Coucou les gens :)

Manque de sommeil oblige, j'la fais courte : marre des cours, vivement les vacances *scrute son calendrier depus le 5 septembre* et MERCI pour vos reviews, ça nous fait super plaisir :D

Bonne lecture !

pomegranatsss : c'est cool de savoir que t'es toujours des nôtres ! ;) On espère avoir un peu de reviews de ta part ! Bizzz et Merci !


Chapitre 27 : Come back as you were, please

« Vous avez fait QUOI ? »

Je les toise avec froideur, le cœur battant avec violence et les insultes russes au bord des lèvres. Mais ils ne méritent même pas ma salive à ce moment. Je tourne brutalement les talons et m'élance dans le couloir sous les regards incrédules de Jared, Allan et Harold alors que Slughorn annonce le début du cours. Le prof m'interpelle mais je l'ignore royalement même lorsqu'il s'écrie que j'écoperai de plusieurs heures de retenues et « dix points en moins pour Serdaigle ». S'il savait comment je m'en tamponne moi !

Je ne sais même pas où elle est. Tout ce que je sais c'est qu'Allan et Jared viennent de lui briser le cœur en mille morceaux sans même essayer de la consoler. Sans même faire preuve de tact. Et je sais qu'une fois que j'aurais retrouvé Lena je me ferais une joie de les réduire en cendres. De faire taire leurs clapets moralisateurs de merde. Je m'arrête au beau milieu du couloir du deuxième étage. Où peut-elle être par Merlin ? Je tente de reprendre ma respiration –retrouver mon calme est impensable-. Toilettes ? trop fifille. Bibliothèque ? trop intellectuel. Dortoir ? trop de filles. Salle de classe déserte ? trop étouffant. Mon regard se porte à la fenêtre, le terrain de Quidditch semble m'appeler. Bon sang ! Je dévale les escaliers et me rue dehors, ma besace battant ma hanche au rythme de ma course effrénée.

« Lena ? Lena !»

Je liste mentalement toutes les insultes que je connais en russe, chinois et anglais pour ne pas oublier de les cracher à la gueule de Jared et Allan. Où est-elle ? L'inquiétude me sert la gorge. Je déboule sur le terrain, essoufflée et affolée. –et énervée mais est-ce nécessaire de le préciser ?-. Il fait froid et quelques gouttes tombent sur mon visage. Mais je ne la voie pas.

« Lena ! C'est moi ! Emi ! Réponds s'il te plait ! »

Une tête se lève et je pousse une exclamation de joie en la reconnaissante. Je me précipite vers elle et abandonne mon sac au sol. Non, en fait, je ne la reconnais pas. Ma mâchoire se serre de colère. Elle tente un sourire mais tout la trahie. Ses cheveux sont en pétard, ses yeux bouffis, ses lèvres tremblantes, la déception et la tristesse tintée de désespoir brillent dans ses yeux bien trop brillants. Refrénant les larmes. Je l'entoure de mes bras, elle se laisse aller contre mon épaule. Ses mains s'agrippent à moi. Les sanglots mouillent mon pull. Je caresse tendrement son dos secoué par les pleurs. Chacun de ses tremblements fait monter crescendo ma fureur. Et mon angoisse. Une boule dure se loge dans ma gorge. J'embrasse le haut de la tête de Lena, la berce contre moi doucement. Lui murmurant des paroles apaisantes alors qu'elle renifle. Je l'intime à tout déverser hors d'elle, à se vider.

« Pleurs Lena, pleurs, je murmure en lui caressant le dos, ça fait du bien. Vas-y. C'est pas grave ma chérie. Tu vas voir, tout va bien se passer.

- Je… Je… hoquète-t-elle, le nez dans mes cheveux.

- Je sais, je sais, je la coupe doucement. Ils m'ont raconté.

- Ils… Ils… ont dit que…, gémit-elle, et pourquoi ? pourquoi ?

- Ce qu'ils ont dit Lena c'était pour te protéger, je grince durement, Mais c'était laid. Ils n'avaient pas le droit de le dire comme ça. Devant cette chouignieuse de White en plus. Ils ont eu tord.

- Pourquoi ça marche jamais ? Pourquoi ? souffle sa voix entrecoupée de sanglots. Personne ne veut m'aimer !

- Ne dis pas ça, je proteste en la forçant à me regarder dans les yeux, moi je t'aime. Et quoi qu'il arrive Lena je te promets que jamais, jamais, jamais je ne te laisserai tomber. »

Sa tête se niche dans mon cou, ses larmes se font moins violentes et plus douloureuses. C'est des larmes qui déchirent. Qui me lacèrent la poitrine. Lena… Lena tellement forte, Lena qui protège… Lena qui brille, qui rit. Lena qui sourit. Lena qui m'a défendu, consolé… ça fait si mal de la voir s'affaiblir. De la voir s'effriter.

