Heyy ! Joyeux Aokaga Day à tous et à toutes ! Honnêtement, je ne pensais pas être capable de sortir un chapitre aujourd'hui mais ma motivation m'a agréablement surprise ;)
En ce magnifique jour du 10/05, je vous présente un nouveau chapitre du point de vue de Kagami ! J'ai bien aimé l'écrire et j'ai été beaucoup plus régulière que d'habitude, j'espère qu'il vous plaira aussi ;) Sur ce, bonne lecture et désolée pour les fautes d'orthographe ;p
(La voix d'Aomine en VO est vraiment incroyable, Junichi Suwabe a une voix sublime !)
Shadow : Kagami est bel est bien vigile, quand Aomine lui parlait du travail de pompier il faisait une référence à une discussion qu'ils avaient eu quand Kagami était à l'hôpital et qu'il avait dit que son rêve était de devenir pompier. Aomine et Kagami se chamaillent bien, contente de voir que ça t'a plu ;) Chapitre du point de vue de Kagami, j'espère que tu aimeras, même s'il y a moins d'action ! J'ai remarqué que tu aimais bien Kuroko, c'est cool ça nous fait un point commun XD Tu le verras souvent dans cette fic ;) Le chapitre est sortie avant 2024, tu as vu ? Même si MHA m'a pris un peu de temps, ma priorité reste cette histoire. Bonne lecture, bises ;D
Kagami
Je m'étais endormi quelques secondes après Aomine. Si bien que je me réveillai en sursaut quand son réveil sonna. J'avais les jambes sur le canapé et la tête par terre, dans une position très acrobatique. J'éteignis son réveil à l'aveugle, une main glissant au sol. Je grognai à ce réveil douloureux tandis qu'Aomine se tournait dans son canapé en mettant un oreiller sur l'arrière de sa tête. On soupira de concert. La nuit n'avait vraiment pas été reposante, surtout que le bleuté devait aller travailler aujourd'hui.
J'étais complètement à la masse, et je décidai de me rendormir avant d'affronter cette dure journée. Bien qu'étant dans une position peu agréable, le simple fait de fermer les yeux m'happait à nouveau dans les douceurs du sommeil. Mais c'était sans compter sur Aomine qui décida de se lever rapidement, avant de lui aussi retourner dans les bras de Morphée.
Je l'entendis se faire un café en craquant ses articulations une à une. J'entrepris de me redresser pour rejoindre la chambre et finir ma nuit plus correctement, mais ma fatigue m'arrêta dès mon premier mouvement. J'essayai de nouveau, cette fois avec toute ma volonté -en tout cas celle qu'il était possible d'avoir ce matin-. Mais mes muscles bloquèrent mon mouvement. En effet, mon dos ainsi que ma nuque me procuraient une vive douleur, comme si j'avais une crampe tout le long de la colonne vertébrale. Je moulinais de la tête pour débloquer ma nuque et me cambrai pour soulager mon dos.
- Tu t'en sors ? me demanda Aomine en revenant à ma hauteur, une tasse de café fumante dans la main.
- Ouais, grognai-je avec la voix rauque du matin et toujours la tête à l'envers.
- On va dire que je te crois… En tout cas, sache que j'avais raison, Brooklyn a gagné. Je vais prendre une douche, n'hésite pas à te recoucher.
Je descendis mes jambes de leur perchoir et me mis debout en grimaçant. J'étirai mes muscles encore engourdis et me dirigeai dans la chambre pour me rendormir. Je m'écroulai sur le lit, l'esprit encore trop brumeux pour m'allonger correctement. Le bruit régulier et apaisant de l'eau qui coulait dans la douche acheva de me laisser porter dans le pays des rêves.
Quand je me réveillai à nouveau, quelques heures plus tard, Aomine était déjà parti et la maison était entièrement silencieuse. Mon second réveil fut déjà beaucoup plus tranquille que le premier, je me permis de trainer un peu au lit et de réveiller mes muscles un à un avant de finalement me lever. Je m'étirai sur mon chemin vers la cuisine où je me préparai un bon petit déjeuner. Pendant le processus, je repérai le post-it qu'Aomine avait laissé sur la table, comme à son habitude.
« Comme à son habitude », c'était amusant de voir qu'une routine s'était déjà mise en place entre nous deux.
Hey
Si t'as le temps aujourd'hui, essaie de m'acheter un paquet de clopes stp.
Fais attention à ta jambe et n'oublie pas de prendre tes médocs.
À ce soir.
Rapide et efficace. Je reposai le papier et terminai mon petit déjeuner. Je regardai mon téléphone pour vérifier l'heure : 10h32. J'avais bien rattrapé ma nuit pendant ces quelques heures. Aomine cependant devait bien souffrir. J'espérai que sa journée n'allait pas être trop sportive sinon j'allais le ramasser à la petite cuillère ce soir.
Je m'asseyais sur le canapé en faisant attention à étendre sa couette sur le côté et remettre son oreiller correctement contre l'accoudoir. Oreiller qui se retrouva bizarrement collé à mon nez pendant quelques secondes… J'inspirai profondément son odeur sauvage et enivrante en m'insultant mentalement avant de le reposer.
Je pris la console et rallumai la télé qu'Aomine avait éteinte ce matin. C'était reparti pour jouer toute la journée à un jeu vidéo. Il s'appelait Street-fighter et, comme son nom l'indiquait, c'était un jeu de combat. Je n'étais pas très fan des jeux vidéos habituellement. Quand j'avais du temps à perdre, je le passais dehors à faire du basket-ball ou un footing. Mais ces deux options n'existaient plus depuis ma blessure.
J'avais trouvé ce jeu par hasard hier en rangeant sa table basse. Je me souvenais y avoir joué quelques fois aux États-Unis et j'en avais gardé de bons souvenirs alors je sautais sur l'occasion d'y jouer à nouveau. C'était marrant et à la fois très rageant. Il n'était ni trop simple ni impossible. Le but était juste de faire des combos d'attaque pour battre son adversaire et remporter le combat, rien de difficile dit comme ça. Mais encore fallait-il se souvenir des boutons où appuyer et trouver le bon timing pour avoir de l'impact. Coordination, patience, mémorisation, anticipation… Des qualités que j'avais sur le terrain mais qui disparaissaient dans ce jeu.
- Rah ! m'écriai-je après m'être pris une attaque fatale.
Je soupirai de rage et m'apprêtai à lancer une nouvelle partie quand mon téléphone sonna. Sans surprise, je vis le nom de Kise s'afficher. Je quittai ma manette et essuyai mes mains moites sur mon pantalon avant de répondre :
- Allô ?
- Kagamicchi !
- Salut Kise.
- Tout va bien ?
- Oui, oui, ça va… Je me suis réveillé il y a pas longtemps donc j'ai bien dormi.
- C'est cool, l'entendis-je prononcer avec un sourire dans la voix.
- Et toi ?
- Eh ben, écoute, tout va bien aussi ! Je suis en forme pour affronter cette nouvelle journée !
Je souris. Sa bonne humeur déteignait sur moi. Ça changeait d'Aomine qui ne souriait presque jamais à part pour m'embêter.
- Les travaux vont bien ?
- Comme sur des roulettes, on avance à un bon rythme. Si tu sens que ta jambe va mieux, n'hésite pas à passer, tout le monde serait content de te voir !
- J'y penserai. J'ai déjà beaucoup moins mal qu'avant-hier, je suis sur la bonne voie pour guérir.
Je n'avais presque pas bougé hier et même si ça me déplaisait, je voyais quand même que c'était le meilleur moyen pour guérir. Je n'avais déjà plus mal quand je me levai pour quelques minutes.
- Prends soin de toi, ne te rouvre pas en voulant te précipiter.
- Oui, ne t'inquiètes pas, je fais attention.
- Bien. Et comment va Aomine ?
- Il avait l'air fatigué hier donc j'imagine qu'il a passé une dure journée… Et cette nuit n'était pas très réparatrice non plus, ça ne m'étonnerait pas qu'il soit encore plus fatigué.
- Oh, t'en fais pas pour lui, les petites nuits ça le connait !
Je repensai à notre première rencontre où, en effet, Aomine m'avait prévenu qu'il reprenait le travail à 7h du matin alors qu'il était déjà 2h et qu'il était complètement assommé par l'alcool. Cette révélation m'avait fait tomber des nues et encore aujourd'hui, je n'en revenais toujours pas. En tout cas, ça expliquait ses cernes creux sous ses yeux. Son rythme de vie m'inquiétait un peu.
