Bonne lecture !


Chapitre 21

Mes yeux s'ouvrent sur un poster du Grand Bleu, le dernier film que papa m'a emmené voir avant de mourir et dont j'ai gardé l'affiche depuis toujours poinçonnée dans ma chambre face à mon lit. De partout s'empilent des livres et des grimoires, mon armoire a depuis longtemps déclaré forfait à tous les contenir sur quatre simples étagères. Je roule sur le côté, m'étirant longuement avant de poser mon regard sur Cath endormie sur le matelas à mes pieds dont seuls les cheveux jaillissent de la couette. Il faut dire qu'on est rentré tard du nouvel an chez David. Il a tenu à nous accompagner jusqu'à l'arrêt du magicobus et à me tenir les mains aux chauds dans les siennes en attendant qu'il arrive. Un sourire se dessine au souvenir de ses doigts dans les miens.

Je sors du lit, enfile mes chaussons et une robe de chambre, avant de descendre dans la cuisine faire partir une tasse de café et du thé. Les toasts sautent du grille-pain, ma mère bien que née sorcière a gardé de sa vie commune avec papa de nombreux objets moldus. Comme elle le dit souvent « pour des gens dénués de magie, les moldus sont capables de véritables prouesses ! ». Elle a dû rentrer tard elle aussi de sa soirée avec ses amis, la maison me semble bien vide désertée par mes cousins retournés dans la famille paternelle pour le nouvel an. Composant un petit plateau où je dispose le pain grillé, les tasses et la confiture à la cerise je remonte les escaliers jusqu'à ma chambre. Cath a l'œil vitreux et morne. Je lui souris gentiment avant de m'agenouiller devant elle pour poser le plateau sur son matelas avant de m'asseoir à ses pieds.

« Tu as bien dormi ?

-Humph... marmonne-t-elle. »

Je préfère ne pas insister, sa nuit a été rude en émotion. Elle a l'esprit embrouillé, perdu. Tout à la fois peiné par John qui l'aime et enflammé par Henry qu'elle aime. Qu'elle ne m'ai rien dit de leur aventure m'a un peu rendu triste mais je préfère encore qu'elle ne me dise rien quand tout va bien plutôt que de taire sa douleur. Je lui tartine ses toasts avant de boire une gorgée de thé. Elle sirote son café sans conviction. Je pose ma main sur son genoux.

« J'ai très envie de regarder Carry, et toi ?

-Tu détestes Carry Freddy !
-N'importe quoi ! rougissé-je. »

Elle me lance un regard suspicieux, je le soutiens en rougissant. Certes, je n'ai jamais été très enthousiaste quand il s'agit de thriller et de film d'horreur...

« Va pour Carry alors. »

OoOoOo

« Je... je ne sais pas si... si je vais y arriver !

- Mais si, c'est facile ! Vas-y j'te tiens les mains ! »

Les yeux fermés, crispée sur la balaie, les doigts agrippés au manche, je me décide alors à tout lâcher d'un coup. Mon corps bascule à l'envers, je pousse un cri, bats des mains comme un oisillon jeté hors du nid. Mes genoux se contractent pour retenir tout le poids de mes membres. David attrape presque aussitôt mes poignets. J'ouvre les paupières lentement. Assis sur son propre balai, il semble particulièrement ravi de lui.

« Tu vois !

- Ne me lâche pas s'il te plait, soufflé-je. »

La tête à l'envers, tel un cochon pendu à 100 m du sol, je sens le vent souffler à mes oreilles, faisant faire un écart à mon balai. Je serre les dents pour ravaler un cri. Ma main se referme sur celle de David. Le sol est bien loin de mon centre centrifuge et mes orteils pleurent un excès d'alcool qui a fait d'une résolution du Nouvel An une torture du jour de l'An. David a une trop bonne mémoire.

« C'est pas si terrible que ça, hein ? »

Je secoue la tête, le regard perdu dans l'herbe. Je relève les yeux sur David tout à fait décontracté qui m'observe juste en dessous de mon balai.

« Je lâche ?

- Qu... quoi ? »

Il a un éclat de rire absolument terrifiant et relâche mes poignets. Je pousse un cri, le tressautement de mes genoux fait pencher brusquement en avant le manche. Je bats des bras bêtement, lâchant des gémissements stridents. Je ferme les yeux, attendant ma fin plus pathétique que dramatique qui ne manquera pas de passer à la postérité comme...

« Hé, tout va bien Fred ! »

David tient fermement le bois, stabilisant mon balai et me permettant de gentiment me laisser bercer par la brise.