« Aucun garçon ne veut de moi ! Jamais, jamais ! Pourquoi… ? Qu'est ce qui cloche chez moi ?... gémit-elle. Moi je l'aime !

- Il n'y a rien qui cloche chez toi…, je souffle, c'est eux qui sont aveugles, Lena. Ils ne voient pas qui tu es. La personne que tu es, ce que tu vaux, je la serre plus fort contre moi alors que la pluie s'égrènent sur nos épaules. Tu es merveilleuse ma chérie. Vraiment. Tu es un soleil, tu es gentille, chaleureuse. Tu m'as aidé tu sais… Tu m'as protégé. Tu es loyale et courageuse. Quand tu tombes Lena, tu te relèves. Tu es incroyable. Tu verras, tu verras…, je la berce lentement, Tu trouveras quelqu'un Lena, quelqu'un qui verra tout ça. Et cette personne, se sera celle qu'il te faut. Tu mérites quelqu'un, plus que quiconque, tu mérites quelqu'un Lena. Et si jamais elle tarde cette personne, si jamais elle s'égare en route pour te trouver. Ne t'inquiète pas, je dépose un bisou sur sa joue humide, Moi je serai toujours là pour toi. »

Elle pleure. Elle pleure comme si toute son énergie s'échappait hors d'elle en torrents douloureux. Je psalmodie des paroles, je la serre fort pour lui transmettre toute cette chaleur qu'elle a éveillé en moi. Elle peut tomber maintenant, elle peut pleurer. Je suis là pour la relever, je suis là pour la consoler.

Lena est considérée comme un garçon, personne ne fait plus attention à son cœur de femme. Personne ne veut ouvrir les yeux. Je me promets au fond de moi de tout faire pour l'aider comme elle l'a fait en me protégeant, en illuminant ma septième année à Poudlard. En m'aidant à enfin avancer, à me rebeller. A grandir.

« Je suis nulle c'est pour ça ? demande-t-elle tout bas.

- Tu n'es pas nulle Lena, crois moi, je réponds doucement. Tu es bien meilleure qu'eux parce que tu ne t'arrêtes pas aux apparences. Tu es la personne la plus sincère et gentille que je connaisse. Tu ne fais pas dans la fioriture comme tous les autres. Si Jeremy n'a pas compris ça, c'est qu'il ne te mérite pas. Il ne vaut que les filles niaises et plates dans le genre de White.

- Alors… alors j'ai perdu…, souffle-t-elle alors que les sanglots se tarissent.

- Et alors ? je lui souris. On apprend toujours de ses défaites. »

Elle hoche la tête et essuie ses yeux avant de se moucher avec le mouchoir que je lui tends. Je lui souris et caresse encore son dos pour faire taire les tremblements. Je dépose un baiser sur le haut de son front. Il pleut plus fort. Nous sommes trempés. Je l'aide à se relever et l'entraîne avec moi au château, récupérant mes affaires au passage. Bras dessus, bras dessous, je l'amène aux cuisines pour prendre une boisson chaude avant d'aller nous réfugier avec des serviettes propres dans la salle commune de Serdaigle. Je vais chercher des vêtements secs à moi –trop petits pour elles d'ailleurs-. Nous nous pelotonnons l'une contre l'autre dans un fauteuil. Tout en sirotant un thé au citron pour moi et un lait chaud pour elle. Ses cheveux sentent la pluie. Elle est toute froide, je m'empresse de passer mes bras autour d'elle et de la frictionner. Sans rien dire d'autre que ce que les sourires transmettent. Des fois, la seule chose dont les gens ont besoin c'est d'un peu de silence et beaucoup de chaleur.

OoOo

« Faut qu'on parle. »

La phrase claque l'air comme une gifle. Je me plante devant eux, les forçant à s'arrêter alors qu'Harold et Lena poursuivent leur chemin tout en discutant de la nouvelle chanson de Nirvana. Owen, silencieux mais attentif, est sur leurs talons. Jared, Allan et Doug me fixent, incrédules. L'image des larmes de Maddy passe sous mes yeux et m'échauffe le sang.

« Qu'est-ce qui se passe Emily ? demande Jared.

- Ce qui se passe ? Vous ne voyez pas ? je grince sèchement, très bien ! Alors laissez-moi mettre les points sur les « i ».

- Qu'est-ce que… commence Allan.