- C'est pas dangereux pour lui ? Il est agent de police quand même, il doit faire attention à ce qu'il fait, non ?
- Oui, évidemment, ne pense pas qu'il ne fait pas attention, il est très sérieux dans son travail. Enfin, quand il le veut… Il a une manière de vivre différente de la nôtre mais il sait ce qu'il fait et il sait se reposer quand il atteint sa limite.
- J'espère pour lui…
- Mais oui, ne t'inquiètes pas ! Je dois te laisser Kagamicchi, une longue journée m'appelle !
- Ok, bon courage Kise.
- Bye bye !
Il raccrocha. Voilà une autre routine qui s'était créée, Kise m'appelait tous les jours pour prendre de mes nouvelles et m'informer de l'avancée des travaux.
Je relançai mon jeu et continuai à jouer jusqu'à ce que mon dos se rappelle à moi. J'arrêtai ma partie, m'étirai et me levai pour m'habiller, chose que je n'avais toujours pas faite depuis que j'étais réveillé. Je me vêtu d'un jean et d'un pull à Aomine, les miens étant resté chez moi. Penser à lui me rappela la requête qu'il avait mise dans son message ce matin : acheter des cigarettes. Je me décidai à le faire maintenant, comme ça je n'aurai plus à y penser.
Dès que je fus prêt, je pris mon argent et descendis dans la rue. Il bruinait un peu donc je mis ma capuche, l'odeur d'Aomine emplissant mes narines faisait frissonner mon ventre sans que je ne sache pourquoi.
L'automne était déjà bien présent mais un reste d'été s'insinuait encore dans l'air. Malgré la pluie fraîche, le vent restait doux et je pouvais être en pull sans risquer d'attraper un rhume. J'aurais adoré courir sous ce temps normalement. Des gouttes froides pour rafraichir pendant l'effort et un souffle agréable glissant sur la peau et volant dans les cheveux. J'avais envie de faire du sport, plus que jamais. C'était sûrement la première chose que j'allais faire après ma guérison. J'enviais Aomine qui était sûrement en train de faire une séance de musculation à l'heure qu'il était.
Ma course ne prit que quelques secondes, mon seul achat étant les cigarettes d'Aomine. J'hésitai à acheter quelques aliments pour cuisiner dans les jours à venir mais je préférai ne pas trop dépenser, mon salaire n'était pas près d'arriver vu que je n'avais travaillé qu'un jour pour Kise. J'entrai dans la file pour la caisse, gêné de n'avoir qu'un tout petit article à payer.
- Aomine-kun ?
Je me tournai vers cette voix que je connaissais depuis peu. Évidemment, mes yeux tombèrent sur du vide.
- Oh pardon, je vous ai confondu avec quelqu'un d'autre.
Je sursautai avec un mouvement de recul en apercevant cette touffe de cheveux bleu clair juste devant moi.
- AH ! Oh, punaise tu m'as fait peur ! dis-je en retirant ma capuche.
- Pardon, votre pull ressemblait à celui de quelqu'un d'autre.
- Nan, y'a pas de mal, il est bien à Aomine, je lui ai emprunté.
- Vous le connaissez ? Le monde est vraiment petit.
J'hochai la tête et payai à la caisse. Kuroko me suivit, non sans effrayer la caissière par sa présence qui cria : « Encore vous ! ». La pauvre avait frôlé la crise cardiaque. Je ne savais pas qui de Kuroko et les gens autour de lui étaient le plus embêtés par son invisibilité.
- Je le connais depuis peu, je vis avec lui, lui répondis-je.
- Oh, félicitations pour vous, sourit-il avec gentillesse.
- Hein ? Euh, non ! Non, non, pas comme ça ! On est juste coloc.
Je me sentis rougir à cause de ce lapsus.
- Vraiment ? Pardon, je me suis emballé.
- Pas grave. Et toi, comment tu le connais ?
- Il y a quelques mois, il a aidé mon père durant une intervention et je suis allé le remercier le lendemain. Je l'ai recroisé hier et il m'a avoué que c'était interdit. Ça l'a bien fait rire que je ne le sache pas.
- La douche froide ! me moquai-je. C'était quand même gentil de ta part d'aller le remercier.
- J'ai trouvé ça normal sur le moment. Mon père ne l'avait pas fait parce qu'il était encore sous le choc à ce moment-là. Quand j'ai compris que personne ne l'avait félicité pour son élan de courage, je suis allé le faire moi-même.
Malgré son petit corps frêle et sa tête innocente, il avait l'air d'être quelqu'un de borné ou très à cheval sur la politesse. Le nombre de policiers qui n'étaient pas félicités pour leur travail était incommensurable, pourtant il a décidé qu'il allait le faire et il est allé rejoindre un homme qu'il ne connaissait pas, sur son lieu de travail, juste pour lui dire « merci ». Il a eu une idée en tête, il l'a fait. Nul doute que ce petit bonhomme était quelqu'un de poli. Peut-être un peu fou, mais gentil.
- Bon, je suis arrivé. À la revoyure, euh… C'est quoi ton nom ?
- Je m'appelle Kuroko Tetsuya.
- Et moi Kagami Taiga. À la prochaine fois.
- À bientôt et bonne journée.
Je rentrai avec un léger sourire aux lèvres. Je me déchaussai et revins sur l'habituel canapé. Je posai le paquet de cigarettes sur la table basse et en profitai pour prendre mon téléphone et prévenir Aomine de mon achat. Je ne m'attendis pas à une réponse immédiate donc je laissai mon cellulaire choir dans le salon pour rejoindre la cuisine et préparer mon repas du midi.
J'avais prévu de faire un curry cette fois. Je sortis les ingrédients et m'attelai à ma tâche. Heureusement, la préparation était facile et rapide. La cuisson était de trente à quarante minutes donc j'avais le temps de faire autre chose en attendant. Et par autre chose, j'entendais jouer à la console. C'était la seule qui était assez efficace pour bloquer mes mauvaises pensées.
J'ajoutai les légumes et laissai le tout bouillir. Je rejoins le canapé et pris mon téléphone pour mettre une alarme et vérifier mes messages. Et en effet, un nouveau message s'affichait sur mon écran. Je cliquai dessus et regardai la réponse d'Aomine :
[Aomine 12 :14]
Cool.
Pas trop mal à la jambe ?
Jamais je ne l'avouerai mais son inquiétude pour ma jambe me faisait quelque chose de bizarre dans le ventre, une sensation agréable de plaisance.
[Kagami 12 :43]
Ça va définitivement mieux, j'ai un tout petit peu mal là mais c'est parce que je cuisinais. Et toi comment tu vas ?
[Aomine 12 :43]
Je suis exténué comme pas possible.
[Kagami 12 :44]
Tu m'étonnes avec la nuit que t'as eue… Mais ça devrait aller, Kise m'a dit que tu avais l'habitude des petites nuits ?
[Aomine 12 :45]
Ouais mais d'habitude elles ne sont pas en pleine semaine. La seule différence c'est que cette fois j'ai pas la gueule de bois.
[Kagami 12 :45]
Ça fait quand même une grande différence.
[Aomine 12 :46]
Pas tellement parce qu'au final j'ai quand même la tête dans le cul. Heureusement que la journée est pas trop dure.
[Kagami 12 :46]
Bah voilà c'est déjà ça.
[Aomine 12 :46]
Tu cuisines quoi ?
[Kagami 12 :46]
Un curry.
[Aomine 12 :47]
J'te déteste. Moi je me tape un vieux sandwich dans une supérette pendant que l'autre il se met à l'aise chez moi pour manger un bon repas.
[Kagami 12 :48]
« L'autre » comme tu dis, mange un repas cuisiné à la sueur de son front. Si t'es pas content de ce que tu manges tu n'as qu'à te préparer un bento le matin avant d'aller travailler. Et je te rappelle que c'est toi qui t'es proposé pour me garder chez toi.
[Aomine 12 :50]
Alors déjà c'est toi qui m'as demandé de si je pouvais te garder parce que tu t'inquiétais pour ton cher patron et tes collègues, j'ai donc été dans l'obligation de te ramener chez moi vu que tu ne connaissais personne d'autre proche qui pouvait le faire. Et je regrette de temps à autre d'avoir accepté. Et pour le bento, tu te rends bien compte que quand je me réveille avec à peine cinq heures de sommeil dans les pattes, je n'ai pas la force de préparer à manger.
