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Je parlais toujours de lui.

Toujours.

Et à tout le monde.

Je le portais dans mon cœur, dans mon corps et dans mon âme.

Mick Davies.

Je pensais toujours à lui, même lorsque je travaillais au sein de ma famille d'adoption. J'avais trouvé un job "de l'autre côté".

"L'autre côté" était un autre Monde, une autre réalité, collée à la nôtre, mais sur un autre plan de l'espace. Pour y accéder, certains portails permettaient de passer dans cet autre Univers. Lesdits portails étaient simplement des arches en pierres, parfois envahit de fleurs et d'herbes montantes, comme des plantes aussi magiques que le pouvoir de la porte. En regardant à travers l'embrasure, vous pouviez voir des millions et millions d'étoiles, au milieu de centaines de galaxies rutilantes, aussi avenantes que l'autre Monde. Néanmoins, n'essayez jamais de passer de l'autre côté sans équipement. Généralement, à l'entrée de chaque arche, vous trouverez des Gardiens qui vous placeront dans des capsules spéciales, des wagons ressemblant beaucoup aux attractions des parcs, comme celui de Disneyland. Il suffit de vous installer sur un de ces wagons colorés, abaisser le harnais de sécurité au niveau des genoux et ensuite...

... Direction les étoiles...

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Une fois la traversée effectuée, un autre Gardien vous récupérera de l'autre côté. Le voyage est plutôt rapide. Ce serait comme faire l'attraction de "Space Mountain" en une seconde. Rien d'intéressant, j'en ai peur.

L'autre Monde est similaire au nôtre, mais plus grand, plus haut et aux couleurs bien plus saturées. Le ciel est plus clair, plus bleu, et les plaines plus émeraudes. Les habitants, bien que moins nombreux, sont plus riches, vivant dans des manoirs immenses, semblables à nos châteaux Terrestres.

Voilà tout l'intérêt pour nous, de venir travailler dans l'autre Monde.

J'avais trouvé une gentille famille chez qui j'étais "fille au pair" pour m'occuper de la résidence ainsi que des enfants.

Je portais une simple robe aussi azur que le ciel sans nuage au-dessus de ma tête, avec des Converses blanches aux pieds et mes longs cheveux châtains noués en tresse, cascadaient dans mon dos. J'avais la peau aussi pâle que les sommets des monts enneigés, et parsemée de millions de grains de beauté, comme autant d'étoiles que celles à l'intérieur du portail. Ma chaîne argentée pendait autour de mon cou, c'était une chaîne en argent avec un médaillon en forme de blason, gravé d'un "M" en écriture gothique.

M.

Mick.

Ma main gauche portait ma lourde valise couleur parchemin, vieillie par endroit, parfois même déchirée. Ce n'était pas mon premier jour au travail, non, je devais revenir après les vacances scolaires. Le trajet fut long, mais agréable, sur le sentier calme et propre, au milieu d'une forêt touffue aux couleurs vives. Ce Monde était paisible.

Nous l'appelions "Terre 2".

Notre réalité étant "Terre 1", en toute logique.

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Durant tout le trajet, je pensais à Mick. Comme toujours.

Tout le temps.

Il avait disparu.

Missing...

Perdue dans mes pensées, je suis rapidement arrivée à l'entrée du manoir de ma famille d'adoption. Les deux parents m'ouvrirent la porte avec joie.

Leur demeure montait sur quatre étages, possédant également un grand grenier et une cave s'étendant sur des kilomètres de tunnels sous-terrain.

Est-ce que je travaillais dans "La Maison des Feuilles" ?

Parfois, je le pensais.

Par réflexe, j'ai grimpé les imposants escaliers sombres, pour déambuler dans le couloir labyrinthique, pour entrer dans ma chambre : La chambre des "au pair".

La mienne.

Mais, le cœur n'y était pas.

Mon cœur était avec Mick.

Disparu.

.

Les journées se ressemblaient beaucoup :

Debout à 6h pour préparer le petit-déjeuner, m'occuper des enfants, les emmener à l'école, puis faire le ménage dans le manoir, le linge, la lessive, préparer les repas, etc.

Une journée normale dans un Monde aux couleurs vives.

Je m'occupais de quatre enfants, âgés respectivement de 6 ans (un garçon), 8 ans (un garçon), 12 ans (une fille) et 15 ans (un garçon).

L'intérieur de la bâtisse était sombre et dans un style gothique, comme un manoir hanté. Néanmoins, les murs écarlates et les lumières vives au plafond éclairaient les lieux, rendant l'endroit moins angoissant.

Dommage. J'aime beaucoup les châteaux hantés.

Je dormais dans une chambre géante, au lit de taille Kingsize, avec un baldaquin élevé. Une cheminée fonctionnelle se trouvait devant mon lit, ainsi qu'un gros bureau en bois sombre et une armoire assortie. Ma petite valise abîmée reposait par terre, ouverte, laissant apercevoir la seule photo de Mick que j'avais en ma possession. Un vieux cliché, en sépia, pris dans un Pub. Nous étions dans les bras l'un de l'autre.

