Me revoilà avec le Chapitre 13 (plus long que les précédents) que j'ai décidé de publier assez rapidement finalement.

Je n'arrive pas à être régulière dans mes publications, soit c'est plusieurs chapitres d'un coup soit tout les 36 du mois, je m'excuse donc pour ce tempo qui ne doit pas être très agréable à suivre :S

J'ai beaucoup hésité en rédigeant ce chapitre ci et j'ai grandement remis en question mon personnage d'Isaya et ma manière de faire agir les personnages de One Piece. De plus je me questionne de plus en plus à propos de ces "basculements" entre l'univers One Piece et l'univers Erevan d'Isaya, n'est-ce pas trop compliqué à suivre, à comprendre ? Est-ce que ça vaut vraiment le coup ? Est-ce que je ne dévie pas trop vers quelque chose de trop farfelu ?

Après, ma trame est toute prête, je sais où je vais et je pense avoir réussi à penser à tout ce qui peut être important à la compréhension de cette histoire qui sera très longue. Peut être trop longue même ?

Bref je doute un peu et j'aimerais vraiment quelques commentaires afin de savoir si oui ou non cette fic' plaît et si ce genre d'univers mêlés reste cohérent et intéressant ! En attendant je pense faire une pause avant la prochaine publication afin de réfléchir à tout ça.

En attendant je vous souhaite une bonne lecture ;)

Bise,

April

PS: Encore mille merci à 14th,allen allias le petit Marshmallow qui éclaire les ténèbres et entretient l'envie de continuer à écrire en s'évertuant à poster une review à chaque chapitres !

Chapitre 13

Craignant le pire, Isaya se laissait traîner par le commandant de la seizième division en direction d'une rue bondée de boutiques en tout genre. L'homme au kimono s'arrêta devant l'une d'entre elle puis s'y engouffra, entraînant à sa suite une dragonnière plutôt réticente.

Quelle fut sa surprise quand elle se rendit compte que cette-même boutique ne comportait aucune tenue extravagante. À la place, des vêtements simples, élégants pour certains mais surtout pratiques. La jeune femme lança donc un regard surpris à son ami qui lui répondit d'un sourire contrit.

- J'ai compris que je ne pourrais pas te faire porter autre chose que des pantalons et des chemises.

Isaya lui offrit donc une moue appréciatrice, comprenant les excuses silencieuses derrière ce geste qu'elle appréciait beaucoup.

- Parfait, par contre ça ne te dispenses pas de m'aider à quand même choisir.

Les yeux de l'homme maquillé s'illuminèrent et il se jeta sur les rayons pour aider au mieux la jeune femme qui poussa un soupir regrettant presque, avant de le rejoindre dans sa quête.

Ce n'est qu'au bout d'une bonne demi-heure qu'ils se mirent d'accord sur les articles.

Alors que les deux compères sortaient du magasin, la jeune femme se figea. Inquiet, Izou l'attira dans une ruelle.

{-}

- Qu'est-ce qui te prends Isaya ?

Aucune réponse, elle était présente physiquement mais son regard fixe et dénué d'expression montrait qu'elle était loin mentalement. Ses lèvres remuaient dans un ballet silencieux jusqu'à ce qu'elle s'ébroue pour ensuite partir en courant plantant là un commandant médusé. Celui-ci reprit vite ses esprits et tâcha de rattraper son amie.

Une centaine de mètres plus loin, la dragonnière vira vers le port principal où toutes sortes de navires mouillaient dont celui de la marine. L'homme au kimono pila net à la vue de celui-ci. Malheureusement il n'eut pas le temps de retenir la dragonnière, c'est donc derrière des caisses où il balança leur emplettes, qu'il se tassa pour observer la scène de loin.

La jeune femme continua sa course jusqu'au navire ennemi au plus grand désarroi du pirate. Elle se stoppa net puis sembla reprendre ses esprits. Il put alors la voir jeter un coup d'œil aux alentours puis sur le navire désert avant d'escalader souplement le bastingage.

Izou se frappa le visage de désespoir. Mais qu'essayait-elle de faire ? Dépité mais choisissant tout de même de la suivre malgré les risque, il sorti de sa cachette et c'est sans se faire remarquer qu'il se glissa telle une ombre dans les entrailles du bâtiment ennemi.

[...]

- « Isaya et l'un de vos hommes ont des ennuis ! »

Gil et Edward Newgate lancèrent un regard inquiet au dragon penché sur le rebord du navire scrutant intensément la ville. Le capitaine prit la parole le premier.

- Où sont-ils ?

- « Sur un navire de ce que vous appelez la marine. Isaya est tendue, ils doivent être dans une mauvaise passe. »

Soudain le reptile se mit à trembler. Gil se précipita à ses côtés s'inquiétant de son état.

- Ojutaï que se passe-t-il ?

