Yop !
Et voici le chapitre 11. Trois chapitres comme ça d'affilé, je dois avouer être plutôt fière de moi. Maintenant je vais pouvoir prendre un repos bien mérité. Direction la mer ! J'ai décidé de me prendre quelques vacances.
Sur ce je vous laisse découvrir ce nouveau chapitre, qui sera un tournant dans la vie d'Isaya.
Baisers salés,
April.
Chapitre 11
- « Isaya !»
Paniquant totalement Watson lui criait dessus:
- Hey ! Isaya, bon sang répond, ils arrivent qu'est-ce qu'on fait ? Ils sont armés !
- « Dragonnière, voyons reprends toi !»
- Gabriel réveilles toi putain ! Isaya a pété les plombs. Ou alors on est déjà tous morts !
Des voix qui lui paraissaient lointaines résonnaient dans son esprit mais elle n'y faisait pas attention. Seul son rythme cardiaque pulsait dans ses tympans. Elle ne comprenait plus ce qu'il se passait, était-elle vraiment chez elle ou était-ce une illusion ? Pourquoi était-elle prise de panique à l'idée d'être à Erevan ? Ses pensées tournaient à une vitesse folle sans que la dragonnière ne puisse vraiment s'y raccrocher, elle se sentait noyée sous ce flot inarrêtable.
Le sol tremblait de plus en plus et la masse de cavaliers s'approchaient à une vitesse folle. Soudain la jeune femme sentit une présence rassurante dans son esprit : Ojutaï ! Il était là, proche et instillait en elle des murmures apaisants, la guidant à travers les méandres de son esprit tumultueux jusqu'à la surface d'où elle émergea finalement en clignant des yeux. Se reprenant tout de suite elle analysa la situation. Watson paniquait en secouant son frère, toujours inconscient, maintenant blême. Ojutaï la regardait intensément, perché sur ses genoux. Elle jeta un coup d'œil aux chevaux se rapprochant rapidement, il lui fallait réagir maintenant. Puis ses réflexes reprirent le dessus.
- Watson calmes toi, caches tes pistolets et ceux de ton frère dans ton sac de toile, maintenant ! Ne prends pas la parole, contentes toi de te faire discret. Ils ne doivent pas savoir que vous venez d'un autre monde !
Le ton autoritaire de la dragonnière calma instantanément le pirate qui s'empressa de suivre ses ordres tellement il avait besoin de se raccrocher à quelque chose de tangible et logique.
- Ojutaï, vite dans le sac ! Watson, prends en soin.
Une fois le dragon caché, Isaya se mit sur ses deux jambes et fit face bien droite aux guerriers plus qu'à une trentaine de mètres. Dorénavant ils pouvaient entendre clairement le cliquetis métallique des mors, étriers et harnachements. Un hennissement puissant retenti, ils pouvaient ressentir le martèlement des sabots sur le sol et presque sentir l'air expulsé des naseaux des puissantes bêtes. Isaya se retourna une dernière fois vers Watson, il était à sa charge et comptait sur elle.
- Surtout pas de gestes brusques, je m'occupe de tout. Fais moi confiance.
Elle lui offrit un sourire qui se voulut rassurant malgré l'adrénaline menaçant de faire exploser son cœur.
Puis les cavaliers furent sur eux décrivant de rapides cercles autour du groupe qui se voulait stoïque. Les sabots de leurs montures dégageaient une grande quantité de poussière rendant la visibilité médiocre. Isaya passa son avant-bras sur ses yeux pour se protéger et essayer de repérer le blason du clan sur les tapis de selle des chevaux. Cela lui donna seulement le tournis.
- «Je ne ressens pas d'animosité venant de leur part, attendons de voir.»
Au bout d'un moment qui leur parut une éternité, la ronde se stoppa. Maintenant que le nuage de poussière commencer à retomber, ils purent apercevoir les tenues chamarrées des cavaliers. Ceux-ci portaient des sortes de tuniques colorées avec des jambières d'équitation. De longues plumes égayaient parfois leurs cheveux tressés, agrémentés de quelques perles. Certains avaient à la taille de longs poignards incurvés dans le même style que les siens, quant aux autres, des arcs reposaient sur leurs épaules. Mais le plus impressionnant étaient les lances affûtées et pointées dans la direction d'Isaya et des jumeaux, formant un mur circulaire infranchissable entre eux et le petit groupe toujours immobile.
Subitement un espace se créa entre les longues lances, faisant place à une cavalière juchée sur un étalon noir. Isaya reconnu celle-ci lorsqu'elle se plaça à sa hauteur. Ce qui la soulagea grandement.
