Vous n'avez pas pu rater mon message. Sinon, allez voir au début du chapitre 1.

Ceci est le chapitre que j'étais en train d'écrire quand j'ai… arrêté d'écrire. C'est le seul contenu inédit que j'ai à ma disposition, et c'est peut-être la dernière chose que j'écrirai, alors je préfère le publier incomplet que de ne jamais le publier. Ça sera toujours mieux que rien.

J'ai écrit ce demi-chapitre après ma décision de réécrire les tomes précédents, donc à priori, il ne changera pas même si cette réécriture se produit un jour.

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8) Ceci est une école

Cela faisait déjà trois semaines que les cours avaient repris à Beauxbâtons, et deux dimanches que Malwen Carter esquivait les questions de Mathis à propos de Jefferson Cook. Il fallait tenter à nouveau à la fin du prochain cours, en essayant de poser les bonnes questions… Ou peut-être que Mathis devrait aller parler directement au nouveau bibliothécaire, qui semblait effrayer le professeur américain ? Il fallait envisager que…

– Monsieur DEVAUX !

– Ah euh… hein ?

– Je vous prierais de ne pas rêvasser dans mon cours ! aboya Harmonie LunisťEl, la professeure d'Arts Magiques. Veuillez répondre à la question.

– Pardon Madame. Quelle était-elle ?

– Combien de tons une gamme byzantine comporte-t-elle ?

– Sept ? tenta Mathis.

Six, corrigea l'enseignante. Six tons, sept notes en double harmonique. Notez.

Mathis détestait les Arts Magiques. Non… Mathis détestait LunisťEl. L'enseignante vélane, maudite par un ancien directeur qui s'était mis en tête de contrer les effets du charme naturel des vélanes à son insu, semblait perpétuellement pleine de rancœur et faisait payer ce qu'elle avait subi à tous les élèves depuis plus d'un siècle. C'était injuste, et Mathis se disait que beaucoup d'élèves ayant une fibre artistique avaient renoncé à leurs rêves à cause d'elle.

Bien sûr, ce n'était pas son cas. Lui n'avait jamais été très créatif, à part pour s'attirer des ennuis.

Le dernier en date avait les cheveux roux et les yeux bleus. Oui, malgré ses plans démesurés visant à mettre fin à un complot mondial à lui tout seul, affrontant démons et archiliches… Mathis avait complètement oublié Lorna Malétrix. Et celle qui du point de vue de celle-ci était toujours sa petite amie n'avait guère apprécié que Mathis l'esquive. Et encore moins lorsqu'il lui avait avoué qu'il l'avait "complètement zappée". Elle semblait l'avoir mal pris.

Depuis le début de l'année, Mathis s'était mis tout le monde à dos, et il se retrouvait seul parmi les 5ème Lonicera dont il ne connaissait pas la moitié. Le mode de fonctionnement des Lonicera était difficile à cerner. Les Aloysia, eux, prônaient l'importance du "Groupe" en tant qu'entité propre, et de l'entraide. La valeur de chacun se mesurait à son apport au Groupe, et cela se ressentait dans la pédagogie adoptée par les professeurs. Les travaux en groupes étaient très courants, et les évaluations individuelles portaient sur ce que chacun d'entre eux pouvaient réaliser pour contribuer à la communauté sorcière. Chez les Urtica, Jorge Soriano et Sertorius Glazkov avaient expliqué à Mathis que leurs cours se présentaient sous la forme de compétitions individuelles, et que la compétition était poussée à son paroxysme lors des évaluations, où leurs notes étaient relatives à celles des autres. Par exemple, pour une évaluation où plus de la moitié de la classe obtenait l'Argent, il devenait proportionnellement impossible d'obtenir l'Or, à moins d'être indiscutablement meilleur que les autres. Mathis avait alors repensé à l'an dernier, où lui et Sertorius avaient tous les deux obtenu l'Or dans toutes les matières. En réalité, Sertorius avait été bien meilleur que lui.

