Chapitre 18

Après m'avoir longuement embrassé, John relâche mes lèvres et je lui offre un étendu sourire serré. Compte tenu de la dernière semaine que l'on a passé à s'ignorer ou se prendre la tête, j'ai bien cru qu'on allait partir en vacances, fâchés, mais il a fait l'effort de passer tout le trajet du Poudlard Express, dans notre compartiment. Et même s'il n'a pas beaucoup participé à nos conversations –il a eu les yeux et l'attention vissés à son Quidditch Mag-, il est resté juste à côté de moi… et c'est déjà un net progrès en comparaison avec les derniers jours !

« On essaye de se voir cette semaine, pour aller faire un tour à Londres ? me propose-t-il.

-Oui ! Bonne idée ! On s'envoie des lettres, de toute façon !

-Ouais, ouais, bien sûr, bébé. »

Je souris en hochant du menton, heureuse qu'on soit arrivé à un accord sans désaccord préalable. Il me caresse le dos de ses grosses mains avant de m'attirer à lui à nouveau pour m'embrasser. Je sens et entends la foule s'agiter tout autour de nous. Des roues de chariots grincent contre le sol un peu abimé du quai 9 ¾, les élèves retrouvent leurs parents en des embrassades plus ou moins expansives et le Poudlard Express continue de gronder son impatience ronchonne. John se recule et me souhaite de bonnes vacances, et je réciproque joyeusement le geste. J'allais tourner les talons avec mes valises quand il me retient.

« Attends ! Tu le passes où, le nouvel an ?

-Quoi ? John ! me plaignis-je avec incrédulité et colère. Tu m'as pas écoutée de la journée, en fait ! Je t'ai dit au moins trois fois que je le fêtais chez David ! C'est soulant que t'écoutes rien !

-Oh ça va, Cath ! Je peux pas me rappeler de tout ! » se défend-il en levant les yeux.

D'exaspération, je secoue la tête et resserre ma prise sur mes valises. C'est bon, ça ne sert à rien de lui parler puisqu'il n'écoute rien de ce que je peux lui dire. Surtout que le nouvel an, ce n'est pas n'importe quelle fête et j'étais folle de joie quand David nous a invité, je n'ai pas cessé de le rabâcher et de le caser dans toutes nos conversations ! Même un sourd aurait fini par arriver à le lire sur mes lèvres, à force ! Y'a bien que lui pour ne rien enregistrer.

« Bon, bonnes vacances, John ! » claqué-je.

Et je m'en vais, irritée, retrouver Fred, Chris et David qui m'attendaient un peu plus loin. Chris me regarde m'avancer avec les sourcils froncés tandis que Fred et David sont dans les bras l'un de l'autre, et commencent sûrement à se dire au-revoir eux aussi. Je souffle d'énervement. John trouve toujours le moyen de gâcher chaque moment qu'on passe ensemble ! Ou alors, ce sont ses autres abrutis d'amis qui s'en chargent et il les laisse faire !

« Vous vous êtes disputé ? m'interroge instantanément Chris.

-Oui ! A chaque fois, maugréé-je. Il ne savait même pas qu'on fêtait le nouvel an chez David… alors que je l'ai même invité et qu'il a dit qu'il allait y réfléchir ! Ca veut dire qu'il m'a même pas écouté, il risquait pas de réfléchir ! De toute façon, je ne sais même pas s'il est capable de réfléchir !

-Faudrait creuser le sujet, en effet, accorde-t-il avec un vague sourire.

-T'as dit au-revoir à Eliza ?

-Oui, elle m'a serré la main, me répond-il.

-Sérieusement ?!

-Non, Cath, c'était de l'ironie… je n'ai même pas eu le droit à une poignée de main. »

Je grimace avec compassion. Je comprends mieux d'où sort sa mine sombre. Mais pourquoi elle se comporte comme ça ? Ils étaient pourtant très, très proches au bal ! Elle n'a quand même pas décidé en se réveillant qu'en fait notre Chris ne lui plaisait pas ? Ce serait tout bonnement ridicule !

« Peut-être que quelqu'un lui a jeté un oubliettes, étudié-je. Ou alors, elle a été lobotomisée. Genre, un parasite lui grignote la cervelle…

-Ou alors, elle ne veut juste plus rien avoir affaire avec moi. »

Je le regarde un instant avant de secouer la tête avec un geste désinvolte de la main, les valises à mes pieds.

