Me revoilà après une très longue absence, j'ai eu une petite panne d'inspiration et je me suis concentré sur un autre projet d'écriture laissant de côté cette fiction. Mais pas de panique je suis de retour et je présente mes excuses avec le chapitre 12 qui est un peu plus long que tous les autres.
J'espère que ça vous plaira et je vous dit au prochain chapitre :)
Enjoy !
April
Chapitre 12
Isaya sortait à peine de la cabine du capitaine qu'une furie à chapeau lui sauta dessus tout en lui posant un milliard de questions. N'étant pas d'humeur, elle ignora l'opportun en repensant à la discussion avec Edward Newgate. Heureusement qu'Ojutaï était resté dans la cabine pour lui expliquer le reste du récit car elle n'en en avait pas la force.
En effet, le grand pirate lui avait expliqué que ses hommes avaient retrouvé le dragon et les jumeaux non loin de l'endroit où Ace l'avait récupéré, elle. Mais il lui raconta surtout comment ils avaient réussi à stopper rapidement sa « crise » et la jeune femme était persuadée qu'il s'agissait d'un effet secondaire suite à la récupération du fragment. Après tout elle l'avait absorbé après l'avoir touché mais pourquoi s'était-il activé seulement à son retour dans ce monde ? Elle avait senti son pouvoir recevoir un coup de fouet phénoménal mais à son réveil la dragonnière n'avait pas l'impression d'avoir beaucoup augmenté son énergie magique. Si elle n'avait pas vu Ojutaï qui avait légèrement grossi elle n'y aurait pas cru.
Une question bien plus alarmante la taraudait. Pourquoi était-t-elle revenu ici ? Elle était à Erevan puis c'est comme si le doute insidieux, sur les sentiments qu'elle ressentait liés au fait d'être à nouveau chez elle, l'avait poussé à repartir. En tout cas c'est ce qu'elle pensait ou alors étais-ce lié au fragment ? Mais alors comment avait-t-elle pu entraîner les jumeaux avec elle ? Ojutaï encore c'était logique mais eux. Est-ce parce qu'ils étaient près d'elle à ce moment ?
Tant d'interrogations sans réponses tournaient en boucle dans la tête de la dragonnière que celle-ci n'arrivait pas à s'apaiser correctement. La réflexion de Miri Levan l'avait dans le fond blessée à propos de sa personnalité détestée à Erevan mais ce qui l'agaçait c'était la manière dont au final elle s'était relâchée ici et ce dès son arrivée.
La jeune femme s'était entraîné durement pendant deux mois afin de survivre dans ce monde inconnu mais tous ici la traitaient comme une jeune fille et non comme une dragonnière. Certes elle était très loin d'être au sommet de sa puissance, loin de là mais ce qui l'énervait le plus était le fait qu'elle se complaise bien volontiers dans ce nouveau rôle régressif. Elle s'était même tellement prêté au jeu qu'elle avait renié ses principes qu'elle croyait pourtant inébranlables et ancrés profondément en sa personne. Elle ne se reconnaissait plus après cette claque de réalité qu'elle s'était prise de retour à Erevan.
Isaya devait tout de même reconnaître qu'elle était heureuse d'avoir un peu de répit surtout après les événements passés dans son royaume mais en tant que dragonnière, elle avait douté de sa volonté à retourner à Erevan, sa patrie et son devoir. Et c'est cela qui faisait enrager la jeune femme contre elle-même, contre cet équipage trop avenant, contre ce stupide monde et surtout contre Jace.
Au souvenir de son ami d'enfance – non – du traître, ses poings se serrèrent et se mirent à la démanger. Alors avoir un nouveau membre de l'équipage sur le dos commençait à sérieusement effriter son self-contrôle. Pourquoi cet homme aux tendances exhibitionnistes ne faisait que de répéter qu'elle était sa sœur ou quelque chose dans le style ?
Au bout d'un moment n'y tenant plus elle s'arrêta au milieu du couloir principal menant au pont, il l'avait quand même suivit jusque là sans qu'elle n'écoute un traître mot de ses paroles. Le jeune homme voulait le réveil de la dragonnière décrite par Miri Levan ? Et bien il l'aurait, après tout c'est ce qu'elle était sensé être. Ne se souciant pas des nombreux pirates aux alentours, elle dégagea son aura la plus glaciale possible, afin de le refroidir, elle lui demanda sur un ton effrayant de politesse:
- Mais de quoi me parlez-vous depuis tout à l'heure ? D'ailleurs qui êtes-vous ?
L'idiot lui offrit un sourire aveuglant de bonnes intentions ce qui fini d'agacer la dragonnière.
- C'est vrai que je ne me suis pas officiellement présenté. Portgas D. Ace, commandant de la seconde division pour te servir !
La jeune femme ne regarda même pas sa main tendue, gardant ses yeux rivés dans ceux de son interlocuteur. Il parut légèrement gêné mais replaça sa main dans sa poche sans se départir de son exécrable et écœurante bonne humeur.
- Peut-être que dans ton monde vous n'avez pas les même coutumes pour saluer quelqu'un. Bref passons, tout à l'heure j'essayais de te dire que j'étais heureux d'avoir une nouvelle sœur vu que tu as rejoins l'équipage, ça change pour une fois.
Isaya tiqua au mot sœur lui évoquant de mauvais souvenirs. C'est donc sèchement qu'elle lui répondit.
- Je ne vois absolument pas en quoi j'ai la moindre affiliation familiale avec qui que se soit sur ce navire. Certes le capitaine Newgate m'a gracieusement offert l'hospitalité pour une durée indéterminée mais je ne resterais en aucun cas sur ce navire indéfiniment, j'ai été très claire avec lui tout à l'heure et je pensais le sujet clos. Je suis libre de partir à tout moment et de revenir si le besoin s'en fait sentir mais cela ne fait aucunement de moi un membre de cet équipage.
