Bonjour,
Encore une fois, toutes mes excuses pour la longue attente entre ce nouveau chapitre et le précédent. J'essaie de faire de mon mieux pour permettre à cette histoire d'avancer, mais ce n'est pas toujours évident.
Je vous souhaite une bonne lecture ainsi qu'un bel été. Et si jamais vous croisez des surfers, vous saurez à qui penser ;-)
Céline : comme toujours, merci beaucoup pour ta lecture et pour ta review. J'espère que ce nouveau chapitre répondra à tes attentes. Passe un bel été, bon courage pour le boulot et à bientôt ! (et tant mieux si tu as aimé La vie en bleu. C'est une perle :D)
Disclaimer : Les personnages appartiennent à Masami Kurumada, et heureusement pour eux.
Chapitre 22 : J't'Emmène Au Vent
Le lendemain, Réception du Zodiaque, en début d'après-midi
Un tel regroupement de chevaliers d'Or au mètre carré donnait à la réception du Zodiaque un petit air de salle du trône à la veille d'une Guerre Sainte. Enfin, en théorie tout du moins, puisque lors de la dernière édition, jamais la garde dorée d'Athéna n'avait pu être réunie de cette manière dans l'enceinte du Sanctuaire. Dohko en sourit de satisfaction, parce que finalement, avoir réussi à rassembler tout ce petit monde en un seul lieu et ce depuis si longtemps constituait déjà une très belle première victoire. Quoi qu'en pensât son amoureux.
« Chevaliers, bonjour, déclara justement l'amoureux en question. Merci à tous pour votre présence aujourd'hui et pour votre ponctualité, enfin à une légère exception près. »
Un tintement en provenance de la porte d'entrée indiqua l'arrivée de l'exception susnommée, qui se faufila parmi la foule pour se placer au côté du Capricorne qui l'accueillit d'un furtif regard en coin.
« J'ai loupé quelque chose ? » murmura le Cancer à l'oreille de l'Espagnol.
« L'occasion de ne pas te faire remarquer. Maintenant contente-toi de te taire et de faire profil bas.
- OK, ça va ! Si on n'a même plus le droit d'aller pisser avant de venir écouter son Altesse...
- Angelo, Cierra tu boca ! »
Une onde cérébrale hostile en provenance de l'éminence popale qui avait maintenant pris place au centre de la pièce vint renforcer l'injonction du Capricorne, contraignant définitivement le retardataire au silence et encourageant tous les autres à en faire de même.
« Et donc, maintenant que nous sommes réellement au complet, reprit le Grand Pope, Camus, Kanon, pourriez-vous partager les résultats de vos recherches avec nous ? »
Le cadet des Gémeaux fut le premier à s'avancer pour prendre la parole, ce à quoi le Verseau consentit par un discret mouvement du menton.
« En ce qui me concerne, commença Kanon, je suis convaincu que l'Elysion n'est nullement impliqué dans les différents incidents qui ont récemment frappé le Zodiaque. Selon les informations que j'ai pu recueillir, l'hôtel est complet depuis des lustres et n'aurait donc ni la place ni les moyens d'accueillir un afflux supplémentaire de vacanciers. Cet établissement est peut-être luxueux mais il n'a pas la taille de ses ambitions. Et si vous voulez mon avis, il lui faudrait au moins une bonne vingtaine de chambres supplémentaires afin de pouvoir véritablement jouer dans la cour des grands.
- Tel n'est pas le sujet qui nous préoccupe aujourd'hui, intervint Shion soucieux de respecter l'ordre du jour qu'il avait lui-même établi. Mais merci, Kanon, pour ton investigation et pour ton implication dans cette enquête. Camus, à ton tour : qu'as-tu appris de ton côté ?
- Eh bien vous ne serez probablement pas surpris d'apprendre que tous les clients qui ont quitté le Zodiaque à la suite des événements des derniers jours ont choisi le Poséidon comme nouveau lieu de villégiature. Tous sans exception. Isaak m'en a apporté l'assurance après avoir consulté le fichier des réservations, et Shaina m'a confirmé qu'un tel niveau d'occupation n'était pas prévu il y a dix jours, lorsqu'elle avait travaillé au planning du Poséidon avec Albérich pour la dernière fois.
- Merci, Camus. Y-a-t-il autre chose que tu voudrais partager avec nous ?
- Oui, Grand Pope, tout à fait, acquiesça le Verseau.
