Écrit par HateWeasel

399. In choro, inter mendaces.

Alois se mit devant le volant de la Mercedez Benz Phantomhive et la démarra avant d'emprunter la route pour se rendre à leur destination. Il se sentait extrêmement mal à l'aise attaché à son siège alors qu'il portait son nouveau costume formel qui avait été acheté spécialement pour l'occasion. Il trouvait ridicule le fait qu'il ressemble énormément à sa tenue de travail à l'exception de quelques détails, et à quel point il n'était pas agréable à porter en comparaison. Il ne comprenait décidément pas pourquoi il ne pouvait pas simplement porter son costume habituel qui aurait été bien plus pratique, mais il avait accepté, étant donné qu'il ne s'était jamais rendu à une soirée moderne.

Le bleuté et lui étaient en route vers son ancienne demeure, le Manoir Trancy, et il n'était pas tout à fait enthousiaste à l'idée de revoir cet endroit. C'était incroyablement déprimant. Quoi qu'il en soit, il était euphorique à l'idée d'accompagner Ciel dans une mission aussi importante. Il était inquiet, cependant, de l'état du garçon à côté de lui qui avait l'air malade.

Le Phantomhive avait peur. Il s'était convaincu d'être prêt, mais maintenant, sa peur le rattrapait. Ciel regardait droit devant lui la route d'un air absent mélangé à de l'anxiété sous la surface. Le garçon souffrait d'une pâleur inhabituelle, bien que son visage était ordinairement pâle. C'était cette nuit que le garçon redoutait depuis tous ces mois.

Une main chaleureuse prit la sienne, la serrant tendrement. Il tourna la tête à sa droite et vit la menace blonde fixer la route, ne détournant le regard qu'occasionnellement pour jeter un œil au bleuté. Il sourit.

- Tout va bien se passer, dit Alois. On va arriver, tabasser deux-trois personnes, et finir la mission.

- Oui... répondit le bleuté.

Il n'avait pas l'air sûr de lui.

- Détends-toi, on est prêts, dit le blond. On a même des renforts en appel instantané. On a presque tout prévu.

- J'espère que tu as raison... dit doucement le bleuté, tenant fermement la main de l'autre garçon pour qu'il ne parte jamais.

Bientôt, ils arrivèrent au manoir abandonné de leur passé, mais surprenamment, il n'avait plus du tout l'air "abandonné". Lorsque leur véhicule s'arrêta, les deux démons arrachèrent presque leurs ceintures et s'extirpèrent de la voiture afin de mieux voir le bâtiment. C'était presque comme dans un rêve ; ou plutôt, un cauchemar.

Le domaine Trancy se tenait fièrement, ayant retrouvé toute sa grandeur. Les lumières étaient allumées à l'intérieur, tout comme les lampes à l'extérieur, éclairant les murs qui étaient décorés avec extravagance, comparés à ceux de la maison Phantomhive. Tout était exactement le duo de démon se souvenait, lui donnant l'impression qu'il était remonté dans le temps. Ce n'aurait pas dû être surprenant qu'un groupe de démons ait pu faire ça ; après tout, Sebastian avait restauré le domaine Phantomhive en seulement quelques heures après y être arrivé. Mais, le surréalisme de la scène était presque trop à supporter. Une pause était nécessaire pour ne serait-ce qu'essayer de tout encaisser.

Tout revenait subitement aux garçons. La manipulation de Claude Faustus, et le duel où le Macken avait été poignardé par le Phantomhive. Le fil qui avait recousu sa chair était toujours présent dans l'ancien corps du blond, ce qui rendait très confus son propriétaire actuel. De brèves images de la nuit où le duo s'était rencontré apparaissaient, et les deux garçons se demandaient si la fête qui se déroulait entre les murs de cette demeure était un souvenir de cette soirée. Lentement, ils entremêlèrent leurs doigts et se regardèrent avec réconfort. Hochant simplement la tête, ils se mirent en marche et se dirigèrent vers le manoir.

Lorsqu'ils arrivèrent devant les gigantesques portes en bois familières, ils les regardèrent s'ouvrir devant eux. Le duo s'attendait presque à ce que Lilith les accueille, ou même Metus, mais il ne s'attendait pas à voir encore un autre démon, un démon vêtu d'un uniforme de domestique sans aucune expression sur le visage. Même face à cette petite surprise, le bleuté ne sourcilla pas.