« Naaaaan… »

Un sourire en coin apparaît sur le visage de Chris puis, il rigole. David et Fred font un pas vers nous, et le premier nous relance :

« Alors, c'est sûr hein, vous venez chez moi pour le nouvel an ? Vous me lâchez pas !

-Jamais de la vie ! Si je viens pas, ça veut dire que j'ai été kidnappée par un loup-garou, assuré-je fermement.

-Moi, pour ma part, ce serait seulement à cause de la grippe, répond Chris.

-Tu sais pas, Chris ! le préviens-je.

-C'est vrai, ça, il faut toujours rester sur ses gardes, rit Fred.

-D'accord ! fait David en souriant à sa petite-amie. Bon, alors, je compte sur vous si vous n'êtes pas attaqués par des loups-garous, ou par la grippe. »

On s'esclaffe en unisson avant que Chris ne repère sa mère et ne nous quitte en vitesse pour ne pas la faire plus patienter. J'allais demander à Fred si elle voulait qu'on fasse quelque chose cette semaine quand Jamie apparaît soudainement à mes côtés. Je souris largement à mon frère qui m'attrape sans préambule le bras.

« Cathouille ! Tu serais gentille d'abréger ! Ca fait des plombes qu'on poireaute à l'autre bout, là ! Et avec toute la marmaille, sérieux, on dirait que y'a une manif sur le quai !

-J'adore les manifs !

-Cathouille, putain ! s'impatiente Jamie avant de s'adresser à David et Fred, désolé, les gens, mais je vais pas tenir dix mille ans.

-Ca ne fait rien, le rassure Fred en souriant. Allez-y, on se tient au courant par hibou, Cath !

-Oui ! promis-je en bondissant pour la prendre dans mes bras et lui coller une bise. Salut, Davidou !

-Salut, Kitkat ! »

Je leur fais un dernier geste de la main avant de suivre Jamie qui a déjà installé mes valises dans son chariot et qui le pousse, se frayant un chemin dans la foule en beuglant à tout le monde de se pousser et de faire place. Je glousse. Mon frère est le meilleur ! Tout le monde l'écoute !

« Hey, Jamie ! l'interpellé-je alors. Il est déjà parti Henry ?

-Bah ouais, pourquoi ? bougonne-t-il. Tu lui veux quoi ?

-Pourquoi je lui voudrais quelque chose ? m'étonné-je.

-Pourquoi tu demandes, alors ?

-Bah ça m'intéresse ! fais-je en haussant les épaules. Et elle est déjà partie Marina ?

-Bon, tu me lâches ?!

-Je peux m'assoir dans le cadi pour que tu me pousses ?

-NON ! »

xOxOxO

Notre voiture, c'est un mini-Poudlard-Express. Mais avec de grosses fleurs sur la carrosserie et des pneus. La voiture de Maman, c'est le deuxième amour de sa vie, après Papa ! Elle se l'était payé avec son travail de serveuse, dans sa jeunesse, quand elle était encore une hippie et qu'elle venait de rencontrer Papa qui était lui, déjà pasteur. Mais je crois que cette voiture est un peu un don du ciel pour notre famille parce que, avec dix enfants, c'est combi Volkswagen ou un bus scolaire, ses trois banquettes où on peut se serrer, à l'aise à quatre chacune, nous a sauvés d'incalculables fois ! Et oui, on est une famille vachement nombreuse, ce que j'adore ! Même si c'est moins bien depuis que Bruno et Edwin ont quitté la maison… mais bon, il y a toujours Cindy, Harry, Lucy, Georgette, Mary et Meredith ! Et Jamie, bien sûr !

« Abacadaba, j'te tue ! crie Mary, sur la banquette derrière moi, en pointant la baguette de Jamie sur les piétons, contre la vitre. Abacadaba, j'te tue !

-Elle ! Elle, lui désigne Meredith, tue-la, elle !

-Abacadaba, j'te tue !

-Mais NON, nounouille, oh ! Pas elle, Elle !

-Elle ?

-Oui, elle ! Maman, Maman, Maman, non ! Reva en arrière, Maman ! MAMAMAMAMAN !

-Désolée, mes petits anges, mais Maman est obligée de démarrer parce que le feu est passé au vert, explique Papa en saluant d'un geste amical une vieille dame qu'il connaît bien, sur le trottoir. Oh, mais Mrs Robinson se porte comme un charme ! Tu l'as vue, ma chérie ?