- « Je sens que si je ne me concentre pas je vais être aspiré ailleurs. Isaya doit être tombé sur un fragment, c'est étrange on aurait du le ressentir bien avant. »

Pendant ce temps Barbe Blanche envoyait quelques hommes au sol tout en contactant son équipage déjà présent en ville. En quelques minutes l'équipage du Moby Dick fut en alerte et paré à toute éventualités dont celle d'un proche combat.

- « Dragonnière que fais-tu ? »

{-}

- Mais merde Isaya dans quel traquenard tu nous a fourré ? Attention derrière toi !

Le commandant venait de tirer sur un marine prêt à passer son sabre au travers de la jeune femme. Les deux étaient en très mauvaise posture, coincés dans un couloir avec aucun échappatoire, des dizaines de marines prêt à en découdre de chaque côtés. Impossible de se déplacer correctement dans de telles conditions. La dragonnière cherchait désespérément une ouverture pour atteindre la source de son pouvoir qu'elle sentait au plus proche d'elle sans pouvoir l'identifier. Quand elle activa ses pouvoirs, plusieurs de ses adversaires bondirent en arrière craignant un fruit du démon.

- Occulis !

Ses yeux émeraudes passèrent rapidement un groupe d'hommes avant de s'arrêter sur l'un d'eux assez jeune tremblant comme une feuille et agrippant ses mains sur le manche de son sabre.

D'un bond souple, Isaya réussi miraculeusement à s'agripper à l'épaule du pauvre marine tétanisé par la peur de se retrouver face à au moins un pirate du célèbre équipage de Barbe Blanche.

Faisant fi de ses états d'âme, la jeune femme puisa dans son énergie puis esquiva un coup d'épée en l'utilisant à la fois comme bouclier humain et otage. Elle sentait que cet homme avait trouvé l'un de ses cubes de pouvoirs et l'avait intégré à son organisme mais le pouvoir semblait lui revenir petit à petit à travers l'énergie qu'elle lui pompait.

Soudain elle se sentit glisser dans un gouffre, reconnaissant là le signe qu'elle attendait, elle tendit la main à Izou pour qu'il l'attrape et qu'ils puissent s'échapper dans l'autre dimension. Enfin si ça fonctionnait bien ainsi, ce qu'elle espérait du fond du cœur. Elle cria à son attention :

- Izou, ma main. Vite !

Tout en repoussant leurs ennemis, le pirate s'apprêtait à attraper ce qui serait son échappatoire, le bruit d'un pistolet faisant feu résonna dans l'air et c'est abasourdi qu'il regarda le trou présent dans son torse puis son regard se posa sur la dragonnière, le visage blême, qui disparu dans un flash entraînant le marine qu'elle tenait en otage.

[...]

Quand elle reprit ses esprits, l'horrible sensation du changement de monde se dissipait petit à petit. La dragonnière, le cœur au bord des lèvres se releva haletante sur son séant et découvrit un paysage escarpé et enneigé. Son cri faisant écho résonna dans toute la montagne.

- Izou !

La jeune femme rongée par l'inquiétude pour son ami s'effondra dans la poudreuse, martelant de rage ses poings le sol rougi par des gouttes de son propre sang. Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris de se laisser aveugler par l'appel d'un fragment de pouvoir comme ça, céder à cette pulsion qui venait des tréfonds de son être. Et surtout traîner le pirate dans sa folie sans qu'elle ne s'en aperçoive car c'était sûr qu'il la suivrai, elle n'avait pas du tout pris en compte le danger, fonçant tête baissée dans une situation qui pouvait très bien être fatale pour le commandant de la seizième division. Si seulement il ne l'avait pas suivie, si seulement elle avait résisté et surtout prévenu le pirate avant. De chaudes larmes trouvèrent leur chemin sur ses joues et se déversèrent dans une rage silencieuse.

Un bruit étouffé parvint à ses oreilles. Relevant les yeux, la dragonnière aperçu le marine qu'elle avait entraîné à sa suite, celui-ci reprenait conscience. Elle se releva alors lentement et dans un éclair de lucidité se saisit d'une de ses lames présentes à sa hanche pour s'approcher à pas feutrés de son adversaire. Lorsqu'elle arriva à sa hauteur, le jeune homme qui ne devait même pas avoir vingt ans, leva un regard d'abord surpris face au paysage l'entourant puis terrifié à la vue du poignard recourbé s'approchant lentement mais sûrement. Il se retourna pour ramper le plus loin possible de la menace mais fut vite stoppé par la paroi montagneuse, s'y adossant il ne put stopper ses tremblements. Alors levant les mains il supplia la jeune femme.

- Pitié ne me tuez pas, je ne raconterais rien à propos de ce lieu étrange ou de votre fruit du démon ! Laissez moi partir je leur dirais que je ne me rappelle de rien, hein ?

