Coucou,
Euh je n'ai rien à dire en vérité à part que j'aime les vacances ! :D
Et qu'on remercie nos reviewsers ^^
Bonne lecture,
Chapitre 7 : Listen
J'écoute.
J'écoute la chanson de la pluie qui rebondit en un son cristallin contre les tuiles pour rouler dans la gouttière en fer. Le bruit du tonnerre qui retentit jusque dans ma tête. Les yeux fermés j'écoute ce que le silence veut bien me faire parvenir. Les battements réguliers de mon cœur dont je compte les secondes d'intervalle pour les noter sur un morceau de papier. J'écoute la chanson de l'air qui s'infiltre en moi, me faisant découvrir les trésors de cette nuit désertée. Tout le monde dort. Personne ne sait ce qu'il manque, personne ne comprend la mélancolie de la pluie. De l'eau qui roule sur la vitre de la salle de musique, comme des larmes. Des sons mats contre la fenêtre, comme les battements d'un cœur perdu dans l'obscurité du parc. Allongée sur le dos, les bras et les jambes écartées, j'écoute. L'inspiration vient par vague. Elle se tait pendant des heures pour me submerger brutalement en une seconde. Je la laisse me renverser les sens et faire voler ma plume sur ma partition. Mon souffle saccadé ne se tait que lorsque mes doigts délaissent l'écriture pour venir danser sur le piano.
J'ai toujours aimé le piano. Entre lui et moi c'est une histoire d'amour particulière. C'est le premier instrument auquel j'ai touché. Le son des touches noires et blanches hante toujours mes nuits où je suis dans le salon bleu de notre maison à St Petersburg. Le piano ça me rappelle ma famille, ma maison en Russie. Ça me rappelle le rire de maman avant que son odeur ne soit engloutie par les effluves de la vodka. Ça me rappelle maman quand elle laissait ses longs doigts courir le long des touches comme s'ils voulaient s'envoler. Le piano c'est un peu comme ma famille, un peu comme mes souvenirs. C'est totalement différent de mon violon.
Mon violon est une sorte d'extension de moi-même, un membre –au même titre que mes jambes- que j'aurais perdu à la naissance et retrouvé à cinq ans lorsque mon oncle me l'a ramené d'Italie. C'était avant qu'il ne soit envoyé en Sibérie. Son dernier cadeau accompagné de son dernier fou-rire. Le violon c'est l'autel de mes souffrances et de mes émotions. Tout passe par lui, comme le souffle de ma vie. M'exprimer paraît si simple lorsque mes doigts se posent sur ses cordes et que l'archet monte et descend au rythme de ma respiration. Pas besoin de faire semblant, juste de se laisser aller et de s'offrir aux notes qui s'enchevêtrent. Juste laisser la musique en moi se dévoiler aux ombres silencieuses de la nuit. Le violon, c'est moi.
Les yeux fermés, je me laisse bercer par les gémissements du vent et la morosité de la pluie. J'écoute sans savoir vraiment ce qu'il faut écouter. Je me laisse immerger par ce qui semble être plus important que tout. Je m'oublie pour m'enfoncer dans les méandres sinueux et inaccessibles des sonorités de l'obscurité. Lorsque mes yeux s'ouvrent, je mets de longues minutes à revenir et retrouver mon corps qui me parait un instant être une cage où les sons sont enfermés. Je me relève lentement et frotte mon visage. Ma démarche est incertaine, comme si je m'étais chouté à la cocaïne. Je ne retourne pas dans mon dortoir tout de suite. Je traîne mes oreilles dans les couloirs, aspirant le plus de sonorités possible que j'enferme dans un coin de mon cerveau et qui se mélangent pour créer mes mélodies. Celles que personnes ne connaît. Et ne connaitra jamais.
Lorsque je suis de retour dans la salle commune, je m'allonge dans le canapé à demi-éclairé par le feu dans l'âtre. J'écoute un peu les crépitements capricieux et fougueux des flammes, qui se chamaillent avec les gouttes de pluie sonnant contre la vitre froide. Je respire ce monde que je quitte toujours trop tôt, et sans m'en rendre compte, mon esprit enivré de musique se livre à un sommeil profond.