- Miri Levan.
- Dragonnière Bengali.
Les armes se relevèrent immédiatement à l'évocation du titre de la jeune femme. La cavalière posa le pied à terre, découvrant alors ses cheveux masqués par un voile rouge. Ils étaient du même blanc que ceux d'Isaya à la différence près des fils d'argent parcourant la longue tresse de Miri. La jeune femme tourna la tête vers le visage quelque peu ridé de la soixantenaire et riva son regard dans celui d'un bleu pur de son aînée. Une rangée de dents blanches se découvrirent quand Miri Levan s'exprima :
- Et bien dragonnière, j'ai faillis ne pas vous reconnaître avec vos cheveux semblable aux miens. Quel bon vent vous amène sur mes terres ? Je ne vois point votre dragon et vous êtes en une bien étrange compagnie.
Son ton insista sur les mots "étrange compagnie". Watson se figea lorsque le regard perçant de la vielle femme se posa sur lui et son frère. Détournant volontairement son attention des jumeaux Isaya s'empressa de lui répondre d'un ton très formel:
- Certaines circonstances exceptionnelles m'ont amené ici. Mais pourquoi tant de prudence à notre égard ? Votre clan a toujours été accueillant envers les étrangers et gens de passage, me semble-t-il.
Miri offrit un sourire à la dragonnière.
- Bien sûr et nos règles d'hospitalité n'ont pas changées à ce jour. Non en réalité une troupe de brigands a profité de l'absence de nos plus forts guerriers pour mener un raid sur notre campement afin de voler quelques chevaux, il y a de cela une semaine. Nous revenons tout juste de leur cache.
C'est en posant les yeux sur les vêtements de la vieille femme, en effet tâchés de sang, qu'Isaya comprit le sort des voleurs.
- À priori ledit problème a été réglé.
- En effet. Mais ne nous tracassons pas avec ses histoires sanglantes, puis-je vous convier à séjourner le temps qu'il vous faudra dans notre camp ? Votre compagnon là-bas ne me semble pas au mieux de sa forme. Peut-être voudrez-vous aussi en profiter pour envoyer un message à la capitale ?
La dragonnière jeta un coup d'œil en arrière et remarqua que Gabriel ne s'était toujours pas réveillé, il semblait même plutôt mal en point. Elle n'hésita donc pas longtemps croisant le regard inquiet de Watson. La jeune femme s'inclina légèrement face à la dirigeante du clan Levan.
- Ce sera un honneur de profiter de votre bonté.
- Vous êtes donc mes invités pour le temps qu'il vous siéra.
La soixantenaire frappa joyeusement dans ses mains allégeant la tension dans l'air et quelques hommes approchèrent à la hâte des chevaux déjà scellés sans cavaliers. Un homme d'âge mûr présenta une monture à Watson qui lança un regard à la dragonnière. Celle-ci l'encouragea à s'emparer des rênes puis à s'installer en selle, ce qu'il fit non sans mal faisant pouffer quelques hommes témoins de la scène. Deux autres s'occupèrent de soulever délicatement Gabriel puis le glissèrent devant Watson et lui expliquèrent comment le pirate devait faire pour à la fois contrôler sa monture et soutenir son frère afin qu'il ne tombe pas. Ce dernier n'en menait pas large mais s'accrochait à la vision de la dragonnière qui semblait savoir ce qu'il se passait, remettant au passage dans une confiance aveugle, sa vie entre ses mains.
Quant à Isaya, Miri elle-même lui présenta une petite jument alezane, racée, qui ne manqua pas de plaire à la dragonnière et la détendit de nouveau un peu plus. Elle lui caressa donc le chanfrein, admirative.
- Très belle bête. Votre clan m'étonnera toujours pour la beauté de ses chevaux, Miri.
La vieille femme apprécia la remarque et accepta volontiers le compliment honnête.
- Entre bons cavaliers on se comprend. Après tout chevaucher un dragon doit être bien plus compliqué.
Tout en se hissant sur sa jument, qui fit un léger écart nerveusement, Isaya se mit à rire. Elle se souvenait de ses débuts peu concluants sur Ojutaï.
- En effet, ce n'est même pas comparable. Disons qu'il faut également un bon estomac.
Miri sonna le départ pour tout le groupe.
En tête avec la cheffe de clan et la dragonnière ils prirent la route, les autres cavaliers faisant attention à ne jamais dépasser celle-ci droite dans sa selle afin de lui montrer traditionnellement leur respect profond. Le reste du trajet se fit dans le silence à une allure modérée afin d'épargner Watson, qui se révélait être un piètre cavalier ainsi que Gabriel qui ne s'était toujours pas réveillé même si son teint redevenait plus acceptable médicalement parlant.
