Coucou :)

On espère que tout le monde va bien :p Nous pour l'instant on survie à nos cours ... Foutu Charlemagne comme dirait l'autre !

Sinon, Wow on a atteint presque les 200 reviews, peut être à ce chapitre qui sait ? ;) En tout cas, merci à toutes !

Bonne lecture ^^


Chapitre 25 : Broken

« DES ROBES ?

- Oui Lena j'ai entendu aussi, j'y étais je te rappelle, je soupire.

- On va devoir porter des robes ? Pour ce concert de merde ! J'en ai rien à battre de ce concert moi ! Passe pour le triangle mais une robe ? Jamais ! s'exclame-t-elle. Pourquoi je devrais m'attifer comme une…

- Une fille Lena, je lui sourie gentiment, juste une fille. T'en es une, pourquoi ça t'énerve autant de le montrer ?

- Je sais pas être comme ça, grommelle-t-elle.

- Comme quoi ?

- Ben comme les filles, soupire-t-elle en s'attablant à la table des Gryffondor, le maquillage, les robes, les talons tout ça quoi… Tu vois.

- Si tu veux… Je peux t'aider, je murmure, je suis certainement pas la mieux callée mais, je peux t'aider.

- Je vais devoir me maquiller ? geint-elle.

- Pas nécessairement, je m'assoie à côté d'elle, quant on est belle comme toi on a pas besoin de ce genre d'artifice. »

Elle me fixe, interloquée. J'arque un sourcil étonné avant de rougir. J'ai dit quelque chose de mal ? Je m'empresse de baisser les yeux sur mon assiette pour me servir du riz et des escalopes de dinde.

« Je suis pas belle, lâche-t-elle soudain en haussant les épaules.

- Pourquoi tu dis ça ? j'écarquille les yeux.

- Ben… Personne ne le dit alors bon…

- Alors compte sur moi pour te le rappeler, je lance avec autorité en souriant. Tu es belle Lena, bien plus que Spencer, Alexandra ou White.

- Mais il l'a choisie elle, crache-t-elle en lançant un regard noir à Mary qui discute avec Cindy à la table des Poufsouffle.

- Tu veux savoir pourquoi ? je demande en la fixant droit dans les yeux, parce qu'elle est lisse, ça déborde pas. Elle fait parfaite. Tout le monde veut posséder la perfection. Mais tu sais quoi Lena ? C'est plat la perfection. Il va se lasser de tant de platitude. La perfection c'est l'ennui. Ça va pas durer Lena, il faut juste attendre qu'il en ait marre. Et après il sera à toi. Parce que t'es la meilleure. »

C'est bizarre. Avec Lena je ne me tais pas. J'ai envie d'être sincère, de lui montrer les choses. J'ai pas envie de fioritures. Je veux juste lui ouvrir les yeux. Comme elle a ouvert les miens. Elle me fixe sans broncher. Avant de me serrer contre elle, un énorme sourire lui dévorant le visage. Je lui caresse le haut du crâne. Elle est tellement simple, tellement entière. Je n'ai jamais cru que quelqu'un aussi dénué de malice puisse exister. Je voyais toujours les autres comme des ennemis, des gens calculateurs qui attendaient l'instant idéal pour me faire trébucher et mordre la poussière. Je suis heureuse de savoir que des gens comme Lena existent. S'il n'y avait que des âmes perverties et mauvaise, la vie ne vaudrait pas la peine d'être vécue.

« Hey ! C'est Marvin ! s'exclame Maddy en désignant nos hiboux. Et Speedy !

- En fait son vrai nom c'est Cosaque, je marmonne.

- Ah, Milou tu m'auras pas ! Roldy a dit que c'était Speedy.

- Et la parole de Spok est celle de la vérité ? je ris.

