Chapitre 17 - Valse
Les Bizarr' Sisters venaient d'entamer leur deuxième morceau et d'autres couples se joignaient aux champions. Hermione suivit Malfoy sur la piste. Une main sur sa taille, l'autre tenant la sienne, Malfoy amorça la valse. Guidés par la musique, leurs pas s'harmonisaient sans effort et elle en oublia Ron, les regards et le lien qui se refermait peu à peu sur eux. Portée par le morceau doux mais entraînant, elle se retrouva à sourire, les yeux brillants.
Lorsque le tempo s'accéléra, elle relâcha Malfoy et tous deux adaptèrent leur danse en riant. Ils enchaînèrent les danses et le visage volé par Dobby en devint presque familier, agréable. Elle devait se rappeler que Draco Malfoy se trouvait derrière. À travers la foule valsante, le regard noir de Ron la transperça.
Draco se pencha vers elle.
— Tu gâches tes sentiments sur la belette.
— Tu dis ça comme s'il me suffisait de décider de changer de cible.
— Exactement.
— Et vers qui estimes-tu que je devrais dévier mes sentiments ? Toi ?
— Ce serait déjà beaucoup plus rationnel.
La mélodie s'arrêta et une nouvelle plus douce, plus lente, s'éleva dans la salle. Les danseurs se rapprochèrent de leurs partenaires. Hermione hésita à rompre la danse, mais elle avait encore des choses à lui dire. Pour éviter le malaise, elle prit les devants et passa les bras autour de ses épaules.
— Parce que tu sortirais avec une Sang-de-Bourbe ? demanda-t-elle d'un ton bas.
Il posa les mains sur sa taille.
— Non, évidemment. Mais que ça ne t'empêche pas de m'aduler. Tu partages tous tes jours avec moi, je veux dire, qui ne développerait pas des sentiments ? Sur ce point, je peux être compréhensif.
Un rire la secoua. La chaleur qui émanait de lui avait quelque chose d'apaisant, tout comme son parfum, mêlé à la lavande de sa tenue de bal. Un moment, elle se perdit dans le slow, à observer les fils brodés de son col, repoussant le moment où elle dirait ce qu'elle tenait à lui dire. Au moins en l'enlaçant, elle n'avait pas à croiser son regard.
— Compréhensif, tu l'as été plusieurs fois quand je ne l'attendais pas, dit-elle enfin. Quand Harry a été sélectionné comme champion, quand Ron agissait comme un parfait idiot… J'ignore comment cette soirée aurait tourné sans toi, mais je doute qu'elle ait pu être mieux, alors je te remercie.
Hagrid et Madame Maxime passèrent tout près, projetant leur ombre immense sur eux. Draco répondit d'un ton neutre :
— Bien sûr qu'elle n'aurait pas pu être mieux, tu la passes avec moi. Et ce n'est pas la peine de me remercier, je l'ai fait pour moi. Quand tu n'es pas bien, c'est moi qui subis.
La musique prit fin et il la relâcha aussitôt, désignant Ron du menton. Padma venait de se lever et de le laisser seul avec Harry dont la cavalière était partie, elle aussi.
— Je ne crois pas que ce que nous avons fait n'a eu aucun effet, au contraire. Si tu as une carte à jouer, c'est maintenant.
Soudain nerveuse, Hermione acquiesça et approcha d'eux, cachant ses mains dans les volants de la jupe.
— C'était qui ? demanda aussitôt Ron.
— Il te l'a dit, c'est un élève de Beauxbâtons.
— Forcément, répliqua-t-il avec dédain.
Lavée de toute envie de s'assoir avec lui, Hermione se tint debout.
— Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ?
— À ton avis, pourquoi il t'a invitée ?
— À tout hasard, pour passer du temps avec moi ?
— C'est ça oui. Et Krum aussi voulait passer du temps avec toi. Ça n'a rien à voir avec le fait que tu es l'amie de Harry. Tu ne vois pas que tu te fais embobiner par l'ennemi ?
Hermione écarquilla les yeux, son sang battant soudain à toute vitesse.
— Je ne parle absolument pas d'Harry avec lui et Harry le sait !
Les élèves adossés aux tables voisines commençaient à se tourner vers eux. Harry se redressa sur sa chaise, mal à l'aise.
— Ron, ça ne me dérange pas qu'elle…
— Reste en dehors de ça, répliqua Ron.
— C'est si improbable pour toi que qui que ce soit s'intéresse à moi ?
— Et comme par hasard, ils sont tous les deux d'une autre école. Tu crois vraiment qu'ils t'auraient invitée si Harry n'était pas un champion ?
Une vague de fureur et de peine balaya tout. En ouvrant la bouche pour répliquer, elle sentit ses lèvres trembler. Elle aspira un peu d'air. Ses yeux commençaient à la brûler, alors elle tourna les talons et quitta la Grande Salle. Elle se réfugia dans la première salle de classe ouverte.
Par la fenêtre, les fées dansaient dans les jardins où ils auraient pu se perdre ensemble. La respiration saccadée, elle s'assit lentement sur une chaise, des larmes roulant sur ses joues.