Tous les soirs, avant de m'endormir, tard dans la nuit, je prenais la photo et je me souvenais de notre rencontre :

Mick Davies travaillait lui aussi en tant que "au pair" dans l'autre Monde. Il venait, tout comme moi, de Terre 1. C'était dans une navette pour traverser le portail que nous nous sommes vus pour la première fois.

Ce fut le coup de foudre.

Un amour fulgurant, touchant directement le cœur.

Nous étions jeunes, nous étions pauvres et orphelins, de l'autre côté. Travailler à Terre 2 était une bonne situation pour gagner beaucoup d'argent.

À chacun de nos trajets, nous nous retrouvions et nous nous embrassions. Nous étions en couple, dans notre Univers. Avant de disparaître, Mick m'avait offert mon collier.

Le "M".

Cette chaîne avec laquelle je dormais, que je tenais fermement pour tomber de fatigue, au milieu de mon lit immense, telle une goutte d'eau au milieu de l'océan.

Nous voulions, Mick et moi, économiser assez d'argent pour réussir à vivre sur Terre 2. C'était une chose difficile, pour les habitants de Terre 1 que de résider dans l'autre Monde, parce que tout était plus cher, puisqu'ils étaient plus riches que nous.

Pourtant, nous avions cet espoir.

Toujours.

Mais un jour, en quittant ma famille d'adoption pour les vacances de Noël, je suis retournée aux wagons pour traverser le portail et...

... Mick avait disparu.

C'était il y a huit mois déjà et je cherchais partout.

Une chose difficile à accomplir, car je dois vous avouer qu'il n'existe aucun réseau social sur Terre 2. Cette situation rendait ma recherche impossible, sans parler du fait que personne ne souhaitait me venir en aide, car personne ne se souciait de la disparition d'un orphelin adulte.

Et que n'importe quel adulte a le droit de disparaître de son plein gré.

Et...

... Contre son gré, alors ?

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Au retour des vacances d'été, je reprenais donc mes marques au milieu de ma famille. C'était un énième matin, d'une énième semaine ordinaire. J'étais debout, déjà habillé, ma chaîne autour du cou et préparant le petit-déjeuner dans l'immense cuisine. Le ciel et le soleil déjà vifs si tôt le matin, éclairaient la salle d'une douce lueur pastelle. J'ai posé les bols, mugs, assiettes et poêles au centre de la grande table rectangulaire en bois. Une fois tout installé, je me suis assise dans mon coin de table, devant mon ordinateur portable. Comme tous les jours, j'épluchais les journaux de Terre 1 et Terre 2, ainsi que les avis de recherches en ligne et autre petites choses que je pouvais trouver, sans passer par les réseaux sociaux.

Enfin, la vague d'enfants débarqua dans la cuisine pour dévorer leur repas avec fougue. Timothy, le petit garçon de 6 ans, s'est posé à côté de moi. Il aimait beaucoup rester à mes côtés, je pense qu'il avait un léger trouble autistique, comme moi, qui nous liait en secret. D'ailleurs, en plongeant sa cuillère dans son bol de céréales dinosaures, il s'est penché vers moi, pour murmurer :

- Alisone... Je peux te dire quelque chose ?

Sans quitter mon écran des yeux, je répondis avec amour :

- Bien sûr, Tim. Dis-moi.

- ... J'ai fait pipi au lit...

J'ai souri en glissant ma main dans ses cheveux touffus, en chuchotant :

- Ce n'est rien, nous allons changer les draps après le petit-déjeuner, d'accord ?

Il fit simplement "oui" de la tête et reprit l'archéologie dans son bol. De temps en temps, il jetait des coups d'œil vers moi et me posait des questions au sujet de Mick. Tout le monde savait que j'aimais Mick, même si jamais personne ne l'avait déjà rencontré. J'étais d'ailleurs persuadé que les parents croyaient que je mentais à son sujet et que Mick n'existait pas...

Tout se passa le plus normalement du Monde, lorsque tout à coup...

... Le courant se coupa.

.

L'écran de mon ordinateur devint noir en une seconde et les lumières s'éteignirent au-dessus de nos têtes.

Nous sursautâmes de concert, lorsque les deux parents débarquèrent dans la cuisine en courant et en hurlant de panique. La mère, encore en robe de nuit, se jeta sur ses plus jeunes enfants, tandis que le père expliqua :

- Faites vos sacs, nous devons partir !

J'ai fermé l'écran de mon ordinateur, en demandant, intriguée :

- Qu'est-ce qu'il se passe ?

La maman attrapa Tim dans ses bras et m'avoua :

- Terre 2 est attaqué par Terre 1 ! Nous devons quitter le manoir sur-le-champ !

Oh, non...