Arrivée à sa hauteur Isaya raffermit sa prise sur le manche de l'arme et le cœur gros dans un mélange de haine et d'horreur, l'abattit sur la silhouette recroquevillée à ses pieds. Le coup fut net, rapide et la mort (elle l'espérait) indolore.

- Je suis désolé, je ne peux laisser personne découvrir cet endroit et mettre en péril Erevan. Pardonnes moi.

Alors qu'elle se détournait du corps, la jeune femme fut prise de violentes nausées à la vue du sang frais dans la neige immaculée, elle se pencha alors au bord d'une corniche et rendit son estomac au dessus du vide se maudissant, elle et son rôle de gardienne.

Dégoûtée d'elle-même et par son acte, la dragonnière se releva titubante afin de s'éloigner le plus loin possible de la scène. Elle avait tellement envie de serrer Ojutaï dans ses bras, sentir sa présence et sa chaleur mais seul le vent glacé et chargé de neige lui répondit en une plainte lugubre.

Le froid se faisant de plus en plus perçant, Isaya se mit en mouvement le long d'un étroit sentier serpentant entre les pics et falaises verglacées. Au bout de ce qu'il lui sembla deux bonnes heures de marche, la dragonnière s'arrêta à l'abri d'un renfoncement rocheux pour s'hydrater grâce à la neige. Elle n'avait pas du tout l'impression d'avoir avancé et il lui était impossible de se repérer à cause des bourrasques chargées de flocons épais rendant la visibilité nulle à plus de cinq mètres. Ne sentant plus ses doigts et bientôt plus ses pieds, la jeune femme créa grâce à ses pouvoirs une enveloppe d'air chaud l'englobant. Ce sort simple et peu coûteux en magie lui permettrait de tenir sûrement plus longtemps. Elle se releva donc et continua sa route sous l'assaut du vent de plus en plus violent. Tout du long elle ne pensait qu'à Izou, son prénom prenant une forme de litanie dans son esprit.

Les flocons l'aveuglant elle ne vit donc pas que le chemin s'arrêtait subitement pour donner sur le vide d'une crevasse profonde dont il était impossible de voir le fond. Ses bottes dérapèrent et elle lâcha un glapissement surpris quand son corps bascula dans le vide. Épuisée par son éreintante marche et la culpabilité, elle n'eut pas la force d'utiliser un sort afin de ralentir sa chute voire de la stopper. Isaya ferma donc ses yeux quelques secondes se disant qu'elle était vraiment lasse, quand soudainement le fragment qu'elle venait de récupérer s'activa dans son corps. Mettant de côté la douleur et la sensation désagréable qui venait avec, cette toute nouvelle force qui s'abattait en ondes, couplée à son instinct de survie la poussa à mobiliser toutes ses capacités à leur maximum une dernière fois. Grâce à cela elle réussit à se stopper à seulement deux mètres de la surface d'un lac gelé.

Maintenant à bout de force, tremblante et luttant contre le malaise qui arrivait, elle se laissa chuter sur la surface verglacée priant pour que celle-ci ne cède pas sous son poids. À présent elle n'avait plus assez d'énergie ou de magie pour se sortir de cette situation critique. Le seule chose qui lui restait à faire était d'attendre qu'elle soit renvoyée dans l'autre monde. Dans son mal être la dragonnière se concentra désespéramment de toute sa volonté d'esprit pour créer une image mentale d'Izou, d'Ojutaï puis du Moby Dick, de l'île qu'elle venait de quitter et enfin des pirates en s'attardant sur chaque détails de leurs visages.

Au bout de longues minutes la jeune femme commençait à se dire qu'elle méritait peut-être de mourir ici quand la glace se mit à tanguer et les signes d'un passage à l'autre monde apparurent. La même sensation horrible la prit et elle se senti basculer en arrière.

[...]

Quand elle ouvrit de nouveau les yeux, le soleil caressait chaleureusement son corps mais malgré cela la dragonnière tremblait de tout son être. Elle devait sûrement être en hypothermie, dans ce cas il lui fallait se bouger rapidement et rejoindre les pirates. Elle se força à s'asseoir se concentrant de toutes ses forces sur le commandant de la seizième et invoquant la moindre once d'énergie lui restant. Elle devait savoir, il en était impossible autrement.

Chaque cellules de son corps lui faisaient mal et c'est non sans douleur qu'elle se hissa sur ses deux jambes et leur ordonnèrent de se mettre en marche en direction de l'énergie d'Ojutaï qu'elle sentait de l'autre côté de la plage où elle avait atterri. Tout en franchissant un bosquet d'arbres débouchant sur la crique où était caché le navire, elle ne put faire disparaître la boule de terreur qu'elle avait au fond de l'estomac priant intérieurement pour qu'Izou soit en vie.

Lorsqu'elle fut à découvert, la vigie lança un cri d'alerte.

- Elle est là ! Isaya est là !