- Lèche-bottes !
- Angelo ! J'ai dit profil bas ! rappela sèchement le Capricorne.
- Très bien, alors poursuis, je te prie, tu as toute notre attention, ajouta Shion en guise d'encouragements pour celui à qui il avait l'impression de devoir tirer les vers du nez.
- Merci. Alors après ce que vous venez d'entendre, je pense que vous conviendrez tous qu'une telle situation semble particulièrement suspecte.
- Évidemment ! Surtout que c'est pas comme si je l'avais pas déjà dit hier ! interrompit l'ancien Dragon des mers avec l'aplomb d'un général.
- Supputations ne signifient en rien évidences, Kanon. Mais maintenant, évidences nous avons, et j'ai donc pris la décision de demander à Hyoga d'enquêter d'une manière plus approfondie pour comprendre l'origine des incidents qui ont touché le Zodiaque.
- Crois-tu que cela soit vraiment nécessaire, et si oui, pourquoi charger ton ancien disciple d'une tâche dont tu pourrais certainement t'acquitter toi-même ? s'enquit Aphrodite curieux de mieux appréhender les intentions de son voisin zodiacal.
- Oui, je le crois, rétorqua le Français. Car je suspecte un ou plusieurs individus d'être responsables de ces différents événements. Albérich, bien entendu, mais peut-être pas seulement… Et les identifier tous nous permettra de les mettre hors d'état de nuire et de nous prémunir contre de nouvelles déconvenues. Et étant donné l'échéance toute proche du palmarès pour lequel notre établissement a choisi de concourir, il serait judicieux d'intervenir au plus vite.
- Très bien, mais pourquoi confier cette mission à quelqu'un d'autre ? Camus, ne serais-tu pas le mieux placé pour réaliser une telle enquête ? insista le Poissons.
- Justement, Aphrodite, j'y viens, répliqua le Verseau en haussant légèrement le ton de sa voix pour signifier qu'il n'avait aucunement perdu le fil de son propos. Il ne vous aura certainement pas échappé que plusieurs parmi nous ont entrepris de s'initier à une activité aquatique typique des environs.
- De quoi parles-tu, Camus ? Viens-en au fait, s'il te plaît, intervint le Grand Pope qui commençait à s'impatienter.
- Je fais référence au surf, Shion. Une activité ludo-sportive consistant à glisser sur...
- Je sais ce qu'est le surf ! Je ne vis pas dans une grotte non plus !
- Ben si, un peu quand même... (ndla : notons ici mon incapacité à désigner l'auteur de ces paroles, celles-ci ayant été prononcées par un trop grand nombre de protagonistes en même temps)
- Très bien, alors j'ajouterai simplement que Hyoga s'est particulièrement investi dans cette nouvelle activité, et se faisant, il s'est lié d'amitié avec plusieurs membres de l'équipe du Poséidon qui se trouvent pratiquer le surf depuis de nombreuses années déjà. Isaak, bien entendu, ce dont je ne peux que me réjouir, ne put-il s'empêcher de souligner, mais aussi Hagen et Thétis. Il lui sera de ce fait plus facile de glaner des informations utiles pour notre enquête sans éveiller l'attention.
- Je comprends tes intentions, Camus, et je n'en nie pas l'intérêt, intervint alors le Taureau, mais qui s'occupera de préparer et de servir les glaces à la terrasse du bar du Zodiaque pendant que Hyoga sera en vadrouille pour exercer sa mission ?
- Si cela convient à Saga et à notre Déesse, je comptais proposer de prendre cela en charge personnellement.
- Je n'ai aucune objection sur ce point, approuva l'aîné des Gémeaux avant de préciser : tant que tu gardes un œil sur la comptabilité, cela va de soi.
- Ne t'inquiète pas pour ça, le rassura le Verseau, catégorique. Et de toute façon, je ne pense pas que les investigations de Hyoga dureront plus de quelques jours. Si nos soupçons s'avèrent infondés et qu'aucun responsable de nos différents déboires ne peut être identifié, nous passerons à autre chose et n'aurons plus qu'à consacrer toute notre énergie à redorer le blason de notre établissement en redoublant d'efforts et de professionnalisme.
- Tu vois bien que c'est un lèche-b... Ok, c'est bon, Shura, je la boucle !
