Je suis de retour!

Ma vie semble avoir décidé que j'avais besoin d'inspiration, car elle est devenue absolument chaotique dernièrement :( J'accumule les épreuves, mais aussi les carapaces, je présume...

Au moins, mon envie d'écriture est toujours là! :)

Aussi, vive Wikipedia, mon sauveur pour ce chapitre. lol

Charlie

xxx

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CHAPITRE 10 : LE CHOC

L'autobus freina brusquement et la tête de Prompto, appuyée contre la fenêtre, roula vers l'avant, le réveillant en sursaut. Il jeta un coup d'œil paniqué à travers la vitre, mais fut rassuré lorsqu'il constata qu'il n'avait pas dépassé son arrêt.

Il se frotta les yeux de fatigue. Sa fin de semaine sans sommeil et sa longue journée de cours avaient fini par le rattraper et il avait du mal à garder les yeux ouverts. Il se consola en se rappelant qu'au moins, il ne travaillait pas ce soir-là. Il devait étudier, mais il ne lui restait que deux chapitres et ensuite, il pourrait se reposer à volonté jusqu'au lendemain.

Il venait de fermer les paupières à nouveau lorsque son téléphone vibra, et il le regarda d'un œil à moitié ouvert.

Il se redressa en voyant le nom de l'expéditeur.

Noct :
"OH PUTAINNNN"
"JDUSJZHDHUDNDJSIkhshs!"

Prompto :
"tu meurs? lol"

Noct :
"j'ai reçu le résultat de mon contrôle de bio!"
"79% PUTAIN!"
"meilleure note À VIE"

Prompto sourit. La nouvelle lui fit extrêmement plaisir.

Prompto
"génial!"
"dire que tu étais stressé!"

Noctis :
"j'arrive pas à y croire"
"c'est un miracle"
"c'est grâce à toi, sérieusement"
"MERCI!"

Prompto :
"mais non, c'est toi qui as réussi, j'y suis pour rien"

Noctis :
"j'ai hâte de le dire à iggy"
"il va chier dans son pantalon"

Prompto :
"ce type chie réellement?"
"wow"
"il est tellement coincé, je suis surpris qu'il sache utiliser un sphincter"

Noctis :
"t'es con lol"
"je sais qu'il t'a donné une mauvaise impression, mais c'est un type bien"
"il est juste très porté sur les règlements"

Prompto :
"ouais, j'ai remarqué"

Noctis :
"à ce propos, je voulais t'en parler, mais ça m'a sorti de la tête"
"je m'excuse pour ses agissements… il n'aurait pas dû venir te voir à l'école"
"il n'est pas habitué de rencontrer des gens hors de la cour, il ne comprend tout simplement pas"
"que le protocole est chiant dans le vrai monde"

Prompto se pinça les lèvres. Noctis passait sa vie à s'excuser pour les agissements des autres.

Prompto :
"ne t'excuse pas à sa place"
"tu lui as parlé?"

Noct :
"non, il est à l'étranger"
"mais dès qu'il revient je lui dirai ma façon de penser"

Il s'agissait là d'une mauvaise idée. Ignis allait certainement lui expliquer la véritable raison pour laquelle il avait rencontré Prompto et il ne voulait pas que Noctis découvre son homosexualité de la bouche d'une autre personne.

Particulièrement si cette personne était homophobe.

Prompto :
"ne lui en parle pas stp"
"c'est entre lui et moi"
"et puis il a dit tout ce qu'il avait à dire et j'ai fait de même, donc c'est conclu"

Noct :
"il a eu tort de te coincer à l'école"

Prompto :
"je sais. je lui ai déjà dit ce que j'en pensais"
"stp ne lui en parle pas"
"j'ai pas envie d'étirer cette histoire"

Il eut quelques secondes sans réponse, puis :

Noct :
"ok"
"mais pour ton info j'ai 100% le protocole dans le cul"
"donc ne change rien dans ta façon de me parler"

Prompto :
"hahahahaha"
"j'ai aucunement l'intention de changer crois-moi"

Noct :
"cool"
"je t'aime bien comme tu es"

Prompto fixa son téléphone pendant de longues secondes. Il lut et relut le dernier message, sa poitrine ne cessant de se gonfler de bonheur à chaque fois.

Noctis lui avait dit qu'il l'aimait bien.

Ils s'agissaient de mots qu'il avait entendus et lus rarement dans sa vie. Pas depuis le décès de sa mère. Même son ex petit ami ne lui avait pas fait cet honneur, mais c'était sans surprise puisque leur relation avait été complètement pourrie. Et bien que Cindy était sa meilleure amie, elle n'était pas exactement le genre de fille qui exprimait ses émotions.

(Excepté la colère, peut-être bien, pour laquelle elle pouvait soudainement développer un vocabulaire très coloré.)

Il y avait, sentait-il, quelque chose d'un peu minable à s'émouvoir pour une simple phrase si banale, mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Il était littéralement affamé d'affection, particulièrement venant de Noctis, parce que… enfin. Ce mec était absolument extraordinaire. Il était drôle, possédait un sourire adorable et était ridiculement beau.

Bordel.

Il devait se ressaisir. Noctis était hétéro. Développer des sentiments envers lui était complètement stupide.

Et puis, il était le prince du Lucis.

Ils allaient à la même école, mais leur amitié était temporaire; éventuellement, une fois leurs études terminées, Noctis retournerait au palais pour diriger le pays, accompagné d'une reine avec laquelle, se rappela amèrement Prompto, il devait fonder une famille.

