Aioros observait la petite sculpture posée sur le bord de sa fenêtre avec étonnement.
Que faisait-elle là ? D'où venait-elle ?
La veille au soir, il n'y avait rien il en était sur.
La veille au soir, ils étaient tous chez lui pour le diner traditionnel.
Une fois par semaine, chacun préparait le diner pour tous les autres, chaque maison après l'autre.
Le seul à recevoir tous les autres toutes les semaines était le pope. Sans faute, chaque dimanche soir, tous les chevaliers d'or se retrouvait dans le salon de Shion. Ils s'installaient tous en pyjama dans les énormes canapés et coussin, Shion distribuait des chips, des pizza ou plein d'autres choses encore, en général très mauvaises pour la santé mais idéales pour remonter le moral de jeunes hommes encore très choqué par leurs morts puis leurs retours a la vie. Devant un film idiot ou une dessin animé, ils mangeaient, tous recroquevillés les uns contre les autres puis allaient se coucher, presque mit au lit par un grand pope plus paternel que jamais qui soulageait son manque descendance sur leur manque de parentèle.
Mais la veille, mercredi, ils avaient tous dinés chez le sagittaire. C'était son tour.
Revenu à la vie dans un corps de 27 ans, 13 ans volé par les événements mais encore avec l'esprit d'un gamin de 14 ans, il avait travaillé dur pour s'aguerrir, murir et s'assagir.
Il lui avait fallut trois ans pour ne plus sentir dans la peau du "petit dernier". Ses frères y avaient contribués sans le savoir, déversant sur lui avec le plus grand naturel la confiance qu'ils avaient toujours eut envers lui quand ils étaient encore des enfants et que Saga et lui étaient "les grands".
Bien sur, Aioros se sentait parfois encore décalé. Il lui manquait des expériences et des souffrances qui n'avaient pas été les siennes. Il en souffrait.
Il souffrait de ne pas avoir été là avec ses jeunes frères, de ne pas avoir put partager davantage avec eux.
Shion l'avait taquiné en lui promettant la place de pope. Aioros avait décliné.
Il n'en voulait pas.
Il se savait trop intense pour ce poste. Trop… honnête. Il fallait être un beau salopard pour devenir Pope. Ou être cynique comme seul un vieillard plusieurs fois centenaire qui a déjà traversé moult guerre peut l'être. Il fallait aussi plus de diplomatie qu'il n'en avait.
Il lui avait fallut du temps pour l'admettre mais il se savait incapable de prendre toutes les nuances d'un évènements. Pour lui, il y avait eux et les méchants.
Le monde était un confortable "eux et nous" pratique et aisé qu'il n'arrivait pas à dépasser.
Il connaissait cette faiblesse qui le rendait incapable d'être un bon pope.
Tous les autres avaient un meilleur sens de la nuance que lui, DeathMask inclus. Lui manquait des expériences qui aurait pu le lui apprendre.
Alors il se contentait de prendre en charge les jeunes apprentis qui arrivaient tout juste avant qu'ils ne soient confiés à leurs maitre. Il avait toujours eut le chic pour calmer et rassurer les tous petits. Avec lui, les enfants en larmes et terrifiés s'épanouissaient en quelques semaines, prêt à rejoindre celui qui ferait d'eux des chevaliers. Aioros adorait avoir tous ces petits dans les jambes. Il n'était jamais plus heureux que lorsque sa chambre d'apprenti était occupée. Elle l'avait été par Aiolia, elle l'était maintenant par une multitude d'enfants des deux sexes qu'il transformait de faons terrifiés en apprentis fonctionnels.
Ce rôle lui suffisait.
Mais là n'était pas la question pour le moment.
Pour l'instant, la question était de savoir qui avait posé la petite sculpture délicate de cheval sur l'appui de sa fenêtre.
Perplexe, il le prit entre deux doigts.
La sculpture était minuscule ! A peine une phalange de haut et deux de long. Et si détaillée…
le cheval avait des naseaux, des crins, des sabots, des fanons aux paturons et aux boulets et le bois avait été poncé de façon à donner l'impression que le cheval avait une pelote en tête.
C'était…un chef d'œuvre.
Charmé, le sagittaire posa le petit cheval sur une étagère en verre qu'il avait été acheter à Athènes quelques jours plus tôt.