- Ben il connaît toutes les répliques de Yoda quand même ! Yoda c'est un sage ! »

Je soupire, amusée. Dans le courrier qui me tombe dans les mains il y a une lettre de papa et une de Niko. Et des dessins de Piotr. Je souris, ravie, et décachète pour m'empresser de découvrir les dernières nouvelles. J'écarquille les yeux, comment Laïko a-t-il appris que Spok sortait avec Owen ? Il est très énervé que je ne l'ai pas tenu au courant. Je glisse un regard à Lena et sa montagne de courrier. Et j'y aperçois une lettre de mon frère qu'elle ouvre en premier, avec empressement. Un demi-sourire se glisse sur mes lèvres. C'est la première fois que Laïko envoie des lettres à une fille, sans avoir pour objectif la baise. Ça me fait plaisir de les voir bien s'entendre, même si je trouve qu'il lui donne beaucoup trop de missions « protège ma sœur » ou des conneries de ce genre. Enfin… Ce qui compte c'est qu'il soit capable d'entretenir une relation avec une fille à distance. Un exploit. Est-ce qu'il serait en train de grandir un peu ? Au contact de Lena ? Je manque d'éclater de rire. Murir grâce à Lena, ça, c'est cocasse !

oOoO

« Emi vite, siffle Lena. Dépêche !»

A vrai dire je suis déjà au maximum. Nous courrons dans le tunnel sombre, sous Poudlard, qui est censé nous mener à Pré-au-Lard. C'est la deuxième fois que j'y vais illégalement en si peu de temps ! Lena attrape ma main et m'entraîne à sa suite pour rejoindre Allan, Douglan, Sean et Conrad qui sont déjà à ciel découvert. Le village illuminé apparaît alors, une brise froide me fait grelotter et enfoncer mon bonnet sur ma tête. Mon nez se niche dans mon écharpe. On entend d'ici la musique. C'est faible mais au fil de nos pas, elle monte crescendo. Enchante mes oreilles et fait danser mes pieds. C'est une musique entraînante, joyeuse. L'un de celle qui vous fait oublier vos pensées le temps d'une danse.

Ça tourbillonne dans les rues, les boutiques sont encore toutes ouvertes et les illuminations de Noël dansent avec passants. Main dans la main avec Lena, je me faufile dans la masse des gens qui rient et chantent en chœurs. Je ne sais pas bien qui de la musique ou de Lena m'entraîne près du groupe qui joue sur scène à l'air libre. Toujours est-il que me retrouve bientôt à frapper dans mes mains et onduler au rythme de la chanson. Je me prends à éclater de rire face à la danser improvisée de Sean, à la drague de Conrad et les disputes de Douglas et Lena à propos de la barba-papa qu'il vient d'acheter rythmée par les répliques acerbes d'Allan. Spok me manque, mais à cet instant c'est moins douloureux. Je n'ai plus l'impression d'être aussi seule. Mes yeux se portent sur Lena. Et c'est grâce à elle. Elle n'a pas l'air d'en avoir conscience, j'aimerai tellement lui montrer combien ce qu'elle m'a donné est important à mes yeux. Mais peut être est-ce mieux qu'elle ne le sache pas. Je suis peut être la seule à mettre autant de valeur dans notre amitié.

Je délaisse la danse pour m'acheter une boisson chaude que je vais siroter, assise sur le perron d'un magasin de vêtements. Le ciel est très clair. Les étoiles ressemblent à des éclats de diamant dans un manteau sombre. La lune est pleine, elle chatoie doucement dans le halo noir de la nuit. La rumeur de la rue m'enveloppe de ses rires et chants. Je m'enfonce dans mon écharpe, mes yeux papillonnent. Il y a tant de sonorités que j'en perds la tête, tant d'énergie que j'en reste patoise. Spok aurait adoré être là.

Lena me fait de grands signes, je lui réponds d'un sourire sans pour autant délaisser les marches sur lesquelles je suis assise. La chaleur de mon thé réchauffe mes doigts engourdis, l'odeur de cannelle et de citron me chatouille les narines. Les tonalités de la nuit se répercutent dans mes oreilles, chantonnent des mélodies que pour une fois, tous écoutent. Je suis bien.

« Emi, tu fais quoi ? s'exclame Allan que je n'ai même pas vu arriver.

- Rien, je réponds sans lever les yeux vers lui.

- Bon alors, viens danser, rétorque-t-il, sinon tu vas voir rappliquer Lena dans deux secondes. Et crois moi t'y échapperas pas.

- Comme si on pouvait échapper à Lena ! je ris un peu avant de me lever. D'accord.»

