Hop !

Un petit Hors-Série pour évoquer quelques souvenirs et point de vue d'Ojutaï.

J'espère que vous allez aimer car je vais en disséminer un peu partout tout au long de cette FanFic.

PS: les reviews me remotivent à continuer cette fic, je remercie donc tous ceux qui ont pris la peine d'écrire ne serait-ce qu'un petit mot ! Big Up à vous !

Bise, April


H-S. 1

Le ciel était mon élément, le vent ma nature même. Je pouvais aller là où je voulais quand je le voulais, par delà les pics enneigés au nord, ou bien à travers les steppes du sud. Si j'avais faim, je n'eus qu'à baisser la tête pour trouver une proie puis fondre sur elle. D'ailleurs un troupeau de cervidés paissaient tranquillement sans se douter qu'au dessus d'eux un puissant prédateur les observais.

Un courant chaud me permit de remonter vers le toit du monde en cercles lent. Je pus choisir un cerf gras à souhait. Mon choix étant fait, je n'eus plus qu'une chose à faire : attaquer ! Mon long et gracieux cou s'allongea en direction du sol et d'une impulsion je plaquai mes ailes le long de mon puissant corps. Je filai de plus en plus vite vers le sol d'herbe et de terre. Alors que ma proie sentit ma présence au dessus de sa fragile tête, aux yeux emplis de terreur, vers moi. Il était déjà trop tard. J'ouvris alors au dernier moment mes immenses ailes pour me stopper à quelques mètres au dessus d'elle. Et d'un rugissement, mon feu ardent s'occupa de passer à trépas cette faible vie.

Satisfait de la terreur que j'inspirai, je pus me délecter de ma proie qui ma foi se trouvait à mon goût. Repus, je décidai de me rendre sur mon lieu favori afin de me prélasser dans les rayons de l'astre solaire. J'étirai mon long corps, ma queue fouettant d'impatience l'air, tendant mes ailes le plus à la verticale possible, je me tassai, prêt à bondir et d'une impulsion me voici dans les airs à m'élever rapidement.

Après quelques planés j'aperçus un gigantesque saule-pleureur dont les racines tombaient telles des lianes d'un promontoire rocheux, accessible presque uniquement par les airs, où le-dit arbre se dressait fièrement. Je lus les courants d'air grâce à mes immenses plumes recouvrant la fine membrane de peau et me dirigeai lentement en cercles de plus en plus serrés jusqu'à ce que mes pattes arrières touchent le sol sous l'arbre millénaire. Je le saluai d'un souffle chaud.

« Bonjour vieille branche, le vent est particulièrement rafraîchissant aujourd'hui. »

Il ne me répondit pas, de toute façon il ne l'eut jamais fait sauf la fois où j'avais tenté de le brûler. Par contre je sentis les courants de vie et de magie s'accélérer tandis que la brise souffla sa mélodie dans ses hautes branches.

Je m'installai donc confortablement, tout près du battement vital, entre deux grosses racines presque aussi hautes que moi et observai la vue s'offrant à moi. Sous mes yeux, une vaste vallée - qui était un ancien cratère de volcan - bordée d'une forêt et en son centre une rivière zigzaguant. La vie y fourmillait de mille êtres et plus. Tout en écoutant le monde je tachai de nettoyer le sang séché entre mes griffes. Alors que j'œuvrai à ma toilette une présence infime me fis ouvrir un œil : un vulgaire campagnol. Celui-ci me parus insignifiant de par sa taille, il n'atteignait même pas un cinquième de mes griffes. Je lui signalai donc par un grondement sourd que sa présence m'indisposai dans ma toilette. Il sembla comprendre la menace car il escalada le tronc séculaire dans un battement de cœur erratique.

J'entrouvris à nouveau les yeux pour les baisser en contrebas de la falaise. Le soleil eut désormais peint sa toile d'un orange vif et chatoyant, caressant de ses derniers rayons le paysage et annonçant ainsi le règne proche de l'astre lunaire. Quelques rais de lumière s'égarèrent sur mes écailles, embrasant mon corps de mille émeraudes et sphènes. Je fermai les paupières de contentement et me mis à somnoler dans ce bain de clarté réchauffante.

Alors que l'astre solaire reprit sa course inévitable derrière les montagnes, une présence me réveilla de ma sieste. Tout en relevant la tête j'humai l'air et une odeur d'équidé parvint à mes naseaux. Mes pupilles verticales s'élargirent pour mieux scruter la pénombre rongeant petit à petit la lande. J'aperçus donc une silhouette penchée sur un cheval lancé à toute allure, filant dans ma direction. Les embruns finirent de m'indiquer l'identité du cavalier, je me préparai donc à l'accueillir tout en étirant mon dos et dans un ébrouement je me traînai jusqu'au bord du promontoire. Un dernier coup d'œil en contrebas me permis de constater que les êtres furent plus qu'à cinq battements d'ailes.

Dans un rugissement et une gerbe d'étincelles je déployai mes ailes pour me laisser tomber dans le vide. La terre trembla sous le choc de mon atterrissage brutal. Le timing fut parfait car à ce moment-même, le cheval, plus qu'à une dizaine de mètres, fit un violent écart manquant d'entraîner la chute du cavalier. J'entendis celui-ci grogner de mécontentement à mon égard. Sa monture refusant d'avancer plus loin, la frêle silhouette s'éloigna pour descendre, desceller puis relâcher la pauvre bête qui ne se fit pas prier pour se sauver le plus loin possible.

Un rire rauque m'échappa tandis que la petite créature s'approcha rapidement d'une démarche colérique. Je baissai la tête à son niveau pour écouter ses jérémiades.