Quand le campement au loin fut en vue, un cavalier plus téméraire de part son jeune âge osa s'approcher de sa cheffe de clan avant de lui chuchoter quelques paroles à l'oreille faisant s'esclaffer la femme qui relaya le message à Isaya. Il lui proposait de s'affronter sur une course voulant montrer sa valeur. Bonne joueuse la jeune femme accepta volontiers étant elle même excellente cavalière de par son éducation militaire.
Pour donner le départ, Miri Levan elle même plaça son étalon entre les deux compétiteurs qui se penchèrent en avant, près à lancer leurs montures piaffant d'impatience. Le signal ne tarda pas et Isaya relâcha un peu les rênes, libérant ainsi la jument qui bondit puissamment en avant. La jeune femme sentait entre ses cuisses les muscles de l'animal se contracter sous l'effort, augmentant sa vitesse encore et toujours. Elle se pencha encore plus sur l'encolure afin de ne pas déstabiliser le cheval. Le sifflement du vent et le choc des sabots sur le sol grisèrent Isaya qui jeta un coup d'œil sur sa gauche, le garçon la rattrapait puis il la dépassa mais elle savait qu'il poussait son cheval à entamer sa vitesse maximale trop tôt, ils leur restaient en tout une centaine de mètres avant le campement. Voyant l'autre animal la doubler, la petite alezane tenta d'accélérer afin de le rattraper mais Isaya l'en empêcha jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'une cinquantaine de mètres. Là elle lâcha carrément les rênes indiquant à sa monture qu'elle avait le champs libre. La jument ne se fit pas prier et Isaya eut la sensation de voler sur le dos d'Ojutaï lorsqu'elles dépassèrent leur adversaire puis entrèrent en trombe dans le campement sous les acclamations des résidents. Un rire sauvage s'échappa de sa gorge et elle oublia pendant quelques instants sa situation et se revit sur le dos de son dragon à la cime des nuages, libre.
Profitant encore un peu de l'adrénaline cet éclat de bonheur, elle fit plusieurs fois le tour du camp avant de finalement mettre la jument au trot puis au pas pour rejoindre Miri enfin arrivée, devant une immense tente ouverte sur les côtés, soutenue par de nombreux piquets en bois. La chef de clan confia les chevaux au jeune homme qu'Isaya venait de battre, il s'agissait en réalité de son neveu d'à peine seize ans, qui d'après la tête qu'il tirait, était blessé dans sa fierté de cavalier. Sa tante le consola en lui expliquant qu'il s'améliorerait en grandissant.
La cheffe invita respectueusement la dragonnière a s'asseoir sur de somptueux tapis où Watson l'attendait interdit mais louchant tout de même sur une table basse recouverte de gâteaux en tout genre et de thés odorants. D'ailleurs perdu, il demanda timidement comment se portait son frère et où il se trouvait car précédemment trois femmes l'avaient emporté dans une yourte.
- Votre frère se trouve dans la yourte où vous dormirez ce soir. Nos soigneurs l'ont ausculté et il semblerait qu'il ai subi un choc physique mais il s'en remettra rapidement avec du repos, pour le moment il dort toujours. Quand à vous dragonnière pour ce soir, vous pourrez vous installer dans ma propre yourte.
Avant qu'elle ne continue sur sa lancée, Isaya l'arrêta :
- Je dormirais avec mes hommes, ne vous embêtez pas pour moi.
Miri la sonda du regard un long moment puis se mit à sourire aimablement en invitant Watson à se délecter des mets présent sur la table. Ne se faisant pas prier, rassuré quand au sort de son jumeau ainsi que le regard approbateur d'Isaya, il piocha dans un bol emplit de biscuits.
Tout à coup la voix d'Ojutaï toujours caché dans le sac maintenant posé à terre, retenti dans l'esprit du goinfre et de la dragonnière. Isaya ne bougea pas d'un pouce et continua à siroter son thé quand à Watson il avala de travers un bout de gâteau, une tasse de thé lui évita l'étouffement.
- « Watson ! Ce n'est pas le moment de manger, dépêches toi de rejoindre Gabriel au cas où il se réveillerait et commencerait à brailler tout haut qu'il vient d'une autre dimension. Et débrouilles toi pour que vous soyez seuls. »
Le pirate reprit contenance et empoigna quelques loukoums qu'il enfourna dans sa poche tout en mettant du sucre partout. Puis il se tourna vers la chef du clan et tout en s'inclinant respectueusement demanda aux deux femmes s'il pouvait se retirer afin d'aller aux côtés de son frère. Après un regard à la dragonnière, Miri le congédia de bonne grâce et Watson commença à s'éloigner mais il revint bientôt sous la tente sous les injections du dragon.
