Hello hello
Bon rien de nouveau en fait, ^^"
Juste qu'on vous embrasse fooort Rukie et Gatounette ! :D Nos fidèles reviewseuse T.T
MERCI A VOUS DEUX Pour votre soutien parce qu'on commence légèrement à désespérer xD
Sur ce,
Bonne lecture,
Chapitre 13 : C'est la merde
Je n'avais pas songé que faire équipe avec Handon, Lena et Jared serait une telle torture. Au début je m'étais réjouie de pouvoir être avec des personnes qui ne me mépriser pas. Du moins pas trop. Mais je commence à déchanter, ça devient insupportable. Jeremy et Lena ne font que se crêper le chignon, elle le cherche et il part au quart de tour pour la remballer. Seulement ça ne fait qu'attiser Lena. Je ne parle même pas des énigmes que nous devons nous débrouiller à résoudre, Jared et moi, parce qu'elle n'est pas capable de se concentrer deux secondes sur un truc qui demande de la réflexion et parce que lui il en profite pour l'énerver encore plus. Des gosses. Des gosses de l'âge de Piotr ne seraient pas plus puérils. Et en plus il fait chaud, j'ai l'impression de cuire malgré ma crème solaire, ma casquette et les litres d'eau que je m'enfile. Il faut que cette chasse au trésor finisse avant que je ne me transforme en une flaque de sueur.
Je coule un regard vers Jared qui tiens notre GPS, et me demande comment il fait pour rester aussi calme alors que ça fait bien une heure que les deux autres se disputent pour savoir qui a la meilleure batte de Quidditch. Je sens Lena prête à exploser, mais je ne sais pas si c'est de colère ou d'un autre sentiment qu'elle ne cherche même pas à dissimuler.
« Lena, je murmure en lui attrapant le bras, et si on allait voir le parterre de tulipes hein ?
- Milou, s'insurge-t-elle, on a pas le temps pour s'arrêter et voir les fleurs, faut qu'on se dépêche pour gagner !
- Ben alors aide-nous à résoudre l'énigme plutôt que de brasser de l'air, rétorque Handon. »
Elle ouvre la bouche pour lui cracher quelque chose à la figure mais je suis plus rapide et arrache le bout de papier des doigts de Handon pour tourner les talons et accélérer le pas en direction des marches que je dévale pour les forcer à me rattraper et se la fermer. Je marmonne l'énigme à mi-voix pour essayer de trouver la réponse quand celle-ci s'impose instantanément à mon esprit. Je dissimule un sourire de plaisir. Encore faut-il trouver le bassin où se trouve la dernière énigme… C'est Jared qui a le GPS mais j'ai pas envie de les attendre et de me taper les répliques acerbes de Handon et celle enflammées de Lena.
Je veux juste que cette course se finisse et que je m'endorme sur l'épaule d'Harold dans l'autobus que Dumbledore a loué pour « s'imprégner de la culture moldue ». Profiter aussi de la cleam parce que je suis en nage. J'ai besoin de silence. J'aurais vraiment préférer que le directeur nous laisse tranquille pour cette visite et que je puisse découvrir tranquillement les sonorités changeante des fontaines, de l'eau qui s'écrase dans les bassins, des pas sur les pavés.
Mais non, il a encore eu une idée lumineuse. Chasse au trésor dans l'Alhambra ! Super, je grince ironique avant de repérer un groupe de touristes chinois. Je me dirige rapidement vers eux et me racle la gorge pour retrouver les mots de leur langue que j'ai appris pendant les étés déserts où Nikolai et moi dépérissions devant la télé et les Muppets' show. J'ouvre la bouche et le chinois sort naturellement.
« Le bassin d'Aphrodite ? je demande en répétant plusieurs fois parce que mon accent russe me joue des tours. »
Ils me désignent une aile du jardin en parlant tous en même temps, comme des abeilles dans une ruche. Je les remercie et après avoir vérifié que les trois autres suivent toujours, je prends à gauche pour m'enfoncer dans les jardins. Mais je ne suis pas une sportive, la lamentable balade à vélo avec Owen en est encore un bon exemple et je finis par avoir un point de côté. Je m'essouffle vite et sens bientôt une main agripper mon bras.
« Milou ! Attends-nous, fait Lena en m'arrêtant, on est un équipe non ? On reste ensemble ! »
Une équipe ? J'ai un peu de mal avec ce mot. Une équipe. Etrange comme cette notion peut être aussi éloignée de moi que celle de sport. La seule équipe que je reconnais c'est celle que nous formons avec Spok, et encore j'appelle plus ça un duo. Non, il n'y a pas d'équipe.
