Yop !
Me revoici avec cette fois-ci le chapitre 10 !
J'espère qu'il vous plaira car je me suis bien amusé en l'écrivant. En tout cas ce chapitre fait prendre un tournant décisif à Isaya et Ojutaï, ainsi qu'à Marco.
Je vous laisse le découvrir et je vous dit à bientôt !
PS: Un gros big up à 14. allen pour sa fidélité et sa persévérance à suivre cette fic. Elle est un peu comme le marshmallow qui éclaire les ténèbres !
Bise,
April
Chapitre 10
Une partie de ses certitudes et de sa détermination s'étaient envolées, c'est donc le pas léger mais le cœur étonnamment lourd qu'Isaya se dirigeait vers l'infirmerie et sa chambre de fortune. Ses affaires l'y attendaient pour un nouveau départ. Tout en se déplaçant comme une ombre dans le navire, elle ne croisa personne, ils étaient tous occupés à faire la fête sur le pont sans se soucier de ce qu'il se tramait de ce côté-ci. Mais la jeune femme le sentait, d'ici peu de temps ils arriveraient sur une île. Elle avait hâte car elle savait qu'elle y trouverait un fragment de ses pouvoirs.
C'est donc presque fébrile qu'elle déboula dans la salle aseptisée plongée dans la pénombre. Les deux hublots dispensaient assez de lumière pour qu'elle ne trébuche pas mais pas assez pour remarquer les deux silhouettes imposantes figées près d'un placard dans le fond de la pièce. Elle ouvrit la porte de la chambre attenante à l'infirmerie et se dirigea vers le lit. Son sac débordait de nourriture, quelques doublons de cartes sur ce monde mais aucuns vêtements ou affaires personnelles n'y étaient, ramenant Isaya à sa condition d 'étrangère. Cette pensée lui étreignit le cœur quelques secondes. Ojutaï, inquiet, se décida alors à lui parler :
- « Oui nous sommes des étrangers dans ce monde mais nous rentrerons chez nous, j'en suis persuadé. »
La jeune femme secoua la tête.
- Ce n'est pas ça Ojutaï, je crois que dans le fond j'aimais bien-
Le visage caché sous ses cheveux, Isaya ne termina pas sa phrase, mettant mal à l'aise le petit dragon qui n'arrivait pas à sonder les pensées de sa maîtresse. Mais avant qu'il puisse lui poser la moindre question, la jeune femme releva la tête et offrit un sourire rassurant à son compagnon.
- Ce n'est rien du tout, juste un petit coup de stress avant de me lancer dans l'inconnu.
Pour une fois Ojutaï ne creusa pas plus. Sa maîtresse lui avait fermé ses pensées et elle semblait bien trop perturbée pour un simple coup de stress passager mais ce n'était pas le moment de douter, elle s'ouvrirait à lui quand elle le voudra.
Inconsciente de ses réflexions, Isaya terminait de se préparer. Elle récupéra ses couteaux de lancer, qu'elle fixa le long de sa ceinture, ses dagues qu'elle repositionna dans leurs étuis le long de ses hanches et cuisses et enfin ajusta son manteau puis sa capuche. Après avoir balancé son sac sur son épaule elle caressa de sa main libre la selle et le harnais d'Ojutaï, un air nostalgique fiché sur le visage.
- Gil en prendra soin, j'espère qu'un jour on pourra revenir ici pour les récupérer.
Le dragonneau grimpa le long de la jambe d'Isaya et se cala sur l'épaule de celle-ci.
- D'ici ce jour ce sera moi qui te porterait jusque ici.
- Allons-y.
La jeune femme ferma doucement la porte derrière elle puis quitta l'infirmerie sans se rendre compte dans son émotion palpable, qu'elle était suivie. Pour ne pas avoir à croiser qui que ce soit, elle passa par l'étage dédié aux commandants puis devant la salle d'entraînement pour enfin déboucher à l'air libre sur le pont arrière du navire. De là elle pouvait voir et entendre la fête battre son plein. D'un bond elle se jucha sur la rambarde et après avoir jeté un dernier regard en arrière, sauta vers les eaux sombres. Mais juste avant de fendre l'étendue glacée, une bulle se matérialisa l'englobant elle et Ojutaï. Le courant et le vent achevèrent le travail en les poussant doucement vers le rivage d'une masse sombre parcourut de points lumineux.