- Ojutaï ! Tu en as fait exprès, dis ? Combien de fois vais-je devoir te répéter d'être plus doux avec les chevaux, je te rappelle qu'il faut qu'ils s'habituent à ta présence pour pouvoir mener une charge sans que ce soit la débandade.

Un fredonnement sourd de contentement s'échappa de ma gorge.

« Je suis un prédateur, faire frissonner mes proies de terreur est mon credo. »

Le petit être à mes pattes soupira de fatigue puis tendit sa main pour approcher mon museau de sa tête. Je me laissai faire, quand son front entra en contact avec mes écailles tièdes une onde de soulagement m'emplit.

« Tu m'as manqué Isaya. »

Mon humaine se détendit enfin et m'offrit un sourire doux.

- Toi aussi Ojutaï tu m'as manqué. Ces derniers jours ont étés compliqués et fatigants. Montons veux-tu.

Tout en positionnant mon corps de manière à ce que ma petite maîtresse puisse escalader ma cuisse je lui soufflai :

« On rentre ou on reste ? »

D'un bond souple elle escalada ma patte arrière jusqu'au haut de mon dos où elle se cala confortablement sur la selle. Alors qu'elle s'harnachait, elle sembla réfléchir.

- Ce soir on dort ici, cela fait longtemps que je n'ai pas vu le soleil se lever paisiblement.

J'approuvai d'un grondement et m'élançai pour prendre de l'élan puis mes puissantes ailes s'agitèrent et nous élevèrent dans les airs jusqu'à l'arbre séculaire où je me posai le plus délicatement possible. Isaya descendit prestement et posa son fardeau au pied de l'arbre. Mon humaine parut minuscule à côté des racines les plus hautes qui me dépassaient.

Alors que ma dragonnière ramassait du bois pour faire un feu, je m'étendis dans mon coin favori à l'abri du vent entre les racines et attendis qu'elle vienne se placer à mes côtés. La silhouette dans la pénombre tâtonna jusqu'à moi puis elle disposa le bois et se pencha au dessus tout en prononçant le nom du feu:

- Eldur.

Répondant à son appel une flammèche se mit à danser puis le tas de bois entier s'embrasa répandant chaleur et lumière. Ma maîtresse se pelotonna le long de mon épaule, je posai mon regard sur elle.

« Quelque chose semble te tracasser. »

Pas besoin de poser de questions, c'était une affirmation, je le savais quand quelque chose la perturbait. Même quand elle me fermait son esprit mon intuition ne me trompait jamais ainsi que mon instinct. Et cette fois-ci j'avais encore vu juste. Elle poussa un soupir :

- Nos messagers ne sont pas revenus, enfin si, mais seulement leurs têtes. Et les mages ne nous pensent pas totalement prêts pour la guerre. Ils vont donc d'abord envoyer la cavalerie et les fantassins. Ils vont se faire massacrer... Le pire c'est que Dame Cassandre n'a même pas daigné écouter mon avis. Nous autres dragonniers, n'interviendrons que plus tard.

« Pourquoi ne l'as-tu pas frappée ? Au moins le conseil t'aurait prêté attention. »

- Ojutaï, ça ne se passe pas comme cela chez les humains. On ne règle pas tous nos conflits par la violence et tu le sais.

« Alors pourquoi cette guerre qui se profile, c'est ironique non ? Les humains sont définitivement des êtres violents. »

Ma maîtresse poussa un autre soupir de fatigue tout en marmonnant qu'elle ne savait pas quel serait notre rôle dans les jours prochains.

Au bout de quelques minutes de silence je me rendis compte qu'elle dormait profondément alors pour qu'elle n'ai pas froid, je la recouvris de mon aile et posa ma tête près d'elle afin qu'elle sente ma présence même dans son sommeil. Jetant un coup d'œil au ciel je me rendis compte que celui-ci brille de milliard d'âmes. Peut-être qu'un jour ma petite maîtresse les rejoindrait dans l'immensité de l'univers. Cette pensée m'effrayai et je resserrai ma prise autour de son petit corps si fragile. Moi l'être le plus puissant de ce monde, qui n'avais pas peur de sa propre disparition tremblait pour celle d'une petite créature.

Sentant sûrement mon émoi à travers notre connexion, mon humaine se roula encore plus en boule en murmurant un prénom : Jace. Notre ami, disparu. Une vibration profonde résonna des tréfonds de ma cage thoracique. Je ne laisserais jamais personne lui faire de mal ou la rendre malheureuse, dussé-je réduire ce monde en cendre, je la protégerai.

Sur ces pensées je laissai mon esprit vagabonder puis entrer en symbiose avec ma maîtresse afin de partager ses rêves.

[...]

J'ouvris un œil puis le deuxième. Ma mâchoire claqua alors que je baillai. Où suis-je ? Ah oui c'est vrai, je ne suis plus qu'un être ridiculement petit. Il s'était passé tant de choses depuis le moment du rêve, la guerre, la reconstruction, la trahison de Jace et maintenant un monde parallèle. Un soupir lasse s'échappa de ma gorge de dragonneau. Mon humaine, Isaya, dû sentir que j'étais triste car inconsciemment, elle m'étreint plus fort et me cacha dans le creux de son cou sous ses long cheveux. Tout ensommeillé je me pelotonnai au plus près de sa chaleur. C'est donc cela qu'elle ressentait quand je la cachait sous mon aile ? Finalement profitons du fait de n'être qu'un tout petit être un peu plus longtemps même s'il me tardais de retrouver ma puissance initiale pour la protéger au mieux des dangers de ce nouveau monde.

Un dernier bâillement puis le monde retourna dans les méandres des rêves et des souvenirs.


À très bientôt pour le chapitre 9 !