?

-Bon écoute, bourreau des coeurs, j'suis pas spécialiste, pourquoi tu demanderais pas un cours particulier à Mistinguette ?"

Et il me désigne d'un mouvement du menton. Valérian se tourne vers moi et je me sens devenir soudainement nerveuse… est-ce à cause des mots "cours particuliers ?" Ou alors, parce que je l'imaginais une minute plus tôt me coller en retenue? Je me sens rougir bêtement et fais mine de me rappeler une question de la plus haute importance :

"Au fait, Sib, faut que je te parle d'un truc !

-Ah bon ?

-Oui, oui, oui !"

Je l'entraine un peu plus loin sous les yeux suspicieux de Murdock qui demande à Valérian s'il sait de quoi il s'agit. Je ne jette qu'un bref coup d'œil vers celui-ci, juste le temps de le voir hausser les épaules, avant de me retourner vers Sib, une fois qu'on s'est un peu éloignées. Les sourcils froncés, elle m'interroge du regard et je lui avoue, quelque peu prise par la panique qui grandit en moi :

"J'crois que j'ai pas envie d'aller au yoga… enfin, c'est pas que j'ai pas envie, j'ai envie mais… oh Merlin, je suis stressée soudainement et je sais pas pourquoi !"

Elle me jette un coup d'oeil armé d'un sourire qui veut tout dire et j'avoue tout de suite :

"Bon, ok, je sais pourquoi mais… ton frère m'a acheté sur crédit un bouquet immense qu'il a mis dans mon bureau ce matin et Valérian l'a vu. Y'a eu ce moment ultra gênant où j'ai dû lui dire que ça venait de Nialh et il m'a juste sorti "oh, très joli, ce bouquet !"

-Je vois…

-En plus, Nialh veut que je le rembourse ! Fichu bouquet…"

On lance toutes les deux un regard vers les garçons qui discutent tout en s'assurant qu'on n'en a pas fini avec notre mystérieux sujet.

"Maintenant, je me sens gênée dès que je suis seule avec lui…, ajouté-je en grimaçant. Je me demande s'il n'a pas remarqué les manigances de Nialh. Valérian est si intelligent, je me dis que c'est pas impossible qu'il devine pourquoi Nialh fait tout ce cirque…

-Je ne pense pas qu'il puisse deviner un truc pareil, me rassure Sib.

-Vraiment ? m'enquis-je avec espoir.

-Oui, ne te torture pas l'esprit, Nanak, je suis sûre qu'il est à mille lieues de la vérité."

Je me laisse convaincre par le regard assuré de Sib et pousse un petit soupir de soulagement, sentant mes nerfs se détendre. Sib me frotte gentiment l'épaule pour me redonner de la force et je lui souris.

"Tu voudrais pas des fleurs par hasard ? lui offris-je. J'en ai qui trainent…"

Sib éclate de rire avant de m'attraper par le bras pour qu'on retourne vers Murdock et Valérian.

"Tu vas vexer mon frère si tu les refourgues…

-Tu parles, grommelé-je, quelle pince, celui-là."

25 gallions quand même…

OoOoOo

"Je suis CREVEE !"

Sur ces paroles criantes de vérité, je me laisse tomber dans la banquette du café, posant mon sac de sport à ma gauche, tandis que Valérian prend place de mon autre côté. Lui, par contre, est frais comme un gardon, comme s'il ne venait pas de m'accompagner dans l'heure de torture qui vient de se terminer… je ne sais pas ce qui est arrivé à notre prof de Yoga récemment mais elle a décidé de corser la séance, et je sens que je vais avoir des courbatures jusqu'à ce week-end.

"On est d'accord qu'elle s'est vengé sur nous ? lui demandé-je son opinion.

-C'est vrai qu'elle a introduit beaucoup de nouvelles postures…

-Bon, nous sommes donc d'accord !"

Il rit un peu alors que le serveur vient déposer du bout de sa baguette nos deux tasses de cafés ainsi que les sandwichs que nous avons choisi au comptoir. Je n'attends pas longtemps avant d'entamer le mien et répondre aux suppliques criantes de mon pauvre estomac.

"Au fait, ça t'aide pour tes pouvoirs ? lui demandé-je. Tu arrives à mieux les contrôler ?

-Je ne sais pas trop, avoue-t-il avant de tourner un regard perçant vers moi, as-tu senti une différence ?"

Je manque de m'étouffer avec la bouchée que j'ai pris de mon sandwich et essaye de sauver le peu de dignité qui me reste en me jetant sur mon verre d'eau. Une fois rafraîchie, je vérifie l'expression de Valérian et impassible comme une statue de marbre, il se contente de me regarder comme si je ne venais pas de frôler la nécessité de recevoir la manoeuvre d'heimlich juste sous son nez, sa question toujours présente dans ses yeux.