Les yeux rivés sur l'île, elle ne vit pas les deux hommes, pourtant éclairés par la lune, accoudés à la rambarde d'où elle venait de sauter. Elle ne les entendit pas non plus ni ne les aperçu sourire entre eux.
- Tu as la même idée que moi Watson ?
- Je crois bien que oui Gabriel, je crois bien que oui.
- Il ne reste plus qu'à piquer une chaloupe...
- ...et suivre la demoiselle afin de découvrir...
- ... ce qu'elle mijote !
[...]
Pendant ce temps Marco se trouvait dans l'une des salles de bains attenantes aux chambres des commandants, la sienne étant vraiment petite. Assis sur un banc, il tenait dans sa paume le coquillage qu'Isaya lui avait offert. Quand il avait fait mine de retirer son pantalon, celui-ci était tombé de sa poche le stoppant net. Avec un soupir il le déposa précieusement sur sa chemise pliée puis retira le reste de ses vêtements afin de rentrer dans l'une des cabines.
Il espérait que l'eau chaude chasserait ses pensées moroses. Il ne savait pas pourquoi il était comme ça, cela ne lui ressemblait pas. Mais plus il essayait de s'en débarrasser plus l'image d'Isaya envahissait son esprit. Il la revoyait plongée dans un livre sous un hublot, le soleil caressant son visage sérieux, puis la jeune femme apparaissait dans la salle d'entraînement, motivée et volontaire, ensuite à la cantine rigolant des blagues de Satch et des jumeaux, ou encore penchée sur la rambarde, émerveillée par un banc de monstre des mers, ou bien le visage détendu et serein quand elle faisait des siestes sur le pont avant, protégée par son dragon qui montait la garde des importuns et enfin il la revoyait virevoltant entre deux apparitions, contant ses histoires avec cet air vivant et parfois farouche qui la caractérisait si bien. Mais malgré toutes ces rémanences une image d'elle persistait, celle de la dragonnière, les yeux d'un émeraude pur, souriant tendrement dans le fond de l'océan, englobée de lumière et de milliers de cristaux colorés se reflétant sur sa peau. Oui cette image restait gravée dans son esprit.
L'eau coula longtemps jusqu'à ce que le commandant baisse la tête sous le jet d'eau fumante et serrant les mains pour finalement écraser son poing rageusement contre le mur de la douche qui n'avait rien demandé.
- Sors de ma tête !
C'est alors qu'un léger coup retenti le long de la porte de la cabine, Marco se figea, se demandant qui avait bien pu le surprendre dans un moment de faiblesse. Reprenant contenance il coupa l'eau, plaqua d'une main ses cheveux en arrière et enroula sa serviette autour du bassin avant de sortir, le visage vide de toute expression. Il découvrit alors le médecin de bord assis sur le banc à côté de ses affaires et jouant avec son coquillage. Poussant un soupir il alla s'asseoir à ses côtés.
- Que veux-tu Gil ?
Le médecin lui tendit l'objet de son intérêt tout en lui posant une question :
- Non, que veux-tu toi ?
Le phénix fit mine de ne pas comprendre et essaya de récupérer la fragile coquille mais le médecin retira sa main au dernier moment.
- Est-ce bien ce que tu veux Marco ? Te raccrocher à ce qui sera bientôt un simple souvenir ?
Marco grogna en abaissant la main. Il ne voyait pas de quoi son ami parlait, du moins il essayait de se convaincre qu'il ne savait pas.
- Je ne sais pas de quoi tu parles.
Cette fois-ci Gil s'énerva :
- Tu es loin d'être un idiot alors arrêtes ce petit jeu. La dragonnière, elle te plaît, assez pour te torturer l'esprit à te demander pourquoi tu n'arrives pas à la ranger dans un coin de ton esprit.
Le brun à lunettes s'était relevé et surplombait désormais le phénix toujours assis, le coquillage toujours en main.
- Ouvres les yeux et arrêtes avec ce rôle de celui qui ne ressent rien. Depuis deux mois tu as changé, tu as enfin affiché ouvertement tes émotions et c'est Isaya qui t'y a grandement aidé. Alors n'essaies pas de te convaincre que son souvenir s'effacera avec un peu d'alcool et une nuit dans les bras d'une autre femme.
Cette fois-ci le phénix tiqua et le ton monta d'un cran créant une atmosphère tendue.
