Coucou! Si vous avez tout lu jusqu'au chapitre 11, je vous admire! Et aussi je vous aime lol
Pour ce chapitre, je vais vous demander un peu de compassion, car je ne suis pas au meilleur de ma forme... J'écris beaucoup car c'est mon échappatoire à ma vie compliquée, mais je suis fatiguée et mon écriture en écope. Alors, je recommence sans arrêt.
Aujourd'hui, j'ai décidé de le publier comme il est, car j'ai besoin de continuer.
Merci pour tout
Charlie xxx
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CHAPITRE 11 - Je ne sais pas pourquoi j'ai décidé de donner des titres à mes chapitres, je ne sais jamais comment les nommer
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Il marchait sur des nuages. Ou peut-être était-ce de la neige. Il avait du mal à garder l'équilibre, penchant à droite et à gauche comme s'il était sur un bateau en pleine mer. Tout autour de lui était blanc, le ciel et le sol difficiles à différencier. Il avait la nausée et un mal de crâne épouvantable. À sa droite, il entendit quelqu'un remuer, alors il ouvrit un œil.
Il était toujours dans un monde tout blanc. Des murs blancs, un plafond blanc, un mobilier blanc. La personne qu'il avait entendue bouger était à sa droite; elle murmurait pour elle-même, d'une voix qu'il ne connaissait pas. Il tourna la tête vers elle.
C'était une femme dans la quarantaine, dotée d'un large gabarit et de cheveux noir coupés court. Prompto ne croyait pas la connaître, mais il n'en était pas certain. Elle portait un habit de couleur lilas.
Une tenue d'infirmière, comprit-il, au bout d'un moment.
– Ah, vous vous réveillez, dit-elle.
Elle enroula un fil autour d'une machine dans un geste habitué, puis se pencha vers lui.
– Je m'appelle Giorgia, je suis infirmière. Comment vous sentez-vous?
– Heu…
Il ne savait pas trop comment il se sentait.
C'était stupide.
– Quel est votre nom?, demanda-t-elle.
– Prompto. Prompto Argentum.
Elle hocha de la tête, comme si elle était satisfaite de la réponse.
– Quel est votre âge?
– Vingt ans.
– Parfait. Et dans quelle ville sommes-nous?
– Insomnia?
L'infirmière sourit.
– Eh bien, cette tête fonctionne toujours, semblerait-il!, fit-elle d'un clin d'œil.
Elle lui posa quelques questions concernant son niveau de douleur, sur les endroits où il la ressentait – partout, avait-il eu envie de répondre – puis, elle vérifia ses pupilles, sa pression, son rythme cardiaque, et se déclara satisfaite par les résultats.
– À quel hôpital sommes-nous, exactement?, demanda Prompto d'une voix rauque, alors que l'infirmière rangeait ses appareils.
– À l'hôpital Général d'Insomnia Centre, répondit-elle.
Le visage de Prompto blêmit. Oh putain.
Il s'agissait d'un hôpital privé, réputé pour être le meilleur, mais, surtout, le plus dispendieux de la ville. Prompto sentit aussitôt la panique grimper le long de sa colonne, une sensation qu'il connaissait trop bien dès qu'il était question de pognon.
Toute sa vie tournait autour du pognon.
– Depuis quand suis-je ici?!
L'infirmière souleva les sourcils devant son expression.
– Vous êtes arrivé il y a quelques heures. Il est quatre heures du matin.
– Et je peux partir tout de suite?
– Non, il faudra d'abord rencontrer le médecin, et il pourra évaluer votre condition.
Il échappa un juron. Il ne pouvait pas rencontrer le médecin, putain! Sa facture devait être déjà exorbitante, simplement pour avoir respiré l'air de cet hôpital de riches. Il devait partir au plus vite.
Il souleva les couvertures et glissa un pied au sol. Une douleur sur son torse éclata aussitôt et il échappa un grognement, au moment même où quelque chose attaché à son bras tira désagréablement sur sa peau.
L'infirmière l'arrêta d'une main levée.
– Mais qu'est-ce que vous faites?!
Prompto baissa les yeux sur une aiguille plantée dans l'intérieur de son coude, retenue grâce à un ruban autocollant. Un tube clair en sortait, connecté à un sac suspendu au-dessus de sa tête.
Seigneurs dieux, combien allait lui coûter ce truc?
– Désolé, je… je ne peux pas rester, s'excusa Prompto en portant à nouveau son regard sur la dame.
Il respirait trop fort, réalisa-t-il, et la douleur lui faisait serrer les dents. Il était impossible que l'infirmière ne le remarque pas.
– Vous n'êtes pas en condition pour partir, répliqua-t-elle, et encore moins de vous lever! Étendez-vous.
Elle avait une voix autoritaire mais douce, comme celle d'une maman, et Prompto sentit sa volonté se plier malgré lui.
– Mais… Je…
– Monsieur Argentum. Étendez-vous, répéta-t-elle d'une voix ferme.
Il avait envie de chialer. Putain, plus rien n'allait. Il avait l'impression qu'à chaque seconde, sa vie empirait.
Et la douleur continuait son ascension dans son torse, enrobant ses côtes péniblement...
– Écoutez, insista-t-il, je n'ai… je n'ai pas les moyens… de payer. Je n'ai pas d'argent. Je…
Il sentit la honte grimper dans sa nuque, se faufiler sous son cuir chevelu qui pulsait douloureusement.
L'infirmière lui lança un regard de compassion et la honte amplifia.
– Ah… Je suis désolée, répondit-elle d'une voix plus douce, mais c'est la procédure, vous devez rencontrer le médecin.
– S'il vous plaît…
Il avait des comptes à payer, un crédit exorbitant à rembourser, et, par-dessus tout, cinquante mille gils à trouver avant que son père ne le scalpe vivant.
Il voulait pleurer.
– Les frais sont couverts par la couronne, déclara soudainement une voix claire.
Prompto tourna la tête brusquement, si vite qu'il en fut étourdi.
Ignis Scientia se leva de la chaise sur laquelle il était assis dans le coin de la pièce, un endroit si en recul que Prompto n'avait même pas remarqué sa présence. Il portait un t-shirt blanc ajusté et un pantalon de sport noir – une tenue définitivement moins soignée que celle qu'il ornait habituellement – et ses cheveux étaient dépeignés, relâchés sur son front.
Son apparence, autant que sa présence, fut un choc pour Prompto qui resta muet.
– Je m'occuperai personnellement des factures, précisa le conseiller en s'approchant de lui. N'ayez aucune inquiétude.
Prompto ouvrit la bouche, mais il ne produisit aucun son. Il était à court de mots et son cerveau semblait être au ralenti; il savait qu'en temps normal, il aurait refusé, mais il en était à un point qu'il ne semblait plus avoir de fierté.
Ni d'énergie.
Il finit par hocher docilement la tête et se glissa à nouveau sous les couvertures, les épaules rondes comme celles d'un enfant qui voulait se faire tout petit. L'infirmière ajusta l'inclinaison de son lit pour qu'il soit à semi-assis, puis se dirigea vers la porte en spécifiant que le médecin n'allait pas tarder.
Ignis la remercia lorsqu'elle passa à côté de lui et elle rougit avant de partir. Malgré son habillement décontracté, le conseiller dégageait une aura élégante qui ne passait visiblement pas inaperçue. Prompto détourna le regard.
Il eut quelques secondes de silence durant lesquelles il fixa ses pieds sous la couverture. L'odeur de la pièce lui donnait la nausée, et il se demanda brièvement s'il allait vomir. Ses côtes étaient douloureuses et sa tête encore plus; il avait un point derrière son œil droit qui l'élançait horriblement.
Il se demanda pourquoi Ignis était là, dans sa chambre en pleine nuit, alors qu'ils se connaissaient à peine. Il voulait qu'il parte, qu'il le laisse souffrir en paix. Le silence était trop lourd entre eux, et Prompto pensa que sur le peu qu'il connaissait le conseiller, il ne semblait pourtant pas être le type de mec qui restait sans mots.
Il tourna des yeux curieux vers lui. Ignis avait l'air épuisé, mais c'était surtout son regard qui le perturba.
Un regard chargé de pitié.
