Heyy ! Voici le cinquième chapitre ! Le point de vue de Kagami sera un peu plus long cette fois ! Vous aurez peut-être de nouvelles réponses à vos questions ;) Merci pour toutes vos reviews ;D
Shadow : Pour l'instant personne ne s'est manifesté pour garder Kagami, il est tout à toi ;) Enfin, peut-être pas dans ce chapitre... Effectivement Nash était décrit comme une racaille dans le manga, il avait même agressé Kuroko ! Aomine est déstabilisé par ses sentiments... Est-ce que ça va aller mieux ? Tel est la question ! Je suis ravie de savoir que le rythme de mes chapitres te plaît, j'espère que ça continuera comme ça ;) Bises et merci beaucoup pour ta review ;D
Je m'excuse pour les fautes d'orthographe, j'essaie de faire attention mais j'ai encore du mal, j'espère que ça ne perturbera pas votre lecture !
[Kagami]
Ma nuit fut… douloureuse. J'avais eu beaucoup de difficulté à trouver le sommeil après le départ d'Aomine. Dans ses cas-là, j'avais l'habitude de me tourner et de me retourner pour trouver une bonne position, mais là, ce n'était pas vraiment possible. Je devais rester droit et limiter le moindre mouvement. Et puis, même si par miracle je parvenais à oublier la douleur lancinante de ma cuisse -ce qui n'était pas le cas-, les souvenirs de mes instants passait avec Nash me restaient en tête. Je m'étais réveillé en sursaut un bon nombre de fois, en sueur, frissonnant, le cœur battant… Et ça devenait de plus en plus dur de me rendormir après m'être réveillé. J'avais le dos trempé et la fraicheur de la pièce me gelait les os. J'avais mal à la mâchoire à force de la serrée pour m'empêcher de trembler.
Le lever du soleil me soulagea. En revanche, je n'avais aucune idée de l'heure. Je renonçai à l'idée de me rendormir, plus je cherchais à le faire, moins j'y parvenais. Morphée n'était qu'un pur sadique, ça faisait longtemps que je l'avais compris. Le silence ambiant me brisait les oreilles. Finalement, j'entendis du bruit dans les couloirs, les infirmières et infirmiers s'activaient. Je priais que l'on toque à ma porte à chaque fois que quelqu'un passait à proximité. Mon ventre criait famine. Finalement un poing frappa deux fois consécutive à ma porte. Je l'invitai à entrer avec un soulagement non-dissimulé.
- Bonjour jeune homme ! me sourit une infirmière avec un plateau repas à la main.
Je me sentis saliver. J'aurais été capable de manger n'importe quoi ce matin. Même le riz presque liquide et le poisson cru qui étaient servis au petit déjeuner devenaient appétissant. La jeune femme m'apporta mon bien et m'informa que des policiers enquêteurs allaient passer dans la journée. J'hochai la tête, une boule de stress se forma dans ma gorge. Je forçai un sourire à l'infirmière et la laissai partir avec soulagement.
Aomine m'avait prévenu qu'ils allaient venir, mais j'essayais tout de même de repousser cette idée. Je n'avais pas du tout envie de parler de ce qu'il m'était arrivé. Rien que quand j'y pensais : ma gorge se bloquait, mes yeux me piquaient, j'étais pris de soubresaut… Je m'étais mis à nu devant les inspecteurs des États-Unis, leur racontant mon passif avec Nash dans tous les détails. Mais juste parce que son père avait de l'influence, la justice avait fermé les yeux sur ses problèmes de violence.
Je ne voulais pas que l'histoire se répète, je ne voulais pas passer pour un menteur, un manipulateur ou une victime sans importance. Il devait payer pour le mal qu'il m'avait fait parce que sinon il essaiera de me tuer à nouveau, et rien ne dit qu'il n'y arrivera pas.
La porte s'ouvrit de nouveau mais sur le médecin d'hier cette fois. J'avais remarqué que lui et Aomine se connaissait, ça m'intrigua mais en même temps je ne savais rien de la vie du policier.
- Bonjour, Kagami-san.