Il le posa avec une vingtaine d'autres petits chevaux en bois de toutes les tailles et de toutes les textures. Certains étaient en noyer, d'autre en chêne, en frêne… un était meme en ébène et un autre en ivoire.
Le chevalier tombait régulièrement amoureux de ces chevaux qu'on lui offrait. Il s'agaçait régulièrement de ne pas savoir QUI les lui offrait. Et plus encore, il était persuadé que Saga au moins savait qui était le donateur.
Il avait soumit l'ainé des gémeaux à une longue séance de torture pour le faire parler mais Saga n'avait pas parlé. En larmes, secoué de soubresauts nerveux, le gémeau avait réussit a tenir sa langue.
Le Sagittaire n'avait lâché l'affaire que lorsque Mu était venu sauver son amant de ses chatouilles.
Alors Aioros ne savait toujours pas.
Il avait tout essayé pourtant. Il voulait savoir.
Il s'en était ouvert à plusieurs reprises à tous ses frères.
Qui et pourquoi ?
Il ne comprenait pas.
Avec un gros soupir, il dépoussiéra sa petite collection qu'il faillit faire tomber lorsqu'on toqua à sa porte.
"- Entrez ?"
Une tête couronnée de cheveux gris entra timidement.
"- Ho, DM, entre voyons. Que puis-je faire pour toi ?"
L'italien hésita.
"- Je ne te dérange pas ?"
"- Vous ne me dérangez jamais." Le rassura le Sagittaire.
Depuis leur retour à la vie, DM était revenu à ses premières années pour beaucoup de choses. La déesse avait-elle soignée sa folie galopante ? Avait-il réalisé quelque chose ? Aioros n'en savait rien, mais il avait apprécié de retrouver le petit garçon timide qu'il avait quitté en mourant. Il y avait encore de la vivacité, de la violence et de l'agressivité bien sûr. Mais il n'y avait plus de rage aveugle.
"- Tu veux quelque chose à boire ?"
Le cancer accepta avec plaisir et se retrouva très vite assis sur le canapé avec un verre de lait a la menthe.
"- Alors, que puis-je pour toi ?"
Le cancer hésita. Timide et mal a l'aise, il baissa le nez sur ses mains qu'il tordait en tout sens.
"- Je…. Je suis amoureux…."
Le Sagittaire sourit a son jeune frère avec tendresse.
"- Vraiment ? Mais c'est formidable ! Comment s'appelle-t-elle ?"
Le crabe rougit.
"- C'est… heu… pas une fille…."
"- Vraiment ? Mais c'est formidable ! Comment s'appelle-t-il ?"
DM eut un petit sourire penaud, rassuré que son grand frère ne le prenne pas mal.
"- Je…. Je préfère pas te le dire."
Le sagittaire n'insista pas. Le cancer lui parlerait s'il en avait envie.
"- Alors que puis-je pour toi ?"
"- Je….. je voudrais savoir… comment je peux savoir que j'ai une chance ? ou s'il m'aime bien ?"
Le grand cheval soupira, un peu désolé.
"- DM, je ne connais rien aux jeux de l'amour tu sais… Vous oubliez tous que si je suis physiquement plus vieux que vous, j'ai perdu 13 ans. Je ne sais pas comment séduire quelqu'un ou quoique ce soit d'autre."
Cette fois, c'était au Sagittaire d'avoir un sourire penaud. Depuis trois ans, il avait consciencieusement évité de se pencher sur la question. Il savait qu'il serait ridicule. Ses frères avaient tous ou presque eut le temps de s'épanouir dans ces jeux là.
Saga et mu jouaient à la bête a deux dos sur toutes les surfaces planes, Aldé était trèèèès apprécié par les femmes chevaliers, Aiolia offrait des marguerites à Shaka qui rougissait avant de lui déposer des bisous sur la joue, Dokho était… non, il ne voulait PAS savoir. Camus et Milo étaient un vieux couple avec déjà des habitudes, Shura virevoltait de lit en lit avec toute personne adulte consentantes et quelques jeunes en mal de découvertes qui s'imposaient chez lui comme on toque à la porte d'un vieux sage, Aphrodite se laissait compter fleurette par trois ou quatre argents en meme temps, quand à Kanon, il avait décrété devant un pope tout rouge que le grand mouton était à lui point barre et qu'il défoncerait la gueule de quiconque protesterait merci beaucoup. Lorsque Shion avait protesté qu'il avait peut-être son mot a dire, Kanon lui avait répliqué que son oukase s'appliquait aussi à lui. Depuis, le pope découvrait les joies de se faire faire la cours par un fou exubérant. Ne restaient que…. DeathMask et lui en fait…..