« Bon alors tu me le montres le fameux retourné acrobatique de Tina Gordon ? »

Voilà, il a fallu en arriver là. Je ne connais qu'une seule joueuse de Quidditch mondiale, qu'un seul mouvement reconnu dans le monde entier et il a fallu que ça soit ça qui jaillisse de mes lèvres dans l'euphorie générale à fait lever des défis plus farfelus les uns que les autres à tous les invités. David apparemment impressionné par le puit de science que je suis en Quiddich a absolument tenu à ce que je mette mon défi à exécution presque aussitôt après. J'ai bien évidemment accepté. Et l'alcool retombé ne reste plus que le sol si loin de moi et ma tête en bas.

Les yeux de David brillent goguenards, mon cœur s'emballe. Une bouffée de chaleur me monte aux joues. Mais mon sang retiré de tout mon corps couvre toute ma timidité d'un voile de duperie bienvenue. Il n'est plus question de le décevoir, de faire la froussarde et d'être la fille timide, fragile et lâche que tout Poudlard voit en moi. Décidée à faire honneur à ma maison, à l'impressionner, je tends mon corps et dans un mouvement ample circulaire tout mon être par-dessus le balai. Pour tourner autour de lui comme le faisait la championne de Quiddich des années 90 l'indétrônable Tina Gordon trois fois de suite. Ma tentative échoue, emportée par la force de l'impulsion je me propulse dans un saut de l'ange sans garde-fou de sécurité en passant par dessus le balai.

Retenue à temps par David, le souffle coupé et la tête bourdonnante, je finis par miracle à retrouver une position stable sur le balai. Il a l'air partagé entre l'amusement et l'inquiétude. En nage et pitoyable, je m'empourpre de honte. Hors de mes livres et des devoirs il n'y a guère de choses que je suis capable de faire.

« Je suis une véritable néophyte du Quiddich, m'excusé-je platement. »

Étonnamment la remarque le fait exploser de rire.

« Naaaan c'était pas si..., commence-t-il avant de se rétracter avec un sourire, Non en fait si c'était carrément...

- Pathétique ? Murmuré-je.

- Un vrai massacre ! Grimace-t-il, Pourtant c'est le mouvement le plus mythique du Quiddich ! Tous les mômes savent le faire depuis que Gordon l'a fait en gagnant la coupe du monde en 95 ! Je suis sûr que Dumbledore savait le faire après cette finale !

- Mcgonagall aussi j'en suis sûre, continué-je amusée par l'image.

- Elle a une affiche dédicacée dans son bureau, m'apprend-t-il avec un geste théâtral. Elle fait le triple salto acrobatique quand elle veut, même dans sa robe en tartan ! »

Un rire m'échappe. Je m'essuie le front et replace mes cheveux en place. Le sang circule à nouveau jusqu'à mes pieds tremblants. J'ai été ridicule, une véritable godiche assez nouille pour se lancer des défis pareils et se ridiculiser devant lui. Maintenant il sait que je suis à des années lumières du Quiddich, sport ô combien essentiel aux yeux des sangs purs. Et que j'ai la grâce d'une carpe sortie de l'eau sur un balai.

« Mais c'était mignon, t'inquiète ! se moque-t-il. »

Avant de m'embrasser. Et c'est mon cœur qui fait un triple salto.

oOoOo

« Amuse toi bien ! Sois sage quand même ! Fais la bise à Cath aussi ! Et un coucou pour Christopher !

- D'accord, d'accord ! Hoché-je la tête en courant à côté d'elle.

- Et invite David pour un repas de famille ! Assène ma mère. »

A l'aise sur ses talons hauts, elle sprint avec moi vers le Poudlard express qui siffle le dernier coup avant le départ. Déboulant devant le chef de gare qui nous lance un regard agacé du retard, elle me serre contre elle, m'embrassant tandis que l'on monte ma valise. Elle replace une mèche derrière mon oreille, me dévisageant avec amour. Les yeux un peu vides, je sais bien que j'ai les yeux et les cheveux de papa. Je lui adresse un sourire, derrière le lustre de la femme d'affaire toujours élégante dans un tailleur Dolce et Gabana se trouve ma mère qui adore dévorer des pots de glaces devant des films guimauve le samedi soir.

« On se dépêche ma p'tite dame, le train va partir.

- Écris -moi ! S'exclame-t-elle alors que le train se met en branle.

- Je t'écris toujours maman, rappelé-je.