Putain, Noctis devait lui avoir tout raconté ce qui s'était produit. Tout ce que son père lui avait dit, – putain de voleur, tapette, tu vas sucer des queues au parc? – les détails sur ses finances, – la banque s'apprêtait à saisir la maison! – tous les coups qu'il avait reçus et qu'il n'avait même pas tenté de bloquer, se contentant de se rouler en boule comme un gamin.
– Prompto…, commença Ignis d'une voix désolée.
– Non, surtout pas, interrompit le jeune homme d'une voix ferme.
Il ne voulait pas entendre qui que ce soit s'apitoyer sur sort : il savait déjà à quel point sa vie était misérable et il n'avait pas besoin d'en entendre plus. Le conseiller eut l'air surpris, gardant la bouche ouverte quelques secondes, mais il ne termina pas sa phrase, ce que Prompto apprécia.
Soupirant, ce dernier frotta la main sur son front et sentit un pansement sous ses doigts. Il avait mal à la tempe.
– Noct…, demanda-t-il au bout d'un moment. Il va bien?
– Oui. Il n'a rien.
– Ok. Tant mieux.
Puis, après une autre pause silencieuse, il ajouta :
– Pourquoi tu es là, au juste?
Il eut la réflexion que la formulation était peut-être impolie, mais Ignis ne sembla pas en faire de cas.
– Noctis m'a téléphoné, me disant que vous étiez blessé. Je me suis rendu à votre demeure aussi rapidement que possible, mais vous étiez inconscient et j'ai jugé que vous nécessitiez des soins médicaux… Je suis désolé d'être allé contre votre désir d'éviter l'hôpital.
Il n'osait pas répondre que ce n'était pas la première fois qu'il se faisait péter la gueule, qu'il n'avait jamais eu à rencontrer de médecin avant et qu'il ne voyait pas pourquoi cette fois-ci serait différente. Puis, le souvenir de la bouteille qui entrait brutalement en contact avec sa tempe lui revint en mémoire. La mare de vodka rosée, la douleur, le noir... Il leva à nouveau la main à son front, déposant les doigts délicatement sur le bandage collé à cet endroit.
Il n'avait pas souvenir d'être arrivé à l'hôpital. Et l'infirmière lui avait dit qu'il était quatre heures du matin… Il avait été inconscient tout ce temps?
– Je suis infiniment désolé, fit Ignis.
Prompto soupira.
– Ce n'est pas toi qui m'as frappé, à ce que je sache…
– Ce que j'ai fait était tout aussi grave. Je suis désolé pour mes propos homophobes.
Prompto tourna vers un lui regard surpris. Le conseiller était droit comme un piquet et les traits de son visage étaient étirés par la culpabilité.
– Mes propos étaient déplacés et emplis de préjugés, continua-t-il d'un air défait. J'en ai pris conscience dès que vous avez quitté ma voiture et j'étais horrifié par mes propres agissements.
Il baissa les yeux.
– Je ne mérite pas votre pardon, murmura-t-il, et je n'oserais le demander, mais permettez-moi d'essayer de me rattraper… D'apprendre de mes erreurs et de devenir une meilleure personne.
Il s'arrêta comme s'il s'attendait que Prompto réponde quelque chose, mais ce dernier resta coi devant la déclaration inattendue. Il ne savait pas quoi répliquer. Il avait souvent entendu des propos homophobes dans sa vie, mais c'était la première fois qu'il entendait quelqu'un le reconnaître aussi franchement et s'excuser, et il était si pris de court qu'il avait l'impression que son cerveau n'arrivait pas à saisir le discours dans son ensemble.
La politesse aurait peut-être été de remercier le conseiller pour ses mots, de reconnaître son effort ou même de le pardonner. Mais le sujet était trop épineux pour une simple réponse toute faite, et ses blessures trop vives pour les ignorer.
Au bout d'un long moment silencieux, durant lequel l'air devint de plus en plus chargé d'émotion, Prompto se racla la gorge.
– On devrait en parler à un autre moment, déclara-t-il finalement.
Il ne se sentait pas la force d'avoir cette importante conversation qui était trop lourde pour son état, entre la douleur qui le déconcentrait et son cerveau qui ne semblait pas en mesure de pondre la moindre réponse convenable. Ignis hocha la tête, mais il paraissait déçu.
Le moment fut interrompu, au grand soulagement de Prompto, lorsque la porte s'ouvrit soudainement sur un homme d'âge mûr, maigre et au front dégarni. Il portait une veste blanche et un stéthoscope autour du cou.
– Monsieur Argentum?, demanda-t-il.
– Oui?
– Enchanté, je suis docteur Lahfu. Bien heureux de vous voir éveillé!
Puis, se tournant vers Ignis, il ajouta :
– Je dois parler à mon patient, donc, à moins que monsieur Argentum n'en décide autrement, je vous demanderai de nous laisser quelques minutes.
– Oui, bien sûr, répondit Ignis. Je vais avertir Noctis que vous êtes réveillé, ajouta-t-il à l'intention de Prompto.
Prompto grimaça.
– Non, heu… Ne le dérange pas pour ça, s'il te plaît… Il fait nuit, il dort probablement…
Ignis eut un sourire fatigué.
– Vous croyez réellement qu'il est allé dormir? Il n'a pas quitté votre chambre une seule seconde, excepté à l'instant… Il est simplement à la salle de bain.
– Oh.
Prompto regarda Ignis fermer la porte derrière lui, songeur. L'idée que Noctis soit resté à son chevet réveilla une drôle de sensation dans sa poitrine, un baume apaisant qui contrastait avec la douleur de ses côtes.
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Le médecin était sympathique. Il posa quelques questions, fut attentif aux réponses, puis expliqua en détails ce qui s'était déroulé les quelques heures durant lesquelles Prompto avait été inconscient. Ils avaient examiné son torse et sa tête, là où les blessures étaient les plus évidentes. Ses côtes n'avaient pas subi de traumatisme très grave, autre qu'un hématome sous la peau qui se résorberait de lui-même, et une coupure sur sa tempe avait nécessité quatre points de suture, mais des examens plus poussés avaient montré quelque chose de plus inquiétant.
– Vous avez un traumatisme crânien. Il se pourrait que vous subissiez dans les prochains jours des maux de tête et des étourdissements, de la confusion, de la fatigue, une vision floue ou de la nausée. Avez-vous déjà subi une commotion cérébrale dans le passé?
Prompto se rappela la première fois que son père l'avait réellement battu, après avoir découvert qu'il était gay. Il avait perdu conscience durant de longues heures et avait été étourdi à en avoir la nausée des jours durant.
– Heu… Je… Je crois que oui…
– Une commotion passée peut affecter la guérison. Est-ce que vous vous souvenez quand ça s'est produit?
– Heu…
Il y avait eu d'autres moments. Une fois, son père l'avait poussé dans l'escalier et Prompto avait été malade durant deux jours. À un autre moment, un coup de poing sur l'œil lui avait engendré des maux de tête épouvantables; il avait échoué un examen le lendemain et il avait été fâché contre lui-même.
Est-ce que, tout ce temps, il subissait commotion sur commotion?
– Je… Je n'en suis pas certain… Je…
Les souvenirs étaient confus. La ligne de temps de sa vie semblait déconstruite dans son esprit, et son mal de crâne devenait de plus en plus aiguë, comme si les rouages se coinçaient sous la rouille.
Après une minute de silence, le médecin reprit :
– Nous pouvons mettre cette conversation de côté pour l'instant… Le coup que vous avez reçu à la tête peut créer de la confusion, qui se dissipera avec le temps. Je vais vous garder sous observation, afin de surveiller l'évolution de vos symptômes... Entre-temps, reposez-vous, d'accord?
L'homme lui fit un sourire et Prompto le remercia. Lorsqu'il quitta, Noctis apparut aussitôt dans la porte.
– PROM!
Le prince se précipita sur lui, enroulant immédiatement ses bras autour de son cou et le serra à pleines forces. Prompto sentit une douleur instantanée contre ses côtes, mais la sensation fut minuscule comparativement au nuage de réconfort qui engloutit sa poitrine en entier et enroba son cœur de sirop mielleux. Il appuya son nez contre l'épaule devant lui et inspira profondément, l'odeur apaisante du prince saturant ses poumons et la chaleur allégeant son mal de tête instantanément. Le visage de Noctis était blotti contre son propre cou et il pouvait sentir sa respiration sur sa peau, ses cheveux soyeux qui s'étaient glissés sous le collet de sa chemise d'hôpital, et ses bras serrés qui l'écrasaient délicieusement.