- « Crétin d'humain, le sac ! »
Le précieux objet en sa possession, le pirate fila à toute vitesse vers la yourte qu'un soigneur lui indiqua. Quand il fut hors de vue, la dragonnière reporta son regard sur la vieille femme qui ne pouvait s'empêcher de la dévisager. Isaya poussa un soupir.
- Posez vos question Miri Levan même si je ne suis pas sûre de pouvoir y répondre.
La concerné s'excusa de son impolitesse et leur resservit du thé.
Elle commença prudemment:
- Une foule de questions se bouscule dans mon esprit et malgré ma capacité à décortiquer tout les scénarios possible, il me manque de nombreux éléments cruciaux sans lesquels je ne peux résoudre le puzzle complet.
- Vous êtes une femme dangereusement intelligente. Mais peut-être pourrais-je donner réponse à quelques questionnements.
- Vous m'en voyez fort aise. Disons, tout d'abord, que je suis curieuse quant à votre nouvelle apparence physique.
La dragonnière attrapa une mèche de ses cheveux blancs, autrefois bruns.
- Un accident. Un sort trop puissant, le drain d'énergie ne s'est pas fait sans effets secondaires.
- Vous m'en voyez désolé mais après tout, vous les dragonniers ne vous souciez pas de l'apparence physique.
- Non vous avez raison, l'académie banni ce genre de pensées secondaires qui pourraient détourner un dragonnier de sa cause.
Les deux femmes se turent le temps de boire quelques gorgées. Mais l'aînée ne put retenir bien longtemps sa langue.
- Sans vouloir vous offensez, j'ai remarqué que vous aviez changé depuis la dernière fois que je vous ai vu. Si ma mémoire est bonne cette rencontre date d'il y a peu près deux ans et demi.
- C'est exact, lors d'une réunion au palais entre les officiers de l'armée. Et en quoi ai-je changé ?
- Votre regard est moins dur, cassant. Cet air distant, rigide et strict ne se dégage presque plus de votre personne, vous me semblez plus en paix avec vous-même, apaisée.
- Vous deviez alors, avoir une piètre opinion de moi par le passé.
- À vrai dire, si je peux me permettre d'être totalement honnête. Personne ne voulait traiter des affaires d'état avec la dragonnière Bengali d'Arakum de peur de lui déplaire.
- Certes, mais nous étions à l'époque en état de guerre, je n'avais donc pas le temps de me soucier de l'aura qui se dégageait de ma personne.
- Tout à fait, vous avez raison. Toujours est-t-il qu'à présent vous ressemblez plus à l'idée que l'on se fait d'une jeune femme de votre âge. Peut-être est-ce dû à votre soit disant disparition de ces deux derniers mois ? Ou alors est-ce une couverture pour une quelconque mission ordonnée par le roi ? Ou bien plus inquiétant, une nouvelle guerre se préparerait-elle ?
Pour couper court à la curiosité mal venue de la femme devant elle, Isaya reprit son masque d'antan, comme si le fait de l'évoquer pouvait l'éveiller à nouveau. C'est donc avec un regard assassin et d'un ton tranchant comme une lame qu'elle s'adressa à la cheffe de clan:
- Je ne vois pas en quoi ma personnalité vous concerne. Je vous saurez grès de taire les quelconques insinuations me concernant qui vous viendrez à l'esprit. Quant au sujet de mes activités de ces deux derniers mois, je ne vois en aucun cas en quoi cela vous concerne Miri Levan.
Un silence pesant s'éleva sous la tente, la chef de clan reposa lentement sa tasse de thé comme si le moindre geste brusque pouvait augmenter la tension régnant déjà entre les deux femmes. Inconsciemment Isaya avait activé son pouvoir et ses yeux émeraudes, chargés de puissance dégageaient une aura glaciale et autoritaire, tout dans son attitude et sa posture indiquait à la vieille femme que la dragonnière ne tolérerait aucun autre affront mais cela pouvait confirmer les dires de Miri, elle cachait quelque chose. Une mission secrète ou quelque chose d'encore plus gros ?
Préférant jouer la carte de la sûreté, la chef de clan s'inclina respectueusement face à la jeune femme.
