Hello tout le monde !
Après une longue absence pour cause professionnelle, me revoilà avec un chapitre tout neuf et plus long que les précédents.
Celui-ci est un peu spécial, j'avoue m'être un peu laisser aller. J'espère qu'il vous plaira tout de même et vous fera autant rêver que moi en l'écrivant.
Bisou tout doux
April
Chapitre 7
Quand Isaya ouvrit les yeux, elle put observer les teintes du ciel devenir orangées. Elle était resté inconsciente moins de dix heures. En tous cas elle était épuisée de toute l'énergie qu'elle avait dû consommer. Car oui ce qui alimentait un sort n'était autre que de l'énergie vitale ou tout autre source de magie pure. Tout en se remémorant les événements passés, elle se rendit compte qu'elle aurait très bien pu tuer la totalité des personnes présentes sur le bateau. Se sentant immédiatement coupable elle se jura qu'il lui fallait absolument retrouver les fragments du pendentif le plus tôt possible si elle voulait retrouver, un tant soit peu, l'équilibre nécessaire à l'utilisation de la magie. Dans son état utiliser un sort revenait à se mettre en danger ainsi que ceux autour d'elle. Fatalement elle en conclu qu'elle pourrait perdre la raison ou la vie.
Serrant les bords du lit entre ses poings crispés elle rageait. Oui, il lui fallait faire une croix sur la magie. À partir d'aujourd'hui elle ferait de son mieux pour s'en passer et dès qu'elle serait complètement remise, ce sera entraînements intensifs pour retrouver son habileté au combat au corps à corps. En attendant elle avait des excuses à présenter.
Balançant ses jambes par dessus le lit, elle se redressa prestement mais fut prise d'un vertige et dû se retenir au matelas pour ne pas s'effondrer. Une paire de main se glissa habilement sous ses bras et la fit se rasseoir. Au contact elle ne put réprimer une moue crispée. Le propriétaire des mains l'ayant senti se contracter au toucher, se glissa dans son champ de vision et lui offrit un petit sourire en coin, comme un tic. Il la relâcha doucement.
Isaya reconnu de suite Gil, le médecin de bord. À sa vue elle se détendit imperceptiblement.
- Décidément, j'espère que te réveiller deux fois à l'infirmerie dans la même journée ne va pas devenir une habitude.
Isaya grommela en retour.
- Et bien alors, maux de tête ?
La dragonnière hocha la tête et grimaça car ce geste amplifia sa migraine naissante.
- Je vois, bien douloureux on dirait. Nausées ?
- Non, aucune.
- Bien. Douleur physique, musculaire ?
- Rien de ce style à part des courbatures. Tout va bien à part la douleur de mon crâne. J'ai juste l'impression de m'être fait piétiné par un troupeau de Traols.
Il l'écouta attentivement avant de se diriger vers une armoire où reposaient de nombreux flacons étiquetés. Il s'empara d'un en particulier et en retira une capsule. Il remplit un verre d'eau au robinet dans l'arrière salle et tendit le tout à la jeune femme.
- Tiens ça ira mieux d'ici une quizaine de minutes.
Elle s'empara avec reconnaissance du tout et goba goulûment la capsule. Gil l'observa faire, son tic déformant le coin de sa bouche. Il semblait amusé.
- C'est quoi un Traol ?
Isaya le détailla pour vérifier s'il ne se moquait pas de lui.
- Vous n'en avez pas ici ?
- Des Traols ? Je ne pense pas en tout cas pas à ma connaissance.
- Ce sont des créatures pas plus haute qu'un homme, recouvertes d'une épaisse peau noire. Elles possèdent quatre grandes cornes torsadées ainsi que des crocs tranchants et se déplacent soit sur deux soit quatre pattes. Elles sont très agiles et malheureusement carnivores. Normalement elles ne s'attaquent pas aux hommes mais peuvent décimer des troupeaux entier de bétails. Mais ce sont avant tout les mets favoris des dragons. D'après eux c'est croustillant à l'extérieur et moelleux à l'intérieur. Ojutaï en raffole.
Le médecin était surpris, elle le vit se retourner vers son bureau, attraper un carnet en cuir et griffonner quelques notes. Curieuse elle l'interrogea sur ce qu'il faisait.
- Je prend des notes. Quand tu te sentiras mieux, crois-tu que tu pourras me raconter d'autres choses sur ton monde, surtout sur la médecine là-bas ?
Désarçonnée par la question, Isaya mit plusieurs secondes avant de répondre.
- Bien- bien sûr, avec plaisir, si cela peut t'aider. Après je ne suis pas médecin donc je ne pourrait que te faire part de la base que je possède.