Mais pour les Lonicera… Bien sûr, il n'y avait pas encore eu d'évaluation, mais en deux semaines et demi de cours, Mathis avait pu avoir un aperçu. Déjà pour les cours, L'accent était mis sur l'autonomie. Peu d'explications, pas de compétition, les exercices étaient abordés comme des énigmes à résoudre, cours à l'appui en guise de clef. Les devoirs n'étaient pas "volumineux", il n'avaient pas encore eu de rédaction à rendre, mais ils étaient nombreux et parfois complexes. Dans cette situation, les Aloysia auraient réparti les tâches. Les Urtica se seraient lancés des défis pour être les premiers, être les meilleurs. Mais à Lonicera seule comptait la réussite. La pédagogie mettait en avant deux des valeurs de Lonicera : patience et réflexion.

Les deux autres intervenaient au sein même de l'Ordre, parmi les élèves. D'abord, la ruse. Ce que Mathis avait simplement pris pour le caractère d'Angela et Raven, qui devaient se ressembler puisqu'elles étaient amies malgré leur passif respectif, était en réalité l'attitude standard chez Lonicera : tout se négociait. Les groupes de travail ne se formaient pas par affinité, mais par intérêt. "Qu'as-tu à nous apporter ?" était une phrase que Mathis avait déjà trop entendu, en si peu de temps. Pour l'ex-Aloysia, ça semblait de prime abord un peu malsain, de vivre par intérêt. Mais au final, ce n'était pas plus malsain que de pousser des enfants à la compétition… Et puis ce n'était que dans le cadre purement scolaire, pour les nombreux petits exercices qu'ils devaient réaliser. En dehors de ça, le quatrième pilier de Lonicera faisait loi : l'équité. En fin de journée, les élèves en difficulté recevaient de l'aide de leurs aînés. Alors que c'était presque incongru de voir un Chasseur dans la salle commune d'Aloysia, ici les élèves de second cycle s'improvisaient tuteurs pour les plus jeunes. Comme Miss Pluiedeglace l'avait expliqué le jour de la rentrée, les élèves souhaitant travailler dans le calme disposaient de tables équipées de bulle de silence, les isolant des bruits extérieurs, tandis que les élèves souhaitant s'amuser, par exemple en jouant à un des nombreux jeux de société de la salle commune, disposaient eux de tables équipées de bulle de mutisme, confinant le bruit qu'ils pouvaient faire à leur seule tablée.

– De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins, avait résumé la professeure Mystique Pluiedeflace, référente du Pavillon Bleu. Chacun apporte ce qu'il peut et reçois ce dont il a besoin, pour que tous réussissent individuellement avec les mêmes chances.

D'ailleurs, Mathis avait enfin pu comprendre pourquoi Romain Appelbaum demandait à être réparti chez Urtica chaque année, et pourquoi le Sondeur refusait systématiquement : le cousin de Mila et Lucian était certes compétitif, mais il ne réussirait pas sans aide, et finirait par se morfondre dans l'échec jusqu'à renoncer. Ici, il avait pu terminer tout son cycle de Banquet avec d'excellentes notes, et était aujourd'hui un mentor irrascible mais étrangement pédagogue.

Alors certes, Mathis n'avait parlé qu'à la moitié de ses camarades de classe, et ne connaissait même pas le nom d'un tiers, mais il ne regrettait pas sa décision. C'est de ça, dont il avait besoin dans l'immédiat.

Perdu dans ses pensées, Mathis n'avait pas vu le temps passer, et c'était déjà la fin du cours de TDCFM. Il attendit que le dernier élève fût sorti, et aborda le professeur Carter avec tout le tact dont il était capable.

– J'abandonne ce cours, il ne va pas m'être utile.

– Ah bah merci, ça fait toujours plaisir ! râla Carter. Et je peux savoir pourquoi ?

– Parce que tu esquives mes questions sur le bibliothécaire, ironisa Mathis.

Carter haussa un sourcil incrédule.

– Parce que je voudrais choisir le Club Duel comme seconde option, répondit sérieusement l'adolescent.

– Je vois ! Tu envisages toujours la Chasse Magus ? Je te conseillerais plutôt de garder la TDCFM et peut-être…

– Je ne vais pas abandonner mon autre option, répliqua Mathis. J'ai besoin de la Zoomagicologie si je veux rejoindre le Bureau des Chasseurs.

– J'allais te proposer une solution alternative : tu peux continuer à suivre le cours de TDCFM, mais tu ne passes plus les évaluations. Et le samedi, tu rejoints le groupe d'évaluation pour le Club Duel. Qu'en penses-tu ?