- Veuillez pardonner mes avanies Dragonnière Bengali, loin de moi l'idée de vous offenser. Je vais à présent me retirer pour donner les instructions pour le souper. En attendant vous pouvez circuler librement dans ce campement.
- Très bien, faites moi parvenir du papier et de l'encre je dois envoyer une missive.
- Il sera fait selon votre volonté, Dragonnière.
Avant de se retirer définitivement Miri s'inclina une dernière fois puis disparu dans la cohue du camp. Les épaules d'Isaya se mirent légèrement à trembler mais elle eût juste le temps de se reprendre quand le neveu de la vieille femme se présenta avec plusieurs feuilles de papier et enveloppes, une plume, de la cire et une bougie. Ne se départant pas de son masque, Isaya le congédia sèchement, le garçon ne se fit pas prier et déguerpi sans demander son reste.
Attrapant une feuille et la plume, Isaya s'appliqua à rédiger une lettre pour son maître à l'académie. Elle lui raconta de façon succincte les événements passés des deux derniers mois en omettant son amitié avec les pirates. De toute manière cela ne regardait qu'elle-même et le roi serait peut-être amené à lire cette missive. Une forte émotion s'empara tout de même d'elle quand sa plume souligna les mots : trahison et Jace. C'est donc le cœur gros qu'elle glissa la lettre dans son enveloppe, puis qu'elle mit à fondre un peu de cire avant de la couler sur le papier pour enfin y apposer sa bague qu'elle portait constamment qui lui servait aussi de sceau. Quand elle releva sa main, le symbole d'un dragon et d'une épée y figurait.
Son devoir fait, la dragonnière se leva et se dirigea vers la yourte où elle avait vu Watson disparaître plus tôt. Un homme d'âge moyen se tenait à son entrée, habillé et apprêté pour une longue chevauchée. La jeune femme comprit qu'il tiendrait le rôle de coursier jusqu'à la capitale, elle lui tendit donc l'enveloppe.
- Remettez cette missive au mage Iron Gawallel Oak, à l'académie d'Arakum. Pas d'intermédiaire, vous devez lui remettre uniquement en main propre et bien sûr je compte sur votre entière discrétion.
Le messager acquiesça puis s'activa pour récupérer une monture afin de mener à bien sa mission. Isaya calcula qu'il lui faudrait environ trois jours de chevauchée intense avant d'arriver à la capitale en espérant bien sûr que son maître ne se soit pas encore enfermé dans son laboratoire pour n'en ressortir qu'une semaine plus tard.
Alors qu'elle voyait le porteur s'éloigner, une douleur lui étreignit la poitrine. Son rêve s'achèverait quand cette missive arriverait à l'académie. Enfin non, il s'était achevé à l'instant où elle était arrivé à Erevan. Elle avait l'impression de sortir d'un songe brumeux, opaque qui l'avait empêché de voir la réalité. À présent son séjour dans un autre monde lui parut dépassé, lointain, comme s'il n'avait jamais eu lieu.
- « Isaya...»
Attirée par l'idée d'un peu d'affection, elle pénétra dans la yourte en jetant un coup d'œil aux jumeaux qui dormaient côte à côte. Watson avait du sombrer à cause de toutes ces émotions, peur, détresse, incompréhension et surtout appréhension, sûrement les mêmes qu'elle avait ressenti lors de son basculement dans un autre monde. À ces pensées Isaya détourna son regard coupable et attrapa Ojutaï afin de le serrer dans ses bras. Elle lui parla alors tout bas :
- Ojutaï... Est-ce que tout cela n'était qu'une illusion ? Pourtant Watson et Gabriel sont bel et bien ici, à Erevan. Nous savons ce que cela fait d'être jeté dans un autre monde, étrangers au mode de vie et aux mœurs, je ne leur souhaite pas cette perdition, ils ne trouveront pas le soutien que j'ai reçu. Comment peut-on les renvoyer chez eux ?
- « Ce que nous avons vécu était réel Isaya, essaies d'associer cela à une chance inouïe d'avoir pu découvrir un monde parallèle. Quant aux pirates, nous les aiderons à comprendre, à apprendre et maître Gawallel Oak nous aidera sûrement à trouver une solution pour les renvoyer. »
Il marqua une pause avant d'ajouter :
- « Isaya nous sommes enfin de retour chez nous. »
Malgré les paroles rassurantes du dragon, la jeune femme n'arrivait pas à se détendre, un sentiment confus et incertain la taraudait. Comme si elle avait laissé une porte ouverte pour quelque chose d'interdit. Puis ses yeux se posèrent sur son poignet où la marque devrait se trouver, plus elle fixait sa peau nue plus la sensation de malaise s'accentuait. Elle savait ce qu'elle avait laissé derrière, ce qui aurait pu l'aider à devenir quelqu'un d'autre : du répit. Et cela, un équipage venait de lui offrir alors une vague de panique s'empara d'elle, la dragonnière dure, rationnelle et distante tentait de reprendre le contrôle sur la jeune femme pleine de doutes et d'émotions.