- Bordel, que veux-tu Gil ? Que je m'attache à une gamine d'un autre monde ? Je ne peux pas j'ai des responsabilités, un rôle à jouer-
- Des responsabilités ? Tu te caches derrières elles pour te donner une excuse, en réalité tu es lâche. De plus Isaya est loin d'être une gamine, c'est une femme forte.
Le médecin avait presque craché ses paroles avec mépris faisant bondir le commandant sur ses pieds, celui-ci agrippa la chemise de son ami.
- Ne me traites pas de lâche, tu ne peux pas savoir.
Gil leva alors les mains en l'air et décida de couper court à la dispute. Le phénix le lâcha donc et se rassit sur le banc après avoir récupéré le coquillage nacré. Alors qu'il s'apprêtait à sortir, le médecin s'arrêta, la main sur la poignée.
- Si tu es si sûr de ton choix va donc la rejoindre avant qu'elle ne disparaisse et dit lui au moins au revoir convenablement sinon tu le regretteras.
La porte claqua derrière lui plongeant la salle de bain dans un profond silence et laissant seul Marco et ses pensées. Tout en tournant et retournant la coquille entre ses doigts, le phénix se ressassait les paroles du médecin se demandant pourquoi il se sentait ainsi, faible et triste ? Plus il essayait de trouver la réponse, plus il avait l'impression que la réponse s'éloignait et se trouvait ailleurs. Il se débattait dans les méandres de ses pensées pour trouver une vérité qu'il pouvait à peine percevoir et qu'il n'était pas sûr de vouloir comprendre.
Alors qu'il continuait de jouer avec le précieux cadeau, une réflexion se faufila dans son esprit et plus il essayait de la rejeter plus celle-ci se peaufinait et s'aiguisait.
Il murmura pour lui-même:
- Skel...
Cette pensée ne lui plaisait pas car elle insinuait qu'il avait dorénavant potentiellement une faiblesse mais il devait reconnaître qu'il aimait bien la jeune femme et que la savoir partie, lui étreignait le cœur mais il avait un rôle important à tenir ici et ne pouvait être égoïste. D'un autre côté elle lui avait donné plusieurs chances pour qu'il lui dise au revoir mais il n'avait jamais réagit comme il aurait dû. Gil avait raison il devait au moins lui dire adieu convenablement. Il n'essaierait pas de la convaincre de rester sur le Moby Dick mais il pouvait peut-être lui faire promettre de passer les voir de temps en temps.
C'est donc emplit d'une certaine inquiétude et excitation que le commandant s'habilla à la hâte avant de courir à travers les couloirs pour déboucher sur le pont où quelques pirates tenaient encore debout mais la quasi totalité avait rejoint son lit où dormait à même le sol. Il repéra rapidement son capitaine et d'un bond s'agenouilla devant lui. Avant même qu'il n'ouvre la bouche, Edward Newgate éclata de rire devant un phénix décontenancé.
- Qu'attends-tu Marco ? Rejoins la mon fils, va lui dire au revoir.
Le concerné ne se fit pas prier et en quelque secondes il s'était transformé et se dirigeait vers l'île à la recherche d'Isaya.
{-}
Le capitaine observait son fils s'éloigner puis il appela le médecin de bord qui se cachait non loin.
- Doc', sors de l'ombre.
- Il est moins buté que ce que je pensais finalement. Mais tout de même quel dommage, une présence féminine était fort appréciable.
- Je le sais, je le sais mais même Marco n'a pas réussi à lui faire oublier son monde et deux mois c'est court contrairement à toute une vie.
- Peut-être qu'il réussira au moins à la convaincre de revenir de temps en temps. Et que le doute s'insinuant dans son cœur lui donnera peut-être envie de rester dans ce monde.
- Si tel est son envie et son destin, oui, sinon c'est inopportun de souhaiter entraver la liberté de quelqu'un d'autre pour son propre profit.
- J'en suis conscient mais c'est bien de rêver de temps en temps.
- Certes.
[...]
Isaya et Ojutaï avaient accosté l'île grâce à une plage de sable noir, une jungle à l'épaisse canopée leur faisait face, sur leur droite ils pouvaient distinguer au loin le port et une ville. Mais au lieu de se diriger vers les habitations illuminées, tout deux savaient instinctivement qu'ils devaient s'enfoncer dans la pénombre des arbres pour retrouver le fragment de pouvoir . S'ils tendaient l'oreille, c'est comme ci un léger murmure leur montrait la direction. C'est donc déterminés qu'ils pénétrèrent dans la forêt tropicale. Au bout de quelques mètres Isaya s'arrêta et murmura un mot :
- ljós.
