Annabelle se réveilla en sursaut dans son lit. Il faisait nuit noire et les éclairs d'un orage d'été éclairaient de temps en temps sa chambre dans son appartement. Elle avait terriblement chaud, l'humidité de l'été ne l'aida pas à se rendormir. Son regard se posa sur son alarme affichant 1h37 du matin.
Exaspérée, elle tourna dans son lit, cherchant désespérément les bras de Morphée ne voulant pas replonger son cerveau dans des millions de questions sur ce qui s'était passé au laboratoire. Mais c'est ce qu'elle fit parce qu'il aurait stupide de faire le contraire.
Peter. L'infirmier sympathique, d'une beauté à en faire tourner plus d'une tête, ne lui avait pas reparlé physiquement ou mentalement pour le reste de la journée. À vrai dire, il avait quitté la salle arc-en-ciel sous la demande de Brenner pour ne pas y remettre les pieds de la journée.
Alors, elle s'était sentie inquiète que quelque chose allait arriver, que Peter serait mit à la porte ou peu importe. Cela ne s'était pas produit. Elle l'avait constaté lorsqu'ils s'étaient croisés à la buanderie à la fin de la journée. Annabelle s'était sentie soulagée et il semblait que Peter fût amusé de sa réaction, mais touché.
Maintenant, la moindre de ses pensées tournait autour de lui. Elle qui ne voulait plus y penser, elle avait besoin de penser à lui maintenant. Ironie du sort. Le fait qu'il puisse communiquer avec elle par esprit en rajoutait une couche. Il ne lui avait pas expliqué la raison de ce don soudain, bien qu'il eut des suppositions. Un traumatisme ou un blocage de sa part. Annabelle avait l'habitude d'avoir des réponses claires et concrètes.
Depuis qu'elle avait quitté le laboratoire hier soir pour la fin de semaine, elle avait tenté de contacter l'infirmier sans succès. Un mal de tête était apparu après plusieurs heures derrière la nuque, comme si Peter avait aussi tenté de gratter jusqu'au sang, et s'était prolonger jusqu'à l'avant de sa tête. Son nez s'était remis à saigner face à son acharnement.
Désormais, Martin Brenner était aussi devenu intrigant. Bien qu'il s'agisse de son patron, la jeune femme voulait en connaître plus sur cet homme. Ce dernier prétendait apprécier son travail et il était en total contrôle sur ses sujets de tests. Ceux-ci se montraient heureux de sa présence et ils appréciaient de lui montrer leur progression aux divers tests. Tous les membres du personnel saluèrent et appréciaient leur supérieur. Jamais elle n'avait entendu un seul mot de travers de la bouche des employés pouvant dénigrer Brenner. Ils étaient à ses pieds tels des petits chiens obéissants ne cessant d'agrémenter ses qualités ainsi que ses connaissances. Sauf peut-être Peter. Le blond lui avait clairement signifié de ne pas lui faire confiance et de ne pas lui parler de quoi que ce soit. Les regards et le langage corporel indiquaient que les deux hommes ne semblaient pas s'apprécier et qu'ils étaient tendus l'un envers l'autre. Peter essayait le moins possible de croiser son regard.
De nature introvertie, Walker ne voulait pas vraiment se mêler de ce qui ne la regardait pas. Elle détestait attirer l'attention des autres parce qu'elle savait qu'elle était différente et c'est exactement ce qui lui attirait des ennuis comme à l'école. Se rappelant des mots prononcés par ce stupide garçon de sa classe. Jeffrey.
-Regardez ses cheveux! Rigola un jeune garçon. C'est elle qui pue!
Sa voix se répercuta dans la cour de récréation de l'école ou l'air chaud du Nevada ne semblait pas déranger les enfants. Ces derniers ne semblaient pas avoir entendu la remarque de Jeffrey, l'intimidateur que tous craignait. Lui et sa bande avaient choisi une nouvelle cible de l'école. Une cible facile parce que c'était une fille et elle était rousse. Des commentaires sur sa couleur de cheveux, sur son genre et sur la couleur pâle de sa peau étaient les seules choses qui sortaient de sa bouche lorsqu'il la regardait.
-Tu n'as pas d'amis, tête de carottes? C'est vrai, qui voudrait être ami avec une sorcière, dit-il en la poussant sur le sol. Petite conne.
Ils se mirent à rire et sa chute provoqua une douleur sur ses jambes. Le gravier coupa sa peau. Alors, elle avait eu assez lorsqu'il l'avait poussé pour mieux la dénigrer et que la colère monta en elle. Son regard se tourna vers le bras droit de Jeffrey. L'épaule se retrouva poussée vers l'avant dans un mouvement de prédation et son bras ainsi que son pouce, son index et son majeur émirent un craquement inquiétant. Il cria comme un cochon. Du moins, c'est l'image qu'Annabelle garda à l'esprit.