Il voulait rester ainsi pour toujours.
– Par pitié, faites attention au cathéter, supplia Ignis.
Prompto prit conscience que l'aiguille tirait effectivement contre sa peau et il recula finalement pour l'examiner.
– Ah, putain, desolé, désolé, balbutia Noctis.
– Non, non, c'est ok, t'inquiète.
– Putain, c'est juste que… fuck j'ai eu tellement peur!
Prompto grimaça.
– Je m'excuse.
– Quoi?
– Je n'aurais jamais dû t'inviter à la maison… Mon père n'était pas supposé revenir si tôt, mais je n'aurais pas dû prendre le risque… Putain, je suis tellement désolé, fuck…
Avant que Noctis ne puisse répondre, il enchaîna :
– Est-ce qu'il t'a… t'a fait quoi que ce soit? Il t'a frappé?
Le prince eut un moment d'hésitation et Prompto posa des yeux inquiets vers lui.
– Non, rien du tout, répondit Noctis. Il m'a poussé, c'est tout.
– Il t'a fait mal?
– Non, non. Il m'a poussé, puis il a décampé lorsqu'il m'a reconnu.
– Ok. Ok. Je suis désolé.
Noctis soupira bruyamment.
– Pourquoi putain tu t'excuses?
– Parce que… je t'ai mis en danger.
– C'est toi qui étais en danger. Tout ce temps, tu étais en danger et je ne me rendais compte de rien.
– Ce n'est pas…
Il s'interrompit. Il avait voulu dire que ce n'était pas aussi grave qu'il l'imaginait, mais peut être bien que ce l'était.
Il ne savait plus trop.
Putain, sa tête le faisait souffrir.
– Est-ce que ça arrive souvent?, demanda Noctis.
– Quoi?
– Ton père. Il te casse la gueule souvent, comme ça?
Prompto eut un moment d'hésitation. Il avait l'habitude de mentir à ce sujet, mais il avait l'impression que ce n'était plus possible, maintenant que Noctis avait tout vu.
Il avait tout vu et, surtout, tout entendu.
Soudainement, la scène repassa à nouveau dans son esprit, et il se remémora chaque mot que son père avait prononcé. Le nœud dans ses tripes revint aussitôt, s'enroulant étroitement autour de ses poumons et il eut aussitôt envie de pleurer.
– Je…
Sale pédé.
Tu suces des queues au parc?
Pédale.
Les larmes montèrent, montèrent, débordèrent aussitôt et, tout à coup, des sanglots incontrôlables sortaient de sa gorge. Il écrasa brusquement ses poings contre ses yeux.
– M-Mon p-père… Il… Il avait raison!, échappa-t-il difficilement entre ses pleurs effrénés. Je suis une p-p-pédale! Je suis… t-t-tellement désolé, j'aurais dû t'avertir dès le d-début, putain, je m-m'excuse, j'aurais dû… j'ai essayé, m-mais, je, je…
Il n'arriva plus à parler, les mots soudainement intelligibles, autant dans sa bouche que dans son esprit. Le matelas pencha d'un côté et des bras s'enroulèrent à nouveau autour de lui, dans un geste délicat et soucieux du cathéter, puis une main se glissa derrière sa tête et l'approcha d'un torse brûlant.
L'odeur de Noctis l'envahit à nouveau, mais il fut incapable de s'arrêter de pleurer, comme un barrage qui venait de rompre. Les sanglots qui sortaient de sa poitrine étaient monstrueux, incontrôlables et bruyants, et il n'eut pas l'énergie pour les combattre ; ils s'échappaient de lui sans la moindre retenue et il les laissa fuir à leur guise, s'envolant dans l'air lourd de la pièce blanche.
Le prince fut d'une patience inouïe. Il glissa sa main dans ses mèches, lui frotta le dos, lui murmura des mots réconfortants que Prompto avait du mal à comprendre tant il pleurait bruyamment.
Puis, après quelques minutes, alors que les sanglots de Prompto se calmaient tout doucement, Noctis fut le premier à parler.
– N'utilise pas ce mot, murmura-t-il d'une voix faible.
– Q-Quoi?
– Pédale… N'utilise pas ce mot, ok?
Prompto eut une seconde d'hésitation, reniflant bruyamment. Puis :
– Je.. Je m'excuse…
– Et putain, arrête de t'excuser.
Il faillit s'excuser stupidement à nouveau, mais il s'interrompit à temps. Il recula légèrement, sans toutefois se défaire complètement de l'éteinte de son camarade qui ne retira pas ses bras autour de lui. Les mains du prince étaient gigantesques, remarqua distraitement Prompto ; celle dans son dos, à plat contre celui-ci, lui donnait l'impression qu'elle le recouvrait entièrement, sa chaleur picotant sa peau au travers du mince tissu de sa chemise d'hôpital.
– Quand même, j'aurais dû te le dire plus tôt, marmonna-t-il en s'essuyant le nez.
– Tu es gay, et puis? Ça change quoi?
Prompto se tut. Effectivement, ça changeait quoi? Pourquoi il pleurait autant, putain, pourquoi sa poitrine était toujours aussi engorgée d'émotions qui ne faisaient pas de sens? Il s'était toujours répété que son orientation n'était qu'un détail sans importance, mais maintenant, il avait l'impression qu'il s'agissait d'un drame gigantesque, pire que son père qui lui pétait la gueule, pire que la maison qu'il avait failli perdre, pire que tout.
La réponse lui vint aussitôt.
Le vrai drame, celui qui l'effrayait, était que Noctis ne veule plus de son amitié, à présent qu'il connaissait la vérité.
Mais cette peur ne se concrétisait pas, prit-il conscience. Le prince ne s'éloignait pas de lui, son accolade toujours bien assumée, comme si le fait que son ami soit gay ne l'effrayait pas le moindrement et que rien ne pouvait l'empêcher de lui fournir le réconfort dont il avait besoin.
– À bien y penser, murmura Noctis, on devrait avoir cette conversation à un autre moment… Tu dors debout.
Prompto ne s'était pas rendu compte que ses yeux étaient fermés et il les ouvrit brusquement.
– Je suis ok, grommela-t-il.
Mais la fatigue l'avait effectivement rattrapée d'un coup; ses muscles semblaient soudainement lourds comme du fer et il avait du mal à garder les yeux ouverts, clignant des paupières à répétition pour les empêcher de se refermer à nouveau.
– Foutaises…, commenta Noctis d'un sourire en coin.
Il poussa Prompto doucement jusqu'à ce qu'il soit de nouveau à plat contre le matelas, puis activa une commande sur le côté du lit pour abaisser celui-ci dans sa position couchée.
– Parfait, commenta le prince. Maintenant, il faut que tu dormes.
– Et toi?, marmonna Prompto d'une voix ensommeillée, tu vas dormir?
– Ouais.
Son cœur se serra légèrement à l'idée que Noctis ne le laisse seul, dans cette chambre froide et impersonnelle, mais il savait que ce dernier avait absolument besoin de sommeil. Il venait de passer une nuit blanche, après tout.
– Ok, concéda Prompto d'un ton déçu.
– Iggy, peux-tu retourner à l'appartement t'occuper des chiens?, demanda le prince en se tournant vers son conseiller. Ils sont restés seuls trop longtemps.
Prompto le regarda d'un air surpris, mais son camarade était dos à lui et il ne pouvait pas voir son visage.
Il pouvait voir celui de Ignis, cependant, et son expression flottait quelque part entre désaccord et hésitation. Mais, au bout d'un moment où il semblait réticent, il répondit finalement :
– Bien.
Puis, à l'intention de Prompto, il ajouta :
– Reposez-vous et rétablissez-vous bien. Je reviendrai en fin de journée.
Le conseiller quitta la pièce, mais Noctis ne le suivit pas. Prompto était confus.
– Tu n'allais pas dormir?, demanda-t-il.
– Ouais.
– Tu ne pars pas avec Ignis?
– Non, je reste ici.
Prompto fronça les sourcils.
– Qu'est-ce que tu racontes, putain. Tu viens de dire que tu allais dormir.
– Ouais, mais je peux dormir ici…
Noctis pointa la chaise dans le coin de la pièce et Prompto échappa un rire désapprobateur.
