Chapitre 2
Île inconnue, Nouveau Monde.
Tandis que les hommes de la première division avançaient sur le chemin de terre menant à la crique où était amarré le navire, le ciel déjà sombre et nuageux venait d'éclater dans un bruit assourdissant faisant sursauter la plupart des hommes présents. Le phénix leva la tête vers les nuages et se figea de stupeur. En effet au dessus d'eux, une balafre d'un noir profond déchirait une partie du ciel. Un vent violent se leva, faisant voler brindilles, feuilles et neige dans tous les sens. De mini tourbillons virevoltaient autour des pirates les obligeant à couvrir leurs visages pour ne pas suffoquer. Reprenant ses esprits, Marco invita ses hommes à rentrer le plus rapidement possible au bateau. Tout en s'assurant que personne n'était à la traîne, le commandant s'empara de l'escargophone dans sa poche et contacta son capitaine. Ils avaient beau être dans le Nouveau Monde il trouvait très étrange qu'une tempête éclate comme ça sur une île et qu'un trou noir apparaisse soudainement au dessus de leurs têtes. Il n'eut pas à attendre longtemps avant que Barbe Blanche ne décroche.
- Capitaine, le salua-t-il.
- Marco où es-tu ?
- Nous sommes presque arrivé à la crique où le navire mouille.
- Parfait ne tardez pas, cette tempête n'est pas naturelle, encore moins ce gouffre qu'on peut apercevoir entre les nuages. J'ai un mauvais pressentiment, hâtez-vous.
Le capitaine raccrocha laissant le phénix plongé dans ses pensées. Lui aussi avait un mauvais pressentiment qui le tenait aux tripes, l'atmosphère était électrique et le grondement sourd s'échappant régulièrement du trou noir n'arrangeait en rien la nervosité de ses hommes.
Au bout de dix minutes de marche, les pirates déboulèrent sur une grande plage bordée par la forêt en son centre et des falaises à ses extrémités. Alors que Marco s'apprêtait à sauter sur le pont du navire pour s'entretenir du phénomène étrange avec son père et les autres commandants, un souffle puissant jaillit de la crevasse. Toutes les personnes présentes sur le pont ou sur la plage levèrent les yeux vers la source de la déflagration quand soudain Haruta pointa du doigt quelque chose et s'écria :
- À tribord, quelque chose vient de jaillir du trou noir !
Les pirates présents sur le pont se précipitèrent le long du bastingage pour mieux voir l'objet en question. Les yeux étaient rivés sur la forme tombant à toute vitesse vers eux. Barbe Blanche hurla à ses hommes restés sur la plage de remonter au plus vite. Tous s'empressèrent d'obéir, Marco fût le dernier à poser le pied sur le bois du navire.
Plus la masse s'approchait plus les pirates se rendaient compte de la taille de l'objet qui s'avéra être une sorte d'oiseau gigantesque aux reflets verts sombres. Alors que la créature n'était plus qu'à une cinquantaine de mètres de la plage, il ouvrit les yeux et son regard d'or accrocha brièvement celui de Marco. Celui-ci en eu un frisson, dans son regard profond on pouvait deviner une grande intelligence. Il jeta un coup d'œil à son capitaine qui malgré son corps tendu et prêt à réagir, restait immobile attendant la suite des évènements.
Alors qu'il allait s'écraser, l'étrange oiseau se retourna et dans un rugissement terrifiant ouvrit ses ailes d'un coup sec. Son corps s'immobilisa à vingt mètres du sol et il descendit vers le sable en cercles lents maintenant de sa patte avant, le long de son poitrail puissant, une forme humaine qui paraissait minuscule.
Satch accroupi sur la rambarde du navire pointa du doigt la silhouette d'un humain entre les griffes acérées du monstre :
- Hey, regardez ! Un humain ! La bête tient un homme dans sa patte.
Des cris d'exclamation lui répondirent. Mais le capitaine et Marco ne semblaient pas les entendre. En effet tous deux avaient le regard rivé dans celui d'or de la créature. Celle-ci venait de se poser avec grâce sur la plage non loin du navire fixant toujours de ses yeux ceux du capitaine et de son second. Un grondement sauvage s'échappa de sa gueule où une flamme dansait. Soudain une voix grave et pleine de sagesse explosa dans leurs cerveaux respectifs. Capitaine et second échangèrent un regard surpris avant de se concentrer sur la bête, celle-ci leur parlait directement dans leur esprit.
- "Humains, vous me semblez assez puissant même si votre magie m'est inconnue. Je vous en prie sauvez ma dragonnière, elle ne survivra pas sans aide. Je ne vous ferai pas le moindre mal."
Les trois restèrent statiques une longue minute avant que Barbe Blanche hoche imperceptiblement la tête pour montrer son accord. Ensuite il se retourna vers Marco et lui souffla :
- Prend deux hommes avec toi et descend chercher la femme, je sens qu'on peut lui faire confiance. Mais restes tout de même prudent. Dit-il tout en se redressant. Il faisait désormais face à son équipage et s'exprima clairement :
- N'ayez crainte mes fils, je pense que cette étrange bête ne nous veut aucun mal. Elle ne désire que notre aide pour soigner sa maîtresse.