– Suis-je également dispensé de devoir pour la TDCFM ?

– Ha ha, tu ne perds pas le nord, toi ! se moqua Carter. Évidemment, si tu suis le cours en "auditeur libre", tu n'auras pas de devoirs. Mais sois tout de même assidu en cours, ça te sera utile puisque la Chasse Magus comporte un cours pratique de DCFM.

– Deal. Tu pourras être mon professeur référent ?

– Ça serait un honneur, Mathis.

– Tu pourrais me dire qui est vraiment Jefferson Cook ?

– Ça serait une erreur, Mathis.

– Hin hin hin. Donc il est important. C'est un membre de la Légion d'Argent ?

– Je ne répondrai pas à ça.

– Tu viens juste de le faire, ricana Mathis.

– Fiche le camp de ma salle de classe, sale gamin !

Mathis gloussa, et fit un tour sur lui-même avant de quitter la classe d'un pas joyeux. Cependant dès qu'il fut hors de portée, il reprit une attitude glaciale, et ralentit son pas.

Carter avait vaguement mentionné la Légion d'Argent l'année dernière. Un genre de force d'opposition à la Maîtresse des Enfers, dont la tâche première était en théorie de protéger les porteurs de sceaux… Peut-être que Jefferson Cook était là pour protéger Justine et lui-même ? Non, il était impossible que quiconque sache qui serait les prochains porteurs. Lui-même ne le savait que parce qu'il l'avait déjà vécu. L'aura déjà eu vécu ? Quelque chose dans le genre. Fichus souvenirs du futur.

Mathis reçut une boulette de mie de pain en pleine figure. Il releva la tête, surpris.

– T'as l'air idiot, se moqua Ophélia Haley.

– Pardon, tu me disais quelque chose ?

– Remarque, je t'ai toujours trouvé l'air idiot, l'ignora l'anglaise. Mais là, t'avais l'air particulièrement à l'Est.

– À L'Ouest, corrigea machinalement Mathis.

– Vous les français êtes obsédés par le bon usage de la langue.

Mathis haussa les épaules.

– Et donc, tu disais quelque chose d'intéressant, ou t'avais juste envie de m'emmerder ?

– Un peu des deux, avoua Ophélia. Je te demandais pourquoi t'avais été dans la lune toute la matinée. J'ai bien cru que la prof d'Arts allait te griller sur place.

– Je suis face à une énigme insolvable, et ça me prend la tête.

– Je t'aide à la résoudre si tu me files tes notes de Runes.

– T'es vraiment devenue une Lonicera, c'est dingue…, se moqua Mathis.

Ophélia lui jeta une nouvelle boulette de mie de pain.

– Hé, chez nous à Poudlard, les Runes sont une option, pas un cours obligatoire.

– "Chez nous", tu… Hé, mais t'es anglaise ! réalisa soudain Mathis.

– Bien observé, petit génie…

– Non mais je veux dire… une locutrice native de l'anglais ?

– Bah non banane, яговорюпоусски, de toute évidence.

– Très drôle. Bon, j'ai remarqué que le nouveau bibliothécaire avait un accent…

– Baltimore, répondit Ophélia du tac au tac.

– Je… quoi ?

– Il a l'accent de Baltimore. Question suivante ?

– Ah, euh, je…

Mathis s'énerva après lui-même. Il détestait quand quelqu'un parvenait à le prendre au dépourvu, et Ophélia Haley y parvenait systématiquement.

– Que fait un américain aux allures de soldat dans la bibliothèque d'une école française ?

– Que fait un américain aux allures de soldat enseignant le duel magique dans une école française ? répliqua Ophélia.

– Carter ? Lui je sais ce qu'il fait ici.

– Bon bah voilà, ne cherche pas plus loin.

– Mais il ne veut rien me dire…, déplora Mathis.

– Pourquoi il te dirait quoi que ce soit ? s'étonna sincèrement Ophélia. C'est un prof, t'es un élève. C'est une école, ici.

– Laisse tomber, lâcha Mathis en quittant la table.

Ophélia fronça les sourcils, mais ne le retint pas.