Il débattit intérieurement sur une réponse appropriée, ses pouces hésitants au-dessus du clavier. Il voulait lui répondre la pareille, lui dire qu'il l'aimait bien aussi, comme un ami, mais il eut l'impression que la réponse ne serait pas exacte, parce que….

Parce que, peut-être bien, qu'il l'aimait plus que comme un simple ami.

Son arrêt approchait et il choisit finalement d'envoyer l'émoji d'un personnage portant des lunettes de soleil.

Un truc rigolo qui ne voulait rien dire. C'était parfait.

Puis, il glissa son téléphone dans sa poche et se leva.

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La marche entre l'arrêt de l'autobus et chez lui fut lente. Prompto était vidé de toute énergie et son sac à dos semblait peser une tonne. Lorsqu'il arriva près de sa maison, il jeta un coup d'œil circulaire pour s'assurer que le camion était toujours absent – surtout par habitude, car il savait que son père ne devait pas être de retour avant un bon moment – puis, il s'engagea dans l'entrée menant à l'escalier devant chez lui.

Il s'arrêta net.

Devant sa porte, un homme habillé d'un veston ajusté se retourna en l'entendant arriver.

– Monsieur Argentum?, demanda-t-il, du haut de l'escalier.

Le visage de Prompto se draina de tout son sang alors que la fatigue s'évanouissait brutalement, remplacé par une terreur atroce.

Il devina immédiatement ce qui allait suivre, mais l'entendre de vive voix fut tout de même un choc.

– Enchanté, fit l'homme en réponse au faible hochement de tête de Prompto. Je suis Michel Lehinski, huissier de justice. Je viens vous rencontrer au nom de vos créanciers.

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Le dossier, déplié sur sa table de cuisine, était horrible à regarder.

Et pourtant, Prompto ne pouvait pas en détourner le regard, comme une blessure dégoûtante dont on était incapable de s'en détacher les yeux.

Les chiffres, ils étaient astronomiques. Chaque caractère, chaque virgule, était une brique affreusement lourde sur sa tête – ou même dans sa gorge, à en voir la façon dont il avait de la difficulté à respirer.

L'huissier avait été gentil, somme toute. Il était resté à peine une vingtaine de minutes. Il avait été poli, compréhensif. Différent de l'image que c'était fait Prompto de ce type de personnes qui le terrifiaient depuis longtemps.

L'homme lui avait montré les sommes, les détails. Il lui avait expliqué comment Prompto pouvait tenter de rembourser, en divisant le chiffre monstrueux en milliers de petits chiffres tout aussi monstrueux, ce qui ne changeait pas grand-chose à la panique qui gorgeait déjà les veines du jeune homme.

Puis, l'huissier était arrivé aux problèmes sérieux.

– Je suis désolé, Monsieur Argentum, mais tel que stipulé dans la dernière lettre qui vous a été adressée, si vous ne remboursez pas ce pourcentage de votre dette d'ici à ce jeudi, alors la banque devra saisir vos effets, ainsi que votre maison.

Prompto n'avait pas répondu, les yeux fixés sur la feuille blanche déposée devant lui, incapable de parler. Le nœud qui lui coinçait la gorge était si gros qu'il avait eut l'impression de manquer d'air.

Jeudi. C'était à peine dans trois jours. Trois putain de jours. Son stupide de père avait visiblement ignoré les lettres que la banque lui avait envoyées.

Prompto le détestait.

Il aurait pu se consoler en se disant que la dette n'était pas réellement à son nom, mais plutôt à celui de son père, puisque la maison et les comptes la faisant fonctionner lui appartenaient. L'huissier ignorait visiblement qu'il avait parlé au mauvais Argentum – le père et le fils portant le même nom – mais dans les faits, ça ne changeait rien.

C'était Prompto qui avait besoin de cette maison.

Il ne pouvait pas rembourser. Il n'avait pas le pognon, et lui-même était endetté, sa carte de crédit pleine à craquer.

Il n'avait nulle part où aller.

Putain.

L'image du jeune homme que Noctis et lui avaient croisé en revenant de la salle d'arcade lui revint en tête, celui qui s'était préparé un petit lit improvisé de boîtes dépliées, et il s'imagina à sa place, forcé de dormir dans la rue pendant des mois. Des années, peut-être.

Il appuya son front contre la table, glissant ses mains derrière sa tête pour empoigner de grandes mèches blondes.

Puis, il éclata en sanglot.

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Lorsque les rayons du soleil commencèrent à percer le drapeau des Lions d'Insomnia qui lui servait de rideau, Prompto n'avait toujours pas dormi.

Son crâne pulsait horriblement. Il avait envie de vomir. Tout son corps était raide dans son lit, ses muscles douloureux même qu'il n'avait rien fait d'autre que pleurer, pleurer et pleurer. Ses yeux étaient secs, petits et incapables de s'ouvrir complètement, malgré ses tentatives qui lui donnaient l'impression qu'un grain de sable s'était logé dans chaque œil.

Il avait un cours de français à huit heures trente, mais il ignorait comment il serait en mesure d'y survivre, ou même de s'y rendre.

Il pensa sécher. Il n'avait pas l'impression que son cerveau lui permettrait d'apprendre quoi de ce soit, entre les réflexions terrifiantes de –

Je vais perdre mon chez-moi.

Je vais vivre dans la rue.

Ou

Je devrai quitter l'école, trouver un job à plein temps pour tenter de louer une chambre à un endroit inconnu.

Si c'est possible. Les prix sont astronomiques.

Je n'aurai pas de bourse.

Je resterai coincé dans cette vie de misère.

Ça ne vaut pas le coup.

Vaudrait mieux crever.