Les mots tranchants comme des lames sortaient de sa bouche sans qu'elle ne puisse les retenir mais tout l'énervait depuis qu'elle avait repris conscience. Elle se savait méchamment insupportable mais ne pouvait s'en empêcher et puis il fallait vraiment qu'il arrête avec cette histoire de membre d'équipage, ça lui tapait de plus en plus sur les nerfs. La dragonnière rajouta donc pour lui faire définitivement comprendre:
- De plus je vous saurez reconnaissante de bien vouloir cesser de m'appeler « vôtre sœur ». Je n'ai pas de famille et je n'en aurais jamais.
Sur ce elle tourna les talons et d'un pas vif franchit la porte menant au pont, ses yeux ambres lançant des éclairs aux pirates qui avaient écouté leur conversation. Elle atteint rapidement la poupe du navire afin de rester un peu seule et de se calmer, ce dont elle avait cruellement besoin. Même si tout cela n'était que le reflet d'une sombre détresse.
[...]
Plus d'une semaine s'était écoulée depuis l'incident avec Ace mais l'attitude d'Isaya n'avait pas changée. Les pirates avaient espéré que le fait de reprendre la mer calmerait la dragonnière mais l'inverse semblait plutôt avoir lieu. Du coup tous l'évitaient et fuyaient son regard. Non pas qu'elle était agressive avec l'équipage, c'était plutôt sa froideur et la distance qu'elle avait mit entre eux et elle-même qui les déstabilisaient. La jeune femme était extrêmement polie mais glaciale et aucune expression ne venait égayer son visage fermé. Seuls ses yeux transparaissaient quelque chose, ils étaient durs, orageux. Se plonger dedans était passible de frissons pendant une bonne heure.
Même Ojutaï passait plus de temps avec le capitaine qu'avec sa maîtresse mais lui seul, ainsi que Gil et parfois Marco, pouvait vraiment lui faire décrocher quelques mots. Alors l'équipage entier avait décidé de la laisser en paix sauf Ace qui avait pris leur semblant de dispute comme un défi et ne souhaitait qu'une chose : lui faire encore et toujours intégrer l'équipage. Bien sûr nombreux étaient ceux qui avaient tenté de l'en dissuader se souvenant sans de doute de la seule « crise de colère » que la jeune femme avait eût et ce qui en avait découlé.
Mais les pirates furent vite surpris par la jeune femme qui continuait inlassablement de rejeter froidement mais poliment le commandant de la seconde division, de s'incliner respectueusement puis de partir, le plantant sur place. Même Satch commençait à en avoir assez de ce ballet incessant et menaçait de découper lui-même, Ace en rondelle. D'ailleurs il ne comprenait pas comment Isaya pouvait ne pas exploser au bout de la trentième tentative infructueuse, du gros relou de service, pour l'intégrer à l'équipage.
N'y tenant plus il était allé consulter leur capitaine et père avec Izou et Marco à propos du cas d'Ace et Isaya rendant la vie sur le navire tendue et parfois compliquée. Ils ne pouvaient rien reprocher à Isaya car malgré la distance qu'elle maintenait avec l'équipage, la jeune femme n'était en aucun cas agressive ou irrespectueuse, elle en était bien loin même. Mais Ace lui, devait se calmer et la laisser tranquille car les pirates craignaient qu'elle explose et réduise leur second commandant en charpie avec l'équipage et le navire.
Pour Ace, c'était facile, Barbe Blanche n'avait qu'à lui ordonner de cesser mais pour la dragonnière, ce serait plus difficile. Le petit dragon étant présent dans la cabine du capitaine, les quatre pirates se tournèrent vers lui pour trouver la raison de l'attitude d'Isaya ainsi qu'un moyen de la détendre un peu.
- Ojutaï, que se passe-t-il avec ta maîtresse ? Est-t-elle en colère contre nous ?
Le reptile sembla réfléchir quelques instants.
- « Je sais que son court passage à Erevan l'a grandement secouée, elle en souffre quelque peu. Actuellement elle agit comme par le passé, c'est à dire en dragonnière dure et distante à qui une lourde tâche a été confiée et qui ne doit jamais perdre la face. C'était son unique manière de se protéger et de se faire respecter. »
Les hommes présents se regardèrent un peu perdus. Satch renchérit donc :
- On le voit bien qu'elle est en colère et semble souffrir mais nous on veut la Isaya d'avant. Celle qui était souriante, avenante, émerveillée par l'inconnu. On a l'impression d'avoir une marine à bord maintenant.
Ojutaï plissa ses paupières écailleuses.
- « Donc vous voulez la Isaya que VOUS avez façonné. Celle que tu décrivais Satch, n'existait quasiment pas à Erevan. Les seules personnes avec qui elle a été vraiment ouverte sont nôtre maître, Jace, moi-même et uniquement dans l'intimité loin des regards. »
Les pirates s'échangèrent un regard d'incompréhension.
- Que veux-tu dire par là ?
- « Et bien tout simplement que ma maîtresse n'est en cet instant qu'elle-même et comment elle a été façonnée. C'est à dire une dragonnière. Toute son éducation, son apprentissage, sa vie même ne tourne qu'autour de ce rôle donc c'est normal qu'elle agisse en conséquence. Elle n'a connu que ça et a dû en faire toujours plus que les autres surtout en tant que femme, c'était sa vie à Erevan. Vous ne pensiez tout de même pas que son chemin était pavé de roses ? Ce serait plutôt de sang, oui. Notre monde n'est pas aussi tolérant et ouvert que le votre.»
Tout en disant cela, le dragon ricana nonchalamment, ne s'inquiétant pas car il n'avait pas la même perception des relations humaines. Barbe Blanche, méditant sur ces paroles, passa sa main sur sa moustache puis hocha gravement la tête vers le reptile.
- Nous avons compris Ojutaï, c'est nous qui nous comportons comme des rustres. Je m'excuse donc si tu as cru que l'on rejetait ce côté-ci de la personnalité de ta maîtresse. C'est juste - qu'on ne s'y attendait pas. Par contre peut-on savoir plus précisément l'origine de cette colère qui gronde dans son regard ou du moins en partie ?