- Très bien, Camus, tu as carte blanche pour agir selon le plan que tu viens de nous décrire, agréa le Grand Pope, ce qui clôt notre discussion pour aujourd'hui. Enfin, sauf si notre Déesse veut ajouter quelque chose, bien entendu. »
Athéna se leva de l'unique siège qui se trouvait dans la pièce pour se draper de sa divinité avant de déclarer :
« Camus, je te remercie pour cette initiative que je salue. Et quant à vous tous, poursuivit-elle, comme je vous l'ai dit de si nombreuses fois depuis notre arrivée ici, j'ai pleinement confiance en chacun de vous. Je connais votre valeur et votre dévouement, et je sais que vous mettrez tout en œuvre pour servir les intérêts de notre Sanctuaire et de l'Humanité.
- Elle en rajoute pas un peu, là, quand même ? commenta le Scorpion à l'oreille d'Aiolia du Lion.
- C'est une divinité, Milo, elle ne peut donc que s'exprimer de cette manière. Ou alors, c'est un robot, et on se fout de nous depuis le début. »
Un rire incontrôlé s'éleva depuis l'assemblée, incitant le Grand Pope à relever les sourcils qu'il n'avait pourtant jamais eus.
« Oui, Milo, tu veux partager autre chose avec nous ?
- Non, non, pas du tout, réussit à bredouiller le Grec en se mordant les lèvres pour contrôler son hilarité.
- Alors je déclare cette réunion terminée. Reprenez tous vos activités, et au plaisir de vous recroiser plus tard dans la journée.
- Oui, et pour ceux qui en auront l'envie et la possibilité, s'empressa d'ajouter la Balance avant que tout le monde n'ait déserté les lieux, je vous donne rendez-vous ce soir au bar pour un verre de l'amitié. C'est la maison qui régale ! »
Dohko, tu crois vraiment que c'est une bonne idée étant donné les circonstances ?
Oui, Shishounet. Fais-moi confiance, je sais parfaitement ce que je fais !
Entendu. Mais ne m'appelle pas Shishounet en public, s'il te plaît !
Mon amour, notre discussion est mentale et donc par essence confidentielle.
Certes, mais, on n'est jamais trop prudent...
Sur un autre canal mental, au même moment :
Par la Déesse, il va nous couler la baraque, celui-là ! Note pour plus tard : demander à Camus de vérifier l'état des recettes et des dépenses du pôle « bar et restauration ».
Saga ?... T'es en train de te parler mentalement à toi-même, là ?
Non... Kanon. Pas du tout.
Ah bon, tant mieux. Parce que tu sais que c'est pas bon pour toi !
Et puis sur un autre encore :
Shaka, aurais-tu la possibilité de te rendre disponible maintenant ou dans un petit moment ? Car Kiki passe l'après-midi à l'épicerie avec Shiryu, et je me disais que peut-être, on aurait pu...
Accorde-moi une minute de ton temps si précieux pour solliciter la bienveillance de mes collaborateurs et je suis tout à toi, Mû, mon aimé.
Et Shaka de se diriger vers le Sagittaire afin d'indiquer à ce dernier de ne pas l'attendre pour rouvrir la réception à la clientèle, mais qu'il les rejoindrait, June et lui, d'ici une vingtaine de minutes.
Hum, Shaka, ça risque d'être un peu juste...
« Pardonne-moi, Aiolos, mais disons plutôt dans trente-cinq minutes, si cela te paraît acceptable. »
Et pendant ce temps, deux chevaliers tombèrent l'un sur l'autre à la sortie de la réception, bien aidés en cela par le fait que l'un des deux avait sciemment décidé d'attendre l'autre juste à côté de la porte.
« Alors comme ça, tu veux te mettre à une activité manuelle ? »
Le Scorpion s'écarta du mur contre lequel il s'était adossé pour se placer juste en face du Verseau :
« Oui, Milo. Tu trouves cela étonnant ?
- Un peu. Enfin, disons que j'ai du mal à t'imaginer derrière un comptoir avec un tablier. Même si je suis persuadé qu'un tel accessoire t'ira tout à fait bien (ndla : je dois avouer être entièrement d'accord avec cette idée).
- Le but recherché par l'usage d'un tel accessoire, comme tu dis, est purement d'ordre pratique, mais je te remercie tout de même pour le compliment. Et au risque de te surprendre, se hâta de faire remarquer le Français, je suis ravi à l'idée de m'impliquer dans cette toute nouvelle mission.
