Le dixième jour après son réveil, Harry se mit d'accord avec lui-même sur le fait que sa vie était foncièrement nulle à chier et que, dans une vie antérieure, il avait dû commettre de terribles crimes pour que le destin lui chie à la gueule aussi souvent.
Il était de retour à Sainte-Mangouste pour une nouvelle série de tests foncièrement ennuyants et, honnêtement ? Il était désormais prêt à vendre père et mère pour qu'on le sorte de cet asile de fous.
Bon. Soit. Peut-être qu'il exagérait légèrement. D'un autre côté, un patient avait débarqué dans sa chambre sur les coups de midi et lui avait volé son pudding au chocolat pour se l'étaler sur le visage et repartir en courant. Ça aurait pu s'arrêter là, mais l'homme n'était pas parti sur ses deux jambes, mais bien en galopant sur ses mains et ses pieds. Une image qu'il n'était pas certain de pouvoir un jour oublier. Après quoi, Harry s'était fustigé mentalement. De quoi se plaignait-il ? Il était là parce que sa magie faisait des trucs qu'elle n'était pas censée faire alors que le voleur de pudding avait clairement... d'autres problèmes d'ordre psychologique.
Bien sûr, cette pensée le ramenait inexorablement à ses propres problèmes psychologiques. Peut-être qu'il ne ressentait pas le besoin de gambader à quatre pattes dans les couloirs de l'hôpital, certes, mais il était un voyageur temporel, avait rêvé d'une Entité qui l'avait plus ou moins changé d'époque par ennui, il était censé arrêter la fin du monde et il avait 11 ans. Sans parler du fait qu'il avait volé le corps d'un petit garçon (ce qui sonnait incroyablement borderline dans sa tête), que la magie de son lui adulte avait migré dans le même corps de 11 ans du susdit gamin et qu'elle risquait apparemment de faire exploser chacune de ses cellules corporelles s'il en abusait trop.
Est-ce qu'il avait mentionné qu'il était également chez les Black, a.k.a les racistes originels ? Bon. Peut-être qu'ils n'étaient pas pionniers en la matière mais être raciste tout court suffisait à Harry pour avoir des envies de violence extrême.
Donc oui. Sa santé mentale était en perdition.
Et apparemment, utiliser sa magie dans son état déglinguerait le corps de ce gamin qui n'avait vraiment rien demandé à personne.
Aussi, Harry soupira profondément de désespoir pour la quatre-cent-mille-et-unième fois de la journée.
La porte de sa chambre était ouverte et du coin de l'œil, il put voir une jeune médicomage lui adresser un petit sourire avant de se mettre à glousser avec ses comparses.
Parce qu'apparemment, il était également devenu le chouchou de l'aile dédiée à la pédiatrie parce qu'il avait des "joues adorables" et un "regard qui tue" terriblement drôle.
Harry détestait sa vie.
Cela dit, d'un autre côté, le fait d'être de retour dans le passé et d'avoir autant de temps libre devant lui (comprenez par là que les adultes qui l'entouraient passaient leur temps enfermés dans leurs bureaux pour discuter de son cas en le laissant seul) lui permit de tenter d'organiser ses pensées et un plan d'action.
Melania, la mère du garçon, avait offert quelques informations à Harry. Après tout, il jouait toujours son rôle d'amnésique à la perfection et donc, la sorcière trouva normal que le garçon lui pose quelques questions.
Harry apprit notamment qu'Orion Black - le père de Sirius - avait entamé sa première année en septembre dernier et que Lucretia, la sœur aînée, avait commencé sa quatrième année. Il avait également appris qu'Orion et Antares n'avaient que quelques mois d'écart. Orion était apparemment un bébé prématuré et Melania était tombée enceinte presque immédiatement après son deuxième accouchement - ce qui expliquait l'écart d'âge ridiculement faible entre les deux garçons. Melania indiqua également au garçon qu'il s'entendait bien avec ses deux aînés, que Lucretia était une fille plutôt franche et prise par les études et qu'Orion était un leader en devenir. Elle lui raconta quelques anecdotes où, bien souvent, il fut question d'un Antares suivant son grand-frère comme un chiot perdu. Apparemment, le dernier-né Black était un gamin timide et du genre à rester planqué dans les jupes de maman. Harry pouvait le comprendre. S'il avait eu une mère, il doute qu'il aurait voulu passer un seul instant loin d'elle. Mais ça, c'était probablement parce que sa propre mère avait été assassinée et qu'il n'était pas impartial.