{-}

Des silhouettes curieuses apparurent de ça de là le long du bastingage. Satch fut le premier à mettre pied à terre se précipitant vers la demoiselle tenant à peine debout. Lorsqu'elle s'agrippa faiblement à son épaule il fut surpris par la froideur intense de son corps avant qu'elle ne s'effondre. D'autres pirates arrivèrent rapidement à sa suite.

- Ne t'inquiète pas ma petite on s'occupe de toi, ça va aller. Les gars courrez chercher des couvertures et allez faire couler un bain dans l'une des salles d'eau des commandants, je vous y retrouve.

Ceux-ci s'exécutèrent promptement.

Prenant délicatement son colis presque inconscient entre ses bras, mais présent emmailloté dans plusieurs couches de laine, il se précipita vers le navire puis à travers le dédale de couloirs. Ace déboula dans ses jambes et le suivit d'un pas rapide.

- Comment va-t-elle ?

Il posa rapidement son regard sur le visage livide d'Isaya. Celle-ci répétait en boucle le prénom du seizième commandant. Elle semblait quand même légèrement consciente mais délirante. Serrant les dents il lança un coup d'œil à son camarade.

- Hypothermie je pense. J'espère qu'elle n'a pas d'engelures.

- On ne devrait pas l'emmener à l'infirmerie ?

- Pas besoin je sais comment gérer l'hypothermie et puis ils sont tous occupés, Gil est en salle d'opération avec Izou. On ne peut se permettre de le déranger maintenant, vient plutôt me donner un coup de main.

Ils arrivèrent finalement à leur destination. Ace fracassa contre le mur la porte de la salle de bain pour laisser passer Satch, quelques hommes y étaient déjà faisant couler de l'eau tiède dans l'immense baignoire du fond.

- L'eau n'est pas trop chaude ? Il ne faut pas risquer le choc thermique.

- Non commandant.

- Parfait, Ace aide moi on va d'abord la déshabiller puis la plonger dans le bain pour ensuite monter progressivement la température.

Le second commandant congédia les pirates présents dans la pièce et s'empara d'une grande serviette pour l'enrouler autour du corps d'Isaya quand Satch aurait fini de la dévêtir. D'ailleurs celui-ci hésita quelques secondes avant de finalement retirer rapidement les bottes puis le pantalon de la dragonnière découvrant au passage quelques traces et légères cicatrices dues à ses maints combats. Quand il tendit la main pour se débarrasser de la chemise en lin, une main blafarde presque bleue et faible l'arrêta. Une voix sans énergie et grelottante se fit faiblement entendre entre ses dents qui s'entrechoquaient.

- Même pas - dans tes - rêves.

Ace se pencha alors au dessus de la jeune femme.

- Isaya c'est pour ton bien, ta chemise est recouverte de glace on doit te la retirer, je vais te recouvrir quand on on t'aura déshabillé entièrement dans la foulée d'une serviette. Promis on ne regardera pas.

Un soupir las s'échappa des lèvres violettes et les yeux de la concernée se fermèrent donnant son accord muet. Les deux compères se dépêchèrent tout en tâchant de ne pas trop regarder en retirant sa chemise et son bandeau ceinturant ses seins mais ce qui attira leur regard ne fut pas la poitrine de leur patiente mais plutôt la sombre et anormalement large balafre zébrant son flanc en une profonde cicatrice. La chair semblait encore légèrement meurtrie et sensible au touché. Il se jetèrent un regard sombre.

Une fois la jeune femme enveloppée dans le tissu de bain Satch la plaça doucement dans les bras de l'autre commandant pour qu'il s'installe avec elle dans la baignoire afin qu'elle ne se noie pas.

- Quand tu sens que l'eau refroidit et que son corps se réchauffe tu peux augmenter la température, utilises ton pouvoir et ta chaleur corporelle. Je reviens.

- Où vas-tu ?

- Prévenir le capitaine, trouver Ojutaï et voir si je peux donner un coup de main à Marco et au Doc'.

- Bon courage, je te préviens si quoi que ce soit arrive.

Quelques minutes passèrent dans le silence seulement entrecoupé par la respiration des deux. Puis le pirate vérifia que les pieds et mains de la dragonnière ne souffraient pas d'engelures mais fut soulagé de n'en découvrir aucune. Enfin baissant le regard, Ace observa le manque encore léger de couleur des joues du joli brin de femme dans ses bras. Celle-ci semblait revenir à elle-même progressivement. Il poussa alors un soupir encore un peu inquiet mais essaya tout de même de la détendre pour qu'elle décrispe ses muscles tremblotant avec la chaleur. Il lança :

- Ah pourquoi ça n'arrive qu'à moi ce genre de chose ? J'ai une jolie fille nue dans les bras mais la situation ne se prête pas à quoi que ce soit.

De longues secondes de silence firent écho à sa tirade avant qu'une petite voix lui rétorque :

- Tu dois être – maudit. Ou alors c'est parce que – t'es chiant.