-Ah oui, c'est exceptionnel à son âge ! apprécie Maman avec admiration. J'espère bien vieillir de la sorte, moi aussi !

-Tu seras toujours la plus belle, Mamouneeette ! chantonne Harry à côté de moi.

-Tousstouss, suce-boules, tousstouss, camoufle Georgette en se penchant par-dessus mes genoux.

-Aahhh ! se délecte Jamie, derrière moi, tout en décoiffant par-dessus la banquette les cheveux déjà amplement emmêlés de Georgette. Qu'est-ce que ça fait du bien de rentrer au bercail ! Y'a pas à dire ! Tu trouves pas, Cathouille ?

-Oui, ça me fait super plaisir de retrouver touuuut le monde », roucoulé-je en attirant Harry et Georgette contre moi pour un câlin groupé.

Tandis qu'Harry me serre aussitôt contre lui avec enthousiasme, Georgette me repousse sans ménagement en m'accusant de vouloir lui refiler mes poux. Ce qui n'est pas vraiment étonnant parce que si Mary et Meredith, qui à six et quatre ans sont les plus petites de la famille, je les vois bien devenir un duo de serial killers –on ne compte plus les poupées et Playmobiles qu'elles ont décapités…-, je suis persuadée que Georgette aurait été une nazi si elle avait vécu la deuxième Guerre Mondiale…

J'ai vraiment hâte qu'elles grandissent toutes pour voir ça !

xOxOxO

« Ohlalala, CAAATH, TU M'AS TELLEMENT MANQUEE ! »

Je souris jusqu'aux oreilles, engluée dans l'énorme étreinte de Cindy qui serre ma tête contre elle comme s'il s'agissait de son nouveau cochon d'inde –elle est une véritable fan des cochons d'inde, elle a pleuré toutes les larmes de son corps quand Toudou est mort…- et je garde mes bras autour d'elle. Elle a beau avoir presque trois ans de moins que moi, j'ai l'impression qu'elle est ma sœur jumelle, tout comme Jamie, mais en fille ! C'est elle qui me manque le plus quand je suis à Poudlard, c'est pour ça que c'est quasiment vital qu'on s'écrive ! Elle m'écarte d'elle, son joli visage lumineux et ses yeux noisette pétillant de plaisir derrière ses grandes lunettes à la mode. Mais, de toute façon, elle et Lucy sont toujours à la pointe de la mode, même si elles n'ont pas le même genre. Ce qui est normal, après tout, puisque Lucy a seize ans ! Elle est glamour et élégante, toujours en slim et escarpins –en cachette, bien sûr, parce que ma mère lui a interdit les talons pour le moment-, tandis que Cindy préfère les jupes et les pulls, toujours trop mignons. Elle est aussi brune que nous tous, bien sûr… enfin, si on ne compte pas Bruno et Harry qui ont des cheveux châtains qu'ils ont hérités de notre Mamie Ruby.

« Toi aussi, tu m'as manquée, Cin !

-Et moi ? Non, que dal ? demande Jamie.

-Oh, fais pas ton gros bébé ! le rabroue Cindy.

-Sympa, grommelle Jamie.

-Mais c'est mon gros bébé ! assure Maman en câlinant James qui continue de râler dans sa barbe. Tu sais comment sont les filles, mon ange, c'est pas contre toi ! »

Cindy me prend la main et m'entraine dans notre maison, qui n'est pas très petite mais qui devient vite limitée quand on est au complet ! C'est pour ça qu'on dort à trois, minimum, par chambre ! Je partage la mienne avec Lucy et Cindy désormais, mais avant qu'on entre à Poudlard, c'était avec Jamie que je dormais. Maman et Papa ont tout réorganisé pendant qu'on était à l'école. Je me dirigeais vers les escaliers pour qu'on aille dans notre chambre mais Cindy m'arrête.

« Vaut mieux qu'on se mette dans le salon…, m'informe-t-elle en faisant la moue. Lucy fait la tronche dans la chambre, elle est supra-chiante depuis des jours…

-Pourquoi ?

-Tu sais, son copain ? Gareth ?

-Non, je le connais pas !

-Oh ben, il l'a plaquée, mardi, pour sortir avec moi ! Du coup, elle m'en veut à mort ! »

On s'assoit dans le canapé et elle allume la télé pour zapper jusqu'à se décider sur une chaine qui passe Grease qu'on connaît toutes les deux par cœur, jusqu'aux paroles de We Go Together. Cindy n'a d'ailleurs de cesse de reprocher à nos parents de ne pas l'avoir appelée Sandy plutôt.

