Bonjour, bonsoir à toutes
Voici donc le dernier chapitre de cette longue fic :) On espère qu'elle vous a plut et que vous aimerez ce que l'on a décidé d'écrire dans cet "épilogue"..
Merci à toutes pour votre soutien et vos reviews :
Bonne lecture
PS : Sur notre blog a été mis en ligne la présentation de notre prochaine fic dont le premier chapitre sera mis en ligne mardi prochain ! :)
At Least : Prologue "Seven years before"
Mes trois premiers pas sonnent clairement, comme les émiettements d'une sonate de Chopin. Les ronds de fumée du train obscurcissent le quai bondé. Je suis aussi démunie que lorsque j'ai posé la première fois mes yeux sur les côtes anglaises. A la différence qu'ici, entre les rires des enfants et l'effervescence générale, je suis sans ma famille, sans la main de Niko dans la mienne. Qui me serre aussi fort que je la sers en retour. Je tremble de peur, ne pouvant me raccrocher à rien.
J'ai peur.
Des enfants de mon âge me bousculent sans me voir. Une fille aux cheveux hirsutes et à la mine bagarreuse et un garçon banal. Ils ne me jettent aucun regard. Il faut dire que je suis presque invisible, mince et trop petite pour mon âge. Je suis si pâle qu'on peut sans effort me confondre avec la peinture du couloir du wagon. Je ne sais pas bien ce qu'il faut faire, alors je ne fait rien. Fixant le garçon roux qui crie visiblement des ordres mais dont je ne comprends rien. Je ne comprends pas l'anglais, ou si peu que la vitesse à laquelle les phrase fusent ne me permet pas d'utiliser mes maigres connaissance en cette langue. Aussi étrangère que ce que papa appelle « notre nouvelle maison ». Moi je ne l'aime pas. Elle est trop austère, trop grise et trop triste.
Notre maison dans le centre de Saint Pétersbourg me manque, ma chambre bleue à l'étage et la rambarde douce du grand escalier aussi. Le bruit grisant de notre porte d'entrée, le parquet où les pas sonnent avec clarté, la chanson des cloches des églises colorées que l'on peut apercevoir depuis ma fenêtre. Le piano manque à maman, heureusement moi j'ai mon violon. Papa a bien voulu que je l'emmène avec moi. C'est la seule chose que j'ai pu emporter lorsqu'on a quitté de nuit la ville, comme des voleurs. Papa a dit qu'on ne devait pas se retourner, maman elle a pleuré. Niko serrait les dents. Moi j'ai quand même regardé en arrière. J'ai gardé en moi la vision de notre maison éteinte dans cette ruelle écrasée par la chaleur de juillet. La vision de ma ville natale illuminée dans cette nuit sombre. Je n'ai pas pleuré. Parce que je la reverrai bientôt, je le sais.
Papa m'a promis que tout ça c'était provisoire, que je ne resterai pas dans cette école bizarre qui a envoyé une lettre avec un hibou. Mais il a dit que si c'était gratuit, ça me permettrait de faire quelques études avant qu'il trouve un meilleur endroit où vivre. Moi j'ai dit que je voulais retourner en Russie, et papa a simplement souri. Je ne sais pas ce que cela voulait dire. Mais je suis sûre qu'on rentrera tout les trois chez nous, parce que c'est à cette terre et ses immenses forêts aux grands sapins parfumés que nous appartenons. Pour toujours, et quoi qu'il arrive. Niko est d'accord. Il a volé chez le libraire de Haworth une carte du monde. Elle est en anglais mais ça n'a pas d'importance, on s'en contente pour élaborer le voyage du retour, les étapes et villes à visiter que nous décrirons à Andrei et Maria nos voisins.
Il n'y a plus personne dans le couloir, je ne sais pas où je dois m'asseoir. Je ne peux pas rester debout quand même je ne sais pas combien de temps le voyage va durer ! J'ouvre doucement un compartiment et me glisse à l'intérieur. Je traine mes yeux au sol, m'assoie près de la vitre. Il y a trois filles, je ne comprends rien à ce qu'elles disent. Je tente de sourire à l'une qui m'adresse la parole, elle rit un peu de ma tentative d'aligner deux mots avant de se détourner. Je baisse les yeux sur la vitre. La lande défile, si lointaine des plaines immense entourant notre maison de campagne à Rostov. Je me mets à pleurer.