OoOo
J'ai toujours beaucoup aimé l'Arithmancie. C'est un monde tortueux et bizarre, composé d'étranges symboles pour le moins incongrus mais c'est un monde absolument fascinant. Que peu de gens comprennent vraiment. Un peu comme la musique. La seule chose qui me met mal à l'aise quand je rentre dans la salle de classe c'est la solitude pesante qui se pose sur mes épaules. Harold a préféré prendre soins aux créatures magiques à mon plus grand mécontentement. L'autre chose qui me décontenance, c'est l'absence de ma place attitrée. Chaque année il y a normalement la table bancale au fond à droite qui m'est réservée mais aujourd'hui j'ai beau balayé la salle du regard aucune trace de ma fidèle compagne depuis la troisième année. Je croise le regard satisfait de Cindy qui me fait d'un ton mesquin suavement déguisé.
« Il y a pas de place pour les looseurs Bolkanski. »
Je suis la seule à entendre mais fait mine de l'ignorer en repérant la seule place libre. A mon plus grand soulagement elle se trouve à côté d'Owen Collins. Il me lance un regard effrayé alors que je m'assois à côté de lui. Je ne le regarde pas mais je sens son effarement et sa frayeur. Je me mords la joue pour ne pas lui dire que je ne vais pas le manger. Je lui jette de discrets coups d'œil entre mes exercices que je réussis avec une facilité déconcertante. Il a lui-même plus de difficulté, que je m'amuse à résoudre dans ma tête. Il lève les yeux vers moi, un brusque sursaut de recul le prend lorsqu'il remarque que mon coude dépasse sur sa partie du bureau. Nullement vexée je détourne juste le regard, un peu blessée.
« Au cas où t'aurais pas remarqué, je dis lentement, je ne fais de mal à personne. C'est plutôt le contraire. »
Il baisse les yeux, un peu honteux. Et après quelques secondes de réflexion met ses deux fesses sur le banc que l'on partage, jusqu'ici il était presque assis par terre pour s'éloigner de moi. Touchée je dissimule un sourire de contentement. Owen soupire et sort un petit pot de crème de sa poche. Eberluée je ne peux m'empêcher de le fixer comme s'il venait de me dire que son père était Dumbledore et sa mère une transsexuelle de Londres. Il sent aussitôt mon regard –il doit avoir un vrai détecteur dans le cerveau !- et lâche un « Quoi ? » qui paraît lui demander beaucoup d'efforts. Il me faut aussi un effort de volonté pour réfréner mon envie de me taire et de ne pas répondre. J'ai toujours peur. Peur du rejet. Ce n'est pas la méprise ou la méchanceté qui me terrifie mais la peur de m'attacher pour souffrir. Je jauge du regard Owen Collins maigre et frêle. Effacé. Je me dis qu'une réponse de ma part ne le fera pas me rire au nez.
« Qu'est ce que c'est ?
- De la crème pour mes mains, il explique, elles sont toujours sèches.
- Ah bon ?
- Ouais, il regarde mes longs doigts et arque un sourcil, t'en veux ?
- Euh… Ben…, prise au dépourvu je suis incapable répondre.
- Tiens. »
Il me la tend et je regarde le petit pot comme s'il s'agissait d'un immense trésor. J'en étale un peu et le lui rend en glissant un discret sourire de remerciement. Il hausse les épaules et se re-concentre sur ses propres exercices. Pas moi… moi je suis incapable de détacher mes yeux de lui. Une pensée me transperce l'esprit un instant. Peut être qu'à prendre tout le monde comme un ennemi potentiel… peut être que j'ai loupé des gens. Peut être que je suis passée à côté de quelque chose. L'image de Magdalena et de son feu intérieur se glisse devant mes yeux. Suivie instantanément des regards de Cindy, des crasses, de l'éparpillement de mes affaires, des croches pieds, des insultes, des litres d'eau, des chutes organisées et de toutes les moqueries à propos de mon accent. Mon cœur se ferme comme une huitre. Il n'y a aucun regret à avoir.
« Euh… Emily ? souffle Owen en me lançant craintivement un petit regard.