« Vous êtes vraiment des salopes entre vous ! grince Jamie, en s'installant dans le fauteuil. Toujours à critiquer les mecs mais vous êtes les premières à vous faire des coups de putes quand y'a un branleur qui…

-James ! le réprimande Papa, Meredith dans les bras. Ton langage !

-Ok, concède-t-il, mais Papa, sérieux, je dis que la vérité ! Cindy a trahi Lucy pour un pauvre type !

-De quoi je me mêle ?! se scandalise Cindy. Tu connais même pas l'histoire, abruti !

-L'amour, l'amour, l'amour, les enfants, ah l'amour… Même le Seigneur ne peut pas porter de jugement sur les amoureux, fait Papa en venant poser Meredith sur les genoux de James. Je vais faire des courses avec Maman, veille bien sur la maison, d'accord, fiston ? »

James grogne une approbation tandis que Meredith lui aplatit les joues avec ses mains en rigolant et qu'Harry et Mary arrivent en courant pour sauter sur le canapé. La porte d'entrée se referme derrière Papa et Maman, et James change de chaine pour mettre du baseball, sous les cris et reproches de Cindy qui tient à son Grease, bientôt imités par Mary et Meredith qui ne savent jamais refuser une occasion de hurler, pour le simple plaisir des vocalises. James plaque une main sur la bouche de Meredith pour la faire taire et monte fortement le volume, mais je l'entends quand même râler :

« Et dire que notre vieux est pasteur, et vive l'éducation des gosses… qu'est-ce que ce serait s'il était dealer. »

xOxOxO

Je m'arrête sur le perron de notre maison, John à côté de moi, après avoir passé toute la journée à Londres avec lui ! Oui, je sais, je suis surprise moi aussi ! Il m'a même emmené à la grande roue de Londres pour qu'on y fasse un tour et je n'avais jamais rien vu d'aussi gris et grand. Combien de personne ont dû se pencher un peu trop et dégringoler pour s'écraser en bas ! Peut-être même qu'il y a déjà eu des meurtres déguisés en suicide, là-haut ! En tout cas, la journée s'est vraiment bien passée.

Après notre dispute sur le quai, je pensais vraiment qu'il allait ignorer les lettres que je lui envoyais parce que c'est généralement son comportement quand on s'engueule. Il me fait la tête et m'évite, seulement pour me jeter des regards noirs quand on se croise dans la journée, mais non seulement il a répondu à ma lettre mais, en plus, ce matin, il est venu frapper à ma porte pour se présenter officiellement à mes parents et a demandé l'autorisation pour m'emmener en virée à la capitale ! Mes parents le connaissaient déjà depuis un certain temps puisqu'il venait souvent me chercher quand on était uniquement amis mais j'avais oublié de leur dire qu'il était désormais mon petit-ami. Il est toujours très chouette avec mes parents et ils l'aiment tous les deux bien.

« On se voit demain ? me demande-t-il.

-Je t'ai dit, John, je vois Fred, demain, lui reproché-je légèrement.

-Ah ouais, c'est vrai. »

Je soupire. Je sais très bien qu'il ne s'en rappelle pas du tout. Il ne m'écoute toujours pas et je suppose que ça ne changera jamais, il vaut mieux que je m'y fasse. Mais je sais aussi qu'il tient vraiment à moi, qu'il m'aime réellement, Isa a raison. Aucun garçon n'a tenu à me voir à ce point, ne s'est présenté à mes parents aussi poliment et n'a fait autant d'effort. C'est sûrement pour ça qu'il a attendu tant de temps avant de se déclarer, à passer tous ces mois à apprendre à me connaître et à passer du temps ensemble. Cet après-midi, je me suis rendue compte que j'étais trop dure avec lui… je devrais essayer plus fort de l'aimer à mon tour. En plus, Henry ne m'a pas envoyé de lettre, lui, alors qu'il connaît très bien mon adresse. C'est quand même le meilleur ami de Jamie et il passe quasiment toutes les vacances avec lui, et pourtant pas une fois il n'est venu me voir, ne serait-ce que pour me dire bonjour. C'est comme s'il ne me connaissait même pas ! Après la longue soirée qu'on a passée à Pré-au-Lard ensemble, je pensais qu'on était au moins amis !