Un globe lumineux apparut donc, flottant à hauteur de visage, il éclaira d'une douce lumière une ancienne route pavée, à l'abandon depuis bien longtemps. Alors qu'ils s'enfonçaient plus profondément au cœur de la jungle, le murmure devenait de plus en plus audible. Mue par son instinct, Isaya louvoyait entre les immense racines vers cet appel, vers la partie d'elle-même qui lui avait été arrachée.
Soudain le chemin inextricable fit place à une clairière dégagée au centre de laquelle un arbre centenaire se dressait, étendant fièrement ses lianes bien au dessus des autres arbres. À travers ses branches, les rayons de la lune filtraient tels des traits de lumière argenté. Le murmure s'était transformé en un chant, s'enroulant autour de la dragonnière, l'invitant à s'approcher. Comme hypnotisée, la jeune femme s'approcha d'une racine dépassant de terre et derrière celle-ci elle découvrit un cube qui flottait à quelques centimètres du sol, pulsant d'une douce lumière vert d'eau.
Alors qu'elle n'était plus qu'à quelques pas du cube, les yeux rivés sur celui-ci, un bruissement de feuilles retenti à l'orée de la clairière. Reprenant ses esprit, la dragonnière fit volte-face, dégainant au passage ses dagues. Scrutant les environs, la jeune femme augmenta la luminosité du globe au maximum tout en l'élevant au dessus de sa tête, éclairant comme en plein jour.
- Qui va là ? Montrez-vous !
Le silence lui répondit pendant quelques instants puis elle aperçut sur sa gauche des fougères se mouvoir jusqu'à ce que deux hommes s'approchent d'elle pour s'arrêter à une bonne distance. Elle les reconnut de suite.
- Watson, Gabriel ? Mais que faites-vous ici ?
Watson se gratta l'arrière du crâne tout en rompant la distance les séparant, suivit de près par son frère. La dragonnière rengaina alors ses armes et soupira.
- Hé, hé, on t'a suivit jusqu'ici. En vérité on était dans l'infirmerie pour- ouch !
Gabriel venait de lui donner un coup de coude dans les côtes pour qu'il se taise. Il continua à la place de son jumeau qui lui lançait un regard noir.
- On t'a vu partir alors la curiosité nous poussant, nous voici ici ! Haha. Mais dis nous, que fais-tu ici, tu comptes rentrer sur le navire après ? N'est-ce pas ?
Au ton de sa voix inquiète, Isaya baissa les yeux honteuse mais se reprit rapidement, elle avait pris sa décision.
- J'ai passé de très agréables moments avec vous les gars et l'équipage, vous avez su m'aider quand j'étais désemparé mais-
- Mais ?
- Mais mon chemin avec vous s'arrête ici. Je dois tracer ma propre route afin de retrouver mes pouvoirs et rentrer chez moi.
Cette fois-ci Gabriel s'énerva.
- Et alors c'est une raison pour nous abandonner sans dire au revoir !
- Il a raison, tu aurais au moins pu nous prévenir.
Isaya regardait à présent l'expression des deux jumeaux en face d'elle. Un sourire étira ses lèvres, malgré leurs presque deux mètres, ils avaient tout deux l'air de deux gamins tristes qui se cachent derrière un masque de colère ne sachant comment exprimer leur souffrance. C'est qu'elle s'y était attachée aux deux idiots.
- Aller les gars, ne faites pas cette tête, vous saviez bien qu'un jour ou l'autre je partirai. Et puis les adieux ne sont pas vraiment fait pour moi.
Émus, les deux jeunes hommes sautèrent sur la dragonnière, l'enlaçant - plutôt la broyant - tout au chouinant.
- Mais Isayaaaaa euh !
- Ne nous laisse paaaaas !
Tant bien que mal, elle se dégagea de leur étreinte digne d'un ours et réussit à les maintenir à une bonne distance plus confortable à ses yeux.
- Je vous rappelle que je ne suis pas à l'aise avec les contacts physiques, non plus.
Ojutaï éjecté lors de l'accolade, rajouta un léger grognement menaçant à sa tirade, finissant de les décourager à tenter une nouvelle approche physique. N'osant plus s'approcher l'un des deux hommes se pencha derrière la jeune femme.
- Dis, c'est quoi ce truc qui flotte derrière toi ?
