Bonne lecture !
Chapitre 25
« Henry ? Ouais, non j'sais pas où il est, marmonne placidement James. »
Le jumeau de Cath se replonge dans la lecture assidue de son magazine à la table commune des Poufsouffle, m'ignorant superbement. A en juger par son air buté et sa mâchoire serrée, son meilleur ami n'est probablement pas son sujet de conversation favori ces derniers temps. Mal à l'aise, je murmure une salutation avant de m'éclipser.
Désoeuvrée par mes recherches infructueuses pour trouver mon binôme de Potions, j'erre dans les couloirs en me demandant où est-ce qu'il peut bien passer un dimanche après-midi humide après l'entraînement de Quiddich. Il m'avait promis de me retrouver à la bibliothèque... Nous n'avons toujours pas fini le travail sur le devoir commun que nous devons rendre au professeur Slughorn la semaine prochaine.
En désespoir de cause, je me dirige vers le stade. La neige a laissé place à un chemin boueux sur lequel je tente de ne pas glisser. Tant bien que mal j'arrive enfin à destination. Évidemment tout est désert, il fait froid et la luminosité est faible. Un soupir m'échappe en même temps qu'un frisson, j'enfonce mon nez dans mon écharpe aux couleurs de ma maison. Le soleil va bientôt complètement disparaître. Un bruit sourd et régulier attire mon attention, je contourne les vestiaires pour me diriger vers la pelouse et les anneaux.
J'aperçois en vol stationnaire la silhouette de Henry. Ses cheveux dressés en l'air sont reconnaissables de loin. En m'approchant, je comprends qu'il a dû ensorceler un cognard pour que celui-ci revienne automatiquement vers lui et qu'il puisse balancer des coups de battes répétitifs dessus. Je le salue d'un geste de la main, la balle manque de le faire s'éjecter de son balai. Il peste avant de couper court à son exercice. Il se tourne vers moi en grimaçant :
« Merlin, j'ai oublié hein ? Je suis désolée Fred ! S'excuse-t-il aussitôt.
- Ce n'est pas grave, assuré-je lentement, j'ai commencé à faire des recherches on n'a plus qu'à mettre en forme. »
Penaud, il descend de son balai pour m'offrir un sourire désolé qui n'atteint pas ses yeux noisettes. Il range machinalement les affaires de Quidditch.
« J'avais besoin de me défouler un peu, avoue-t-il. »
J'acquiesce à cette remarque, il passe anxieusement et sans cesse sa main dans ses cheveux. C'est une attitude déroutante chez lui qui prend systématiquement tout à la plaisanterie et fait preuve d'une insouciance rafraîchissante. Déconcertée, je tente de le rassurer :
« Je comprends. »
Il tourne vers moi un regard voilé et désemparé. Je reste muette, sans savoir comment ni pourquoi le consoler.
« Tu crois que Cath va me pardonner ? demande-t-il brusquement.»
Je le dévisage sans comprendre, lui pardonner quoi ? De l'avoir embrassé ? D'être sorti avec elle alors que c'était John son petit-ami ? Ou de la battre froid depuis le retour des vacances de Noël parce que James est contre leur couple ? Je suppose au vue de la mine de son meilleur ami que c'est la dernière option qui le tracasse. C'est effectivement assez maladroit de sa part, et ça a vraiment blessé Cath. Sa petite mine à la fin de la soirée du professeur Slughorn m'a fait entrevoir toute l'étendue de la colère et de la déception de ma meilleure amie... Et c'est justifié. Mais je peux aussi comprendre que sa position soit inconfortable, entre perdre son meilleur ami ou la personne dont il est tombé amoureux... Le simple fait de le voir aussi inquiet à l'idée de faire de la peine à l'un, me fait naître de la compassion pour lui. Il aime sincèrement Cath, je n'en doute vraiment pas. Il ne sait simplement pas comment dénouer le nœud emmêlé devant lui.
Je m'apprête à ouvrir la bouche lorsqu'il enchaîne en me coupant la parole :
« J'ai tout gâché, soupire-t-il. C'est foutu maintenant.»
Il s'assoit brusquement sur le banc, se met à tripoter machinalement le manche de la batte de Quidditch. Je me place doucement à côté de lui. Sa chevelure n'est plus qu'un nid pour oiseaux. Il me fait de la peine.
« Tout n'est pas gâché, tu sais, murmuré-je, Il faut juste recoller les morceaux.