Le lendemain après-midi, juste après son cours de Zoomagicologie, Mathis s'arrangea pour convoquer une réunion quasi-pleinière de Mauvais Augure, s'arrangeant pour exclure Lorna et Émeraude. Il hésita également à exclure Camille Hastier, qui était aussi une Augure. Mais il avait des choses à dire qui la concernait directement.

– Bonjour à toutes et tous, je vous remercie d'avoir accepté de venir, commença Mathis.

– S'agissant de Mauvais Augure, j'ose espérer que c'est important, répondit Sertorius. Donc c'est logique que nous venions.

Mathis acquiesça gravement.

– Effectivement. Tout d'abord, la plupart d'entre vous ne savent pas ce qui s'est passé cet été. J'ai été plongé dans un coma magique par un démon supérieur qui a projeté ma conscience dans un futur hypothétique… et post-apocalyptique.

Il leur laissa le temps d'encaisser. En réponse à toutes les questions fusantes, il leva les mains, et reprit :

– J'ai vécu plusieurs semaines de mon propre futur dans un monde où tout le pays avait été envahi par des démons, et où les moldus tuaient les sorciers pour le compte de ces créatures.

– Mais qu'est-ce qui te fait penser que ce n'était pas juste un cauchemar ? demanda Mydian Appelbaum.

– Trois choses. La première, c'est que je n'étais pas seul dans ce cauchemar. D'autres personnes ont partagé cette expérience avec moi, et partagent au moins une partie de mes souvenirs. La seconde, c'est que j'y suis retourné plusieurs fois depuis. Ça se déroule toujours de la même manière : je me réveille dans le bureau de la directrice Maxime, qui est devenu l'antre de l'archiduc démoniaque Gamaliël, et il me torture tout en me révélant des informations que j'ignorais jusqu'alors. Ensuite il me tue, et je me réveille avec des marques physiques.

– Je sais que le corps est capable de se blesser physiquement tout seul, insista Mydian. On appelle ça des blessures psychosomatiques.

– Ça n'explique pas le troisième point : tout ce qui a convergé vers le futur hypothétique dans lequel j'ai passé mon été… est en train de se produire. Chacun de nos actes, particulièrement des miens, mènent à la réalisation du cauchemar.

– Comme quoi ? demanda Raven.

– Hé bien vous avez dû remarquer cette cicatrice sur mon visage. Quand j'étais adulte, dans le cauchemar, j'avais une cicatrice parfaitement identique.

– Et alors ? Ce n'est qu'un détail.

– Alors je n'ai été blessé qu'après mon réveil, en faisant évader Nilüfer de la Giraglia.

– Alors attends, si j'ai bien suivi, tu penses savoir ce qui va arriver dans le futur si tu fais certaines choses… Mais tu les fais quand même ? réalisa Angela.

– Le problème c'est que si je n'agis pas tel que prévu, des gens meurent. C'est le dilemme du tramway.

– Le quoi ?

– Un truc moldu. En gros soit tu laisses les choses se faire et cinq personnes meurent par ton inaction, soit tu agis en tuant sciemment une personne.

– Mais là c'est l'inverse. Tu dis que tes actions pour sauver quelques personnes vont détruire le pays entier, asséna Angela.

– Je dois trouver le bon moment pour sauver tout le monde.

– Tu ne pourras peut-être pas y parvenir.

– Attendez, on peut revenir au moment où tu fais évader Nilüfer ? intervint Cynder Travis.

Mathis regarda la fille du prof d'anglais, et nièce de la directrice-adjointe. Avec Eva Soriano et Aloïs Niafasen, ils formaient ceux que Triora Bellini appelait "la nouvelle génération".

Comme lui, Cynder était la forte tête du groupe, une Aloysia prête à foncer tête baissée en entraînant tout le monde derrière elle. Le jour de sa rentrée, elle s'était faite remarquer en se battant avec Arnaud Portesort en plein banquet, devant son père et sa tante.

Comme lui, Cynder était amie avec une Soriano et un Niafasen. Eva Soriano, la petite sœur de Jorge Soriano qui était mort dans des circonstances absurdes, bousculé par un drogué en pleine crise. Et Aloïs Niafasen, petit frère d'Erwin Niafasen, mutilé par Nilüfer après qu'il ait assassiné son frère cadet devenu un Duc Infernal.