Il se retourna de côté, fuyant les rayons du soleil que le pauvre drapeau ne bloquait pas du tout, s'enroulant en boule sous la couverture. Ses épaules protestèrent, son dos aussi.

Son téléphone vibra, mais il ne réagit pas.

La nausée était toujours omniprésente, et il se rappela qu'il n'avait rien mangé la veille. Il prit alors conscience qu'il avait faim, la première sensation qu'il ressentait depuis la visite de l'huissier qui n'était pas de la terreur pure et simple, et il pensa que ça signifiait que le temps avait continué d'avancer. Qu'il n'était toujours pas mort.

Le téléphone vibra de nouveau. Deux, trois fois, comme si on le bombardait de messages.

Il souleva enfin la tête de son oreiller – et, putain, elle était lourde, fuck – et étira le bras vers son téléphone. Il avait oublié de le connecter au chargeur et l'écran était devenu sombre pour économiser l'énergie de la batterie.

Il plissa les yeux. Les messages les plus récents étaient de Cindy.

Cindy la démone qui fait chier :
"OH PUTAIN"
"par pitié dis-moi que la dissertation de français n'était pas due pour aujourd'hui"
"si oui je suis foutue"

Pendant quelques secondes, il fixa son téléphone sans trop comprendre, sans se rappeler qu'il y avait une vie qui avait continué durant sa fin du monde, et ah oui, la dissertation...

Prompto :
"elle était due pour vendredi à minuit"
"t'as trois jours de retard"

Trois jours? Non, ils étaient mardi, ça en faisait quatre. Ils étaient mardi, et jeudi il perdrait la maison.

L'air se solidifia à nouveau dans sa gorge. Il déglutit difficilement.

Cindy la démone qui fait chier :
"nooooooooooonnnnn"
"je suis trop conne"

Il ne répondit pas, incapable de trouver des mots pour rassurer Cindy, parce que lui-même était coincé dans une spirale qui n'avait rien de rassurante.

Il retourna plutôt à la liste de ses messages pour faire apparaître celui de Noctis qu'il avait reçu plus tôt.

Noct :
"bon matin"
"image"

Une photo. Le prince étendu, sa tête enfoncée dans son oreiller, ses cheveux en étoile autour de lui comme un halo d'ébène, une boule de fourrure blanche appuyée dans le creux de son cou et une autre, toute noire et dotée d'une truffe, posée contre sa poitrine.

La photo, pour une raison quelconque, l'apaisa. Il pouvait presque sentir la fourrure de Ryan dans son propre cou, sa chaleur l'enrobant parce qu'elle était trop collée à lui, comme elle aimait tant le faire à la brève époque où elle vivait chez lui.

Prompto :
"tu n'as pas chaud? lol"

C'était une fausse curiosité et un faux rire, mais Prompto voulait lire plus de messages de Noctis.

Noct :
"ouaip"
"je meurs"
"mais j'ai beau leur dire de dégager, ils reviennent à chaque fois"

Il eut un petit sourire.

Prompto :
"ils sont mignons"

Noctis l'était encore plus, mais c'était complètement hors sujet.

Noct :
"pas assez mignons pour que je leur permette de me réveiller quand je réussis enfin par m'endormir"
"je dois avoir eu droit à une heure de sommeil max, je suis complètement explosé"

Prompto ressentit la même chose. Il se tira du lit, le plancher froid sous ses pieds et, sans regarder le miroir au-dessus de sa commode car il savait que ce qu'il y verrait serait affreux, descendit l'escalier de pas lourds.

Le dossier du huissier était toujours là où il l'avait laissé la veille, et Prompto l'attrapa pour le glisser sous une boîte de céréales qui traînait sur la table, incapable de le voir plus longtemps.

De gestes lents, il se prépara un Cup Noodle bien salé, l'appel de son corps déshydraté trop fort pour l'ignorer, puis s'assit à la table pour le manger lentement.

Il regarda son téléphone à nouveau, voyant que Noctis avait continué sa série de messages.

Noct :
"je vais avoir besoin de douze litres de café ce matin"

Du café.

Ce fut comme une ampoule s'était illuminée subitement dans le crâne de Prompto et il laissa tomber sa fourchette dans le contenant pour se lever précipitamment. Il ouvrit l'armoire dans laquelle son père rangeait son café et agrippa la boîte de plastique, un frisson le parcourant brutalement.

Ils étaient toujours là. Les cinquante mille gils que son père avait gagnés au poker, enroulés dans leur ruban élastique, comme la première fois qu'il les avait vus.

Cinquante mille. Assez pour satisfaire la banque.

Prompto se pinça les lèvres.

Son paternel serait fou de rage lorsqu'il découvrirait que son pognon avait disparu, mais si sa dette n'était pas réduite au plus vite, alors l'huissier viendrait de toute façon saisir la maison – et son contenu, ce qui impliquait naturellement tout argent liquide.

Prompto n'avait pas le choix.

Et puis, une fois que la première partie de la dette serait remboursée, il pourrait continuer de vivre dans la maison en l'absence de son père, s'assurant de la fuir avec plus de discipline les quelques jours par mois durant lesquels celui-ci y serait présent, jusqu'à ce qu'il termine l'école. Ensuite, il pourrait trouver un job à temps plein durant le congé scolaire pour louer une chambre, et ensuite, il pourrait décrocher une bourse, et ensuite, il pourrait déménager dans les dortoirs de l'université d'Altissia, et ensuite… tout irait bien, non?

Il sentit l'étincelle d'un espoir grimper le long de ses muscles endoloris, mettre le feu aux poudres dans sa poitrine, et Prompto eut à nouveau envie de pleurer, serrant la boîte de café contre son torse.