« La dernière énigme est au bassin d'Aphrodite, j'hausse les épaules avant de lâcher, désolée.
- Ah bon ? Super ! s'exclame-t-elle excitée, et c'est où ?
- Par ici, je désigne l'endroit.
- Comment tu le sais ? s'étonne-t-elle.
- J'ai demandé mon chemin.
- Mais Milou ! s'écrit-elle en écarquillant les yeux, c'est de la triche !
- Hein ? Mais non pas du tout, je n'ai pas demandé de l'aide pour comprendre l'énigme, j'ai juste demandé à des touristes si…, je tempère.
- On s'en fout Emily, soupire Handon qui arrive à notre hauteur, ce qui compte c'est qu'on finisse cette course et que je sois débarrassé d'elle.
- Comment ça débarrassé de moi ? réplique Lena en se plantant devant lui. T'as un problème avec moi ?
- Un énorme problème ouais !
- Bon yen a marre là, sort Jared en tirant son amie en arrière. On finit cette course, vous réglerez vos différents plus tard ! »
Je lève vers lui un regard reconnaissant, il hoche la tête. Lui aussi semble excédé. Lena renfrognée part comme une balle vers le bassin, suivi par un Handon qui traine les pieds. Il lui lance une réplique cinglante alors qu'elle tourne autour du bassin comme un prédateur. Elle se relève pour lui faire face et se met dire quelque chose que je n'entends pas. Je pousse un soupir dépassé qui fait sourire Jared.
« Yen a plus pour longtemps, fait-il remarquer.
- Ils se calment jamais ? je demande en dissimulant mon rire de les voir s'éclabousser comme des enfants.
- Pas vraiment non, il hausse les épaules visiblement désabusé. »
Il y a un silence pesant, d'habitude ça ne me gène pas. Mais apparemment Jared Knightley ne rentre pas dans mes habitudes. J'aime bien entendre sa voix.
« Tu as finis Dix petits nègres ? je demande abruptement.
- Ouais, répond-t-il légèrement étonné, tu l'as lu aussi ?
- Oui et je me suis faite avoir, je fais, le coupable est inattendu !
- Je trouve aussi ! assure-t-il. Je pensais que c'était Armstrong mais après il est mort noyé donc bon…
- En même temps le coupable était bien l'une des personnes déjà mortes, je fais remarquer. Enfin que tout le monde croyait mortes…
- Elle mène bien en bateau quand même, j'arrive jamais à savoir avant la fin qui a tué, confie-t-il, c'est un peu agaçant d'ailleurs.
- T'es pas le seul, j'affirme. Mais si on lit Agatha Christie c'est justement parce qu'on veut d'être surpris, non ?
- C'est vrai, sourit-il.
- Milou ! Dada ! On a trouvé la dernière énigme ! s'écrie Lena en courant nous rejoindre.
- J'ai trouvé la dernière énigme, corrige Jeremy.
- N'importe quoi ! On l'a fait ensemble, elle semble se délecter de ce dernier mot qui arrache une grimace à Handon.»
J'échange un regard entendu avec Jared avant de soupirer. Et c'est reparti…
OoOo
La moitié des gens dorment dans le bus. Harold a la tête posé contre mon épaule et sa respiration profonde berce mes paupières. Je regarde sans intérêt le film que Dumbledore a réussi à mettre dans le lecteur cassette -après trois quart d'heure de tentatives infructueuses-. Un truc niaiseux au possible, une romance qui me fait grincer des dents. J'ai presque envie de rire devant la mine embuée d'émotion des deux filles devant moi. Je secoue la tête pour m'empêcher de rigoler, après tout si les gens croient vraiment en l'amour et sa sublime beauté, c'est leur problème. Je suis juste très heureuse de ne pas faire partie de cette catégorie.
« Milou ? soupire Lena assise derrière moi à côté d'Owen enroulé dans une couverture.
- Oui ? je chuchote pour ne pas éveiller les autres. Qu'est ce qu'il y a ?
- J'ai des billets pour un match de foot pendant les vacances de Noël, explique-t-elle en passant sa tête par-dessus mon siège, je voudrais que Roldy et toi veniez avec moi !
- Un match de foot ? je fais un peu étonnée.
- Oui et après j'organise une soirée chez moi, pour le nouvel an, vous venez aussi, fait-elle sans équivoque.