Je dus me relever pour m'assurer que la cuisson se passait bien. Je réfléchis à toutes les réponses que je pouvais lui dire pour lui fermer son clapet une bonne fois pour toutes. Je repris mon téléphone le plus rapidement possible pour ne pas lui laisser savourer sa victoire trop longtemps.
[Kagami 12 :58]
Je t'ai demandé si tu connaissais quelqu'un qui pouvait s'occuper de moi vu que j'allais être dans le mal pendant quelques jours. Et tu as répondu « Moi. ». Si tu te proposes pour m'héberger, je ne vais pas refuser. J'ai perdu contact avec toutes les personnes avec qui j'ai travaillé auparavant, donc si t'es la seule proposition je la prends. Et c'est culoté de ta part de dire que tu regrettes que je sois là alors que je te prépare à manger tous les soirs et que je fais le ménage chez toi. Et pour finir, si tu n'as pas le courage de te préparer un bento tous les matins, tu ne peux t'en vouloir qu'à toi-même, gardes tes insultes pour toi.
Je laissai mon téléphone en évidence sur la table basse du salon et pris finalement la manette pour faire une ou deux parties. Cette table basse que j'avais d'ailleurs décidé de nettoyer hier. Quel innocent choix. Si seulement j'avais su les magazines qui se cachaient sous les détritus de nourriture… J'eus été obligé de sortir les gants pour bouger tout ça. J'en ai encore des frissons rien que d'y penser, je préfère retirer ce moment de ma tête à tout jamais. Pourtant je n'arrive pas à oublier la question que je m'étais posée sur le moment : « Il ramène des filles chez lui de temps en temps ? ». Parce que si c'est le cas je dors probablement là où il a copulé avec une fille. Et cette idée me dégoute profondément.
Je sentis une vibration de mon téléphone en face de moi qui m'extirpa de mes pensées. Je fis pause dans ma partie pour regarder le message d'Aomine :
[Aomine 13 :02]
Bon, j'ai la flemme de lire ton pavé de je-ne-sais-pas combien de lignes. Je retourne bosser si tu peux refaire un curry pour ce soir ça serait cool.
Ce type avait la capacité folle de m'énerver par tous les moyens possible et imaginable. Moi qui pensais qu'il allait reconnaitre sa défaite, voilà qu'il trouvait un nouveau moyen de m'énerver. Je serrai mon téléphone dans mon poing à la limite de le casser. Je pris une grande inspiration pour me calmer. Heureusement, au même moment mon alarme sonna et m'empêcha d'envoyer mon téléphone valdinguer contre le mur.
Je terminai de préparer mon repas pour rapidement l'ingurgiter. Parfois je me disais que passer autant de temps à préparer quelque chose pour finalement le manger en même pas dix minutes c'était vraiment injuste. Mais ce n'était qu'une pensée éphémère car le plaisir que j'avais en goûtant ce que j'avais passé tant de temps à préparer n'était pas du gâchis. De plus, le processus de cuisiner et faire la vaisselle était rassurant pour moi. Pour me montrer que malgré ma blessure il y avait des choses que je pouvais toujours faire comme d'habitude. C'était un point de repère dans ma routine complément changé depuis quelques jours. Ça a toujours été mon repère à chaque fois que j'ai dû changer d'environnement. Du Japon aux États-Unis, de chez mon père à chez Nash, de Nash au Japon… Et maintenant de mon ancien appartement à ici. Je voyage beaucoup mais j'arrive toujours à garder des habitudes qui me maintiennent dans un mode de vie rassurant. Le sport est la seule habitude que je ne peux pas garder ici.
Je remontai mes manches pour ne pas mouiller le pull à Aomine et entamai la vaisselle. J'aperçus un bleu sur mon avant-bras. Il ne fallait pas être un spécialiste pour comprendre que ça avait la forme d'une main. Nash avait dû me tirer par le bras à un moment ou un autre. Je n'avais plus beaucoup de souvenirs de cette journée. J'avais eu des flashs pendant les premiers jours et parfois ça me revenait la nuit. Ce n'était jamais rien de concret, juste des instants où je voyais son abominable visage, du sang, un cri… J'en avais des sueurs froides rien que d'y penser…
Je m'accrochai deux secondes aux bords de l'évier le temps de reprendre mon souffle et oublier ses idées sombres. Je calmai mes légers tremblements et tentai de me reconcentrer sur la casserole que j'avais dans les mains, mais mes pensées finirent par dériver encore une fois. Je repensai à l'annonce d'Aomine la dernière fois : le tribunal. Le jugement de Nash.
Je devais être présent. Je devais le revoir. Ce n'était pas un choix mais une obligation, je devais être là pour témoigner contre lui. Je n'étais même pas capable de trouver le courage de retourner chez moi, alors le revoir… ça me paraissait impossible. Et j'avais l'impression d'être tellement seul dans cette épreuve.
Aomine m'hébergeait, mais il l'avait fait parce qu'il s'était senti obligé. Nous n'étions même pas amis. Nous étions juste des colocs qui en savaient un peu trop l'un sur l'autre. Kise et mes collègues n'étaient pas au courant de la relation que j'avais eu avec Nash. Il restait mon père. Mais son absence de soutien à l'époque où je vivais avec le blond me restait bloqué dans la gorge. Je savais qu'il essayait de changer mais je n'étais pas prêt à lui parler de mes problèmes.
J'avalai difficilement ma salive et reposai le torchon que j'avais utilisé pour essuyer la vaisselle. Finalement cette séance de nettoyage ne m'avait pas aidé à me changer les idées. Je remis mes manches en tentant de persuader mon esprit qu'il n'y avait pas de bleu sur mon bras. Je rejoignis le canapé pour la énième fois de la journée et pris la manette pour relancer la partie que j'avais mise sur pause.
Ce canapé en cuir rouge et rugueux. Il partait en miette à quelques endroits et il prenait la forme de mon corps quand je restais dessus pendant trop longtemps. Il était moelleux mais collant. C'était le type de canapé où nos jambes restaient scotchées quand l'on était en été. Il paraissait vieux, plus vieux que cet appartement. Il restait solide malgré tout. Son dossier était un sable mouvant : on restait enfoncé dedans dès que notre corps rentrait en contact avec la surface granuleuse. Il était à la bonne hauteur pour que je puisse glisser ma nuque sur le rebord en reposant ma tête en arrière. Parfois quand mon jeu ne parvenait pas à happer mon entière concentration, je fermais les yeux et me mettais dans cette position. J'essayai tant bien que mal de me relaxer et de garder la porte close pour tous les démons qui tentaient d'y pénétrer.
Mes doigts survolaient les touches de ma manette. Je passai inconsciemment ma langue entre mes lèvres, signe de haute concentration. Mon personnage faisait des sauts périlleux en tout genre et donnait des coups de pied dans le vide. De temps à autre, il parvenait à toucher son adversaire. Les dégâts que j'infligeais étaient infimes par rapport à ceux que j'encaissais. Je laissai échapper quelques « Non, non, non… » quand j'approchais de la défaite. Je devenais de plus en plus habitué aux défaites mais le progrès ne pointait pas le bout de son nez. Je changeai de personnages pour la je-ne-sais-plus combientième fois. Cette fois c'était un homme trapu vêtu d'un costume ouvert sur le torse. Il avait une tresse blonde sur le haut de la tête, le reste était rasé à part une barbe qui descendait de sa bouche en deux colonnes. Je me réinstallai correctement, prêt à tout donner pour cette cent-vingtième partie de la journée. Mais soudainement, le vibreur de mon téléphone me ramena sur Terre.
Je fronçai les sourcils. Aomine m'avait dit qu'il était retourné travailler et Kise était lui aussi en train de s'occuper de sa discothèque. Qui ça pouvait-il être ? Je retournai mon téléphone et soupirai en voyant le nom s'afficher :
[Papa 14 :12]
Hey Taiga, ça fait longtemps que l'on ne s'est pas parlé… Il est tard ici à Los Angeles mais je voulais quand même discuter un peu avec toi avant d'aller me coucher. Tu peux m'appeler quand tu vois mon message ?