Un sifflement satisfait s'échappa de la gorge du dragon, le message était passé. Il se tourna donc paresseusement vers le commandant de la seizième division.
- « Pour ce qui est du cas par cas... Izou, tu la traites trop comme une poupée. Ça l'agace au bout d'un moment. Je le répète mais elle n'a jamais été une femme mais une dragonnière avant tout. »
Le commandant s'en voulut d'avoir essayé de lui imposer cette part de féminité dont elle ne voulait pas pour le moment.
Ensuite se fut au tour de Satch qui retenait son souffle, inquiet, en effet le petit dragon était plutôt sec et autoritaire.
- « Satch, même réflexion que pour Izou, ma maîtresse n'est pas une une jeune fille effarouchée même si chez vous elle a pût vous montrez certaines de ses failles, si tu le penses encore elle te fera mordre la poussière. »
Alors qu'Ojutaï s'apprêtait à sermonner le suivant, il se retourna finalement et replanta son regard dans celui du quatrième commandant.
- « J'ai failli oublier, mais ça c'est personnel, arrêtes de détailler mon humaine comme si c'était un bout de viande sinon quand je reprendrais ma forme initiale, ce sera toi mon repas. »
Un frisson parcourut l'échine du brun. Comment un truc aussi petit pouvait foutre autant la trouille ? Il comprenait à présent ses hommes, Watson et Gabriel, et leur légitime peur panique du dragon.
Marco attendait son tour, le visage neutre, quand le reptile se tourna vers lui il ne savait pas à quoi s'attendre.
- « Phénix, je crois que ma maîtresse t'apprécie. Tu la considères comme ton égale, ni plus ni moins. Et puis tu es un bon instructeur. »
Intérieurement Marco respira, il avait peur qu'Ojutaï expose devant tous l'attrait grandissant qu'il avait pour Isaya. Enfin c'était s'il l'avait remarqué.
- « Ed, je sais que tu souhaitais nous intégrer à ton équipage mais nous en avons pas envie et ne pouvons pas. Mais si nous te paraissons ingrats et encombrants nous partirons de suite. »
- Non petit être, je ne vous renverrez pas. Vous êtes et resterez mes invités.
Le sujet était donc clos, Ojutaï rajouta quand même deux points:
- « Je me répète mais laissa la juste tranquille. Par contre si vous tenez vraiment au deuxième commandant je vous conseille de l'éloigner et ce rapidement. Isaya ne tiendra pas plus longtemps à moins que vous vouliez en faire son défouloir. Car la seule chose qui pourrait vraiment la détendre serait un vol en altitude mais je ne suis plus en mesure de lui offrir ceci ou bien un vrai moment de détente sur la terre ferme. »
Les quatre pirates se regardèrent inquiets, ils étaient encore à une dizaine de jours de leur prochaine destination. Stach se leva le premier.
- Je m'occupe d'éloigner Ace. Marco, peut-être qu'un entraînement contre toi et Vista lui permettrais d'évacuer un peu de sa colère. Au pire on sacrifie les jumeaux comme punching-ball. Et Izou je ne sais pas ce que tu peux faire.
- Si je peux essayer de lui faire des excuses mais j'attendrais la bonne occasion.
- Bien.
À nouveau seuls, Newgate et Ojutaï se replongèrent dans leur partie d'échecs agrémentée par le dragon qui racontait au pirate comment il avait réussi à avaler sept chevreuils en une fois. À un moment donné, le petit reptile se demanda s'il aurait dû expliquer aussi qu'Isaya était majoritairement en colère contre elle-même. Mais bon, après tout ils lui avaient juste demandé si sa maîtresse était énervé contre eux, c'est tout.
{-}
Marco toqua à la porte de la « chambre » d'Isaya. Il entendit du mouvement quelques secondes après et se recula légèrement lorsqu'elle ouvrit la porte le visage neutre.
- Oui ?
- Gil a eu une idée. On s'entraîne toujours aux dagues et au corps à corps mais on aimerait te faire essayer le pistolet et le fusil si tu es tentée.
Le médecin apparut dans le dos du commandant.
- Nous t'avons déjà expliqué et montré ce qu'étaient les armes à feu mais nous ne t'en avons jamais fait tester. Je dois dire que je me débrouille plutôt bien, je pourrais peut-être t'enseigner un trucs ou deux.
La jeune femme sembla réfléchir quelques instants puis elle accepta. Le trio se dirigea donc vers le pont arrière afin d'être seuls pour se concentrer plus facilement et surtout éviter le moindre accident.
Le phénix plaça quelques bouteilles vides et boîtes de conserves sur la balustrade du gaillard d'arrière afin de servir de cibles pour l'entraînement. Avec l'aide du médecin de bord, il déposa au sol plusieurs pistolets et fusils de calibres différents ainsi qu'une réserve de balles.
Jetant un coup d'œil rapide à la dragonnière qui écoutait les instructions de Gil, il se demanda si cette dureté qu'elle dégageait était vraiment une part inhérente de sa personnalité ou juste une carapace dont elle n'arrivait plus à se débarrasser par habitude au bout de tant d'années. Après tout ils l'avaient connue tellement chaleureuse pendant ces deux derniers mois. Isaya n'avait pas semblé se forcer à sourire ni même à apprécier leur compagnie, mais alors que signifiait réellement ce changement radical ? Était-ce juste dû à cet allé-retour dans son monde ou c'était beaucoup plus profond ? Et si elle en souffrait tant que ça comment la soulager ne serait-ce qu'un peu de sa peine ? Et surtout dans qu'elles conditions avait-elle grandit pour en arriver là ?
Il avait tellement de questions en tête. Lui qui s'était senti heureux lorsque la jeune femme avait accepté ce navire et cet équipage comme encrage et comme point de chute si elle en avait besoin, se trouvait dorénavant impuissant.