« Et ce n'est pas comme s'il allait te suivre, cet imbécile. »
Cet imbécile qui était prêt à se sacrifier sur l'échiquier géant, à faire bouclier pour Harry face à Sirius, à tenir tête à Rogue pour elle. Celui qui se moquait tout le temps de son attitude de Je-Sais-Tout mais aussi celui qui l'acceptait le plus. Alors pourquoi se retournait-il contre elle à présent ? Elle serra les dents alors que des taches sombres tombaient sur le doré de sa robe.
Avant que la porte ne s'ouvre, elle sut que Draco se tenait derrière.
— Franchement, Granger, tu te rendrais service en l'oubliant.
— I-Il n'est pas toujours comme ça… Je ne sais p-pas pourquoi il…
— Il est jaloux.
Ses hoquets s'arrêtèrent net ; il ne mentait pas. Elle le sentait.
— Je ne sais pas s'il en a conscience lui-même ou s'il se cherche des excuses comme « elle pactise avec l'ennemi » pour se justifier, mais si tu y retournes maintenant et que tu lui dis que tout ça, c'est parce que tu voulais y aller avec lui, tu l'auras à tes pieds. Et par pitié, ne le fais pas. Il ne le mérite pas.
Elle essuyait ses joues, prise de court par cette nouvelle perspective quand des pas résonnèrent dans le couloir. Toujours sous le Polynectar, Draco se pinça le nez alors que Ron entrait à son tour dans la salle.
« Toi il ne te suit pas, mais moi si. Quelle blague. »
— Qu'est-ce que tu veux ? lança Hermione en reniflant.
Il s'arrêta sur ses yeux rougis et eut la décence de se détourner un instant.
— Tu ne voulais pas me croire. J'ai demandé à un Beauxbâtons si c'était un ami de Fleur, tu sais ce qu'il m'a dit ?
— D'aller t'occuper de tes affaires ? suggéra Draco.
— Qu'il ne t'avait jamais vu avant. Tu parles bien anglais, pour un français, ajouta Ron. Aucun accent, tout ça.
— Il a grandi en Angleterre avant de déménager en France, répondit Hermione d'un ton sec. Tu peux t'en aller, tu en as assez fait comme ça.
Le visage de Ron devint écarlate.
— Il te ment !
« Tu es encore trop gentille avec lui, Granger. »
D'un regard, elle lui intima de se taire et ses yeux remontèrent sur les mèches claires qui tranchaient au milieu du roux, de plus en plus nombreuses. Les traits de l'inconnu redevenaient peu à peu plus fins.
Hermione revint sur Ron en catastrophe, avant qu'il ne se demande pourquoi elle fixait son cavalier.
« Malfoy, le Polynectar. »
S'il sortait le flacon pour boire, Ron se tournerait immanquablement vers lui. Le moindre geste et Ron se tournerait. S'ils attendaient trop, il se tournerait. Et Draco était déjà trop reconnaissable.
— Écoute Ron, lança-t-elle d'une voix tremblante.
Elle se leva, mais que dire ensuite ? Les torches du couloir projetaient un tapis de lumière dans l'encadrement de la porte, laissant la salle dans une semi-pénombre. Pour le moment, cela suffisait à cacher le changement de Draco, mais il se trouvait toujours dans le champ de vision de Ron.
« Déclare-toi, embrasse-le. Fais n'importe quoi mais garde son attention. »
Hermione avança vers Ron, en se décalant à l'opposé de Draco, pour qu'il soit obligé de lui tourner le dos pour la suivre.
— Pour être honnête, j'aurais préféré que ce soit toi qui m'invites.
Cette phrase suffit pour qu'il se détourne complètement de Draco, les yeux ronds.
— Enfin je suppose que je ne suis pas jolie pour ça, je ne le suis déjà pas assez pour être considérée comme une fille.
Le bout de ses oreilles vira au rouge. Derrière lui, Draco avait repris son apparence normale et fouillait les pans de sa cape à la recherche du flacon.
« Où est cette maudite potion ? »
« Dépêche-toi ! »
« À ton avis qu'est-ce que je fais, Granger ? »
— Ce n'est pas ça, bafouilla Ron. C'est juste que tu es… tu es toi alors je n'ai pas pensé… mais ça ne veut pas dire… enfin quoi, c'est évident. Et de toute façon aujourd'hui tu vois bien que tu es… tu vois ?
Draco tira le Polynectar de sa cape. Lentement, très lentement, il en fit pivoter le bouchon.
— J'ai du mal à voir, répondit Hermione.
Son cœur battait, lui asséchant la bouche. Elle s'obligeait à fixer Ron. Celui-ci la fixait en retour, mais ses yeux se décalèrent de quelques centimètres, sur un point dans son dos. Ses sourcils se froncèrent avant que son expression ne se décompose. Horrifiée, Hermione se retourna, sachant déjà ce qu'elle allait trouver. Sachant déjà quelle erreur elle venait de commettre en se plaçant devant les fenêtres.
Dehors, les lueurs des fées ne brillaient pas assez fort pour effacer les reflets des vitres. Et celui de Draco qui venait de déboucher le flacon releva la tête, rencontrant les deux regards qui le fixaient.
Woupsi.
À vendredi pour le prochain chapitre, sobrement intitulé "Lui" .
(Merci Elana pour ton commentaire, contente que l'histoire te plaise toujours !)