- Oui ? je fais en masquant mon étonnement de le voir me reparler après seulement deux minutes de silence.
- Euh j'ai pas bien compris, marmonne-t-il. »
Je le fixe, éberluée mais n'en attend pas plus pour me pencher sur sa copie en ne prêtant pas attention au fait qu'il s'éloigne un peu de moi, comme par peur de se faire brûler. Il a raison, s'il veut éviter les ennuis mieux vaut qu'il m'évite. Bien que je ne les cherche pas, c'est eux ! Ils me collent à la peau comme des vraies pustules ! J'ai à peine le temps d'ouvrir la bouche pour lui explique ce qui cloche dans son diagramme que Miss Tirchow tape dans ses mains pour attirer notre attention.
« Bien pour la semaine prochaine j'aimerai que par groupe de deux vous me fassiez un exposé sur les origines, les créateurs et les utilisations première de l'Arithmancie. Cela sera utile pour vos ASPIC !
- Jared ! Jared, souffle une voix dont la sonorité même déguisée sous un ton dégoulinant de douceur, est reconnaissable : Cindy, tu veux te mettre avec moi ?
- Et moi ! siffle Irina Smooter qui apparemment ne craint pas les foudres de Spencer pour avoir des vues sur sa proie attitrée de cette année.
- Quel succès Jared ! fait Allan goguenard. »
Je glisse un coup d'œil dans leur direction et retient un rire. Jared semble aussi blasé que peut l'être un chien devant une touffe d'herbe dans sa gamelle. Je m'arrête sur le tableau étrange de deux filles aussi bêtes l'une que l'autre tirant chacune sur un bras de Jared Knightley qui tire une tête qui en dit long sur sa façon de pensée. Je pouffe discrètement, profitant du fait que personne ne porte la moindre attention. Mais mon hilarité meurt dans ma gorge lorsque je me rends compte que je suis seule. Tous sont par deux ou trois et moi je reste sur le banc de touche. Ça ne dérange personne, pas même la prof qui avec le temps a vite compris que la tête de turc attirée c'était moi. Ça ne dérange pas que la seule personne à être assise au fond alors que les noms des personnes des différents groupes sont dictés à Miss Tirchow, c'est moi. Ça ne dérange personne, même pas moi. Question d'habitude.
« Emily, fait alors la prof, vous êtes toute seule ?
- C'est pas étonnant, ricane Trevor Jork.
- Voyons, voyons, souffle Miss Tirchow sans conviction en me lançant un regard de pitié. Nous allons arranger ça !
- Je la veux pas dans mon groupe ! s'exclame une fille de serpentard.
- Et moi donc, crache un garçon dans un souffle tout sauf discret.
- J'aurais bien aimé, soupire avec condescendance Cindy, mais on est déjà trois… Quel dommage… »
Je la fixe sans broncher, lui faisant clairement comprendre que je ne suis pas dupe. En retour de sa pitié je lui offre mon dédain alors qu'elle minaude à l'oreille inattentive de Jared sur mon pauvre sort de pauvre fille sans amis et détestée de tous. Qu'elle a de la peine pour la pauvre petite créature triste que je suis. Je mords ma joue pour ne pas me lever et la frapper au visage. Lui faire fermer son clapet de pute en uniforme d'élève modèle. Je hais si fort cette fille que j'en étouffe presque. Je hais cette passivité que je m'impose. Elle est pourtant nécessaire. J'ai conscience que me rebeller ne ferait que leurs montrer que je souffre de leurs attaques qui redoubleraient du coup.
« Bien, vous vous mettrez avec Allan et Owen alors, fais la prof. »
Le premier ne relève même pas la tête et le second me lance un regard amical mais néanmoins un peu craintif. Touchée par ce qui peut paraître anodin je me glisse silencieusement à côté d'eux. Au fond de moi, les chuchotements de mon cœur me parviennent comme les clapotis d'un ruisseau caché. Méfie-toi Emily. Ne fond pas devant la gentillesse d'Owen. Ne fond pas. Emmure-toi Emily, protège-toi si tu ne veux pas souffrir. Je me promets de faire attention.