- Heureusement, tiens ! »

Un dernier signe de la main et ma mère dans son manteau bordeau immobile sur le quai de gare disparaît de ma vue. Je rentre à la tête à l'intérieur, laisse glisser à nouveau mes cheveux sur mon visage et longe le couloir en jetant des brefs coups d'œil dans les compartiments. J'aperçois alors la chevelure dorée de David émergé de l'un d'eux, remarquant ma timide présence il me salue de la main et se dirige vers moi. Je dévore aussi discrètement que faire se peut sa démarche nonchalante, assuré, il salue au passage des quatrièmes années avec enthousiasme. Son sourire semble accroché à son visage au même titre que son regard vert. Je tressaille, sentant un frisson me parcourir le corps et venir ronronner contre moi. Je rougis brusquement.

« Bonjour ! Soufflé-je, comment ça va ?

- Bien et toi ? Remise des émotions du nouvel an ? me nargue-t-il. T'envisages de faire carrière dans le Quidditch ?

- Pourquoi pas ? M'empourpré-je en souriant. »

Appréciant visiblement de me voir tenter de faire de l'humour son sourire s'accentue.

« Tu cherches KitKat ? Elle est avec Brandon, tu veux que je t'accompagne ? Elle m'a dit qu'elle me ramènerait des chocolats moldus, paraît qu'ils sont meilleurs que les sorciers. Moi j'demande à voir !

- Tout une culture à refaire.

- Culture... culture, ricane-t-il, faut vite le dire, j'te…

- Frederika ! Hé Fréderika ! »

Je me retourne sur Réginald. Mon sang quitte mon visage. Une boule noue mon ventre tandis qu'il adresse un salut poli à David.

« Il faut que je te parle, continue-t-il. J'te l'emprunte deux secondes David. »

Bredouillante une excuse à David je lui emboite le pas, mal à l'aise. Cherchant désespérément un échappatoire. Que veut-il me dire ? Il m'a déjà bien assez regardé me faire humilier par Susan, que veut-il de plus de moi maintenant qu'il m'a brisé ? Fixant le bout de mes chaussures je le laisse prendre la parole, peu désireuse d'engager la conversation.

« C'est Slug, il m'a harcelé par hiboux à propos de sa soirée de rentrée là... Mais j'ai vu avec les autres, c'est mort on va pas se taper le club Slug alors que Blanche fait sa fête costumée donc on pensait avec les autres lui dire que c'était mort, t'es d'accord ? »

J'hoche la tête, sans relever les yeux. Il y a un long silence avant qu'il ne lâche en soupirant.

« Fait pas la gueule, Susan pensait pas se qu'elle a dit, okay ? »

Je me glace, statufiée. Le cœur au bord des lèvres. Elle avait parfaitement conscience de tout. Je n'ose pas lever le regard sur lui, sur son visage qui a hanté mes rêves et mes fantasmes de gamine naïve et idiote.

« D'accord. »

Sans rien ajouter, malade de honte, je tourne les talons et silencieusement m'en vais retrouver David.

OoOoOo

« Je suis sûre qu'il va adorer !

- C'est un peu mesquin non ?

- Naaan, c'est juste drôle je trouve !

- Oui, c'est vrai, rié-je. Et puis sinon ya les chocolats en plus.

- Voilà ! Comme ça il pourra boulotter si il l'a mauvaise ! »

Le paquet d'anniversaire de David est soigneusement emballé, Cath a trouvé mon idée extrêmement drôle et m'assure qu'il va rire aussi du petit manuel des moldus pour sang-purs en détresse. Elle a raison, David ne prend pas la mouche et a le sens de l'autodérision. J'aime ça chez lui, il ne se prend jamais la tête et a toujours le rire facile. Cath me darde un petit regard amusé et tendre. Un peu triste aussi. Je lui caresse doucement le dos, elle se laisse aller contre moi en un petit soupir. Henry n'est même pas venu la voir. Son rêve est en train de se briser.

« Il veut peut-être te laisser de l'espace après ta rupture…

- Ça l'a pas gêné qu'il y en ait pas quand j'étais avec John. »

Et qu'est-ce que je peux répondre à ça... Réginald attend lui aussi la fin du cours de Potions des Serpentards et Serdaigles. Il me lâche un regard insistant. Hier encore il a réitéré des excuses creuses et semble réellement vouloir me prouver que tout ça c'était une p'tite blague. Comme si mes lettres et mes confessions étaient des blagues !

« Frederika, écoute tout ça n'en vaut pas la peine d'accord ? Susan est désolée.

- Ah…

- Vraiment ? s'agace Cath. Qu'elle vienne présenter des excuses alors.