Je reposai mon téléphone en déglutissant. Il me demandait des nouvelles à peu près tous les mois et parfois plus. Son attention à mon égard me faisait plaisir mais je n'arrivais pas à me sortir de la tête le fait qu'il soit là juste pour se rattraper de ces dernières années. Depuis ma petite enfance, il était absent. Il avait un travail qui lui prenait beaucoup de temps et il essayait tant bien que mal de subvenir à nos besoins. Il ne se rendait pas compte de son absence, il ne pensait à rien d'autre qu'à son boulot et toutes les emmerdes du quotidien. Il signait mes mots de retard ou d'absence en cours mais il ne me sanctionnait jamais. Il n'avait pas la tête à ça, il avait trop de travail à gérer. Avec l'absence de ma mère ça n'avait pas été simple. Mais j'avais pu trouver quelqu'un à mon écoute, à mes côtés. Nash.
Après avoir posé plainte, juste avant de prendre l'avion, mon père avait souhaité avoir une discussion avec moi. Il avait eu les larmes aux yeux tout le long mais j'étais trop chamboulé par les évènements récents pour être ému par cette vision. Il s'était excusé un nombre incalculable de fois. Il m'avait acheté une maison pour que je puisse vivre au Japon. Il m'avait trouvé des contacts pour un médecin, un avocat, une banque japonaise, un notaire, des hommes pour mon déménagement… Tout ce qui pouvait m'être utile dans ce nouveau pays. Je lui avais interdit de me trouver un travail, je voulais réussir cette épreuve tout seul. Voilà où j'en étais, à divaguer de métier en métier pour trouver un environnement où je me sentais stable. Mon père avait décidé de prendre notre relation en main et m'avait promis de ne plus jamais me laisser seul avec mes problèmes.
Il était mon seul pilier quand je suis arrivé dans ce pays, alors j'acceptais tous ses appels et répondais à tous ses messages. Contrairement à ce que j'avais pu penser, je n'avais aucun ressentiment envers lui. Comment en avoir quand je me rappelai sa mine déconfite dès qu'il rentrait du travail ? Il n'avait pas un mauvais fond, je le savais. Je me souviens qu'il me demandait parfois comment s'était passée ma journée, mais il n'entendait pas la réponse. Il pensait qu'en me donnant une vie stable, j'allais être satisfait, il avait oublié qu'il me fallait aussi une famille… Il avait juste été trop naïf, trop crédule, trop absent. Maintenant il s'en rendait compte. Il était tard, j'avais attendu dix-huit ans, mais je l'acceptais parce que j'avais besoin de lui et il était enfin là pour moi.
Malgré notre relation retrouvée, il était dur pour moi de parler de certains sujets. Nash étant le pire. Mais voilà que je me retrouvais dans une maison qui n'était pas la mienne, sans travail depuis plus d'une semaine, avec un colocataire qui me donnait des envies de meurtre et une blessure à la jambe causée par mon ex : un psychopathe et addict à la drogue. Autant dire que mon envie d'appeler mon père était inexistante.
Je repris ma manette comme si de rien était et appuyai sur toutes les touches en priant pour que ça passe. Je continuai comme ça pendant de longues heures. Je m'interrompis seulement pour prendre un goûter ou aller aux toilettes. J'enchainai les personnages au point que je finis par presque tous les connaître par cœur. Mon niveau s'améliora légèrement : je parvenais à donner des coups de pied dans mes adversaires. En revanche lancer les attaques spéciales restait très dur.
Je finis par me lasser de jouer au même jeu depuis ce matin alors j'allumai la télé pour regarder les infos ou quoique ce soit d'autre qui passait à la télé à cette heure. Je tombai directement sur la chaine principale du Japon. Je n'y prêtai pas beaucoup d'attention avant de remarquer qu'il retransmettait une intervention de la police. Je fronçai les sourcils et mis mes coudes sur mes genoux pour être bien sûr de ne rien louper à la télé. La probabilité pour qu'Aomine fasse partie des policiers présents était très faible mais mieux valait être vigilant.
« Heureusement que la police est arrivée rapidement, la bagarre n'a fait aucune victime involontaire. Les quatre agresseurs vont être amenés au commissariat et placés en garde à vue. Le gérant du bar va être interrogé par des policiers. Les agressions dans les bars de nuit et les discothèques commencent à se multiplier depuis récemment, les enquêteurs carburent pour trouver une raison mais pour l'instant ils font chou blanc. Nous allons maintenant interroger les passants. »
Je me redressai, interpellé. Je pensais que l'agression dans la discothèque de Kise était un cas à part mais apparemment ce n'en était juste qu'une parmi tant d'autres. J'écoutai distraitement une vieille dame parler de l'augmentation des crimes au Japon. Un drone fit une vision d'ensemble de la scène et là, à côté d'une ambulance, je crus apercevoir une touffe de cheveux bleu nuit. Je déglutis et attrapai mon téléphone pour taper un message :
[Kagami 18 :12]
Hey j'ai cru te voir à la télé après une bagarre devant un bar, c'était toi ?
Il y avait à présent un policier qui se faisait interroger et qui communiquait des informations sur l'attaque. Il était grand avec des cheveux mi-longs noirs et des lunettes rectangulaires. Il racontait l'intervention avec un sourire inquiétant qui me fit froid dans le dos. Apparemment les quatre agresseurs n'étaient même pas alcoolisés ou drogués, ils avaient juste pété les plombs pour une raison qui était encore floue. J'étais tellement concentré sur ce qu'il disait que je faillis ne pas entendre mon téléphone vibrer.
[Aomine 18 :17]
Ouais je passe vite fait à l'hôpital, mais j'ai rien. Ils me donnent deux, trois trucs et je rentre.
[Kagami 18 :18]
Tu pourras pas acheter ce qu'il faut pour le curry, alors ?
[Aomine 18 :20]
T'as besoin de quoi ?
Je dressai une courte liste d'aliments en manque dans la cuisine et il me répondit qu'il allait acheter tout ça en rentrant. Je reposai mon téléphone et soupirai. Si on avait deux blessés à la maison ça allait être dur à gérer. Il prétendait ne rien avoir mais j'avais du mal à y croire.
- Advienne que pourra, me murmurai-je dans cette maison silencieuse.
Je changeai de chaîne pour trouver une radio qui diffusait les titres phares du moment. La plupart étaient des musiques américaines et certaines d'entre elles me ramenèrent quelques années en arrière. Je reconnus une chanson qui passait en boucle dans le café dans lequel je travaillais, un faible sourire mélancolique se peignit sur mes lèvres. Finalement, la porte s'ouvrit et un lourd soupir vint s'intercaler à la musique.
- Tadaima…
- Okaeri.
Il entra dans le salon en me tendant le sachet de provisions qu'il avait dans les mains. Il était vêtu d'un gros pull et d'un jean clair, comme à son habitude.
- T'as tout trouvé ? demandai-je.
- Normalement, ouais. Vérifie quand même au cas où.
Je sortis le contenu du sachet sur le plan de travail tandis qu'Aomine se prit une bière dans le frigo.
- T'en veux une ?
- Ouais, pas trop alcoolisé si possible.
- Petite nature, se moqua-t-il.
Je lui lançai un regard noir et attrapai la bière qu'il me tendait.
- Tu t'es fait quoi finalement ?
- Rien, juste une petite coupure, je reprends le travail dès demain.
- On t'envoie à l'hôpital juste pour une coupure ? Ils ont rien d'autre à faire ?
- Ils pensaient que c'était plus grave parce qu'ils ont vu que je pissais le sang à la côte. Ils m'ont emmené par mesure de sécurité.
- Je vois.
Je l'entendis rejoindre le canapé tandis que je commençai à cuisiner mon deuxième curry de la journée. J'entendis le bruit d'un briquet qu'on allume et je compris qu'il piquait déjà dans le paquet de cigarettes que je lui avais acheté ce matin.
- T'es devenu fan de Street Fighter ? me demanda-t-il en regardant la télé. C'est déjà la deuxième fois que je te vois jouer à ce jeu en rentrant.
- Je suis pas fan, nan, mais c'est la seule chose que t'as qui occupe mes journées.
Il ouvrit la bouche pour parler mais il laissa d'abord la fumée quitter ses lèvres. Je m'arrangeais toujours pour m'écarter de lui quand il fumait parce que je n'aimais pas l'odeur, mais la vision d'un Aomine laissant sa fumée blanchâtre glisser entre ses lèvres était vraiment intéressante.