- Bonjour.
- Vous avez bien dormi ? me demanda-t-il en soulevant des pages de son calepin.
- Pas vraiment. Tout ce qu'on peut espérer d'une nuit avec une blessure à la cuisse, enfaite.
- A quel point avez-vous mal sur une échelle d'un à dix ?
- Euh… sept ?
Il releva le regard sur moi et parut comprendre que cette échelle m'était inconnu.
- On va vous apportez des anti-douleurs, conclu-t-il.
Cette réponse me satisfit. Il nota quelque chose sur son calepin et tourna une autre page avant de me poser une nouvelle question :
- Avez-vous eu des problèmes tel que crise de panique, cauchemars, ou autre ?
- Hm… Quelques cauchemars…
Il le nota et remis ses feuilles en place. Son regard revint à moi, ses yeux paraissaient plus vivants, inquiets et ne feignait plus l'indifférence comme tout à l'heure.
- Vous n'avez pas encore votre téléphone ?
- Non, des policiers sont sensés me l'apporter dans la journée.
- D'accord. En attendant, si vous ressentez le besoin d'appeler quelqu'un, n'hésitez pas à en prévenir une infirmière, on vous apportera un téléphone.
Je n'eus pas à forcer mon sourire cette fois-ci et hochai la tête en le remerciant. Il se courba très légèrement et pris congé. J'inspirai profondément dès que la porte fut fermée et ressassai les mots d'Aomine hier. Les policiers n'avaient pas le droit de me forcer à dire quelque chose si je ne voulais pas le dire. Et Kise allait passer me voir. J'expirai, appréhendant mieux la journée.
[Aomine]
Après une nuit polluée de réveils en sursauts, je me levai de mon lit et allai chercher un petit déjeuner, ou plutôt je rampai vers le frigo. Eh oui, il n'y a pas de miracle, je ne pouvais pas être en forme après des nuits aussi catastrophique que les précédentes. Je regardai sommairement ce qu'il y avait dans mes placards et mon frigo : des biscuits, du lait périmé et des pommes. Je terminai le paquet de biscuits et me servis un grand verre d'eau en notant mentalement que je devais faire des courses en rentrant.
Après mon « petit déjeuner » si on pouvait encore appeler ça comme ça, je me motivai à faire quelques exercices d'étirement pour ne pas aller au travail complétement en compote. Je faisais beaucoup moins de sport qu'avant mais j'essayai tout de même de garder une allure assez athlétique pour mes interventions. Heureusement qu'il y avait le mercredi après-midi qui était réservé à la musculation, sinon j'aurais vraiment perdu toute ma masse musculaire. Ce matin, en tout cas, faire le moindre mouvement me demandait une charge monumentale d'énergie. J'espérai avoir une journée tranquille sinon je pouvais être sûr que Wakamatsu allait m'hurler dessus.
Je m'habillai et partis dans ma salle de bain pour me brosser les dents. Je levai le regard sur le miroir en face de moi. Ma tête m'apparut une centaine de fois sur chaque morceau brisé. De longues lignes séparait mon miroir, le faisant ressembler à une toile d'araignée immense sculpté dans le verre. Je pris quelques secondes pour me regarder. J'observai mes cernes, mes traits tirés à force de froncer les sourcils, ma peau basanée qui semblait si terne ce matin. Je baissai rapidement le regard, incapable de me regarder plus longtemps et rejoignis l'entrée.
Je pris mon téléphone, mes clés, mes mouchoirs, mon briquet et mon paquet de cigarette. Je me vêtu d'une veste, mis mes chaussures et ouvris la porte pour affronter la fraîcheur du lundi matin d'automne à Tokyo.
Je déambulais dans les rues déjà noires de monde malgré l'heure. Les gens s'écartaient sur mon passage, sans me voir. Certains me rentraient dedans, trop concentré dans leurs pensées ou le nez dans leur téléphone. Je marchais rapidement, coupant court aux excuses des maladroits.
