Liberté
Quand le hibou déposa sur la table élimée le journal, Severus esquissa un sourire mauvais.
Là où la plupart des sorciers frissonneraient, se rueraient sur des charmes de protection pour leur maison, il s'agissait d'une bonne nouvelle à ses yeux.
Le procès de Black avait été une petite consolation, il n'y avait pas eu que lui le sale serpent sournois qui paierait.
Ce fumier de Patmol avait enfin ce qu'il méritait largement, la roue avait tourné. A son tour d'expérimenter l'injustice sous toutes ses formes, même si Snape était complice de cela avec son silence. Mais ce n'était qu'un prêté pour un rendu.
Combien de fois Mc Gonagall avait elle refusé d'entendre ses arguments, privilégiant ses lions ? Combien de fois lui avait elle fait peser ses « torts » en retirant des points à Serpentard et en le mettant en retenue ?
Tandis que James et Sirius, écopaient seulement de retenues !
Le pire avait été le fameux épisode de la cabane hurlante. Dumbledore et Mc Gonagall qui avaient refusé de les renvoyer, ne demandant même pas des excuses !
Juste un simple hibou envoyé aux parents, et le silence exigé.
Maigre consolation pour Severus, il avait les avait vu se faire plus petits qu'un veracrasse devant les beuglantes envoyées au petit déjeuner, avec les reproches vociférés devant toute la grande salle.
Black avait eu toutes les libertés pour faire de sa scolarité un enfer.
- Bien évidemment, je compte sur vous tous pour renforcer la protection des lieux et faire appliquer les consignes de sécurité dans vos maisons respectives.
Plus grave que jamais, Albus les avait convoqué une semaine avant la rentrée pour un conseil pré scolaire de la plus haute importance qui touchait à sa fin.
Alors que Minerva parlait d'ensorceler les sangliers du portail et les armures afin qu'elles patrouillent dans les couloirs, Filius notait sur un parchemin ensorcelé les sorts les plus adéquats en marchant dans le couloir à petits pas rapides.
Il ne restait plus qu'eux deux dans le bureau, assis confortablement dans son fauteuil le scrutant de son regard bleu si pénétrant.
Presque machinalement, le maître des potions ferma son esprit, il refusait d'être un livre ouverte et que ses vieilles rancœurs soient à nouveau étalées au grand jour.
Un silence prudent s'était installé entre eux, jusqu'à ce que Fumseck le rompe en chantant tristement quelques notes.
- Si vous retrouvez Black, ramenez le vivant. Il aura beaucoup de choses à nous avouer, des choses capitales.
- Seulement vivant ? Mais peut être ne le sera il plus tellement après avoir eu un moment privilégié avec un détraqueur. Et rien n'empêcherait de lancer un bon vieux Sectumsempra, ou un Levicorpus… Son visage avait pris une expression féroce et rougi sous l'effet de la colère.
Il aurait quand même la liberté d'agir à sa guise.
-Il en est hors de question, répliqua Albus le plus fermement possible.
Ne voyez vous pas que si un détenu parvient à s'évader d'Azkaban, qu'il sera tout à fait possible sous peu que d'autres Mangemorts réalisent à nouveau cet exploit ?
- Nous n'en sommes pas encore là. Inutile de mettre la charrue avant les hppogriffes. Mais vous pourrez compter sur moi pour traquer Black sans répit et redoubler de vigilance.
-Il n' y aurait même pas besoin d'un serment inviolable pour en être assuré. J'ai entièrement confiance en vous et j'ai de la chance de vous avoir à mes côtés Severus. Beaucoup de chance, insista il de sa voix douce.
-Moins probablement en donnant sa chance à quelqu'un qui était le meilleur ami de Black. Vous ne devriez pas lui ouvrir les portes du château, je vous le répète.
-Tout comme je vous ai déjà exposé mes arguments à ce sujets, et j'ajouterai que quiconque a droit à une seconde chance, en dépit de son passé Severus.
La voix calme et ferme de Dumbledore était plus glaciale que jamais, comme ses yeux qui étincelaient dangereusement.
Ce qui clôtura le tête à tête.
Le moment où il vit Lupin déposer ses malles dans ses appartements lui laissa un affreux goût amer dans la gorge tandis que son visage était plus crispé que jamais. Comme disait le proverbe, jamais deux sans trois. Ses fautes passées méritaient elles vraiment la double peine qui ne faisait que débuter ?
Les mots de Remus mirent fin à toute tentative pour ce soir. « Je suis vraiment désolé de tout ce qui s'est passé au cours de notre scolarité. On ne peut pas revenir en arrière, mais tachons cependant de travailler dans un respect mutuel. Et puis nous avons à présent un ennemi commun. » Le comble !
Lui regretter ce qu'il avait fait ? Alors Felix Félicis deviendrait facile à préparer pour des premières années !
Vingt heures sonnaient déjà. Il était temps d'aller chercher les mandragores que lui avait promises Pomona. Tout était calme, si on excluait bien sur Peeves occupé à noircir des vitres au charbon et la dame grise plus mélancolique que jamais.
L'air était frais et humide, les nuages avaient viré au bleu sombre interdisant aux étoiles de percer dans le ciel.
La porte de la serre numéro 5 était ouverte, laissant flotter l'odeur de bouse de dragon, à l'intérieur on distinguait des tas de pailles se lover aux pieds de tentaculas vénéneuses. Juste en face, à cinq cent mètres, la forêt interdite commençait.
Était ce son imagination ou quelconque créature ? Non loin d'un chêne centenaire, il avait cru apercevoir une créature gigantesque l'observer furtivement avant de disparaître sans un bruit.
- N'avez vous rien remarqué de particulier ce soir ?