Tout irait bien.

Tout irait bien.

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Il se promit qu'il allait redoubler d'effort pour décrocher la bourse.

Il était jusque-là déjà motivé, mais après avoir sauvé la maison de justesse et d'avoir envisagé un futur dans la rue, sa détermination avait grimpé d'un cran.

C'était donc la raison pour laquelle, lorsque Noctis lui avait demandé s'il était libre samedi, Prompto lui avait répondu qu'il n'était pas disponible car il devait absolument étudier.

Le dossier académique n'était pas le seul critère pour être éligible la bourse – il fallait aussi passer des examens et une entrevue – mais il s'agissait d'un des facteurs les plus importants.

Et il n'y avait que sept bourses pour des centaines de demandes. Les chances étaient faibles, mais Prompto ne voulait pas y penser. Il n'avait pas de plan B. C'était la bourse ou la misère, et il en avait assez de la seconde option. Il n'en pouvait plus du stress, de la faim, des nuits blanches, de son job qu'il détestait.

Noctis avait râlé de déception, d'une façon si dramatique que Prompto avait éclaté de rire en pleine lecture de physique, ce qui lui avait mérité quelques regards des autres étudiants, et pas un seul de Barbarossé qui était trop occupé à réciter son monologue ennuyant, les yeux rivés sur son texte.

– On pourrait étudier ensemble?, suggéra Noctis d'un chuchotement.

– Tu vas me déconcentrer, argumenta Prompto sur le même ton.

Noctis n'imaginerait pas à quel point, d'ailleurs.

– Je vais te poser aucune question, promis. Je resterai silencieux. Et puis, on a pas terminé notre projet de physique, non?

Prompto se pinça les lèvres. Il avait raison.

– Ok, mais on ne fait rien d'autre que terminer le projet et étudier.

Noctis sourit à pleines dents.

– D'accord!

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C'était un samedi après-midi nuageux, mais chaud pour la saison. L'hiver s'approchait de sa fin et Prompto avait ouvert la fenêtre de sa chambre pour aérer la pièce. Sous celle-ci, les deux étudiants étaient assis sur le lit, penchés au-dessus d'un ordinateur portable.

Le prince tapait sur les touches du clavier, écrivant enfin la dernière ligne de leur projet de physique.

– Voilà!, déclara Noctis d'un ton satisfait.

– Attends, on pourrait peut-être modifier cette partie–, commença Prompto en pointant l'écran.

– Prom. Je te jure que si tu me fais réécrire une fois de plus cette phrase, je t'assomme avec cette brique.

Il pointa l'ordinateur de Prompto et celui-ci roula les yeux.

– C'est toi qui as insisté pour écrire.

– Parce que tu recommences sans arrêt! C'est parfait, putain, arrête de t'en faire.

– Mais…

Noctis ferma l'ordinateur d'un claquement sec.

– Non.

Pendant une seconde, Prompto pensa répliquer. Mais ils avaient passé plus de deux heures à écrire et réécrire un paragraphe d'à peine cent mots, donc il imagina qu'effectivement, il fallait passer à autre chose.

Et il était fatigué.

– Ok, d'accord...

Il se leva du lit et s'étira, les muscles de son dos protestant après avoir passé trop de temps dans une position désagréable. Il était toujours fatigué après une nuit de travail, même s'il avait dormi le matin – comme si son corps voulait le punir pour avoir déconné avec son cycle de sommeil – mais ce jour-là était pire que les autres. La semaine épouvantable qu'il venait de subir l'avait complètement démoli, et l'accumulation du stress le rongeait horriblement.

Il avait été soulagé lorsque la banque avait accepté le paiement et annulé la saisie – temporairement du moins, assez longtemps pour que ce ne soit éventuellement plus le problème de Prompto – mais l'apaisement avait été bref.

Il était maintenant hanté par une autre terreur, bien plus effrayante que la menace de l'itinérance. Il angoissait à propos de la colère de son père, effrayé de croiser l'homme par accident, d'avoir mal calculé les jours avant son retour à la maison.

Jusque-là, il se permettait de dormir chez lui lorsque son paternel passait ses soirées aux tables de poker, connaissant assez les effets de son addiction pour savoir qu'il ne les quitterait pas de la nuit. Mais, à présent, il ne pouvait plus prendre le moindre risque. Si Prompto advenait à croiser par mégarde le chemin de son père, ce dernier lui ferait regretter chaque centime de gil disparu à coups de poing.

Il devait absolument trouver un endroit où dormir les quelques nuits par mois durant lesquels son paternel était en ville, du moins jusqu'à ce qu'il ait terminé l'école. Et il n'avait absolument pas envie de dormir à l'extérieur – il le faisait parfois, cependant jamais plus d'une nuit – mais ses options étaient limitées.

Les cafés ouverts 24 heures, les bancs de parc, les gares de train… Putain, il ne se sentait pas le courage de faire face à la rue. Il voulait pleurer lorsqu'il y pensait trop longtemps, son corps, sa tête, épuisés, déjà au bout du rouleau et, bordel, son calvaire ne faisait que commencer.

Il lui restait quelques jours avant le retour de son père, mais il n'avait aucun espoir de trouver une meilleure solution d'ici là.

– Prom?

La voix de Noctis, gorgée d'inquiétude, le ramena au présent. Sans s'en rendre compte, il était resté immobile en plein centre de sa chambre, le regard perdu dans le vide. Il se secoua la tête.

– Ouais, pardon.

– Est-ce que ça va?