- Ben d'accord, je hoche la tête en dévoilant mon sourire. On viendra surement !
- Cool ! elle s'emballe, y'aura Dada, Winny, Allan et Doug' ! Et peut être Jeremy, fait-elle un peu rêveuse. Je l'aime !
- Tu l'aimes ? je fais un peu étonnée d'une déclaration si soudaine.
- Ouiiiii !
- Pour… pourquoi tu me le dis ? ébranlée par le fait qu'on puisse lâcher un secret avec autant de nonchalance.
- Ben t'es mon amie ! déclare-t-elle en me souriant.
- Ton amie ? je répète hébétée.
- Ben oui ! ses lèvres se posent sur ma joue. Evidement Milou !»
Evidement…
Le mot résonne encore à mes oreilles alors qu'elle retourne se caller contre Owen en lui caressant affectueusement les cheveux. Je souris à l'écran de télévision me renvoyant l'image de l'intello mal aimée du lycée embrassant le mec le plus beau et populaire devant toutes l'école. Sérieusement ? je grince. Qui croit qu'une telle chose arrive dans la vraie vie ? Les deux filles devant moi lâchent un petit soupir d'enchantement et je lève les yeux au ciel. Où avais-je la tête ? Des tas de gamines croient de telles absurdités !
OoOo
« Prête Lena ? s'excite Cindy.
- Ouais, répond cette dernière en se levant de son lit.
- Tu… Tu y vas comme ça ? demande la préfète du bout des lèvres.
- Ben oui ça pose un problème ? »
Je dissimule mon sourire derrière les pages de mon livre, en effet la tenue de Lena pose surement un problème à Spencer. Maddy porte son éternel baggie déchiré, des nikes et un sweet-shirt qui jure cruellement avec la robe moulante et sexy de Cindy. L'hôtel fait une petite fête ce soir et Spencer, Lena ainsi que tous les élèves –ayant un couvre feu en fonction de leurs années- y vont. Est-il nécessaire de préciser que je n'irai pas ? Je tiens pas vraiment à plonger la tête la première dans le ponch ni me retrouver enfermée dans une cabine de toilette. Avec Harold on a quelque chose d'autre en tête qu'une piste de danse improvisée et la vision de nos chers camarades de roulant des pelles dans le noir pour que MacGo ne les surprenne pas.
« Tu viens Milou ? demande Lena avec un brin d'espoir comme si c'était une torture d'y aller.
- Euh je…, je commence en évitant le regard noir de Cindy. Non.
- Allez viens ! assène-t-elle. S'teu plaiiit !»
J'aimerai bien lui proposer de venir avec Spok et moi mais déjà Spencer lui attrape le bras et la tire hors de la chambre d'autorité.
« Laisse la tranquille si elle veut pas venir elle vient pas, fait-elle, t'as pas besoin d'elle pour t'amuser !
- C'est pas…
- J'espère que Jared va me trouver belle, la coupe Cindy en se dandinant comme une dinde, je vais l'inviter à danser ! »
Merveilleux ! je soupire en attendant la porte se refermer. Après une minute d'attente, je me lève et enfile ma robe grise, mes ballerines noirs et attache mes cheveux en un chignon pas trop négligé. Puis je sors dans le couloir et court en direction de la chambre d'Harold. Il m'ouvre en souriant, lui aussi est sur son trente et un et ce n'est surement pas pour impressionner les autres. Son sourire me dévore le visage, il ferme la porte et attrape ma main.
« Tu es sublime Princesse, fait-il galamment, heureusement qu'ils ne te voient pas ! T'es trop belle pour leurs yeux.
- Faut peut être pas exagérer ! je fais, t'as pas vu Spencer !
- On s'en fiche d'elle ! assure-t-il alors qu'on descend dans le hall en prenant soin de pas de faire voir. Ce soir c'est toi la plus belle !
- T'es pas mal non plus, je lui lance un clin d'œil. On y va ?
- J'attendais que tu le dises ! »
Main dans la main on traverse le hall, je prie pour que personne ne remarque qu'on s'en va. Et en courant on quitte le jardin de l'hôtel. Lorsqu'enfin on atteint la rue, je prends une grande inspiration qui a un avant goût de liberté. L'adrénaline monte en flèche alors qu'on dévale la rue pour foncer vers le centre-ville résonnant de mélodies envoutantes. Mon sang bat violemment dans mes veines, l'excitation me fait courir plus vite. On bifurque dans les ruelles, nous rapprochant du cœur de la cité. L'odeur qui s'échappe des restaurants me fait saliver et les milles sonorités qui m'assaillent m'enivrent.