- Tu préfèrerais pas jouer à NBA 2K ? (*Célèbre jeu de basket)
- Tu l'as ?!
- Ouais, il devait être quelque part sur la table basse… Tu l'as pas vu quand t'as rangé hier ?
- J'ai préféré regarder le moins de choses possible, honnêtement.
Un frisson me revint en me rappelant tous ces magazines pornographiques qu'Aomine laissait choir sur cette pauvre table.
- D'ailleurs t'en a fait quoi de mes gravures ?
- À défaut de pouvoir les brûler, je les ai mises dans un sachet à côté de la poubelle.
- T'es fou ?! J'aurais pu les mettre dans la benne à ordure par inadvertance !
- C'était le but, en fait. Mais vu le nombre de fois où tu jettes tes poubelles ça risquait pas d'arriver.
- Ça sert à rien de jeter les poubelles si elles ne sont pas pleines.
- Oh ben tu risques pas de les sortir vu que tu laisses tes détritus se balader dans toute ta baraque !
- De quoi je me mêle ? Mon hygiène de vie me convient parfaitement.
- On peut même plus parler d'hygiène de vie à ce niveau-là… Ça t'arrive de nettoyer chez toi de temps en temps ?
- Euh-
- T'sais quoi ? J'ai pas envie de savoir. Ça va juste me dégoûter encore plus.
Il marmonna quelque chose dans sa barbe avant de changer de chaîne, apparemment peu appréciateur des musiques américaines. Cette idée me rappela d'ailleurs que nous avions un cours d'anglais à faire. Je l'avais déjà oublié hier, il fallait que l'on se rattrape maintenant. Mais avant tout, le curry. Je pris une grande gorgée de ma bière qui me piqua la gorge et démarrai la préparation. Je coupai les légumes avec agilité et précision, fis bouillir de l'eau, mélangeai la viande avec les légumes et la sauce soja…
- Quand on te voit comme ça, on dirait pas que tu peux cuisiner aussi bien.
- EUWAH ! m'écriai-je en remarquant Aomine qui s'était glissé dans mon dos.
- C'était quoi ce cri : « Euwah !», m'imita-t-il avec un sourire moqueur.
- C'est toi qui débarques de nulle part, comme ça ! m'énervai-je en lui donnant un coup de coude.
- Pff… Quel peureux tu fais.
Je claquai ma langue sur mon palais pour exprimer mon mécontentement. Je repris ma préparation tandis qu'Aomine s'installait un peu plus loin sur le plan de travail. Je n'avais pas beaucoup de place à utiliser pour préparer un curry donc ça ne me dérangea pas.
- Aomine, l'interpellai-je
- Kagami, me répondit-il.
Mon nom sonnait bien dans sa bouche. C'était rare que l'on s'appelle par nos noms, on s'insultait normalement. Mais c'était bien de se parler plus calmement de temps en temps. Il m'énervait trop, c'était irritant. Je mis ces pensées de côté et repris :
- Introduce yourself.
J'étais concentré sur ma casserole bouillante et je ne pus pas voir la réaction d'Aomine mais je pus deviner qu'il ne comprenait pas. Je glissai mon regard vers lui et vis qu'en effet il fronçait les sourcils et m'interrogeai des yeux.
- Hein ?
- Introduce yourself, présente-toi.
- Ah… Tu me fais un cours d'anglais là ?
- Perspicace, me moquai-je.
- Tch.
Il se gratta la tête avec un soupir et un visage ennuyé. Il joua avec sa cannette en fronçant les sourcils.
- Maï name iseuh Ao- euh non- Daiki Aomine.
- Pas mal mais c'est « is » tu mets un « e » à la fin à chaque fois.
- Mouais, c'est la même chose.
Je secouai la tête, fatigué par ses remarques. Je repris une gorgée de ma bière et réfléchis à ce que je pouvais lui apprendre d'autre.
- Dis, tu connais l'alphabet, j'ai pas besoin de te l'apprendre ?
- Bah évidemment.
J'arquai un sourcil, j'avais entendu le doute dans sa voix.
- Tu peux me le réciter, alors ?
- Pourquoi ? Tu me fais pas confiance ?
Il glissa les yeux vers moi et un duel de regard commença. Il me lança un sourire narquois et je compris qu'il me testait pour savoir quelle réponse j'allais donner.
- Nan, je te fais pas confiance, récite-moi l'alphabet en anglais.
Il soupira et ferma les yeux en reposant son dos sur le plan de travail. Il fit la moue et posa son bras sur ses yeux.
- A, b,c…
Il s'arrêta après la troisième lettre. Il continua à bouger les lèvres comme si la suite allait lui revenir en balançant des sons au hasard, mais rien ne vint.
- T'as que les trois premières lettres, sérieux ? hallucinai-je.
- Nan mais je connais la suite, c'est juste que là j'ai oublié, mentit-il.
Je reposai ma spatule et me tournai entièrement vers lui, sans voix face à son niveau plus déplorable que je n'aurais jamais imaginé.
- J'en ai connu des gens nuls en anglais mais toi tu dépasses tout le monde.
- Je dépasse toujours tout le monde.
- Surtout en nullité apparemment.
Il se redressa et attrapa sa bière pour la finir en une gorgée.
- Surtout en talent !
- Ça doit être ça, ouais, ironisai-je.
- Tu me crois pas ? Ok, je te défie sur Street-fighter maintenant !
- Hein ? J'sais pas si t'as remarqué mais je suis en train de préparer à manger là.
- Ouais, ben après.
- Après on mange.
- Après manger !
- Après manger tu vas te coucher parce que demain tu vas encore dire « Oh J'aI PaS aSsEz DorMi à CaUsE dE ToIII », caricaturai-je sa voix.
- D'une, je parle pas du tout comme ça. Et deuxièmement, tu refuses de m'affronter parce que t'as trop peur de perdre.
Dire qu'il avait faux serait mentir. Je connaissais mon niveau sur ce jeu et autant dire qu'il ne volait pas très haut. J'avais déjà du mal à jouer contre des robots alors contre Aomine. Je pouvais toujours croiser les doigts et espérer qu'il soit plus mauvais que moi mais il avait quand même Street-fighter en sa possession depuis plus longtemps que moi donc certainement plus d'expérience.
Aomine sembla remarquer mon débat intérieur car il s'approcha de moi avec son sourire railleur de malheur. Il arriva à mes côtés et se pencha pour trouver mon regard tout en me provoquant :
- C'est ça, hein ? T'as les chocottes ? Poule mouillée, va.
- Poule mouillée de rien du tout ! m'emportai-je.
Je réagissais exactement comme il le voulait et je le savais. Ça m'énervait au plus haut point et en même temps je préférais ça que de passer pour un lâche. Je soupirai et coupai le feu de la gazinière.
- Lance-le ton jeu, je vais te faire mordre la poussière.
Son sourire s'élargit encore plus et un ricanement passa la barrière de ses lèvres. Je continuai de froncer les sourcils, le défiant des yeux.
- On va voir qui va faire mordre la poussière à qui, me menaça-t-il à son tour.
Il se dirigea vers la télé pour lancer la partie et me lança une manette que je rattrapai au vol. On s'assit coude contre coude, prêt à tout donner pour la victoire. Je choisis un personnage que je connaissais peu mais que je trouvai puissant. Aomine quant à lui prit un personnage plutôt basique visuellement parlant, je ne me souvenais pas d'avoir joué avec lui d'ailleurs. Aomine eut un petit rire à côté de moi :
- J'vais te défoncer.
- C'est ce qu'on va voir…
Nos personnages respectifs eurent une petite animation pour les présenter et le combat débuta. Je me penchai vers l'avant pour être sûr de ne rater aucun mouvement. On s'élança directement l'un sur l'autre. Je lançai mon premier combo mais Aomine l'esquiva en sautant un mètre au-dessus de moi. En descendant, il en profita pour me mettre un coup de pied dans la tête qui m'enleva un petit nombre de HP. J'eus un rictus énervé, ça n'allait vraiment pas être de la tarte. On se trouva à nouveau en face à face et j'eus à peine le temps de lui mettre quelques coups de poing qu'une rafale d'high-kick s'acharna sur moi. Son attaque se stoppa et je voulus sauter et arriver dans son dos pour faire une technique spéciale mais j'appuyai au mauvais endroit et je me retrouvai accroupi face à lui. Je jurai en me prenant une énième attaque qui brûla mon personnage et le projeta en l'air. Je retombai en perdant un bon nombre d'HP. Je me replaçai sur le canapé, la partie était vraiment mal engagée. Aomine avait une grande avance mais ne perdait pas son sérieux pour autant. Je réussis à lui infliger quelques coups et une technique spéciale lancée sans faire exprès. Mais ma petite remontada ne dura guerre plus longtemps. Quand j'entendis Aomine souffler un « Parfait… », je compris que c'était foutu pour moi.