- Tais-toi, je lâche durement alors que l'énervement se lit dans ses yeux et qu'il ouvre à nouveau la bouche. C'est moi qui parle. Je peux savoir ce qu'il vous ait passé par la tête hier ?

- De quoi tu parles, s'étonne Douglas.

- De quoi je parle ? mes lèvres se pincent, je parle du fait qu'ils n'ont rien trouvé de mieux que de dire à Lena qu'elle n'avait jamais eu aucune chance avec Handon, qu'elle ne faisait que les embêter et « torturer » White. Tout ça sous le nez de tout le monde.

- De quoi tu te mêles, bondit Allan.

- De ce qui me regarde ! je rétorque froidement. Je ne dis pas que vous avez eu tord de lui parle de ça, de l'empêcher de se faire encore du mal. Ce que je ne tolère pas, c'est la façon dont vous l'avez cassé. Vous n'avez eu aucune compassion, aucun tact. Lena a un cœur ! Elle a peut être l'air intouchable et forte mais elle est aussi fragile.

- Pas la peine de nous le dire, crache Allan, furieux, on la connaît mieux il me semble. C'est notre amie depuis plus longtemps. »

La réplique se plante en moi comme une aiguille glacé. Je serre les dents pour ne pas l'insulter, fixant Jared silencieux et impassible, et Douglas éberlué.

« Votre amie, je répète, glaciale. Votre… amie ? Elle l'est peut être envers vous, mais vous ? Ses amis ? Mais vous n'agissez pas comme il le faudrait ! Après toutes ces années vous ne la connaissez toujours pas. Vous la traitez comme si vous aviez affaire avec un garçon, comme vous, quelqu'un qui encaisse et passe à autre chose, je fais en intimant Allan à se la fermer, Alors oui, je ne la connais pas depuis longtemps, mais moi au moins je la voie comme elle est. Lena malgré son entrain et ses airs de garçon manqué, reste une fille. Vous…, je les toise avec colère, vous ne voyez rien. Vous êtes durs avec elle. Vous êtes des égoïstes, je crache, elle vous donne tout ! Vous montre son affection et vous vous ne lui renvoyez rien en retour ! Alors qu'elle en a besoin ! Et quand vous l'aidez vous ne faites que l'enfoncer encore plus.

- En quoi ça, ça te regarde ?

- Tu veux savoir en quoi ? je réponds durement, parce que moi je connais très bien la valeur de ce qu'elle vous donne pour ne pas l'avoir reçu. Je n'ai jamais eu d'amis autre que Spok. Tu ne sais pas ce que c'est Allan. Ose dire que j'ai tord.

- Mais…, commence Doug.

- De toute façon il ne s'agit pas de moi ! Je claque sèchement. Mais de Lena, de votre amie. Que vous remballez, que vous cassez même si c'est avec humour, que vous encadrez comme des parents. Ce n'est pas votre rôle ! Vous devez vous comportez en amis, en la protégeant –et non pas en la rabaissant avec froideur !-, ma voix s'étrangle dans ma gorge, L'amitié est une plante que les deux personnes entretiennent ensemble. Même si vous n'avez pas la main verte, faites un effort ! Au moins par respect pour les personnes qui n'ont pas la chance d'avoir des amis sur qui compter, comme moi. Parce que vous ne connaissez pas la valeur de Lena. Et le jour où elle abandonnera, vous vous en mangerez les doigts. Et les regrets ne servent à rien, je souffle, Ils n'effacent rien.»

Je les plante ensuite au beau milieu de couloir, et m'éloigne en direction de la bibliothèque à un rythme soutenu pour éviter d'avoir à entendre les répliques cinglantes d'Allan et ce que Douglas et Jared pourraient avoir à me sortir comme choses désagréables. La colère s'est à peine tarie. J'espère qu'ils ont compris. Parce que la prochaine fois…

OoOo

« Miss Bolkanski ? »

La porte s'est ouverte sur la figure de Flitwick, fébrile et effaré. Miss Tirshow, la prof d'Arithmancie, tourne la tête dans sa direction et fronce les sourcils de mécontentement. Faut dire on est en interrogation écrite. Quelques élèves relèvent le nez, curieux.

« C'est important, lâche-t-il. Dumbledore la demande dans son bureau.

- Bon, Emily vous pouvez y aller, s'agace Tirshow. je corrigerai à partir de votre brouillon. »

Je vais à son bureau pour lui rendre la feuille avant de ramasser mon sac. Tous les regards me suivent, une boule se forme dans mon ventre. Owen me suit des yeux, un peu angoissé. Je lui souris avant de sortir. Une fois dans le couloir, les questions m'assaillent. Qu'est ce qu'il peut bien se passer ? Je ne suis jamais allée dans le bureau de Dumbledore. Est-ce que Lena lui a parlé de Spencer ? Nous montons en silence jusqu'à la gargouille, qui dévoile après le mot de passe, l'entrée du bureau du directeur. Flitwick m'ouvre la porte.

