Bonne lecture ! :)
Chapitre 22
"Oh non…"
Face à mon dépit, Fred me présente un petit sourire triste et j'enroule mon bras autour du sien pour la consoler tandis que l'on longe un couloir en direction de la Grande Salle. Elle vient de m'apprendre que David avait rompu avec elle… à cause de Régi, bien sûr ! Qui d'autre pour venir jeter la graine de la discorde dans les affaires des autres ?! Je souffle, fâchée, en pensant à mon partenaire de potion… je ferai exploser une nouvelle fois notre chaudon au prochain cours, ça lui apprendra ! Il vient toujours tout gâcher ! C'est bien simple, chez lui, on dirait que c'est un passe-temps.
"Mais c'est de ma faute, explique Fred, après tout, je ne sais pas moi-même ce que je ressens… alors comment David le pourrait ?
-Mais David est compréhensif et gentil ! assuré-je avec conviction. Si tu lui expliquais, il te pardonnerait… si tu lui disais que t'avais besoin d'un peu de temps pour démêler tes sentiments…
-Et si j'avais encore des sentiments pour Régi, Cath ?"
Au regard terrorisé qu'elle braque sur moi, un léger frisson me parcourt. Étrangement, et sans exactement savoir pourquoi, la peur qu'elle dégage m'envahit entièrement comme si je la ressentais moi-même. Et ce n'est pas le genre de peur dont parle Stephen King dans ses romans, il ne s'agit pas de clown mangeur d'enfant ou de psychotiques dérangés qui rôde dans les villes au crépuscule à la recherche de la proie parfaite… non, c'est une angoisse plus terrible encore. Celle d'être esclave de son propre cœur et de ne jamais pouvoir y échapper.
Je réalise alors que ma main s'est portée instinctivement à ma poitrine, comme pour couvrir la ruche clandestine qui s'y est accrochée, et je la rabaisse aussitôt.
"Non ! protesté-je vigoureusement. Impossible, Freddy !
-CATH !"
Je n'ai pas même le temps de me retourner que Jamie débarque par derrière nous et m'entraîne dans ses grandes enjambées furieuses par le coude. Sans même essayé de lutter contre la volonté de mon frère, je lance à Fred que je la rejoins plus tard.
Jamie reste sourd à toutes mes questions et ce n'est que lorsque nous avons atteint un plus petit couloir désert qu'il me relâche pour me visser sur un regard furibond tout en croisant les bras sur sa poitrine. On se croirait presque dans un camp militaire où le caporal en chef passe en revue ses troupes… et je suis à deux doigts de me mettre au garde-à-vous !
"Bah quoi ?
-Bah quoi, qu'elle me dit ! s'insurge-t-il. Y'a que John m'a dit pour Henry et toi !
-Ah."
C'est donc ça.
"Ah ?
-Je pensais pas qu'il te le dirait…
-C'est tout ce que tu trouves à dire ?"
Je hausse des épaules avec un léger ennui. Qu'est-ce qu'il y a bien beau à dire ? J'aimerais bien me faire pardonner auprès de John mais le mal est fait, et je ne pense pas qu'il veuille que je vienne m'excuser. Surtout que je ne saurais même pas quoi lui dire. Il y a toutes les chances pour que je dise quelque chose d'encore pire et que je le blesse plus encore.
"Que toi encore tu me fasses ça, t'as toujours été allumée, mais Henry…"
Jamie ne termine pas sa pensée mais je la devine à son expression mécontente, et je relève le menton pour répliquer :
"C'est moi qui l'ai embrassé la première, de toute façon !
-Et t'es fière de toi ?!"
Je fais la moue et c'est à moi de croiser les bras sur ma poitrine. Bah oui… un peu que je suis fière, quand même ! Il ne se rend pas compte…
"T'imagines pas continuer, soeurette ! reprend James sur un ton cinglant. J'ai dit à Henry de plus te voir !
-Pff, ah ouais ?! m'indigné-je avant d'assurer, Il t'écoutera pas !
-Je suis son meilleure pote, Cath ! Tu crois qu'il va préférer me perdre plutôt que toi ?"
La gorge gonflée par une marée d'injustice et de trahison, je darde un regard rageur sur Jamie tandis que je sens des larmes de frustration me monter aux yeux et que mes poings se serrent de part et d'autre de moi. J'ai soudainement envie de le frapper ! Et dire que c'est mon frère jumeau, mais qui a besoin d'ennemi quand on partage le ventre de sa maman avec un TRAITRE ?!