Sans que je ne sache pourquoi, une animation se fit sur le personnage d'Aomine, et d'un seul coup je me retrouvai avec un coup de poing magnifique qui m'arriva pile dans le ventre. Mon personnage se remettait à peine de l'action qu'il reçut à nouveau une rafale de coups de pied. J'appuyai sur toutes les touches en espérant que ça change quelque chose mais je ne pouvais rien faire face à ma barre de vie qui se réduisait de plus en plus.
- Non, non, non, non, non, priai-je entre les dents.
- Et BAM ! s'exclama Aomine en me donnant le coup final.
Je jurai à nouveau, serrant la manette avec une forte envie de l'envoyer valser à l'autre bout de la pièce. Aomine, contrairement à moi, se reposait contre le dossier du canapé et laissait ses bras baller en arrière.
- Tu vois que je suis le plus fort.
- T'as pris le joueur le plus fort du jeu, forcément que tu allais gagner ! On la refait ! Je veux pas rester sur une défaite !
- Pff… On rejouera une prochaine fois, faut que tu fasses à manger. J'vais t'aider, tiens, ça m'occupera un peu.
- Euh ? Vraiment ? fis-je, étonné par son élan de gentillesse.
- Dépêche, je te dis, il faut pas que je me couche trop tard ce soir. Et c'est juste pour m'occuper, je fais pas ça pour toi, répondit-il en se levant du canapé et en détournant les yeux.
- Bon, d'accord alors… Mais c'est que partie remise ! rappelai-je.
- Dépêche de toi de venir ! s'emporta-t-il face à mon insistance.
Je finis par m'occuper de la préparation du repas tout seul vu qu'Aomine ne savait même pas ce qu'était une poêle. Je me demandais vraiment comment il avait fait pour vivre tout seul jusqu'à présent. J'avais déjà du mal à lui donner des cours d'anglais, je n'allais pas essayer les cours de cuisine. Je lui demandai de mettre la table et il fut quand même dans la capacité de le faire, non sans ronchonner évidemment. On se mit à table et après un « Itadakimasu » prononcé à l'unisson, nous nous jetâmes sur la nourriture. C'était mon deuxième curry de la journée mais j'avais changé quelques aliments dedans donc la sensation ne fut pas totalement la même que ce midi. Je fus plutôt fier du résultat, le goût restait présent et le riz était cuit comme il le fallait.
- C'est bon ? demandai-je tout de même.
Aomine releva les yeux vers moi, la bouche pleine, et me regarda comme si j'avais la plus grande connerie du mois. Il avala sa bouchée avec difficulté et me dévisagea :
- Tu me poses vraiment la question, là ?
Je lui rendis son regard, ne comprenant pas ce que j'avais dit de mal.
- Oui, je te pose vraiment la question.
Il leva les yeux au ciel et enfourna une autre bouchée dans sa bouche. Je fronçai les sourcils en attendant sa réponse. Il replanta ses yeux dans les miens en remarquant que je le fixais.
- Mange, m'ordonna-t-il en pointant mon repas avec ses baguettes. Tu verras si c'est bon ou pas.
- Personnellement je trouve ça bon, mais je voulais avoir ton avis pour être sûr.
Il soupira comme si je racontais n'importe quoi, ce qui m'énerva.
- Prépare-moi ça pour demain midi et je me laisse perdre à Street fighter, répondit-il.
- Ni l'un ni l'autre. Tu te démerdes pour ton bento et tu te bats à la loyale.
J'avais finalement compris entre les mots qu'il appréciait mon repas, et ça me suffisait. Je repris le cours de mon repas, satisfait. Aomine, lui, ne se laissa pas faire :
- Pff… T'es jamais content. Tu te plains quand tu perds et tu te plains quand tu peux gagner.
- La ferme. C'est vachement culotté de ta part de dire que je suis jamais content.
- C'est sûr que tant que je vivrais sous le même toit que toi je ne risquerais pas d'être très heureux.
- Parce que les plats que je te prépare te rendent malheureux peut-être ?
Il laissa un petit silence après la question pour préparer sa prochaine réplique mais je ne lui en laissai pas le temps. Il fallait que je clôture cette discussion avant que j'arrive à court de réponses.
- C'est bien ce que je pensais, achevai-je.
Il fronça les sourcils avec agacement et s'apprêta à dire quelque chose d'autre mais je l'interrompis à nouveau.
- D.
- Hein ?
- D, répétai-je. C'est la quatrième lettre de l'alphabet en anglais.
- T'es encore là-dessus ?!
- Tu te souviens de la suite ? le questionnai-je sans prêter attention à ses remarques.
- Nan !
- Essaye au moins.
Il mâchonna sa nourriture avec violence. Il m'avait demandé de lui apprendre l'anglais et maintenant il ronchonnait… Mais ce n'était pas pour autant que j'allais arrêter de lui donner des cours, c'était plutôt kiffant de paraitre plus intelligent que lui, parfois.
- A, b, c, d… H ?
- Nan, certainement pas.
- Pff… J'sais plus.
On passa donc tout notre repas à réviser l'alphabet anglais qui paraissait presque inconnu à Aomine. Soit il n'avait aucun souvenir d'une lettre soit il la plaçait au mauvais endroit. Je ne me retins pas de l'insulter en anglais, profitant du fait qu'il ne comprenait rien. Il s'énerva un bon nombre de fois aussi mais finalement il réussit à le réciter en entier.
Je décidai de m'occuper de la vaisselle pendant qu'Aomine prenait sa douche. Ma jambe commençait à me faire mal donc je ne devais pas y passer trop de temps. Je pouvais demander au bleuté de tout ranger après, même si je doutais qu'il se souvienne de quel placard contenait quoi. Je reposai l'éponge sur le rebord de l'évier et pris mon téléphone. Un nouveau message s'affichait :
[Papa 21 :34]
Hey. Je n'ai pas eu de réponses tout à l'heure. C'est ma pause de midi, appelle-moi si tu peux. Je m'inquiète un peu.
J'avalai ma salive avec difficulté. Je ne pouvais pas le snober toute ma vie, il fallait bien que je lui donne des nouvelles, même si c'étaient des mensonges. Je pris mon cellulaire dans le poing et rejoignis la chambre d'Aomine pour me vêtir de mon pyjama. J'essuyai mes paumes sur mon pantalon et lançai l'appel. En attendant qu'il décroche je me rendis compte d'à quel point je voulais lui parler, lui raconter ce qui m'arrivait. Mais en même temps je ne voulais pas qu'il le sache, je ne voulais pas imaginer sa réaction qui allait sans aucun doute être de la pitié. Et qu'est-ce que je détestais inspirer la pitié…
- Taiga ?
- Hey dad ! répondis-je avec un enjouement un peu surjoué.
J'entendis du bruit autour de lui et je compris qu'il était sûrement dans le réfectoire en train de manger.
- Comment vas-tu fiston ?
- Je vais bien et toi ?
Je grinçai des dents à mon propre mensonge.
- Pareil, le travail est fatigant mais on fait avec. Et toi, ton nouveau boulot ?
J'hésitai à mentir mais me connaissant j'allais juste m'embrouiller et raconter n'importe quoi.
- J'ai fait qu'un jour, malheureusement. Il y a eu une embrouille dans la discothèque et elle a été abimée.
- Vraiment ?! Tu n'as rien ? s'inquiéta-t-il.
Je déglutis difficilement. Il s'inquiétait autant pour une petite dispute, aucun doute qu'il allait faire une syncope si je lui disais la vraie raison de mon incapacité à travailler.
- Non, non, on a maitrisé les perturbateurs rapidement, il n'y a pas eu de blessés.
Il soupira de soulagement ce qui provoqua un grésillement désagréable dans le téléphone.