- Pas de problème c'est déjà ça.
Alors qu'un silence s'installait, Gil l'invita à se lever doucement. Lorsqu'elle fut sur ses deux jambes, il lui tendit ses bottes, son manteau et ses dagues. À la vue de ces dernières, Isaya haussa un sourcil interrogateur. Le médecin s'empressa de lui expliquer.
- Le capitaine et les commandants ont décidés de te les rendre. Après ta- disons, démonstration. Ils ont jugés qu'avec ou sans arme tu te débrouillais très bien. Donc autant te les remettre et que tu les utilises si besoin est au lieu de presque exploser sur le pont et m'envoyer une vingtaine de personnes à l'infirmerie.
Honteuse, la dragonnière baissa les yeux vers ses mains crispées sur les lames. Elle leur devait des explications. Mettant de côté ses états d'âme, elle redressa la tête et d'un regard dur demanda à Gil :
- Maintenant que je vais mieux, où est Ojutaï ?
- Ah ah, décidément tu ne perds pas le nord. Il est avec le capitaine et certains des commandants, il a assisté à la réunion te concernant. Apparemment, ses arguments et explications ont fait poids car plus d'uns étaient prêts à te jeter par dessus bord. Je pense que d'autres aussi ont été très surpris à propos à la sagesse dont il pouvait faire preuve.
- C'est normal Ojutaï doit avoir deux bon millier d'années, il a vécu environ quatre vies, il doit en être à sa cinquième.
Isaya vit le visage du médecin se décomposer. Dû au choc il se mit à balbutier :
- Mill- millier d'années ? Que- Hein ! Comment ça ?
- Et bien c'est très simple, avant qu'il ne me soit confié, Ojutaï n'était qu'un dragonneau dans l'œuf et quand un dragon meurt de vieillesse au bout d'à peu près 500 ans, son corps se fossilise mais son cœur se transforme en un œuf où il pourra être réincarné. Ainsi il recommence une boucle mais continue d'emmagasiner des connaissances. En gros les dragons sont immortels à moins de mourir à cause d'une maladie, accident ou d'être tués.
Le médecin semblait estomaqué mais son sourire en coin revint bien vite. Il nota rapidement les informations dans son fameux carnet.
- Je comprends mieux maintenant l'aura de sagesse qui s'échappe de lui. Quand les autres vont le savoir je pense qu'ils seront surpris et jugeront peut-être enfin ton dragon à sa juste valeur.
Isaya sourit légèrement à sa tirade. En effet ça remettait en place de savoir qu'une créature volante pouvait être bien plus intelligente et sage que la quasi totalité des personnes présentes sur ce navire.
Perdue dans ses réflexions redevenues moroses elle n'entendit pas le commandant de la première flotte entrer dans la pièce. Ce fut que lorsque Gil le salua qu'elle se rendit compte de sa présence. De nouveau honteuse et gênée elle baissa le regard et marmonna des excuses. S'attendant à de fortes réprimandes elle sursauta quand le phénix pouffa. Perdue, elle releva la tête et le visage d'habitude neutre de Marco, se fendit dans un sourire.
- Tu n'as pas à t'excuser même si j'aurais aimé que tu laisses en paix cet équipage lorsque tu pètes un câble. Après ça peut devenir un atout pour notre flotte.
La jeune femme était confuse et ne savait trop qu'elle attitude tenir. Alors qu'elle s'apprêtait à s'excuser à nouveau par réflexe, il lui coupa l'herbe sous le pied et l'invita à le suivre sur le pont. Désireuse de sa rattraper elle s'empressa donc d'enfiler ses bottes et de replacer ses lames dans leurs fourreaux. Elle ne prit pas son manteau car les températures lui semblaient clémentes. Une fois qu'elle fut prête, Marco prit les devants et sortit de l'infirmerie en saluant le médecin au passage.
Tout en suivant le phénix, Isaya ne put s'empêcher de l'observer du coin de l'œil. Cet homme était étrange de part son visage quasiment toujours neutre mais surtout sa coupe de cheveux pour le moins drôle. Son corps musclé par des heures d'entraînement dégageait une aura de force et de puissance contenue. Oui, Isaya le sentait, cet homme pourrait l'aider pour remettre à niveau ses capacités au corps à corps.
La coupant dans ses réflexions, une porte s'ouvrit et une lueur orangée s'en dégagea ainsi que des embruns salés. Elle reconnu la porte qui menait à l'extérieur. Le phénix s'y engouffra, la jeune femme à sa suite. Ils débouchèrent ainsi sur le large pont où de nombreux pirates vaquaient à leurs occupations en ce début de soirée. Certains s'entraînaient au combat, encouragés par leur camarades. D'autres buvaient tranquillement installés tout en conversant avec leur voisin. Elle aperçut même un petit groupe jouant aux dés, cartes et plus loin, deux s'affrontant aux échecs. Il y régnait une ambiance conviviale et détendue.