Je veux rentrer chez moi…
OoOo
Qu'est-ce qu'il se passe ? Pourquoi s'habillent-t-ils tous de leur vêtements longs et informe ? Pourquoi s'activent-t-ils tous ? Qu'est-cequ'ilsepasse ?
Un garçon âgé d'au moins dix sept ans m'attrape par le bras et se met à débiter à une vitesse folle un long discours sévère qui m'écarquille les yeux d'angoisse. Je reste figée sur place tandis qu'il continue à me gueuler dessus. Après deux minutes d'acharnement, il soupire et attrape dans ma valise que je traine toujours derrière moi l'immonde toge grise qu'il me passe sans douceur. Avec satisfaction, il m'indique la porte du compartiment qui tague de moins en moins. On arrive surement.
Quelques minutes je suis obligée de laisser ma valise pour descendre avec les gens de mon âge. Je manque de hurler de terreur en apercevant le géant barbu et sale qui crie et s'agite devant nous. Les élèves excités par ce qu'ils racontent me bousculent pour suivre le géant. Je suis percutée par un gros garçon qui rit très fort, je tombe à terre et m'écorche le menton en gémissant de douleur et contenant mes larmes pour me relever en constatant la naissance d'un bleu sur mon genou. Je serre les dents et essuie mes yeux en reniflant silencieusement. Je dois courir pour ne pas perdre de vue les autres, heureusement l'un d'eux est grand, je peux facilement le repérer. C'est mon point d'encrage pour ne pas perdre de vue le groupe excité d'enfants. Le géant m'effraie de sa voie caverneuse et je suis presque poussé de force sur une barque qui tangue à peine lorsque je glisse tout au fond d'elle. Je ne comprends pas. Tremblant de peur et passant mes bras autour de moi pour faire taire la peur et la solitude aussi froide que la nuit qui est tombée.
Ma gorge se serre de terreur, mes genoux tremblent autant de froid que d'appréhension. Est-ce que le géant va nous manger comme dans mon livre de conte ? Est-ce que c'est un piège pour dévorer des enfants ? Les histoires d'horreur de Niko résonnent à mes oreilles et font claquer mes dents. Je remarque que la fille aux cheveux hirsute et tipée espagnole est assise à côté de moi et discute avec entrain avec le même garçon que tout à l'heure. Je la dévore des yeux, envieuse. Puis, le rouge aux joues, je la salue d'une voix enraillée par mon accent russe.
« Bon…Bonjour… »
Elle me lance un regard étrange, me décrypte sous toutes les coutures et fronce les sourcils avant de faire la moue. Je me crispe de rougissements, avec un sourire gêné. Elle se détourne sans plus de cérémonie.
« Salut. »
C'est le seul mot que j'ai compris, l'instant d'après elle m'a déjà oublié. Comme si j'étais aussi transparente que la brume autour des barques. Peut être que c'est mieux, je songe tristement. Comme je vais partir bientôt de cette école, il ne faut pas trop m'attacher pour souffrir quand je retournerai en Russie. C'est mieux ainsi.
OoOo
Je dévisage, recroquevillée sur moi-même. Les yeux exorbités par les tableaux qui bougent et nous apostrophent. Le cœur au bord des lèvres, prêt à me faire pousser un hurlement de terreur. Je n'ose même plus respirer, et mes genoux s'entrechoquent sous ma robe terne. Tous les regards sont braqués sur nous, je manque d'éclater en sanglots effrayés en apercevant les fantômes au dessus de nos têtes. Où est-ce que je suis ?