Les parents s'occupant de leurs enfants, ce fut donc seule que j'ai grimpé les hautes marches quatre à quatre pour courir jusqu'à ma chambre. Je ne comptais pas prendre ma vieille valise, remplie uniquement de vêtements et de ma trousse de toilette, non. J'ai juste attrapé ma photo.

La photo de Mick et moi.

J'ai glissé le cliché dans la poche de ma robe azur, puis j'ai suivi la famille hors du manoir. Nous avons courus tous ensemble, parents, enfants et moi-même, vers le portail le plus proche. Ce même portail que j'utilisais toujours pour venir travailler chez eux. Il n'y avait pas encore la foule autour du portail, je me doutais que les autres familles de Terre 2 devaient prendre leur temps pour quitter leurs demeures. De fait, nous étions pour l'instant seuls à faire la queue en attendant que le Gardien ouvre le wagon.

Ce fut là, dans la file, que je les vis...

... Mick ! Prisonnier de...

... Dr Hess...

.

Elle se tenait à côté de Mick, hautaine, sur ses talons Louboutins, son tailleur impeccable, sa mini jupe et sa veste coupée à sa taille. Ses cheveux, de cette vive couleur du feu, coiffés en un chignon parfait, et ses lèvres rouge sang maintenaient son rictus malveillant. Prisonnier de ses doigts crochus aux ongles vernis de sang, se trouvait Mick, le regard vide et les cernes dévorant son visage amaigri et fatigué. Ses iris bleus translucides perdaient de leurs éclats, une fine barbe de trois jours rongeait son menton. Ses cheveux ébène partaient dans tous les sens, il portait une vieille chemise blanche, trop grande pour lui et froissée de toute part, avec les boutons ouverts sur son torse pileux. Son jean, délavé, n'était même plus à sa taille.

Lorsque le regard hagard de Mick m'aperçut, une lueur d'espoir brilla dans la transparence de ses iris.

Mon cœur rata un battement.

- Mick... murmurais-je.

Les parents, à côté de moi, portèrent rapidement leur attention sur l'homme que j'observais sans cligner des yeux.

- Oh ! Mais il existe vraiment ! s'écria le père, surpris.

Mick n'avait donc pas disparu volontairement. Dr Hess l'avait kidnappé, le séquestrant sur Terre 2. Je quittais ma file pour courir vers lui, qui tenta d'échapper aux griffes de son bourreau. D'ailleurs, quand les yeux brûlants de Dr Hess se portèrent sur moi, elle tira Mick vers elle, le serrant plus fort encore.

- ALISONE ! hurla mon fiancé.

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Mick se débattait contre sa geôlière, pour s'échapper de ses ongles manucurés et acérés, il lui donna un violent coup de pied dans la jambe, puis il courut vers moi.

Et moi vers lui.

Une fois dans les bras l'un de l'autre, nous nous sommes passionnément embrassés. J'ai glissé mes doigts sur son visage pâle, jusqu'à ses cheveux décoiffés.

Nos langues dansèrent entre elles, nos cœurs battaient à l'unisson, nos corps tremblaient aux mêmes rythmes.

Cependant, l'infâme Dr Hess revint en courant dans notre direction, sortant une matraque cachée à l'intérieur de son sac à main en cuir, puis se jeta sur mon pauvre Mick. Elle prit suffisamment d'élan pour écraser son arme contre la tempe de mon chéri, qui tomba dans mes bras, un filet de sang colorait déjà sa silhouette grisâtre.

J'étais désormais à genoux, au milieu des gens insouciants qui voulaient simplement quitter Terre 2, Mick dans mes bras, allongé sur le dos, sa tête dans le creux de mes bras. Au-dessus de nous, Dr Hess nous toisait avec mépris et colère. Elle esquissa un sourire sadique en voyant la plaie sanglante qui colorait douloureusement la tempe de Mick. Mon chéri trembla contre moi, mais leva sa main gauche en l'air pour se protéger du prochain coup que Dr Hess s'apprêtait à nous asséner. Elle éleva sa main qui tenait fermement sa matraque, et rit d'une horrible façon au moment où elle écrasa son arme sur nous.

.

.

.

Puis, je me suis réveillée.

Il était 5h50 et j'entendais des bruits dans la cuisine.

En jetant un coup d'œil sur ma gauche, j'ai compris que Brendan n'était plus au lit, mais qu'il se préparait un café. Je suis restée au lit jusqu'à 6h, puis debout.

Je n'étais pas sûr d'écrire ce cauchemar, mais j'ai fait un pari dans ma tête :

"OK, si Adam Fergus publie un nouveau post sur Instagram, j'écrirais le songe."

Et c'était un vrai pari, car Adam (l'acteur qui joue Mick) publie très très rarement sur Instagram. Mais...

... Ce matin, j'ai vu son nouveau post. LOL.

Improbable, donc, j'ai pris ça comme le signe attendu, donc voici le cauchemar.

En plus, le Lore de ce songe est plutôt intéressant, en vrai ! Ça pourrait d'ailleurs faire un petit livre sympa...

... Non ?

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02.07.2024

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