Prompto fit un geste las de la main, indiquant qu'il n'y avait pas de problème. Il se dirigea vers son bureau sur lequel il avait laissé ses manuels scolaires.

– Non, sérieusement, répéta Noctis. Est-ce que ça va?

Prompto fut surpris par son insistance.

– Ouais, pourquoi?

– T'as pas l'air… super.

Le blond se mordit la lèvre inférieure, mais attrapa tout de même son manuel de chimie et s'assit sur le lit en s'y laissant tomber, tentant d'ignorer la façon dont ses tripes se serraient douloureusement.

Il n'allait pas bien du tout, et savoir que ce fait était visible le dérangeait profondément.

– Tu essaie de me dire que j'ai l'air d'une merde?

Il avait voulu en faire une blague, mais sa voix avait été minuscule. Triste.

– Quelque chose comme ça, oui.

– Je vais bien, mentit Prompto en s'asseyant en tailleur, ouvrant son livre sur ses cuisses.

Il y eut une seconde de silence, puis Noctis soupira.

– Prom. Je sais que tu ne vas pas bien. Parle-moi.

Sa voix était différente de d'habitude. Elle était ferme – comme celle d'un futur roi, pensa brièvement Prompto – mais aussi sincère. Pleine de compassion.

Prompto, déjà fragile, faillit craquer. Il manqua de tout déballer : le fait que son père allait certainement lui casser la gueule à son retour, que dans quelques jours, il n'avait nulle part où dormir, que l'argent l'inquiétait, que la rue le terrifiait, que la bourse qu'il convoitait était presque impossible à obtenir, et que, sans elle, son avenir était aussi sombre qu'un amas de goudron liquide, qui le noierait dès qu'il y mettrait le pied.

Qu'il avait peur – non, qu'il était terrifié. Qu'il était épuisé de se battre contre une vie qui semblait vouloir sa peau.

Mais il s'agissait de choses qu'il voulait que personne ne sache.

Alors, il se pinça les lèvres, comme pour s'assurer que ses secrets ne s'échappent pas de lui par accident, et il se pencha vers son livre en espérant que le sujet en serait miraculeusement oublié…

Et il découvrit avec horreur que les textes étaient flous par des larmes qui s'étaient agglutinées contre ses cils.

Putain. Pas maintenant.

Il avait pleuré tous les jours depuis sa rencontre avec l'huissier, les premiers temps parce qu'il était incapable d'arrêter les scénarios catastrophiques que son stupide cerveau ne cessait de créer, puis parce qu'il était devenu si fatigué que les valves s'ouvraient sans raison précise.

Il ne voulait pas qu'on le voie ainsi. Et surtout pas Noctis. Il pensa s'enfuir de la pièce, se cacher comme un gamin, mais il était devenu paralysé.

Une main se déposa sur son dos, frottant doucement des cercles doux et réconfortants, et ce fut trop. Les larmes se mirent à couler instantanément sur ses joues, glissant le long de sa peau en silence.

Il ne regarda pas le prince. Il resta immobile au-dessus de son stupide manuel, pleurant silencieusement, la chaleur de la main contre son dos se répandant en lui, l'englobant comme une couverture. Un temps infini passa ainsi, sans bruit, sans jugement, simplement des larmes qui continuaient leur chemin sur le visage de Prompto.

Et puis, après un moment, elles se calmèrent.

Ce fut graduel, mais très long. Noctis fut patient, lui donna tout le temps dont il avait besoin et Prompto apprécia. Il n'avait pas voulu pleurer, détestait pleurer peu importe la situation, mais le faire avec quelqu'un l'avait réconforté.

– Ça va mieux?, demanda Noctis d'un murmure.

– Ouais…

Puis, après une seconde, durant laquelle il s'était frotté le visage d'une paume, il ajouta :

– Merci.

– Tu veux en parler?

Il voulait en parler. Il en crevait d'envie. Mais une personne comme Noctis ne comprendrait pas. Et puis, il avait honte. Honte d'être pauvre, honte de dormir dehors. Honte de se faire taper sur la gueule.

– Je suis stressé. Pour la bourse, répondit-il.

C'était la vérité, après tout. Il évitait seulement de mentionner ses autres problèmes.

– Et fatigué, continua-t-il. J'ai beaucoup travaillé dernièrement.

Voilà, c'était parfait. Deux raisons légitimes, sans être trop révélatrices.

– T'as besoin de repos, déclara Noctis.

Il attrapa le livre de Prompto, qui fut trop lessivé pour réagir, pour le fermer d'un clap bruyant.

– Je dois étudier, protesta faiblement le blond, sans trop de conviction.

Noctis roula les yeux et ouvrit à nouveau le livre à une page choisie au hasard.

– Quels sont les principaux ligands rencontrés dans des structures des agrégats atomiques stabilisés par des ligands des agrégats nus?

– Heu. Le monoxyde de carbone, les halogénures, les isonitriles, les alcènes… et les hydrures?

– Parfait, déclara Noctis en refermant le livre, t'as pas besoin d'étudier.

– Attends, j'ai bien dit les isonitriles?

– Oui.

– Et c'est bon?

– Oui.

– Je peux vérifier?

Noctis le dévisagea.

– Tu me crois trop stupide pour savoir lire? Oui, c'est bien isoni-truc-chose.

Le visage de Prompto se fendit d'un sourire.

– Ok, concéda-t-il.

– Et maintenant, on va faire une pause.

– Ok.

– Et on n'ouvre plus aucun livre de la soirée.

Prompto resta silencieux. Il eut envie de répliquer à cette dernière règle, mais en même temps, il n'était pas certain que son cerveau était actuellement assez fonctionnel pour espérer une session de révision moindrement efficace.