Cela lui fit d'autant plus de peine de comprendre que Melania avait une relation très fusionnelle avec son petit dernier. Il pouvait voir dans les yeux de la femme qu'elle cherchait à chaque instant des traces de son fils disparu. Il s'en était allé et à la place, Melania n'était pas certaine de ce qu'elle avait récupéré.
Son fils s'était montré relativement docile avec tous les tests, silencieux et sans nécessairement trop de débordement. Il avait été un moulin à paroles avant son accident, s'extasiant sur tout ce que la vie avait à offrir et babillant, babillant et babillant. Désormais, Antares était sourd. Il était sourd et un genre d'aura sombre l'entourait. Elle avait l'impression que son fils avait pris dix ans d'un coup, qu'il était plus mature, plus réfléchi et tellement moins naïf. Les questions incessantes de son enfant lui manquaient terriblement et elle ne savait pas comment réagir. Elle savait qu'elle ne cesserait jamais d'aimer Antares. Et puis, l'enfant avait haussé le ton pour la toute première fois en dix ans et elle l'avait dévisagé comme s'il n'était qu'un inconnu. Melania Black était perdue, là où son mari s'était montré très lunatique.
Un coup, Arcturus prenait régulièrement des nouvelles de son dernier né, un coup il semblait oublier avoir un deuxième fils. Un coup il se rendait à son chevet, un coup il indiquait être trop occupé et que de toutes façons, l'enfant était d'ores et déjà plus ou moins mort. Puis Antares s'était réveillé et on leur avait appris qu'il avait perdu l'ouïe - ce qui avait profondément contrarié le patriarche. Un sorcier sourd ? Un Black de surcroît ? Et puis quoi encore ? Surtout qu'il ne voyait vraiment pas comment une chute en balai avait pu résulter d'une blessure pareille.
Ainsi, Harry apprit que, dans un premier temps, monsieur Black avait menacé Sainte-Mangouste de poursuites judiciaires pour erreur médicale. Ce n'était bien sûr pas Melania qui le lui confirma, mais le guérisseur Golding qui s'avéra être une étonnante pipelette. Harry en vint à se demander s'il ne lui avait pas donné cette information dans le but de défendre l'intérêt de l'hôpital. Après tout, les soignants n'avaient-ils pas pris soin de l'enfant avec une grande attention ? Harry en avait presque levé les yeux au ciel. Une information était une information, peu importe le but dans lequel elle lui avait été donnée alors il n'avait pas commenté outre mesure.
Finalement, Melania assura à son dernier-né que monsieur Black était chamboulé par la nouvelle et qu'il ne détestait pas réellement le garçon (parce que Harry avait une grande gueule et qu'il n'avait pas pu s'empêcher de poser la question).
Tu comprends, avait dit Melania, avoir un enfant avec une telle... particularité peut être mal vue dans certaines sphères. Ton père a une réputation à protéger et la réputation fait tout.
Il avait haussé un sourcil, le doute s'inscrivant sur son visage. Melania avait grimacé et demandé de lui faire confiance.
Et que vouliez-vous répondre à cela ?
Et bien pas grand-chose. Harry avait laissé tomber le sujet. Cependant, le doute persistait. Pour lui, Arcturus Black considérait son dernier-né comme mort et il s'étonnait jour après jour de ne pas avoir été répudié comme Sirius l'avait été.
Et puis, il y avait eu les accidents magiques et... le revirement avait été pour le moins déconcertant. Le patriarche n'en était pas à lui adresser la parole avec des mots qui lui étaient permis de comprendre mais... il considérait sa personne comme une actuelle présence ce qui était énorme en fin de compte.