Annabelle s'était mis à l'écart des autres. Jeffrey avait dû être hospitalisé d'urgence et elle n'avait toujours pas compris ce qui s'était passé à l'époque. Son père l'avait changé d'école par sécurité et pour repartir à zéro. Il n'avait pas posé de questions sur ce qui s'était passées et elle ne lui avait rien dit. Il l'avait observé plus souvent, mais rien de plus. Comment Annabelle aurait pu expliquer quoi que soit ? Après tout, un enfant de six ans n'aurait pas compris... Comment un adulte aurait pu comprendre? Il n'avait pas été rare qu'elle se retrouve la cible de commentaire pour ses cheveux ou pour sa nature d'introvertie.
Elle aurait voulu contacter Peter pour en savoir plus...Il était le seul qui pouvait l'aider en ce moment.
Et c'est exactement ce à quoi l'infirmier pensait en ce moment même dans sa chambre au laboratoire.
Peter était déjà réveillé avant même que les lumières ne s'allument pour lui indiquer de se lever. Il était seulement près de deux heures du matin.
Il tourna dans son lit avec une frustration que la routine allait reprendre et que la seule chose, qui égayait un tant soit peu sa journée, n'était pas là puisque c'était la fin de semaine. Annabelle avait eu le don d'attirer son attention à la seconde où elle avait poser les orteils dans le laboratoire. Il avait ressenti un contact, une onde enfouie en elle comme un appel et il aurait stupide de sa part de l'ignorer.
Elle ne s'était douté de rien. Il avait alors imaginé qu'elle ignorait sa capacité et qu'elle ne serait pas jetée dans la gueule du loup sans y connaître les causes. La jeune femme semblait intelligente et méfiante aux premiers abords. La cible de sa curiosité s'était montrée réservée, introvertie et difficile d'approche.
Peter ne pouvait nier qu'il avait tourné autour lors de sa première semaine. Trop intrigué, il n'avait pas pu s'empêcher et cela avait été imprudent parce que Brenner s'était douté de quelque chose. Alors, il s'en était éloigné pour revenir à la charge plus discrètement.
Il avait essayé de la contacter, testant ainsi le peu de force qu'il pouvait en tirer, mais il put à peine l'effleurer. Soteria apporta beaucoup de frustration depuis que Brenner le lui avait implanté dans le cou. Le sentiment d'impuissance et d'être mis en cage empêchait Peter de se rebeller ainsi que de se libérer. Il avait alors accumulé assez d'énergie pour forcer sa barrière mentale, mince, mais elle lui avait répondu. Aussitôt, il avait voulu visionner son esprit, observer ses souvenirs pour en apprendre plus sur sa vie, pour regarder si elle était comme les autres vermines.
Puis, il s'était surpris d'avoir été frappé par ce sentiment de solitude de sa part. Juste assez pour y nager, mais pas assez pour s'y noyer. Alors, cela valait la peine de rester accroché parce qu'elle pouvait représenter le soleil dans ses journées. Peut-être pourrait-il combler le vide qu'il ressentait et il en ferait tout autant pour elle.
Brenner vint saccager le tableau.
Il devait travailler. C'est ce que Brenner attendait de lui maintenant. Obéissance et discipline. Le docteur s'était retrouvé frustré par son manque de contrôle sur lui, mais Peter, ou plutôt Henry, avait réussit à rester sur ses positions. Son persécuteur l'avait torturé autant physiquement que mentalement durant ses années ici. Brenner s'était montré impitoyable quant à son acharnement à l'étudier et à le contrôler. Henry avait fini par se rebeller. Hors de contrôle avec beaucoup de colère refoulée, il avait tué des gardes et il avait presque tué le docteur lui-même. Le vieil homme avait alors implanté Soteria dans son cou et il lui avait demandé de travailler en tant qu'infirmier. Jugé comme précieux, il ne pouvait se permettre de le tuer, ni de lui redonner sa liberté.
Les heures passèrent et la lumière s'alluma pour lui indiquer de se lever. Il se leva en caleçon pour se diriger vers la douche rapidement. L'eau froide vint détendre ses nerfs et terminer de le réveiller totalement. Puis, il se prépara en mettant son uniforme sous le regard des caméras.
Il n'eut pas le temps de se rendre à sa première tâche quotidienne que Brenner vint se présenter à sa porte. Il la lui ouvrit. Il fut obligé de le regarder et de lui adresser la parole alors qu'il aurait voulu le torturer.
-Bon matin. C'est l'heure de notre rendez-vous, Peter.