Et puis, peut-être bien qu'il appréciait que Noctis ne décide pour lui. Qu'il n'avait, pour une fois, pas à gérer quoi que ce soit, à réfléchir, peser les pour et les contre de chaque question qui brûlait l'énergie de Prompto sans arrêt.

– Ok., finit-il par dire.

Satisfait, Noctis se leva pour aller déposer le livre à l'endroit où Prompto l'avait pris, puis revint s'asseoir sur le lit.

– Franchement, fit Prompto d'une voix rauque mais teintée d'un petit ton moqueur, pour un type qui me promettait de me laisser étudier, t'es pas génial.

– Ça, c'était avant que je sache dans quel état pitoyable tu étais.

– T'exagères.

– Absolument pas. T'as besoin de décompresser un peu, le stress va te bouffer tout rond. C'est quand la dernière fois que tu as fait autre chose qu'étudier? Ou travailler?

Prompto ne répondit pas, car il ne connaissait pas la réponse. Il soupira.

– Trop longtemps, répondit-il après un temps.

– On peut écouter un truc sur Netflix, si tu veux, proposa le prince en s'emparant de son ordinateur.

– Ouais, j'imagine… ou encore…

Il leva un regard malicieux vers Noctis.

– …j'ai une meilleure idée.

.


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GoldenEye était une œuvre d'art qu'aucun jeu n'avait jamais égalé.

Du moins, aux yeux de Prompto.

C'était peut-être parce que ce jeu lui invoquait les meilleurs souvenirs de sa vie. Des samedis après-midi pluvieux à jouer avec sa mère, une grande bouteille de Coca-Cola posée sur la table du salon, des verres de plastiques à l'effigie de Bugs Bunny et de Donald Duck remplis jusqu'au rebord de liquide pétillant. Des craquelins au beurre et des quartiers de pommes placés en forme de personnage – des yeux ronds, une rangée de fruits en guise de sourire – dans une assiette colorée. Et sa maman qui rigolait, son rire clair et mélodieux, s'extasiant à chaque fois que son fils réussissait une manœuvre périlleuse.

C'était avant que Prompto ne rencontre la vraie vie. À une époque où il n'était qu'un enfant.

Ni niflhe, ni homo.

Bien que légèrement engourdi par la fatigue, il se sentait un peu ainsi alors qu'il jouait avec Noctis. Comme si son innocence était revenue et ses inquiétudes avaient momentanément été cachées dans un petit tiroir loin dans le fond de son esprit. Et, bien que sa Nintendo avait toujours eu cet effet sur lui, le prince l'amplifiait magnifiquement. Son rire l'apaisait, son émerveillement le rendait heureux, sa présence évoquait une chaleur dans sa poitrine qu'il ressentait de plus en plus souvent, dernièrement.

Il connaissait GoldenEye par cœur, mais y rejouer avec Noctis était comme s'il le découvrait à nouveau. Il s'amusait, pensa-t-il. Il s'amusait réellement, et il se demanda quand était la dernière fois qu'il avait eu cette sensation.

Il avait envie que le moment dure pour toujours.

– Iggy est revenu hier soir, lâcha soudainement Noctis.

Prompto continua de jouer sans ralentir, mais la mention du conseiller brisa son euphorie instantanément.

– Tu lui as parlé?, demanda-t-il.

– Ouais, il m'a demandé si j'étais toujours en contact avec toi et quand je lui ai demandé pourquoi, il m'a dit qu'il n'arrivait pas à te rejoindre. Qu'il croyait que tu avais bloqué son numéro.

– Ah… Ouais, j'ai effectivement fait ça.

Il l'avait bloqué sans réfléchir, mais il ne croyait honnêtement pas que le conseiller allait tenter de le recontacter.

– Tu étais réellement en colère contre lui, donc, conclut Noctis.

Prompto mit le jeu en pause et la musique qui s'échappa du téléviseur se transforma en une trame légère. Noctis ne réagit pas.

– Tu sais pourquoi ton conseiller est venu me voir à l'école?, demanda Prompto. De quoi il voulait me parler?

– Du protocole royal… non?

– Non...

Il glissa la main dans ses cheveux dans un geste nerveux. À l'extérieur, un train passa, et le bruit engloutit la pièce. Il attendit que le silence ne revienne pour continuer.

– Il y a quelque chose d'important que je dois te dire. J'aurais dû le dire avant, mais…

Un bruit l'interrompit et il tendit l'oreille brièvement, mais, après une seconde silencieuse, il reprit.

– …mais l'occasion ne s'est pas présentée. Je…

Le bruit se répéta, plus bruyamment, et cette fois-ci, Prompto figea. Il n'était pas certain de la provenance du son – la fenêtre était ouverte et des voitures roulaient sous celle-ci – mais il eut l'impression qu'il venait du rez-de-chaussée.

Puis, des pas. Des pas lourds, que Prompto reconnaîtrait n'importe où, tant il avait passé sa vie à les fuir.

Le sang se draina de son visage.

Non.

Son père. Son père était revenu, il était dans la maison, il allait découvrir que le pognon avait disparu, il allait le tuer – non pire – il s'en prendrait à Noctis et fuck fuck fuck!

Il se leva d'un coup, laissant tomber sa manette sur le sol dans un claquement sec, et agrippa son camarade par le bras.

– Tu dois partir!, chuchota-t-il d'une voix paniquée.

– Quoi?

