Les vagues de la réconciliation (2/3)

Buck était allongé contre Eddie, la chaleur de leur étreinte apaisant ses inquiétudes, mais ses pensées dérivaient inévitablement vers ces sept années passées sans lui et sans leur fils, dont il ignorait l'existence.

Leur histoire d'amour n'avait duré que quelques jours, mais ils s'étaient aimés avec une passion ardente. Alors que ses études de médecine venaient de commencer, Buck s'était orienté vers la biologie marine dans l'espoir de comprendre ce qu'était Eddie. Il se souvenait de l'avoir vu plonger dans les profondeurs, interagir avec les animaux marins, de l'avoir toujours su et aimé encore plus fort pour cela.

– Est-ce que tu as une queue de poisson quand tu nages ? demanda-t-il.

– Légende, répondit Eddie avec un sourire. Une queue de poisson ne serait pas pratique au quotidien, mais j'ai les pieds palmés.

Buck se redressa brusquement, le regard plein d'espoir, cherchant à vérifier s'il était sérieux.

– Bon sang, dit-il. Il faut que je vois ça.

Il se glissa au fond du lit et observa les pieds d'Eddie.

Il trouva cela vraiment incroyable, tout autant que les adorables branchies d'Eddie, juste derrière ses oreilles. Eddie était tellement spécial, tellement parfait et incroyable.

Il revint se coucher contre lui, embrassant son torse.

– Est-ce que... Je veux dire, comment... ?

– Pose juste ta question, Buck, le coupa gentiment Eddie.

– Comment a-t-on pu concevoir Christopher ?

Eddie eut un petit sourire amusé.

– Je dois vraiment te faire un dessin ?

– Non, je me souviens de comment on l'a conçu, rougit-il. Ce que je ne comprends pas, c'est que nous sommes deux hommes.

– Oh, souffla Eddie. En fait, TU es un homme. Moi, je suis une sirène et je suis hermaphrodite. Je suis né mâle, mais quand la situation l'exige, je peux porter un enfant comme les femelles. Je ne sais pas pourquoi mon corps a ressenti ce besoin pressant de se reproduire.

– Je suis content qu'il l'ait fait, murmura Buck en l'embrassant de nouveau.

– Christopher va aller mieux ? demanda Eddie le regard soudain voilé.

– Il va déjà mieux, le rassura-t-il. Par contre il présente une atrophie des branchies. Elles ne se développent plus et notre fils ne peut plus traiter l'oxygène de l'eau autant qu'il en a besoin. Eddie, Christopher ne peut plus vivre au fond de l'eau.

– Je comprends, souffla-t-il. Et je ne veux pas y retourner non plus. Je veux rester avec toi, que nous formions une famille.

– Nous formons une famille, confirma Buck l'embrassant de nouveau tendrement.

Ils se levèrent et prirent le petit déjeuner en famille quand tout à coup la porte s'ouvrit violement les faisait sursauter. Eddie se leva pour protéger Christopher de son corps alors que Buck était déjà debout faisant un rempart de son corps pour les protéger tous les deux. Sa position était défensive et ses poings serrés prêt à faire face à n'importe quel danger pour protéger sa famille.

Là devant lui se trouvait un homme à la longe chevelure noire sertie d'or.

Cette apparition était aussi effrayante que captivante. Mais Buck ne se laissa pas distraire. Il sentit Eddie et Christopher derrière lui complètement terroriser par le nouvel arrivant et il savait qui il était sans qu'on ait besoin de les présenter.

– Eddie, dit le roi, sa voix résonnant comme un tonnerre sous-marin. Je suis là pour te ramener.

Eddie se redressa, posant une main sur son épaule, pour le rassurer. Ses yeux se firent plus fermes, bien qu'une lueur d'angoisse brillât encore en eux.

– Vous ne comprenez pas, père, dit Eddie d'une voix tremblante mais ferme. Christopher est malade. Il a dû mal à puiser l'oxygène de l'océan. Il doit rester ici en surface.

Son père le regarda avec un mélange de dédain et de colère.

– Il est une honte pour notre lignée. Ta présence ici, sur la surface, est une aberration. Tu dois rentrer immédiatement et laisser ce... faible pleurnichard derrière toi. Il n'a pas sa place parmi les nôtres.

Eddie se redressa, son visage durci par la détermination.

– Non ! s'écria-t-il. Christopher n'est pas une honte. Il est mon fils, et il a besoin de moi. Vous ne pouvez pas simplement le rejeter ainsi, ni me forcer à rentrer.

Le regard du père d'Eddie se durcit encore plus. Il fit un pas en avant, menaçant, mais Buck ne se laissa pas intimider et vint se placer entre sa famille et lui.

– Ton humain, cracha-t-il. Combien de temps penses-tu qu'il va survivre si je décide de détruire ce village ? Combien de temps avant qu'ils ne se noient tous ?

– Père, s'écria Eddie la voix tremblante.

– Si tu rentres ils pourront continuer leur minable existence mais si tu choisis de rester, je te trainerais moi-même à la maison après les avoir tous exterminés. Eddie posa sa main sur sa joue et Buck dû retenir ses larmes au prix d'un immense effort. Une nuit avait été bien trop court pour refaire connaissance.

Il ne voulait pas le perdre encore.

– Prends soin de Christopher et aimes-le plus fort que tout.

– Eddie non, pleura-t-il. Je t'en prie.

– Je t'aimerai toujours, souffla-t-il. Toi aussi, mon fils.