- Tant mieux. Et la perspective de laisser Hyoga enquêter tout seul ne t'inquiète pas trop ?
- Absolument pas. Je sais que s'il y a quelque chose à découvrir, il le découvrira. Il s'agit de mon élève, ne l'oublie pas.
- Ce n'est pas à cela que je faisais référence, Camus. Tu n'as pas peur qu'il s'attire des ennuis ?
- Non. Nous sommes en paix, et Hyoga a renoué une profonde et sincère amitié avec Isaak, alors je pense vraiment qu'il n'a rien à craindre.
- Tu as probablement raison. Et puis il y aura aussi Thétis pour veiller sur lui.
- Certes. Mais encore une fois, je suis convaincu qu'il n'en aura pas besoin. Il ne s'agit que de vérifier certains de nos soupçons, rien de plus. Et puis dans le pire des cas, je pourrai intervenir également.
- Oui, mais comme tu dis : tout se passera bien ! Bon, ben à ce soir alors. Tu comptes répondre à l'invitation de Dohko ?
- Je passerai probablement boire un verre avant d'aller me coucher. Mais j'imagine que tu seras bien occupé ?
- Un peu. Mais moins que d'habitude, car pour une fois, c'est Aiolia qui sera aux manettes de la soirée. Il a prévu d'organiser un jeu avec la clientèle et Seiya a insisté pour l'assister. Donc je me contenterai de diffuser la bande son pour garantir l'ambiance.
- Je vois. Alors à tout à l'heure, Milo.
- Yep ! A tout à l'heure ! »
Camus sembla hésiter un instant, puis lança alors qu'il commençait déjà à s'éloigner :
« Et au fait, j'espère que ces quelques jours où je devrai porter ce fameux tablier nous donneront l'occasion de passer un peu plus de temps tous les deux. »
Milo voulut répondre aussitôt, mais ses mots moururent dans sa gorge avant qu'il n'eût ouvert la bouche. Il observa Camus s'en aller en silence et finit par murmurer pour lui-même :
« Moi aussi ».
Et au même moment...
Non mais vous avez entendu, les gars ?! Shura, Aphro, sans déconner ? Shi-shou-net !
Et Angelo de manquer de s'étouffer de rire en allumant sa cigarette alors qu'il partait retrouver Marine au Kid's club du Zodiaque.
Bar du Zodiaque, en début de soirée
Se faufilant parmi les tables pour tenter de faire gagner aux clients des lots tous aussi loufoques qu'inutiles, Aiolia et Seiya semblaient passer un excellent moment. Et les vacanciers aussi, ce qui tombait plutôt bien. Milo observait la scène tranquillement depuis l'estrade où se trouvaient ses platines, s'attachant à diffuser la musique qu'il avait choisie pour la soirée. Un mix d'Electro New Wave aux sonorités plutôt douces et tranquilles mais dont le rythme chaloupé permettait de garder l'attention de tous en éveil. Et surtout, un set préparé à l'avance qui lui laissait les mains libres pour savourer son grand verre de sirop d'orgeat tout en rêvant un peu.
Une rêverie qui ne mettait en scène qu'un seul sujet centré autour d'un seul individu : Camus.
Camus avec lequel il avait l'impression que les choses s'étaient arrangées depuis leur discussion sur la plage et cette expérience singulière au cours de laquelle le Verseau avait accepté de lui étaler de la crème solaire sur les épaules et le haut du dos. Une expérience qu'il avait bien sûr était incapable d'oublier et qu'il revivait nuit après nuit dès qu'il fermait les yeux.
Milo avait été surpris par ce changement d'attitude, s'attendant plutôt à ce que son ami se sentît mal à l'aise après avoir partagé un tel degré d'intimité. Mais Camus semblait plus ouvert que jamais et surtout, prêt à passer plus de temps avec lui. Et la phrase qu'il avait prononcée quelques heures plus tôt l'avait conforté dans l'idée qu'il ne s'agissait pas d'une passade. Ils étaient sur la bonne voie ; celle qui les conduirait à se parler pour de vrai à nouveau et à débarrasser leur amitié de toutes les blessures qui la bouffait de l'intérieur.
Sauf que Milo en attendait davantage. Camus occupait chacune de ses pensées et obsédait chacune de ses nuits depuis leur baiser à Paris, depuis ce moment sur la plage, depuis leur retour à la vie. Depuis toujours. Parce que depuis aussi longtemps qu'il s'en souvînt, il en était fou amoureux. Et aujourd'hui, il n'avait plus envie de garder ça pour lui.