OoOo
Je soupire une énième fois, lançant un regard pour la énième fois en direction d'Harold qui tire une mine renfrognée. Mortellement jaloux de la chance que j'ai de faire un exposé d'Arithmancie avec Owen -et Allan- même si j'ai été imposé dans le groupe –chose qu'il a aussi oublié-. Je m'entortille une mèche de cheveux autour de mon index, ne sachant pas trop quoi dire pour calmer sa déception et sa jalousie. Je suis à court d'argument, puisqu'il les a tous réfuté avec sa logique implacable. Je déverse par terre ma boîte de cassettes musicales et les étale pour qu'il puisse choisir quoi mettre dans notre lecteur cassette. Il lève à peine le regard. Ni Queen, ni Supertramp, ni The Police, ni The Rolling Stone, ni les Beach Boys pas plus que Natalie Cole, Ella Fitzgerald, The Pointers Sisters ou toutes mes musiques classiques et de blues n'attirent son attention. A contrecœur je glisse dans le lecteur une cassette au piffe. Un air de Soul s'échappe. Aucune réaction, ses yeux restent ombrageux, cachés derrière ses lunettes. La prise de conscience qu'Harold est réellement mordu d'Owen me fait perdre pied.
« On va trouver un truc Spok, je le rassure.
- D'ici qu'on est réussi à se faire un nom autre que Loosers il sera déjà avec quelqu'un de mieux !
- Hey…, je l'enlace et pose ma tête sur son épaule. Je suis sûre que…
- Laisse tomber Emi. J'ai aucune chance, je suis juste un rien-du-tout, se lamente-t-il en s'ébouriffant les cheveux de nervosité.
- Ça suffit ! je m'écris en bondissant sur mes pieds, Tu es mon meilleur ami, quelqu'un d'intelligent et de drôle qui a tout autant de chance que n'importe qui d'atteindre ses objectifs ! Ne laisse pas les autres piétiner l'opinion que tu as de toi-même ! j'ordonne avec sévérité, Tu sais quoi ? Si tu veux sortir avec lui il faut déjà que tu sois toujours présent, même si c'est pas au premier plan. Attire un peu son attention, avec lui il suffit de faire un truc un peu effrayant et c'est bon il est complètement omnibulé ! »
Je cherche parmi toutes les personnes allongées au bord du lac et fini par apercevoir Magdalena en contrebas de la pente qui arrose Jared en compagnie de Douglas tandis qu'Owen est prudemment éloigné du bord et qu'Allan lit un morceau de papier avec attention. Je me retourne brusquement, comme si Merlin avait posé sa baguette sur moi.
« Tu vas t'inscrire au club d'échec Spok ! je fais avec sérieux.
- Quoi ? Hors de question ! C'est tous des nuls, il y a aucune compétition, refuse-t-il tout net. Et je te rappelle que les inscriptions sont finies.
- Allan en fait partie non ? Il peut t'intégrer, je contre.
- Et à quoi ça me servira d'aller battre des pseudos pros des échecs ? dit-il e faisant la moue.
- Ça va te servir comme prétexte pour aller leurs adresser la parole, j'explique en désignant le groupe au bord du lac. Et parler à Owen ! »
Harold me fixe un instant, incrédule avant de réfléchir quelques secondes et de se décider à se lever. Je lui offre mon sourire le plus encourageant. Le sien est naturel et adorable, lui dévorant la moitié du visage.
« Tu viens ?
- Je te regarde, je fais non de la tête, d'ici je peux mieux observer.
- Comme tu veux, hausse-t-il les épaules. A toute à l'heure !