Ah. Les stupides réunions qu'ils avaient entre eux à chaque mois. Peter avait pratiquement oublié que c'était aujourd'hui. L'infirmier s'écarta pour le laisser entrer et alla s'installer sur son lit comme à son habitude alors que Martin se tira une chaise en face de lui. Il ouvrit son carnet pour observer sa chambre – sa cellule - en premier lieu s'il y avait eu des changements.
Son carnet de dessin se trouvait sur son bureau avec ses crayons. Un cadeau du docteur pour sa bonne conduite des dernières années. Il y avait même eu droit à une araignée, une veuve noire, morte dans un bocal qui se trouvait juste à côté de son carnet. Puis, quelques livres dont Un bébé pour Rosemary d'Ira Levin, L'Exorciste de William Peter Blatty, Carrie de Stephen King et Les rats de James Herbert étaient ceux qui se trouvaient visible.
-Alors, je vois que tu lis toujours? Observa le docteur en prenant des notes. C'est bien. Cela empêche ton esprit de pourrir. Qu'est-ce que tu en penses?
-Oui, dit-il simplement.
-J'aimerais examiner ton carnet de dessins.
Va le chercher pour moi. C'est ce que ça voulait dire. Presque un ordre. Peter se leva et alla le chercher et le lui tendit. Comme d'habitude, Brenner examina chacun des dessins même si cela faisait plus d'une centaine de fois qu'il le consultait. Ses dessins ressemblaient toujours à cette dimension X, toujours hantée par des créatures les plus abominables les unes que les autres. Digne d'horreur lovecraftienne, des monstres humanoïdes des plus farfelus hantaient les pages de son carnet. Des monstres sans visage.
En arrivant à la fin, les yeux de Brenner se posèrent sur du papier déchiré.
- Où se trouve ton dernier dessin? Demanda-t-il perplexe.
-Ce n'était pas un dessin. Simplement un gribouillis de frustration.
-J'aurais aimé le voir. À l'avenir, n'arrache pas les autres pages. Ça ne te rassemble pas, répondit-il pendant qu'il prenait des notes sur son comportement.
Henry ne voulait pas lui dire qu'il avait dessiné Annabelle. Cela pourrait lui causer des problèmes à lui comme à elle. Il espérait qu'elle l'avait gardé.
-Comment tu te sens? Quelque chose de nouveau dans ton travail?
-Non. La routine.
-Dernièrement, tu as eu des retards dans certaines de tes tâches. Est-ce qu'il y a une raison particulière? Demanda-t-il en scrutant son langage corporel même si Henry restait de marbre devant son regard.
-Pour la buanderie, il manquait la commande du détergent que Williams avait oublié. Alors, je suis allé en chercher. La même chose pour Oumar à la cantine. Il a aussi oublié d'aller chercher la commande pour les couverts. J'ai seulement fait mon travail. Puis, la dernière fois, j'ai dû raccompagner Walker à l'infirmerie pour un saignement de nez à la demande du Dr. Ellis.
-Ah. Je me souviens. Je glisserai un mot à Williams et à Oumar pour leurs oublies. Et dans la salle arc-en-ciel?
-Aucun changement depuis la dernière fois.
Comme si les sujets de tests comme Deux, Trois, Quatre et Cinq allaient se mettent à intimider Onze devant un infirmier. Bon dieu qu'il les détestait. Il avait envie de les tuer pour s'en débarrasser.
-Très bien. J'aurai besoin de toi la semaine prochaine pour aller porter des boites d'archives et m'en rapporter d'autres au besoin. Je te ferai la liste. Est-ce que cela te convient?
Pourquoi poser la question? Ce n'est pas comme s'il avait le choix. Mais cela lui convenait parfaitement pour une fois.
-Oui, ça fait changement de la salle arc-en-ciel.
-Si je trouve de nouvelles tâches, je te les rajouterai.
Martin l'écrivit sur son carnet. Bien qu'il soit frustré qu'Henry refuse de lui obéir, il pouvait toujours se montrer utile. Cependant, il se montrait toujours aussi méfiant envers lui.
-Hum…Pour le moment, je ne souhaite rien changer. Ton comportement reste exemplaire que ce soit dans la salle arc-en-ciel et dans les autres départements. Je suis surpris, Henry, mais pas stupide. Alors, pour le moment, je souhaite que ça reste comme ça. Tu comprends? Continue ton travail.
Il se contenta de hocher la tête. Il n'eut pas de récompense de la part de Brenner. Cela ne l'empêcha pas de sourire intérieurement. Il n'avait mentionné aucune des interactions avec Annabelle. Le docteur le surveillait moins qu'avant. Un avantage certain.
Bon. Voici le chapitre 3. J'ai pas l'habitude de parler, ni de laisser des commentaires à la fin. Si cela vous a plu, sachez qu'un chapitre par semaine sera publié. Je ne peut pas dire de date. Voilà!