Brusquement un flash aveuglant la figea sur place, elle reconnaissait cet éclat... Elle n'eût pas le temps de réfléchir plus longtemps que la douleur caractéristique au manque d'air et à l'exposition face à une forte pression, se fit sentir de plus en plus violente. La jeune femme se sentit de nouveau tomber sans rien pouvoir faire, elle perdit alors connaissance.
[...]
Marco avait fouillé les environs de la clairière mais n'avait trouvé aucun signe de ses camarades. Il était sûr qu'ils n'étaient pas morts, il refusait de l'imaginer. Après s'être calmé le phenix se doutait bien que leur disparition avait à voir avec le fragment et les pouvoirs d'Isaya mais il refusait de rester les bras croisés. Le pirate avait donc, après ses recherches infructueuses, accouru prévenir son père. Le jour s'étant levé entre temps, Barbe Blanche avait donc organisé une grande battue sur cette île qui heureusement pour eux se trouvait sous leur protection, facilitant les recherches. Mais à l'heure du déjeuner il leur fallu se rendre à l'évidence, que les jumeaux, la dragonnière et son compagnon n'étaient bel et bien plus sur l'île. Le capitaine du Moby Dick dû se résoudre à stopper les recherches infructueuses laissant Izou et Satch totalement désemparés, Marco lui survolait toujours l'île dissimulant ses émotions sous un masque sombre quant au reste de l'équipage, ils étaient attristés de la disparition de leurs camarades et de la petite conteuse.
{-}
Alors que certains pirates essayaient de se changer les idées pour ne pas sombrer dans l'humeur morose ambiante, un en particulier s'éveilla dans un bordel, totalement inconscient de ce qu'il se tramait au dehors.
Ace avait une sacrée gueule de bois et apparemment plus un sous en poche, la prostituée avec laquelle il avait passé la nuit avait dû se servir dans sa bourse désormais vide. C'est tant bien que mal qu'il se rhabilla. Une fois cette pénible action achevée, il descendit d'un pas traînant les escaliers menant au bar de la maison close. Quelques pochtrons ronflaient encore sur les tables, voulant suivre leur exemple, il s'accouda au bar afin de négocier un dernier verre mais il s'endormit sans même avoir eu le temps de parler. Le pirate releva la tête dix minutes après comme si rien ne s'était passé et un verre était étrangement apparut à côté de lui. Le patron s'était décidé à faire un petit geste, après tout il avait été le meilleur client de la soirée.
Le shot avalé, Ace sortit du bâtiment et grimaça quelques secondes face à la luminosité et au nombre de personnes présentes dans les rues. C'est donc naturellement qu'il décida d'emprunter les toits. Il n'était pas vraiment pressé et en profita pour flâner, après tout il n'avait rendez-vous avec son équipage que le lendemain, Barbe Blanche ne l'attendait pas de si tôt.
Alors qu'il avait pris la décision de faire une pause et de se prélasser au soleil sur un toit aux tuiles rouges, une ombre camoufla le soleil et il n'eût pas le temps d'éviter la masse qui s'abattit de plein fouet sur lui. Quand il ouvrit les yeux il fut surpris de découvrir une jeune femme aux cheveux étrangement blancs et semblant mal en point. Jetant un coup d'œil autour de lui, il ne trouva aucune raison logique à son apparition, c'était comme ci elle était tombée du ciel. Il vérifia qu'elle respirait toujours, son souffle était erratique mais elle était en vie sans aucune blessure externe visible. Un peu embêté , il ne sut quoi faire d'elle tout de suite puis il tilta, Satch lui avait parlé à l'escargophone d'une jeune femme étrange, aux cheveux blancs et tombée du ciel qui avait trouvé refuge chez les pirates de Barbe Blanche. Se disant qu'il y avait une chance que ce soit elle, il la prit dans ses bras et perché sur les toits repéra le Moby Dick amarré au port non loin.
D'un bond il atterrit dans la rue descendant aux quais, surprenant une vieille dame au passage.
- Désolé M'dame, je ne vous avez pas vu !
