Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour un atelier sur bibliothèque de fictions :

- un personnage vole quelque chose

- une scène de nuit

- "je ne peux pas oublier"


Jesper n'avait jamais vraiment aimé les musées. C'est pour cela que Wylan aimait autant les casses : c'était peut-être bien la seule fois où il pouvait faire une sortie culturelle avec son petit-ami.

Bon, il y avait certes les pièges à éviter, le plan à garder en tête et les autres corbeaux dans les parages, ce qui enlevait quelque peu du romantisme à l'opération, mais tout de même. Wylan était heureux. La mission que leur avait confié Kaz ce soir était de plus tranquille ; ils devaient simplement faire le guet pendant qu'Inej dérobait une statuette de valeur dans la pièce attenante. Cette responsabilité leur laissait tout le loisir de contempler les œuvres autour d'eux.

- Et ceci est une toile de maître ! Ou plutôt devrais-je dire de maîtresse ! C'est en effet une femme qui a peint ce tableau. Elle s'appelait Lavinia Fontana et...

Sa voix mourut lorsqu'il réalisa que Jesper ne l'écoutait absolument pas. Il fut un instant déçu de ne pas pouvoir s'étendre sur l'une des premières artistes femmes à avoir mené une carrière professionnelle, mais tâcha de relativiser : Jesper était tourné vers une toile représentant un fermier, entouré de moutons, chèvres, boucs. Au moins, son petit-ami admirait quelque chose, et lui allait pouvoir lui raconter moultes anecdotes sur la vie torturée de l'artiste. Jesper le coupa néanmoins dans son élan en disant d'une voix nostalgique...

- Cette peinture me ramène à une autre époque... Quand je le vois, je ne peux pas oublier ce qu'on a vécu. C'était si fort... si intense...

Le cœur de Wylan se remplit d'amertume. Dire que lui attendait ces vols au musée avec impatience pour avoir un rendez-vous nocturne avec Jesper, alors que lui ne s'amusait qu'à retrouver dans tous les tableaux ses ex ! Alors oui, ce berger était magnifique, mais tout de même... Venir en parler ainsi devant lui, avec tant de mélancolie et douleur dans la voix, c'était... complètement indélicat !

- Tu es vraiment con, Jesper ! Lui asséna-t-il avant de partir à l'autre bout de la pièce.

Là, Jesper eut le culot de paraître étonné. Il n'eut néanmoins pas le temps de répondre car une alarme stridente retentit.

- Merde, pesta Wylan. Kaz va me tuer.

- En effet, répondit Inej qui surgit de l'ombre. Il avait pourtant été catégorique : leurs nouvelles alarmes fonctionnent au bruit !

Ce fut exactement ce que lui dit Kaz lorsqu'ils parvinrent à s'extirper du musée. Ça, et quelques insultes. Tant et si bien que Wylan se sentit obligé de se défendre :

- C'est la faute de Jesper !

Évidemment, le dit Jesper protesta. Wylan expliqua alors l'horrible manque de tact dont son soi-disant petit-ami avait fait preuve.

- C'est vrai que ce n'est pas cool de contempler le sosie de ton ex devant ton copain actuel, dit Inej.

- Sauf si ton copain actuel est d'accord, nuança Nina. Ça peut être une sorte de kink. Mais sinon, c'est dégueulasse !

- Mais pas du tout ! Protesta Jesper. Je regardais le sosie de Milo !

Là, Inej laissa échapper un « oooh » compréhensif. Wylan ne comprit toutefois réellement qu'une information lui manquait que lorsqu'il vit Kaz lever les yeux au ciel et grommeler :

- Un jour, je vais vraiment retourner à Ravka juste pour ramener cette stupide chèvre histoire de mettre les choses au clair...

- Une chèvre ? s'interloqua Wylan. Pourquoi tu veux retrouver une chèvre ?

- Milo, c'est une chèvre. Une putain de chèvre qui nous a déjà causé bien trop d'ennuis.

Wylan se sentit un instant rassuré en entendant ces mots.

Un instant seulement. Car lorsqu'il se tourna pour regarder Jesper, il comprit qu'il risquait d'avoir lui aussi des ennuis. Comme dormir sur le canapé, par exemple.