Tout était lié. Tout était pourri, perverti. Et tout était de sa faute.

Elle aussi, il devait la protéger de lui. Il devait tous les protéger.

– Je dois mettre fin à Mauvais Augure, c'est devenu trop dangereux.

– Mais…

– Il n'y a pas de mais. J'ai pris pleinement conscience de ce que je vous demande. Je suis peut-être retourné dans mon corps d'adolescent, mais je pense avoir conservé suffisamment de maturité d'adulte et de souvenirs traumatiques pour savoir que ce n'est pas votre combat.

Face aux protestations, Mathis entreprit de raconter tout ce dont il se souvenait. Les morts, les disparus, l'état du pays… Ses propres actes. Il fit de son mieux pour employer ses talents d'illusionniste afin d'illustrer ses propos. Au fur et à mesure qu'il parlait, ce qui avait été Mauvais Augure se disloquait. Le démon volant eut raison de Raphaël Moulins (en réalité, l'illusion était ratée, mais c'était presque pire). Puis lorsqu'il décrit la Harab Serapel, la femme-corbeau qui les avaient attaqués à l'arche de Brocéliande, Sertorius s'en alla précipitamment, suivi par Visperi qui haussa les épaules à l'adresse de Mathis. Enfin, Mathis entreprit de raconter en détails ce qui s'était passé à la Giraglia. Il ne mentionna cependant pas son marché avec Morgana Lefay.

À la fin, il ne restait que quatre personnes : Camille, Angela, Juliette et Aloïs. Il avait sauvé la vie du père de Camille. Angela avait d'autant plus conscience des enjeux que son propre père était chargé d'arrêter les Ducs Infernaux, ce dont il avait été jusqu'ici incapable. La jeune polonaise était très difficile à cerner, mais elle était loyale. Mathis fut cependant surpris que les deux plus jeunes soient restés. Il le fit remarquer.

– Tu vas pas te débarrasser si facilement de ta petite sœur, répliqua Juliette. Et puis d'abord si tu me dis que nous avons une autre sœur, je veux la rencontrer.

La réponse d'Aloïs fut plus sobre :

– Je protègerai mon foyer.

Mathis ne comprendrait que bien plus tard qu'Aloïs ne parlait pas de Beauxbâtons.

Après cela, les deux plus jeunes quittèrent la salle dans laquelle ils s'étaient rassemblés. Camille s'avança vers Mathis, et énonça platement :

– Ce n'est pas à Mauvais Augure que tu tournes le dos, mais à tous les Augures.

Ce n'était pas une question.

– Les Augures, c'est fini, répliqua Mathis. La moitié d'entre nous a quitté le navire.

– Toi y compris.

Elle quitta la pièce. Mathis se demanda si elle allait vraiment rester, après tout, ou si elle avait juste attendu de pouvoir lui asséner cette dure vérité seule à seul. Enfin, pas vraiment…

– J'ai transmis ta question à ma mère, et elle a répondu, annonça Angela. Il existe bel et bien un rituel très ancien de vampirisation d'un sorcier. C'est extrêmement dangereux, si dangereux que ça a été interdit par la Confédération internationale des sorciers il y a plusieurs siècles.

– Et je suppose que ce rituel interdit a été préservé par la cour de Daugavpils ? grinça Mathis.

– En tant que procureure impériale, ma tante a accès à des documents juridiques classifiés. Si elle le trouve, elle en fera une copie qu'elle nous transmettra par le biais de ma mère.

– Merci beaucoup. À toutes les trois.

– J'ai juste deux questions.

– Justine Levallier, répondit Mathis sans hésiter. C'est une des futures porteuses de sceau. Si nous voulons refermer la Faille, sa survie est primordiale ; or, elle est atteinte d'une maladie mortelle incurable. On n'a pas le choix.

– D'accord, alors j'ai une question : dans ton cauchemar, c'était devenu une vampiresse ? C'est pour ça que tu me l'as demandé ?

– Oui, avoua Mathis.

– Je détesterais avoir raison, mais avoue que tu joues avec le feu…

– Je ne prétendrai pas savoir ce que je fais.

– Fais de ton mieux. C'est un ordre.

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À un de ces jours, les amis.