Marco enchaîna en appelant deux hommes pour lui donner un coup de main:
- Izou, Satch vous me suivez, en avant !
L'équipage de Barbe Blanche n'était quand même pas apaisé pour autant. Des murmures et sifflements fusaient de toute part :
- Une femme ? C'est une femme que tient cette bête !?
- Comment père peut-il savoir que ce monstre n'est pas dangereux ? Si cette créature s'en prend à nos commandants on fonce les gars !
- Moi je la trouve majestueuse avec ses reflets vert émeraude, on dirait les lézards d'eau de mon île natale mais bien plus gros et volant.
- Chut taisez-vous, le monstre bouge !
Le capitaine entendait bien les murmures de ses hommes derrière lui, il comprenait l'incompréhension des pirates. Lui même restait perplexe de sa discussion mentale avec cette redoutable créature. En effet malgré ses paroles rassurantes il se méfiait de la bête. Tout son corps semblait taillé pour la vitesse, ses pattes étaient puissantes, ses griffes et crocs ressemblaient à des lames prêtes à déchiqueter quiconque s'approcherait trop. Quant à son regard doré, il semblait briller d'une lueur d'intelligence mêlé à une étincelle farouche. Oui cette créature était redoutablement magnifique dans la lumière du soleil, qui petit à petit repoussait les nuages et la tempête.
Son regard se détourna pour se poser sur ses trois commandants qui avaient sauté à terre et n'étaient à présent plus qu'à quelques mètres de la bête. Celle-ci avait aussi bougé, elle déposa délicatement son fardeau près d'elle puis s'écroula de tout son long dans un grondement sourd faisant de ce fait légèrement trembler le sol. Son corps était maintenant parcouru de spasmes, ses muscles tremblaient et ses crocs claquaient les uns contre les autres. En se rapprochant encore, Marco se rendit compte que la silhouette à côté de l'étrange oiseau ne faisait qu'à peine la taille de sa patte, attestant de sa grandeur.
Après avoir plongé son regard méfiant dans celui de la créature souffrante qui l'incita d'un grognement à s'approcher, Marco se pencha sur la frêle silhouette, Izou et Satch peu rassurés derrière lui. Il ne voyait pas son visage, dissimulé sous la capuche de son vêtement sale et quelque peu abîmé. Habits très étranges d'ailleurs : ils se composaient d'un drôle de manteau vert d'eau foncé à capuche, fermé avec des boutons dorés du col haut jusqu'aux hanches où il s'évasait en arrière laissant libre les jambes de la femme. Celle-ci portait un pantalon gris sous des cuissardes noires en cuir usé remontant au dessus de ses genoux. Mais le plus étrange dans cet accoutrement était des lames de poignards incurvées reposants dans leurs fourreaux accrochés aux hanches et cuisses de la femme, par des lanières de cuir. D'ailleurs d'autres sangles reposaient sur le bassin de l'inconnue. Marco compris leur usage quand son regard se leva vers le dos de la bête où reposait une sorte de selle. Il ouvrit de grands yeux étonnés et intrigués sur la silhouette inconsciente, un murmure s'échappa de sa bouche :
- Elle chevauche cette créature, c'est sa monture.
- Quoi ?! Mais c'est qui cette meuf pour grimper sur un truc pareil ?
Satch se cacha après sa tirade derrière Izou en sentant le regard lourd de la bête. Le phénix poussa un soupir et s'agenouilla près de l'inconnue tout en surveillant du coin de l'œil la créature. Alors qu'il repoussait avec curiosité la capuche de la femme, celle-ci se redressa plaquant en une fraction de seconde l'un de ses poignards sous la gorge du commandant de la première flotte. Il y eut un moment de flottement tendu, tout le monde retenant son souffle. Marco se figea face au regard ambre et profond de la jeune femme. Car c'était une jeune femme, pas de doute pour Izou, Satch et le phénix.
Le commandant de la première division semblait électrifié par le regard de l'inconnue. Il était ambre avec de petits éclats dorés, rehaussé de long cils bruns. Des sourcils bien dessinés lui donnait un air farouche et sauvage. Un nez aquilin, fin, faisait ressortir ses pomettes hautes. Quant à ses lèvres, celle-ci étaient rouges carmines et lui faisant une bouche fine mais légèrement pulpeuse. Son visage était séduisant, il fallait le reconnaître, surtout avec ses cheveux bruns tressés en une natte rabattue sur son épaule gauche.