Alors que Gil montrait comment armer un pistolet à Isaya, Marco se mit en retrait pour jauger son potentiel. Au bout d'une série d'essais il lui fallut se rendre à l'évidence, la dragonnière n'avait pas de talent inné pour les armes à feu à moins de s'entraîner vraiment durement. En effet même si elle semblait réussir à se concentrer correctement, son corps ne voulait pas se placer naturellement de la bonne manière. Poussant un soupir las il s'approcha d'eux.
- Laisses moi tenter un truc Gil.
Ledit médecin lui jeta un regard entendu et son éternel sourire en coin apparut sur son visage faisant grogner le commandant.
- Pas de souci, je vous laisse. J'ai du travail de toute façon.
Mais avant de rentrer dans le navire il décrocha un clin d'œil malicieux à son ami et interpella la jeune femme.
- Isaya, écoute bien Marco. Je pense qu'il sera un bien meilleur instructeur que moi.
Sa tirade lancée il pénétra dans la pénombre du couloir, les mains dans les poches tout en sifflotant.
Faisant abstraction de son camarade, le phénix se concentra de nouveau sur Isaya qui le regardais fixement, attendant la suite. Il lui mit donc un fusil chargé dans les mains et lui demanda de viser sans pour autant tirer. La jeune femme s'exécuta mais n'arrivait toujours pas à se placer correctement. Une idée fleurit dans l'esprit du commandant.
- Isaya es-tu gauchère ou droitière ?
Elle tourna ses orbes ambrés vers lui, abaissant l'arme.
- Je suis ambidextre.
- Certes, parfait pour utiliser des dagues dans chaque mains. Mais peut-être seras-tu plus à l'aise si tu changes le fusil d'épaule.
La jeune femme déplaça donc l'arme à feu. Tout de suite elle adopta une meilleure position. Un très léger sourire éclaira son visage. Et voilà, c'était déjà bien mieux mais pas encore tout à fait ça. Il se pencha donc doucement vers la dragonnière aux cheveux neige.
- Je peux ?
{-}
Isaya ne comprit pas tout de suite son intention puis tilta à son rapprochement que le commandant voulait se placer derrière elle pour lui indiquer comment se positionner correctement. Elle acquiesça donc. Le phénix se glissa juste derrière elle et plaça sa main sous celle de la jeune femme qui tenait le fusil. Il déposa la seconde sur sa hanche qu'il fit pivoter doucement. Leurs deux corps se retrouvaient donc très proches, Isaya pouvait sentir la chaleur corporelle émanant de son instructeur. Elle qui de base détestait les contacts physiques ne sentit pas si mal à l'aise que ça et cela ne la rebutait étrangement pas, malgré une petite gêne. Peut-être était-ce parce qu'elle savait qu'elle n'avait rien à craindre du phénix ?
Écartant ses pensées, elle se concentra de nouveau sur une bouteille, grâce à son œil directeur comme Marco lui indiqua. D'ailleurs celui-ci raffermit sa prise.
- Isaya, tes hanches, bloques les, ne pivotes pas. Maintenant abaisses légèrement ton bras et raffermit ta prise. Là comme ça c'est parfait.
La jeune femme commençait à comprendre comment se maintenir et elle écouta attentivement les dernières instructions du commandant, presque chuchotées.
- Là, parfait. Alignes ton œil avec ton viseur et ta cible et quand tu te sentiras prête tu bloqueras ta respiration avant de tirer. Prends ton temps.
Isaya fit le vide encore pendant quelques secondes puis elle bloqua sa respiration se concentrant sur le rythme de son cœur.
La sentant prête, le phénix lui souffla dans l'oreille :
- Tires.
Alors elle appuya sur la gâchette et sursauta lorsque la balle traversa le haut de sa cible dans un bruit de verre éclaté. La jeune femme se retourna, un air surpris sur le visage, vers le phénix qui s'était légèrement reculé pour l'observer. Elle ne pensait pas toucher la bouteille mais le blond avait réussi à la guider correctement.
Il recommencèrent ainsi plusieurs fois et elle toucha presque toujours ses cibles. Et petit à petit au fil des heures, tirs après tirs, Isaya s'était tellement concentré qu'elle avait finit par en oublier sa morosité mais aussi de revêtir sa carapace de ces derniers jours. Des frissons d'émerveillement et d'excitation ressurgirent et parcouraient son corps. Finalement elle adorait les armes à feu, l'odeur de la poudre la grisait. C'est donc les yeux brillants qu'elle demanda à Marco de la faire réessayer avec des pistolets.
{-}
Ce dernier s'empressa de s'exécuter, heureux de voir que la coquille d'Isaya avait volé en éclat, tout comme ses cible. En tout cas cette jeune femme était définitivement étrange. Elle passait d'une humeur à l'autre en un rien de temps et le seul moyen connu jusqu'ici pour la dérider était de l'entraîner quelques heures au combat.
Tout en chargeant plusieurs armes sous le regard attentif de la dragonnière, Marco méditait sur les paroles d'Ojutaï. Celui-ci avait à la fois raison et tort, la jeune femme froide et distante était une part intégrante d'elle-même et à dans laquelle elle se réfugiait volontiers mais celle, impatiente telle une enfant, qui se trouvait sous ses yeux en faisait également partie. Dorénavant il suffisait de savoir quand la laisser tranquille, lui faire comprendre qu'elle avait tout le temps dont elle avait besoin pour trouver des réponses à ses questions et réfléchir, mais surtout que si elle avait besoin qu'ils étaient là prêts à l'aider.
Alors qu'elle se replaçait face à une cible, Marco se surprit à la détailler, se remémorant le souvenir de son corps tout proche du sien, du doux parfum entêtant de sa peau et de la douceur de ses cheveux contre son cou. Sentant ses pensées s'égarer, le phénix se gifla mentalement et reprit son rôle de professeur qui lui tenait à cœur face à une dragonnière à nouveau pleine d'entrain.
[...]
