Une fois n'est pas coutume, je vais vous demander un léger effort de concentration car il était en train de se passer quelque chose dans notre paisible quartier britannique digne des plus grands numéros de mages et autres ensorceleurs de télévision. Vous voyez bien, le genre de numéros où le mystère se cache derrière une superpositions d'événements trop rapides, déguisant ainsi la clé de l'énigme (souvent bien plus simple qu'on ne l'imagine). On s'accroche, et on garde les mains et les jambes à l'intérieur du véhicule (en cas d'accident, La Parenthèse décline toute forme de responsabilité).

Chez Gallagher :

« Allô Mme Smith ? Oui c'est Finn Gallagher, je ne vous dérange pas ? Très bien très bien, écoutez il faut que je vous raconte ce que je viens de voir… »

Chez Harley :

« Allô le lycée Molière ? Non je n'appelle pas pour mon fils, j'appelle pour mon père… Est-ce que je pourrais parler à Mme Schmidt s'il-vous-plaît ? »

À l'hôpital :

« Oui, je m'appelle Peter, j'accompagne Stephen Strange. Oui, le neurochirurgien. Non je ne suis pas son fils. Un proche, oui on peut dire ça dans un sens. Depuis quand est-ce que le docteur travaille ici vous le savez ? »

Chez Gallagher :

« Mais oui, oui, de mes yeux vus, je vous le dis, Strange s'est fait un ami ! Demandez à Prokof ! »

Chez Harley :

« Oui bonjour Mme Schmidt, je suis Harley, le fils de Tony Stark, je crois qu'il est venu vous voir avec ma sœur il y a quelques jours. Oui, c'est ça. Alors voilà, j'aide ma sœur à écrire une rédaction sur son héros et elle a choisi notre père. Je voulais vous demander si vous aviez de petites anecdotes sur sa vie de lycéen pour nous aider… »

A l'hôpital :

« Oui alors c'est un secret, il ne faut pas le répéter au docteur, mais j'aide ma sœur à écrire une rédaction sur son héros, et elle a choisi Stephen… »

Chez Sam et Tom (feat. Morgane) :

« Bon la ligne de Mme Smith est occupée, je vais réessayer de l'appeler plus tard. Ce qui veut dire qu'on peut commencer notre tournée du quartier pour relancer la fête de fin d'été ! »

Tom et Morgane, en chœur :

« Ouiii ! »

À l'hôpital :

« Oui je sais que présenté comme ça c'est difficile à croire… Mais Stephen reste un docteur, il sauve des vies tout de même ! Vous savez, ma sœur est encore petite, elle ne voit que le bon côté des gens… Et ne le dites pas au docteur non plus, mais elle rêve de faire partie du corps soignant quand elle sera grande ! »

Chez Gallagher :

« Exactement, c'est ce que j'allais vous dire : il faut que l'on fasse quelque chose ! Nous avons peut-être enfin trouvé une personne capable de sauver le docteur Strange, un véritable héros ! Vous savez que je n'avais pas eu l'occasion d'étudier une chose pareille depuis Michel-Ange et son Tommaso ? C'est l'Histoire qui est en train de s'écrire ma petite dame, l'Histoire ! »

*Aboiement de Prokof*

Chez Harley :

« Donc Strange était gentil. C'est étonnant mais passons. Dans la bibliothèque, oui oui je note. Ils flirtaient en lisant des livres ? Mais qui fait ça ? »

Avec Sam et Tom (feat. Morgane) à la porte d'un voisin random :

« Oui bonjour ! Alors vous avez certainement remarqué que depuis quelque temps, les enfants sont de retour dans le parc ? Oui, c'est que Dr. Strange semble s'être engagé dans un processus de pacification. Non l'ONU n'y est pour rien… Alors on se disait qu'il serait temps de remettre au goût du jour notre fête de fin d'été. »

À l'hôpital :

« Alors, je sais déjà qu'il choisit ses patients en fonction de leur portefeuille… Non c'est pas top en effet, on va pas garder ça… Sinon… Il aime la musique non ? Il en écoute pendant ses opérations. Ah, il parie vos repas du midi en déclenchant des blind-tests sauvages ? Quel drôle de pokémon... »

Chez Gallagher :

« Alors savez-vous qui est ce mystérieux nouveau voisin ? Ah vous avez enquêté ! Parfait ! Stark vous dites ? Comme le Stark de Stark Industries ? Mais qu'est-ce qu'il fait là ? Mais ce n'est plus un événement, c'est une anomalie historique ! Je vais gagner un prix avec ça c'est sûr ! Pardon oui revenons-en aux faits… D'abord et avant tout, les faits… Le présent… »

Chez Harley :

« Mais alors Strange a vraiment disparu comme ça, sans rien dire à personne ? Il n'était pas non plus à sa remise du diplôme, je vois… Ah, il a déménagé. D'accord, et il n'avait pas de frère ou de sœur que vous connaissiez ? »