Mais à quoi bon avouer ce qu'il avait choisi de taire pendant toutes ces années aujourd'hui, alors que le principal intéressé filait le parfait amour avec un autre que lui ? Même si ce soir, il aurait fallu être devin ou particulièrement perspicace pour soupçonner l'existence de quoi que ce fût entre le Capricorne et le Verseau.
Les deux amants étaient arrivés séparément sur la terrasse et ne s'étaient pas adressé la parole depuis qu'ils s'étaient installés chacun dans leur coin. Camus s'était dirigé vers le comptoir pour discuter avec Dohko, tandis que Shura avait rejoint Aphrodite et Angelo qui s'étaient incrustés à la table de Mû et Shaka, à la grande déception de ces derniers, évidemment. Car le sommeil de Milo n'était pas assez profond pour qu'il échappât aux tressaillements des cosmos des tout nouveaux tourtereaux.
Ou alors, la situation de Camus avait évolué. Car à bien y réfléchir, Milo ne les avait que rarement aperçus ensemble, Shura et lui, depuis la fin de la mission de l'Espagnol au Poséidon. Donc soit ils continuaient à jouer la prudence pour conserver le secret de leur liaison, soit il s'était passé quelque chose. Mais comment savoir ? En posant la question à Camus, tout simplement ? Impossible ! Parce qu'aborder le sujet le conduirait à révéler à Camus ce qu'il savait et connaissant ce dernier, les questions ne tarderaient pas à fuser. Pour comprendre comment il pouvait être au courant, pour identifier le détail qui les avait trahis. Et alors, Milo n'aurait d'autre choix que d'expliquer ce qu'il avait vu sur la plage cette nuit-là, et il n'avait aucun mal à imaginer la réaction de Camus devant une telle révélation.
Lui qui avait toujours été attaché à ne jamais montrer ses sentiments pour jouer son rôle de Saint de Glace à la perfection quitte à passer pour l'homme distant, insensible et froid qu'il n'était pas, comment réagirait-il s'il apprenait que Milo l'avait vu s'abandonner dans les bras de Shura ce soir-là ? Il en serait profondément ébranlé, sans le moindre doute, et Milo ne souhaitait pour rien au monde lui faire subir ça. Tout comme il ne souhaitait pas voir leur discussion ensuite dériver sur les raisons de son silence à lui.
Milo plongea une nouvelle fois ses lèvres dans son sirop pour s'accorder une pause dans des réflexions qui prenaient une tournure qu'il préférait autant ignorer. Pourquoi ne pouvait-il pas se contenter d'agir comme à son habitude, en laissant faire les choses, en laissant voir venir ? Et en attendant, il n'avait qu'à continuer à se satisfaire de ce qu'il savait être sans incidence et sans douleur pour personne : rêver.
Milo reposa son verre et baissa les yeux pour vérifier l'avancée de sa setlist. Il restait encore une dizaine de minutes de musique, et Aiolia et Seiya ne semblaient pas requérir son aide pour raviver l'enthousiasme des vacanciers, alors il avait un peu de temps devant lui.
Il reporta donc son attention sur Camus qui se tenait debout face au comptoir et qu'il ne pouvait distinguer que de dos. Son regard se fixa sur les mouvements imperceptibles de ses cheveux qui descendaient entre ses épaules pour venir frôler le bas de son dos. Ces cheveux à la couleur indéfinissable (ndla : comme ça, vous pouvez choisir celle que vous voulez pour une fois, même si pour moi dans cette histoire les cheveux de Camus ont la couleur des yeux de Milo) qu'il aurait pu contempler pendant des heures pour en percevoir les moindres nuances. Milo se surprit alors à imaginer à quel point le contact de ces cheveux contre sa peau pourrait être délicieux . Ces cheveux effleurant son cou lorsque Camus se pencherait vers lui pour venir l'embrasser. Ces cheveux qu'il serrerait entre ses doigts alors qu'il guiderait Camus pour l'allonger contre lui. Ces cheveux qui chatouilleraient sa joue comme Camus se redresserait quand ils commenceraient à faire l'amour. Ces cheveux qui caresseraient son torse tandis que Camus bougerait lentement au-dessus de lui, pour aller et venir le long de son sexe. Et à quel point son visage serait beau illuminé par le plaisir qu'il serait en train de lui donner, et combien il se révélerait plus beau encore tandis qu'emporté par la jouissance il serait contraint de se mordre les lèvres pour ne pas crier.