– Là? Tu déconnes, j'espère.
– Je ne compte pas te laisser seul. Donc non je ne déconne pas.
Le blond le fixa un moment, se demandant à quel point il était sérieux. Puis, il soupira et se glissa lentement sur le côté de son lit, soulevant la couverture.
– Bon, si tu es pour faire ta tête de mule, au moins dors dans le lit.
Noctis haussa les sourcils, mais, après à peine une fraction de seconde d'hésitation, il se glissa dans le lit. Il s'étendit sur le flanc, face à Prompto qui était lui-même couché sur le côté pour protéger ses côtes endolories.
– T'es sûr?, demanda-t-il.
Rien ne rendait Prompto plus heureux de savoir Noctis proche, de sentir sa chaleur, sa présence réconfortante. De pouvoir admirer son visage de près, d'entendre sa respiration posée.
Il garda toutes ces réflexions pour lui.
– Ouais, se contenta-t-il de répondre.
– Ok.
Et Noctis ferma les yeux, mais Prompto attendit avant de faire de même, afin de pouvoir profiter du moment le plus longtemps possible.
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Pour un type qui était supposément atteint d'insomnie chronique, Noctis dormait foutrement bien.
Prompto essayait bien de faire pareillement, mais il ne cessait d'être tiré de son sommeil par l'infirmière, l'aide-soignant ou le docteur, qui le réveillaient à répétition pour mesurer ses signes vitaux, lui prodiguer des médicaments, le nourrir ou s'assurer de son état de santé. Et à chaque fois, le prince à ses côtés ne bougeait pas d'un millimètre, sa respiration lente et régulière ne fléchissant pas le moindrement.
Dès qu'ils étaient laissés seul à nouveau, Prompto se recroquevillait face à Noctis, et s'endormait presque instantanément. Sa main s'enroulait autour de cette du prince qui la serrait aussitôt – d'une façon complètement naturelle, comme la première fois qu'ils avaient partagé un lit – et cette ancre lui donnait l'impression d'être en parfaite sécurité. Il se sentait protégé par la présence de Noctis, comme si ses problèmes étaient très loin, appartenant à une autre dimension où ils ne pouvaient l'atteindre.
Il se réveilla pour de bon vers trois heures de l'après-midi, après avoir senti le prince remuer à ses côtés. Il ouvrit un œil pour regarder ce dernier s'étirer dans son sommeil, puis rouler sur le dos en glissant les bras au-dessus de sa tête, où il s'immobilisa à nouveau.
Putain, il était beaucoup trop mignon. Son visage était relâché, ses lèvres étaient entrouvertes et ses joues, dont l'une était marquée par le tissu de l'oreiller, étaient légèrement bouffies. Sa tête était complètement échevelée, les mèches noires dressées dans toutes les directions, et sa respiration était lente, douce comme une mélodie.
Soudainement, Prompto se demanda si Noctis était réellement hétéro.
Ce fut une pensée venue de nulle part, mais elle se faufila sans retenue dans son esprit. Il avait toujours pensé que la plupart des hétéros avaient du mal à gérer la proximité d'un autre mec – encore plus si le mec était homo comme Prompto – mais Noctis ne semblait pas répondre à la règle. Il avait serré son ami gay dans ses bras, l'avait réconforté, et avait même dormi dans le même lit que lui sans problème.
…Ou peut-être bien que Prompto avait des préjugés envers les hétéros.
Quelle ironie.
Noctis s'étira à nouveau en créant un son satisfait, puis ouvrit un œil vers Prompto.
– Bon matin, dit Prompto d'un murmure.
– Bon matin, répondit Noctis d'une voix rauque, à semi-endormie.
Le prince resta immobile quelques secondes, puis se retourna à nouveau de côté pour être face à son camarade, replaçant la couverture sur son épaule.
– Comment te sens-tu?, demanda-t-il d'une voix basse.
Ses yeux étaient ouverts, mais à peine.
(Adorable.)
– Mieux. L'infirmière est venue m'administrer des anti-douleurs, ça aide.
– Ah bon? J'ai rien entendu.
– Parce que tu dormais comme une masse.
Les yeux de Noctis s'agrandirent comiquement.
– Vraiment?
Prompto hocha la tête.
– T'as sûrement un don…, murmura le prince. Je dors toujours bien avec toi.
Le commentaire, échappé comme une confession, picora joyeusement le cœur de Prompto, qui enfla dans son torse.
– C'est arrivé à peine deux fois, répliqua ce dernier.
– Et les deux fois étaient mes meilleures nuits depuis huit ans.
– Je dois être foutrement endormant, alors.
– Soporifique à souhait.
Prompto lui donna une tape sur l'épaule qui n'avait aucune force et Noctis échappa un petit rire.
Mais le sourire se fana aussitôt et il sût immédiatement qu'il n'aimerait pas la tangente de la discussion qui approchait.
– Je crois qu'on devrait parler, dit le prince.
– Parler de quoi?, demanda son camarade, même s'il avait déjà deviné.
– De ton père.
Le cœur de Prompto, à peine fraîchement enflé, s'écrasa aussitôt. Il se pinça les lèvres.
– On est obligés?, demanda-t-il d'une petite voix.
Il n'avait pas envie d'en discuter, de se remémorer tout ce qui n'allait pas, de revivre sa vie de misère qui le rendait honteux. Il voulait rester dans sa bulle parfaite, sous les couvertures avec Noctis où il était protégé de toute pensée négative.
Il soupira lorsque Noctis ne répondit pas.
– C'est la merde, avec mon père…, dit-il tout simplement.
Il y eut un moment de silence et il espéra que le prince ne dise quelque chose pour l'empêcher de continuer. Il n'eut pas cette chance. Il continua donc d'une voix sobre, comme s'ils étaient deux gamins cachés sous une couverture en train de se raconter des secrets.
– Il n'est pas à la maison quatre-vingt-quinze pourcents du temps. Il travaille à l'extérieur de la ville, donc habituellement, il n'est pas là pour me faire chier. Mais bon… Les cinq pourcents du temps sont pénibles.
Il s'arrêta quelques secondes.
– Ce n'était pas la première fois qu'il te frappait, n'est-ce pas?, demanda Noctis.
– Ça arrive, parfois… Il a des problèmes d'alcool, expliqua-t-il d'une voix faible. Quand il est soûl… Enfin. Il est colérique. Parfois, c'est juste un coup. Parfois… C'est plusieurs.
Il s'arrêta à nouveau. Il avait du mal à parler de ce sujet, après toutes ces années durant lesquelles il s'était conditionné à tout cacher. Son cœur battait trop vite dans l'espace exigu de sa poitrine devenue serrée.
– Et il a aussi une obsession pour le poker…, continua-t-il après une pause. D'où pourquoi on a des problèmes financiers. La maison lui appartient, mais il est criblé de dettes, et la banque s'apprêtait à la saisir.
Il se souvint subitement des accusations de son père et leva les yeux vers Noctis.
– Mais je n'ai pas piqué son pognon. Je l'ai fourni à la banque pour suspendre la saisie, mais uniquement parce qu'elle l'aurait pris de toute façon en vidant la maison.
– Je sais. Je te crois.
Prompto hocha la tête et baissa les yeux. Il ne parla plus, parce qu'il avait dit tout ce qu'il pouvait, tout ce que son énergie lui avait permis de confesser. Il ne voulait pas entrer dans les détails.
– Prom, l'appela Noctis au bout d'un moment.
Le blond leva les yeux à nouveau sur lui.
– Je veux que tu saches que je serai là pour toi, ok?
Le regard de Noctis était intense, et chaque mot résonna dans sa poitrine comme un carillon. Il prit conscience que leurs jambes se touchaient sous la couverture, le contact vibrant contre la peau de Prompto, et son pouls n'arrêtait plus d'augmenter en vitesse comme un tambour de fanfare.
Puis, le prince déposa sa main sur sa joue et il eut le souffle coupé. Il était si proche de lui qu'il n'aurait eu besoin que d'avancer de quelques centimètres pour poser ses lèvres contre les siennes.
– Je serai là à chaque étape, murmura Noctis. Je serai là pour te soigner, je serai là pendant ta déposition, je serai toujours là, ok?
– Ma… Ma déposition?
Noctis hocha la tête.
– Oui, je viendrai rencontrer les policiers avec toi, si tu veux.