J'arrivais finalement à bon port, pile à l'heure. Je saluais brièvement les personnes déjà présentes et filais dans les vestiaires pour mettre mon uniforme. Je retournais dans le hall où je vis Imayoshi, mon supérieur qui me fit signe de le rejoindre.
- Aomine.
Son visage affichait un grand sourire maléfique qui me fit froid dans le dos. Je me méfis sans raison particulière.
- Tu as très bien travaillé ces deux derniers jours avec l'arrêt de Gold Jr et ton dévouement pour les interventions. Et pour te remercier, je t'invite à t'occuper des plaintes aujourd'hui !
- C'est pas plutôt parce que tout le monde est malade et qu'il faut des remplaçants ?
- Il y a de ça aussi évidemment… Et le fait que je te trouve très nerveux depuis deux jours.
- Les plaintes sont sensées me rendre moins nerveux ? C'est sûrement le truc le plus barbant à faire quand on est policier !
- Tu as bien tenu six mois avant que je t'embauche dans mon équipe.
- J'étais à deux doigts de tout défoncer, lui rappelai-je.
- Mais tu ne l'as pas fait.
Je grognais, réfléchissant à quoi répondre à ça.
- Allez, c'est que pour un ou deux jours ! Et si ça ne te plait pas je demanderai à Sakurai de te remplacer. Mais ça serait bête de passer à côté d'une augmentation de salaire…
- Quel augmentation de salaire ? demandai-je, mon intérêt piqué à vif.
- Oh, je ne t'en ai pas parlé ? demanda-t-il, faussement étonné.
Il ne m'en avait pas parlé et il le savait pertinemment. Ça m'énervait de savoir qu'il avait prévu le déroulement de cette discussion et que j'avais agi juste comme il le voulait.
- Nous avons discuté hier avec Harasawa-san et nous avons décrété que tu aurais le droit à une augmentation si tu acceptais de t'occuper des plaintes aujourd'hui.
Une augmentation… Ce n'était non négligeable. Je ne courais pas après l'argent d'habitude mais il était vrai qu'arrondir mes fins de mois n'était pas de refus. Et puis, j'étais fatigué aujourd'hui donc éviter les missions et donc les disputes avec Wakamatsu, ça m'arrangeait. Je pouvais bien me forcer pour aujourd'hui. J'acceptai avec agacement, sachant qu'Imayoshi avait encore réussi à manipuler mon cerveau.
Je relayai l'ancienne personne qui s'était occupé des plaintes pendant la nuit et m'installai au bureau dans le hall. Je n'étais pas connu pour mon sans froid, loin de là. Alors écouter des gens se plaindre et pleurer tout en essayant de formuler une phrase cohérente, ce n'était vraiment pas ma tasse de thé. Mais je me rappelai que ce n'était que pour un jour et accueilli la première personne qui était une vieille dame.
- Bonjour Madame, quel est votre problème ? dis-je en prenant un stylo pour noter le problème avec le nom, la date, etc… Que des trucs énervant en soi.
- Je me suis fait voler mon sac !
- Dans quelle rue ?
- Rue du moulin…
Je notais sur mon papier, anticipant déjà les futurs questions et réponses.
- Vous avez vu la personne qui vous l'a pris ?
- Non, il était en scooter avec un casque.
- Il était tout seul ?
- Oui.
- Bien, que contenait votre sac ?
- Mon téléphone, mon porte-monnaie et d'autres choses moins importantes…
Je sentis la grand-mère s'inquiéter. Je cherchai sur l'ordinateur quelle équipe de police pouvait s'occuper de chercher un homme en scooter avec un sac de grand-mère dans les environs de la rue du moulin.
- De quelle couleur était votre sac, madame ?
- Rouge, avec des fleurs bleues.
- D'accord.
Je transmis l'information à un poste et on me confirma que deux personnes allaient s'en occuper. Je coupais la communication et demandai à la grand-mère de patienter dans le hall.
- Je ne peux pas, je dois rendre visite à mon fils qui est à l'hôpital, il va s'inquiéter s'il ne me voit pas arriver !
- On peut vous donner l'accès au téléphone fixe pour que vous le préveniez de votre absence.