Mais à peine était-elle sur le pont que l'atmosphère devint froide et distante. Tous s'arrêtèrent dans leurs activités pour lorgner dans sa direction. Elle comprit qu'ils la jaugeaient, en gros ce n'était qu'un test pour savoir s'ils pouvaient lui faire confiance après sa scène de crise.
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Marco la fixait avec attention. Est-ce que l'équipage l'accepterait malgré les événements de la matinée ? Elle devait se débrouiller seule sur ce coup là. Le visage d'abord presque ravi de la jeune femme se ferma quand tous cessèrent de parler, ses sourcils se froncèrent puis son regard s'illumina. Ça y est elle avait compris que son attitude serait décisive sur la façon dont tous les pirates la traiteraient.
Elle se retourna et lui lança un regard interrogateur, quémandant respectueusement sa permission. Curieux de comment elle réglerait la situation, le visage toujours neutre, il lui indiqua les hommes présents d'un coup de menton. Elle se dirigea d'un pas assuré vers eux, même si le phénix pouvait voir sa gêne et s'inclina profondément quelques secondes. Quand elle se redressa son regard se voulait rassurant et pacifique.
- Je souhaitais m'excuser pour mon comportement irrationnel de ce matin. Mon pouvoir m'a échappé mais ça ne se reproduira plus. Je m'excuse donc sincèrement si j'ai pu blesser certains d'entre vous.
Un silence entendu lui répondit, certains se décrispaient déjà mais d'autres restaient méfiants. Alors qu'un silence de plomb planait sur le pont, elle reprit la parole tout en jetant un coup d'œil aux différents commandants, au capitaine et Ojutaï, derrières un groupe d'hommes.
- Je me nomme Isaya Bengali et avec Ojutaï, je viens d'un monde parallèle où les coutumes sont très différentes d'ici. Ainsi j'aurais besoin de votre aide pour m'aiguiller sur les règles et la manière de se conduire ici. N'hésitez donc pas à me remettre dans le droit chemin si je dévies de celui-ci, je vous en serez reconnaissante.
Elle leur offrit son plus beau sourire pacifique et rajouta :
- J'aimerais en apprendre le plus possible sur ce monde et vous-même si vous y consentez bien sûr.
Marco sut qu'elle avait réussi quand les hommes sur le pont lui jetèrent des regards quelque peu attendris et bienveillants. Il laissa donc un léger rire incontrôlé s'échapper de ses lèvres. Elle avait réussi, cette femme était très maligne. En usant de son minois et de son côté innocent et perdu elle avait réussi à amadouer les pirates de Barbe Blanche même si ces brutes aux grands cœurs lui facilitaient la tâche.
Sentant que certains, se rapprochant, avaient très envie de parler avec la demoiselle pour faire plus ample connaissance, il croisa les bras et appela d'une voix forte Satch.
Celui-ci s'éloigna de leur père et prit un air sévère tout en se planta devant Isaya. La jeune femme ne semblait pas comprendre ce qui se passait d'ailleurs. Le commandant de la quatrième appela donc les coupables de la crise matinale de la dragonnière :
- Watson ! Gabriel !
{-}
Isaya ne comprenait pas ce qu'il se passait, il lui semblait avoir réussi à détendre l'atmosphère alors pourquoi Satch et Marco attendaient les bras croisés et l'air sévère ?
Quand deux hommes se ressemblants comme deux gouttes d'eaux, se détachèrent de la masse pour s'avancer penauds, elle comprit rapidement pourquoi. Satch leur rappela leur faute :
- Vous êtes fautifs d'avoir enfermé le dragon d'Isaya et déclenché sa crise qui aurait pu blesser voire tuer certains de vos camarades. Qu'avez-vous donc à répondre ?
Les deux fautif ne devaient pas avoir plus de 25 ans, ils redressèrent leurs têtes aux cheveux bruns en bataille et plongèrent leurs yeux noisettes pleins de larmes de remords dans ceux ambre d'Isaya. Ils se penchèrent sur elle pour se mettre à sa taille car ils devaient au moins faire 2 têtes de plus qu'elle. L'un des deux lui agrippa brusquement la main la faisant reculer d'un pas la rendant mal à l'aise.
- On est vraiment désolé pour ce matin, on ne voulait pas causer de mal, ni à toi, ni au lézard et encore moins à nos camarades.