- Bonne chance ! je lui souffle en un sourire. »
Il dévale déjà la pente pour se diriger d'une démarche qui se veut naturelle et confiante vers Magdalena et ses amis. Il parle quelque secondes avec Lena, sa facilité à s'intégrer me laisse envieuse. Puis je le vois hésiter imperceptiblement avant de s'avancer vers Owen et Allan en saluant au passage Douglas et Jared trempés. Je m'entortille ma mèche autour de mon doigt, mon attention concentrée sur Spok qui s'agite et doit apparemment dire quelque chose de drôle car aussitôt Owen et Lena rient. Un sourire ravi nait sur mes lèvres dévoilant mes deux dents de devant légèrement écartées. Les rires s'envolent jusqu'à moi et mon ouï s'affole soudain. Charmée par une sonorité, je me concentre sur le rythme. La tonalité féminine, franche et naturelle me donne lieu de penser qu'il s'agit du rire de Magdalena. On dirait le crépitement des flammes mêlé à des bourrasques d'un vent d'été qui se prépare à l'orage. Je me laisse bercer par lui alors qu'il se meurt sur les lèvres de la Gryffondor.
J'ai toujours aimé les rires, ils laissent percevoir la personnalité, ils dévoilent une partie de nous sans qu'on ne puisse la retenir. Peu d'entre eux attirent mon attention. Mes préférés sont ceux de Nikolaï et de Spok. Celui de maman est trop douloureux à entendre, Papa a un rire chaud et fort, un rire qui rassure. Piotr rit comme tous les petits enfants et Nikolaï… Nikolaï a un rire particulier mais pas désagréable. Un rire qui donne envie de vivre et de pleurer. Un pincement au cœur se fait alors sentir. Et moi ? Qui aime le mien de rire ? J'ai soudain envie de courir après Harold et de lui agripper le bras. Par peur qu'il m'oublie là à trop s'amuser avec les autres. Par peur de perdre la seule personne qui compte. Je me dis que c'est ridicule mais l'angoisse me serre trop fort pour que je puisse m'en libérer. Mon ventre se tord et une vague de tristesse m'immerge. Personne ne connaît le mien de rire.
OoOo
« Tu t'en sors ?
- Non, gémit ma voisine. J'en ai marre !
- C'est pourtant pas si dur, je murmure gentiment.
- Siiiiii, ça m'énerve ! A quoi ça sert tout ces symboles bizarres hein ? A rien sauf à emmerder les gens !
- Il faut le voir comme un langage, je souffle avec amour, comme la voix de la musique. »
Magdalena me regarde un instant, peu convaincue, avant de faire une moue qui se transforme en un sourire gentil. Contre ma propre volonté, des fossettes apparaissent dans mes propres joues. Je jette des regards furtifs aux autres membres du club de musique qui me dévisagent comme si j'empiétais sur un territoire qui était le leurs. Parce que Magdalena ne fait pas partie de ma catégorie et que je salis ses baskets. Je baisse la tête, incapable de supporter ça alors que mon cœur tambourine de joie de cette relation naissante entre elle et moi. Néanmoins je m'éloigne légèrement d'elle, la mort dans l'âme, par peur qu'elle ne subisse l'aura néfaste planant au dessus de moi. Elle semble ne pas s'en rendre compte et continue de griffonner des vif d'or sur sa partition.
« Au pire tu n'as qu'à taper sur le triangle dès que je te fais signe, je propose.
- Vraiment ? s'écrit-elle ravie. Tu ferais ça ?
- Bien sûr, j'acquiesce.
- Sérieux ? Oh Merci ! s'exclame-t-elle avant de me lancer un clin d'œil, t'es géniale ! »
Je reste figée de surprise, les yeux écarquillés. Une vague me submerge et un sourire lumineux réservé d'ordinaire à Harold fleurit sur mes lèvres. Et pour la première fois je dévoile mes dents du bonheur à quelqu'un qui le mérite, quelqu'un qui n'est ni Harold ni ma famille. Mon être tout entier palpite de joie pour ce qui lui semble à elle totalement naturel. Pour moi ça ne l'est pas. Personne ici ne me l'avait jamais dit. Et elle, elle… Elle, elle me lâche ça comme si elle parlait de l'amoncellement de nuages dans le ciel gris. Ou du menu de ce soir. Elle ne se rend pas compte… Elle ne se rend pas compte du bien que ça me fait. Ma voix s'étrangle dans ma gorge.
« Mer… Merci, je souffle avant de murmurer tout bas –comme si ça m'était interdit-, Léna.
- De quoi ? elle s'étonne à ma plus grande perplexité.