Elle hocha timidement la tête et je lui expliquai où aller pour trouver ce qu'elle cherchait après avoir noté son nom. Je fis entrer la seconde personne. Un homme sans âge, entre vingt et quarante ans, entra. Il avait une tâche de café sur sa chemise blanche et vu son air excédé, je sentis que je n'allais pas aimer sa déposition.
- Je veux porter plainte, commença-t-il.
Je me retenus au dernier moment de lancer un « sans blague ».
- Un serveur m'a renversé du café sur la chemise ce matin !
Oh, quelle agression, pensai-je ironiquement.
- Il s'est excusé et a essayé d'essuyer la tâche, tout à fait normal, me diriez-vous !
C'est vraiment pas ce que j'allai dire. A sa place je vous aurai laissé vous débrouillez.
- Et le gérant du café est intervenu pour remettre la faute sur moi, en disant que j'avais donné un coup de coude dans le bras du serveur et que c'est ce qui avait provoqué la chute… Vous vous rendez compte !
- En même temps, est-ce que vous lui avez donné un coup de coude ?
- Peut-être, mais ce n'était pas fait exprès !
- Il n'empêche que vous l'avez fait. Je pense qu'au lieu de vous énerver pour des stupidités pareilles, vous pourriez aller vous acheter une nouvelle chemise et passer à autre chose.
- Vous n'allez pas poursuivre le restaurant en justice ?!
- Et puis quoi encore ? Le serveur s'est excusé et le gérant à constater que l'erreur ne venez pas de lui mais de vous. Il n'y a pas à porter plainte pour quoique ce soit, vous pouvez disposer.
- C'est une honte ! s'exclama l'homme, les yeux furibonds.
Je lui en aurais bien mis une. Mais à la place je me redressai de toute ma hauteur et le toisai.
- J'ai dit : vous pouvez disposer.
Il se calma immédiatement, terrifié. Et finalement son visage se tordit en une grimace d'agacement et il sortit d'un pas lourd comme un garçon que l'on vient de priver de dessert. Je me rassis et invitai la personne suivante à entrer.
La matinée continua comme cela jusqu'à ma pause déjeuner. Ce fut une délivrance pour moi, je m'étirai de tout mon long et sortis prendre l'air pour fumer une clope bien méritée. J'en avais marre de voir ces bouffons se plaindre pour rien alors qu'il y avait des sujets réellement importants dans le monde et qu'ils n'en avaient rien à faire. Ils avaient vécu avec une cuillère d'argent dans la bouche et le moindre problème justifiait une déposition à la police. Surtout que c'était les seuls à ne jamais dire merci.
Même un fils à un père que j'avais sauvé avait fait tout le déplacement jusqu'à mon bureau pour me remercier en face à face. Drôle de bonhomme d'ailleurs. Un peu chétif, des cheveux bleu clair, un visage impassible et une présence inexistante. Je ne l'avais pas oublié celui-là, il m'avait effrayé comme pas possible et le reste de mon équipe aussi.
Je reçus un appel de Kise qui me sortit de mes pensées :
- Ouais ?
- Aominecchi, coucou !
- Yo, pourquoi tu m'appelles ?
- Je voulais te donner des nouvelles de la discothèque !
- Je t'écoute.
- J'ai décidé de faire un changement radical de la salle ! Ça fait des années qu'on est dans la même, alors c'est un bon prétexte pour du renouveau ! Cependant, ça risque de rester fermer un peu plus longtemps…
Je fis une moue désapprobatrice. Je n'ai jamais trouvé que la salle avait besoin de renouveau et autant dire que la fermeture ne me réjouissait point. Mais ça avait l'air de réjouir Kise et de toute façon c'était sa discothèque alors je n'avais rien à dire.
- Mhm, l'encourageai-je à continuer.
- Et je me suis rendu compte que je ne t'avais pas raconté la raison de la dispute, finalement ! Enfaite, c'est toi !
- Hein ? Moi, quoi ?
- T'es la raison de la dispute !