- Absolument rien. Si ce n'est qu'il y a moins de rats, Merlin merci nous avons des hiboux assez compétents qui nous rendent de bons services. Vous verrez poursuivit elle, elles sont à maturité, je n'aurais jamais cru que celles de l'an passé nous permettent de rempoter d'autres racines.
- Remarquable, répondit il le plus froidement en jetant un nouveau coup d'oeil à la lisière. Mais il n'y avait plus rien.
La neige était arrivée avec une rapidité foudroyante à la mi novembre. Les pavés de Pré au lard étaient à présent recouverts d'une épaisse couche de neige, mais c'était bien le derniers des incidents qui aurait ennuyé le maître des potions. D'un geste nonchalant il avait sorti sa baguette écartant sur les côtés la neige fraîche pour se rendre aux Trois Balais. Quelle chance que Minerva et Chourave soient de garde ce soir !
Enfin un petit répit qui lui donnait l'opportunité de savourer un repas en solitaire ponctué d'un verre de Whisky Pur feu et d'être loin de toute cette agitation incessante. Après avoir racheté des rouleaux de parchemin des plumes correctrices et de l'encre, se poser quelque part sans personne était un luxe rare.
D'une oreille distraite, il écoutait la conversation, tandis que l'assiette de soupe chaude au panais se posait devant lui.
« Vous l'avez vu vous aussi ? Un animal énorme »
« Au moins ce chien errant n'a pas touché aux poubelles, pas comme ces corbeaux ou les rats ! »
« S 'il continue à rôder dans les environs, mieux vaut l'abattre non ? »
Inutile de raisonner davantage. Avec ce qui se passait, ses suspicions étaient bel et bien fondées : Black avait décidé de rôder dans le coin. Toujours aussi fou téméraire et irréfléchi, stupide comme seuls les Gryffondor savaient l'être !
Si leurs chemins se croisaient à nouveau, il aurait la liberté de lui donner un avant goût de ce qui l'attendait. Il devait payer pour tout ce qu'il avait fait, et le livrer aux détraqueurs était plus qu'insuffisant, ce n'était qu'un millième de ce qu'il méritait, après l'avoir tant persécuté.
A nouveau dehors après être sorti du Pub et réduit ses emplettes, son intuition lui dicta d'aller vers les montagnes. Marchant d'un pas rapide, sans prêter attention à l'averse de neige, il resserra machinalement sa cape, espérant trouver ce qu'il cherchait.
Et ce fût le cas : quelques mètres plus haut, un grand chien au poil hirsute et abondant se cachait avec prudence derrière un rocher, seul son museau restait à peine visible.
En quelque secondes, il émit un grondement long et sourd tandis que son poil se hérissait. Il lui semblait bien avoir senti une pestilence subite tout près de lui.
-Serais tu assez lâche pour ne même pas oser te montrer ? Ou la prison t a elle changé à ce point, Black ?
Cette fois, aucun grondement ne lui répondit, rien de bien surprenant. Ses réflexes d'espion avaient illico repris le dessus, et il pointa sa baguette sur la gauche prêt à lancer un maléfice.
Une silhouette menaçante lui faisait face, à cinq mètres l'un de l'autre tous deux étaient prêts à en découdre.
-Étrange, continua il de sa voix basse et provocante. Moi qui pensais qu'un bon chien restait toujours sagement attaché à sa niche. Ou Azkaban était trop bien pour toi ?
L'animal s'élança d'un bon formidable le ratant de justesse et s'écrasant dans la neige sans un aboiement.
Il ne subirait plus jamais ces sarcasmes, plus jamais ! De toutes façons, ce tordu était resté le même et ne comprenait qu'une seule chose : le rapport de force.
Se relevant lentement, insensible à la douleur, les deux anciens ennemis se fusillaient à présent du regard, enchantés de cette situation.
Ils avaient l'un comme l'autre la liberté de régler enfin leurs comptes dans le plus grand secret. Sans témoins, sans aucune limite aux dégâts….
Puis le plus simplement du monde, des coupures surgirent sur le dos du chien, coulant abondamment, arrosant la neige. Malédiction, comment avait il pu oublier que Snivellus était un maître dans les informulés ? Sans réussir à souffler, un sort d'expulsion le projeta avec violence contre un rocher. Cette fois, la douleur intense l'informa qu'il devait avoir plusieurs côtes cassées. Respirant avec difficultés, Black pria silencieusement pour qu'aucun fragment n'ait touché les poumons.
Severus esquissa un large sourire de satisfaction, plus que jamais ravi de cette revanche. De longues minutes s'écoulèrent avec une formidable lenteur dans un silence sinistre.
-En souvenir du bon vieux temps, Black.
Sa voix n'était qu'un murmure parfaitement audible, imperceptible pour un être humain. De la même voix basse et menaçante il poursuivit.
-Tu t'attends sans doute à ce que je t'achèves ou te traînes au château pieds et poings liés n'est ce pas ? Mais j'ai bon cœur, et entre nous qui se préoccuperait d'un vulgaire sac à puces ? Oh, ai je touché une corde sensible, ironisa il devant le grondement furieux.
La victoire n'a de saveur que si il y a de grands risques. « A vaincre sans péril on triomphe sans gloire » alors laisse moi te le dire juste une fois, une seule : ose poser une de tes pattes boueuses à Poudlard et je te jure que cette fois je le ferai. Sans aucune hésitation.
Tu dois me connaître assez pour savoir que ce ne sont pas des paroles en l'air, non ?
Alors réfléchis bien.
Avec mépris, il lui tourna le dos, non sans lui avoir jeté un maléfice de silence.
Quel plaisir d'avoir eu la liberté de s'offrir cette petite vengeance… Il était certain de bien dormir cette nuit et de mieux supporter les cornichons qui suivaient ses cours le lendemain.