La vieille femme qui nous a accueillis, sort un parchemin et commence à parler. Je ne comprends rien à ce qu'elle dit mais apparemment ça excite les gens autour de moi. Je cherche désespérément une main qui pourrait serrer la mienne, comme le fait Laïko. Mais tout le monde s'en moque de la peur qui me serre le ventre. Je baisse les yeux au sol et les ferme en pensant très fort à maman, papa et Nikolaï. Lui aussi il doit rentrer à l'école, dans une école anglaise sans rien comprendre à la langue. Mais lui il doit pas avoir peur, il a jamais peur Niko. Je serre les dents, je dois faire comme lui.
« Emily Bolkanski ! »
Je relève brusquement la tête, étonnée d'enfin retrouver des mots familiers. Qu'est ce qu'ils me veulent ? Qu'est ce que je dois faire ? Qu'est-ce qu'il se passe ? La vieille dame passe son regard parmi nous, fronce les sourcils et répète à nouveau mon prénom. Raide comme la justice et affolée, je m'avance vers elle. Elle me désigne le siège sur lequel je m'assois. Je suis si petite que mes pieds ne touchent même pas le sol. Je baisse fermement les yeux, l'estomac au bord des lèvres. Effrayée par les regards qui convergent vers moi. Mes mains tremblent. Je sens qu'elle pose le chapeau et me fige sur place. Ça… ça… ça bouge !
« Serdaigle ! »
J'arrache le chapeau de ma tête en poussant un cri effrayé. Je le tiens du bout des doigts, la femme me le prend en poussant un soupir alors que j'entends quelques rires. Elle me désigne une table et je vais m'y asseoir. Les filles à côté de moi me dévisagent avant de m'ignorer. Je baisse mes yeux brillant de larmes sur mon assiette. Le souffle court et les membres secoués de tremblements.
« Salut ! »
Je ne bouge pas, figée. C'est… C'est à moi qu'on parle ? Je lève lentement les yeux sur un garçon petit et maigrichon qui s'assoit à côté de moi. Ses cheveux sont étranges mais mis à part ce détail, ses yeux chocolat derrière ses lunettes sont chaleureux et son sourire franc. Il commence alors à parler à toute vitesse, visiblement à moi. Je reste les yeux grands ouvert, éberluée et incapable de saisir ce qu'il me dit. Il s'arrête un instant, approche son visage du mien en fronçant les sourcils. Et éclate de rire. Avant de repartir dans sa tirade. Finalement, semblant comprendre que je ne vois pas de quoi il parle il se tait. Et se met alors à parler très, très lentement. Rendant le sens de ses phrases à ma portée.
« Je m'appelle Harold, et toi ?
- Emily, je souris, soulagée, je cherche mes mots difficilement, je… je comprends pas l'anglais.
- Pourquoi ? s'étonne-t-il.
- Je… suis pas… je ne trouve pas les mots, je bafouille en rougissant, anglaise.
- Oh ! ses yeux s'écarquillent, vraiment ? Trop cool ! Tu viens d'où ? c'est vrai que t'as un accent… Tu viens d'une autre planète ? rit-il. Dans cette foutue école se serait presque pas étonnant ! »
Je ris parce que grâce à ses efforts, je comprends laborieusement ce qu'il veut dire. Du moins un peu. Et ça fait vraiment du bien. Il commence à s'emballer en faisant de grands gestes à propos de personnes d'autre planète et j'ai beau répété « Russie » il semble trouver l'hypothèse de « vénus » beaucoup plus chouette. Je ris.
A la fin du repas, une effervescence brusque vient briser la stabilité de notre conversation. Tout le monde se lève et parle bruyamment. Affolée je reste clouée sur le banc, les regardant s'agiter en tout sens. Harold déjà debout, me regarde étonné. Je souris maladroitement et mes regards d'incompréhension semblent l'interpeler. Il me fait signe de me lever et répète distinctement et lentement ce qu'y a été dit par le vieux bonhomme aux lunettes en demi-lune.
« On va dans les…, le dernier m'échappe, il s'en rend compte et en cherche un autre, chambres !
- D'accord. »
Mal à l'aise et effrayée par la magie qui embaume les murs, je manque de hurler de terreur en apercevant des escaliers mouvant. Mes jambes refusent catégoriquement d'avancer. Paniquée, le cœur hurlant de peur, je reste bloquée au beau milieu du couloir. Non, ça je ne pourrais pas.