Avec Sam et Tom (feat. Morgane) :

« Non on s'occupe de tout ne vous en faites pas. Oui vous pourrez amener votre propre nourriture. Non les gilets pare-balles ne devraient pas être nécessaires… Les bouées de sauvetage non plus… Ah des masques FFP2, si vous voulez, la distanciation sociale… une distanciation de Strange c'est ce que vous voulez dire ? »

À l'hôpital :

« Et il n'a jamais eu d'amis ? D'histoire d'amour ? Parce que ça ferait bien pour la rédaction, les amis du héros, une intrigue romantique… »

Chez Harley :

« Un grand-frère et une petite-sœur, que vous n'avez jamais vu, bon… Donc vous ne savez pas ce qu'ils sont devenus maintenant, si ? »

Chez Gallagher :

« Ne vous inquiétez pas, je suis prof d'histoire, je sais comment mettre deux idiots en couple. Je commence dès aujourd'hui ! Oui oui je vous tiens au courant ! À bientôt. »

Puis regardant Prokof :

« Ah là là, mon vieux, c'est que ça ne se refuse pas, l'appel de l'Histoire… »

*Aboiement, signé LSBLPIDA*

Avec Sam et Tom (feat Morgane) :

« La treizième fête de fin d'été, c'est ça. Oui treize ça porte malheur. Mais peut-être que combiné à Strange, ça fera l'effet inverse ? Non pas convaincu ? Bon on fera sans vous... Si on veut une glace ? Vous cherchez à nous consoler ? Eh bien ça fonctionne, on ne dit pas non à une glace, hein les mômes ? »

Tom et Morgane en chœur :

« Nooon !

-Bon, petite pause alors. Je vais réessayer d'appeler Smith. Vous pouvez aller jouer... »

À l'hôpital :

« Pas d'histoire d'amour, ni d'amitié… Pas une seule en dix ans ? On peut vraiment survivre comme ça ? Et il a de la famille ? À part moi je veux dire -c'est que je suis de la famille très éloignée vous voyez, au douzième degré au moins... »

Chez Sam :

« Allô, Mme Smith ? Oui c'est Sam. Je vous appelle au sujet du docteur. Parce que vous savez, les Stark, ses nouveaux voisins, sont vraiment des gens cools. Genre je pense qu'on en croise des comme ça qu'une fois par siècle. Ouais, comme des Gandhi. Et ils aimeraient bien savoir ce qui est arrivé à Strange il y a vingt ans… »

Chez Gallagher :

*Aboiements de Prokof*

« Oui Prokof, attends une minute, je te sors. Ah arrête de râler, ça irait plus vite si môsieur ne m'avait pas cassé le fémur ! J'aurais dû t'appeler Cubitus tiens, il y a un chien comme ça dans une BD française. Ou belge. Peu importe. »

Chez Sam :

« Oui je transmettrai le message à Stark, sans problème… Mais vous vouliez pas qu'il parte à la base ? Ok ok, je vous écoute, donc le grand mystère d'il y a vingt ans, c'est quoi ? »

En même temps, chez Sam, Harley, et à l'hôpital :

« Comment ça ils sont morts ?! »

.

C'était la première fois que Morgane mangeait de la glace à la framboise, et il fallait l'admettre : c'était très bon. Et c'était encore plus bon en jouant dans le parc avec Tom et ses autres copains, en cette chaude après-midi de vacances d'été.

*Aboiements de Prokof*

Tiens, le chien du monsieur à la jambe cassée aussi était d'accord. Mais est-ce que les chiens avaient le droit de manger des framboises ? Ça, Morgane n'en était pas très sûre. Elle s'approcha de l'animal, qui ne cessait d'aboyer derrière sa clôture.

« Bonjour ! Tu veux de la glace ? Mais je ne sais pas si je peux t'en donner…

Et puisqu'elle voyait qu'il s'agissait d'un chien très intelligent, elle préféra lui demander directement :

-Est-ce que tu peux manger de la framboise ? Ce serait drôle des croquettes à la framboise, comme des bonbons pour chien. Je pourrais peut-être le dire à mon papa, pour quand il aura plus d'idées d'inventeur.

*Aboiements de Prokof*

-Mais nom d'un chien faites taire le Saint-Bernard ! »

Ceci ne venait évidemment pas de Morgane, qui se retourna pour se retrouver face au Docteur Strange et à Peter qui revenaient tout juste de l'hôpital.

Et là mes bons amis, fini la rigolade.

Le tout se déroula en une poignée de secondes : Strange reconnut le visage toujours si lumineux de Morgane, identifia la framboise qui s'étalait sur ses joues d'enfant, et le docteur sombra aussitôt dans les profondeurs des abîmes de son subconscient.

Tout autour de lui disparut, tous les bruits se turent. Il ne restait plus qu'un mot, entêtant, maudit, un mot qu'il avait rejeté de toutes ses forces par-delà les frontières de sa conscience depuis trop longtemps.

Donna.