Je lui emboite le pas, abandonnant mon thé à moitié-plein. Je sursaute à cette pensée. Depuis quand suis-je si positive ?

OoOo

« Tu bosses vachement les cours à ce que je vois ! je soupire en voyant mes feuilles de notes à la même place qu'hier.

- J'ai des concours à passer, il faut que je me prépare pour Oxford ! réplique Harold en guise d'excuse.

- Oxford ? je m'étonne, je croyais que tu voulais Harvard.

- Oui mais Oxford c'est pas si loin, c'est en Angleterre.»

Il rougie et fait mine de se replonger très profondément dans ses exercices de maths. Je souris doucement. Ça ne m'étonnerait pas que l'origine de ce revirement de situation se nome Owen Collins. Je suis bien contente de ce changement d'ailleurs. Je n'aimais pas l'idée de vivre séparée d'Harold par un océan et des milliers de kilomètres.

« Moi je préfère, je marmonne. Si tu vas à Oxford je ne te perdrai pas.

- Me perdre ? ses yeux s'écarquillent de surprise derrière ses verres.

- Tu sais moi…, ma voix n'est plus qu'un murmure et je baisse la tête, j'ai peur qu'on se perde de vue. J'ai même eu peur que tu m'oublies en te faisant de nouveaux amis !

- Pourquoi tu dis ça Emi ? fait-il, éberlué.

- Tu es mon meilleur ami Spok, je réponds lentement, tu as été mon unique ami pendant si longtemps que… Je crois que je supporterai pas de…

- Arrête tes bêtises Princesse ! »

Ses bras m'enserrent vivement et ma tête va rencontrer son torse. Je passe mes mains dans son dos et soupire de soulagement. Il n'est pas bien large, il n'est pas musclé mais à côté de lui, je me sens en sécurité. Comment est-ce que je peux un instant penser qu'un jour je ne verrai plus Spok ? C'est improbable, impossible. Inenvisageable.

« Raconte pas n'importe quoi, rit-il en rompant son étreinte. Toi et moi c'est à la vie à la mort Princesse ! »

J'hoche la tête et dévoile un large sourire en réponse au sien. Il ébouriffe mes cheveux. Je me calle contre lui et regarde, les sourcils froncés, les formules mathématiques qui s'étalent sur des tas de feuilles gribouillée dans tout les sens. Avant de me replonger dans mes notes d'arithmancie. Soudain, la porte de l'Infirmerie s'ouvre bruyamment et Pompom lance un « silence » sifflant que n'écoute pas du tout Lena qui débarque devant nous tout feu tout flamme accompagnée par Allan et Owen qui sourit timidement.

« Roldy ! Tu connais pas la nouvelle, s'emballe Maddy au bout du lit. On va devoir porter des robes !

- De quoi tu parles Lena ? demande Spok étonné.

- Laisse tomber, soupire Allan en ouvrant son jeu d'échec sur le lit, elle est excitée comme ça depuis ce matin.

- Rectification, depuis toujours, continue Harold en souriant à Owen qui glisse discrètement, et en rougissant, ses doigts dans la main de mon meilleur ami –aux anges-.

- C'est n'importe quoi ! rétorque Lena offusquée, hein Milou ? »

Je suis incapable de répondre, un fou rire me secoue, tout comme Allan, Owen et Spok. Pompom bondie dans notre direction.

« Miss Gonzales, un peu de silence !

- J'ai rien fait ! se défend Maddy.

- Ne faîte pas l'innocente jeune fille, je commence à bien vous connaitre ! »

OoOo

C'est le moment. Vas-y Emi ! Mais je ne bouge pas. Mes jambes refusent d'avancer. Ça fait bien dix minutes que je suis plantée dans les escaliers. Heureusement qu'il n'y a personne pour voir mon conflit entre moi et moi. Je baisse les yeux et tripote nerveusement la couverture de mon Jane Eyre. Je suis ridicule à attendre comme une bécasse un signe de Merlin, Morgane ou Cupidon –m'étonnerait pas qu'il soit sur le coup lui aussi- qui m'encouragerait à aller rejoindre Jared concentré sur sa lecture dans le canapé de notre salle commune. Bordel, vas-y Emi ! Comment veux-tu qu'il s'intéresse à toi si tu ne fais pas remarquer ton existence ? Bouge ! Je trouve -enfin- le courage de descendre les dernières marches et de m'approcher de lui. J'espère qu'on ne voit pas trop mon trouble.