Bien évidemment, Harry et ses vingt-six années de vie lui avaient appris que certaines personnes étaient juste profondément avides. De son point de vue, Arcturus Black avait compris qu'Antares était trop puissant pour son jeune âge et comptait bien le faire parader devant toute sa clique de sang-pur. Sauf qu'il était officiellement reconnu porteur de handicap (ou quelque chose comme ça puisqu'un tel service n'existait pas officiellement) et ça, monsieur Black ne savait pas trop quoi en faire.
En bref, Harry avait fait le plein de nouvelles informations et avait l'impression que sa tête allait exploser. Il n'avait aucune idée de comment Hermione avait pu faire autant de place pour autant de savoir dans sa tête.
Penser à Hermione le ramena à un autre problème : la fin du monde.
Harry était presque certain que son rêve n'était pas qu'un rêve - parce qu'il était un sorcier et que des tas de trucs étranges se produisaient en permanence. Il croyait dur comme fer en l'entité qui l'avait alpagué en plein sommeil et ne savait pas franchement quoi faire de la mission qu'on lui avait confiée.
Il ne savait pas qui provoquerait la fin du monde - bon d'accord, on lui avait dit qu'il était la raison pour laquelle tout allait mal dans le monde mais Harry avait choisi de ne pas s'attarder là-dessus parce qu'il se trouvait relativement OK pour un type qui avait beaucoup perdu.
Donc, il n'avait pas plus d'informations que cela. Où, quand, comment - tant de réponses qu'il n'avait pas obtenues.
Voldemort était mort pour de bon et il ne voyait vraiment pas quelle menace pouvait désormais planer sur le monde sorcier. Et honnêtement ? Il espérait sincèrement que Tom soit définitivement mort.
Sauf qu'il ne l'était plus.
Enfin, pas encore. Parce que Harry avait percuté entre la neuvième et la dixième nuit de l'année à laquelle il se retrouvait et sauf erreur de sa part, il était presque certain que Voldemort était actuellement en classe à Poudlard.
Ce qui... ouvrait tout un monde de possibilités.
Peut-être que sa mort avait bouleversé la magie et qu'il ne devait pas mourir et que pour cela, Harry était censé le ramener du côté du bien.
Peut-être qu'il devait sauver Mimi Geignarde pour garantir la sécurité du monde magique.
Peut-être même qu'il devait empêcher Dumbledore de devenir directeur de l'école.
Oui, Harry était toujours vexé du fait que Dumbledore l'avait élevé, il cite, "comme un porc pour l'abattoir". C'était blessant. Et huit ans plus tard (ou quatre-vingt ans plus tôt) il n'avait pas spécialement fait la paix avec cette idée.
En gros, il y avait trop de paramètres à prendre en compte et l'Entité l'avait jeté dans la fosse aux lions sans même un "bonne chance !". C'était plus un "débrouille-toi, chacun pour soi, hasta la vista".
Harry réitérait donc que sa vie était foncièrement merdique.
Est-ce que tu m'écoutes ? demandèrent les lettres magiques.
Ce à quoi Harry répondit d'une moue moqueuse et d'un haussement de sourcils. Devant lui, Melania Black fronça les sourcils, percutant l'information, grimaça et glissa ses poings sur ses hanches. La ressemblance avec Molly Weasley fut étrange et Harry grimaça à son tour.
"J'ai compris," dit-il, persuadé qu'on ne le laisserait pas tranquille tant qu'il n'aurait pas annoncé sa réponse de vive voix.
Je suis on ne peut plus sérieuse, Antares. Tu ne dois en aucun cas utiliser ta magie. Même avec la baguette d'entraînement. Tu as entendu... compris ce que le guérisseur Golding a dit. Tu pourrais en mourir, et il est hors de question qu'une telle chose arrive.
"J'aimerais souligner que rien n'est arrivé après la chambre, le buste, le vase et les vêtements de Bl... Père," qu'il se rattrapa de justesse. "Je vais parfaitement bien, bon sang."