Je fronçai les sourcils à cette révélation. Je m'attendais à tout sauf à ça. La seule nuit où je n'étais pas là, on se disputait à cause de moi. J'étais perdu…
- Enfaite, c'est un de tes habitués-
- Habitués ? Quels habitués ?
- Bah, ceux avec qui tu couches souvent. T'as jamais remarqué que parfois tu finissais avec les mêmes dans ton lit ?
- Nan, jamais. J'oublie mon ou ma partenaire dès que je quitte la maison.
- T'es pas possible… Bref, un de tes habitués est venu demander à Takaocchi où tu étais et un gars à côté a entendu et l'a traité de tarlouze. Tu imagines que c'est mal passé pour le gars. Il s'est énervé et a commencé à l'insulter. Jusque-là c'était maitrisable mais après les groupes de pote de l'un et de l'autre se sont rajoutés et finalement ça a été le bordel ! J'ai eu bien peur sur le moment mais maintenant que je sais que tout va bien, je suis rassurée.
- Kiyoshi va bien alors ?
- Oui, ce ne sont que des blessures superficielles, il va vite s'en remettre.
- Je te l'avais dit. T'es déjà allé voir Kagami aujourd'hui ?
- Pas encore, je suis sur le chemin.
- D'acc. Je lui ai déjà parlé de la dispute, hier. Je compte sur toi pour le rassurer parce qu'il avait l'air de s'en vouloir de ne pas avoir été là.
- Mais c'est pas sa faute, il était blessé !
- Ne me le dis pas à moi, je le sais déjà !
- Oui, je lui dirai… Il m'a demandé de passer au Maji pour lui apporter à manger, il prend quoi à ton avis ?
- J'ai pris dix cheeseburgers hier et il les a avalés en moins de temps qu'il en faut pour le dire.
- DIX ?! Comment il peut avaler tout ça ?!
- Moi aussi j'en prends dix, je vois pas où est le problème.
- Vous êtes vraiment des ventres sur pattes, c'est pas possible autrement…
- Je me demande surtout comment toi tu peux faire pour manger aussi peu.
- Mes habitudes de mannequin, qu'est-ce que tu veux ?
- 'Tain, j'imagine d'ici ton regard de charmeur avec ton clin d'œil ridicule quand tu dis ça.
- Comment ça mon clin d'œil ridicule ?! hurla-t-il.
- Arrête de crier, bon sang ! m'exclamai-je en éloignant mon téléphone de mon oreille.
- Je ne suis pas ridic-
Je raccrochais, comprenant que notre discussion n'allait pas aller beaucoup plus loin. J'appréciais Kise, mais il avait un don pour m'énervait et aujourd'hui j'avais déjà les nerfs à vifs alors ça ne servait à rien d'en rajouter. Je terminais ma clope et entrais dans le magasin pour m'acheter à manger. Je voyais la même caissière tous les jours et à chaque fois elle me gratifiait de son plus beau sourire et me saluai joyeusement. Rare étaient les fois où je lui répondais, la plupart du temps je ne faisais qu'hocher la tête. Elle n'avait pas l'air de m'en vouloir et persévérait. Aujourd'hui ne dérogea pas à la règle. Je ne lui lançai qu'un bref regard et me dépêchai de payer pour manger mes précieux sandwichs.
Je retournais au travail peu de temps après. Je trainais des pieds mais je n'avais pas d'autre choix que d'y aller. La journée passa, lentement, très lentement. Les histoires de chacun m'ennuyaient de plus en plus. Mes doigts se posaient avec une lenteur apparente sur les touches de mon clavier. Je n'écoutais les personnes plus que d'une oreille. J'aurais préféré faire mes missions finalement, au moins là je n'avais pas le temps de réfléchir et mon cerveau était constamment occupé par quelque chose. Ici, il était beaucoup trop simple de se laisser aller à mon sommeil, je parvins presque à regretter les cris de Wakamatsu et les excuses compulsives de Ryo. Alors que d'habitude j'aurai tout donné pour ne pas avoir à les subir. C'était dire mon niveau d'exaspération.