Je secoue la tête pour chasser ces pensées et souris à John avant de l'embrasser rapidement sur les lèvres, et de rentrer chez moi. Je lui ai fait un petit geste par la vitre de la porte et il s'en va attendre le Magicobus.

« Je m'en doutais que vous alliez finir ensemble tous les deux. »

Je me tourne vers Lucy qui se préparait une tisane, dans la cuisine dont la porte grande ouverte donne directement sur l'entrée. Son slim noir est quasiment une seconde peau contre ses longues jambes musclées –elle fait de la natation et c'est une championne !- et son débardeur bleu clair est vraiment un peu léger pour la température qu'il fait, mais Jamie arrête pas de ricaner que c'est à cause des hormones. Tout comme Cindy, elle porte des lunettes mais bien plus fines et noires.

« Un conseil, largue-le avant qu'il te lâche pour une autre… ou pour Jamie ! On s'pique les copains, dans la famille, me prévient-elle.

-Oh, je pense pas que John soit le genre de Jamie ! répondis-je, guillerette en entrant dans la cuisine pour la rejoindre. Mais je pourrais pas lui en vouloir, si jamais ! C'est vrai que Jamie est trop beau !

-Arg, fait Lucy avec dégoût. Rien de plus zarb que des jumeaux. Tu veux une tisane ? J'en ai fait pas mal.

-Oui, s'il-te-plait ! »

Elle prend un mug et verse le breuvage fumant avant de me le mettre dans les mains. Je regarde la vapeur d'eau faire des spirales dans les airs tandis qu'elle observe dehors la neige qui s'est mise à tomber pour tapisser la rue. C'est la grande rue de Mullburd et à quelques pâtés de maison, il y a l'église, ce qui est quand même super pratique pour Papa, il est à deux pas de son bureau comme ça !

« Alors, raconte-moi tout ! » s'écrie Cindy en déboulant dans la cuisine.

Elle fonce sur moi et je manque de tomber, ma tisane débordant de mon mug. Je ris et Lucy souffle d'exaspération tout en me tendant une serviette.

« Tu peux pas faire gaffe ?

-Tu peux pas me lâcher ? réplique Cindy.

-Oh mais t'inquiète, je te lâche ! la rassure Lucy en écartant les bras. Je m'intéresse qu'à ma seule vraie sœur !

-Et Georgette ? m'enquis-je. Et Mary et Merry ?

-Oh t'arrête ton mélo, là ! Il voulait plus être avec toi, c'est pas de ma faute !

-Ah bah oui, c'est de la mienne !

-Mais non, Lulu ! m'alarmé-je. C'est pas de ta faute !

-Ouais, je crois bien que c'est de ta faute ! Si t'étais pas aussi chiante et coincée…

-Chiante et coincée ?! s'étrangle Lucy.

-Ouais, ouais, ouais ! Tu fais genre fille cool et sexy mais t'oublies que ça prend pas avec moi, je sais tout ! lui révèle diaboliquement Cindy. Gareth m'a beaucoup parlé de vos petits moments tous seuls ! »

C'est alors que des grands coups résonnent contre le plafond comme si un mammouth rebondissait à l'étage, juste au-dessus de la cuisine. Ce qui serait étrange parce que, que ferait un mammouth dans la chambre à Jamie et Harry ?

« Vous allez la fermer, oui ?! entendit-on alors Jamie beugler à travers le plafond. J'veux pas connaitre les affaires de cul de mes frangines, MERDE ! »

Ah mais oui, bien sûr ! Jamie est le mammouth, là, je comprends mieux !

xOxOxO

« Donc, c'est ton copain !

-Et bien, on s'est vus hier, et on est allé au restaurant et…

-Et donc, c'est ton copain !

-Oui, je crois bien ! finit-elle par cracher le morceau en riant.

-Hihihihi, je le savais ! »

Je tape des mains avec euphorie et Fred se mord la lèvre pour s'empêcher de sourire jusqu'aux oreilles un temps avant que ses efforts partent en fumée, et que ses jolies dents blanches apparaissent publiquement.

Nous sommes dans le pub de Garry qui est un ami proche de la mère de Fred et qui nous accueille toujours en nous prenant dans ses bras comme un Papa Ours. Il faut dire qu'on le connait bien ! On passe tous nos étés ici depuis qu'on a onze ans ! La mère de Fred nous déposait et demandait à Gary de garder un œil sur nous pendant qu'elle réglait ses nombreuses affaires – Liene est une femme débordée, elle a toujours un tas de choses à faire, c'est d'ailleurs pour ça qu'elle a à chaque fois de nouvelles histoires génialissimes à nous raconter. Ce pub est d'ailleurs l'endroit que je connais le mieux de Londres !