L'autre renchérit sur les paroles de son frère jumeau :
- Oui, on s'excuse tu sais, on ne pensait pas à mal. C'est juste que ton dragon était vraiment beau et on voulait le montrer aux autres membres de la division pour qu'ils se rendent compte à quel point il ressemble aux dessins que j'ai fait des lézards d'eau de notre île natale.
Après leurs excuses, Isaya se sentait épiée. En effet tous attendaient de voir sa réaction. Elle se racla discrètement la gorge.
- Je vous pardonne car je pense être tout autant coupable mais je pense que c'est plus à Ojutaï qu'il faut présenter vos excuses.
Face aux regards perdus des deux compères, le capitaine du navire explosa de rire. Alors qu'il se remettait de son hilarité il jeta un regard au dragon présent à ses côtés et intima à ses subordonnés d'approcher. Ce qu'ils firent hâtivement ne comprenant pas pourquoi ils devaient s'excuser auprès d'un animal. Alors que leur capitaine leur expliquait que -l'animal- comme ils disaient était doué d'une intelligence hors du commun et qu'ils n'étaient que des enfants comparé à la créature, de nombreux pirates s'approchaient de la dragonnière voulant faire sa connaissance.
Une pluie de question fusait de toutes parts, laissant une Isaya abasourdie et quelque peu suffocante d'un tel intérêt soudain.
- Dis, ton pays ressemble à quoi ?
- C'est sur une île ?
- Tu as un petit copain ?
- Tous les habitants chevauchent des créatures volantes ?
- Tu as quel âge ?
- Vous avez aussi d'immenses océans ?
Alors qu'elle ne savait où donner de la tête, Satch et Izou volèrent à son secours. Le commandant de la quatrième division prenait son nouveau rôle de protecteur très à cœur car il créa un périmètre de sécurité pour la laisser respirer. Elle s'éloigna donc avec reconnaissance, du centre du pont pour s'accouder au bastingage, Izou la rejoint. Voyant son regard se perdre dans l'immensité de l'eau reflétant l'orbe ambré qu'était le soleil couchant, il lui dit :
- Magnifique n'est-ce pas ? C'est notre quotidien, voguer sur ces infinités d'eau. C'est ce pourquoi on est en vie.
La jeune femme aux cheveux blancs sourit tendrement puis tiqua.
- Infinité d'eau ? Nous ne sommes pas sur un immense lac ?
Izou fronça les sourcils, perturbé.
- Bah non pourquoi ? On est sur l'océan, une étendue d'eau salée immense où reposent disséminées des îles plus ou moins grandes.
- L'océan ?
Face à sa mine perdue, le commandant lui demanda :
- Tu n'as pas d'océan dans ton monde ?
- Non pas du tout, en tout cas pas dans mon royaume, on a bien quelques lacs dont un immense. Quand on est sur ses berges on ne peut voir l'autre rive. Une fois avec Ojutaï on a voulut en faire le tour, ça nous a pris un bon mois et encore c'était en volant.
L'homme maquillé explosa de rire sous le regard curieux d'Isaya. Alors qu'il s'essuyait les yeux avec son kimono, il souffla pour se calmer et déclara bien fort pour que tous puissent l'entendre :
- Bienvenue sur le navire des pirates de Barbe Blanche dans ce monde qui va te paraître, je peux te le promettre, plein de surprises et de mystères !
Toutes les personnes présentes sur le pont s'esclaffèrent joyeusement. Certains rentrèrent dans le navire pour aller chercher de quoi faire la fête. Ils avaient encore trouvé une raison de s'enivrer. En à peine quelques minutes, de nombreux mets plus alléchants les uns que les autres étaient déposés sur des tables basses, des tapis et coussins étaient disposés à droite à gauche et une quantité impressionnante d'alcool fut ramenée. Izou la laissa dans sa contemplation du soleil couchant, méditant sur les paroles du pirate se disant que ces hommes étaient bien insouciants.
En se retournant vers l'équipage, la jeune femme ne pu s'empêcher de pouffer dans sa main, ces personnes étaient vraiment étranges, cela ne faisait que deux jours qu'elle était là mais ils lui faisaient déjà presque confiance. C'est sûr que dans son monde les gens étaient devenus méfiants à causes des nombreuses guerres passées qui avaient ravagées le pays. À ce souvenir, elle caressa son flanc droit où reposait une sombre balafre encore douloureuse, résultat de son rôle de gardienne. Elle eut soudainement le besoin de serrer Ojutaï dans ses bras. Repérant le petit dragon près du capitaine, elle allongea le pas et ouvrit ses bras, la créature comprit tout de suite et se lova d'un petit bond dans son cou.