– Qu'est-ce…
– Que faites-vous?!, s'exclama soudainement la voix de Ignis.
Une brique tomba dans la poitrine de Prompto et il leva des yeux terrifiés vers le conseiller qui venait d'apparaître dans le cadre de la porte. Il recula précipitamment sous son regard désapprobateur, ses côtes protestant vigoureusement sous le mouvement.
– On vient de se réveiller, répondit Noctis d'un ton désinvolte, en se levant du lit.
– Et que faisiez-vous dans le lit de monsieur Argentum?!
Ignis était en colère – son ton habituellement maîtrisé tremblait légèrement – et Prompto déglutit avec difficulté. Il était perturbé par trop de choses en même temps : la proximité qu'il venait de vivre avec Noctis, l'implication de leur conversation, la réaction de Ignis.
Ses pensées étaient désordonnées dans son esprit et amplifiaient sa panique.
Qu'est-ce que Noctis voulait dire par rencontrer des policiers?
– J'allais quand même pas dormir sur la chaise, putain, grogna Noctis en s'étirant, comme s'il n'avait pas eu cette intention précise quelques heures plus tôt.
Le regard perçant aux sourcils froncés du conseiller passèrent du prince à Prompto et celui-ci s'enfonça dans son lit.
Il n'aurait pas dû proposer à Noctis de dormir dans son lit. Ignis s'était excusé plus tôt pour son discours dans la voiture, mais il désapprouvait visiblement que Prompto se rapproche de son protégé.
Mais, c'était Noctis qui a posé sa main sur sa joue, pourtant.
Est-ce que le prince était réellement hétéro?
Est-ce Ignis croyait toujours que Prompto pourrait le convertir s'il se tenait trop près de lui?
Pourquoi aurait-il besoin de rencontrer des policiers, putain.
Il avait la nausée.
– Prom? Ça va?, demanda soudainement Noctis.
Prompto tourna la tête vers lui. Son cœur battait si vite que ses poumons ne fournissaient plus assez d'oxygène pour l'alimenter. Il avait envie de pleurer.
Tout à coup, il se pencha brusquement au-delà du bord du lit et vida le contenu de son estomac au sol.
– Oh merde!, échappa le prince en se précipitant vers lui.
Prompto sentit des larmes inonder ses paupières, du trop-plein d'émotions ou du choc du vomissement, et il renifla bruyamment. Noctis l'aida à s'asseoir à nouveau sur le lit.
– Je m'excuse, dit Prompto d'une voix faible.
– Ça va, ce n'est rien. Iggy, apporte-moi un linge humide, il y en a un près du lavabo.
Prompto vit du coin de l'œil Ignis s'affairer dans la minuscule salle de bain, pendant que Noctis se penchait pour que leurs yeux soient à la même hauteur.
– Ça va? T'as encore envie de vomir?
Prompto baissa le regarda sur ses mains.
– Non, c'est passé… Désolé.
– Qu'est-ce que je t'ai dit à propos d'être désolé?
– Désolé.
Ignis tendit un linge de toilette mouillé à Noctis et celui-ci le plia méticuleusement. Prompto crut qu'il allait se pencher pour ramasser le dégât au sol, mais, à sa grande surprise, il posa une main sur son menton et essuya les coins de sa bouche d'un geste délicat.
Le cœur de Prompto redémarra en vitesse et il sentit le rouge grimper sur ses joues. Mais, dès que le conseiller se racla la gorge d'un ton réprobateur, il recula précipitamment.
Pendant une seconde, Noctis resta immobile. Puis, il soupira et se pencha pour nettoyer le sol d'un geste brusque, levant un regard lourd vers Ignis.
– Je peux le faire, marmonna Prompto.
Le prince l'ignora. Lorsqu'il eut terminé, il se rendit à la salle de bain pour rincer le linge. Il manqua de frapper l'épaule de Ignis au passage, mais le conseiller l'évita à la dernière seconde en se penchant d'un côté.
Noctis était en colère, réalisa Prompto.
Ce fut à ce moment qu'entra un infirmier, frappant trois coups enthousiastes sur le cadre de porte pour annoncer son arrivée. Il apparaissait au parfait moment, pensa le blond, car la tension dans la pièce était insupportable.
– Comment vous sentez-vous, monsieur Argentum?, demanda-t-il d'un ton sympathique en se dirigeant vers ses appareils.
– Très bien, répondit Prompto.
– Pas du tout. Il vient de vomir, déclara Noctis.
Foutu délateur.
– Ah, répondit l'infirmier en enroulant un brassard autour du bras de son patient, c'est un symptôme fréquent de la commotion cérébrale, c'est à s'y attendre…
Le blond hocha la tête et la pièce se tut le temps que l'infirmier mesure ses signes vitaux.
– Tout semble en ordre, déclara le jeune professionnel. Le docteur Lahfu ne devrait pas tarder. Je crois que vous pourriez bien obtenir votre congé aujourd'hui!
Prompto se pinça les lèvres. À son arrivée, il avait désiré partir au plus vite, mais maintenant, il n'était plus certain qu'il s'agissait d'une bonne chose. Il ne pouvait pas revenir à la maison avant le départ de son père et il n'avait nulle part où aller.
Comme s'il avait lu dans ses pensées, Noctis lança :
– Tu pourras venir chez moi, si tu veux!
Prompto tourna la tête vers lui, mais ce dernier ne le regardait pas. Ses yeux étaient rivés sur Ignis, comme s'il mettait ce dernier au défi de protester.
Le conseiller se tut, mais la ligne dure que formaient ses lèvres trahissait son désaccord.
.
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Il obtint effectivement son congé, après que le docteur Lahfu l'eut examiné et remplacé ses pansements.
– Je vous recommande fortement de vous reposer durant les prochains jours, avait mentionné le médecin. Et idéalement, évitez de rester seul durant les vingt-quatre prochaines heures, par précaution.
– Sans problème, avait déclaré Noctis, il sera avec moi.
Prompto avait été trop amorphe pour répondre.
Il était épuisé, et la tension entre Noctis et Ignis qui flottait dans l'air était une torture. Il se sentait responsable de leur conflit et il ne savait pas trop comment réagir. Il avait pensé refuser l'offre de Noctis et de se trouver un autre endroit où dormir, mais cet autre endroit allait probablement être sous un pont et il n'avait pas été certain de pouvoir survivre à une nuit à l'extérieur dans son état.
Il n'avait pas son portefeuille, ni sa carte de transport, ni le moindre sous. La seule chose en sa possession était son téléphone, que Noctis avait attrapé à la va-vite avant de partir pour l'hôpital, mais la batterie était vide et l'écran refusait de s'allumer.
Et puis, le doc avait demandé qu'il ne soit pas laissé seul, donc…
Donc Prompto ne dit pas mot. Ni lorsqu'il quitta l'hôpital d'un pas lent, le bras de Noctis enroulé autour du sien pour s'assurer qu'il ne tombe pas, ni lorsqu'il fut dans la voiture avec Ignis au volant qui ne cessait de le regarder au travers du rétroviseur, ni lorsqu'il attendit que le prince déverrouille la porte de son appartement pendant que le conseiller était si proche derrière lui qu'il pouvait sentir son souffle sur sa nuque.
Il ne parla que lorsque Umbra et Ryan Reynolds l'accueillirent avec leur excitation habituelle.
– Salut les bébés, murmura Prompto d'un sourire épuisé.
Il s'agenouilla au sol et les deux chiots lui léchèrent aussitôt le visage avec énergie, sautillant sur ses cuisses et battant la queue si fort que leurs fesses étaient secouées dans tous les sens. Ryan ne portait plus de plâtre depuis quelques jours, mais elle n'avait pas perdu de sa maladresse.
– Je vais préparer un repas rapide, fit Ignis en se dirigeant dans la cuisine.
– Ce ne sera pas la peine, répliqua Noctis. On va se débrouiller, tu peux nous laisser seuls.
Le conseiller s'arrêta brusquement dans son mouvement et se retourna pour fixer le prince d'un regard aux sourcils froncés. Pendant quelques secondes, il y eut un silence lourd, la tension dans la pièce à couper au couteau, et Prompto eut envie de disparaître.
– Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, votre altesse.
– Je ne te demandais pas ton opinion, répliqua aussitôt Noctis.