Deux orbes ambres se posèrent sur lui. L'espace d'une seconde son souffle se stoppa net comme quand il l'avait rencontré pour la toute première fois. Puis la jeune femme trembla violemment dans ses bras il prit donc la décision d'augmenter la température de l'eau grâce à son pouvoir tout en collant encore plus son torse à la dragonnière espérant que sa propre température corporelle, plus élevée que la moyenne, puisse la réchauffer plus rapidement. Tout de même légèrement gêné par la situation, il s'aperçut qu'Isaya finissait de reprendre ses esprits, il se racla donc la gorge.

- Qu'est-ce qui t'as pris d'aller sur ce navire de la marine ?

Un long silence lui répondit mais aucune réponse. Puis une question à peine audible et pleine d'appréhension se glissa jusqu'à son oreille.

- Où est Izou ?

Ace réfléchit quelques instants avant de lui répondre.

- En salle d'opération. Gil et son équipe sont en train de l'opérer. Il s'est – il s'est pris plusieurs balles, c'est Marco et Curiel qui l'ont trouvé flottant à la surface du port, inconscient. Nous on s'occupait des marines donc je n'ai pas vu dans quel état il était mais l'un de ses – poumons est sûrement touché.

Les yeux hypnotisant devinrent troubles. Refusant de soutenir son regard, la jeune femme cacha son visage dans son torse. Il pouvait sentir qu'elle pleurait le plus silencieusement possible contre lui, sa main trouva alors celle d'Isaya pour la soutenir et il la berça doucement. Ils restèrent ainsi sans dire un mot.

[...]

Deux semaines étaient passées depuis l'incident, et bien qu'elle ne soit pas membre de l'équipage, Isaya avait du répondre de ses actes irréfléchis devant le capitaine et les commandants présents à ce moment là. Ojutaï et sa sagesse avait plaidé en sa faveur expliquant à tous qu'en présence d'un fragment sa maîtresse était comme hypnotisée, ne pouvant détourner son regard de son but et que même eux à sa place ne l'auraient pu. Tous, après de longues discussions l'avaient pardonné mais lui sommant que cela ne devait plus se reproduire, jamais. Ils lui avaient tout de même rappelé que le seizième commandant était bien assez réfléchi et savait donc également dans quoi il s'engageait en la suivant. De plus, les différents pirates dont elle était le plus proche étaient venus lui parler pour lui faire totalement comprendre que leur relation ne changerait pas malgré ce qu'il s'était passé. Tous sauf l'un d'eux qui l'esquivait toujours : Marco. Le commandant ne lui avait quasiment pas décroché un mot à part pour s'enquérir de sa santé quand il l'avait rejointe elle et Ace dans la salle de bain après l'opération d'Izou. La dragonnière savait qu'il était déçu et qu'il lui tenait rigueur de l'état de son ami et elle comprenait, le laissant tranquille et ne cherchant pas à le confronter. Cette attitude lui avait tout de même laissé un légers arrière goût amère que leur relation confortable se soit ainsi brisée comme ça mais elle fut vite balayée par le poids écrasant de la culpabilité.

Brassant ses moroses pensées, Isaya accompagnée d'Ojutaï toqua à la porte de l'infirmerie avant de s'y engouffrer. Gil était à son bureau en pleine lecture, il offrit un sourire chaleureux aux deux arrivants. Le dragon en profita pour bondir sur ses genoux, réclamant l'attention du médecin.

- Ho là, doucement Ojutaï, tu ne fais plus le même poids qu'avant.

En effet le petit dragon faisait dorénavant la taille et le poids d'un gros chat.

- « Insinuerais-tu que je sois lourd ? »

- Oui, tout à fait.

Cette réponse parut plaire au reptile car il ronronna de plaisir, impatient à l'idée de retrouver sa taille originale.

Le regard du médecin se posa sur la jeune femme toujours silencieuse au milieu de la pièce. Il poussa un soupir et se leva à son tour, repoussant délicatement le dragon. Gil posa une main rassurante sur l'épaule d'Isaya.

- Tu viens encore le voir ? Je dois avouer être admiratif de ta détermination à t'occuper de lui. Mais Isaya, s'il te plaît, n'en fait pas ton purgatoire, fais le pour toi et seulement toi. Tu n'as rien à prouver à personne.

L'homme à lunettes savait qu'elle ne lui répondrait pas, de toute façon elle n'avait jamais rien dit à ce propos, ne se confiant pas sur ses remords flagrants et sa culpabilité que tous devinaient. Elle restait en apparence égale à elle-même mis à part une légère perte d'énergie et le fait qu'elle venait l'aider quotidiennement à s'occuper du pirate inconscient.