Elle le sentait dans chaque fibres de son corps, plus que quelques heures de navigation et ils accosteraient sur une île. Isaya avait très hâte de pouvoir se défouler à terre, explorer, s'acheter des vêtements – ce qui commençait à être urgent même si elle détestait à l'avance de devoir faire du shopping – et acquérir une arme à feu rien qu'à elle.
La dragonnière tournait en rond à nouveau sur l'immense navire. La routine l'ennuyait et la pesait même si son emploi du temps était plutôt chargé en ce moment. Elle continuait à passer ses journées et ses nuits à éplucher scrupuleusement chaque livres traitant sur ce monde, puis elle s'entraînait des heures durant avec Marco, les jumeaux et Vista et enfin elle donnait un coup de main où l'on avait besoin d'aide mais surtout auprès de Gil qui la sollicitait souvent.
Pour tout avouer même si sa colère avait fini par passer petit à petit au fil des jours, la jeune femme voulait être sûre d'échapper au second commandant qui miraculeusement avait cessé de l'importuner à propos de rejoindre l'équipage. Mais qui, dorénavant, voulait tout savoir d'elle et d'Erevan. Au début elle avait pensé que c'était sa manière à lui de se venger des précédentes paroles froides et méchantes, en la harcelant de questions. Puis elle s'était dit qu'il était juste stupide pour coller quelqu'un qui ne voulait clairement pas le voir. Mais elle avait découvert plus tard que le brun était juste très curieux, doté d'une nature chaleureuse voire insouciante et que tout l'équipage appréciait. Bon en plus d'être tout de même un peu stupide sur les bords.
Isaya quant à elle, n'arrivait pas pour l'instant à s'accommoder de sa personnalité trop franche et envahissante mais ce qui la sidérait le plus c'était les crises de narcolepsie du pirate, la faisant sursauter à chaque fois. Comment avait-il survécu jusqu'ici vu le nombre de fois où elle avait vu le pirate se fracasser le crâne sur le sol ? Cela restait un mystère. Marco, lui, était beaucoup plus calme et surtout mature. La jeune femme appréciait leurs entraînements car il la rendait plus forte, plus indépendante dans ce monde sans jamais la rabaisser.
Plongée dans ses pensées, elle sursauta quand la voix d'Ace résonna plusieurs mètres plus bas, scandant son prénom. Le rire des hommes présents sur le pont monta jusqu'à ses oreilles, certains se demandaient comment il pouvait avoir autant d'énergie par une telle chaleur. Elle se colla, par réflexe, un peu plus au plancher du nid de pie, où elle avait finit par aimer s'y cacher. Il ne pensait jamais à la chercher là-haut même si tout le monde semblait au courant. La dragonnière soupira :
- Stupide pirate.
La jeune femme aux cheveux neige ferma les yeux. Une fois l'académie fini elle avait pratiquement toujours vécu seule à part en temps de guerre alors se retrouver sur un bateau grouillant d'hommes, au milieu d'une étendue infinie d'eau sans aucun échappatoire la rendait vraiment nerveuse à la longue, surtout après ses deux premiers mois beaucoup trop calmes où elle s'était totalement laissé aller.
Isaya rouvrit ses paupières, pour observer un nuage passer. Elle se sentait de nouveau frustrée car le ciel lui était toujours inaccessible, à la fois si proche et si loin. Mais elle évitait le sujet avec Ojutaï car celui-ci en était le plus peiné et cette situation lui coûtait bien plus qu'il ne laissait paraître. C'était sûrement pour cela qu'il passait la plupart de son temps dans la cabine du capitaine à jouer aux échecs et à discuter avec le vieux pirate. C'était tout de même étrange à quel point les deux s'entendaient bien, d'habitude le dragon était à la limite méprisant avec les humains. Peut-être que son expérience de rétrécissement l'avait rendu plus humble et moins sauvage. De son côté la dragonnière essayait de faire la paix avec elle-même après la claque de réalité qu'avait été son premier retour d'Erevan plus que catastrophique émotionnellement. Amère contre sa propre personne, elle eut un rictus en pensant qu'il allait falloir travailler sur sa toute nouvelle double personnalité .
Isaya fut brusquement interrompue dans ses pensées sombres quand d'un battement d'ailes, le phénix se posa sur le rebord de sa cache. Oui ça y est Isaya reconnaissait enfin officiellement être jalouse du pouvoir du second lors ce qu'il retransforma ses ailes en bras humains pour sauter dans le nid de pie. La jeune femme se redressa en tailleur, levant les yeux vers celui qui venait d'apparaître.
- Ça te dirait de débarquer avant tout le monde ?
Retenant son souffle, Isaya fixa le commandant, interdite. Le blond répondit à son regard interrogateur.
- Je te rappelle que je peux me transformer en phénix.
La jeune femme bondit alors immédiatement sur ses pieds.
- Je suis partante ! Il faut juste que je prévienne Ojutaï.
- C'est déjà fait, il te demande d'être prudente mais je l'ai rassuré en lui disant que je ne te lâchait pas d'une semelle.
- Okay, super ! Je vais chercher un -
Marco la stoppa dans sa phrase en lui tendant un sac sous le nez.
- J'y ai mit l'argent que Gil t'avait donné ainsi que celui cotisé par l'équipage pour que tu achètes des vêtements, un pistolet et des balles. D'après eux c'est pour l'aide que tu nous a fourni. Ils ont insisté, désolé.
Isaya sourit, malgré le fait qu'elle se soit éloigné de l'équipage ces derniers temps, ils restaient attentionnés avec elle, le tout avec respect et sans pour autant la materner.
- On y va ?
- Euh oui mais comment comptes-tu t'y prendre ?
- Comme il te serait impossible de te tenir à mon dos, tu glisserais sûrement. J'ai récupéré du tissu que je vais tenir entre mes serres. Tu n'auras plus qu'à t'asseoir dedans en t'agrippant à mes pattes.
- Ça me va !