- Messieurs Ciel Phantomhive, et Alois Trancy, dit-il en annonçant leur identité.

Ensuite, le servant se courba légèrement et se mit sur le côté.

- Nous vous attendions, dit-il en leur faisant signe d'entrer dans le manoir. Veuillez me suivre.

Les garçons faisaient de leur mieux pour ne pas être oppressés par la sensation qui les envahit lorsqu'ils pénétrèrent dans le bâtiment restauré, marchant le long des couloirs, mais il ne pouvait pas vraiment y échapper. Ce sentiment ne fut que renforcé lorsqu'ils furent amenés dans la salle de bal où d'autres invités semblaient se trouver. En effet ; tout était comme ce jour-là, des finitions en or à la grandiosité de la pièce. La seule véritable différence se trouvait dans les invités eux-mêmes, qui renvoyait clairement une atmosphère bien plus sinistre.

Il y avait des êtres surnaturels presque partout. Des démons, des vampires, et d'autres créatures qui rôdaient la nuit. Cela dit, il y avait tout de même une poignée d'humains, certains laissés sans surveillance, et d'autres accompagnés par les démons. C'était plutôt déroutant, étant donné qu'ils devraient se battre pour partir si jamais les choses venaient à mal se passer, mais au moins ils prenaient cela en considération.

L'une des découvertes les plus troublantes était le nombre de sous-fifres que Krampus semblait avoir. Il y avait des domestiques ici et là parmi la foule, s'occupant des invités, et ils étaient tous des démons communs. Bien qu'ils ne seraient jamais aussi puissant que de "véritables" démons, ils étaient susceptibles d'exécuter des ordres. Leurs visages étaient différents mais ils avaient tous la même coupe, posture, et ils portaient un uniforme qui changeait selon le genre de l'apparence qu'ils prenaient. Ces démons étaient un problème, puisqu'ils seraient la première ligne de défense des forces de Krampus.

- Bon, dit le blond. Par où commencer ?

- Suivons le plan, répondit Ciel. Ils veulent que je sois ici, alors je vais les distraire pendant que tu cherches Krampus. C'est notre cible principale. Dans une heure, retrouve-moi et nous verrons si nous démarrions la phase deux.

- Compris, dit Alois en acquiesçant.

Il relâcha la main du bleuté et se retourna pour partir, mais s'arrêta aussitôt pour se retourner une nouvelle fois.

- Une minute, dit-il.

- Qu'y a-t-il ? demanda curieusement le Phantomhive avant d'être embrassé sur les lèvres par son complice.

Son œil se ferma alors que le blond resta ainsi quelques instants avant que le baiser s'arrête.

- Pour m'encourager, dit le Macken avec un sourire avant de partir accomplir sa tâche.

Ciel sourit en le regardant partir un instant avant de se mettre à la sienne.

Il ne lui fallut pas longtemps. Les démons qui l'inquiétaient le plus l'observaient attentivement. Le Phantomhive ignorait juste à quel point jusqu'à ce qu'il croise le regard de Lilith. Elle portait une robe noire élégante, et elle offrit un sourire au garçon depuis l'autre côté de la pièce. Lorsque la démone leva la main et claqua des doigts, cependant, le garçon écarquilla l'œil en voyant la démone plus petite qui l'accompagnait généralement, Morgan, glousser avant de partir en souriant dans la même direction que la menace blonde plus tôt. Ciel se retourna pour rattraper son bien-aimé.

- Jim-! cria-t-il frénétiquement avant d'être arrêté par Lilith qui apparut soudainement à ses côtés.

Elle mit une main sur son épaule.

- Ne t'inquiète pas, elle va juste le surveiller, dit-elle. Nous ne gagnons rien à vous tuer.

- Et tu t'attends à ce que je crois ça ? grogna le Phantomhive entre ses dents, se retournant pour faire face à la fille.

En réponse, la démonesse secoua la tête.

- Non, répondit-elle. Pas du tout. Ici, il peut être difficile de faire la différence entre le mensonge et la réalité, mais je suis réellement sincère lorsque je dit que je n'ai aucun intérêt à faire preuve d'un barbarisme inutile.