Le silence s'étira à nouveau alors que les yeux hommes se firent face dans un duel de regards. Enfin, Ignis échappa un soupir, attrapa ses clefs de voiture d'un mouvement sec et se dirigea vers la porte, où il enfila rapidement ses chaussures.
Il ne dit pas le moindre au revoir en sortant.
– Putain, c'est quoi son problème, fit la voix marmonnée de Noctis.
Prompto eut envie de répondre que son problème était Prompto lui-même, mais il n'avait pas l'énergie d'avoir cette conversation. Il se leva difficilement, grimaçant sous la douleur.
Il avait dormi toute la journée, mais il avait déjà envie de s'étendre à nouveau.
– Je vais chercher un chargeur, annonça Noctis en se dirigeant vers sa chambre.
Prompto hocha la tête en sortant le téléphone éteint de sa poche. Il avait un peu peur de voir les messages qu'il avait très certainement reçus de son patron : il avait manqué une nuit de travail et n'avait pas pu appeler pour l'avertir de son absence.
Il espéra avoir toujours un job.
– Tiens, fit Noctis en lui offrant le câble. Tu as faim?
– Un peu... Je suis surtout fatigué.
Prompto brancha son téléphone à une prise électrique sur l'îlot de la cuisine et un petit éclair clignotant apparut à l'écran. Il le déposa en attendant que l'appareil soit de nouveau fonctionnel.
– Tu peux t'étendre sur le canapé, en attendant, dit Noctis en ouvrant une armoire duquel il prit une casserole. Je vais cuisiner quelque chose.
– Toi ça?, fit Prompto en soulevant un sourcil.
– Je fais un excellent ramen en sac, pour ton information. De la fine gastronomie.
Noctis lui fit un clin d'œil et Prompto eut un petit sourire. Puis, il s'assit à l'îlot pour observer Noctis travailler, tentant de ne pas penser au chaos qu'était devenue sa vie – son père, le pognon, les flics, la commotion – depuis les deux derniers jours.
.
.
Ce fut plus d'une heure après avoir mangé leur repas improvisé, alors que Prompto était assis entre Noctis et Ryan Reynolds sur le canapé, regardant une série Netflix quelconque à l'écran sur laquelle son cerveau engourdi avait du mal à se concentrer, qu'il eut enfin le courage de regarder son téléphone.
The boss :
"tu es en retard"
"tu travaillais à partir 22 heures je te signale"
"?"
"putain je te conseille de te pointer"
"répond!"
"je t'ai remplacé pour la nuit, j'espère pour toi que tu as une excuse en béton, parce que je te jure que sinon tu es viré"
Cindy la démone qui fait chier :
"tu ne travailles pas ce soir? je suis allée à ton job pour acheter du pain et il y avait un autre type derrière la caisse"
"où es tu?"
"prom putain répond"
"gros con"
"!"
"je panique là"
"je vais appeler les flics"
"PROMPTO ARGENTUM JE TE JURE SI TU ES MORT, JE TE RESSUSCITE POUR TE TUER À NOUVEAU"
Prompto grimaça. Il avait deviné avec appréhension que sa messagerie serait saturée après avoir été inutilisée pendant plus de vingt-quatre heures; et bien qu'il s'était douté que les messages de son patron – accompagnés de deux enregistrements vocaux parsemés de jurons – seraient quelque peu désagréables, il n'avait pas anticipé les textos furieux d'une Cindy en panique.
Il choisit de commencer par la tâche la plus facile et appela son employeur. Il lui expliqua qu'il avait passé la nuit et la journée à l'hôpital, mais, avant même de pouvoir entrer dans les détails, il fut interrompu.
– J'en ai rien à foutre, grommela le vieil homme. Je te conseille d'être rétabli à temps pour ton quart de mercredi.
– Ok.
– Et la prochaine fois, je te vire.
– Compris.
La ligne fut coupée et Prompto soupira de soulagement. Au moins, la conversation avait été brève et, dieux merci, il avait toujours un job.
Il écrit ensuite un message à Cindy, trop effrayé par le sermon monumental qu'il subirait certainement s'il lui parlerait de vive voix.
Prompto :
"ça va, je suis vivant"
Cindy la démone qui fait chier :
"pas pour longtemps. dès que je te vois, je t'étripe"
"tout va bien?"
Prompto :
"ouais, rien de grave"
Il hésita. Puis il ajouta :
"j'ai dû m'absenter du boulot à cause d'un petit accident, mais t'inquiète. tout va bien."
– Un petit accident?
Prompto souleva un sourcil vers Noctis.
– Tu lis par-dessus mon épaule?, accusa le blond d'un ton désapprobateur.
– Pourquoi tu ne lui dis pas la vérité?
Prompto soupira de frustration.
– Ça ne te concerne pas.
– C'est malsain.
Il claqua la langue. Il était fatigué, il avait mal partout et il n'appréciait pas se faire faire la morale par quelqu'un qui n'avait aucune idée de ce qu'était la vie.
– Cindy a assez de problèmes comme ça. Elle s'occupe de six gamins, putain, elle n'a pas besoin de s'inquiéter pour un septième. Et puis, qu'elle connaisse les détails de ma vie de merde ou pas, qu'est-ce que ça change?! Elle ne va quand même pas guérir miraculeusement l'alcoolisme de mon père!
Noctis resta silencieux et Prompto regretta aussitôt d'avoir levé le ton.
Qu'est-ce qui lui prenait, bordel.
– Désolé…, marmonna-t-il. Je suis…
Il s'interrompit. Il avait voulu dire qu'il était stressé, mais Noctis voudrait en parler, et, bien que beaucoup de choses l'angoissaient, il ne voulait pas avouer que c'était surtout le commentaire du prince concernant une rencontre avec des policiers qui l'obsédait.
Il ne pouvait s'empêcher d'y penser. Il espérait que Noctis ne revienne pas sur le sujet, parce qu'il serait incapable de faire une déposition. Il ne faisait pas confiance aux flics en général – ceux du quartier Nord étaient de vrais connards – mais l'idée de dénoncer son père le terrifiait plus que tout. Raconter les détails, les revivre, se faire questionner…
Donc, après un moment de réflexion, il choisit de répondre d'un simple :
– …Je suis claqué.
Ce qui était vrai.
Noctis ne répondit pas immédiatement et Prompto n'osa pas le regarder. Dans ses mains, son téléphone vibra et il y baissa les yeux.
Cindy la démone qui fait chier :
"quel type d'accident?"
"tu es blessé?"
Il soupira. Sa fatigue augmenta brusquement, et il se sentit soudainement incapable d'argumenter avec aucun de ses deux amis.
Prompto :
"je t'en reparlerai plus en détails bientôt"
"contente-toi de ne pas t'inquiéter"
Cindy la démone qui fait chier :
"trop tard"
"mais d'accord"
"prends bien soin de toi, ok?"
Prompto fixa longuement son téléphone.
Il essayait, putain.
– Tu veux aller dormir?, demanda soudainement Noctis.
Prompto fut soulagé que Noctis n'insiste pas pour continuer leur conversation précédente. Il hocha la tête.
– Ouais. Je crois que j'en ai vraiment besoin.
– Ok. Je vais au lit moi aussi, commenta-t-il en éteignant la télévision.
– T'as dormi toute la journée, répliqua Prompto d'un ton légèrement moqueur.
– Toi aussi.
– Ouais, mais moi, j'ai une excuse.
Noctis se leva et s'étira en couinant bruyamment. Le son qu'il produisit fut absolument adorable et Prompto ne put empêcher un petit sourire.
– Moi aussi, remarqua le prince. J'ai huit ans sans sommeil à rattraper.
Puis, en se dirigeant vers sa chambre, il ajouta :
– Tu veux qu'on partage mon lit?
– Heu…
Le sourire de Prompto se fana. Il rêvait de s'endormir aux côtés de Noctis, de sentir sa présence, son aura de protection autour de lui comme une couverture douillette, mais… La vérité était qu'il n'avait plus de raison pour dormir avec lui. Après tout, le prince n'était pas actuellement au plein milieu d'une terreur nocturne et le mobilier ne manquait pas comme à l'hôpital.
Sans parler du fait que Ignis le tuerait très certainement, à coup de rayons laser mortels expulsés par ses yeux.
– Je vais dormir ici, dit-il finalement, en claquant de la paume le canapé sur lequel il était toujours assis.