- James qui me fait la gueule là, ça m'fout en rogne bon sang ! Il était pas aussi chiant avec John et pourtant c'était un vrai con avec Cath ! »
Je dois bien dire que je partage ce point-de-vue, l'égo vexé tout comme les élans protecteurs et mal placés de James sont terriblement préjudiciables au bonheur de Cath et Henry. Il n'a pas son mot à dire dans les sentiments de sa sœur ou de son meilleur ami. C'est lui le coupable de ce fiasco.
« Cath voudra jamais de moi, hein ? »
Je secoue lentement la tête, mal à l'aise et rougissante. Je ne peux tout de même pas le laisser croire cela. Je me fais violence et baisse les yeux au sol :
« Bien sûr que si, mais tu sais... tu lui as fait de la peine en l'évitant...
- Ouais je sais, marmonne-t-il dépité, c'était con. Et ça m'énerve, c'est James qui fait chier. Et lui elle finira par lui pardonner ! »
Il pousse un soupir, lève pensivement les yeux dans le ciel morne et gris. Je me dis qu'avec quelques pas dans la bonne direction, il pourra lui aussi se faire pardonner sa maladresse et ses atermoiements. Et peut-être que moi aussi je pourrais me faire pardonner. Je pourrais m'excuser, expliquer à David que Réginald n'était qu'un fantasme puéril. Lui dire que je préfère la réalité, être avec lui.
Mon cœur se serre de dépit. Il me manque terriblement, sûrement bien plus qu'il ne le croit. Son regard blessé et distant quand il a dit qu'il ne voulait plus être avec moi... Il a sûrement cru être le second sur la liste, mais... c'est faux. Il n'y a même plus de liste.
Ma gorge se nœud douloureuse, je me sens rougir de honte et de colère envers moi-même. C'est à lui que je devrais dire ça plutôt que de vivre cette conversation dans ma tête comme j'ai l'habitude de le faire pour éviter d'avoir à surmonter ma timidité. Les battements de mon cœur s'accélèrent d'angoisse. Ça suffit.
Il en vaut la peine.
« Il est chiant non ce devoir de Slug ? »
J'hoche la tête.
« Pfff... j'sens qu'on va se faire chier toute la soirée.
- C'est fort probable. »
Ma remarque lui arrache un rire.
OoOoOo
« Freddy, Chris... on bouge ! Go go go ! »
Courbés en deux, Christopher et moi rasons le mur à sa suite. La silhouette charpentée de James ne se perd pas si aisément dans les couloirs de Poudlard. Je me glisse derrière la tapisserie où s'est dissimulée Cath, son jumeau est appuyé au mur d'en face dix mètres plus loin. Catherine a élaboré tout un exposé ce soir au souper pour soutenir sa théorie selon laquelle son frère est le chef des cagoules qui s'en prennent aux Serpentards et pour nous entraîner dans sa filature nocturne. Je dois avouer que je reste dubitative même si certains de ses arguments sont tout à fait recevables. Il est prompt à s'emporter et à user de la force, il a été impliqué dans de nombreuses bagarres en quatrième année... J'ai simplement du mal à comprendre pourquoi il s'en prend maintenant à des Serpentards de cette manière-là, cela fait plusieurs années qu'il les méprise de loin.
Peut-être s'est-il passé quelque chose que nous ignorons. C'est en tout cas la thèse de Cath.
« Qu'est-ce qu'il fait ? Marmonne Chris derrière moi. Je vois rien.
- Il est contre le mur, décrit Catherine.
- Je crois qu'il attend quelqu'un, finissé-je en plissant les yeux.
- On doit attendre encore combien de temps comme ça ? Hé, Cath, tu me marches sur le pied ! Siffle Chris.
- Chuuuuut, le coupe-t-elle, tu vas tout faire capoter ! Quelqu'un arrive ! »
Je me tends et retiens mon souffle. Si cela se trouve Cath a raison et il s'agit du reste de sa bande qui projette de s'en prendre à un Serpentard. Ces derniers sont néanmoins plus prudents depuis l'attaque portée à David, je me demande comment ils prévoient d'isoler un élève. Cette idée me fait frissonner...
Les pas se rapprochent, un voix claire s'élève. Catherine retient une exclamation étouffée, je mets une seconde avant de reconnaître la chevelure sombre et brillante de Marina Sprang. La capitaine de l'équipe de Quiddiche des Poufsouffle qui a une aventure avec James... ?
« Merlin ! Elle est dans le coup elle aussi !
- Tu crois vraiment Cathy ? Elle n'a pas l'air d'être ce type de personne...