Harold va nous acheter de quoi manger et côte à côte tout en dévorant les paninis, on déambule dans la ville. S'émerveillant de ce que la nuit dévoile à nos yeux, du ciel clair et des étoiles qui y brillent comme des diamants. L'air est doux, le vent soupire entre les pierres des maisons, et la faible musique de la rumeur de la rue me parvient à peine. On atteint la mer et j'ai à nouveau l'impression de m'ouvrir à quelque chose de plus grand rien qu'en écoutant la mélodie des vagues calmes. Quelque chose qui me dépasse et pourtant qui m'entraine. Rien ne me lasse dans le son des roulements de l'eau sur la plage.
Je quitte mes chaussures et m'avance sur le sable froid. Je sens Spok derrière moi, me suivant sans bruit. Je ferme les yeux, écarte mes bras, comme pour embrasser le vent iodé qui caresse mon visage et fait danser les mèches blondes s'échappant de mon chignon. Comme pour me fondre dans l'horizon sombre. Je reste là sans bouger durant un temps qui a la sonorité de l'éternité.
« Hey, Princesse, souffle Harold, amusé, en passant son bras autour de mes hanches. Tu es amoureuse ou quoi ?
- On peut dire ça, je murmure en me laissant aller contre lui. »
On reste là, l'un contre l'autre, sans bouger, à contempler la mer infinie et le ciel clair. A respirer cette ambiance qui me fait penser à une nocturne de Chopin. Discrète et avec des accents de majesté. Perdue dans les ombres de la nuit. Je souris de plaisir, comme si rien ne pouvait plus m'atteindre ici, jamais. Il n'y a que la plainte des vagues dans mes oreilles, le vent dans mes cheveux et le bras d'Harold autour de moi. Le contact familier de mon violon me manque cruellement à ce moment-là. Il est le seul capable de me permettre de m'ouvrir et de faire sortir l'émotion qui m'étreint à cet instant.
« Un dessert, me propose Harold alors que son ventre émet un gargouillement.
- Des churros ! je m'emballe en attrapant les chaussures pour me mettre à courir, le premier arrivé ! »
On déboule dans le petit restaurant, faisant rire les clients par notre allure. J'aime cette ambiance, on a l'impression que tout le monde est votre ami. Personne ne nous juge, personne ne nous toise de haut et ne nous lance un regard méprisant. C'est des regards amicaux, des voix chaudes et amusées qui résonnent sur la terrasse. J'ai toujours mes chaussures à la main lorsque quelques minutes plus tard, nous nous asseyons sur un banc pour contempler les illuminations de Noël qui s'enroulent autour des arbres, remplaçant leurs feuillages par des lumières colorés et chatoyantes. Je me pelotonne contre mon ami, savourant le contact chaud de sa tête sur la mienne. Le temps passe sans qu'on ne fasse rien d'autre qu'échanger quelques mots, regarder les passants et les illuminations qui rivalisent de lumière avec les étoiles.
Mes doigts tremblent de froids et d'excitation, celle de pouvoir composer quelque chose. Le besoin de me livrer à la feuille blanche est presque étouffant, obsédant. Depuis toujours, les notes sont mes lettres, les partitions mon journal intime. J'ai envie de poser sur le papier mes émotions, de créer quelque chose à partir de ce que je ressens.
« Il est tard, soupire Spok en se relevant, on rentre ? Avant qu'on se fasse choper…
- Oui, t'as raison, je murmure à contrecœur. Rentrons. »
Mes doigts retrouvent les siens courts et maigres. Son contact est rassurant. Nous revenons sur nos pas, je tiens encore contre moi un churros acheté pour Lena. C'est totalement absurde quand j'y pense, elle n'aime pas manger trop sucré. « C'est mauvais pour ton motobolisme Milou ! ». Milou… Ce surnom ridicule –c'est un chien dans une BD quand même !-, me fait tellement plaisir. Comme si Lena m'adoptait et le montrait à tout le monde sans se soucier de ce que les autres peuvent penser de moi.
Lorsqu'on rentre dans l'hôtel, la piste de danse est déserte malgré la mélodie qui s'échappe encore des emplis. Il n'y a plus que quelques personnes sur les sièges et peu élèves et professeurs. Ravie, je pose mon churros sur une chaise vide et entraîne Harold sur la piste. Il sourit et pose ses mains dans mon dos, le slow démarre avec lenteur. Nous nous balançons d'un pied sur l'autre et tournant sur nous-mêmes, sans vraiment respecter le rythme. Je me sens en sécurité avec lui. Les quelques personnes encore là doivent sans doute nous lancer un regard complice, pensant que nous sommes un couple bien assorti ou une bêtise de ce genre.