Considère-toi chanceux. Écoute-moi bien - et cesse de lever les yeux au ciel, par Merlin, c'est une manière de parler -, je sais que c'est très frustrant. Je t'assure que nous cherchons une solution, mais en attendant, pas de magie. Les tests effectués par les spécialistes sont clairs. Tu t'exposes à de graves dommages internes. N'as-tu pas passé assez de temps à Sainte-Mangouste ?
Harry voulut répondre mais, devant le regard terrifié de la matriarche Black, il ferma sa grande bouche.
De manière générale, oui. Melania avait raison. Il en avait marre de devoir être ramené dans ce fichu hôpital tous les deux jours. D'un autre côté, il désespérait. Il était un sorcier, par Merlin, comment était-il censé empêcher la fin du monde sans l'aide de sa magie ? Harry était contrarié.
Ma vie est merdique, songea-t-il en croisant les bras.
Le regard de la sorcière se fit un peu plus doux et un poil amusé et Harry, non sans ronchonner, décroisa les bras. Non, il n'était pas du genre à bouder.
Il était frustré en réalité. Il avait la nette impression qu'on était en train de se foutre de lui. Il connaissait son corps et savait pertinemment que rien ne lui était arrivé après le pseudo incident magique.
Bon, certes. Il connaissait le corps de Harry Potter. Pas celui d'Antares Black.
Peut-être qu'il avait effectivement eu une terrible migraine après coup. Mais c'était parce que l'Entité avait trafiqué son corps, pas parce qu'il avait utilisé la magie, n'est-ce pas ?
N'est-ce pas ?
Une voix ricana à l'arrière de sa tête et Harry décida de ne pas en tenir compte.
"Comment est-ce que je vais faire l'année prochaine ?" demanda-t-il.
Parler était désormais étrange. Il sentait que ses cordes vocales luttaient pour produire une sonorité dite normale. Il savait que le rendu était loin d'être aussi posé qu'à son habitude. Il était un instrument désaccordé en plus de tout le reste.
Nous trouverons une solution, répéta Melania.
Harry en doutait franchement, mais il ne dit rien. Il était terrifié à l'idée que les sept mois d'attente avant sa rentrée à Poudlard se transforment en une éternité.
Parce qu'il était un adulte mature, il tourna les talons et se rendit dans la chambre d'Antares. Ils étaient rentrés (une fois de plus) au Square Grimmaurd en fin d'après-midi avec la mère du garçon - le père étant aux abonnés absents et la sentence était tombée immédiatement.
La chambre avait retrouvé une apparence somme toute rangée. Cette fois, les vestiges des dégâts avaient disparu comme si rien n'était arrivé et, Harry, après avoir vérifié que personne ne l'eût suivi dans la fuite, ferma la porte derrière lui.
Et parce qu'il n'avait pas changé en deux jours de temps et qu'il était toujours aussi clairement opposé aux règles, il focalisa son esprit sur un jouet en bois trônant sur une étagère de grande facture. L'instant d'après, l'objet flottait jusqu'à lui.
Harry patienta quelques instants. Il s'attendait à recevoir le contre-coup de son acte magique mais rien ne vint. Pas de migraine, pas d'intense douleur. Juste la chaleur réconfortante de sa magie qui, gisant sous sa peau, ronronna.
C'est des conneries, dit-il à personne en particulier.
Un mouvement dans son dos le fit pivoter et il jura silencieusement en constatant que Melania Black se trouvait désormais dans l'encadrement de la porte. Elle paraissait furieuse et Harry, pour la première fois depuis son arrivée, fut envahi d'un sentiment de honte.
Harry passa son bras contre son front ruisselant de sueur, jurant un peu au passage. Ils étaient peut-être en plein mois de janvier, pourtant la chaleur était presque étouffante, là, dans la serre de Melania Black. Sûrement que la magie était à l'œuvre parce qu'il n'y avait aucun moyen pour qu'une aussi vieille bicoque et sa serre de verre puisse conserver aussi bien la chaleur, songea Harry.
À côté de lui, l'elfe de maison s'arrêta dans son geste pour le dévisager un court instant avant de reprendre son désherbage.