"T'es horrible, lâché-je furieusement.
-J'suis horrible, moi ?!
-OUI !"
Et je tourne des talons, ne supportant plus de voir sa tête. Mais je n'ai pas fait plus de trois pas que mon cerveau qui turbine à la colère tombe sur un souvenir bien précis, et je me retourne pour le pointer d'un index accusateur.
"En plus, c'est de ta faute, tout ça !
-De MA faute ?
-Oui ! Au bal, tu m'as dit qu'on pouvait faire tout ce qu'on voulait, que fallait pas suivre les règles, que c'était stupide !
-Mais je t'ai pas dit d'aller te taper Henry !
-Bah, c'était ce que je voulais !"
Je ne fais pas plus attention à la mine hébétée de Jamie qui demande dans un marmonnement à Merlin pourquoi il lui a refourgué une jumelle pareille, et je m'en vais en claquant des talons.
OoOoOo
"Qu'est-ce que j'ai encore fait ?" se plaint Régi.
Ah, donc, il a remarqué que je le fusillais des yeux depuis le début du cours ? Bien ! Je me redresse de ma position de grande irritation, c'est-à-dire accoudée à la table, le menton dans la main à le regarder préparer nos ingrédients avec cette mollesse que je n'arrive plus à supporter et lui reproche :
"Tu es lent !"
Je ne peux pas lui partager le fond de ma pensée. Autrement dit qu'il est le furoncle de nos existences, à Fred, David et moi, et que j'aimerais le vaporiser de pesticide pour qu'il disparaisse ! Je ne veux pas lui faire le plaisir de lui apprendre que mes amis ont rompu à cause de lui, ah ça non ! Je suis maintenant persuadée qu'il est le genre d'individus qui apprécierait d'avoir ruiné des vies.
Mon œil vacille du côté de Henry qui est en binôme avec Fred et encore une fois, je le trouve concentré sur tout plutôt que le coin de la salle que j'occupe. Ça fait plusieurs jours que j'essaye de croiser son regard, de lui faire un signe mais c'est un échec monumental. Dès que nos yeux se croisent, il détourne les siens dans la seconde sans jamais y revenir. A croire que je n'existe pas, que je n'ai jamais existé et que je suis aussi transparente qu'un fantôme.
Quand James m'a assuré la veille que Henry lui obéirait et ferait une croix sur mon prénom dans la seconde qu'il lui dirait de le faire, je ne l'ai pas cru. J'ai cru qu'il ne disait ça que pour m'énerver mais en réalité, je commence à penser qu'il a raison. Henry ne veut plus me voir, plus me parler et il semblerait même qu'il ait complètement arrêté de penser à moi.
Comme c'est facile pour lui ! Une boule furieuse enfle dans mon ventre et me grignote de l'intérieur, et je plante mes dents dans ma lèvre de frustration.
"Faut dire que tu ne m'aides pas beaucoup ! rétorque Régi avec sévérité.
-D'acc, bah laisse-moi faire alors !"
Et je le pousse d'un coup de hanche pour attraper tous les ingrédients sur la table pêle-mêle, dans l'intention claire de les lancer sans plus de réflexion dans le chaudron qui n'attend que d'être nourri.
"Professeur ! Professeur ! cafte alors Régi en levant le bras bien haut pour attirer l'attention de Slughorn. Cath va encore nous faire exploser !
-Oh, mais c'est pas vrai, jeune fille ! réagit Slug en approchant aussitôt. Reposez ça tout de suite !"
Etreinte par un profond soupir, je relâche tout, non sans glisser un regard noir sur mon satané partenaire de potion.
Les garçons sont vraiment tous des balances…
OoOoOo
"T'es vraiment pas obligée, Cath, tu sais…
-Ne t'inquiète surtout pas, Freddy ! répondé-je en m'inspectant dans le miroir. Je vais lui parler en ta faveur, et il sera bien obligé de m'écouter."
Je peux voir dans le reflet son expression peinée et honteuse qui se tient derrière moi dans les toilettes, et je lui souris avec encouragement tandis que je finis de lisser magiquement mes mèches noires. Je me retourne vers ma meilleure amie pour attrapper ses deux mains qu'elle avait posé sur ses genoux et je les secoue avec énergie comme pour valider ma mission de la soirée :
"Il va vite regretter sa décision hâtive ! Je m'en charge."