« Milou ? Roldy ? Qu'est ce que vous faîtes-là ? »
On s'arrête brusquement de danser pour voir débouler sur nous Lena, visiblement soulagée de nous trouver. Elle m'enlace soudainement, je suis tellement gênée que je ne sais pas bien quoi faire. Je lui rends maladroitement son étreinte.
« Où tu étais ? Je t'ai cherché partout ! fait-elle. Vous auriez du venir à la fête !
- Lena, soupire Harold comme s'il parlait à une enfant, tu sais bien qu'on…
- Que quoi ? le coupe-t-elle l'incompréhension se lit sur ses traits.
- Qu'on est les looseurs de Poudlard, je lâche avec un point de tristesse dans la voix, de toute façon qu'on vienne ou pas ça n'aurait rien changé tu sais.
- Pour moi si ! »
Je la fixe, incrédule. J'hésite un instant avant de la prendre brusquement dans mes bras. Elle rit un peu d'un tel élant avant de passer ses bras autour de moi, et j'ai l'impression que c'est avec cette tendresse féminine qu'elle renie, une féminité aux accents masculins. Harold explique où nous étions tandis qu'on prend l'ascenseur et que je lui donne son churros en souriant. A mon plus grand plaisir, elle l'avale en entier sans faire la moindre réflexion sur le taux de sucre dans ce dessert.
OoOo
Je ne sais pas depuis combien de temps je me retourne dans mes draps, toujours est-il que le sommeil me fuit farouchement et j'ai beau fermé avec conviction mes paupière, rien ne vient. Je suis tout simplement incapable de m'endormir tant que mon obsession n'aura pas cessé. Et pour la faire taire je ne connais qu'un seul moyen.
Je repousse les draps et me lève discrètement de mon matelas pour ne pas réveiller Lena qui dort sur la couchette d'à côté. Je farfouille dans mon sac entreposé sous le lit et en sort, victorieuse, une liasse de papier et un stylo. Puis je me faufile jusqu'à la fenêtre et l'ouvre sur le balcon avant de la refermer en silence. Je m'écroule sur la chaise en plastique blanc et grelotte un peu sous mon gilet en laine. Fébrilement je débouche mon stylo et trace les lignes.
Et ça se déverse hors de moi furieusement, comme en colère d'avoir était si longtemps contenu. Je rature dix fois pour chaque note, reprend tout comme pour approcher plus près la vérité. Je me prends la tête entre les mains et essaye d'écouter calmement ce que tout mon être me murmure. Mais c'est entrecoupé, fébrile et incontrôlable. Mes doigts se serrent autour du stylo et l'encre bave sur mes mains tandis que je décharge tout, dans tout les sens. Je n'essaye plus de comprendre, je me laisse juste guider par ce je ne sais quoi qui m'obsède. Le temps s'écoule sans que je m'en rende compte, je suis littéralement en transe. Immergée par les notes et les yeux qui se couchent sur le papier. Les yeux noirs ?
Les yeux noirs !
La pointe de mon stylo reste en suspens. Ma respiration se bloque. Je fixe un instant les notes qui s'éparpillent en farandole sur les lignes griffonnées à la hâte. Je les décortique du regard, le cœur battant à la chamade lorsque le doute se dissipe. Je laisse retomber ma main sur la feuille. Bon sang… La chose qui m'obsède au beau milieu de la nuit, qui me fait frissonner de part en part –et pas à cause de la fraîcheur- alors que mes mains s'agitent sur une partition improvisée, et que je suis assise sur le balcon de ma chambre n'est pas le son de mer qui m'envoute tant, c'est bien plus fort et ça m'effraie. Et ce ça dort dans la chambre au bout du couloir, la chambre 452, à côté de mon meilleur ami. Et ce ça c'est Jared. Jared Knightley.
Je fixe la partition. Comme pour me persuader que la mélodie qui frétille sous mes doigts ne s'inspire pas de son rire, ni de son attitude nonchalante, ni de ses yeux noirs comme la terre de Russie. Peine perdue. La vérité me saute au visage, en un sourire presque satisfait de mon désarroi. J'enfouie ma tête entre mes mains et marmonne en russe.
C'est la merde.