Noctis eut un regard déçu, mais il disparut aussi vite qu'il était apparu.
– Ok… Je te trouve une couverture.
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.
La couverture, fleurie jaune et rose, se révéla être un rideau. Prompto en fut certain car il passa la nuit à l'observer, glissant ses doigts dans les rubans servant à le suspendre à une tringle, entre ses côtes qui n'appréciaient définitivement pas la fermeté du canapé et son esprit incapable de s'arrêter assez longtemps pour lui permettre la moindre once de sommeil.
Son traître de cerveau ne cessait de rejouer les événements de la veille en boucle. L'arrivée de son père dans la chambre, le visage rouge de colère. Les accusations qu'il lui avait crachées au visage. Les jurons. Puis, bien sûr, les coups. La bouteille, la douleur, la vodka. La confusion qui avait suivi, la magie des Lucii qui inondait la pièce.
Le regard de Noctis lorsque celui-ci s'était penché vers lui, terrifié pour Prompto.
Ces mêmes yeux bleus, intenses, qui le regardaient en lui promettant qu'il serait là pour lui.
Sa main brûlante contre sa joue.
Ses jambes enroulées aux siennes.
Sa proposition de rencontrer les policiers avec lui.
Il se sentait stupide d'angoisser autant sur un simple commentaire, mais l'idée même de faire une déposition le terrifiait. Non seulement il n'avait pas l'impression que son cas méritait l'attention des policiers, mais il ne croyait de toute façon pas avoir l'énergie nécessaire pour entreprendre un procédé de la sorte.
Et puis, qu'est-ce que ça signifiait, concrètement? Son père serait interdit temporairement de quitter le pays le temps de l'enquête, ce qui serait une tragédie pour Prompto qui le préférait le plus loin possible de lui en tout temps. Pire, peut-être même qu'il serait flanqué d'une injonction l'interdisant d'approcher son fils le temps des procédures, ce qui reviendrait à expulser Prompto de sa maison, puisqu'elle lui appartenait. Le blond était majeur et n'obtiendrait pas d'aide pour être relocalisé; il allait donc devoir trouver un autre endroit où vivre. Et il avait déjà calculé, le jour suivant la visite de l'huissier, qu'il en serait réduit à deux scénarios possibles : abandonner ses études pour travailler à plein temps et louer une chambre, ou vivre à la rue pour les prochains mois jusqu'à l'obtention de son diplôme.
Il ne pouvait pas accepter aucune de ces deux options. Il avait trop souffert pour abandonner maintenant.
Il n'avait pas le choix.
.
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Prompto dû s'endormir, car il fut brutalement réveillé par un Umbra trop optimiste qui lui léchait le visage sans la moindre délicatesse.
– Ahhh bordel…, grommela-t-il. Dégueulasse.
Il le repoussa d'un mouvement endormi, puis se frotta le visage d'une main pour enlever la salive nauséabonde qui le recouvrait.
Il entrouvrit les yeux avec difficulté. Le soleil inondait déjà le salon, ses rayons trop lumineux pour son mal de tête qui faisait déjà sentir sa présence.
– Tu es réveillé?, fit la voix de Noctis.
Prompto tourna la tête pour regarder vers la cuisine, où le prince était penché au-dessus d'un bol de céréales. Ryan Reynolds était assise à ses pieds, les yeux rivés sur lui en espérant visiblement qu'une partie de son repas tombe miraculeusement dans sa gueule.
– Plus ou moins, soupira le blond en se frottant un œil. Il est quelle heure?
– Dix heures.
Prompto lui lança un regard surpris. Il s'assit doucement sur le canapé, grimaçant lorsque ses blessures s'éveillèrent, et jeta un coup d'œil à son téléphone qui lui confirma qu'il était effectivement très tard pour un lundi.
– On ne devrait pas être à l'école?, demanda-t-il d'une voix rauque en se levant prudemment. Pourquoi tu ne m'as pas réveillé?
– T'es dingue de croire que je te laisserai aller à l'école dans l'état que tu es, répondit Noctis. Et je reste pour te surveiller. Rappelle-toi ce que le doc a dit : tu ne peux pas rester seul pour l'instant… Tu veux des céréales?
Prompto fit un hum affirmatif et se dirigea d'un pas lent, le plancher froid sous ses pieds nus, vers la table sur laquelle il déposa son téléphone avant de s'asseoir devant le prince. Les anti-douleurs qu'il avait reçus à l'hôpital avaient nettement perdu de leur efficacité et il avait l'impression qu'il n'existait pas un seul centimètre sur son corps qu'il ne ressentait pas péniblement.
Il remercia Noctis lorsque celui-ci posa un bol de céréales multicolores devant lui.
Putain. Son mal de tête empirait déjà.
– J'ai parlé à Iggy, dit le prince en retournant à son repas. Il était moins en rogne qu'hier.
Prompto se pinça les lèvres tout en ajoutant du lait à son bol. Il n'avait pas trop envie de parler du conseiller, mais il se garda la réflexion.
– Il m'a dit qu'il viendrait plus tard, continua le prince, les mots mâchouillés autour de sa bouchée. Il avait du travail ce matin, mais il m'a promis qu'il allait libérer son horaire à partir de midi.
Le blond fit un son indiquant qu'il suivait la conversation, mâchant lentement son repas. Les céréales étaient trop sucrées et elles lui donnèrent immédiatement la nausée.
– Donc, nous pourrions aller au poste de police cet après-midi, si tu te sens bien.
Prompto figea, la cuillère suspendue devant sa bouche. La nausée amplifia aussitôt, une sueur froide glissant désagréablement sur sa nuque.
– Heu…
– Tu n'as pas à t'inquiéter, j'irai avec toi.
Prompto lâcha un long soupir, puis déposa sa cuillère de nouveau dans son bol, sans en avoir mangé le contenu.
Cette conversation allait être difficile.
– Je n'irai pas au poste de police, déclara-t-il, les yeux rivés sur les céréales devant lui. Et je ne ferai pas de déposition.
– Quoi?! Mais pourquoi?!
Prompto n'osa pas regarder Noctis dans les yeux, effrayé par la colère qu'il entendait déjà dans sa voix.
– Parce que… c'est un bordel. Je… Je ne peux pas dénoncer mon père tant que j'habite chez lui. J'ai besoin de sa maison, actuellement, et j'ai peur qu'une injonction m'empêche d'y retourner.
– Tu ne comptes quand même pas retourner vivre là-bas?!
Prompto leva les yeux vers Noctis. Celui-ci avait l'air fâché, ses sourcils froncés et sa bouche tirée vers le bas.
– Bien sûr, c'est là que j'habite…
– C'est aussi là qu'habite le type qui t'a pété la gueule, je te signale!
– …Seulement quelques jours par mois.
Il eut un moment de silence durant lequel Noctis le dévisagea. Ses lèvres étaient pincées et ses narines dilatées comme s'il se retenait de toutes ses forces pour ne pas crier.
Puis, il se leva brusquement, sa chaise grinçant désagréablement contre la céramique. Il attrapa son bol vide et se rendit au lavabo où il le déposa d'un mouvement sec.
Il y resta appuyé sans parler, les épaules rondes, et Prompto se mordit les lèvres. Le silence était lourd, gorgé de tension, et la colère flottait dans la pièce comme un nuage gris qui l'étouffait, serrant péniblement son estomac qui menaçait de recracher l'unique bouchée qu'il avait réussi à avaler.
Il ne supportait pas que Noctis soit fâché contre lui, après avoir subi les colères de tellement de gens ces derniers jours, et il se sentait coupable.
Mais quelles étaient ses options?
Il fixait les céréales qui tournoyaient dans le lait, colorant celui-ci d'un arc-en-ciel, lorsque la voix sobre de Noctis se leva à nouveau.
– Tu te souviens m'avoir dit qu'un jour, je pourrai changer les choses?
Prompto tourna la tête vers lui. Le prince était toujours appuyé contre le lavabo sans le regarder.
– J'ai… Oui. Je me souviens.
Noctis se retourna. Son regard était perçant.
– Je veux changer les choses. Je veux changer les choses pour toi. Laisse-moi t'aider.
Prompto déglutit difficilement.
– Je… Je ne disais pas… Je ne parlais pas de moi…
– Mais c'est toi que je veux aider.
Noctis fit un pas vers lui.