« On y va ? »
Je secoue négativement la tête à Harold fronçant les sourcils. Il aperçoit mes mains moites et attrape la gauche pour la serrer gentiment. Il m'entraîne dans les escaliers, je m'accroche à son bras horrifié par le vide. Je ferme les yeux pour ne pas regarder en bas. Il me secoue lentement et sans lâcher ma main me guide à la suite des autres. Nous entrons dans une tour et il m'explique lentement ce que la fille rousse lâche rapidement aux autres. Les chambres des filles au deuxième étage. J'hoche la tête et lui souris, un peu crispée par l'appréhension de dormir dans ce château effrayant. Il me désigne le couloir de gauche.
« Je dors là, si tu as peur tu peux venir, m'assure-t-il avec un grand sourire.
- Merci, je souffle en lâchant sa main.
- A demain Emily !
- A demain Harold, je souris doucement en faisant un signe de la main. »
Quelques minutes plus tard, dans l'obscurité de la nuit, roulée en boule dans les draps étrangers et paniquée par la proximité avec des fantômes je fourre mon nez dans mon oreiller. La terreur de toutes ses choses dangereuse autour de moi me broie la poitrine. Papa, maman et Laïko me manquent dans la noirceur de cette nuit froide. Je me cache les yeux pour tenter d'oublier le fantôme qui a retiré sa tête de son cou. Je tremble d'effroi à l'idée qu'il revienne cette nuit.
Je soulève la couette, avec une témérité brève, et me glisse silencieusement dans le couloir en direction des chambres des garçons. Y trouver un peu de chaleur et de sécurité. Un simple grognement me parvient lorsque je me glisse sous les couvertures d'Harold et me blottit timidement contre lui. Un grognement et un sourire. Des bras chauds autour de mon corps tremblotant.
OoOo
-ça, c'est non… non aussi… non, non… encore non… toujours non… Oh, bordel ! jure Papa, en stoppant son analyse de dernière minute de ma valise. Tes gants de boxe ? Dis-moi que j'rêve !
-Mais Papounet, comment j'fais sans ? gémis-je en voyant les gants de boxe retourner dans le chariot, en un salto-arrière.
Ils atterrissent près de ma batte de baseball, mon skate, mes ballons de foot et de basket dégonflés, et mon chronomètre. Bartos a appelé l'un de ses copains majeurs dans le monde Sorcier pour qu'il vienne me miniaturiser tout ça. On est sur le Quai où un gros train rouge souffle de la fumée épaisse. Mon père est accroupi devant ma valise ouverte en grand et qu'il fouille à la recherche d'autres objets illicites, rendus minuscules par l'ami de Bartos. Celui-ci grimace d'ailleurs, juste à côté de nous, pas super heureux que je me sois faite prendre.
J'espère vraiment qu'il ne trouvera pas mon panier de basket portatif qu'Abuelita m'a offert pour mon anniversaire.
-Les choses moldues sont interdites à Poudlard, combien de fois je dois te le dire, Magdalena Filipina Esperanza Gonzalez ? s'énerve-t-il.
-Mais j'les cacherai, s'te plaaait, P'pa !
-Non c'est non ! Monte dans ce fichu train avant qu'il s'barre sans toi, crème d'andouille !
Je bougonne que c'est injuste mais je croise le regard foudroyant de Papa qui a, tout compte fait, bien trouvé le cadeau d'Abuelita. Il vaut mieux que je lui obéisse, à mon avis… Bartos embrasse Papa qui ferme ma valise et me la tend sur un dernier « Fais tout comme Bartolome, rien comme Damian et sois sage ! ». Bartos me tire par le bras tandis que j'essaye de glisser une main dans le charriot pour, au moins, récupérer mon skate mais il ne m'en laisse pas le temps. On zigzague à travers la foule et je me demande si Damian va nous garder un compartiment puisqu'il est déjà dans le train. Je pose la question à mon frère qui, à cette simple idée, éclate de rire et me conseille d'éviter de trop coller Damian parce que déjà qu'à la maison, c'est un monstre, à Poudlard, c'est pire. Mais moi, je suis vraiment contente d'aller à l'école de Damian et de Bartolome. Ils n'étaient là que pour les vacances, le reste du temps je ne voyais que Papa et Estevan, ils me manquaient. Maintenant, je serai tout le temps avec eux !