Des étincelles de reconnaissance s'éclairèrent dans le regard de Fred et mon sourire s'agrandit. L'heure du rendez-vous pour la fête d'anniversaire de David approchant -et celui du couvre-feu d'ailleurs !-, je retourne rapidement à ma préparation, me parfumant de quelques schmitts et m'appliquant l'un de mes rouges à lèvres préférés.
Dès que nous quittons les toilettes, je colle une bise sur la joue de Fred pour la laisser rejoindre sa salle-commune et elle me retient juste le temps de me faire promettre :
"Sois prudente, surtout !
-Promis !"
Puis, je file en vitesse dans le parc là où Isabelle et moi avons convenu de nous rejoindre pour aller à Pré-au-Lard ensemble. Elle me repère aussitôt mais je vois à sa tête, même de loin, qu'elle n'est pas si ravie de me voir. Déjà, plus tôt, lorsque nous avons parlé de nous rendre à la fête ensemble, elle s'était montrée particulièrement froide. Elle a certainement dû apprendre que John et moi avions rompu… et peut-être même pourquoi, vu comme il apprécie l'anecdote…
Je traîne donc des pieds vers la Serdaigle qui m'attend en s'entourant le corps de ses bras comme pour se protéger du vent frais du soir.
"Tu es en retard, me dit-elle.
-Bah non…
-Si, si !"
Je n'ai pas de montre, en même temps… elle se dirige sans plus attendre vers notre Saule Cogneur favori pour emprunter le passage secret qui se dissimule à ses épaisses racines tordues.
"J'étais très déçue d'apprendre que tu avais quitté John…
-Mais je ne l'ai pas quitté…
-Tu sais qu'il t'aime, pourtant ! poursuit-elle comme si elle n'avait rien entendu.
-Oui mais ça ne suffit pas en fait, tenté-je de lui expliquer le plus clairement possible, j'ai essayé, mais… je crois que je préfère bien mieux être avec quelqu'un que j'aime et qui m'aime.
-Et Henry t'aime peut-être ?"
Sous le coup de l'attaque, je fronce profondément des sourcils en direction d'Isabelle qui fait mine de ne pas voir mon humeur chafouine.
"Laisse-moi te dire une chose, Cath, m'annonce-t-elle avec un regard appuyé, et tu en feras ce que tu voudras mais je connais Henry. Et il n'est pas sérieux avec toi ! C'est sûr qu'il ne fait que s'amuser…"
Et elle fait tss, tss, tss de la langue, ce qui ne fait que jouer davantage avec mes nerfs déjà bien tendus. Tout à coup, elle s'arrête et m'attrappe par les épaules pour me regarder dans le blanc des yeux, et lorsqu'elle reprend la parole, sa voix s'est fait plus douce et diplomate :
"Tu n'as qu'à aller voir John et t'excuser, et il te pardonnera tout, d'accord ?
-Mais je n'ai pas env-...
-Non ! ne dis rien, me coupe-t-elle, réfléchis-y. Allez, allons-y !"
OoOoOo
Les Trois Balais déborde de mes camarades de Poudlard qui ont quitté l'enceinte de l'école pour se rendre à la fête d'anniversaire de David, dont le lieu et l'heure se sont répandus dans les couloirs comme une traînée de poudre. Et Mme Rose se réjouit bien trop du chiffre d'affaires qui conclura la soirée pour se soucier que nous violons le règlement intérieur pour venir chez elle !
J'ai réussi à perdre Isabelle dans la foule… elle n'arrêtait pas de me rabattre les oreilles avec ses leçons de morale à rallonge… "Imagine John est ton âme soeur ?", "Mon frère t'aime tellement, il te pardonnera tout…" ou encore "C'est Henry, il t'a retourné le cerveau". Je n'en pouvais tout simplement pu ! C'est une chic fille, Isabelle, mais elle est exactement comme mon frère, de toute façon, elle croit tout mieux savoir que tout le monde… ils allaient bien ensemble, tiens, je lui dirai à Jamie quand j'aurais décidé d'arrêter de lui faire la tronche.
"Une bière-au-beurre, commandé-je au bar, avec beaucoup de beurre !
-Tout de suite, ma biche !"