Milo cligna des paupières et crut rougir pour la première fois de sa vie lorsqu'il vit Camus se retourner pour lui adresser un sourire. Mince, avait-il laissé ses pensées dériver suffisamment pour en ouvrir l'accès à un autre que lui ? Non, une telle chose était impensable. Pas alors qu'il était en état de pleine conscience, sans la moindre substance artificielle courant dans ses veines pour affaiblir ses barrières. Si Camus lui souriait justement à cet instant, c'était par hasard et parce qu'il en avait envie, tout simplement. Et le timing s'avérait plutôt idéal puisque le dernier morceau du mix électro qu'il avait choisi commençait à s'échapper des enceintes, venant ainsi mettre un terme définitif à sa rêverie.
Milo reprit donc ses esprits en ajustant le son de son ampli conformément aux instructions que son ami le Lion lui avait fournies. « A vingt-deux heures pétantes, tu baisseras ta musique pour préparer l'auditoire au grand final en enchaînant avec ce morceau-là ». Et il lui avait tendu un CD faisant référence à la vie d'un certain Dr. Alban (1). L'un des nombreux tubes de Dance qui cartonnaient dans toutes les discothèques européennes depuis le début de l'année.
Milo inséra le disque laser dans le lecteur et se prépara à l'enchaînement particulièrement délicat qu'il allait devoir exécuter. Un tel changement d'ambiance allait sûrement attirer l'attention sur lui à un moment où il s'en serait pourtant bien passé. Alors il remercia la configuration des lieux ou la volonté divine – il n'en savait trop rien et n'en avait de toute façon pas grand chose à faire – de se trouver bien caché à l'abri derrière ses platines. Car ce n'était pas le jean moulant qu'il avait choisi de porter qui aurait pu masquer l'état peu convenable dans lequel son inavouable rêverie l'avait plongé.
OooOooO
Au même moment, Angelo du Cancer s'attachait à torturer deux individus qu'il savait particulièrement vulnérables dans le seul but de s'occuper l'esprit pour ne pas loucher sur un certain Capricorne. Aphrodite l'écoutait sans émettre le moindre commentaire mais en riant intérieurement, parce que voir Shaka et Mû se démener avec autant de panache valait son pesant de chapelets tibétains en os de yack.
« Alors, Shaka, rappelle-moi à quelle page du Kamasutra vous en êtes rendus déjà ?
- Je ne vois pas de quoi tu parles, Angelo, rétorqua la Vierge sur un ton lapidaire.
- Et alors, Mû, poursuivit le vil inquisiteur en jetant son dévolu sur son autre victime, le fait que Shaka connaisse le Sanskrit, ça doit être vachement pratique, non ? Parce que pour ce que j'en ai vu, certains dessins de cet ouvrage ne sont pas toujours ce qu'il y a de plus facile à interpréter.
- L'intelligence véritable sait se nourrir de simples suggestions sans requérir l'usage d'un langage explicite, Angelo.
- Attends, Mû, tu viens pas juste de m'insulter, là ?
- Non, mon ami, je me contente simplement de répondre à ta question.
- Bon, Angelo, et si tu arrêtais de te montrer désagréable pour une fois ? suggéra Aphrodite avec un petit rire sournois. Shaka et Mû ont probablement d'autres choses plus intéressantes à faire que de supporter tes sarcasmes. N'est-ce pas, vous deux ?
- Certes » approuva sagement l'Indien en réfrénant l'adage ancestral qui lui brûlait pourtant les lèvres :« La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe » (ndla : et toc !).
Aphrodite incita donc Angelo à se lever de sa chaise pour accorder à la Vierge et au Bélier un peu d'intimité, et le traîna par le bras pour rejoindre Shura qui avait fini par les abandonner pour partir converser avec Marine à l'autre bout de la terrasse.
« Ça va Shura et toi, en ce moment ? » déclara tout à coup Aphrodite, bien décidé à profiter de la situation.
Surpris par cette question inattendue, Angelo se figea sur place avant de répondre au curieux :
« Qu'est-ce que c'est que cette question à la con ? Aphro, t'as pété une durite ?
- Pas du tout. Je prends seulement des nouvelles de mes deux meilleurs amis, répliqua le Poissons, sûr de lui.