Je me laisse tomber sur un fauteuil, ramenant mes genoux contre moi et ouvrant mon livre dont je ne lis aucune ligne. Qu'est ce que je fais maintenant ? Qu'est-ce que je dois dire ? Je suis nulle. Franchement nulle pour aborder les gens. Et encore plus en amour. Les seules fois où je suis sortie avec des garçons ça n'a pas duré longtemps et c'est jamais moi qui avait fait le premier pas. Bon sors un truc intelligent Emi…

« Salut !

- Salut Emily, me répond-t-il en un sourire par-dessus les pages de son roman. »

Super. Vive l'originalité Emi. Quelle abrutie, non mais sérieusement t'as rien trouvé de mieux ?

« Tu lis quoi ? je demande en cachant mes joues pivoine derrière mon livre –encore plus original !-.

- De Grandes espérances, de Dickens. Tu connais ? fait-il en levant son regard vers moi.

- Il est génial, j'hoche la tête en souriant, de toute façon Dickens est un auteur génial.

- Ça dépend je trouve, réplique-t-il, franchement quand les héros sont des enfants c'est un peu plus plombant…

- Ah non ! je bondis brusquement, c'est les meilleurs justement ! On voit l'apprentissage de la vie et l'évolution du personnage en fonction de son éducation et du milieu d'où il est issu. Moi je trouve ça passionnant !

- Ouais, mais on est moins incéré dans l'époque quand même, contre-t-il en baissant son roman pour me faire face.

- Ben non c'est le contraire, je rétorque en fronçant les sourcils, on voit plus l'époque parce que les enfants la découvrent en même temps que nous. C'est épuré d'objectivité du coup.»

Bon. J'avais pas prévu du tout de débattre sur Little Dorrit et Oliver Twist mais au moins il a délaissé son livre pour me regarder. Okay, c'est pour me contredire… mais quand même ! Je brandis mon livre pour appuyer mes paroles de gestes, c'est vrai quoi ! Dickens a un véritable talent pour nous faire entrer dans les milieux sociaux du XIXème siècle.

« Mais ya quand même des lieux qu'on voit pas beaucoup avec lui, regrette Jared.

- Les industries à l'époque ? je demande, ouais je trouve aussi. Mais pour ça Gaskell est géniale à lire !

- Ah ouais ? s'étonne-t-il, C'est pas plutôt branché romance et problèmes sentimentaux ?

- Quoi ? j'écarquille les yeux. Absolument pas ! Attend bouge pas ! je me lève vivement, Faut que tu lises Nord et Sud, vraiment ! C'est pas du tout dégoulinant de guimauve ! Attend, je vais te le chercher ! »

Je monte quatre à quatre les marches pour les redescendre quelques minutes plus tard, mon exemplaire vieilli sous le bras. Mais il n'est plus là. Il n'y a que son roman sur la table. Je reste un instant figée, j'ai dit quelque chose de mal ? Je m'apprête à remonter lorsqu'un livre se présente alors sous mes yeux.

« Tiens, me fait Jared, vu que tu m'en prête un.

- Mer… Merci, je souffle. »

Il me sourit en prenant mon livre et me tendant le sien. Je rougie et baisse les yeux pour me pas trop emballer mon cœur en rencontrant son regard noir qui reflète les flammes crépitant dans la cheminée. Je l'attrape et effleure un instant ses doigts. Un feu me dévore la poitrine.

OoOo

Ce n'est pas la première fois que je viens en retenue. Mais c'est la première fois que Rusard fait preuve d'amabilité à mon égard. D'ordinaire il me fait nettoyer les salles de classe en grognant sur ma lenteur, mon manque d'entrain et j'en passe. Là, il ne dit rien et m'a même aidé pour les vitres parce que je n'arrivais pas à les atteindre. J'ai eu le droit à un « bonsoir » et un « au revoir » qui semblaient presque sincères. J'en suis restée interdite de stupéfaction. A fin, il a grommelé, agacé, et m'a planté au milieu du couloir. J'ai grincé des dents et l'ait maudit. Il avait pitié de moi. Comme White. Je fais pitié pour lui. S'il y a bien une chose que je haie –après Spencer- c'est la pitié. J'ai l'air si fragile que ça ?