Isaya se retourna, les invitant à s'approcher, tous trois s'accroupirent face au cube. Au vue de leur expressions émerveillées, la dragonnière sut qu'elle ne s'en sortirai pas avec une simple explication.
- C'est une partie de mon pouvoir qui m'a été arrachée quand je suis tombé dans votre monde. En gros c'est une partie de moi, elle me confère des capacités spéciales, un peu comme un fruit du démon. Sans elle je suis incomplète et je ne peux pas utiliser mon pouvoir convenablement.
- « Étant lié à Isaya, je dépend aussi de ces fragments, lorsqu'on les aura tous récupéré je retrouverait alors toute ma splendeur et ma force. »
La dragonnière ne savait pas s'ils comprenaient réellement. Leurs yeux passaient d'elle à Ojutaï puis au cube devant eux. Watson demanda alors à Isaya :
- Et comment fais-tu pour les retrouver ?
- C'est simple, lorsque je m'approche de l'un de ces fragments c'est comme si il m'indiquait sa localisation, un peu comme des aimants qui s'appellent et s'attirent l'un l'autre. Grâce à ça je ne peux pas vraiment me perdre, car même si je ne connais pas la cartographie de ce monde par cœur, je sais toujours à peu près où je me trouve, où ils sont disséminés les différentes îles et je n'ai plus qu'à m'y rendre.
- En gros tu es une sorte de log pose humain ?
Se remémorant ce qu'était un log pose, elle affirma ses dires:
- Euh oui on peut dire ça, c'est assez instinctif.
Leur regard se tournèrent à nouveau vers le fragment. Gabriel tendit sa main dans sa direction mais Isaya le stoppa net.
- Stop ! Ça peut-être dangereux pour toi ! Tu n'as pas la même tolérance à la magie que moi, nous n'avons pas le même système de gestion des flux d'énergie alors n'y touches pas, on ne sait jamais.
Gabriel replia sa main dans sa poche, quelque peu frustré. Son frère compatit à son désarroi.
- Dis tu dois faire quoi maintenant pour que ce cube et toi ne fassiez plus qu'un ?
- Je ne sais pas trop en fait, ce n'est pas quelque chose que j'ai appris à l'académie. C'est plutôt le genre de cas qui n'est jamais sensé arriver alors je suis un peu perdue quand à la suite des évènements.
Alors que tous trois méditaient sur la question, Ojutaï capta une présence non loin d'eux se rapprochant à toute vitesse. Il grogna un avertissement à l'intention de sa maîtresse et des pirates, qui se mirent en position de défense, guettant grâce au globe lumineux, le moindre signe de vie.
{-}
Marco, sous sa forme de phénix, parcourait des yeux l'île plongé dans le noir. À présent il survolait une jungle dense, désespérant de retrouver la jeune femme. Plus le temps passait plus il se disait qu'il aurait dû attendre qu'il fasse jour au lieu de se précipiter comme un imbécile mais d'un autre côté il craignait que la dragonnière n'attende pas le lever de l'astre solaire pour quitter l'île pour une autre.
Alors qu'il était prêt à retenter sa chance au port, un éclat lumineux dans la jungle attira son attention. Il découvrit alors les ramures d'un arbre dominant de sa hauteur tous les autres et sous ses frondaisons un espace dégagé éclairé d'une lueur toute sauf naturelle. Restant sur ses gardes il amorça sa descente en cercles lents passant du phénix à sa forme hybride. Il repéra un trou assez large dans la canopée où il s'engouffra pour se poser d'un pas léger sur le sol. En face de lui se tenait Isaya et les jumeaux de la quatrième division en position de défense. Ils se détendirent de suite sauf Gabriel et Watson qui se crispèrent légèrement prêts à déguerpir.
Le phénix souffla intérieurement maintenant qu'elle était là en face de lui, son esprit passait d'une pensée à une autre dans un flot continu sans qu'il ne sache vraiment quoi lui dire. En tout cas le visage de la dragonnière trahissait son étonnement et sa surprise. En quelques enjambées il la rejoignit et se planta face à elle. Du coin de l'oeil, il aperçut les jumeaux prêts à se faire la malle.
- Watson, Gabriel, aucun ordre de débarquement n'a été donné à ce que je sache. Où pensiez-vous aller ? Votre commandant de division se fera une joie de vous accueillir à votre retour sur le navire. En attendant vous ne bougez plus d'un pouce, est-ce bien clair ?
Aucune émotion ne se lisait sur le visage du phénix, figeant sur place les deux compères.