Je crus pleurer de joie quand on m'annonça la fin de mon service. Je sortis du commissariat avec délivrance. Ma première idée fut d'aller chez moi pour aller me coucher mais mon ventre me rappela à l'ordre par un grognement. Je décidai de partir au Maji pour me rassasier.
Une fois dans la file, je repensai à Kagami et à notre soirée d'hier et je me dis que lui aussi devait avoir bien faim. Je pouvais toujours passer en coup de vent pour lui apporter à manger puis rentrer chez moi. Je me décidai à faire ça et pris donc ma commande en serrant la mâchoire devant le prix qui s'affichait. Je pris le métro en commençant déjà à manger ma commande sur le chemin.
J'arrivais finalement dans l'entrée de l'hôpital. Je ne faisais pas très grande impression avec mon sachet de malbouffe dans les mains. Je me dirigeais vers le comptoir pour demander l'autorisation d'amener à manger à Kagami et éviter de me faire réprimander comme hier. La dame de l'accueil me regarda d'un air critique et m'informa qu'il fallait que je demande au médecin responsable du rouge pour savoir. Commençant à perdre patience, je demandais où je pouvais voir le médecin Midorima. Elle tapa sa recherche sur son clavier avec une lenteur abominable qui me donnait juste envie de lui prendre l'appareil des mains et écrire pour elle. Tout ça pour finalement m'annoncer qu'il était occupé avec une opération et que je devais attendre sur les bancs dans le hall -qui étaient d'ailleurs tous remplis- et attendre que Midorima vienne observer mon sac. Je retenus mes pulsions meurtrières à son égard. J'inspirais profondément, cherchant du calme au plus profond de mes poumons puis expirais, toujours aussi énervé. Je sentis la personne derrière moi s'impatienter et soupirer d'agacement. Je lui lançais une œillade reflétant toute ma rage emmagasinée et reposais mon regard sur la jeune femme.
- Et il se passera quoi si je ne l'attends pas ?
- Je serais obligé d'appeler la police, monsieur, me menaça-t-elle, pensant m'impressionner.
Je lâchai un rire amer qui la fit froncer les sourcils.
- Je suis sûr qu'ils seront ravis d'intervenir pour une histoire de burgers. Vous ne pensez pas qu'ils ont mieux à faire ? Abrutie.
Je partis d'un pas lourd, prêt à tuer tous ceux qui se mettrait sur mon passage. Les répercussions de ma journée remplie d'imbéciles en tout genre et de mes nuits de plus en plus courtes commençaient à se faire sentir. J'arrivais avec soulagement devant la porte et tapait deux grands coups pour annoncer ma présence. J'attendis un peu puis la voix grave de Kagami m'invita à entrer. J'ouvris la porte pour tomber sur Kagami, allongé dans son lit d'hôpital, un grand sourire aux lèvres quand il m'aperçut. Mon cœur fondit.
[Kagami]
Je n'étais parvenu à réprimer mon sourire quand j'avais vu la tête d'Aomine passer l'encadrement de la porte. Et le sachet qu'il tenait dans ses mains ne fit que m'exciter davantage.
- Salut.
- Salut. Ça va ?
- Bof, journée de merde. J't'apporte à manger, fit-il en brandissant le Graal.
- J'vois ça, merci beaucoup.
- J't'en prie. Faudra juste que tu penses à me rembourser un de ces quatre.
- Je peux le faire maintenant, on m'a rendu mon portefeuille.
Je me tournai doucement pour ne pas réveiller ma blessure et ouvris le tiroir du meuble à mon chevet. J'en extirpais mon portefeuille faisant également office de portemonnaie et lui tendis un billet de 2000 yens puis une pièce de 500 (approximativement 20 euros). Il les prit et les rangea tout en me passant les fameux burgers. Ils étaient un peu froids mais le goût était toujours là.
- T'as eu l'autorisation du médecin finalement, déduisis-je.
- Nan.
Je me tournai vers lui pour en savoir plus.
- Il était occupé et on m'a dit de l'attendre mais ça m'a énervé et j'suis pas patient du coup j'ai pas attendu et je suis monté.