Enervée, je tourne les talons. L'appel de la salle de musique se fait entendre tandis que je traverse les couloirs aux tableaux endormis et ronflant doucement. J'arrive enfin à la bibliothèque et dépose mon recueil de poèmes africains avant de me glisser entre les instruments qui somnolent entre les ombres dansantes de la nuit. Je lance une « Lumos » et ma baguette dégage une petite flamme chatoyante qui ondule sous ma respiration. Je fronce les sourcils en ouvrant la grande armoire du fond de la salle. J'ai beau passé mes doigts sur toutes les étagères, les formes ne me sont pas familières. Aucune ne ressemble à la courbe particulière de mon violon.

« C'est ça que tu cherches Bolkanski ? »

Mon sang se glace. Je me retourne lentement pour lui faire face. Spencer n'est pas seule. Logique. Spencer n'est jamais seule, elle vient toujours en force. Je me crispe en reconnaissant quelques têtes, Farmer, Karin, Samuels, Liana. C'est alors que je remarque l'objet qui pend au bout de son bras qu'elle balance narquoisement devant elle. Mon violon. Ma gorge se serre, je la fixe avec froideur. Elle sourit, satisfaite du léger frémissement qui a parcouru mon corps.

« J'ai bien fait de venir voir Mary chanter hier… Alors comme ça tu as un faible pour ce morceau de bois ? elle ricane en faisant la moue à mon violon. C'est vraiment pitoyable.

- Rend-le moi, je souffle en la regardant droit dans les yeux.

- Pardon ? Je crois que je n'aie pas entendu. On oublie la politesse de nos jours… Tsss…

- Ce n'est pas à toi, je crache, maintenant rend le moi !

- Quand je parle tu te la fermes Bolkanski, rétorque-t-elle.

- Tu crois disposer de tout ici, je gronde, arrête de fantasmer. Tu n'es rien d'autre qu'une pétasse.

- Je te demande pardon ? sa voix se fait glaciale.

- Tu ne vois pas de quoi je parle ? je réplique durement, Allons, on sait tous que tu es bien plus intelligente que ça. Une « courageuse » gryffondor qui se cache pour préserver son manteau immaculé d'innocence alors qu'elle est en vérité la pire connasse de Poudlard.

- Oh, c'est comme ça hein ? Le vilain petit canard essaie de rejoindre les cygnes ? cingle Cindy sans perdre son sourire.

- Si les cygnes c'est les gens comme toi, autant rester un parasite pour toujours. »

Son sourire se tord en une grimace.

« Maintenant rend moi mon violon, je grince en faisant un pas en avant, maintenant.

- Tu te prends pour qui Bolkanski ? s'exclame Karin en s'avançant, menaçante.

- C'est cette timbrée de Gonzales qui lui donne des idées de grandeur, réponds Farmer en un rictus mauvais.

- Parce qu'elle l'atteint elle au moins, je rétorque avec colère, elle ne reste pas dans sa merde comme vous tous.

- Elle a pas froid au yeux dîtes moi, s'amuse Samuels en me toisant avec suffisance.

- Tu veux qu'on lui refasse le portrait ? demande Quentin en faisant craquer ses doigts.

- Non, Cindy me sourit avec malveillance, j'ai une bien meilleure idée. »

Elle glisse ses doigts dans sa robe de sorcier, je dégage ma baguette plus vite qu'elle. J'évite en reculant le coup de pied de Karin pour me faire lâcher ma baguette. C'est le temps qu'il faut à Spencer pour me désarmer sèchement. Je profite de ses mains occupées pour essayer d'attraper mon violon. Mais un coup de poing dans mes omoplates me fait tomber à terre, et tousser pour retrouver ma respiration.

« Tsss qu'est ce que tu nous fait là Bolkanski ? soupire Cindy. Tu crois vraiment que t'as la moindre de chance ?

- Ta gueule, je rétorque durement.