- De qui ? Fait Chris agacé.
- Marina Sprang, murmuré-je.
- Marina SPRANG ? Répète-t-il. Encore ? Ce n'est pas du tout un rendez-vous des cagoules Cath...
- Chuuuuut. Tu vas nous faire repérer ! Rouspète Cath. »
La tapisserie poussiéreuse manque de me faire éternuer. Je pince mon nez et respire profondément par la bouche, en arrière plan Marina enroule ses bras autour de James. J'arque un sourcil, ce rendez-vous n'est de toute évidence pas pour planifier une attaque d'un élève de Poudlard mais d'un ordre autrement plus intime. Je me sens rougir vivement, très mal à l'aise d'avoir ainsi violé un moment qui ne nous regarde absolument pas. Et si James nous repère pour l'avoir filer dans toute l'école en supputant qu'il est impliqué dans des actes de violence alors qu'il veut juste embrasser sa petite amie... Je ne donne pas cher de la peau de Catherine. Ou de la nôtre à vrai dire, il n'est pas le type de personne à s'embarrasser des dommages collatéraux.
« Faisons demi-tour ? Proposé-je tout bas, je ne crois pas que si James est membre des cagoules ça sera ce soir qu'il fomentera un plan pour s'en prendre à un Serpentard, non ?
- Fred a raison, appuie Chris, il va simplement nous tuer s'il nous repère. »
Cath fait une petite moue déçue avant d'accepter notre proposition. Nous reculons à tâtons et une fois que nous avons passé l'embranchement du couloir, je relâche mon souffle pour prendre une profonde inspiration. Chris époussette sa robe de sorcier un petit air pincé sur le visage.
« ça fait deux fois qu'on passe pour des voyeurs, je pense qu'on peut railler James de la liste de tes suspects !
- Il a peut-être une très bonne couverture... songe Cath. Et Marine est peut être elle aussi dans le gang des cagoules aussi.
- Ou alors, ils sont simplement en couple et il n'est peut-être simplement pas dans le coup, soupire-t-il, c'est l'explication la plus logique. »
Dubitative, Cath hausse les épaules. Je propose qu'on aille se mettre au chaud pour profiter du reste de la soirée plutôt que de discuter dans le couloir froid. Elle enroule son bras autour du mien, jetant un regard circonspect derrière nous. Elle n'est vraisemblablement pas convaincue par les arguments de Christopher. Je dois dire que je ne sais pas trop quoi penser de tout cela. J'ai simplement peur qu'elle soit un peu trop tête-brûlée dans une affaire dangereuse. Elle a mené des élèves à l'infirmerie, ce n'est pas une simple enquête pour trouver d'éventuelles créatures magiques anthropomorphes dans l'école.
« Tu devrais faire attention, soufflé-je, tu as déjà été attaquée... c'est peut être dangereux de mener ton enquête toute seule...
- C'est James ! Hausse-t-elle des épaules, il me ferait pas de mal !
- Et si ce n'est pas James ? Secoué-je doucement la tête, il ne faut écarter aucune option.
- Ben j'suis pas seule, vous êtes avec moi dans l'enquête non? Sourit-elle. »
Je ne peux m'empêcher de lui sourire gentiment bien que j'ai des doutes sur ma capacité à être une enquêtrice efficace et une protectrice solide. Au moins, elle nous tient au courant et nous pouvons espérer canaliser son énergie... Peut-être qu'au-delà de sa curiosité pour les mystères, il y a aussi l'envie de ne pas penser à Henry et de faire de son frère avec qui elle est en froid un coupable idéal.
« Tu sais, commencé-je, je sais que ça n'excuse pas du tout la maladresse d'Henry mais...
- Sa lâcheté Freddy ! assène-t-elle avec amertume. Sa foutue lâcheté !
- Sa lâcheté oui. je crois qu'il est perdu et malheureux... il veut vraiment être avec toi. Il semble juste avoir peur de perdre son meilleur ami aussi. Ça n'excuse rien, j'en conviens bien... et tu sais je suis de ton côté quoi que tu décides.
- Il a plus rien à perdre maintenant, secoue-t-elle la tête avant de se pencher vers moi, bien sûr que t'es de mon côté Freddy, ça j'm'en fais pas ! T'es pas une traîtresse toi !»
Je lui souris doucement, serrant son bras avec affection.
« Puisqu'il n'a plus rien à perdre, peut-être que ça va le pousser à te reconquérir, proposé-je.