Après s'être excusé il continua sa route tranquillement. Mais quand il déboucha sur le port, l'étrange jeune femme remua dans ses bras, elle était en train de reprendre conscience. Il s'accroupit donc à l'écart de la foule pour ne pas la faire paniquer, tout en la tenant toujours fermement contre lui. Elle ouvrit une première fois les yeux mais les referma rapidement. Étais-ce un éclat ambré qu'il avait eu le temps d'apercevoir entre ses cils identiques à sa chevelure ? Curieux il attendit qu'elle les ouvre définitivement pour confirmer ses dires. Afin de la rassurer il lui parla calmement et chaleureusement :
- Bonjour demoiselle, tu n'as rien à craindre de moi. Ouvres les yeux, je ne te veux aucun mal.
Ladite demoiselle rouvrit brusquement les paupières, coupant la respiration du pirate au dessus d'elle quelques instants et le laissant à penser que des yeux pareils ne devaient sûrement pas être humains. Mais il déchanta rapidement quand la jeune femme se dégagea violemment de son étreinte.
{-}
Quand elle ouvrit les yeux, la première chose qu'elle vit fut une silhouette penchée sur elle, lui masquant le soleil et la plongeant dans l'ombre. Il lui était donc impossible de déterminer la nature de la personne la tenant dans ses bras c'est donc un peu paniquée qu'Isaya se dégagea violemment de son étreinte pour se redresser mais la tête lui tourna et pendant quelques secondes elle se trouva aveuglée par des tâches noires. Au bout de ce qu'il lui sembla une éternité, elle fut à nouveau en capacité de voir correctement. La silhouette, enfin l'homme qui était près d'elle se releva doucement, sans faire de gestes brusques les mains bien en évidence. Il portait un étrange chapeau et se baladait torse nu mais le plus remarquable était son visage chaleureux moucheté de quelques tâches de rousseurs. Aucune animosité ne se dégageait de lui alors Isaya en profita pour jeter un coup d'œil autour d'elle et se figea de surprise, elle était de retour dans le monde des pirates. Mais que s'était-t-il passé ? Tout était flou, elle n'arrivait pas à se rappeler.
L'homme au chapeau amorça une approche mais elle l'arrêta d'un signe de la main, lui faisant comprendre de ne pas entrer dans son espace vital. Malgré l'inquiétude qu'elle pouvait lire sur son visage, une seule chose se ressassait dans son esprit comme une litanie : Ojutaï, Watson, Gabriel. Où étaient-ils ?
Brusquement son cœur s'emballa et une énergie vitale s'écoula en elle, lui donnant une sensation de puissance débordante, ne demandant qu'à s'échapper. Elle tomba à genoux tout en tremblant.
- Le fragment... pourquoi maintenant ?
À présent très inquiet l'homme au chapeau s'approcha dangereusement d'elle. S'il venait plus près Isaya savait qu'elle exploserait et alors l'épisode de sa crise sur le Moby Dick aurait à nouveau lieu mais cette fois-ci au milieu d'un port bondé. Luttant de toutes ses forces, la dragonnière transpirait à grosse goutte et se sentait défaillir. L'homme plein de bonne volonté n'était à présent plus qu'à quelques pas d'elle. Elle réussi à lui souffler tant bien que mal :
- Dangereux... T'approches...pas.
{-}
Marco le savait : ils étaient revenus ! La marque était réapparue cela voulait dire qu'Isaya et ses camarades étaient ici dans ce monde. Alors qu'il se dépêchait de faire demi-tour et de prévenir ses camarades rentrés sur le navire, il aperçut un chapeau reconnaissable entre mille et un éclat de chevelure neige. Il fit une vrille rapide pour se diriger vers ce qui, au fur et à mesure de sa descente, ressemblait de plus en plus à Ace et Isaya. Sa marque devint chaude et un inquiétant noir remplaça le vert, il comprit alors à la position de la jeune femme, qu'elle était prête à exploser c'est donc vers Ace qu'il piqua pour expulser son ami le plus loin possible de la dragonnière. À ce moment là Isaya poussa un hurlement strident, relâchant une vague d'énergie couchant tout sur une zone d'une dizaine de mètres créant la panique générale dans le port.
Surpris Ace se releva et se tourna vers Marco. Le phénix savait qu'il lui poserait un tas de questions, il devança donc son camarade.
- Elle s'appelle Isaya, Satch a dû t'en parler et il y a encore quelques minutes elle était porté disparu avec deux autres membres de l'équipage. Son pouvoir est assez spécial et actuellement hors de contrôle. Si tu l'approches trop près elle aspirera ton énergie vitale.
Ace surpris Marco lorsqu'il explosa de rire.