- Elle... elle ne peut pas... soupire-t-il.

- Elle a trop honte, peut-être ? »

Sa volonté d'innocenter sa petite amie me blesse profondément. Moi qui croyait que c'était quelqu'un de droit et d'honnête... Quel fantasme a donc bercé mon imagination ? Ses beaux yeux me fixent intensément, il pose sa main sur mon épaule avec sérieux. Le sang me monte aux joues : la chaleur de ses longs doigts transperce le tissu pour venir me brûler froidement la peau.

« Je suis désolé de ce qui est arrivé, vraiment. C'est de l'histoire ancienne maintenant, tu pourrais lui pardonner, non ? C'était enfantin, elle pensait pas à mal... Et puis tu savais bien que je suis avec elle. »

Donc, c'était moi l'enfant ? C'était moi l'idiote qui a provoqué tout ça parce que j'ai voulu avoir pour une fois dans ma vie un peu de courage ? Le bourdonnement de mon sang à mes oreilles couvre presque celui de la sonnerie. Je le dévisage, plus blessée encore, maintenant qu'il a prononcé ces mots. Qui es-tu Réginald pour oser me condamner pour mes sentiments et avoir eu, juste eu, un peu d'espoir ?

« Régi ?! Tu viens ? »

Susan nous toise de toute sa froide beauté, elle fronce les sourcils en voyant son copain sa main sur mon épaule. Etrangement elle a un petit sourire. Je me fige de peur, Cath la fusille du regard tandis que Réginald la rejoint. Me lançant un dernier regard qui vole ma voix. Je fixe son dos, sa grande silhouette.

« Hé salut. »

David est planté devant nous, je rougis un instant avant de lui offrir un sourire. Etrangement sa présence ne me met plus mal à l'aise. Il a la mine un peu sombre, je me surprends à le remarquer immédiatement. Cath semble ne rien voir.

« Joyeux anniversaire Davidou !

- Merci Kitkat, lui sourit-il.

- Tu fais un p'tit truc j'espère ?!

- Petit ? Voyons, pourquoi faire petit quand on peut faire grand ?

- Hé Cath, faut qu'on y aille on a cours, nous interrompt Chris qui vient de sortir lui aussi du cachot.

- Okay ! A tout à l'heure les amoureux ! Fait-elle avec un entrain. »

Mais là encore je crois que personne n'entend la fausse note dans sa voix. Je sors mon cadeau du sac et le tend à David. Il continue de me dévisager, avec une insistance qui me fait rougir :

« Joyeux anniversaire. »

Ses beaux yeux verts semblent se voiler et pour la première fois il perd son sourire. Mon ventre se crispe aussitôt, je serre un peu plus fort mon paquet contre moi. Qu'est-ce qu'il y a ?

« Ecoute Fred...

- Est-ce que tout va bien ? murmuré-je.

- Je crois que nous deux ça va pas le faire. »

Mes genoux se mettent soudainement à trembler. Un poids s'écrase douloureusement sur ma poitrine. J'ai du mal à prendre une inspiration, qu... quoi ? Mais pourquoi ? Pourquoi ?

« Je sais pour toi et Réginald.

- Qu... quoi ? bégaillé-je, mais... mais il n'y a rien entre lui et moi.

- Je sais, mais tu aurais aimé que oui, tu lui as envoyé des lettres et tu as dit que tu étais amoureuse de lui. Juste avant de sortir avec moi.

- Ce n'est pas …

- J'ai vu les lettres.

- Oh... »

Ma gorge est trop nouée, je respire frénétiquement. Non ! Non s'il te plait ne me dit pas que tu as lu ça... Il pose gentiment sa main sur mon épaule, elle est tiède et rassurante. Elle n'a rien avoir avec la brûlure que m'a infligée celle de Réginald.

« Et je comprends hein, aller avec moi au bal c'était pas... c'était pas un sérieux ni rien et tout mais... Je ne veux pas être amoureux de quelqu'un qui aime un autre mec, Fred.

- David, soufflé-je en me rapprochant, ce... ce n'est pas ce que tu crois. Je te... je te promets...

- Ouais, c'est pas du tout ce que je croyais apparemment, marmonne-t-il.

- Mais ça... ça ne veut pas dire ce n'était pas sincère, assuré-je avec courage, je suis sincère avec toi.