Mais même si Garry est devenu presque un tonton pour nous, mes parents ont insisté pour que Jamie nous accompagne. C'est ridicule, quand même ! Je sais prendre le magicobus toute seule ! En plus, c'est quand je suis toute seule qu'il m'arrive les aventures les plus palpitantes ! Quand Jamie est avec moi, il ne se passe jamais rien qui sort de l'ordinaire… même si j'adore être avec mon frère, bien sûr, mais j'aimerais bien sortir toute seule, de temps en temps.

Je lance un coup d'œil au bar où il est accoudé lui, Dylan et Henry. Oui, parce que Henry est là, lui aussi. Et il m'a à peine parlé alors qu'on était dans le magicobus, tous les trois avec mon frère. Et quand je croisais son regard et que je lui souriais, il se dépêchait de tourner le sien… c'est vraiment méchant, je trouve. Ca m'a complètement plombé le moral.

« Il aurait voulu venir avec nous, aujourd'hui, mais il avait peur de déranger, m'avoue Fred.

-Oh mais non ! Il aurait pas dérangé du tout ! Sacré Davidou ! Louper une telle occasion d'être avec toi, c'est dommage !

-Et hum… Cath ? Je… Tu ne penses pas que je suis une hypocrite d'être avec lui ? »

Incrédule, je la détaille, ne voyant pas où elle veut en venir. Des rides d'inquiétude lui froncent son front et elle se mordille avec embêtement la lèvre. Elle se triture les mains sur la table nerveusement.

« Pourquoi une hypocrite ?

-Bah… je ne pense pas avoir tout à fait tourné la page, concernant Réginald et… je ne suis pas amoureuse de David, pas vraiment, j'ai bien conscience que c'est peut-être trop tôt mais… il est fantastique, je l'apprécie sincèrement, c'est juste que…

-Mais non, mais non, Freddy ! l'interrompis-je en posant mes mains sur les siennes. Tu fais rien de mal ! T'es pas du tout hypocrite ! T'es une fille vraiment bien, au contraire, la meilleure ! Et c'est pas parce que tu n'es pas encore amoureuse de David que c'est mal de sortir avec lui, après tout, tu lui as jamais dit que tu l'étais. David est top et il attendra, j'suis sûre ! »

Je me rappelle subitement le film qu'on a regardé hier soir avec Cindy dans notre chambre, malgré Lucy qui nous menaçait de jeter notre télé dans la rue par la fenêtre si on ne mettait pas autre chose que « ce gros mensonge dégueulasse de film d'amour débile où il manque une garce de sœur qui pique le prince charmant le jour du mariage ». La fille avait beaucoup souffert et avait peur de risquer une nouvelle fois d'avoir le cœur brisé, et le garçon lui disait qu'il lui prouverait que le jeu en valait la chandelle. Il lui disait qu'il attendrait le temps qu'il fallait, qu'elle soit prête. Je n'ai pas tout à fait compris comment on pouvait souffrir autant que la simple idée d'être à nouveau amoureuse soit si effrayante, parce que je n'ai jamais trouvé que l'amour et les garçons faisaient peur, mais quand je lis l'angoisse dans les yeux de Fred, je me dis que cette peur, elle n'existe pas que dans les films. C'est juste moi qui ne comprends pas. Pourtant, Fred mérite une meilleure amie qui comprenne. Si je lui disais que je ne sais même pas ce que c'est d'aimer un garçon, je ne vois pas en quoi ça pourrait l'aider.

« Il attendra que tu sois prête, conclué-je avec un grand sourire. Et il te prouvera qu'il n'est pas comme Réginald ! Tu verras. »

Les yeux un peu embués, Freddy me sourit et hoche de la tête, en me murmurant qu'elle l'espère.

xOxOxO

« Seigneur, bénis ce repas, en ce jour de fête, ceux qui l'ont préparé, et procure du pain à ceux qui n'en ont pas. Amen.

-Amen ! repris-je avec entrain.

-AMEN-AMEN-AMEN ! » crient Mary et Merry en chœur.