"- J'y connais rien non plus." Avoua le Cancer. "Je m'étais jamais occupé de ca avant." Il haussa les épaules. "J'ai eut des filles mais j'ai jamais été amoureux…. Je sais pas comment faire….J'ai essayé de faire des cadeaux mais…. Je crois qu'il comprends pas… ou qu'il est trop gentil pour me dire d'aller me faire voir."
Aioros eut un pauvre sourire piteux.
"- Je crois que je comprends ce que tu veux dire."
Une étincelle suspicieuse dans les yeux, le cancer finit par murmurer.
"- Tu ferais quoi a ma place ?"
"- ….. j'en sais foutrement rien !"
"- Et si quelqu'un te faisait des cadeaux pour te faire la cours mais que tu étais pas intéressé, tu le dirais ou tu pas ?"
Aioros secoua la tête.
"- Je ne voudrais pas briser le cœur de quelqu'un, DM. Mais si quelqu'un me faisait la cours et que je ne sois pas intéressé, je le dirais tout de suite. Laisser de faux espoirs, c'est pire que tout je trouve."
Le cancer hocha frénétiquement la tête.
"- …. Dis… Ca te dérange vraiment pas que je préfère les garçons ?"
Cette fois, Aioros éclata de rire. Il passa un bras tendre de grand frère autour des épaules du Cancer pour le serrer contre lui. Immédiatement, DM s'accrocha à lui comme un chaton cherchant la chaleur.
"- DM, les trois quarts des chevaliers d'Athéna préfèrent les garçons, pourquoi je t'en voudrai pour ca ? Du moment que tu es heureux et que ton partenaire est consentant et majeur, tu peux bien t'intéresser à des oursins lapons ou des langoustes guatémaltèques, je t'encouragerais encore !"
Visiblement rassuré, l'italien se serra plus étroitement encore contre son grand frère.
"- Et toi ?"
"- Quoi moi ?"
Surpris, Aioros haussa un sourcil.
"- Ben toi, tu préfères les garçons ou les filles ?"
Le sagittaire rougit lentement.
"- Je…. Je…. Je ne sais pas…. Personne ne s'est jamais intéressé à moi et… enfin…. Quand j'étais ado…."
Dm hésita.
"- Si ca t'embête d'en parler….
"- Non, non…C est juste que… enfin…. Je crois que j'avais une certaine attirance pour Saga mais les choses ont tournées comme elles ont voulues et…"
Il haussa les épaules, un sombre tristesse au cœur. Il aurait pu aimer Saga si les choses avaient été différentes…. Si Mu n'avait pas existé simplement. Mais l'amour qu'il y avait entre l'atlante et l'ainé des gémeaux était trop éclatant pour qu'il n'ai meme que l'idée de tenter de se mettre au travers. Jamais ce qu'il pourrait éprouver pour Saga n'arriverait à la cheville de ce qu'il y avait entre le bélier et le gémeau. Ce n'avait été qu'un crush d'adolescent dont il lui avait fallut se débarrasser pour ne blesser personne, lui y comprit.
Aussi avait-il délibérément écrasé tout sentiment amoureux pour Saga. Ce n'était pas idéal mais… Il en saignait encore. Son cœur restait celui d'un gamin. Facile a blesser, difficile a guérir et couvert de cicatrices….
DM avait levé la tête vers lui, une étincelle d'acier au fond des yeux. Pendant un instant, il s'était demandé si Aioros était à ce point obtus ou s'il faisait exprès. Visiblement, il était à ce point obtus.
Néanmoins, maintenant, DM savait qu'il avait peu être une chance. Et puis, il avait encore beaucoup de bois alors…. Il finirait bien par lui faire comprendre. Ils avaient le temps.