Ça ne choque que moi qu'il me demande si je manque de me payer des poteaux en sa présence à cause de son charme de vélane ?

Après, si on y réfléchit posément, il ne s'agit rien de plus qu'une innocente préoccupation d'ordre presque médicale… aussi, je reprends plus ou moins contenance et me décide de lui répondre honnêtement :

"Pas vraiment…

-C'est bien ce qui me semblait."

Et il cesse de me regarder pour manger son propre sandwich tandis que je reprends un peu d'eau. C'est pas bon pour ma tension tout ça…

"Je voulais te demander…, commence-t-il alors.

-Oui ?"

Je l'ai dit sur un ton qui voulait l'encourager puisque j'ai senti son hésitation mais il se tourne plutôt vers moi de sorte à me regarder bien en face. Il est si sérieux ce soir, ça a le don de me rendre encore plus nerveuse.

"Est-ce qu'il y aurait quelque chose entre Nialh et toi ?"

Je repose lentement mon verre d'eau tout en essayant de camoufler l'étendue de ma surprise et l'embarras que sa question me provoque. Il dût interpréter mon silence pour de la confusion puisqu'il élabore :

"Je sais que vous êtes amis et que vous êtes proches mais… dernièrement, n'est-ce pas différent ?

-Non ! assuré-je vigoureusement. Non, non… c'est juste, il a des lubies qui lui viennent parfois, lui expliqué-je du mieux que je peux, et c'est sa dernière en date. Les fleurs de tout à l'heure, il veut même que je les paye ! Ca ne m'étonnerait pas qu'il en ait profité pour se faire une marge dessus…"

A la tête qu'il fait, je comprends qu'il ne me croit pas du tout et qu'il pense que je lui sers les plus gros bobards qu'il ait entendu de sa vie. Même Moh avait l'air moins dubitatif.

"Il fait ça pour décourager Wanda de lui courir après, justifié-je.

-Vraiment ? me demande-t-il. C'est la seule raison ?"

Le regard qu'il porte sur moi est fixe, indéchiffrable et me happe un moment. Je réalise trop tard que si je ne le détourne pas, toute la vérité s'échappera de ma bouche comme l'eau d'un robinet qu'on a négligé de fermer. Je m'évertue donc de fuir ses yeux du mieux que je peux avant de lui mentir :

"Oui, bien sûr. Quelle autre raison pourrait-il y avoir ?

-Il y en a une en particulier."

Il est vraiment en forme, ce soir ! Je me retiens de lui jeter un regard noir pour lui reprocher d'insister comme ça mais je campe mes sages positions, qui consistent à ne plus lui offrir la possibilité de m'hypnotiser, et limite le champ de ma vision à mon côté de la table. Je me saisis de mon sandwich et croque fermement dedans. Ce n'est qu'une fois la bouche pleine que je certifie :

"Non, non.

-Anak."

La manière dont il prononce mon prénom me pousse à trahir mes résolutions, que je n'ai en définitive tenu que trois secondes chrono, et je tourne un regard timide vers lui, m'attendant au pire. Ses yeux sont toujours aussi perturbants, voir plus et je tressaillis, avalant difficilement ma bouchée.

"S'il n'y a rien entre Nialh et toi, et si tu le veux bien, j'aimerais que tu sois ma petite-amie."

Je le fixe longuement. Les mots ont bien atterri dans mon cerveau, j'en suis à peu près sûre, quelque part, dans un coin, mais ils se sont entrechoqués, ont rebondi si fort les uns contre les autres que j'en ai confondu l'ordre, et que je doute encore du sens de la phrase.

Lui, comme à son habitude, ne cille à peine, attend simplement.

"Pardon ? hoqueté-je."

Il se saisit de ma main et les yeux grands ouverts, je le regarde faire. Peu à peu, les mots se réorganisent dans ma tête et une fois le choc passé, je le dévisage, pressentant qu'il puisse éclater soudainement d'un grand rire en trouvant sa blague très drôle.

Mais Valérian et les blagues ?

"J'en serais infiniment heureux," précise-t-il.

Puisque ma main gauche est toujours dans la sienne, je porte la seconde à ma bouche par réflexe et Valérian m'offre un sourire que je ne lui ai jamais vu. Assuré et stable, et même s'il ne dévoile pas ses dents, c'est un large sourire.

"Vraiment ? demandé-je, perdue. Mais pourquoi ?"

Je ne trouve aucune raison valable, aucune qui fasse sens et alors que mon cœur bat la chamade, et qu'une voix me crie dans ma tête que c'est trop beau pour être vrai et qu'on sait bien ce que ça signifie. Il n'y a que ses yeux si francs et pleins d'espoir qui comptent vraiment.

C'est après une brève seconde qu'il me répond :

"Il s'agit toujours de cette raison bien particulière."