- Donc à tout moment je mange un truc empoisonné ?
- Ça serait bête de ma part de vouloir tuer celui que j'ai sauvé.
- J'avoue que dit comme ça…
- D'ailleurs, comment ça s'est passé avec les enquêteurs, finalement ?
- Pas trop mal… J'ai pas répondu à tout mais ils ne m'en ont pas tenu vigueur.
- Je te l'avais dit. Tu leur as dit quoi ? Si c'est pas indiscret.
Ma bouchée passa difficilement. Je n'avais pas spécialement envie de raconter à nouveau ce passage de ma vie, alors je décidais de lui faire un gros résumé, en espérant qu'il ne pose pas plus de questions.
- Je leur aie dit que Nash était mon ex.
Aomine s'étouffa avec sa salive. Il me regarda d'un air ahuri. Je retins ma respiration, priant du plus profond de mon âme pour qu'il ne me juge pas.
- Comment t'as fait pour sortir avec un type pareil ?!
- Il était pas comme ça avant, soupirai-je.
- Attends, attends, Kagami, m'arrêta-t-il en secouant ses mains.
Une boule se créa dans mon ventre, je n'avais pas envie de parler de cette erreur, de ressasser mon passé horrifique.
- J'ai lu son casier judiciaire et ça parlait de violences conjugales et d'une tentative de viol… Est-ce que par hasard... ?
Il n'avait pas besoin de terminer sa question, nous avions tout les deux compris. Je détournais le regard, ne souhaitant pas croiser les yeux remplis sûrement de pitié d'Aomine. Je n'étais plus la victime de Nash. Je l'avais dénoncé à la police et j'avais pris un nouveau départ… J'étais arrivé au Japon en me persuadant que mon passé était derrière moi et que je pouvais me créer une nouvelle vie sans que les gens ne me jugent sur mes choix d'avant. Mais voilà qu'il avait de nouveau débarqué, me blessant à nouveau, détruisant l'image que les gens se faisaient de moi, ramenant mes cauchemars et mes doutes. Et je me retrouvai de nouveau seul, perdu et brisé.
- Hey, Kagami…
La voix anormalement douce d'Aomine me sortit de mes pensées.
- Je sais pas à quoi tu penses dans ta petite tête mais sache que ton ex on va le mettre sous les verrous et il sera pas prêt d'en sortir.
Je laissai un souffle s'échapper de mon nez et mes lèvres s'étirèrent en un léger sourire.
- Comment ça j'ai une petite tête ? plaisantais-je en me retournant vers lui.
Il perdit son air sérieux et le remplaça par de la surprise puis peu à peu un sourire joueur naquit sur son visage.
- Une petite tête et des sourcils bizarres en prime !
- Mes sourcils sont parfaitement normaux !
Il explosa d'un rire exagéré juste pour m'énerver, et ça fonctionna.
- « Normaux » ! J'comprends pourquoi tu fronces autant les sourcils, t'as toujours espoir qu'ils se rejoignent un jour, c'est ça ?
Il rigola à sa propre blague. Je jure que si je n'étais pas blessé à la jambe je l'attraperais et je le tuerais à mains nus. A la place, je pris mes sachets de burgers que je froissai dans mes mains puis les envoyai à Aomine avec toute ma rage. Malheureusement, il parvint à les esquiver plus aisément et il me répondit de la même manière. Ma position assise ne me permettait pas une grande mobilité alors je dus encaisser certains chocs. Nous récupérions les sachets par terre quand nous entendîmes toquer. Je me replaçais correctement et invitai la personne à entrer avant qu'Aomine ne soit de nouveau à sa place. Une infirmière entra quand les fesses de mon visiteur se posaient sur le siège.
- Bonsoir, fit-elle en dévisageant Aomine. Je viens récupérer le plateau repas.
- Euh, oui, confirma le bleuté en se tournant vers l'édit objet.