Les amis de Bartolome viennent à notre rencontre avant que l'on soit monté dans le train. Ils sont tous dans sa classe, d'après ce qu'il m'en a dit, donc en Cinquième Année. J'en reconnais certain qui sont venus à la maison, quelques fois. Une fille embrasse Bartolome sur les lèvres et j'écarquille les yeux, surprise.
-Ooooh mais t'as une amoureuse ! Pourquoi tu m'l'as pas dit ? demandais-je.
-Euuh…
-Parce qu't'es trop p'tite, Lena ! se moque Vivian, l'un de ses amis.
-Toute p'tite Gonzalez Junior ! renchérit Bastian en me tapotant le haut du crâne, railleur.
Je fronce des sourcils, franchement agacée.
-J'suis pas p'tite !
-Elle est bizarre, ta frangine, remarque celle qui a embrassé Bartos.
Je lui donne un coup de pied dans le tibia, vexée, et elle pousse un cri, suivi d'un juron, avant de se plaindre auprès de mon frère, tandis que ses copains sont écroulés de rire. Bartolome camoufle son commencement de rire par une imitation de toux et lance un regard désolé à sa copine avant de me pousser vers le train.
-Allez, allez, grimpe, Len', ou y'aura plus de place ! me fait-il en me collant une bise sur ma joue.
-Et toi ?
-T'inquiète ! J'suis rodé !
J'accélère le pas, portant ma valise, un peu déçue de ne pas rester avec Bartos. Je me demande bien pourquoi tout le monde va à Poudlard si on y laisse des Dragons en liberté se balader dans les couloirs et si le concierge, un Dinosaure Zombi, choisit chaque semaine un élève à pendre par les pouces des orteils. Damian m'a aussi dit qu'en hiver, il faisait tellement froid que nos couvertures gelaient. J'ai prévu pleins de pull et de chaussettes !
Je regarde derrière moi pour voir si Papa est toujours sur le Quai mais avant que je ne l'aie repéré, je fonce dans quelqu'un, le faisant tomber. Je me retourne, inquiète, vers le garçon de mon âge, les cheveux coupés très courts et châtains, affalé sur sa valise.
-Oh, désolée, désolée ! J'voulais pas, mec ! m'écriais-je en lui tendant la main.
Il l'accepte de bon grès et je l'aide à se relever, ayant posé ma propre valise par terre. Il réajuste sa veste qui partait de travers, tout en me regardant avec étonnement.
-Mec ?
-Oui, toi, quoi !
J'éclate de rire devant sa tête. Je ne vois pas en quoi c'est étonnant. Tout le monde dans mon quartier dit « mec », « man », « frangin », « mon pote »… mais aucun des garçons de mon quartier ne porte une veste aussi… bizarre.
-Je m'appelle Lena et toi ?
-Sean !
xOxOxO
-Bon… bonjour…, dit la fille assise à ma diagonale.
On est dans une des barques ensorcelées qui nous emmène sur l'île où doit se trouver Poudlard d'après un grand homme barbu qui ressemble à un Orang-outan, mais en brun. J'aimerais bien y aller à la nage. J'adore nager ! Mais il parait qu'elle est froide. Et en plus, il fait nuit, je me perdrais.
Je cesse ma discussion avec Sean sur ce qu'il sait de Poudlard –et c'est bizarre mais il n'est ni question de dragons, ni de Dinosaure Zombi… par contre, il ne sait pas pour le froid, en hiver- et lève mon regard vers elle. Elle est petite, bien plus petite que moi, et blonde. Ah oui, ça, très blonde ! Elle a aussi des yeux bleus et un nez vraiment minuscule. Je grimace d'agacement.