- C'est très clair commandant Marco.
- On ne bouge plus d'un millimètre.
- Bien.
Durant tout l'échange entre les pirates, Marco n'avait pas quitté Isaya des yeux. D'un signe de tête il lui fit comprendre de s'éloigner un peu des jumeaux pour discuter tranquillement. Elle le suivit silencieusement mais le phénix pouvait voir le doute et toujours la surprise sur son visage. Une fois à l'écart, voyant qu'il ne savait pas par où commencer, la dragonnière devança le pirate.
- Je suis désolé pour Watson et Gabriel, j'aurais dû être plus prudente et faire attention à ne pas être suivie.
Intérieurement le phénix était en ébullition mais son visage n'exprimait rien à part un désintérêt léger. Il se reprit cependant se demandant comment il pouvait amener le sujet.
- Tu as déjà trouvé ce que tu cherchais ?
- Oui mais c'est un peu compliqué, je ne sais pas trop comment procéder.
Elle désigna alors du menton le cube autour duquel les jumeaux, ayant déjà désobéit, gravitaient fascinés. Le commandant ne répondit pas. Il ne savait pas trop comment aborder l'autre sujet avec la jeune femme. Après une bonne inspiration il se lança:
- Hum, es-tu sûre de devoir continuer de ton côté ? Car même si le capitaine ne peut se détourner de son but, je pense qu'il est prêt à te donner un coup de main dans tes recherches. Et puis il te sera plus facile d'écumer l'océan à bord de nos navires plutôt que de devoir embarquer sur d'autres bateaux où tu ne seras pas sûre d'arriver à destination.
Voilà, c'était dit, même si c'était d'une manière détournée, il espérait que la dragonnière comprendrait le sens caché ou pas. Et puis merde, après tout ce n'était pas dans sa nature de faire dans le sentimental. Il guettait donc la réponse d'Isaya, anxieux pour la première fois de sa vie. La jeune femme secoua la tête doucement et le couvrit d'un regard bienveillant. Mais bon sang, à quoi pouvait-t-elle penser ?
- C'est très aimable de ta part et de celle du capitaine mais je pense que vous en avez fait assez pour moi. Comme tu le dis toi-même Edward ne peut se détourner de son objectif et ni moi du mien. Il devient urgent pour Ojutaï et moi-même de recouvrir nos forces sans avoir à dépendre des autres. Nous avons toujours fonctionné ainsi, après tout je viens d'un autre monde et il me tarde d'y retourner.
{-}
Malgré l'aplomb des paroles de sa maîtresse, Ojutaï sentait que celle-ci n'était pas aussi assurée que ce qu'elle laissait penser au pirate mais il n'intervint pas, cela ne le regardais pas. Il ne comprendrais jamais entièrement les sentiments humains et puis il devait surveiller les deux vermisseaux qui étaient bien trop proches du cube de pouvoir. Il lui tardait de retrouver sa grandeur d'origine, ainsi plus personne ne le regarderait de haut.
{-}
Un doute, tel du poison, s'insinua dans son cœur. Les paroles de Marco, bien que déguisées, prouvaient l'affection qu'avait l'équipage envers elle. Elle l'avait déjà plus ou moins compris avec les jumeaux. Mais c'était la première fois qu'elle recevait autant d'attentions et de gentillesse, tellement de personnes étaient entrées dans sa vie en si peu de temps. À présent elle avait peur de trop s'attacher à eux puis de le regretter. Après tout elle n'était pas de ce monde, certes ici on l'a traitait comme n'importe qu'elle jeune femme de vingt-quatre ans et c'était plutôt agréable parfois de ne plus avoir le, si lourd à porter, rôle de gardienne et protectrice d'un royaume. Mais tout un pays comptait sur elle et sa capacité à remplir le-dit rôle. Toute sa vie elle ne s'était basé que sur ça, c'est tout ce qu'elle connaissait. D'un autre côté est-ce que quelqu'un s'inquiétait de sa disparition pour elle et non ce qu'elle incarne ? Elle en doutait. Qu'étais-t-elle à présent ? Une dragonnière où une jeune femme perdue dans un monde inconnu ?
Inconscient du débat interne de la jeune femme, Marco se passa la main sur les yeux puis releva la tête, déterminé.