Harry n'arrivait pas à croire qu'il était puni. Il avait vingt-six ans et pourtant, Melania l'avait envoyé au charbon comme un enfant, sous la surveillance des elfes de maison. Il était censé retirer les mauvaises herbes car la théorie était qu'il serait alors bien trop fatigué pour penser ne serait-ce qu'à utiliser la magie sciemment.
Et honnêtement ? Cela fonctionnait à merveille. Harry était éreinté. Pourtant, cela ne faisait qu'une heure qu'il était agenouillé dans les imposants massifs de fleurs à ôter les mauvaises herbes de ses mains gantées et par la seule force de ses muscles.
Kreattur, l'elfe de maison avec quelque 80 années en moins, faisait un excellent travail de surveillance et dès que Harry faisait mine de faire une pause, il sentait les grands yeux globuleux de la créature sur son dos.
"C'est pas croyable", marmonna-t-il pour lui-même.
L'elfe de maison pivota de nouveau vers lui.
"Je ne t'ai pas parlé," ronchonna Harry à son attention.
Ce qui n'était pas vraiment sympa ni même poli, mais il s'agissait de Kreattur et il était un emmerdeur de première, alors Harry ne se sentait pas (trop) coupable.
Il arrache une herbe, puis une énième avant de se laisser tomber sur les fesses puis de s'allonger dans l'herbe courte, à bout de souffle.
"D'accord," dit-il finalement. "D'accord. Je crois que je vais vomir."
Arcturus et Melania étaient en pleine dispute. Harry ne parvenait pas à comprendre ce dont il était question, mais il était prêt à parier que cela avait un rapport avec le fait qu'un fils Black ait été envoyé travailler avec les Elfes de Maison - ce qui était plutôt dégradant du point de vue des Sang-Pur. D'autant plus que travailler sans magie, c'était travailler comme un Moldu. Et ça, autant dire que ça n'était pas au goût d'Arcturus.
Harry jeta un coup d'œil vers l'homme. Il était rouge et fulminait clairement. Pourtant, loin d'être impressionnée, Melania répliquait à chacune des paroles qui lui étaient jetées au visage. Pensivement (et un peu impressionné pour sa part), Harry termina son assiette.
Devant son annonce, Kreattur s'était empressé d'aller chercher sa maîtresse. Seulement, c'était Monsieur Black qui s'était pointé, fulminant, et l'avait transporté jusqu'au petit salon à l'aide de la magie. Il avait ordonné qu'on amène de quoi boire et manger à son fils avant de s'en aller houspiller son épouse.
Sans en être tout à fait certain, Harry crut comprendre quelques mots tels que "honte" et "embarras" sur les lèvres du patriarche. Il se dit qu'il commençait à piger le truc, que peut-être qu'avec de l'entraînement, il parviendrait à lire sur les lèvres de ses pairs, lorsqu'on l'envoya au lit sans plus de cérémonie.
Tu as plutôt tout intérêt à te coucher immédiatement, garçon, firent les lettres magiques.
Harry pinça les lèvres. Arcturus lui rappelait parfois l'Oncle Vernon, et les Dieux savaient combien il pouvait haïr cet homme.
Pourtant, par crainte des représailles, Harry monta se coucher exactement comme on le lui indiqua.
Cette fois-ci, il fut en mesure de terminer sa nuit sans être interrompu par l'entité.
Le matin du onzième jour, Harry fut réveillé par Kreattur. À en juger par le manque de lumière du jour, il devait être très tôt, et lorsqu'il demanda à l'Elfe de Maison plus de précisions, celui-ci se contenta de pointer le couloir du bout de son doigt grisâtre.
En ronchonnant, Harry se redressa dans le fichu lit à barreaux (qu'il foudroya du regard pour faire bonne mesure) et tendit un bras pour se saisir de sa paire de lunettes qu'il ne possédait plus. Alors, en ronchonnant un peu plus, l'adulte dans le corps d'enfant se leva et fit rapidement sa toilette, s'habilla des horreurs à dentelles posées sur sa commode et daigna pointer le bout de son nez dans le grand salon où il se savait attendu pour le petit déjeuner.