La scène n'était pas passé inaperçue, Barbe Blanche, Marco et les deux jumeaux sourirent tendrement jusqu'à ce que Gabriel se moque ouvertement de la femme aux cheveux blancs :
- Eh bien, on dirait une mère poule, laisses le lézard respirer !
Isaya lui jeta un regard noir et un grondement s'échappa de sa gorge. Marco calma le jeu en posant une main sur l'épaule d'Isaya qui se calma instantanément.
- Pas une mère poule mais une protectrice qui je pense n'hésiterait pas à te sauter à la gorge si tu la taquines trop à propos du dragon.
- «Ne t'inquiète pas Isaya, quand je reprendrais ma taille initiale je leur réserverais une petite frayeur. »
Le petit dragon échangea un coup d'œil avec sa maîtresse puis déposa un regard menaçant sur les jumeaux tout en faisant tinter ses griffes les unes contre les autres.
Les deux pirates glapirent et c'est sans demander leur reste qu'ils déguerpirent commencer la semaine de corvées qui leur servait de punition pour le chaos du matin.
Les deux démons éloignés, Isaya se détendit puis se retourna vers l'homme imposant assis nonchalamment sur le pont, couvant d'un regard tendre et amusé son équipage.
- Je vous remercie du fond du cœur de ne pas tenir vigueur de mon comportement ce matin et merci pour l'accueil.
Le géant la couva d'un regard étonnamment bienveillant ce qui la surprit encore.
- Il n'y a pas d'inquiétude à avoir, tu es ici la bienvenue le temps que tu t'acclimates et que tu trouves un moyen de rentrer chez toi. En attendant j'espère que tu comptes nous raconter ton histoire ou au moins éclairer les curieux à propos de ton monde.
La jeune femme aux cheveux blancs sourit devant la propre curiosité du capitaine qu'il tentait de masquer derrière son équipage, elle avait elle aussi beaucoup de questions à poser à propos de ce monde.
Satch l'attrapa par le coude, la faisant grimacer mais ne lui laissant pas le temps de répondre et la tira vers le centre du navire et plus précisément vers les plats alléchants. Après quelques mètres, il l'invita à s'asseoir sur un coussin confortable et lui tendit une assiette pleine de différents mets qui sentaient tous très bon. D'autres commandants dont Vista, Haruta et Izou, s'approchèrent d'elle ainsi que quelques membres de différentes divisions. Certains rigolaient de sa réaction de dégoût face à des tentacules de calamars frits. Isaya ne savait où donner de la tête, tant de chose surprenantes et inconnues se déroulaient sous ses yeux. Ses sens étaient sur-stimulés par toutes ces nouveautés. Trois hommes étaient soudainement montés sur une des tables et commencèrent à jouer de leurs instruments de musique, les pirates aux alentours reprirent le refrain en cœur, connaissant la chanson. Elle se surprit à fredonner l'air entêtant et entraînant sous l'œil bienveillant et soulagé d'Ojutaï.
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Repue, Isaya se pencha en arrière tout en laissa un rire cristallin s'échapper de sa bouche, le premier depuis son arrivée. Satch et Izou se mirent à sourire à ce son, ils avaient réussi leur mission : la mettre à l'aise et la dérider. Marco, assis plus loin entendit aussi son rire enfantin et amusé. Il fronça les sourcils quand il se rendit compte que la plupart des pirates présents sur le pont la regardait et certains faisaient des pitreries juste pour l'amuser, ravis de sa réaction. Ils s'étaient vite remis de la peur qu'elle leur avait causé le matin même. En même temps il était très rare qu'une femme monte à bord alors en accueillir une pour une durée indéterminée était un événement quasi inexistant. Il soupira quand Curiel se mit torse nu pour faire un bras de fer avec Joz, juste pour impressionner la demoiselle.
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À présent Isaya riait aux éclats parmi les hommes de plus en plus souls et dansant n'importe comment. Elle se sentait enfin bien et remerciait le hasard de l'avoir fait atterrir chez ces personnes attachantes et drôles. Cela faisait des années qu'elle n'avait pas fait la fête comme ça, ni côtoyer autant de personnes, son rôle plutôt solitaire et nomade de gardienne ne lui permettait pas. Elle relâchait enfin la pression accumulée.
Perdue dans ses pensées à nouveau quelque peu mélancoliques, elle ne vit pas le sourire espiègle qu'échangèrent Satch et Izou. Deux choppes en main, le commandant de la quatrième division se pencha vers la jeune femme. Il lui offrit son plus beau sourire et tendit l'une des choppes dans sa direction. Celle-ci s'en empara, intriguée, tout en demandant de quel breuvage il s'agissait. Izou lui expliqua que c'était de l'alcool, du rhum pour être plus précis et que pour qu'elle soit totalement intégrée à l'équipage, il fallait qu'elle trinque avec eux puis boive tout le contenu du récipient.