- Voici vos partitions pour notre spectacle de février, annonce Dicksen, j'ai répartie selon vos instruments et capacités, il lâche ce dernier mot le regard en biais posé sur Léna. »
Il me tend la mienne avec un clin d'œil. Je l'ignore et m'empresse de courir de notes en notes pour m'imprégner de la mélodie que chuchote ma partition. Je découvre que je serais première violoniste pour la chanson, un duo entre Mary White et Justin Zuerk et que j'ai obtenu le solo au piano du deuxième morceau Divenire de Ludivico Einaudi. Je reste un instant figée, le souffle coupé par la lecture du prénom. Le morceau de maman, son solo de piano préféré. Je n'ai même pas besoin de lire les notes que déjà la mélodie retentie dans mes oreilles. L'odeur de maman me monte à la tête, son odeur de fleurs d'oranger, ternie par l'alcool depuis des années. Je connais chaque déplacement de doigts, chaque temps mort, chaque tonalité, chaque inspiration. Ce n'est pas un morceau très dur mais… Mais l'interpréter, c'est comme rendre hommage à la grande pianiste qu'à été un jour Natacha Bolkanski. C'est comme un honneur. Interpréter ce morceau, c'est comme toucher l'âme de ma mère.
« Je ne fais que le premier morceau ! s'écrit Léna ravie du peu de travail que cela va lui demander. Wow, ça a l'air compliqué, s'exclame-t-elle soudainement en jetant un coup d'œil à ma partition, tu vas y arriver ?
- Oui…, je murmure les yeux noyés dans mes souvenirs, c'est… c'est le morceau préféré de ma mère.
- Vous êtes musiciens de mère en fille ? demande la Gryffondor. Nous on est plutôt une famille de sportifs !
- Ça j'avais cru le comprendre ! je fais en me souvenant de son frère. »
La cloche retentie bruyamment et je me lève à la suite de Léna qui m'attend malgré l'envie de fuir ce cours où elle s'ennuie à tape du pied mais elle m'attend et malgré mon étonnement je colle mon pas sur le sien lorsque nous sortons de la salle. Elle semble ne pas vouloir me quitter à ma plus grande perplexité et joie –il faut bien l'admettre-. Soudain Harold est devant nous, mais alors qu'il ouvre la bouche pour me parler, ses yeux se posent sur Magdalena. Il reste un instant muet avant de sourire et de me faire un clin d'œil.
« Salut Léna ! Prête pour le match ? demande-t-il.
- On va faire mordre la poussière à votre équipe ! s'enflamme-t-elle.
- C'est ce qu'on verra ! il riposte, on va manger Emi ?
- Super ! Parce que moi j'ai super faim ! réponds Léna. Vous savez ce qu'il y a à au menu aujourd'hui ?
- Euh un rôti de bœuf il me semble, je fais.
- Bon alors qu'est-ce qu'on attend ? »
Médusée, je la regarde m'attraper le bras et ensuite celui d'Harold pour nous entraîner vers la Grande Salle. Je ne suis pas au bout de mes surprises car elle s'installe à côté de nous sans le moindre gène alors que je suis moi-même terrifiée par ce qui pourrait lui arriver comme conséquence à trop nous fréquenter. Terrifiée pour sa sécurité. Mais j'ai beau me dire que c'est pas le meilleure moyen d'augmenter sa cote de popularité que de rester avec nous, au fond de moi dans mon cœur c'est le printemps. Un large sourire dévoile à nouveau mes dents pour elle et ses blagues pourtant pas drôles.