- Reconquérir Cath ? S'amuse Chris avec ironie, il va se faire mordre par un loup-garou ? »
Sa remarque nous fait éclater de rire. Catherine assurant qu'à ce prix là, elle serait même prête à l'épouser à la pleine lune.
OoOoOo
Nous arrivons en retard en DCFM. Le cours de Botanique s'est éternisé, et malgré notre empressement nous voilà tous debout au tableau à nous faire réprimander sèchement par la professeure Darlymple. Le spectacle que nous offrons semble enchanter les Serpentards pas fâchés de voir des Gryffondors se faire remonter les bretelles pour leur ponctualité par la professeure la plus stricte de l'école. Les yeux rivés sur mes chaussures, écarlate et tassée derrière Marianne je voudrais me faire avaler par la pièce pour disparaître instantanément.
« Prenez vos places, claque-t-elle froidement, vous aurez des lignes à copier. »
Sans oser contester de peur d'obtenir en prime une retenue pour tous les septièmes années, le reste de ma maison s'empresse de prendre place. Mon siège près de la fenêtre est heureusement libre, je m'y installe rapidement tandis que Mrs Darlymple enchaîne sur la présentation de l'exercice. Je relâche le souffle bloqué dans ma gorge et reprend progressivement contenance en sortant mon manuel à la bonne page.
Mon attention est vite absorbée par la figure de David franchement ennuyée par le cours, prenant sans conviction des notes en baillant. Il échange un murmure avec son voisin de classe que je reconnais comme l'un de ses amis à qui il m'a présenté lors du nouvel an, Edmond Peterson. Ce dernier s'esclaffe derrière sa main, recevant un regard acide de Mrs Darlymple. Lorsqu'elle se détourne pour agiter sa baguette et faire crisser la craie au tableau, l'expression amusée de David m'arrache un sourire.
« Regarde-le avec Nina, siffle Marianne, et il a osé dire que je lui avais brisé le cœur ! Il a vite récupéré dis donc ! »
Je m'arrache à ma contemplation pour porter mon regard sur Georges Willoughby qui remet discrètement une mèche de la chevelure rousse de Nina Grey derrière son oreille, une Serpentard que je ne connais que de nom. Elle est assez froide et distante, très fière de son héritage et du nom prestigieux de sa mère. Je crois qu'elle a un poste important au ministère de la magie.
« J'ai bien fait de le quitter, souffle-t-elle, c'est un hypocrite de la pire espèce. Je n'arrive pas à croire que j'ai pu être aussi aveugle. »
Je lui adresse un petit sourire de compassion. Je crains que nous soyons plusieurs à avoir été aveugles. Ça n'apaise en rien son irritation, ses lèvres se pincent avant d'enfin se détacher du tableau qu'offre son ex-petit ami et sa nouvelle conquête.
« Les mecs sont tous les mêmes, marmonne-t-elle. On est mieux célibataire Fred. »
Mon ventre se serre, je m'égare un instant de l'autre côté de la salle de classe.
« Je ne sais pas, murmuré-je. »
Marianne arque un sourcil étonné, je sens mes joues rosir. Je me balance maladroitement sur ma chaise en évitant son regard inquisiteur.
« Je ne suis pas comme toi, soufflé-je, je n'ai pas décidé de quitter David. Je... je préférerai être encore avec lui tu sais.
- Ah bon... mais... Réginald ? Fait-elle avec étonnement.
- Il n'est pas la personne que j'imaginais, avoué-je honteusement. J'ai été aveugle.
- Oh Fred...
- Non ce n'est pas grave tu sais, je...
- Miss Vernon ! En plus d'arriver en retard, je vois que vous avez des choses hautement plus pertinentes à faire que de suivre mon cours, j'espère sincèrement ne pas vous déranger ! claque sèchement Miss Dalrympe. »
L'ensemble de la classe tourne aussitôt les yeux sur nous. Le sang monte brusquement à mon visage pour me brûler violemment les joues. Mon ventre se tord brutalement, me donnant la nausée. Je braque mon regard sur mon bureau sans bouger le moindre muscle, espérant qu'elle mette fin au supplice le plus vite possible.
« Je suis certaine que vous mourrez d'envie de montrer votre implication dans mon cours, continue-t-elle avec acidité, nous avions justement besoin d'un volontaire pour venir au tableau. »
Je me sens blêmir et prise d'un vertige. La distance qui me sépare de l'estrade me semble tel un chemin de la honte parmi mes camarades. Mes jambes sont devenues lourdes, mon cœur se met à battre avec panique comme pour chercher un échappatoire.