- Et les morts causées par la Black Annis seraient une exception ?

Lilith secoua la tête.

- J'ai dit "un barbarisme inutile". Je ferai ce que je dois faire pour arriver à mes fins, contrairement à toi, de ce que j'ai entendu, répondit-elle, ce qui ne plut pas au bleuté. Ton amant ne m'intéresse pas. Il ne me semble pas être réellement important pour l'instant, mais il n'est pas inutile. Mieux vaut le garder en vie.

- Il n'est pas un pion, dit Ciel, en colère.

- Mais toi, si, répondit la fille.

- S'agit-il des mots de Krampus, ou des tiens ? demanda le garçon alors qu'il commençait à remettre en question le discours de Lilith.

Il fut furieux de ne pas avoir de réponse, mais plutôt, une autre invitation.

- M'accorderiez-vous cette danse, Sir Phantomhive ? demanda Lilith en regardant le garçon d'un air amical tout en lui montrant de la main la piste de danse, son regard se posant brièvement sur l'un des domestiques.

Comprenant qu'il s'agissait d'une invitation pour une discussion plus privée, le garçon, quoiqu'à contrecœur, accepta.

Il tendit la main, laissant la démone la prendre et il mena la fille jusqu'au centre de la pièce. Un semblant de timidité le traversa alors qu'il posa sa main la taille de la fille, ce qui amusa beaucoup cette dernière. Ciel continua à froncer les sourcils alors qu'ils se mirent à commencer une valse, tournoyant et virevoltant de temps à autres, avant que Lilith reprenne la parole.

- Te sens-tu infidèle ? demanda-t-elle et le garçon n'eut pas l'air content. Danser avec quelqu'un d'autre que ton amoureux, je veux dire.

- Un peu, dit Ciel. Mais je n'y prends aucun plaisir.

- Je vois ça. Ta loyauté envers lui est admirable. C'est plutôt rassurant de voir que les démons sont capables d'aimer.

- Nous étions tous les deux humains autrefois, dit le Phantomhive.

- Nous étions tous humains autrefois, répondit la dame, presque sinistrement. La plupart des démons oublient.

- Et ils se laissent devenir des monstres ? demanda Ciel en faisant tourner la fille une fois de plus.

- Tout à fait, répondit Lilith en lui faisant à nouveau face. Ils oublient comment être humain, et deviennent un néant à combler. Ils se perdent, raison pour laquelle ils ont besoin d'un maître pour leur dire qui ils sont.

- Tu as un maître, non ?

- Je l'admets, je ne suis pas friande de maîtres. Je fais simplement ce que j'ai à faire.

Son regard se jeta sur les portes.

- En parlant du loup...

Ciel se retourna, suivant son regard, et il vit la foule se séparer afin de faire de la place à l'hôte de la soirée. Il s'agissait de Krampus. Il était ici. Lilith se sépara du bleuté et fit une légère révérence en direction de l'homme.

Krampus se tenait là, vêtu d'un costume modifié pour ressembler à une uniforme de duel avec une cape assortie. Il était habillé comme un membre de la royauté, mais il n'avait rien fait pour cacher son œil mort ou les cicatrices tout autour, ni d'effort pour arranger sa corne brisée. L'homme sourit, son œil mort regardant avec son autre œil valide droit devant lui le Phantomhive alors qu'il se précipitait presque vers l'ancien Comte, tendant un bras vers la fille à côté du démon de toute évidence beaucoup plus jeune.

- Lilith, viens, ordonna-t-il, son sourire condescendant s'agrandissant lorsque la démone s'exécuta.

L'homme mit son bras autour de sa taille avant de reporter son attention sur le bleuté.

- Phantomhive, commença-t-il. Je suis ravi que vous ayez pu nous rejoindre.

- Je ne suis pas un grand amateur de fêtes, bien que, je n'aurais manqué celle-là pour rien au monde, répondit Ciel, agissant comme il l'aurait fait auprès de la noblesse Victorienne.

- Vraiment ? demanda Krampus, levant le sourcil de son œil valide. Dans ce cas-là, m'accompagneriez-vous dans le salon ? Il y a beaucoup de choses dont j'aimerais vous parler, et je trouve que votre compagnie serait des plus bénéfiques à notre cause.