Souriante, Isaya leur rétorqua qu'elle savait ce qu'était de l'alcool mais que dans son monde peu de personnes de sa caste en consommaient et qu'ils n'avaient pas de rhum. Hésitante elle porta la choppe à son nez sous l'œil désapprobateur d'Ojutaï.
- « Isaya, tu n'es pas sensée boire. Ton statut ne te le permet pas. »
-Grisée par tous ses sens mis en éveil par ces découvertes et nouveautés elle lui rétorqua :
- Je ne suis plus à Erevan, j'ai bien le droit de m'amuser un peu et puis il serait indécent que je refuse de trinquer avec eux alors qu'ils veulent juste m'intégrer à l'équipage !
Le petit dragon grogna mais ne l'en empêcha pas.
- « Rappelles-toi juste que je t'aurais prévenu. N'en abuses pas. »
Après avoir humé le breuvage, elle trempa ses lèvres et le bout de sa langue pour goûter. Tout de suite ses lèvres se réchauffèrent et un arrière goût à la fois amer et sucré resta sur le bout de sa langue. Izou et Satch la regardaient faire, attentifs à sa réaction. Elle releva la tête dans leur direction et hocha la tête positivement, elle aimait bien. Tout sourire les deux commandants cognèrent leurs choppes contre la sienne et s'exclamèrent :
- Santé !
Elle reprit avec eux et trinqua avec les pirates proches d'elle puis avala une grosse lampée qui lui fit une sensation de chaleur plutôt agréable dans sa gorge. Elle ingurgita le contenu du récipient en quelques minutes à peine sous les encouragements incessants des pirates. Puis se fit resservir par Curiel qui était déjà bien attaqué. Rapidement le rouge lui monta aux joues et une douce chaleur s'installa dans tout son corps lui procurant un sentiment d'euphorie et de bien être qu'elle découvrait. Après un léger vertige, la dragonnière décida de s'allonger sur le dos pour observer les étoiles tanguer légèrement.
Satch la saisit par le bras et la redressa subitement.
- Ah non ! Ne t'endors pas, on a tellement de question à te poser ! Pas vrai les gars ?
À son exclamation, les pirates plus éloignés s'approchèrent, intrigués. Fier de l'attention qu'on lui portait le commandant de la quatrième bomba le torse et redressa un tonneau pour y faire s'asseoir la jeune femme qui ne comprenait rien à ce qui se passait.
- Écoutez tous ! Isaya va nous raconter comment est son monde !
La concernée rougit de gêne face à tous ces regards inquisiteurs posés sur sa personne. Un silence pesant s'installa jusqu'à ce qu'Izou, prenant pitié d'elle, lui demande :
- À quoi ressemble ton monde ? Tu m'as dit qu'il n'y avait pas d'océans.
Un murmure parcourut la masse grouillante de pirates assis à même le sol. Pour eux il était inconcevable qu'il n'y est pas d'océans sur lesquels naviguer. Même Barbe Blanche discutant avec le phénix, haussa un sourcil, intrigué.
La jeune femme se sentant un peu plus à l'aise, sûrement grâce à l'alcool et laissant tomber ses dernières barrières. Elle entama d'une voix -au début timide puis sûre d'elle- son récit :
- Non en effet il n'y a pas ce que vous appelez des océans dans mon royaume.
Un murmure parcourut l'assemblée. Plutôt contente de son entrée elle continua :
- Mon pays est très vaste et en effet sans océans. Il s'appelle Erevan et est composé en partie d'immenses plaines à perte de vue. De nombreux agriculteurs s'y installent pour la terre qui y est très riche. On y trouve aussi des éleveurs car les plaines là-bas sont assez immenses pour nourrir tous les troupeaux du royaume. Les éleveurs y vivant sont réputés pour leurs chevaux plus rapides que le vent et ils portent des plumes dans leurs cheveux pour capturer les esprits du vent afin de conférer vitesse et force à leurs montures et presque voler aux dessus des plaines lors des courses annuelles du royaume. Ce sont vraiment d'excellents cavaliers téméraires.
La jeune femme se rengorgea en passant son regard sur l'assemblée buvant ses paroles. Le métier de conteur avait été celui de son père et c'est donc avec fierté qu'elle continua son récit :
- Le long des plaines se trouvent d'immenses forêts denses essentiellement de conifères. Celles-ci son plutôt dangereuses et sombres, des patrouilles y vont régulièrement pour prévenir les attaques de bêtes sauvages ou d'êtres maléfiques, sur le peuple dans les plaines. Il y a aussi quelques des forêts tempérées et même une forêt où pousse uniquement de gigantesques chênes. Des êtres en communion avec la nature y vivent, ils ne sont pas agressifs envers les humains sauf si on s'en prend à l'un des leurs ou à leur habitat. Je n'en ai rencontré que deux fois, ils sont très discrets et secrets.