« Je suis volontaire Madame ! »
Une bouffée éperdue de reconnaissance me saisit.
« Votre tour viendra Miss Dashwood, rétorque-t-elle, Miss Vernon, on vous attend. »
Je lance un coup d'oeil à Marianne qui m'offre un regard désolé de soutien. Comme si j'étais hors de mon corps, je réussis à m'extirper de ma place tandis que la professeure Dalrymple agite avec impatience sa baguette. L'attention de toute la classe me brûle l'arrière du crâne, lorsque je relève la tête c'est pour apercevoir Réginald et Susan qui m'observent avec attention. Je discerne son petit sourire amusé qui me raidit aussitôt. Je plonge mes yeux au sol et me statufie, espérant ainsi me fondre dans le décor.
« Bien, nous allons pouvoir procéder à la démonstration avant de passer à la pratique ! Miss Vernon, voudriez-vous bien procéder au sortilège du Patronus ? »
Les mains moites et tremblantes je sors maladroitement ma baguette de ma poche. Elle tombe par terre, provoquant l'hilarité d'une partie de la classe. La gorge nouée je m'empresse de la récupérer et croise le regard foudroyant de Marianne pour mes camarades de Gryffondor. J'évite consciencieusement de me tourner du côté des Serpentards. Mrs Dalrymple m'adresse alors un regard d'encouragement ainsi qu'un mot sec au reste des élèves.
« Spero patronum, soufflé-je. »
Aussitôt, le petit panda roux jaillit du bout de ma baguette pour courir autour de moi. Une bouffée de soulagement me saisit en le voyant se lover paresseusement autour de l'accoudoir du fauteuil de Mrs Darlymple. Une pointe de fierté aussi d'avoir réussi à le former malgré la pression aigüe des autres élèves. Je glisse un coup d'œil à Marianne qui a un petit air satisfait pour mes camarades soudainement silencieux. Je me sens rougir profondément lorsque Mrs Dalrymple m'annonce qu'elle n'en a pas fini avec moi. Elle explique le sort qui doit venir compléter comme un bouclier le patronus, en présentant son utilité.
« Vous pouvez protéger et renforcer votre patronus par le sort du limes. Procédons. »
Après m'avoir torturé encore d'interminables minutes, elle libère enfin son emprise. Les jambes cotonneuses et les joues écarlates, je retourne à ma place en sueur comme si je venais de sortir d'un match par KO. Je me laisse glisser sur ma chaise, sans plus aucune force. J'essaye de calmer progressivement les battements frénétiques de mon sang en prenant de profondes inspirations.
« Ça va ? me souffle Marianne. »
J'hoche la tête nerveusement, espérant que la professeure Dalrymple oublie jusqu'à mon existence pour le restant de l'année. Je me promets de ne plus jamais ouvrir la bouche pendant son cours et de rester aussi statique qu'une statue.
Elle lance la pratique en nous ordonnant de nous mettre en binôme. D'un geste, elle fait s'écarter les tables et chaises pour faire de la place pour l'activité. Nous nous mettons en place pour faire l'exercice présenté, je me détends enfin face à Marianne. Plus personne ne fait attention à moi, l'incident est passé pour eux comme de l'eau sur les ailes d'un canard. Reprenant un semblant d'assurance, je croise le regard en biais que m'adresse David. L'ombre d'un sourire gentil sur son visage bouscule mon rythme cardiaque. Je rougis et me prends à y répondre béatement.
« En position ! »
OoOoOo
Lorsque la sonnerie retentit enfin pour sonner le début de la pause méridienne, j'ai pris ma décision et rassemblé tout mon courage. Je me suis répétée la phrase en boucle les cinq dernières minutes, comme un mantra pour me calmer et me donner de l'assurance. Je sens malgré tout mon rythme cardiaque s'accélérer et mes joues rosir devant l'imminence. Je range machinalement mes affaires et emboîte le pas à Marianne pour sortir de la salle de DCFM. Il y a un attroupement pour se précipiter jusqu'à la salle commune. Je souffle à Marianne que je l'y rejoins plus tard.
David est avec ses deux amis, Dick et Edmond. Je sais qu'ils ne m'apprécient pas particulièrement... Je m'avance vers lui, sentant progressivement mes mains devenir moites et mes sens m'ordonner de faire demi-tour instamment pour aller me terrer dans un recoin isolé de Poudlard. La Bibliothèque, oui ça serait vraiment l'endroit idéal pour disparaître. Par miracle, j'arrive jusqu'à eux et me plante bêtement devant lui les bras ballants. Il me dévisage avec surprise, je me sens rougir et chercher mes mots.