- Écoute moi bien Isaya Bengali, je me fiche que tu viennes d'un autre monde, je souhaite juste que tu ne disparaisses pas comme tu es apparue, en un instant. Même si tu ne restes pas avec nous, rejoins-nous de temps en temps histoire que tu puisses reprendre des forces et compter sur l'équipage pour t'aider. Laisse nous te joindre régulièrement. Nous avons juré à Ojutaï de t'aider et te soutenir et je compte bien tenir cette promesse.
Une porte dans le cœur d'Isaya venait de s'ouvrir et lui laissait le choix de la franchir ou non. Elle pouvait mettre ses doutes de côtés pour le moment. En effet, pour l'instant la jeune femme aux cheveux neige ne pouvait choisir entre rester et peut-être le regretter ou partir définitivement et se renfermer de nouveau sur elle-même, affrontant un monde inconnue seule. Marco venait de lui offrir l'échappatoire qu'au fond elle recherchait : celui de prendre son temps et de faire à sa guise.
L'âme plus tranquille et reconnaissante, elle offrit au phénix un sourire rayonnant qui ne manqua pas de déstabiliser ledit pirate. Elle ne se l'expliquais pas mais après tout, elle s'était attaché à lui, cet homme qui semblait désabusé mais qui en réalité cachait au plus profond de lui ses émotions. Il était un peu comme elle, elle qui cachait ses peurs et ses cauchemars pour ne laisser paraître que son nouveau côté doux, joyeux et parfois sérieux.
Après encore quelques secondes de réflexions elle lui répondit enfin:
- D'accord ! Je voyagerais avec vous une partie du temps mais lorsque je sentirai un fragment je vous laisserai pour suivre ma quête pour vous retrouver plus tard.
Malgré son air impassible, la dragonnière voyais bien que le phénix montrait son contentement grâce à son regard un peu plus brillant et vif que d'habitude. Pour ne pas se stopper dans son élan elle tendit la main vers celle de Marco.
- Je peux ?
Le concerné acquiesça, curieux.
- Comme j'ai repris notre serment, je vais en créer un nouveau comme ça je saurais où vous retrouvez quand on se séparera. Répète après moi.
Marco se plaça comme la dragonnière le lui avait indiqué la dernière fois et l'observa activer sa magie. La jeune femme avait remarqué qu'il l'observait beaucoup quand elle utilisait son pouvoir, en même temps, elle devait lui paraître étrange. Se demandant depuis quand elle se souciait de ce que Marco pouvait penser d'elle, la dragonnière concocta une incantation. Puis faisant fi de sa légère gêne, elle lui appris le sort puis ils le récitèrent ensemble.
- Um galdra, ég binda mig til þessa veru. Getur hann finnst örlögum mínum.
- Par la magie, je me lie à cet être. Puisse-t-il ressentir ma destinée.
La chaleur caractéristique à l'enchantement se déposa sur leurs poignets respectifs et leurs corps parurent plus légers. Lorsque la marque s'apposa une légère partie d'énergie leur fut aspirée. Marco observait la nouvelle marque, verte cette fois-ci.
- Elle me permettra de savoir où tu es, toi et l'équipage, comme ça je pourrais vous retrouvez plus facilement. Bien sûr ça marche dans les deux sens. Elle pulsera légèrement quand on se rapprochera l'un de l'autre. Sinon si les symboles s'assombrissent cela signifie que l'autre porteur est en danger ou blessé et quand elle disparaît...
- Quand elle disparaît ?
- Quand la marque disparaît, cela symbolise la mort de la personne.
Le pirate en face d'elle semblait pensif. Peut-être était-ce un fardeau pour lui ? Mais c'était le meilleur moyen de les retrouver. Le commandant offrit un léger sourire à la jeune femme qui ne s'y attendait pas.
- Merci, ça va être pratique. Ça assure un peu le rôle d'une vivre card.
Isaya ne voyait pas du tout de quoi il parlait. Mais elle n'eut pas le temps d'approfondir le sujet que la voix d'Ojutaï éclata dans son esprit, la faisant grimacer.
- « Isaya ! Les jumeaux ! »
La dragonnière se retourna précipitamment pour découvrir Gabriel prêt à se saisir du cube et Watson tentant de le retenir. Son sang ne fit qu'un tour et elle courut aussi vite qu'elle le pouvait.
- Gabriel, non !
- Je dois le prendre, il m'appelle. Tu n'entends pas ?
- Arrête !
Plus que quelques centimètres et Gabriel touchait le fragment, plongeant en avant Isaya tendit le bras et comme au ralenti, se sentit tomber vers le sol jusqu'à ce que ça main atteigne le cube puis s'en empare.