Je n'aime pas parler aux filles. Je n'aime même pas les voir. Je me demande bien pourquoi elles existent, elles ne servent à rien qu'à m'énerver. Comme Stefany. Cet été, elle a dessiné sa marelle juste en face de la maison et, avec ses copines, elles y jouaient tous les jours. Et quand j'étais petite –maintenant, je suis très grande !-, Papa voulait tout le temps que je m'occupe de ma petite cousine, Keira, qui voulait jouer qu'à ses poupées magiques, là… et elle voulait tout le temps que je m'appelle « Kelly » alors que moi, je déteste ce prénom. A la fin, je finissais toujours au coin parce que je l'avais frappé avec Kelly. Les filles, c'est naze. Ça pleure et ça cafte, tout le temps. Moi, j'aime pas les filles.
-Salut, fis-je, avant de me retourner vers Sean.
Au moins, Sean, c'est pas une fille !
xOxOxO
On est tous rassemblés, debout, au fond de la Grande Salle. Qui porte bien son nom puisqu'elle est gigantesque ! Je suis sûre que l'on peut y mettre dix fois ma maison ! C'est fou ! Faut dire que vu la longueur des quatre tables qui y sont… sans compter la cinquième, à l'autre extrémité de la salle, perpendiculairement aux autres. Tout le monde nous regarde et je croise le regard moqueur de Damian. J'aimerais bien être dans son équipe. Quoique ce serait cool aussi d'être dans celle de Bartos… je ne me rappelle plus de leurs noms, c'est embêtant.
On va nous poser un chapeau magique sur la tête d'après ce que j'ai compris et il va nous dire dans quelle équipe on doit aller. Je ne trouve pas ça très sérieux de demander son avis à un chapeau mais bon, je ne suis pas la directrice.
Au-dessus de nos têtes, il y a un plafond très étrange. On dirait le ciel mais quelqu'un a dit que ce n'était qu'un sortilège sorcier. Des bougies flottent de ci, de là et je serre la baguette dans ma poche. J'aimerais bien faire voler des trucs, moi aussi ! Non, en fait, j'adorerais voler !
Ce que la vieille femme au chignon étrange appelle la « répartition » commence alors. Deux personnes se font appeler puis sont envoyées dans l'une des quatre équipes aux noms des plus saugrenus ! Le troisième nom est répété plusieurs fois par la dame :
-Emily Bolkanski.
Apparemment, quelqu'un a manqué le train. Je grimace. Ça, ce n'est vraiment pas de chance. Je me demande bien comment on peut venir autrement qu'en train… comment il va faire ? Mais, finalement, la fille blonde de la barque s'avance, crispée et très pâle. Elle se dirige sur l'estrade et s'assoit sur le tabouret, laissant la femme lui poser le chapeau sur la tête qui se voit totalement engouffrée dans l'amoncellement de tissu.
Le chapeau ne prend pas beaucoup de temps à donner sa réponse mais comme il le fait de sa voix de ténor en chiffon, la fille sursaute presque à tomber de son siège et se l'arrache d'au-dessus de sa tête blonde, les yeux révulsés par la peur. Ce que je peux comprendre. Si ma casquette se mettait à me raconter sa vie, je me dirais qu'il y a quand même quelque chose qui cloche… Enfin, c'est la vie sorcière, c'est tout. Surement qu'elle est comme moi. Sorcière mais pas connectée à ce monde. La magie, avant aujourd'hui, c'était loin. Il y avait bien Damian et Bartos mais, comme ils n'ont pas le droit d'utiliser la magie en dehors de Poudlard, c'était comme… un match que l'on regarde à la télé. On le voit, on en loupe pas une minute mais il ne nous touche pas. Ca fait si bizarre qu'il soit si près, à présent… c'est tellement cool !
Elle va à la table qui lui a été assignée et c'est au tour de quelqu'un d'autre. Puis, d'un autre et encore. Sean a déjà été réparti dans l'équipe de Bartos. Jusqu'à ce mon nom soit sur les lèvres de la vieille femme.