Et Rosemerta s'en va préparer ma boisson. Accoudée au comptoir, je laisse mon regard fureter quand tout à coup il se pose sur Henry qui traverse le pub, seul pour une fois. Ah, cette fois-ci, il sera bien obligé de me parler ! Je me décolle aussi sec du comptoir pour marcher en ligne droite sur lui, mais plusieurs personnes me barrent le chemin et je le hèle bruyamment tout en criant son nom. Le brouhaha général avale un peu ma voix mais je le vois très distinctement se retourner vers moi.
Un grand sourire s'étendant aussitôt sur mes lèvres, je lui fais un geste de la main pour lui faire savoir que c'est bien moi qui l'ai appelé mais au lieu de venir me rejoindre, il prend la direction opposée. Choquée, je reste figée sur place. Mais il m'a entendu pourtant… il m'a vu, je l'ai appelé….
J'entends alors Rosemerta me prévenir de sa voix portante que ma commande est prête mais je ne réagis pas tout de suite, la déception encore crissante dans ma gorge. Henry a disparu je-ne-sais-où, prenant la poudre d'escampette comme si j'étais le Seigneur des Ténèbres en personne, et j'entends les voix d'Isabelle et de Jamie qui s'entremêlent dans ma tête dans un cinglant "On te l'avat bien dit !".
N'ayant rien de bien mieux à faire, je retourne à ma bière-au-beurre et fais tomber quelques mornilles sur le bois du comptoir pour régler la boisson. Je lève mollement le verre à ma bouche en me rejouant la scène en boucle dans ma tête quand quelqu'un se poste à côté de moi en me tapotant l'épaule.
"Kitkat ! me salue David avec engouement. Tu es venue, c'est cool !
-Ah oui, coucou…
-Bah qu'est-ce qu'ya ? Ton enquête n'avance pas comme tu veux ?"
Un haussement plus tard, je me retourne vers David qui me regarde avec un petit sourire et ma mission me revient alors. Je ne peux pas me permettre de me laisser abattre juste parce que Henry, Jamie et Isabelle m'ont mis le moral dans les chaussettes, Fred compte sur moi !
Je sors alors une boîte enrubannée de mon sac pour l'offrir à David qui s'en empare aussitôt avec enthousiasme.
"Oh c'est gentil, merci !
-Joyeux anniversaire, Davidou, lui souhaité-je en souriant.
-Des chocos, j'espère ?
-Wow ! Tu deviens un détective en herbe !"
Il s'apprête à ouvrir le paquet mais je le retiens de la main avant de lui tendre un deuxième cadeau que je tire également de mon sac. Son regard se baisse sur cette seconde surprise avec des sourcils levés très haut d'étonnement.
"Deux cadeaux ?! Mais fallait pas !
-Celui-là est pas de moi, l'informé-je en le déposant dans ses mains. Vas-y, ouvre-le !"
Encore plus perplexe, David obtempère et tombe sur le petit livre dont le titre Le Petit Manuel des Moldus pour Sang-Purs en Détresse est assez évocateur sur son contenu. Un éclat de rire le secoue et il le retourne dans ses mains avec curiosité.
"C'est marrant, ça !
-Oui ! Fred te l'a acheté pendant les vacances."
Frappé, les yeux de David quittent son cadeau pour s'assurer que je suis bien sérieuse et je lui souris simplement en hochant de la tête. Un silence s'étend tandis qu'il regarde de plus près le livre d'une façon nouvelle, comme si maintenant qu'il connaît son expéditrice, ce n'est plus le même objet… et qu'il est devenu d'autant plus précieux.
Comme j'ai hâte de décrire le moment à Fred demain ! Je pourrai lui dire que David tient toujours à elle, et que c'est sûrement même pour ça qu'il n'a pas réussi à supporter l'idée qu'elle puisse encore aimer ce crétin de Régi ! Tout devient si évident. Faut que j'écrive à Cindy aussi pour tout lui raconter, elle va trouver ça si romantique !
"C'est gentil de sa part…, commente-t-il finalement.
-Freddy est la plus gentille fille qui existe !
-Cath…, soupire-t-il, c'est mieux comme ça. C'est Régi qu'elle aime.
-C'est elle qui te l'a dit ? demandé-je, même si je connais la réponse.
-Elle a pas eu besoin de le faire, tout Poudlard le sait…"
Je secoue la tête en refusant l'idée avant de me pencher vers lui pour le mettre dans la confidence :
"Poudlard ne sait rien du tout !"