– J'aurais dû t'aider il y a longtemps, continua-t-il, mais j'ai été naïf. Je te voyais arriver à l'école avec des ecchymoses dans le visage, je te voyais passer du temps à la cantine sans que tu avales la moindre bouchée… J'étais inquiet, mais je ne prenais pas conscience de l'ampleur du problème…
– Comment… Quoi? Comment aurais-tu pu deviner quoi que ce soit, depuis le peu de temps qu'on se connaît?
Cette fois-ci, Noctis détourna le regard, comme s'il était pris d'un élan de timidité. La réaction fut inattendue et Prompto fronça brièvement les sourcils.
– Le jour où tu as retrouvé Pryna…, expliqua le prince, je te connaissais déjà. Ça faisait très longtemps que je t'avais remarqué à l'école, que je t'observais de loin… mais je n'avais jamais eu le courage de venir te parler. Je… Je te trouvais cool. Tu te foutais de ce que pensaient les autres, tu étais intelligent, tu étais… beau et… J'avais un… un béguin pour toi. Depuis longtemps. Voilà.
Noctis glissa une main nerveuse dans ses cheveux, et Prompto le regarda sans parler, bouche bée. Il n'arrivait pas à croire ce qu'il entendait, que le rouge sur les joues du prince était bien réel.
Ça ne faisait aucun sens.
– Le jour où Barbarossé a annoncé qu'il fallait trouver un coéquipier pour le prochain projet, continua le prince, j'ai, heu. J'ai sauté sur l'occasion… J'ai attendu que la classe se vide pour m'assurer que tu sois forcé d'être en équipe avec moi.
– Mais… Je t'ai envoyé te promener au moins huit cents fois?, bégaya Prompto, perplexe.
Noctis craqua un sourire, son regard se posant sur lui à nouveau.
– Ouais, j'admets que t'as un sale caractère... Mais c'est ce que j'aimais chez toi… Je veux dire. C'est ce que j'aime.
Prompto devait avoir l'air d'un poisson hors de l'eau, incapable comme il était de fermer la bouche, car le choc était trop grand pour lui permettre former la moindre pensée cohérente. Noctis s'approcha vers lui lentement, puis tendit la main. Le blond y posa la paume sans réfléchir et les longs doigts du prince enroulèrent les siens.
Il fut tiré doucement hors de sa chaise et se retrouva debout devant Noctis, dont l'intensité du regard le fit frissonner.
– Prom…, reprit le prince en prenant ses deux mains. Je sais que tu as peur, mais je t'ai promis que je serai là pour toi. Tu ne peux pas continuer de vivre comme ça, sous les coups de ton père… Si tu le dénonces, il ira enfin en taule où il ne pourra plus jamais lever la main sur toi.
– Mais… Mais j'habite chez lui?, répéta Prompto d'une faible voix.
– Tu peux rester ici. Je t'hébergerai aussi longtemps que tu en auras besoin.
Le cerveau de Prompto roulait à cent kilomètres à l'heure.
– Mais… Et si… Et si les policiers ne me croient pas?
– Je témoignerai en ta faveur, et je vais aussi faire ma propre déposition. Il m'a poussé, rappelle-toi… Et même si ce n'était pas très violent, ça reste une voie de fait sur un membre de la famille royale… Avec nos deux plaintes, il n'aura aucune chance. Crois-moi.
– Je…
Prompto eut une soudaine envie de pleurer. Il inspira profondément, son souffle tremblant sous l'émotion. Est-ce que ça serait aussi simple? Est-ce qu'il pourrait réellement être libre de son père? Son cerveau n'arrivait pas à absorber toute l'information.
Sur la table, son téléphone vibra bruyamment contre le bois vernis.
– Prom,... murmura le prince en serrant ses doigts. Dès le premier jour que tu es entré dans ma vie, tu l'as transformée. Tu m'as donné le goût de la vivre, tu m'as rendu heureux, tu m'as montré qu'il fallait se battre pour les choses importantes.
La poitrine de Prompto gonflait et gonflait, amplifiant à chaque mot qui était prononcé, gorgée de plus en plus de ce sentiment qu'il connaissait maintenant parfaitement, et qui n'avait plus de limite, qui émanait de lui par tout les pores de sa peau, par toute son existence.
Et Noctis continuait de parler sans s'arrêter, sans la moindre hésitation, dans une conviction absolue.
– J'ai découvert que tu étais aussi extraordinaire que ce que j'avais imaginé, que tu possédais une générosité et une compassion infinies. Je veux être là pour toi comme tu l'as été pour moi…
Le cœur de Prompto lui donnait l'impression qu'il allait s'extirper de sa poitrine tant qu'il battait fort, tant qu'il écrasait ses poumons et sa gorge. Noctis était si près de lui qu'il pouvait voir chaque détail de ses iris bleus, les traits cobalts et les pigments cyans, et il avait qu'une envie, c'était de s'approcher, s'approcher et s'approcher, jusqu'à ce que ces yeux soient cachés derrière des cils fermés et que ces lèvres roses soient sur les siennes.
– … parce que, je… je t'aime Prom.
Le tsunami frappa Prompto de plein fouet, un bonheur si puissant, et si effrayant à la fois, qu'il éclata dans chaque centimètre de sa poitrine et lui coupa le souffle. Au même moment, une vague de froid engloutit ses jambes et il sursauta, le son d'un bol se cassant au sol explosant dans la pièce.
Les deux hommes reculèrent précipitamment pour apercevoir, entre leurs pieds, les céréales s'étendre sur la céramique dans un ruisseau de lait multicolore et Ryan Reynolds s'enfuyant dans un cliquetis de pattes paniquées.
– Pryna, putain!, s'exclama Noctis.
Prompto cligna des yeux, comme s'il n'arrivait pas à comprendre ce qui venait de se passer.
– Ça va?, demanda Noctis en le tirant par le bras pour l'éloigner de la porcelaine tranchante qui parsemait le sol. Tu as reçu le bol sur le pied?
– Heu… Non, non, ça va.
Il se sentait dans un état second. Il n'osait pas regarder Noctis, mais celui-ci fixait le sol de toute façon, les joues si rouges qu'il donnait l'impression d'avoir couru.
– Ok, je vais, heu. Je vais chercher un truc pour nettoyer.
Noctis disparut dans la salle de bain – s'enfuit presque – et Prompto resta debout comme un piquet dans la cuisine, incapable de fonctionner comme un être humain normal. Son crâne était envahi par mille réflexions qui s'entrechoquaient violemment, ses émotions impossibles à saisir tant qu'elles étaient entremêlées. Il n'était pas certain que ce qu'il venait d'entendre était bien réel, et pourtant les mots avaient été si clairs, si limpides, et en même temps si inattendus. Il était déchiré entre sa raison qu'il lui disait qu'il avait certainement halluciné et son cœur qui battait dans ses tempes frénétiquement en hurlant d'euphorie.
Putain. Noctis lui avait dit qu'il l'aimait. Lui, Prompto. Et il ne semblait pas parler d'un simple amour d'amitié, mais d'un vrai amour… Un amour comme celui que Prompto ressentait déjà pour lui, depuis un bon moment, même s'il avait stupidement tenté de se convaincre du contraire.
Noctis l'aimait. Et il allait l'aider. Il ne serait plus seul.
Il voulait pleurer de joie.
Il fut tiré hors de ses pensées lorsque Ryan glissa son museau dans sa main, comme pour s'excuser d'avoir cassé le bol.
– Ah, ce n'est rien de grave, t'inquiète, la rassura-t-il.
Il lui caressa la tête, puis remarqua du coin de l'œil son téléphone sur la table. Le voyant vert clignotait, indiquant qu'il avait reçu un message, et il attrapa l'appareil pour le consulter.
Il regretta instantanément lorsqu'il lut les mots noirs sur l'écran lumineux.
R. Argentum :
"j'imagine que ta pédale de prince ne sait pas que tu es un nif ?"
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Les déclarations d'amour interrompues, ma spécialité lol
J'ai lu que les commotions cérébrales provoquent des sautes d'humeur, c'est ce que j'ai essayé d'illustrer... Et si je dois l'expliquer ici, c'est que je l'ai pas super bien écrit lol
J'ai confiance que ma plume reviendra comme avant! Entre-temps, merci de m'encourager, je vous envoie de grosses accolades bien serrées!
Charlie
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