Il y trouva Melania Black attablée, accompagnée de son mari. La discussion qu'ils étaient en train d'avoir prit fin lorsque les deux sorciers prirent connaissance de la présence de leur cadet.
Bonjour Antares, fit Melania. Arcturus lui adressa un mouvement du chef avant de l'enjoindre à s'attabler avec eux.
Harry fit juste cela, murmurant un "Bonjour," du bout des lèvres. Près de lui, une Elfe de maison dont il ne connaissait pas le nom s'empressa de glisser des œufs et de la tarte dans son assiette avant de disparaître de nouveau.
Je constate que tu es toujours contrarié, dansèrent les fichues lettres devant ses yeux.
Harry dut prendre sur lui pour ne pas les envoyer valdinguer d'un geste de la main. À la place, il haussa les épaules.
Il n'était pas forcément contrarié à l'idée de désherber un jardin, mais plutôt parce qu'on voulait l'empêcher de pratiquer la magie. Ça, ça l'emmerdait profondément. Il avait en plus, du mal à se faire au fait qu'on le traite comme un enfant simplement parce qu'il en renvoyait l'apparence. De toute évidence, il lui était impossible de faire savoir au couple qu'il n'était qu'un imposteur ayant pris la place du deuxième héritier Black - pour des raisons évidentes telles qu'une non-envie de mourir à l'instant T, par exemple.
Ta mère t'a posé une question. Ne hausse pas les épaules.
Bon. D'accord, peut-être que la surprise du jour n'était pas le réveil aux aurores, mais le fait qu'Arcturus fasse l'effort d'utiliser la magie pour se faire comprendre.
Cela attira toute l'attention de Harry sur la discussion.
"Pardonnez-moi, Mère," dit-il.
Melania lui adressa un simple sourire.
Ton père et moi avons discuté, dit-elle non sans envoyer une œillade sévère vers l'homme qui prit soin d'éviter son regard. Et nous avons pris une décision.
Ah, songea Harry. C'est le moment où ils me jettent dehors je suppose. Il pinça les lèvres. Malgré lui, une pointe de déception naquit à l'intérieur de sa poitrine, et trop occupé à s'en demander la raison, il rata l'information la plus importante.
Un léger coup au niveau de son épaule se fit sentir et Harry redressa la tête pour dévisager Arcturus.
Ne baisse pas les yeux lorsque l'on s'adresse à toi.
Harry se demanda si l'inviter à aller se faire foutre serait une bonne idée. Il fut distrait par Melania.
Je ne suis pas certaine que tu t'en souviennes, mais j'ai un travail très prenant et je ne peux rester ici à te surveiller toute la journée. Ton père a également des affaires de grande importance à régler au ministère. Et il va de soi qu'au vu de ce qu'il s'est passé hier soir, il n'est pas non plus possible de te laisser aux soins des Elfes de Maison. Elle marqua une pause histoire de bien faire comprendre à son fils qu'il les avait déçus, la veille au soir en faisant de la magie après en avoir été explicitement interdit. Nous avons décidé que tu m'accompagneras néanmoins. Nous partons ce matin afin que tu puisses te familiariser avec les lieux et nous rentrerons les week-ends.
Harry papillonna bêtement.
"Pardon," dit-il, réellement largué par la conversation. "Où allons-nous ?"
Melania fronça les sourcils avant d'esquisser un sourire désolé.
Bien sûr que tu ne t'en souviens pas. J'enseigne la Politique Sorcière et l'Économie à Poudlard. J'ai quelques heures de libres ici et là et avais pour habitude de rentrer pour prendre le relais de ton précepteur après mes cours. Cependant, comme ta santé est, disons, fragile, j'aimerais autant t'avoir à mes côtés en cas de problème. J'en ai discuté avec le Directeur Dippet. Il n'y voit pas d'inconvénient si tu es d'accord de ton côté pour ne causer aucun ennui.
Harry ouvrit la bouche, puis la referma.
Poudlard. Il allait aller à Poudlard avec sept mois d'avance.