- Moi qui pensais que les Japonais étaient plus calmes.
- Japonais ou pas, avec de l'alcool dans le sang, plus personne n'est calme.
- C'est vrai.
Un petit blanc passa et j'entendis mon père se faire interpeller par quelqu'un, il allait sûrement devoir retourner bosser. Au fond, ça ne me dérangeait pas. J'aimais discuter avec mon père mais je craignais tellement de dire quelque chose qu'il ne devait pas apprendre que j'étais trop tendu pour pleinement profiter.
- Désolé Taiga, je vais pas tarder à retourner travailler. J'ai une dernière question avant de te laisser.
- Vas-y.
- Tu as quelqu'un dans ta vie en ce moment ?
Ouch. C'était sûr que cette question allait arriver mais j'avais quand même espoir qu'il l'oublie. Mon père avait bien accepté le fait que j'étais gay, là n'était pas le problème. Le problème était que j'étais définitivement et désespérément seul. Depuis Nash, je n'avais eu aucune relation amoureuse. Mon père n'était pas dupe, il savait que c'était parce que j'avais peur d'être de nouveau dans une relation toxique.
- Hum… Non, toujours pas, murmurai-je.
Il soupira à nouveau mais presque imperceptiblement. Cette fois ce n'était pas du soulagement mais plutôt de l'inquiétude. Il connaissait mes raisons et je savais qu'il était actuellement en train de se flageoler mentalement pour avoir laissé cette connerie de Nash arriver. Je me sentais mal pour lui, d'une certaine manière j'étais la raison de son mal-être. Mais qu'est-ce que je pouvais faire pour le rassurer ? Lui dire que ce n'était pas sa faute ? Bien sûr que si ça l'était. Lui dire que je ne lui en voulais pas ? Bien sûr que si je lui en voulais. Lui dire que c'était fini ? Nash était revenu pour me planter la jambe et je suis toujours traumatisé par lui, même six ans plus tard.
Non, définitivement, je ne pouvais rien faire pour l'aider. Il devait vivre avec ses remords toute sa vie, à part si un élément déclencheur venait changer la donne. Et ce n'était pas le retour de Nash dans ma vie qui allait le faire se sentir mieux.
- Tu t'es fait des amis, au moins ?
- Oui, oui, mon patron et mes collègues sont vraiment sympas.
- Ça change du mien… Je suis content pour toi, si tu es bien intégré, c'est le principal !
Mon cœur se serra, il essayait tellement d'être optimiste sur ma vie et de me redonner le sourire alors que je lui mentais depuis le début de cette conversation…
- Ouais, ils sont vraiment cool, je suis content.
C'était bien la seule chose qui allait bien d'ailleurs.
- Bon… Je crois que je vais devoir te laisser Taiga. Passe une bonne nuit.
- Ouais, salut papa, passe une bonne journée.
Je raccrochai, la main tremblante. J'aurais tellement aimé lui dire ce que j'avais sur le cœur, mais il n'était pas prêt à l'entendre. Je soupirai en me passant une main dans les cheveux.
C'est seulement quand je relevai ma tête que je remarquai que je n'étais pas tout seul dans cette pièce. Aomine me toisait de ses yeux sombres et colériques, accoudé au chambranle de la porte, les bras croisés et la mâchoire serrée.
- On peut savoir à qui tu parlais ?
Le ton de sa voix m'indiqua clairement que j'étais en danger. Le problème c'est que je n'avais aucune idée de pourquoi je l'étais. Je réfléchis rapidement aux conséquences de ma réponse mais je ne comprenais pas comment elle pouvait être punitive.
- Mon père ?
Il hocha la tête comme s'il s'attendait à cette réponse, pourtant la tension dans son corps me confirma que ce n'était pas ce qu'il voulait entendre.
- Et depuis quand tu parles à ton père ?
Je fronçais les sourcils, je n'aimais pas son interrogatoire. Il avait une idée derrière la tête mais je n'avais aucune idée de ce que ça pouvait être. Je voulais qu'il me dise clairement ce qui le dérangeait au lieu de tourner autour du pot.
- Pourquoi tu me demandes ça ?
Il rit avec un sourire inquiétant. Il se moquait de ma question comme si c'était la plus débile qu'il ait jamais entendu. Il secoua la tête et s'approcha de moi.
- Il sait où t'habites ?
- Mon appart ? Bah ouais, c'est lui qui me l'a acheté, je te l'ai déjà dit.
Il sourit avec des yeux déçus, désolé devant mon incompréhension.
- Et tu ne t'es jamais dit que c'était lui qui avait donné ton adresse à Nash, par hasard ?
Mon cœur loupa un battement quand je compris enfin où il voulait en venir. J'avalai ma salive et reculai d'un pas. Dès que l'information parvint à mon cerveau, je secouai la tête et fronçai encore plus les sourcils.
- Non, impossible, mon père n'aurait jamais fait ça…
Je repensai à ses mots bienveillants et à son inquiétude pour moi. Il se rongeait les sangs à chaque fois que je lui disais quelque chose de négatif sur mon état. Il s'en était tellement voulu quand j'avais porté plainte. Je ne pouvais pas oublier ses larmes quand il s'était excusé. Non, mon père ne m'avait jamais voulu du mal, et il n'avait aucune raison de le faire. Jamais de la vie il aurait envoyé mon ex pour qu'il me fasse du mal.
Je secouai la tête avec plus de fermeté devant les yeux accusateurs d'Aomine. Je ramenai mon pied devant moi et me redressai pour essayer de me mettre à sa hauteur.
- Je le connais, jamais il n'aurait donné mon adresse à Nash.
- T'es trop naïf, Bakagami. Tu penses qu'il va t'oublier et te négliger pendant toute ta jeunesse et d'un coup devenir le père que tout le monde rêverait d'avoir ?
Je serrai les poings à ces accusations. Je ne portais pas mon père dans mon cœur mais je n'aimais pas la manière dont Aomine le décrivait. Je ne savais pas d'où me venait cette assurance, mais je savais pertinemment que mon père n'avait rien à voir dans cette histoire.
- C'est pas parce que ton père a été le dernier des connards que mon père est pareil ! m'énervai-je. Je ne lui ai pas pardonné pour ce qu'il a fait mais je sais très bien qu'il n'a rien à voir avec Nash. Je le connais plus que toi que je sache.
- T'es juste aveuglé par tes putains de sentiments ! Tu te rends pas compte que tes proches sont les premiers à te la mettre à l'envers dès que tu ne t'y attends pas !
- Eh ben si, figure-toi que je le sais très bien ! C'est pas toi qui vas m'apprendre la vie, Aomine. Moi aussi je me suis fait trahir. Et je sais que mon père ne me la mettra jamais à l'envers.
- Ah ouais ? Et comment tu le sais ? Vas-y explique-moi monsieur le génie ! Qu'est-ce qui te rend si sûr de toi ?
Je reculai ma tête de la sienne en réalisant que je n'avais aucune raison particulière de savoir que mon père n'y était pour rien.
- Je le sais et c'est tout.
Il recula aussi en me jugeant sans vergogne de ses yeux vides et tempétueux. Un rictus mauvais se forma au coin de sa bouche. Je n'allais pas l'admettre mais il me faisait un peu peur. Les battements de mon cœur s'accélèrent tandis que je jonglais entre ses yeux, essayant de paraître le plus confiant possible.
- T'es encore plus bête que ce que je pensais, m'insulta-t-il.
- La ferme, abruti ! Tu me fais pas confiance ? Très bien, t'as qu'à le questionner, alors.
À peine eu-je prononcé cette phrase que je ressortais mon téléphone et composais mon code.
- Comment ça le questionn- commença Aomine.
- Ça tombe bien je voulais lui en parler, justement. Je voulais pas l'inquiéter mais vu qu'il est apparemment le coupable il doit s'y attendre, non ?
- Hey, hey, Kagami, arrête ! s'exclama le bleuté en séparant ma main de mon cellulaire. Qu'est-ce que tu me racontes, là ?
- Qu'est-ce que t'as pas compris ?
- Tu veux qu'on appelle ton père pour lui raconter ce qui t'ait arrivée ? T'es sûr de toi ?
J'étais parfaitement terrifié à cette idée. Terrifié de voir sa réaction quand il allait l'apprendre, terrifié de découvrir que mon père était bien un coupable, terrifié de m'être fait trahir…
- Certain.