Isaya reprit son souffle et sirota une gorgée de rhum faisant s'impatienter certains. Elle s'éclaircit la voix et reprit :
- Tout autour du royaume il y a de hautes chaînes de montagnes délimitant les frontières. Dont certains pics restent enneigés toute l'année. Un peuple très résistant et quasiment insensible au froid y vit. Ils montent des sortes des bouquetins aussi hauts que des chevaux pour se déplacer sur les pans escarpés et gelés de la montagne afin d'aller de citadelles en citadelles. Ce sont les sentinelles d'Erevan car si une attaque d'un royaume voisin doit avoir lieu, ils seront obligés de passer par les montagnes. Ce sont de très bons combattants et les meilleurs forgerons du royaume, mes lames viennent de là-bas. Leur acier résiste à tout, certaines épées peuvent même contrer le feu des dragons !
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Au fur et à mesure qu'elle racontait la topographie du royaume, les yeux de la dragonnière devinrent émeraudes car elle projetait inconsciemment de la magie dans ses paroles et des images miniatures fantasmagoriques s'animaient au dessus de sa tête puis englobant le pont. Les pirates sifflèrent d'émerveillement face aux petits cavaliers se livrant à des joutes équestres voletant dans l'air. Puis des mélodies jouées par des êtres aux corps allongés se firent entendre parmi le bruissement de feuilles et craquement de branches. Soudain ils firent places au fracas des lames dans des tourbillons de flocons, des hommes se livrant bataille sur des flancs de montagne abruptes progressaient à dos de bouquetins géants jusqu'à d'immenses citadelles de pierres.
Edward Newgate rigola doucement quand une sentinelle des montagnes le menaça de sa pique avant de disparaître dans un nuage de neige. En passant sa main là où se trouvait le curieux personnage, le capitaine sentit la morsure du froid. Fasciné, il se concentra à nouveau sur les descriptions incroyables de la jeune femme qui par sa voix faisait vivre son récit.
- Le royaume est constellé d'étendues d'eau plus ou moins grandes et alimentées par les glaciers. La plus imposante est le lac Ouriant, quand on est sur son bord on ne voit pas la rive d'en face. Et c'est sur ces abords, posé sur un pic rocheux que repose Arakum, la capitale d'Erevan. Une bonne partie a été construite en cristal coloré, donnant différentes teintes selon la lumière du soleil. Une famille royale dirige la cité avec l'aide des Anciens, ce sont les sages qui aident à maintenir l'Équilibre entre les différents peuples du royaume. Ils régulent aussi la magie de façon à ce que personne ne prenne le pouvoir sur un autre grâce à sa magie. Pour cela ils font appel aux dragonniers. Là est mon rôle : parcourir le royaume afin de surveiller que l'Équilibre soit respecté et abattre les potentiels ennemis à la nation. Je suis l'une des gardiens d'Erevan.
Marco eut le souffle coupé devant la projection de la majestueuse cité qui semblait faite de glace et de miroirs. D'immense tours s'élevaient fièrement vers le ciel à des hauteurs vertigineuses. Des ponts fins et gracieux les reliaient entre elles. De nombreuses fontaines jonchaient la ville le long des rues pavées serpentant entre les édifices délicats. Sur plusieurs niveaux, tout dans cette ville n'était que poésie et prouesse architecturale où s'y mêlait pierre, marbre et cristal, y comprit le palais splendide trônant au centre de la cité, en hauteur et surplombant le tout.
- Vous devriez voir quand la nuit s'installe, les tours prennent des couleurs violines et reflètent les étoiles. C'est un spectacle à couper le souffle, avec Ojutaï on avait pris l'habitude de survoler la ville à cette heure propice à la féerie.
- On le voit, on le voit, souffla Vista.
Lui aussi était émerveillé par ce qu'il voyait. Une cité de cristal dans les tons violets, brillant de mille lumières blanches vue du haut, défilait en cercles lents devant ses yeux.
Alors qu'Isaya se penchait dans ses souvenirs d'Arakum, un pirate lui demanda :
- Comment es-tu devenue gardienne ?
La question sembla enthousiasmer nombre de ses camarades mais moins la jeune femme. En effet alors qu'elle bafouillait qu'elle était fatiguée et préférerait se coucher. Plusieurs pirates insistèrent fortement. Elle commença donc à raconter sans grande envie, un frisson dans la voix et bien trop alcoolisée pour s'arrêter.