OoOo
« Princesse, souffle-t-il dans mon oreille, regarde ! Regarde ! »
Je lève les yeux sur la voute étoilée qui s'étale au dessus de nos minuscules têtes. La magie en un instant opère sur le visage de Spok. Ses traits s'illuminent et ses yeux s'agrandissent d'extase, dévorant le ballet de lumière qui se déroule dans la nuit. Il contemple les étoiles, prêt à s'envoler pour les effleurer. Tandis qu'il ouvre son livre d'Astronomie et se plonge dans le monde fascinant des constellations qu'il aimerait tant atteindre, je cache mon nez derrière les pages de mon roman. Me laissant emporter dans une série de meurtres au temps du Moyen-âge. Je glisse de temps en temps un coup d'œil à Harold et petit à petit, sa respiration mêlée à la symphonie des bruits de la nuit m'hypnotise. L'inspiration m'abrutie soudain et fébrilement je sors du papier et un stylo bique –pourtant interdit à Poudlard- pour tracer les lignes que je remplis de notes et d'annotations. Comme un peintre devant son modèle, je fixe Harold et écoute. Et écris, faisant apparaître ses traits, son sourire et son caractère entre les lignes. Je me laisse guider par mon intuition et mes sentiments. J'entortille une mèche autour de mon doigt. J'aimerai vraiment réussir à écrire quelque chose de complet, une composition de bout en bout et pas seulement des morceaux d'idées et de mélodies qui me viennent sur le moment mais qui ne forment aucune symphonie harmonieuse. J'aimerai vraiment créer ça pour Harold. Une musique qui brillerait comme une étoile, qui serait vive et drôle et respirant de gentillesse pour celui qui m'a un jour tendu la main alors que tous avait le dos tourné. Cette composition sera faîte au violon.
Spok se met soudain à parler, brisant ma concentration.
« Emi…, murmure-t-il, tu sais… C'est l'anniversaire de Spencer bientôt…
- Et alors, je crache avec hargne.
- Elle fait une fête déguisée, lâche-t-il en plantant ses yeux de la couleur du chocolat chaud dans les miens. La semaine prochaine.
- Et alors ? je répète sans dissimuler mon aversion pour cette pétasse.
- J'aurais aimé qu'on y aille, souffle-t-il en évitant mon regard.
- Spok… je soupire, jamais on ne nous laissera entrer et même si on le faisait qu'est ce que ça nous apporterait hein ? Si on nous prend, je ne veux même pas savoir ce qu'il nous arrivera…
- On ne nous prendra pas, assure-t-il avant de murmurer en rougissant, et puis… Léna a dit qu'elle y allait avec ses amis et donc…
- Avec Owen, j'achève avant de soupirer, d'hésiter une seconde puis de sourire, qu'est-ce que je ferais pas pour te faire plaisir !
- C'est vrai ? Tu viendras avec moi ? s'écrit-il en me sautant au cou. »
Je ris devant son enthousiasme et hoche la tête avant de me lever car le fond de l'air commence vraiment à être froid et me fait frissonner malgré la cape et mon pull. Le vent se glisse entre mes mèches blondes désordonnées et mes dents claquent, Harold se lève à son tour et nous nous dirigeons vers Poudlard. Evidemment la porte d'entrée est fermée mais je ne me fais pas de soucis, Harold tire de sa poche un parchemin et murmure quelques mots qui font apparaître de longs traits d'encre dessinant peu à peu une carte de Poudlard où des pas d'élèves er profs s'animent. La Carte des Maraudeurs qu'il a récupéré dans le bureau de Rusard –ou plutôt volé-. Nous nous faufilons jusqu'à l'un des passages. A notre plus grande perplexité il demeure fermé. Tout comme tous les autres. Nous avons beau faire trois fois le tour du château, on finit par se rendre à l'évidence : nous sommes enfermés dehors. Et a en jugé par l'heure -environ minuit- la seule personne susceptible de pouvoir se promener en toute liberté à Poudlard et donc de nous laisser à la merci de cette nuit de novembre, est Cindy Spencer, préfète de Gryffondor de son état.
Harold a beau l'injurier de tous les noms, cela n'ouvre pas pour autant une entrée à Poudlard. A bout d'idées nous nous trouvons un endroit pas trop exposé par le vent. Je claque des dents et il renifle bruyamment. On se pelotonne l'un contre l'autre, s'emmaillotant dans nos capes et nos bras. Je ne dis rien et lui non plus mais on sait parfaitement ce que l'autre pense. Mes lèvres bleuies lui sourient, et il hoche la tête. Tant que nous sommes tout les deux, le reste n'a pas d'importance.
On attend comme toujours les retours de ce chapitres ;) Pensez à nouuuuuuuus XD