Il le traîna vers la porte de sa chambre, mais s'arrêta aussitôt. Son père était dans la cuisine – c'était bien lui, il pouvait le reconnaître par le simple bruit de ses mouvements, par sa respiration bruyante rendue difficile par son obésité – et c'était stupide, Noctis ne pouvait évidement pas passer par là, quel con, réfléchis putain!

– Qu'est-ce qui se passe?!, demanda Noctis, alors que Prompto le tirait brusquement pour l'emmener de l'autre côté de sa chambre, où il ouvrit la porte de sa penderie.

– Entre là, ordonna Prompto en le poussant entre ses chemises suspendues.

– C'est quoi ce bordel?, répliqua Noctis en tentant de bloquer la porte que son ami refermait sur lui.

À l'étage inférieur, un énorme fracas retentit, comme si on avait renversé la table, et le sang de Prompto se glaça.

– PUTAIN DE PÉDALE, JE VAIS LE TUER!, rugit la voix de son père.

Noctis l'entendit aussi, jetant un regard aux yeux ronds vers Prompto, et ce dernier profita de l'effet de surprise pour fermer la porte sur lui. Les pas, lourds de colère, étaient déjà en train de monter l'escalier.

– Surtout ne fais aucun bruit et ne sort pas, chuchota-t-il d'un ton pressé. Sous aucun prétexte!

Il agrippa précipitamment une chaise et en glissa le dossier sous la poignée.

Il se retourna au moment même où son père atteignait le pas de sa porte, haletant sous l'effort, et Prompto s'éloigna du placard, tendant de ne pas montrer la panique qui lui emmêlait les entrailles, qui poussait contre son torse et écrasait ses poumons.

– OÙ EST MON POGNON, SALE PÉDÉ!, hurla son père.

Son visage était rouge de colère, déformé par une grimace qui le rendait terrifiant, et Prompto tenta de respirer normalement.

Il baissa les yeux sur la bouteille de vodka, à la main gauche de son père. Elle était pleine, ce qui signifiait que ce dernier n'avait pas commencé à boire, mais Prompto n'était pas certain que ça changeait quoi que ce soit.

(Il se demanda brièvement s'il l'avait emmené à l'étage avec l'intention de le frapper avec ou s'il n'était pas conscient de l'avoir à la main.)

– C'est… C'est la banque qui l'a, répondit-il de la voix la plus calme qu'il était en mesure d'extirper de ses poumons compressés.

– Redonne-moi mon fric!, ordonna son père en avançant d'un pas menaçant.

– Je… je ne l'ai pas! La… La banque s'apprêtait à saisir la maison, j'ai dû leur donner pour qu'ils, qu'ils…

Prompto ne put s'empêcher de reculer lorsque son père avança de nouveau vers lui et il le regretta aussitôt, comme si le fait de s'approcher trop près de la penderie pouvait attirer le monstre vers Noctis.

(Il y avait toujours les deux manettes de Nintendo qui traînaient sur le sol, et il pria pour que son père ne remarque pas qu'il y en avait une en trop.)

– Je, je vais te rembourser!, tenta Prompto.

C'était un mensonge, mais il était désespéré. Il voulait à tout prix calmer le feu avant que la poudre n'explose, avant qu'elle n'emporte tout avec lui, avant que Noctis ne puisse comprendre ce qui se déroulait, ou pire, en être victime.

Son père eut un rictus de colère.

– Et comment tu vas trouver tout ce pognon? Huh? Tu vas sucer des queues au parc, comme les autres pédales?

– Je… Je trouverai…

La panique l'empêchait de réfléchir. Il ne pensait qu'à Noctis caché dans le noir, Noctis qu'il fallait absolument protéger, Noctis qui entendait tout au travers la porte.

– Je…

– Tu as du culot petit con de croire que j'allais te laisser me piquer mon fric!

– Je ne l'ai pas piqué!, insista Prompto.

Son père s'avança brusquement vers lui pour agripper le collet de son t-shirt.

– TA GUEULE!, hurla-t-il à son visage. PUTAIN DE MENTEUR!

Il repoussa Prompto qui tomba brusquement sur le parquet, et avant même qu'il n'ait le temps de se protéger, une botte atterrit brutalement sur son torse.

Il eut le souffle coupé, une douleur sourde se répandant aussitôt sur tout son corps, et il roula de côté pour se recroqueviller en boule, agrippant son estomac à deux mains. Le coup suivant atterrit sur ses côtes et il échappa un cri de douleur, puis il se protégea vainement tête alors qu'il reçut un autre impact sur ses côtes, puis un autre, et un autre.

Son père lui criait des insultes à chaque frappe – voleur, pédé, petite merde – mais Prompto les entendait à peine sous ses propres cris, entre ses oreilles qui cillaient et la porte de la penderie qui était secouée violemment contre la chaise qui la bloquait et – non non non, par pitié.

Son père s'arrêta subitement, levant des yeux ronds vers la porte, et le cœur de Prompto manqua un battement entre ses côtes endolories.

– Putain j'y crois pas!, lâcha son père. Tu caches une tapette ici!

Il enjamba Prompto pour aller à la penderie, la porte de celle-ci craquant sous les coups de Noctis qui tentait d'en sortir, mais avant qu'il n'y soit rendu, son fils l'agrippa par la jambe de son pantalon dans un geste désespéré.

– Non, gémit-il, la douleur irradiant ses côtes, rendant sa respiration difficile. Laisse… Laisse-le, s'il te plaît…

– Tu lâches, oui?!, fulmina l'homme en secouant la jambe pour se libérer.

Noctis continuait ses tentatives pour défoncer la porte, la chaise sous la poignée ne semblant pas vouloir céder, et Prompto pria pour que la structure tienne le coup.