- Les sages d'Arakum choisissent toujours des orphelins pour être gardien dragonnier. Comme ça ils n'ont aucune faiblesse, aucun moyen de pression. Pour moi c'est simple, je vivais à la citadelle du nord quand on s'est soudainement fait attaqué par un royaume voisin au milieu de la nuit. Ils avaient bouché les issues et mis le feu. Simple, efficace et lâche...
Entraînée dans son récit d'où la magie s'écoulait de plus en plus fort, montrant des images de plus en plus dures de chaos et de mort, Isaya ne pouvait plus s'interrompre revivant la scène traumatisante de son enfance. Des sons commencèrent alors à se faire attendre, des odeurs aussi, ce qui fut le pire...
Elle bafouilla alors:
- Le feu- le feu était partout. Mes sœurs ne pouvaient plus respirer et-
Laissant sa phrase en suspens, la femme aux cheveux blancs se plia en deux et gémit en laissant ses souvenirs profondéments enfouis refaire surface.
Satch leva les yeux horrifié par l'image de flammes immenses rongeant la pierre, armures, mobilier, tout ce qui se trouvait sur leur chemin. Des cris fusèrent de part et d'autres du navire. Certains de peur, d'autres de souffrance. Un appel résonna puissamment :
- « Isaya ! Isaya ! Tends moi ta main, vite, fais confiance en maman, tout ira bien. »
La minute suivante, les pirates tétanisés, entendirent un horrible craquement puis l'odeur de la chair brûlée. Et enfin ils le virent, un corps carbonisé, tendant la main vers une petite fille où l'horreur se lisait dans ses yeux ambres. Alors que la chaleur devenait suffocante pour les pirates, Isaya se recroquevilla sur elle-même clairement bloquée dans le passé.
Ojutaï se précipita alors vers le capitaine du navire et l'avertit qu'il fallait arrêter et vite ! Edward Newgate leva donc sa lance et d'un simple coup sur le pont balaya la scène et les illusions. Il ordonna à Izou de raccompagner Isaya dans la chambre collée à l'infirmerie et à Marco de faire débarrasser le pont. Il gronda pour son équipage :
- La fête est finie, il est tard mes fils, allez vous coucher.
Tous se séparèrent, certains honteux ou horrifiés, d'autres tristes se ressassant leurs propres souvenirs sombres. L'ambiance festive était tombée d'un coup et Satch posa au passage une main réconfortante sur l'épaule d'Isaya qui ne bougea pas d'un pouce.
Izou attendit que le pont soit vide de toute présence pour tendre la main vers la jeune femme prostrée.
{-}
Isaya se sentait honteuse, qu'est-ce qu'il lui avait pris de laisser de la magie s'échapper de son corps, elle avait fait deux fois la même erreur en une journée. Pourtant elle savait que son état n'était pas assez stable pour se permettre ce genre de choses. Elle se sentait très las et fatiguée. L'alcool avait sûrement aidé, Ojutaï avait raison. D'ailleurs il avait toujours raison.
Ce dernier grattait gentiment de sa patte avant, la botte de sa maîtresse pour que celle-ci le prenne dans ses bras. Ce qu'elle fit en le serrant contre sa poitrine. Un soupir se fit entendre non loin d'elle, Izou.
- C'est bon, on est seuls, les autres sont partis se coucher. Je suis désolé que ça ce soit-
- Tes excuses n'ont pas lieu d'être. C'est entièrement de ma faute.
Ne sachant quoi faire pour la réconforter, il l'invita à le suivre à travers le dédale de couloirs jusqu'à l'infirmerie où il ouvrit la porte puis passa le long des lits séparés par des rideaux jusqu'à une petite chambre au fond de la pièce, fermée par une porte en bois. Isaya s'y glissa et referma la porte délicatement sans entendre le bonne nuit du commandant. Son regard fit vite le tour de la pièce, un simple lit trônait le long de la paroi à sa droite, une armoire reposait en face et à l'opposé de la porte d'entrée, un bureau simple siégeait là. Dans un état second elle se délesta de ses bottes et s'enroula rapidement dans la couverture. Elle s'endormit en serrant toujours le petit dragon dans ses bras.
Hé hé, oui je me suis carrément laissé aller. Mais ne vous inquiétez pas, comme on dit après une bonne nuit de sommeil tout va mieux !
Qu'en avez-vous pensé ? J'avoue qu'écrire et conter une histoire dans une histoire n'est pas la chose la plus simple que j'ai eu à faire. ^^
Le chapitre suivant arrivera la semaine prochaine.
Bise
April