Je sentis son empressement alors je détachai mes yeux de la jeune femme pour voir l'homme à mes côtés qui se dépêchait d'enlever les emballages du plateau. Je ne pus que réprimer un rire devant le comble et l'irrespect du moment. L'infirmière s'empara du plateau en regardant les papiers par terre d'un œil critique. Le regard d'Aomine croisa le mien et il inspira profondément en regardant le plafond, mais son sourire le trahissait.
- Au revoir, nous salua la femme.
- Au revoir, répondis-je, la voix tremblante, prêt à lui rire au nez à chaque instant.
La porte se ferma et mon visiteur lâcha un brusque souffle qu'il avait retenu tout ce temps.
-'Tain quand tu m'as regardé j'ai cru que j'allais exploser de rire ! se plaignit-il.
- Mais c'était tellement drôle ! La pauvre dame, elle vient juste chercher le plateau repas constitué d'un repas sain et équilibré digne d'un hôpital et le sol est jonché d'emballages de malbouffe !
- Elle a frôlé la syncope !
Nous rîmes.
Et qu'est-ce que ça me fit du bien. J'étais relâché, décontracté, amusé. Je n'avais pas été aussi heureux depuis plusieurs jours. Je tournai la tête vers Aomine et vis son sourire rieur. Mes yeux se plissèrent.
- T'es plus beau quand tu souris.
Bizarrement, à ces mots, son sourire sembla s'affaisser. Il me répondit par un hochement de tête et se réinstalla correctement sur sa chaise comme par mécanisme. J'hésitai à lui demander ce que j'avais dit de mal mais je me dis que ça n'allait que remuer le couteau dans la plaie. Aomine s'éclaircit la gorge et reprit la discussion comme pour noyer le poisson.
- Videur en boîte de nuit, c'est vraiment le métier que tu veux faire ?
- Non, j'aimerais bien être pompier.
- Et pourquoi tu ne l'es pas ?
- Je n'avais pas assez confiance en moi quand je suis arrivée au Japon et je ne parlais pas bien la langue alors j'ai fait un métier où l'on parle moins et qui pouvait me maintenir en forme. Après je suis aller me présenter et on m'a dit que je devais passer un diplôme pour pouvoir faire ce métier puis on m'a rappelé que mon niveau de langue n'était pas assez élevé. Le truc c'est que je n'ai jamais trouvé le temps de passer ce fameux diplôme et plus le temps passe moins je pourrais le faire.
- Mais il faut pas la nationalité japonaise aussi quand on veut être pompier ?
- J'ai la nationalité japonaise, je suis né ici.
- Ah.
Un froid prit place dans la salle et ce n'était pas à cause de l'automne. Le jeune homme à mes côtés était bien plus distant que tout à l'heure. Ma gorge se serra sans que je ne sache réellement pourquoi. Je sais juste qu'une grande tristesse s'abattit sur mes épaules. Le regard d'Aomine était fuyant et le mien était fixé sur lui. Il y a deux minutes, il était en train de plaisanter avec moi, de me rassurer même. Et là, il était juste froid, impassible, ennuyé. Qu'est-ce qu'il s'était passé d'un coup ?
- Kise m'a parlé du fait qu'ils allaient modifier la salle. C'est cool, ça me laissera le temps de guérir avant de reprendre le boulot.
- Hm…
Même plus de réponses maintenant. J'avais l'impression de parler tout seul, le problème étaient que je sentais quand même le malaise ambiant dans la pièce.
- Je crois que je vais rentrer.
Je le fusillai du regard sur son chemin pour sortir. Je lui en voulais d'être si froid avec moi sans raison. Dire que j'étais heureux de le voir quand il était entré. Je me retrouvais seul dans cette chambre totalement vide et imbibé de ma tristesse et de mes cauchemars. Il m'avait remonté le moral pour tout me retirer d'un coup. J'étais encore plus seul que tout à l'heure. Je me manquais à moi-même.
C'est sur cette note très positive que je vous dis au revoir ! :)
Bon, en vrai, n'hésitez pas à me dire ce que vous pensez du chapitre, vos hypothèses, les moments qui vous ont marqués... Et je vous dis à tout bientôt pour la suite, bises ;D