À présent la dragonnière n'avait qu'une hâte en enfilant son sac sur le dos : s'envoler. Elle vérifia tout de même, prudente, que ses dagues et couteaux de lancer ne tomberaient pas pendant le vol. La voyant fin prête, Marco se percha sur la balustrade et passa sous sa forme complète de phénix, entre ses serres un tissu blanc était tendu.
Isaya s'approcha donc et passa timidement sa main sur les flammes du zoan mythique qui l'encouragea du regard. Étrangement elle ne senti qu'une douce chaleur lui envelopper les doigts, la chatouillant presque. La dragonnière se glissa sous le phénix pour s'installer sur son siège de fortune posé sur la rambarde puis elle agrippa fermement les pattes de son moyen de transport. Celui-ci prit donc son essor en veillant à ne pas trop secouer son précieux chargement.
Pendant que Marco s'amusait à passer au dessus du pont afin de faire enrager Ace qui lui criait des noms d'oiseaux pour « l'enlèvement de son sujet d'observation », Isaya fut quelque peu secouée par la manœuvre. Mais ça ne la dérangeait pas au contraire, la jeune femme était aux anges et un immense sourire barrait son visage.
Tournant la tête la dragonnière observa le navire devenir de plus en plus petit et un point vert à l'horizon grossir au fur et à mesure de leur avancée. À cette hauteur le vent fouettait son visage et malmenait ses cheveux, la faisant éclater de rire. Elle trouvait le spectacle du ciel se mêlant à la mer à l'horizon pour une fois spectaculaire. Et inspirant profondément la jeune femme ferma les yeux sous l'odeur des embruns et de terre qui provenaient de l'île dont ils se rapprochaient. Tous ces éléments réunis la firent frémir de joie, certes ce n'était pas la même sensation que voler sur le dos d'Ojutaï mais c'était tout de même grisant. En cet instant Isaya se sentait à nouveau libre.
Mais cet instant de félicité fut rompu lorsqu'elle sentit le phénix se crisper alors qu'ils survolaient plusieurs navires. Le zoan bifurqua rapidement et entama sa descente derrière un entrepôt non loin de la ville à l'opposé du port.
La jeune femme sauta souplement de son perchoir et se réceptionna sur le sol meuble. Marco quand à lui reprenait forme humaine. Il empoigna son escargophone, créature et moyen de communication dont Isaya avait beaucoup de mal à s'adapter et appela quelqu'un sur le navire qu'ils venaient de quitter. Le petit animal s'illumina quand le correspondant répondit.
- Commandant.
- Dites au capitaine qu'un navire de la marine, peu armé et qui semble sur le départ, mouille dans le port principal. Il ne représente pas une grosse menace mais je vous conseille de faire le tour de l'île par tribord, il y a une large plage à son extrémité assez éloignée de la ville.
- Bien je transmets le message, merci de nous avoir prévenu.
Le phénix raccrocha et replaça l'escargot dans sa poche. Isaya lui lança un regard inquiet.
- La marine, ce sont bien ces gens qui traquent les pirates ? N'est-t-il pas dangereux de les approcher ?
Marco secoua la tête négativement.
- Mieux vaut prévenir que guérir mais dans ce cas, nous ne craignons rien. Leur navire n'est pas un bâtiment de guerre lourdement armé et ne doit transporter que peu d'hommes. Ils ne sont sûrement pas là pour des pirates et d'après leur allers-retours, ils se ravitaillent pour repartir rapidement. Je pense que d'ici ce soir ils auront levé les voiles.
- Mais s'ils vous voit, ne vont-ils pas quand même vous attaquer ?
Cette fois-ci le blond eut un petit rire dédaigneux.
- C'est impossible à moins qu'un amiral soit à bord - ce qui est très peu probable – ils n'oseront jamais attaquer l'équipage du pirate le plus fort au monde. Je te rappelles que le statut du capitaine, sa réputation et sa flotte nous protège de nombreux dangers, peu de personnes sont assez folles pour nous attaquer.
- C'est donc bien pour ça que vous n'avez jamais été attaqué ni par des marines ni par des pirates durant les deux mois que j'ai passé avec vous.
- Exactement, même si parfois on ne demande que de l'action, comme tu as pu le remarquer on s'ennuie la plupart du temps. Alors on compte sur les missions que père nous confie en espérant qu'il y ait des combats à la clé.
La jeune femme hocha la tête lui indiquant qu'elle avait bien fini d'imprimer l'information qu'on ne lui avait jusque là pas encore cent pour cent confirmée mais qu'elle avait fini par déduire. Marco s'inclina galamment et lui indiqua la ville.
- Par ici dragonnière, je vais te faire découvrir un environnement que tu n'as pas encore eut le temps de réellement visiter à part dans des livres.
C'est impatiente qu'Isaya pressa le pas en direction des bâtiments animés et d'une foule hétéroclite. Elle s'émerveillait à nouveau de tout - ce qui lui faisait un bien fou - et une myriades de questions lui venaient au bout des lèvres mais elle n'eut pas le temps de les laisser jaillir car Marco entraîna la jeune femme dans ce qui semblait être une armurerie. Quand la cloche sonna lors de leur entrée, le vendeur se tourna vers eux avec un grand sourire.
- Bienvenue, que puis-je pour vous ?
Le phénix s'approcha du comptoir et désigna rapidement les armes à feu. Pendant ce temps la dragonnière déambulait dans la boutique, fascinée par toutes les armes qui pour certaines s'apparentaient à de véritables œuvres d'art et prouesses techniques. Ce fut le commandant qui la rappela sur terre en réclamant son attention. Elle se pencha donc à son tour au dessus du présentoir où étaient disposées plusieurs pistolets et fusils.
- Choisit celui qui te correspond le mieux.
- Je ne sais pas, les pistolets me tentent mais ce fusil court me semble mieux adapté à mes besoins et capacités de débutante.
Marco jeta un œil sur le fameux fusil et approuva de la tête.
- Tu as raison, tu as plus besoin d'une arme à feu de distance. Le pistolet est plus facile à manier et plus léger mais sa portée est grandement diminuée de plus sa puissance de feu ne peut égaler celle d'un fusil.