Subitement un éclat aveugla les jumeaux, Isaya et Ojutaï. Ils se sentirent comme aspirés par une force impossible à contrer. L'air leur manqua, comprimant leurs poumons et ils tombèrent dans ce qui semblait une infinie de blanc.
[...]
Ébahi, Marco observait l'endroit où ses camarades se tenaient. À présent il était vide de toute présence. Pendant quelques secondes il resta planté debout, immobile mais il reprit très vite ses esprits et d'un bond, plongea à l'endroit même où ils étaient i peine une quelques secondes mais il ne restait rien à part les plantes poussant sous l'arbre.
Puis il remarqua le silence, pesant enfin plutôt l'absence totale de bruit, c'est comme si la jungle s'était tue. Mais ce n'était pas tout, la lumière avait elle aussi disparue, seule la lune éclairait encore légèrement la scène. Quand il se retourna pour scruter les environs, son pied percuta quelque chose: c'était le sac d'Isaya gisant par terre.
Le commandant commençait à paniquer, alors de ses flammes bleues, il éclaira l'endroit mais ne trouva aucun indice quant la disparition de ses compagnons. Seul le souvenir d'un flash aveuglant, persistait sur sa rétine. Puis il se rappela subitement de la marque sur son poignet. Alors qu'il baissait les yeux dessus, il se figea. La marque n'y était plus, sa peau était nue de tout symbole.
Il se mit à trembler et tomba à genoux sur le sol où de rage il frappa encore et encore la terre jusqu'à ce que ses poings se recouvrent de sang. Mais il n'en avait cure car ceux-ci guérissaient au fur et à mesure. Non ce qui obnubilait ses pensées étaient les paroles d'Isaya proférées un peu plus tôt: «Quand la marque disparaît, cela symbolise la mort de la personne.»
[...]
Tout son corps n'était que souffrance, elle avait l'impression que quelqu'un s'amusait à compresser ses poumons, tordre ses intestins et piétiner son cerveau, autant dire que la sensation était tout sauf agréable. Soudain l'air revint et elle put emplir ses poumons à satiété. Avalant goulument l'oxygène si précieux à sa survie elle ne se rendit pas tout de suite compte qu'il faisait jour et que la jungle avait fait place à une prairie verdoyante.
Reprenant ses esprits, elle ouvrit en grand les yeux et se redressa sur ses genoux pour observer Watson à quatre pattes, rendant son estomac dans une touffe d'herbe. À ses côtés, Gabriel semblait toujours sonné et de la bave s'écoulait de son menton quand à Ojutaï, le petit dragon tremblotait à quelques centimètres de sa maîtresse.
Se sentant mieux, Watson se traîna jusqu'à la dragonnière tandis que le reste du groupe se remettait de ses émotions. Une étendue d'herbe et de fleurs avait pris place sous leurs yeux ébahis. Alors Watson poussa un cri de surprise.
- Mais bordel où est-ce qu'on est ?!
Soudain la terre se mit à légèrement trembler, une forme sombre à l'horizon s'approchait de leur groupe rapidement. Tout d'abord inquiète, Isaya reconnu en cette masse, une troupe de cavaliers fonçant dans leur direction. Un doute s'insinua dans son esprit mais ce n'étais pas possible. Puis Ojutaï confirma ses pensées:
- «Nous sommes à Erevan Isaya, nous sommes de retour dans notre monde.»
Elle plongea alors son regard dans celui doré du dragon, oubliant Watson qui criait que ce n'était pas possible et qu'il était trop jeune pour mourir, il était à deux doigts de la crise de nerfs. Quant à elle, elle oublia aussi Gabriel toujours à terre, le visage aussi vert qu'une plante. Elle occulta même le groupe de cavaliers s'approchant à vive allure. Ses pensées étaient uniquement tournées vers ce qu'elle ressentait en cet instant présent. Pendant ces deux derniers mois la dragonnière s'était déjà imaginé comment elle vivrait ce moment tant attendu mais la jeune femme ne s'attendait sûrement pas à ça. Était-ce de la déception ?
Et voilà pour c'est ainsi que se clôture ce chapitre 10.
Comme vous vous en doutez, ça va être un peu le bazar pour Isaya et ses compagnons dans le prochain chapitre. J'essaierai de ne pas vous faire trop attendre pour la suite.
Sur ce à la prochaine !
*Se sauve en sifflotant (^3^)