Maman les fait taire tandis que Papa rit gaiement et je lâche les mains de Bruno et de Cindy entre lesquelles je suis assise. La table devant nous est recouverte de notre plus belle nappe écrue et en dentelle, et les plats la garnissent, me faisant saliver d'avance. Les repas de Noël sont toujours les meilleurs ! Il faut dire qu'on a besoin de prendre des forces pour la messe à l'Eglise ensuite, surtout Papa qui est le représentant direct de Dieu, donc c'est un peu la star de la soirée ! Enfin, avec le petit Jésus, bien sûr ! C'est quand même son anniversaire, aujourd'hui. D'ailleurs, je vois notre jolie crèche de Noël d'ici, juste derrière maman, éclairée par une petite lampe. C'est Mary et Merry qui l'ont installée, cette année, sous les instructions de Papa qui leur disaient où et comment mettre chaque figurine. Mais Maman les a aussi surveillées parce que, l'année dernière, Mary a avalé l'âne et on a dû l'emmener aux urgences. On a bien rigolé !

« Et félicitez-nous aussi, Ed et moi ! fait Maman en posant une main sur l'épaule d'Edwin qui est à sa gauche. Parce que c'est nous qui avons tout cuisiné !

-Et moi, Mamaaan ?! pleurniche Harry –tandis que Mary et Merry imitent l'écho d'une caverne avec des « Et moi ! Et moi ! Et moi ! ».

-Oh mais oui, c'est vrai que tu nous as bien aidé ! l'inclut Edwin gentiment.

-Il a épluché une carotte, rappelle Georgette placidement. Et mal.

-Allons, Georgette ! la gronde Papa. Un peu de tolérance chrétienne !

-Je le tolère. »

Jamie s'esclaffe bruyamment tandis qu'Edwin se lance dans un long sermon en direction de Georgette qu'il considère un peu comme l'antéchrist. Mais bon, Edwin voit un peu le diable partout… à mon avis, il veut devenir exorciste. D'ailleurs, il ne voit pas d'un très bon œil nos pouvoirs magiques alors que Papa les a merveilleusement bien accueillis. Il dit même que c'est un don céleste et que Dieu a de grands plans pour Jamie et moi, qu'on est destiné à de grandes choses ! Je trouve cette idée plutôt chouette !

Edwin est mon grand frère et a vingt ans, juste après Bruno qui est l'aîné ultime. Bruno a vingt-deux ans et fait des études dans la science, et c'est d'ailleurs l'un des seuls dans la famille à ne pas du tout être croyant, même pas le début. Même James a la foi en Dieu, même s'il n'est pas pratiquant, mais Bruno, rien du tout. Pour lui et malgré tous les grands récits exaltants de Papa, il est persuadé que Dieu n'est qu'une invention des hommes pour expliquer tout ce qui leur échappe et qu'ils redoutent. Mais, bon, moi, ça me parait un peu tiré par les cheveux… non moi, ce que je me demande depuis des années, c'est si Jésus n'est pas un imposteur plutôt ! Non parce que, moi aussi, je peux changer l'eau en vin ! Et je suis sûre qu'il y a un sort pour marcher sur l'eau ! Donc, voilà si Jésus est le fils de Dieu, bah alors Merlin aussi, si ça se trouve ! C'était juste un sorcier qui a embobiné les moldus, en fait, je suis pratiquement sûre !

Bruno se tourne alors vers moi, ignorant le vacarme général.

« J'ai vu ton relevé de notes, ma puce, et je dois dire que je suis fier de toi ! De nets progrès ! Ça pêche encore un peu sur certaines matières mais c'est de mieux en mieux.

-Merci, Nono ! me réjouis-je. C'est vrai que j'ai beaucoup travaillé, ces derniers temps !

-Et ben, poursuis tes efforts, Cathy, c'est très bien. Il faut que tu mettes toutes les chances de ton côté puisque tu n'as pas d'études reconnues dans notre monde, alors il faut que tu trouves un métier correct et sûr dans un domaine de sorcellerie…

-Je vais devenir détective, le coupé-je avec un large sourire. Je m'entraîne déjà à Poudlard, je suis en plein dans une enquête !

-Huhum, je vois. »

Il se masse le menton, en me fixant et je soutiens son regard, me demandant à quoi il peut bien réfléchir avec autant d'insistance. Il finit par me sourire et pose une main sur mon bras en me promettant :

« Ecoute, ma chérie, tu sais ce qu'on va faire ? Je vais essayer de me renseigner et on va travailler la question ! »