Le vendeur rajouta son grain de sel.
- Je vois que monsieur est un connaisseur. Si j'étais vous mademoiselle j'écouterais son avis. En effet le pistolet est réservé au combat rapproché quant au fusil il vous donne un champ d'action plus large.
- Parfais, on prend celui-ci. Avez-vous un baudrier pour fusil ou mieux un harnais dorsal ?
Pendant que le phénix réglait les derniers détails, le regard de la jeune femme fut attiré vers l'extérieur. Deux femmes passaient devant la vitrine, riant à pleine gorge et se racontant des anecdotes légères à propos d'histoires d'ex-copains.
La dragonnière sursauta donc quand Marco se plaça dans son dos.
- Que regardes-tu ?
- Oh, euh, juste les deux femmes qui viennent de passer.
Alors qu'ils sortaient du bâtiment, le phénix poussa un peu plus le sujet.
- Je ne savais pas que tu penchais du côté commère.
Isaya à l'aise, lui frappa gentiment l'épaule.
- Sois sérieux, non c'est juste que je n'y suis pas habituée. J'ai quasiment toujours vécu entourée d'hommes à m'entraîner. Et quand je ne m'exerçais pas j'étais soit en mission soit à la guerre. La seule fois où j'ai pu faire autre chose je me suis expatrié le plus loin possible de toute forme de civilisation.
Sincèrement curieux du passé de la jeune femme, Marco se stoppa devant une taverne où il proposa de faire une halte en attendant leurs camarades. Ils commandèrent donc deux boissons. Relançant la conversation, le phénix demanda à la dragonnière si elle avait des amis dans son monde. Même si Ojutaï leur avait révélé que non, il voulait l'entendre de sa bouche à elle. Isaya poussa un soupir.
- Hélas je ne suis pas follement appréciée là-bas. Trop froide, trop distante mais si je ne le suis pas assez je suis une femme trop faible, pas assez autoritaire.
Les paroles de Miri Levan lui revinrent en mémoire et elle serra les dents, contrariée.
- Après tout, on m'a toujours appris voire conditionnée à être efficace et précise pas sympathique et encore moins charismatique. Parfois à coups de bâtons même, ça endurcit pas mal.
Marco grimaça à cette pensée.
- D'après Ojutaï, tu n'es « sympathique » qu'avec lui-même et vôtre maître. Comment ça se fait que tu sois aussi enjouée avec nous ?
La sentant pour la première fois aussi fragile et ouverte à la discussion, le phénix essaya doucement de creuser le plus possible pour obtenir quelques réponses qui venaient du fond du cœur. Un nouveau soupir discret s'échappa des lèvres de la dragonnière.
- J'ai eu du mal à le reconnaître ces derniers jours et j'étais tellement en colère contre moi-même pour être honnête. Mais une fois toutes ces responsabilités envolées sans personne pour épier mes moindre faits et gestes ou vivre de missions en missions et sans ce mot "devoir" gravé au plus profond de mon âme et bien au final j'ai découvert, peut-être une nouvelle forme de liberté ici. Je ne suis responsable de personne si ce n'est que de moi-même et encore moins de la protection d'un royaume. Ne te méprends pas, j'aime sincèrement mon monde, ces gens que je protège, ceux qui m'ont apporté tant de savoir et de force. Et j'aime par dessus tout Ojutaï, sans lui je ne suis rien.
Sentant qu'elle voulait dire autre chose le commandant resta silencieux ne voulant pas briser ce moment unique, savourant doucement sa boisson fraîchement servie en restant suspendu aux paroles de la dragonnière.
- Marco. Je suis un peu perdue dans toute cette histoire qui m'est tombée dessus et je me surprends moi-même. Je ne sais pas trop comment réagir.
Alors qu'elle se taisait, le phénix ne lui laissa pas le temps de ruminer plus longtemps.
- La réponse pour moi est évidente. Tu dois profiter de ces moments en les prenant comme des opportunités tout en continuant d'être qui tu es vraiment : une dragonnière d'un royaume avec un objectif mais aussi un femme qui peut avoir envie d'amis et de moments chaleureux passés avec eux. Ici, rien ne t'en empêche.
Dans le fond le phénix était très touché qu'elle s'ouvre à lui, il se sentait même un peu privilégié.
Un fin et timide sourire étira les lèvres de la jeune femme à la chevelure de neige.
- Je te dois sincèrement des excuses à toi et l'équipage pour mon comportement distant et fermé.
Le visage neutre du commandant de la première division s'ouvrit en un vrai sourire chaleureux, déstabilisant quelque peu Isaya. La dragonnière relança la conversation.
- Sinon pour ta gouverne j'ai déjà eu une amie.
- Tu attises ma curiosité, jusque là tu ne nous as raconté que des faits sur ton royaume ou tes aventures. N'étais-tu pas entourée uniquement d'hommes ces dernières années ?
- Quasiment, mais la guerre m'a fait connaître Asa. Une dragonnière elle aussi, ce qui était plutôt rare vu qu'il y a déjà très peu de dragons alors des femmes chevauchant des dragons c'est encore plus rare. C'est pour ça que j'ai du travailler deux fois plus que les autres pour leur montrer qu'une femme était aussi légitime qu'eux en tant que gardienne.
- Et comment l'as-tu rencontré ?
Isaya remit une mèche blanche derrière son oreille avant de reprendre son récit tout en veillant à ne pas influer de magie dedans. Autrement les personnes présentes autour auraient droit à une drôle de surprise.
- On s'est vu pour la première fois pendant la guerre. Le royaume devait faire face à deux fronts, les dragonniers ont donc été divisé en deux groupe sous la tutelle d'un chef dragonnier. Mon chef n'était autre qu'Asa. Le soir même après nous avoir donné nos instructions pour la bataille le lendemain, elle m'a convoqué dans sa tente. Tu n'imagines pas ma surprise quand cette femme m'a sauté dessus me clamant qu'elle était plus qu'heureuse et fière qu'une femme soit dans son bataillon. Bien sûr ça a étonnamment accroché tout de suite même si elle était assez exubérante mais elle savait redevenir sérieuse quand le devoir l'exigeait. Je peux te dire qu'on en a vécu des aventures, se couvrant mutuellement pendant les combats, elle était devenue ma figure d'exemple.