« Entre Emily, me salue Dumbledore en souriant gentiment, vous pouvez nous laissez Filius, je vous remercie.

- Vous êtes sûrs que…

- Certain, assure le directeur. Faites en sorte que la rumeur de la venue d'un moldu ici ne se répande pas je vous pris.

- Evidemment. »

Un moldu ? Alors que la porte se ferme, mes yeux tombent enfin sur lui. Avant même de croiser son regard, mon être se tord d'angoisse. Ses yeux gris sont délavés, bouffis et de larges cernes les entourent. Une barbe, blonde, de plusieurs jours recouvrent ses joues creusées. Ses cheveux sont en bataille. Nikolaï. Ma gorge se serre. Il y a un silence. Et tout à coup il est sur moi, m'enlace vivement en gémissant de soulagement. Son étreinte m'étouffe mais je la lui rends tendrement. Interloquée et inquiète par la signification de sa présence.

« Mily… Oh Mily…, soupire-t-il tristement. On a besoin de toi, il faut que tu rentres. Je t'en pris…

- Laïko, je murmure, qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est ce qu'il se passe ?

- Mily…, continue-t-il en russe.

- Réponds-moi s'il te plait, je supplie ne le forçant à me regarder en face. Dis-moi.

- C'est maman, il me serre plus fort, et sa voix s'étrangle, on a été obligé… Il fallait… Elle était devenue incontrôlable. Elle criait, elle frappait… Elle… elle a voulu…

- Quoi ? je hoquète de terreur. Quoi ?

- Ils l'ont emmené, geint-il en enfouissant sa tête dans mes cheveux.

- Qui ? Mais qui ? je le secoue sans douceur. Qui ?

- Les gens… Ils l'ont emmené à l'hosto ! s'écrie-t-il avec douleur. L'hosto pour les fous Mily… Ils l'ont enfermé ! Ils ont dit… ils ont dit qu'elle était instable. Qu'elle… Qu'elle… Qu'elle nous ferait du mal ! »

Ses jambes cèdent, mes genoux se mettent à trembler. Je tente de le soutenir, en cherchant ma respiration. Je suffoque. Il éclate en sanglots, la tête dans mon cou. Non ! Non ! Non !

« Dis-moi que ce n'est pas vrai Niko ! je gémis alors que les larmes glissent sur mes joues et que je m'agrippe à son dos, s'il te plait… S'il te plait… S'il te plait ! Dis-moi… Elle… »

Mais il ne contredit rien. Il tremble de part en part, secoué par ses pleurs. Son état me fait prendre conscience de ce qu'il a enduré jusque là. De ce qu'il a du subir pour ne pas se laisser aller, pour soutenir papa. Je ravale mes sanglots en serrant les dents. La boule dans ma gorge grossie jusqu'à m'étouffer. Le froid s'infiltre en moi durement, me figeant. Le vide dans ma poitrine m'engloutie.

« Je vais chercher mes affaires, je fais à Niko en le détachant de moi, je fais vite promis. Je viens. »

Il hoche la tête. Ses yeux sont encore plus pâles que d'ordinaire. Dumbledore hoche silencieusement de la tête. Je sors de la pièce alors que le directeur fait s'asseoir Nikolaï et lui tend sa boîte pleine de suçasides que mon frère décline sans un mot.

OoOo

Il ne me faut pas plus d'un quart d'heure pour balancer mes affaires dans ma valise, moins de dix minutes pour retourner dans le bureau de Dumbledore et à peine cinq minutes pour que le directeur nous donne de la poudre de cheminette. Il explique le principe à Laïko si usé qu'il hoche la tête sans écouter la moindre de ses paroles. Il passe le premier.

« Emily, souffle Dumbledore.

- Oui monsieur ? je réponds en levant les yeux.

- Bon courage. »

J'hoche la tête, ravalant mes larmes. J'attrape fermement ma valise et après un « au revoir », je donne ma destination et jette la poudre. Ferme les yeux pour les rouvrir bientôt sur mon salon. Papa est debout, à m'attendre. Son visage est exsangue. La même barbe que Niko, mais brune, recouvre ses joues. Il me sourie tristement. C'est un sourire qui fait mal. Avant de me prendre dans ses bras alors que mon frère monte ma valise.