- Je ne crois pas non, ricane-t-elle avant d'ordonner brutalement, retenez-la. »

Je me braque sous la poigne de Farmer et tente de me retourner pour lui griffer la figure. Mais Samuels m'attrape le bras pour le tordre dans mon dos. Un gémissement aigu de douleur m'échappe. Mes genoux tremblent et je dois me faire violence pour qu'ils ne cèdent pas. Je les foudroie tous du regard. La baguette de Spencer crépite, mon vente se contracte. Un large sourire lui dévore son visage de poupée.

« Admire ce qui arrive aux arrogants parasites qui croient pouvoir m'écraser Bolkanski. »

Le sort se lance en silence. Mes yeux s'écarquillent d'horreur. Il y a un affreux craquement. Ma respiration se coupe. Je suffoque. J'ai beau ouvrir la bouche, l'air n'y entre pas et aucun son n'en sort. Leurs rires ne m'atteignent pas. Il n'y a que le hurlement muet qui me déchire. Que le bois de mon violon qui se tord. Je me débats, me tortille dans tous les sens pour leur plus grand plaisir et hilarité. Cindy leur sourie de satisfaction tout en jouant avec sa baguette qui détruit mon instrument, qui coupe les cordes. J'ai l'impression qu'on me tranche la gorge. Que je me noie dans le sang qui en sort. Il n'y a aucun cri, juste mon violon qui se brise, qui tombe en morceaux sans vie. Juste le froid qui monte en flèche dans mes doigts. Juste les rires des autres et le sourire de Spencer. Juste mes hurlements silencieux. Les gémissements de mon violon me labourent le cœur. C'est comme s'il criait. Comme s'il me hurlait de l'aide, mais j'ai beau me débattre comme une folle, Farmer et Samuel me maintiennent au sol sans peine.

Et soudain plus rien. Le silence. La baguette de Spencer s'abaisse pour dévoiler son ravissement. Les gloussements des autres me semblent creux, lointains. Mes yeux s'accrochent à la carcasse démembrée de mon violon. Cindy donne un coup de pied dedans, le rapprochant de moi. Ils me relâchent. Je tends mes doigts, tremblante. Le bois n'est plus lisse, vibrant et doux. Il est froid, rêche, inerte. Comme un cadavre. Les larmes sortent alors, brutalement. Ça fait si longtemps… Si longtemps qu'elles n'avaient pas passé la frontière de mes paupières… Elles sont violentes, furieuses. Me secouent comme un pantin désarticulé. La boule dans ma gorge étouffe mes gémissements.

« C'est qu'un violon Bolkanski, fait Cindy, moqueuse, en penchant son visage pour mieux me fixer. Ça aurait pu être toi ou ta tapette de copain. Je te préviens au cas où il te viendrait dans l'idée de me tenir encore une fois tête, misérable insecte.»

Les mots ne m'atteignent plus. Les bruits qu'ils font en sortant ne sont plus. Autour de moi, il n'y a que le silence, glacial et solitaire. Il n'y a plus rien. Plus rien. Je couvre mes oreilles pour ne plus entendre. Plus jamais. Je ne veux plus. Je ne peux plus. Les sanglots sont incontrôlables, lourds, déchirants. Meurtrissant mon cœur qui hoquète douloureusement. Je secoue la tête pour chasser les bruits des pas, la chanson du vent. Tout ce qui n'a plus lieu d'être maintenant.

J'empoigne délicatement les débris de mon violon, certains morceau se détachent, glissent de mes doigts pour rouler à terre. Enfin, l'inaudible cri sort faiblement de ma bouche. Blessé.

Mes bras se resserrent autour de ce qu'il reste de mon violon. Les craquements de son bois sonnent comme un glas dans ma tête. Je le serre doucement contre moi. Le jour de notre rencontre me revient de derrière les murs cotonneux de ma mémoire. Le sourire de tonton devant mes yeux émerveillés lorsqu'il me l'a tendu. L'instrument brillait. Tonton a ri, son dernier rire avant son envoi dans les camps en Sibérie.

J'étouffe dans mes larmes, j'ai l'impression que c'est mes souvenirs qui meurent à cet instant. Qu'on vient de m'arracher ma musique. Comme si on me sortait le cœur de la poitrine.