Mon sourire s'accentue, très excitée de savoir enfin où je vais arriver. Je croise le regard rassurant de Bartolome qui ne tarde pas à me lancer un clin d'œil tandis que l'un de ses copains lui raconte un truc qu'il n'écoute pas. Quelque chose me dit que je ne vais pas tarder à rejoindre sa table…
xOxOxO
Dés que la fille –qui s'est dit préfète-en-chef… sans nous expliquer ce que c'était que préfète-en-chef, donc ça m'avance bien- nous autorise à monter à notre dortoir, en précisant que les garçons feraient mieux de ne pas s'y risquer, je me rue vers les escaliers, plus que pressée de voir à quoi va ressembler mon lit. Il parait qu'il est deux places !
Je prends la première porte à droite sur laquelle est marquée « Première année » en lettres d'or et l'ouvre à la volée. La pièce est quasiment cinq fois plus grande que ma chambre ! C'est sûr que c'est un château, ici ! Je reste scotchée devant les cinq lits à baldaquins, rouge foncé et… en effet, ils sont bien à deux places ! Emerveillée, je bondis sur le plus proche et m'allonge, face contre le matelas, bras et jambes écartées. Je pousse un soupir d'aise. Oh, je vais super bien dormir, je le sens…
Je me retourne pour me placer sur le dos et regarde le plafond, grand sourire aux lèvres. Faut absolument que je raconte tout ça à Bob et Hugo ! Bon… je ne pourrais pas leur raconter tous les trucs sorciers parce qu'il parait que c'est interdit et que si je le fais, on va avoir des problèmes et Papa va me tuer. Au moins, je pourrais tout dire à Abuelita puisqu'elle, elle est au courant.
-Hé ! Mais c'est mon lit ! Tu vois pas mes valises à côté ? s'indigne une fille aux cheveux châtains.
-Sont tous pareils, de toute façon ! Regarde, lui fis-je remarquer en me redressant sur les coudes.
-C'est le mien ! Pars tout de suite !
Étonnée du ton qu'elle prend avec moi, je ne réponds pas immédiatement. On dirait ma petite cousine. Je déteste ma petite cousine ! Elle a ses mains sur les hanches tandis que les autres filles la regardent avec assentiment.
-Non ! Puisque tu m'causes comme ça, c'est toi qui prends un autre lit ! assurais-je, les sourcils froncés, énervée.
Elle me foudroie du regard, littéralement indignée. Malgré ma colère, je me demande ce qui peut bien importer qu'elle ait ce lit ou un autre. Je suppose qu'elle est le genre de fille à faire un drame quand on utilise sa brosse à dents… Qu'est-ce que ça peut être susceptible, une fille…
Elle agrippe ses deux valises, parfaitement propre et sans le moindre accroc, en direction du lit qui se trouve près de mes valises à moi, toutes cabossées et pleins de scotch. Elle pose donc les siennes sur mon lit et sort sa baguette. Je hausse un sourcil. Oh, elle va nous faire un sort ? C'est fort, ça ! Moi, je ne sais pas du tout m'en servir, de ma baguette… je l'ai depuis juillet et quand j'ai essayé de l'utiliser, j'ai cassé un carreau dans la salle de bain et le robinet s'est dévissé, l'eau en a giclé comme un geyser. J'aurais bien voulu faire plus d'essai, histoire de m'entrainer mais des hommes sont arrivés d'on-ne-sait-où pour me donner un avertissement, parce qu'il est interdit de faire de la magie avant un certain âge, à ce qu'ils nous ont dit… Papa a été si en colère qu'il a caché ma baguette pendant toutes les vacances d'été. Je ne sais d'ailleurs toujours pas où ! J'ai eu beau chercher dans toute la maison, je n'ai rien trouvé… Papa est très fort !
Elle pointe donc sa baguette sur mes valises et les fait s'éjecter contre un des murs, me lançant un regard cinglant. Bouche-bée, je ne sais trop si je dois applaudir ou m'énerver.
En fin de compte, je me décide à applaudir parce que, ya pas à dire, elle est douée !
Ce qui n'empêche pas que la prochaine fois qu'elle touche à mes valises, je l'enferme dans l'une des deux !
Merci à tous de nous avoir lu ! :)
A la prochaine,
Review ?