La jeune femme fit une courte pause pour s'hydrater. Marco en profita pour la questionner, se doutant de la réponse.
- Tu parles d'elle au passé, n'est-elle plus en vie ?
- Hélas non. La guerre était presque finie, tout le monde se relâchait un peu, l'issue était évidente, la victoire était quasiment nôtre. Alors qu'on se dirigeaient toutes deux vers un campement après avoir repoussé un raid, un groupe d'ennemis ayant déserté nous a attaqué. Bien sûr malgré les mages dans leurs rangs ils n'avaient aucune chance contre nous et nos deux dragons réunis mais Asa a fait la chose la plus stupide qu'il soit. Après les avoir tous défaits, celle-ci a refusé de tuer leur leader pour l'exemple et lui a laissé la vie sauve, leur sommant de retourner dans leur royaume auprès de leurs femmes et enfants. Tandis qu'elle s'apprêtait à m'imiter et se remettre en selle, le chef du groupe s'est relevé et lui a tranché la carotide.
À présent le phénix regrettait sa question vu la fin abrupte de l'histoire. Captant son regard crispé et mal à l'aise, Isaya le rassura de suite.
- J'ai fait mon deuil depuis longtemps déjà et puis en tant que dragonniers nous sommes prêt à mourir à tout instant. C'est une suite logique des choses, aucun dragonnier n'est mort de vieillesse à ce que je sache.
- Charmant, ça fait rêver ce métier. Ce n'est pas mieux que pirate.
La dragonnière rigola légèrement.
- Sinon que sont devenu les hommes vous ayant attaqués ?
- Ils ont tous été massacrés par la dragonne d'Asa. Il lui a fallut deux semaines complètes pour retrouver un semblant de raison, d'ailleurs Ojutaï a faillit y passer en essayant de l'aider. En fin de compte elle a déterré le corps de sa maîtresse et s'est retirée dans un lieux secret pour y mourir.
Malgré son expression neutre, Isaya sentait que le blond réfléchissait intensément. Il posa donc la question qu'il avait sur le bout de la langue.
- Quand leur dragonnier décède, tous les dragons réagissent de la même manière ?
- Non, chaque dragon est unique. Certains sombrent tout simplement dans la folie, d'autres meurent définitivement peu de temps après, parfois les plus âgés arrivent à rester lucides au bout d'un certain temps puis viennent inculquer leur savoir aux plus jeunes ou recommencent un nouveau cycle et d'autres encore redeviennent sauvages, ceux-là s'en vont par delà les montagnes puis on n'entend plus parler d'eux. Mais il faut avouer que majoritairement ils décèdent de chagrin.
- Et c'est quoi le record de survie d'un dragonnier ? Nan parce que s'en vouloir me répéter ça n'a vraiment pas l'air de tout repos ton rôle.
La dragonnière pris un air sérieux et concentré, semblant faire un calcul long et compliqué.
- Hum, mon pays existe depuis des milliers d'années, selon les textes, le plus ancien des dragonniers est mort à environ un peu plus de 1500 ans. Ce sont d'ailleurs les dragons qui influent le plus de magie dans le corps de leur dragonniers via leur lien unique ce qui nous confère cette fameuse longévité. En tout cas pour le détenteur du record, il aurait vécu trois naissances de son dragon vu que les dragons peuvent être amortels. Mais s'il a survécu aussi longtemps c'est parce qu'il était créateur de sorts et archiviste. Malheureusement il s'est brisé la nuque en tombant d'une échelle de bibliothèque. Après cela son dragon a enseigné toutes ses connaissances puis il est parti explorer le monde. En tout cas à moins de devenir un rat de bibliothèque je ne pense pas atteindre un âge aussi avancé. Après les mages sont aussi pas mal dans leur genre, les plus puissants peuvent considérablement augmenter leur espérance de vie.
Après s'être esclaffé, Isaya se tourna vers Marco qui était étrangement silencieux depuis un moment. Tournant la tête vers lui, Isaya explosa dans un fou rire devant quelque chose de totalement inédit : le commandant de la première division de Barbe Blanche avait la bouche grande ouverte, ses yeux n'avaient jamais été aussi écarquillés de toute sa vie et la table devant lui était recouverte de bière prouvant que le phénix avait bel et bien recraché le contenu de sa chope sous le coup de la surprise.
Isaya n'en pouvait plus, elle se tenait les côtes tellement elle riait, quelques larmes perlaient de ses yeux. C'est à ce moment qu'Izou débarqua dans la taverne, accompagné de quelques hommes. Quand il s'approcha de leur table, le phénix venait de se reprendre, s'essuyant la bouche de sa main et s'ébrouant pour reprendre ses esprits. Il n'eut pas le temps de confirmer ou non la véracité des paroles de la jeune femme car le commandant de la seizième division l'empoigna délicatement par les bras et l'entraîna faire les magasins de vêtements.
Quand Satch, Vista et Curiel débarquèrent dans la taverne ils furent surpris de trouver le phénix ainsi que quelques hommes de leur équipage prostrés et choqués, le nez dans leur choppe. le commandant de la quatrième s'avança le premier.
- Bah alors les gars, qu'y a-t-il ? Marco, c'est moi ou tu sembles tirer une tronche de sept pieds de long ?
Le concerné leva vers lui un regard perplexe et perdu. Les commandants s'assirent face à leur ami attendant l'explication à son étrange comportement. La bombe fut donc lancée.
- Il semblerait qu'Isaya soit possiblement immortelle.
Et voici la fin du chapitre 12, je vous dit donc à bientôt pour le chapitre 13 ;)
Bise
April