La dragonnière se dégagea doucement avec un sourire qui se voulait apaisant et s'approcha d'un lit où tout un tas d'appareils étaient branchés et reliés au corps du commandant Izou, dans le comas depuis bientôt deux longues semaines. Elle attrapa délicatement sa main et y apposa de légères caresses.

Sans se retourner, Isaya demanda calmement au médecin :

- Crois-tu qu'il se réveillera un jour ?

- Oui, j'en suis persuadé. Certes il a été gravement touché mais le trou dans son poumon se résorbe bien et ses constantes vitales sont devenues stables. Maintenant c'est à lui de trouver la force d'ouvrir les yeux.

La pièce fut plongée dans le silence, entrecoupé par les bips des machines.

- Je pars demain. Ojutaï et moi-même avons senti la présence d'un fragment non loin d'ici. Ace m'y conduira après avoir accompli la mission que Newgate lui a confié.

Elle se stoppa quelques secondes avant de continuer.

- Ojutaï reste ici, ce sera plus simple, il ne peut pas encore voler et j'aurais du mal à le porter partout. Je te le confie ainsi qu'Izou. Prend soin d'eux s'il te plaît.

Gil acquiesça, offrit un sourire entendu puis s'éclipsa sans un bruit dans une autre pièce de l'infirmerie pour vaquer à ses occupations de médecin de bord.

Se retournant de nouveau vers Izou, la dragonnière rapprocha une chaise du lit et entreprit et faire une toilette sommaire à son ami à l'aide d'une éponge et d'une bassine d'eau. Au bout de quelques minutes elle eut fini et cala la main inerte du pirate entre les siennes.

- Tu sais, je n'en ai encore parlé à personne mais j'ai tué quelqu'un de sang-froid. Un marine, celui qui avait absorbé mon fragment de pouvoir, pour être plus précise. Je pense qu'il avait à peine dix-huit, vingt ans.

Seuls les bips réguliers lui répondirent.

- Dans le cadre de mon rôle de gardienne j'ai déjà eu à tuer des gens qui ne méritaient pas de mourir afin de protéger plusieurs vies. Et je l'ai toujours fait sans rechigner sachant que leur sacrifice était nécessaire et que cela était pour une cause plus grande. Mais pour ce jeune marine, il a eut le malheur de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment ainsi que la malchance d'absorber mon pouvoir. Je -

Elle se stoppa, une boule dans la gorge.

- Je sais que je n'ai fais que mon devoir et techniquement je n'aurais même jamais dû vous raconter quoi que ce soit à propos d'Erevan. En tout cas personne d'autre ne d'autre ne devait être au courant. Mais je regrette tellement. Tu aurais vu son regard terrifié, il m'a supplié d'épargner sa vie... et maintenant son cadavre repose quelque part dans les montagnes glacées de mon monde. Il ne méritait sûrement pas de finir dans un tel endroit si loin de chez lui, perdu, là où personne ne se rappellera de lui. Et tout ça à cause de ma venue ici alors que je ne suis même pas de ce monde.

Un nouveau soupir s'échappa des lèvres de la jeune femme aux cheveux neige.

- Je rêve de lui quasiment tous les soirs maintenant, il m'appelle à travers le blizzard et me demande pourquoi j'ai fait ça. C'est la première fois, je n'ai jamais été hanté plus que ça par toutes les vies que j'ai ôté jusque là. Tu sais j'ai peur Izou, peur de ce que j'étais avant, peur des changements qui s'opèrent en moi. Je crains de ne pas réussir à reprendre correctement le rôle qu'on attend de moi à Erevan. Je ne sais plus trop quoi penser.

Elle reprit dans un murmure plein de remord :

- J'aurais aimé plutôt prendre ta place...

Sur ces mots elle se redressa, récupéra le dragon qui s'était endormi et quitta discrètement la pièce sans apercevoir la silhouette derrière un paravent, allongée sur l'un des nombreux lits de l'infirmerie. Quand le clic indiquant que la porte était fermée se fit entendre, le phénix ouvrit les paupières, fixant le plafond, terriblement pensif.

[...]

Après avoir salué les pirates et Ojutaï, Ace et Isaya s'embarquèrent à bord d'une réplique du Moby Dick, afin de s'acquitter tout deux de leurs missions. Les tensions entre eux s'étaient naturellement apaisées après tout ce qu'il s'était passé et Isaya lui était reconnaissante de ce qu'il avait fait pour elle lors de son hypothermie. Même s'ils n'avaient pas énormément eut le temps de vraiment se côtoyer régulièrement sur le navire, ils avaient tout de même eut des échanges, ne pouvant plus lutter contre la curiosité du pirate. De plus elle avait également apprit un peu à mieux le connaître à travers le regard du reste de l'équipage et de ce que ses camarades lui avaient raconté. Dorénavant elle le respectait grandement bien qu'elle ne lui avouerait jamais pour ne surtout pas flatter son égo.