« Je... je..., bafouillé-je maladroitement. En fait…»
Merlin, je les avais appris par cœur.
Qu'est-ce que je suis en train de faire ? J'ose à peine croiser ses yeux. Un terrible sentiment de ridicule me serre la gorge. Je me fais violence, serre mes poings pour trouver un point d'ancrage afin d'arriver à prononcer la phrase.
« J'ai appris que tu avais rejoint l'équipe de Serpentard, je voulais te féliciter, articulé-je d'une traite, tu dois être vraiment heureux. C'est super !
- Oh, merci, c'est sympa ! s'exclame-t-il, c'était un peu inattendu. Marc a quitté l'équipe super vite ! Ya même pas eu de sélections !
- J'crois surtout que Murdoch l'a viré parce qu'il a planté un match contre Poufsouffle, le coupe Dick. Et il a failli faire perdre l'équipe la fois d'avant. »
J'ai presque envie de lui demander avec une pointe d'humour comment il a réussi à ce que le choix du capitaine des Serpentards se porte sur lui. Il est de notoriété publique qu'il est assez dubitatif quant aux chances de réussite de sa maison pour gagner la coupe. Je sais que malgré tout il est doué et assez enthousiaste pour jouer plus par plaisir que pour gagner la coupe. Je sens bien que je ne peux pas tisser bien plus de conversation que ça ici entre deux portes de classe et ses amis.
« C'est mérité j'en suis sûre, murmuré-je doucement en rosissant. »
Il hoche la tête avec un sourire un peu mal à l'aise et distant. Ses amis gardent le silence en me toisant avec circonspection. Je sais que je suis écarlate. Désespérément mal à l'aise sous le poids de leurs regards inquisiteurs. Le blanc qui s'en suit me fait paniquer. Je sens le moment glisser entre mes doigts sans savoir comment faire pour le retenir. Mon coeur se met à tambouriner frénétiquement dans ma poitrine :
« Est-ce que... est-ce qu'on pourrait se parler ? soufflé-je nerveusement.
- On était parti pour aller manger, s'excuse-t-il.
- Ouais, on y va d'ailleurs ? lâche Edmond, on a qu'une heure avant Sortilège.
- Oui, faut qu'on se dépêche, me fait-il en hochant la tête. A plus tard, Fred ! »
Sa phrase me plonge dans les abysses d'un gouffre de déception. Je reste plantée pitoyablement au milieu du couloir les regardant s'éloigner en rejouant en boucle cet échange malheureux. Mes paupières se gonflent de larmes honteuses, je serre les dents pour les ravaler.
« Freddy ! On te cherchait partouuuuut ! T'étais où ? »
Cathy qui vient de débouler, me tombe dessus avec vivacité et m'arrache à ma torpeur. Chris, sur ses talons, fronce les sourcils en voyant mon visage décomposé.
« ça va Fred ? Il s'est passé quelque chose ? demande-t-il. »
J'hoche la tête, l'expression enjouée de Cath s'éteint aussitôt. Je lui murmure faiblement ce qui vient de se passer, sans omettre l'exhibition qu'a fait de moi Mrs Dalrymple au cours précédent. Elle fronce les sourcils, prenant un petit air agacé en pestant contre la professeure de DCFM.
« Elle était sûrement agacée du comportement de la classe, rationalise Christopher. Tu as juste pas eu de chance, mais si ça peut te rassurer elle fait ça tellement souvent qu'on va vite l'oublier. »
J'hoche la tête. De toute façon, cet incident est déjà effacé. J'enroule maladroitement mon bras autour de Cath, elle me caresse aussitôt la main.
« T'inquiète pas Fred, m'assure-t-elle. C'est juste une pète-sec, elle va se calmer ! Elle t'aime bien en plus tu sais ! »
Je secoue la tête, la gorge nouée. Peu importe Mrs Dalrymple. David ne voudra plus jamais de moi.
« Qu'est-ce que je peux faire Cath ? bredouillé-je les larmes aux yeux. Il ne veut vraiment plus me parler. »
Elle m'enlace brusquement, m'assurant que je ne dois pas croire un mot de tout ça. Je ferme les yeux dans son épaule. Je ne suis pas sûre d'être capable d'avoir la même conviction.