Eddie fit un pas vers son père mais Buck refusait qu'il parte et il le tira en arrière pour le garder sous sa protection. La riposte fut immédiate et Buck sentit la puissance du coup qui lui fut porté au ventre que lorsqu'il s'écrasa contre le mur de la cuisine.

– Buck, souffla Eddie en larmes. Je vous en prie, père, je ferai tout ce que vous demanderez mais épargnez-le.

Le visage de Eddie était marqué par une détermination désespérée, et Buck se rendit compte qu'il avait perdu, Eddie avait pris sa décision.

– Papa, pleura Christopher.

– Tout ira bien, promit-il. Sois heureux, Christopher.

Eddie suivit ses parents, et Buck, accablé par le chagrin, le regarda partir.

Les semaines avaient été longues et éprouvantes. Chaque jour, Buck lançait une bouteille à la mer, avec un message pour Eddie, espérant que l'amour et le désespoir qu'il y exprimait parviendraient à traverser l'immensité de l'océan. Il écrivit des lettres remplies d'émotions, implorant Eddie de revenir, de ne pas oublier l'amour qu'ils partageaient et de rester fort pour leur fils.

Les mois passèrent, et Buck se retrouva seul avec Christopher.

Son père et sa sœur passait tous les jours pour le sortir de sa misère mais Buck était anéanti. Tout comme la première fois que Eddie avait disparu il se sentait inutile et désespéré.

– Il me manque, souffla-t-il à sa sœur.

– Je sais Buck, mais tu as un fils dont tu dois t'occuper et il a besoin de toi pour apprendre les codes de ce monde.

– Comment savais-tu… pour Eddie et moi ? Comment savais-tu que Chris était mon fils ?

– Je ne le savais pas. Ton père aurait dû te parler de tout cela il y a bien longtemps.

– Me parler de quoi, Mads ?

– Notre mère a eu deux maris, tu le sais mais ce que tu ignores c'est que nous avions un frère issu d'une troisième union.

– Un frère ?

– Il s'appelait Daniel. Ton père a essayé de le soigner quand il est tombé malade et il a découvert sa condition de sirène. Son père était sirène et Daniel avait le syndrome opposé à celui de Christopher. Il mourait parce qu'il était ici avec maman et pas dans l'océan avec son père.

– Il est partit dans l'océan ?

– Maman a essayé. Son père… il ne voulait pas d'un enfant hybride. Daniel est mort d'un empoisonnement du sang, quand il n'était encore qu'un nourrisson. Maman a eu beaucoup de mal à s'en remettre et puis Bobby lui a redonner le sourire et tu es arrivé.

– Christopher va aller bien n'est-ce pas ? s'enquit-il terrorisé à l'idée de perdre son fils de façon si cruelle.

– Il va mieux de jour en jour, lui sourit-elle. Il va revenir Buck, il t'aime et il va revenir.

Buck acquiesça tentant de garder cette petite parcelle d'espoir en lui.

Chaque jour, il se battait contre sa tristesse, en prenant soin de leur fils avec tout l'amour dont il était capable. Ses messages dans les bouteilles reflétaient ses sentiments les plus profonds, pleins d'espoir, d'amour et de désespoir. Le bruit des vagues et le vent emportaient ses cris silencieux vers l'endroit où Eddie était supposé être.

Enfin, après trois mois, Eddie réapparut à la surface.

Il sembla plus mature, les traces du chagrin et de la lutte évidentes sur son visage. Epuisé mais heureux Buck fit un pas vers lui mais Eddie lui fit signe de rester où il était.

– Je ne reste pas, Buck, dit Eddie, d'une voix mélancolique. Il est temps que tu arrêtes de polluer l'océan avec tes messages.

Buck se figea tant le désespoir le consumait.

– Je t'aime, fut tout ce qu'il pouvait dire.

– Je t'aime aussi, sourit-il doucement. Je vais revenir, Buck. Je te le promets. Mais pour l'instant, il y a encore des choses à… régler. J'ai des choses à faire mais je te promets que je vais revenir et que je ne partirai plus jamais.

– Quand ?

– Bientôt, promit-il encore avant de disparaitre.

Buck acquiesça, son cœur lourd de douleur mais également de soulagement.

L'année passa dans un flou de tristesse et de désespoir. Christopher était la seule lumière dans sa vie et Eddie leur manquait cruellement à tous les deux.

Eddie revint un matin de printemps.

Buck apprit que le roi, son père, avait succombé à la maladie, et Eddie avait pris sa place sur le trône. La transition avait été difficile, mais Eddie avait décidé de déléguer les affaires courantes du royaume à un second de confiance pour se concentrer sur sa vie à la surface avec Buck et Christopher.

Buck embrassa Eddie avec tout ce qu'il avait comme pour essayer de le retenir a lui.

Eddie répondit avec ferveur et Buck se détendit. Eddie l'aimait toujours, leur amour n'avait pas faibli, et ils étaient prêts à recommencer une nouvelle vie ensemble.

– Buck, je suis de retour, dit Eddie, son visage illuminé par un sourire sincère. Je veux passer le reste de ma vie avec toi.

– Je t'aime tellement, souffla Buck. Tellement.

Eddie tint sa promesse et Buck se détendit au fils des mois. Ils vécurent ensemble, élevant leur fils et construisant une vie pleine d'amour et de bonheur, prouvant que l'amour véritable pouvait surmonter tous les obstacles, même ceux imposés par des royaumes et des océans.