Le phénix s'ébroua, chassant ses pensées de son esprit. Il lui fit un timide sourire, la déstabilisant. La jeune femme semblait perdue dans le vague, son regard passait du poignard, au visage de Marco puis à Izou et Satch pour finir sur le capitaine et son équipage. Elle sembla se détendre face au visage serein et non menaçant du phénix et abaissa la lame qu'elle tenait fermement. Soudain son visage se crispa de douleur et elle se leva d'un bond se précipitant en titubant vers la créature. Elle cria le nom de la bête devant les regards abasourdis de tous les pirates présents sur le pont du navire :
- Ojutaï ! Tiens bon !
Celui-ci souffla doucement sur son visage mais très vite il se contorsionna sur le sol. Elle se retourna la main crispée sur le cœur face au spectacle de la créature agonisante. D'un pas elle s'était jeté sur Marco et l'empoignait d'une force désespérée par un pan de sa chemise.
- Avez-vous vu une autre personne sortir du portail avant qu'on tombe avec Ojutaï ?
- Euh non, il n'y avait que ta bestiole et toi-même.
C'était Satch qui venait de répondre tellement Marco était surpris. La jeune femme jura:
- Merde, ce connard est tombé ailleurs mais il me faut le pendentif !
Soudain elle s'immobilisa de nouveau et redressa la tête vers Ojutaï.
Tous les pirates retenaient leurs souffles, tendus, en attendant la prochaine réaction de la brune. Malgré sa souffrance, le dragon entendit parfaitement le raisonnement de sa maîtresse. Il se redressa légèrement en grognant de colère:
- "Isaya ! Je t'interdis ce sort, il te coûterait tes dernières forces."
Puis il se radouci en voyant le jeune femme, son visage désespéré où pointait des larmes de désespoir.
- "Tu sais très bien que sans le pendentif je suis condamné et que la vie d'un dragonnier vaut plus que celle d'un dragon. Laisse moi mourir sans attenter à ta vie, s'il te plaît."
La jeune femme se précipita de nouveau vers son dragon et pressa sa tête contre la joue de celui-ci en sanglotant.
- Ojutaï ne me laisse pas seule dans ce monde inconnu, par pitié tiens bon !
Barbe Blanche jusque-là silencieux appela les trois pirates sur la plage:
- Mes fils laissa la faire ses adieux, c'est un moment qui n'appartient qu'à eux seuls.
Il avait compris la bête, pour il ne savait quelle raison, était condamnée. Autant les laisser se dire au revoir dans le calme. Tandis que le pirate se retournait vers ses quartiers une vive lueur apparue derrière lui. C'était la jeune femme.
Ne supportant de voir le souffle de son dragon devenir erratique et ses yeux se fermer, elle concentra le peu de magie qu'il lui restait dans le corps et apposa sa main sur le front d'Ojutaï. Une vive lueur se dégagea de sa paume, elle récita alors un sort simple mais y mis toute son énergie et sa détermination:
- Que la magie qui s'écoule de cet être soit emprisonnée dans cette enveloppe physique.
Elle répéta sa litanie en pleurs. Marco s'était de nouveau approché de la jeune femme quand il vit des marques bleue-vertes apparaître sur son visage et ses mains. Alors qu'un vent violent s'enroulait autour de la bête et de la femme il vit ses cheveux, sourcils et cils passer du brun au blanc éclatant. Tremblante, elle avait de plus en plus de mal à répéter son incantation et devenait pâle comme la mort.
Elle le sentais, son sort lui échappait, ses forces diminuaient et Ojutaï continuait à s'affaiblir, elle n'entendait même plus son esprit. Soudain elle capta dans son dos une énergie bouillonnante, une magie inconnue reposait dans quelqu'un dernière elle. Tout en continuant le sort elle attrapa fébrilement de sa main libre le bras de l'homme blond qu'elle avait menacé auparavant.
Marco tressaillit à son touché et se sentit tout de suite plus faible, il tomba à genoux, la jeune femme lui drainait son énergie. Alors qu'il s'apprêtait à se dégager elle vrilla ses prunelles devenues vertes dans les siennes. Il fut choqué par la détermination et le désespoir que ses yeux envoyaient ce qui le cloua sur place.
Les pirates alertés par la lueur puis leur frère au sol se précipitèrent vers lui quand Barbe Blanche les stoppa, tendu, il sentait que son second n'était pas en danger. Son instinct le lui disait. Il observa alors attentivement les contours de la bête devenir flous, celle-ci rétrécissait à vue d'œil jusqu'à ne plus être qu'une petite chose dans les bras de la jeune femme qui souriait à Marco. Elle était terriblement pâle, seuls ses yeux resplendissaient d'un vert éclatant, les étranges marques disparaissaient petit à petit de son visage. Quand son regard fut de nouveau ambre, elle lâcha le bras du phénix et tous deux s'effondrèrent au sol, inconscients.
Merci à A boy who pass by et 14th allen pour leur reviews, ça fait super plaisir ! Je tâcherai de m'améliorer et de publier le plus souvent possible même si je n'ai pas tout le temps accès à internet.
En attendant à la semaine prochaine !
April