- Eh ben si tu veux avoir des nouvelles de Shura, t'as qu'à aller lui en demander toi-même. Et quant à moi : je vais aussi bien que je le peux étant donné l'Enfer dans lequel on m'a plongé.
- Arrête un peu, les enfants ne sont pas aussi affreux que ça ! Surtout que j'ai cru comprendre que tu t'en sortais plutôt bien finalement.
- Ouais, il paraît. Mais y'a quand même une gamine qui me donne du fil à retordre. Une tête brûlée qui n'a peur de rien ni de personne, ou en tout cas, certainement pas de moi.
- Et ça contrarie le terrible Masque de Mort, j'imagine ! s'esclaffa Aphrodite sans se retenir de pouffer.
- Vas-y, rigole tant que tu veux ! N'empêche que cette gamine, elle est pas comme les autres !
- Tu lui as demandé quel était son signe astrologique ?
- Nan ! Et qu'est-ce que je pourrais en avoir à cirer ?! C'est pas de connaître son horoscope qui m'aidera à la gérer !
- Va savoir… D'après ce que tu m'en dis, je ne serais pas surpris qu'elle soit Cancer elle aussi.
- Mais bien sûr ! Et tu vas p'têtre me dire que si je cherche bien, je finirai par lui trouver un Cosmos ?
- La vie réserve toujours de drôles de surprises, tu sais. Tiens, regarde Shura, par exemple.
- Quoi Shura ?!
- Ben je sais pas… Tu devrais peut-être aller lui parler ? Depuis le tournoi et son passage au Poséidon, vous ne vous êtes presque pas adressé la parole tous les deux. Alors j'imagine que ça vous ferait du bien de discuter un peu.
- J'essaierai d'y penser ! C'est bon, Aphro, t'as fini avec tes petites recommandations, ou t'as encore autre chose à me suggérer avant d'aller retrouver ton Lézard aux aspirations naturistes ?
- Jaloux !
- T'inquiète donc pas pour moi ! lança Angelo avant de s'asseoir à côté de Marine et d'interrompre la discussion entre Shura et cette dernière d'un puissant « Buona sera, bellissima ! »
Aphrodite ne répondit pas, mais en observant le Cancer s'immiscer dans la conversation de l'Aigle et du Capricorne, il ne put s'empêcher de murmurer entre ses lèvres : « Si, justement, Angelo. Mais crois bien que je ne compte pas te laisser comme ça. »
Et pendant ce temps, un adolescent avait réussi à tromper la vigilance de son maître dont l'attention avait été monopolisée par une inquisition transalpine, pour batifoler entre les tables et glaner quelques gorgées de bière auprès de chevaliers distraits. Enfin jusqu'à ce qu'un Grand Pope furibond ne fît irruption devant lui, en toute discrétion, bien entendu.
« Kiki ! Je peux savoir ce que tu es en train de faire ?! s'exclama Shion en posant les mains sur les hanches afin de marquer sa profonde contrariété.
- Je me promène et je discute, Maître Shion.
- Et que contient ce verre que tu caches derrière ton dos ?
- Du sirop.
- Vraiment ? Fais-moi voir, je te prie ! »
Et Shion de passer un savon mentalement bien corsé à celui qui avait osé braver l'interdit qui lui avait pourtant été clairement formulé : aucune consommation d'alcool. Non parce que déjà que ce fléau faisait des ravages chez les plus âgés de ses ouailles, hors de question que les plus jeunes en fissent les frais eux aussi.
Kiki admit son erreur et se contenta de baisser les yeux sans tenter d'argumenter. Puis il attendit bien sagement que son maître vînt le chercher. Car Shion venait de prier Mû de raccompagner son élève jusqu'à sa tente en veillant à ce qu'il y restât pendant toute la nuit.
Et ce fut donc un Mû profondément contrarié d'avoir fauté dans sa fonction de chaperon que l'on vit quitter la terrasse du Zodiaque ce soir-là. Et un Mû profondément déçu de devoir abandonner son chéri avant leur dernière méditation du soir.
Car Shion s'était montré catégorique : cette nuit, Bouddha devrait se contenter d'une tisane à la camomille pour l'aider à méditer.
Non mais.
A suivre...
Merci pour votre lecture.
Référence pour le titre du chapitre 22 : J't'Emmène Au Vent, Louise Attaque, 1997.
Note :
(1) Référence à la chanson It's My Life, Dr. Alban, 1992.