- Donc en plus d'être tombé du ciel, cette nana a un fruit du démon incontrôlable. Et père lui a offert sa protection ? Décidément on ne va pas s'ennuyer avec elle, je l'aime déjà.
Dépité le phénix lança un regard étonné à son ami, il connaissait Ace mais ne s'attendait pas à ça.
- Bref, comment on l'arrête ? Nan parce que là je vois des nuages noirs se former au dessus de nos tête enfin si c'est elle qui fait ça.
- Et bien soit on l'assomme soit on retrouve Ojutaï.
- Ojutaï ?
- Une sorte de lézard volant, doté d'une grande intelligence et de la parole.
- De plus en plus intéressant !
{-}
Ace n'avais jamais vu ça de sa vie, même Marco semblait inquiet et pourtant il en fallait pour le faire flipper. Mais là il y avait de quoi :des ondes de choc répétitives se dégageaient du corps de la fameuse Isaya qui était prostrée au sol et suffoquant, empêchant quiconque de s'approcher. Mais le plus impressionnant était les sombres nuages s'accumulant au dessus d'eux, commençant à lentement tourner sur eux même, présageant une tornade ou un phénomène climatique de la même envergure.
Revenant à la jeune femme, Ace remarqua qu'elle s'était redressée et tendait la main vers lui et son nakama. Ses cheveux cachant son visage pâle rendait le tout assez flippant et il ne comprenait pas pourquoi elle se tournait comme ça vers eux, c'est comme si elle voulait quelque chose d'eux mais Marco semblait avoir compris. Soudain une voix résonna dans son esprit :
- « Vite, je ne tiendrais pas longtemps. Aidez moi... »
Le phénix et son ami échangèrent un regard.
- Ace, elle veut qu'on l'assomme.
- Alors qu'elle vient de se réveiller ?
C'est alors qu'ils aperçurent leur capitaine en face d'eux, de l'autre côté de la jeune femme commençant à perdre le contrôle. Ace capta l'échange entre le commandant et leur père.
- Ace écoute moi. Avec ses pouvoirs, père va dissiper pendant quelques secondes les ondes de chocs mais elle tentera quand même de nous vider de notre énergie. Je vais donc servir d'appât et feinter sur la droite, pendant ce temps tu surgiras dans son dos et lui fera perdre conscience. Par contre il va falloir être très rapide. Et ne la frappe pas trop fort s'il te plaît.
- Ça me va.
Edward Newgate donna donc le signal tant attendu : d'un simple choc sur le sol avec sa lance, les vagues d'énergie se stoppèrent immédiatement. Marco en profita donc pour plonger vers Isaya mais il eût une réaction étrange et se stoppa en plein milieu de sa course, comme s'il était au ralenti et qu'on le vidait effectivement de son énergie. Ace ne prit pas le temps de creuser la question et bondit dans le dos de la pauvre jeune femme puis d'un coup bien placé, l'assomma. Alors que son corps tombait en avant, le commandant de la seconde division, la rattrapa de justesse.
Il releva la tête vers le phénix qui se remettait debout, l'air sonné. Il furent bientôt rejoint par une partie de l'équipage et leur capitaine. La crise d'Isaya, heureusement maîtrisée, avait fait du grabuge et une foule de curieux se pressait autour des pirates ayant délimités la zone. Barbe Blanche se pencha vers lui et lui souffla chaleureusement :
- Bon retour parmi nous mon fils, tu as retrouvé celle qui dorénavant sera temporairement ta nouvelle sœur.
- Wouah, okay, on peut genre la garder officiellement ? J'ai toujours rêvé d'avoir une petite sœur.
L'un des pirates présent autour d'eux s'empressa de le contredire.
- Euh non commandant Ace, elle est plus âgée que vous.
Marco rajouta dépité :
- Ce n'est pas non plus un animal abandonné à adopter Ace...
Poings ardents resserra sa prise autour de la jeune femme l'éloignant de lui, comme si elle n'était qu'une vulgaire peluche qu'on voulait reprendre des bras capricieux d'un gosse boudeur trop gâté.
- Quoi ? Mais c'est nul ! Sinon elle vient d'où exactement ?
Barbe Blanche explosa de rire puis invita Marco à se reposer et à Ace de déposer son fardeau. Il envoya ensuite le reste de son équipage se mettre à la recherche des jumeaux et du petit dragon. Mais il ne se faisait pas trop de souci, il sentait qu'ils n'étaient pas loin. Finalement cette journée ne s'annonçait pas si mal que ça.
J'espère que ce chapitre vous a plut et que votre curiosité a été émoustillée par ce petit saut en Erevan ;)
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