Un vent favorable les accompagna tout le long du voyage et c'est avec deux jours d'avance qu'ils arrivèrent sur une île automnale, placée sous la protection du capitaine Barbe Blanche.

L'empereur avait reçu un message urgent de la part du maire de la ville, le prévenant qu'une bande de pirates semaient le chaos et la terreur, ravageant l'îlot. Ace avait donc été envoyé afin de se débarrasser des malfrats. Son équipage étant au complet sur le pont, il lança le branle-bas de combat.

Quelques tirs au canon sur le navire ennemi déclencha la débandade, certains tentèrent de s'enfuir dans de frêles barques après avoir reconnu le célèbre pavillon de Barbe Blanche, d'autres s'organisèrent, prêts à repousser l'invasion.

Alors que leur navire s'échoua sur le sable de la petite île, Isaya s'apprêta à bondir par dessus le bastingage afin de donner un coup de main aux pirates mais Ace la reteint par le bras.

- Toi tu restes ici, tu n'as aucune obligation envers cet équipage. Imagine la précieuse invitée que tu es, ne soit blessée, je passerais ad patres sitôt rentré au Moby Dick.

- Certes, mais j'en ai envie.

Sur ces mots elle sauta souplement par dessus la rambarde décrochant un clin d'œil au commandant qui la rejoignit rapidement.

[...]

Le combat, tout sauf équitable par le niveau lamentable de leurs adversaires, fut court et l'équipage d'Ace ne comptait que peu de blessés très légers. Une fois assuré que tout était remis en ordre, le commandant rejoignit le navire où Isaya tâchait de nettoyer le sang maculant ses lames à l'aide d'un bout de tissu, sûrement arraché à un pirate ayant eut le malheur de croiser la route de la dragonnière.

Il avait eu parfois le loisir de l'observer s'entraîner sur le navire principal mais c'était la première fois qu'il la voyait combattre en situation réelle et en était plutôt impressionné, la jeune femme possédait un panel de techniques assez large et une grâce redoutable. Elle connaissait parfaitement ses faiblesses et était capable de les contre-balancer en jouant avec le poids ou l'élan de ses adversaires ainsi que la gravité tout en ajoutant un peu de sa magie basique ne demandant que peu d'énergie afin de faire trébucher un ennemi ou encore l'immobiliser quelques secondes avant de le passer à trépas en visant toujours les points vitaux pour ne jamais laissé traîner trop longtemps l'affrontement. Elle ne se mettait également jamais en danger volontairement par fierté ou auto-suffisance, préférant parfois se retirer d'un engagement défavorable pour mieux attaquer plus tard dans de meilleurs conditions.

Il découvrait donc une nouvelle Isaya mais restait juste étonné qu'elle ne se batte qu'avec ses poignards longs car son style évoquait un peu plus un apprentissage à l'épée. Au final il aurait adoré la combattre en entraînement pour voir jusqu'où elle pouvait aller même si bien sûr la jeune femme ne faisait absolument pas le poids contre un détenteur d'un fruit du démon.

Son regard se posa sur son visage que quelques traces de sang venaient assombrir, puis ses yeux descendirent sur sa natte quelque peut démise et c'est en suivant les cheveux neige qu'il se mit à détailler les formes à la fois souples et fermes de la dragonnière, s'attardant sur un pan de peau matte là où sa chemise avait été partiellement déchirée, révélant quelques cicatrices discrètes et peu profondes. En tout cas rien de comparable à la balafre sur son flanc qu'il avait pu voir précédemment. Décidément il était de plus en plus intrigué et désireux d'en savoir encore plus sur ce brin de femme vraiment attrayante.

Encore excité et grisé par le combat et l'adrénaline, le brun invita l'équipage à se retrouver dans la seule taverne de l'île pour y fêter la victoire, le maire les conviant gracieusement afin de les remercier. Ceci fait il s'approcha d'une démarche souple et féline vers l'objet de sa curiosité, celle-ci rengaina ses lames au moment où le pirate au regard sombre arriva à sa hauteur.

- Je dois avouer que je suis – agréablement surpris. Tu es très efficace, pas d'étalage de puissance ni de fioritures, juste une grâce mortelle.

- Je te remercie du compliment même si au début j'étais un peu rouillée, ça faisait longtemps que je m'étais retrouvé dans un véritable combat. J'ai aussi été surprise et grandement impressionné, ton pouvoir n'est vraiment pas anodin, je comprend mieux l'épithète qu'on t'attribue, poings ardents. En tout cas ces fruits du démon ne cesseront de m'étonner. Sur ce je vais prendre une douche avant de vous rejoindre, à plus tard.

Le jeune pirate la suivit du regard jusqu'à ce qu'elle s'engouffre dans les entrailles du navire. Un sourire naquit sur ses lèvres, décidément il l'appréciait toujours plus, le brun ne serait pas contre l'idée de passer un peu de bon temps avec la jeune femme.