– C'est… C'est moi la tapette, bégaya-t-il, laisse-le, il n'a rien fait, s'il te plaît…

– JE T'AI DIT DE ME LÂCHER, MERDE!

Prompto vit la bouteille être soulevée au-dessus de lui, comme s'il regardait une scène d'action au ralenti, mais son corps était paralysé et il n'arriva pas à l'éviter. Elle atterrit de pleines forces sur sa tempe dans un "Ting!" macabre, sourd et étrange, et il lâcha sa prise aussitôt, la douleur l'engloutissant tout entier. Entre ses cils humectés d'eau, il vit un éclair bleuté, une porte exploser en morceaux, puis la bouteille toucher le sol et éclater en milliers de pièces de verre dans du liquide translucide.

Il entendit Noctis crier, son père aussi, le bleu partout dans la pièce, mais son crâne et son cerveau semblaient être à deux endroits différents, comme si l'un était sorti de l'autre, et il n'arrivait plus à comprendre ce qu'il voyait, ni ce qu'il entendait.

Il voulut parler mais sa bouche refusa, il voulut se lever mais ses jambes ne répondirent pas, il voulut se pousser du sol mais ses mains glissèrent sur la vitre et il retomba dans la vodka qui devenait étrangement rose.

– Noct… va-t'en… va-t'en, gémit-il d'une voix faible.

Il avait la nausée ainsi qu'un bourdonnement continuel dans le crâne qui l'empêchait de fonctionner, qui le faisait paniquer parce qu'il n'était plus certain où était son père et où était Noctis, et il avait peur.

Peur de ce que son père pourrait faire à son ami.

Il réussit à se relever sur les genoux, marmonnant des supplications qui étaient incompréhensibles même à ses propres oreilles. Puis, une main se posa soudainement sur son épaule et le bourdonnement cessa.

– Prom! Prom! Tu m'entends?!

Noctis était devant lui avec son visage parfait, sans la moindre égratignure, et Prompto eut envie de pleurer de soulagement. Il leva les mains avec l'intention de les poser sur ses joues, de s'assurer qu'il était réellement devant lui, sain et sauf, mais il s'arrêta. Ses doigts étaient recouverts de sang.

Il les laissa retomber mollement sur ses cuisses.

– Mon… père?, demanda-t-il faiblement, ses yeux scrutant la pièce autour de lui.

– Il est parti, répondit Noctis. Putain, tu saignes, fuck, attends, j'appelle une ambulance.

Il sortit son téléphone de sa poche et d'un coup, ce fut comme si la brume dans le crâne de Prompto s'était évaporée instantanément. Ce dernier enroula précipitamment sa main autour du poignet du prince, le sang glissant entre leurs peaux.

– Non!, s'écria-t-il. Pas d'ambulance, je vais bien.

Noctis le dévisagea de yeux ronds.

– Prom, putain tu dois aller à l'hôpital!

– Non, non, ça va!

Il paniquait. Il n'avait pas les moyens de payer une ambulance et encore moins des soins hospitaliers. Il se redressa, ignorant les flammes qui irradiaient ses côtes, et, pour prouver qu'il allait bien, tenta de se lever à nouveau.

Mais il eut le tournis et il dut s'arrêter.

– Tu saignes, répéta Noctis.

Prompto baissa les yeux sur sa main. Il avait une coupure sur la paume, probablement parce qu'il l'avait posée sur un morceau de verre en tentant de se relever, mais elle ne semblait pas très profonde.

Pourtant, pensa-t-il, confus, la mare de vodka était rose de sang.

– Ce n'est qu'une petite coupure, marmonna-t-il.

– Pas ta main crétin! Ton visage!

Il prit alors conscience qu'il ressentait une douleur vive sur la tempe, là où la bouteille avait atterri, et il grimaça.

– Pas grave… Ce n'est rien, dit-il. Je… j'y suis habitué, ça va passer vite…

Le visage de Noctis tomba et il regretta aussitôt sa phrase. Il voulait se rattraper, mais son cerveau était au ralenti et il oublia ce qu'il voulait dire. Il avait la nausée, il avait l'impression qu'il allait vomir, il se demanda pourquoi son pantalon était trempé et il découvrit qu'il était à genoux dans une flaque de liquide, dont il ne se souvenait plus trop de la provenance.

– …tain bordel… m'entends?

– Huh?

Il regarda Noctis. Ses yeux étaient bleus, bleus bleus bleus comme sa magie. Mais ronds. Terrifiés.

Il voulut le rassurer, lui dire que tout allait bien. De ne pas s'inquiéter. Mais sa bouche était pâteuse et les mots furent incompréhensibles. Puis, Noctis lui demanda de s'étendre mais il était déjà couché de côté – comment avait-il atterri là? – et le prince tenait son téléphone à l'oreille.

– Iggy! Prom a besoin d'aide!

Il voulut répéter qu'il allait bien, mais le noir l'engloutit, emportant la voix paniquée de Noctis, son regard terrorisé, sa main déposée sur son épaule.

Et tout disparu.

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À ceux qui avaient deviné ce dénouement, une médaille pour vous! ;)

À chaque fois que je publie, j'ai l'impression que j'écris toujours les mêmes choses, mais c'est parce que ce sont mes pensées à chaque fois. MERCI de me lire, de commenter, de me suivre... Vos messages me remontent le moral durant les périodes plus difficiles!

Je vous souhaite de la santé, physiquement, mentalement, pour vous, votre famille, vos proches, vos amis, votre chien, votre chat, le facteur, etc etc etc

xxxxxx

Charlie