Il regarda mes yeux un à un pour être sûr, puis me lâcha pour que je puisse appuyer sur le bouton de l'appel. Je pris une profonde inspiration en priant pour que mon père réponde et qu'on puisse faire éclater la vérité. Ma main tremblait légèrement et je sentis de la sueur froide glisser dans mon dos ce qui me valut des frissons.
- Taiga ? Il y a un problème ?
Je regardai Aomine en cherchant un peu de soutien car il était à présent temps que je lui raconte mon nouveau traumatisme. C'était le comble de chercher une touche d'attention dans les yeux du bleuté alors que c'était justement lui qui était en train de m'insulter il y a quelques minutes. Mais quand ce dernier hocha délicatement la tête pour m'encourager, je fus content qu'il soit avec moi pour cette épreuve.
- Dad, j'ai quelque chose à te dire… T'as du temps ?
- Temps ou pas, je t'écoute, fit-il soudainement très sérieux.
Aomine prit mon téléphone et augmenta le son pour mieux entendre notre discussion sur haut-parleur. Je pris une grande inspiration et me lançai :
- Dad, Nash est sorti de prison.
Mon père le savait déjà parce qu'il était encore aux États-Unis au moment du jugement, mais je voulais quand même vérifier s'il n'avait pas une réponse anormale. Au début, le silence me répondit, il attendait probablement la suite mais remarquant qu'elle ne venait pas il reprit la parole.
- Euh, oui, je sais. Il est sorti de prison récemment si je ne me trompe pas, répondit-il en imaginant que j'avais posé la question.
Il laissa passer un petit temps avant de reprendre comme s'il avait compris le sens de ma phrase.
- C'est ça qui t'inquiètes Taiga ? Ne t'en fais pas, je suis sûr que ces années de prison lui on remit le cerveau en place, il ne te fera plus jamais rien. Je sais que je ne suis plus dans le même pays que toi, mais je te promets que je te protégerai de là où je suis. Si tu veux je peux effectuer des recherches et m'assurer qu'il est toujours aux États-Unis-
- C'est trop tard.
Ma gorge se serra douloureusement dès que ces mots furent sortis de ma bouche. Je déglutis avec angoisse en préparant à la suite.
- Co… Comment ça c'est trop tard Taiga ? Il t'est arrivé quelque chose ? Tu sais quelque chose sur lui ?
Ces inquiétudes innocentes me firent mal au cœur. Il tombait des nues et ça me fendait le cœur. Il n'avait aucune idée de ce qui m'était arrivé, je le savais.
- Il est venu au Japon, papa…
Ma voix tremblait à cause de l'émotion. Bien sûr qu'il n'y était pour rien, mon père ne m'aurait jamais voulu du mal. Aomine l'avait sûrement compris aussi à l'heure qu'il était. Mon père restait sans voix, le souffle presque saccadé à cause de la panique qui le prenait. Je voulais arrêter de parler et oublier cette discussion qui nous faisait tous les deux aussi mal. Mais maintenant elle était lancée et je devais la terminer.
- Tai…
Je reniflai et enfouis mes sentiments pour ne pas craquer.
- Il m'a retrouvé. Il m'a attaqué en sortant de mon lieu de travail il y a une semaine à peu près… Il a voulu me séquestrer chez moi mais heureusement un policier a su interpeller Nash avant que ça dégénère.
- Dis-moi que c'est une blague…
- Il était complètement shooté aux drogues… Les années de prison n'ont rien changé, ils l'ont juste rendu encore plus dingue.
Un long soupir douloureux se fit entendre de l'autre côté du téléphone. Un silence s'en suivit, il réfléchissait sûrement à quoi me dire. Mon cœur se serra, il devait encore se dire qu'il n'avait pas réussi à me protéger. Il n'y était pour rien cette fois, il n'aurait pas pu prévoir que Nash fasse son retour dans ma vie.
- Taiga, je-
- Monsieur Kagami, le coupa Aomine.
Ce dernier avait pris mon téléphone des mains sans que je ne m'en rende compte. Je le regardai avec suspicion, j'espérais qu'il n'était plus en train d'imaginer que mon père était le coupable.
- Je suis Aomine Daiki, le policier qui a interpellé Nash Gold Junior. Kagami vit actuellement avec moi parce qu'il a été blessé et qu'il n'est pas prêt à retourner chez lui pour le moment. J'avoue être la cause de cet appel, je vous suspectais et Kagami voulait me prouver que vous étiez innocent. Je vous rassure, mes suspections sont terminés. Seulement, le problème n'est pas résolu. Est-ce que vous savez comment Nash a pu avoir accès à l'adresse de Kagami ?
Il y eut un froissement et un reniflement avant que les informations ne soient parfaitement intégrées par mon père. Quand ce fut fait, il reprit la parole avec empressement :
- Il y a peut-être une explication ! Taiga ? Je peux me tromper, mais, Nash n'avait pas hacké ton téléphone pour connaitre ta position, à l'époque ?
Ce fut comme un coup de tonnerre. D'un seul coup, toute la partie sombre de cette histoire parut s'illuminer. Mais oui, bien sûr que oui, comment avais-je pu l'oublier ? Je n'avais pas changé de téléphone après toutes ces années parce que j'étais inquiet de perdre mes contacts ou mes informations personnelles avec un nouveau cellulaire. Mais qu'est-ce que j'avais été négligent… Bien sûr que la condamnation de Nash ou mon voyage de l'autre côté de la planète n'allait pas l'arrêter.
- Oui. Oui, il a ma localisation, répondis-je aussi bien à mon père qu'à Aomine.
- La voilà l'explication, souffla le bleuté. Merci pour cette information Monsieur Kagami.
- Si je peux être utile d'une quelconque manière, s'il vous plait, faites-le-moi savoir. Je me sens tellement inutile de là où je suis…
- Si j'ai de nouveaux doutes sur quelque chose, je n'hésiterai pas à vous contacter.
- Merci, merci jeune homme et merci de prendre soin de Taiga.
Aomine déglutit et détourna les yeux. Apparemment ces nombreux remerciements le mettaient mal à l'aise. Ça me fit souffler d'amusement.
- Et, Taiga ?
- Oui ?
- Je suis vraiment, terriblement désolé d'avoir de nouveau raté mon rôle de père. S'il t'arrive quoique ce soit d'autres comme ça, s'il te plait préviens-moi. Je sais que pendant des années j'ai été un père horrible mais je te promets que je suis déterminé à me rattraper. Je t'appellerai plus fréquemment à partir de maintenant, et si tu as besoin de quoique ce soit par rapport à la maison ou à ton avocat, dis-le-moi. Je t'aiderai.
- D'accord, dad. Je ne te promets pas que je répondrai à tous tes appels mais je te préviendrais des événements qui arrivent dans ma vie.
- Merci Taiga.
J'esquissai un sourire. Je pouvais sentir l'émotion et la fierté dans sa voix.
- Bye, bon courage pour le reste de ta journée.
- Bonne nuit Taiga.
Je raccrochai, le cœur beaucoup plus léger que précédemment. Je remis mon téléphone dans ma poche et observai Aomine qui prit quelque chose dans son armoire.
- Tu cherches quoi ?
- Là, fit-il en récupérant quelque chose. Mon ordinateur portable pour regarder quelques vidéos avant de m'endormir.
- Je croyais que tu voulais te coucher plus tôt pour ne pas être fatigué demain matin ?
- Mais là il est trop tôt.
Je soupirai d'exaspération. Je m'assis sur le bord du lit. J'avais un coup de barre après toutes ces émotions.
- Kagami ? m'interpella-t-il.
- Mh, répondis-je en fermant les yeux et reposant mon dos sur ce doux matelas.
- Rien, laisse tomber, murmura-t-il après quelques secondes.
J'entendis la porte se refermer derrière lui tandis que je partais déjà dans les brides du sommeil. Je m'installai plus confortablement et quittai finalement le Japon pour rejoindre le pays des rêves.
Une nouvelle journée pour nos deux fauves ! Un nouveau personnage en action : je vous présente le père de Kagami !
J'espère que ça vous a bien plu, je suis sur une bonne lancée dans l'écriture en ce moment donc je pense que mon prochain chapitre ne devrait pas prendre trop de temps à sortir, mais je ne promets rien !
N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, bonne journée, joyeux Aokaga day et à la prochaine pour la suite, bises ;D