- J'ai vu comment tu es quand il te parle, fait-il vivement. Je suis pas idiot non plus. »

La réplique retentit comme une claque sur ma joue. Je blanchis de honte et recule. Dès le début je savais cela. Je lui ai menti et maintenant il ne veut plus de moi. Il a raison, il a raison. Je suis horrible ! Je ne le mérite pas... Mais s'il te plait... s'il te plait David... Ne m'abandonne pas. Il me darde un regard blessé teinté de colère. Ma bile se bloque, non... Je tente d'accrocher à ses yeux toutes mes excuses et l'ouragan d'émotions qu'il vient de provoquer en moi. Je n'ai jamais voulu lui faire de mal ! Il me dévisage, mettant à nue ma honte, et ses traits se durcissent.

« C'est fini Fred. Je ne veux pas continuer comme ça. »

Il tourne les talons brusquement et s'éloigne à grands pas de moi. J'ai envie de crier, de courir après lui. De lui attraper le bras, de le retenir. Non... Sur mon papier cadeau tombent de lourdes larmes. C'est de ma faute, bien fait, bien fait Frederika ! Tu l'as mérité pour être une pauvre niaise !

Et maintenant il ne veut plus de moi, maintenant je l'ai perdu...

« Fred ? Wow ! Qu'est-ce qui s'est passé ? »

Henry arrête sa course précipitée vers sa classe, et pour la troisième fois quelqu'un pose sa main sur mon épaule. J'éclate en sanglots.

OoOoOo

« Ça va aller Fred, je suis sûre que c'est pas grave... hein... Allez pleure pas... »

La salle d'études est déserte, il a eu tôt fait de faire fuir les élèves. Je n'entends plus que mes pleurs dans le silence. Comment ça peut être possible de perdre quelqu'un aussi facilement ? Hier il m'embrassait, j'avais l'impression que rien ne pouvait arriver. Maintenant c'est fini.

« Non mais, Fred... Tiens prends un mouchoir.

- M... Mer... Merci...

- Qu'est-ce qui s'est passé... ? C'est... C'est Réginald c'est ça ?

- N... non... ! Je... je m'en fiche de Réginald !

- Okay, okay, c'est pas Réginald... »

J'en ai rien à faire de Réginald de Courcy, j'en ai rien à faire de lui ! A cause de lui j'ai perdu David, à cause de lui il me déteste et me prend pour une menteuse et une hypocrite ! Il pense que je n'ai jamais été sincère... Alors que j'ai ouvert ma carapace pour lui... et il... il... pense que c'était pas sincère. Que je me servais de lui pour oublier Réginald... Il ne voudra plus jamais me parler.

« Mais si... mais si, il voudra toujours te parler..., assure Henry, de... de qui d'ailleurs ?

- Da... David...

- Ben pourquoi il voudrait pas te parler ? Il est cool, je suis sûre que tu te fais une montagne pour rien !

- Il... il sait pour mes... mes... mes lettres, m'étranglé-je, il les a... il les a lu... Et maintenant il ne veut... il ne veut plus de moi. »

Henry se met à déambuler devant moi, mal à l'aise. Je me mouche discrètement avant de renifler entre deux larmes. Bien fait Frédérika... Voilà. C'est tout ce que tu pouvais espérer en sortant avec quelqu'un sans être sûre.

« Bon... euh... c'est pas grave ! Ça va s'arranger ! »

Il se passe trois fois la main dans les cheveux, avant de s'affaisser sur la chaise près de moi. Il se tait. Ça ne va pas s'arranger... David trouve que j'ai un air énamouré face à Réginald ! Il ne veut pas souffrir. Et... il souffre à cause de moi alors... je ne veux pas qu'il souffre à cause de moi, même si ça veut dire que je ne peux plus être avec lui. Plus jamais.

« Naaan Fred, s'teu plait pleurs pas on avait dit... Bon okay... »

Boursoufflée de partout, je regarde ma montre. Je ne peux pas aller en cours. Cath va s'inquiéter... Les yeux embués, je discerne à peine les contours de son visage.

« Pourquoi ne vas-tu pas voir Cath ?

- Cath n'a pas rompu avec John pour être avec moi, marmonne-t-il, Elle non plus elle ne veut pas de moi.

- Mais...

- Et James m'a bien fait comprendre de plus l'approcher... »

Je remarque enfin la marque bleu autour de son sourcil. James ne l'a pas loupé.

« Pourquoi avoir voulu être avec elle alors si tu penses qu'elle ne t'aime pas ?

- Parce que je suis un kamikaze, soupire-t-il. Un peu comme toi avec tes lettres. »

Oh mes lettres... mes lettres... Je les brûlerai bien ces fichues lettres !