« Je suis désolé mon ange, souffle-t-il dans mon oreille. Je suis tellement désolé.

- Ce n'est pas de ta faute papa, je murmure en caressant son dos vouté. C'est de la faute à personne.

- Je sais… Je sais… mais…, sa voix s'étrangle dans des larmes qui nous broient en deux.

- Ça va aller papa, je promets les yeux brillants, on va s'en sortir. On va y arriver. »

Piotr joue avec le train magique que je lui ai offert pour Noël. Il lève ses grands yeux gris innocents et tend les bras vers moi. Un sourire de bonheur lui dévore les lèvres alors que je laisse papa s'asseoir pour câliner mon petit frère. Ses bâillements m'interpellent. Je grimpe à l'étage pour lui enfiler son nid d'ange avant de le coucher dans son petit lit. Je dépose un baiser sur ses joues et son front tiède.

« Et maman ? Elle est partie où maman ? demande-t-il. Quand est-ce qu'elle va revenir ?

- Ne t'inquiète pas…, je souffle en caressant ses boucles châtains, elle reviendra bientôt. Je te le promets. Maintenant dors mon amour, je suis là. Je m'occupe de tout.

- D'accord, à toute à l'heure Mily, babille-t-il en secouant la tête d'assentiment.

- Je t'aime mon chéri. »

J'attrape un jean et un pull, me change en vitesse sans croiser mon regard dans le miroir de la salle de bain. Je ne prends pas la peine de ranger mon uniforme.

Lorsque je redescends, papa n'a pas bougé. Ses mains se sont juste portées à son visage pour le recouvrir. Je fais chauffer de l'eau dans la théière. Niko passe devant moi, alors que je pose ma tête sur l'épaule de papa en lui caressant le dos pour le rassurer de ma présence. Mon frère me sourie tristement avant de sortir dehors. La respiration de mon père est hachée, sifflante, désespérée. Chacune de ses inspirations me déchire les entrailles. Je rejette mes propres larmes au fond de ma poitrine. M'obligeant à endurcir mes membres pour les forcer à aider papa, papa qui sombre. Il me raconte peu à peu ce qu'il s'est passé. La violente crise de maman, sa tentative de suicide avec le tranchant d'une bouteille de vodka qu'elle a fracassé contre la porte de sa chambre où il l'avait enfermé. Ses roulements des yeux, ses tremblement, ses hurlements. La sirène de l'ambulance. Je ferme les yeux, la gorge nouée. Je souffle des paroles sans sens à mon père qui hoche la tête sans réellement m'écouter.

La théière chante et j'abandonne papa pour remplir les tasses. Je retrouve Nikolaï sur le perron, une cigarette se consume dans ses mains aussi inertes que son regard inexpressif fixant la lande. Je lui tends sa tasse qu'il regarde à peine. Je l'enlace doucement.

« Rentre Laïko, il fait froid. »

Je le force à se lever et abandonner son mégot que je piétine. Il s'assoit à côté de papa, je donne les tasses. Le silence se dépose entre nous. Je porte le liquide brûlant à mes lèvres, le laisse enflammer ma trachée, espérant retrouver un peu de cette chaleur qui me fuie. Le goût me donne envie de vomir, pourtant c'est mon préféré. Citron. Mais il me semble soudain trop acide contre ma langue amère.

« Je monte, je fais lentement, incertaine, je vais nettoyer... »

Niko hoche la tête, un pâle sourire de remerciement sur les lèvres. Il se rapproche de papa, se penche pour lui parler. Je monte les escaliers, et chaque pas dans le long couloir menant à la chambre de mes parents me paraît être une torture. La porte est fermée. Je me force à appuyer sur la poignée. Les effluves de vodka m'assaillent. Mêlé au renfermement et à une odeur lourde et métallique. Les draps sont défaits, les vêtements s'éparpillent au sol. Mes chaussures crissent contre les morceaux de verre. Je baisse les yeux et déglutie difficilement.

Sur le sol, la bouteille éclatée déverse lentement les restes du liquide qui se mêle au sang pourpre étalé sur le tapis. Le sang de maman. Je fixe sans bouger l'un des morceaux plus rouge que les autres. C'est avec ça qu'elle a tenté de…

Je ferme les yeux, chasse les images le plus loin possibles. Je me baisse lentement. Et doucement, très doucement, je ramasse les bouts de verres. Je passe la serpillère sur la tache de sang en forme d'étoile. Je serre les dents jusqu'à en avoir mal. La boule dans mon estomac est dure, lourde.

Silencieusement les larmes tombent au sol, entremêlant leur sel à l'hémoglobine et l'alcool.