{-}

Une fois débarrassée de la substance poisseuse qu'était le sang, Isaya soupira d'aise, elle fouilla dans la petite commode de la cabine qu'on lui avait apprêté, à la recherche de vêtements propres. La jeune femme y dénicha un haut à manche trois-quart vert foncé, tout simple ainsi que l'un de ses éternels pantalons noirs et fins. Ceux qu'elle avait achetés avec Izou d'ailleurs. Une fois habillée elle se sécha sommairement les cheveux et les tressa en une natte simple.

Analysant son reflet dans un petit miroir accroché à la porte de la cabine, elle se trouva jolie avec sa peau mate faisant ressortir ses yeux ambrés ainsi que sa chevelure immaculée (à laquelle elle avait étrangement fini par s'habituer). Ces derniers temps elle s'était surprise à s'observer vraiment, c'était très rare pour elle de se détailler, appréciant la courbure de ses lèvres ou la longueur de ses cils devenus également blancs. Contrairement à Erevan où elle n'y pensait pas, ne remarquait pas les hommes désireux ou n'avait tout simplement pas le temps. C'était seulement pendant ses échanges charnels pour combler un besoin - désir physique, qu'elle pouvait apercevoir dans le reflet des yeux de son amant, les atouts qu'elle possédait et l'émoi qu'elle pouvait engendrer avec. Mais ici elle commençait à réellement apprécier son apparence pour elle-même et surtout à l'aimer, le regard des pirates l'aidant à prendre conscience de son corps qui était le sien.

Ainsi la jeune femme repensa au regard du second commandant, il n'y avait pas de doute, c'était bel et bien le regard d'un homme désireux car malgré son désintérêt pour l'amour, Isaya l'avait remarqué maintenant à plusieurs reprises. En enfilant ses bottes, la dragonnière se dit que cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas fréquenté quelqu'un et que l'envie commençait à se faire ressentir. Après tout ce n'était qu'un désir naturel et humain comme celui de se sustenter.

Laissant donc de côté ses pensées, elle se décida à enfin rejoindre les pirates de Barbe Blanche afin de fêter comme il se doit leur victoire précédente.

À peine posa-t-elle le pied dans la taverne qu'elle se fit happer par une farandole de pirates passablement éméchés dansant au rythme d'un orchestre entraînant. Elle se laissa emporter malgré elle jusqu'au niveau du bar où elle s'agrippa à une chaise pour s'extraire de la joyeuse chaîne. C'est sans surprise qu'elle aperçu du coin de l'œil, le commandant Ace se diriger vers elle. Arrivé à son niveau il s'installa à ses côtés et commanda deux rhums, quand le barman lui apporta les boissons, il en tendit une en direction de la jeune femme qui commençait doucement à apprécier l'alcool - malgré une première fois catastrophique - et leva son verre.

- À notre victoire !

- À notre victoire.

Les deux verres tintèrent tandis que les deux jeunes gens trinquaient. Un léger silence s'installa qu'Ace s'empressa de briser.

- Franchement quitte à me répéter, j'ai été impressionné par ta manière de combattre, j'ai donc hâte de voir ce que tu vaut avec la magie au maximum de tes capacités. D'après Satch c'est vraiment sidérant, tes yeux deviennent verts et tout. C'est vrai que tes cheveux flottent autour de ta tête, genre zéro gravité ? Je n'ai malheureusement pas pu voir grand chose tout à l'heure pendant le combat, tu bougeais et te déplaçait beaucoup trop vite.

La dragonnière pouffa.

- Oui en effet mes yeux deviennent émeraude quand j'active ma magie et oui mes cheveux se redressent également.

- Tu ne veux pas me faire une démonstration ?

- Je ne préfère pas, je ne suis pas une bête de foire tu sais et puis je ne veux pas risquer ma couverture de pirate. Entre nous ça ne me dérange pas d'utiliser de la magie moyenne mais ailleurs que sur le Moby Dick, il en est hors de question. Je me contente de magie simple qui ne demande que peu d'énergie et rend l'utilisation disons moins flagrante et plus discrète.

Le brun lui lança une moue attristée. Devant son regard de chien battu Isaya craqua.

- Okay mais pas maintenant, plus tard dans de bonnes conditions.

Le commandant lui balança un sourire chaleureux et recommanda deux autres verres de rhum mais Isaya protesta.

- Hey ! Je n'ai toujours pas fini le mien.

- Bah cul-sec alors !

La jeune femme soupira mais engloutit le reste de sa boisson d'une traite déclenchant les applaudissement d'Ace. Sa tolérance à l'alcool avait grandement augmentée grâce ou à cause des pirates et elle prenait de plus en plus de plaisir au partage d'un breuvage en bonne compagnie.

- Voilà comment boit un pirate, va falloir t'améliorer si tu veux être crédible en tant que telle au yeux de ce monde.

Quelque peu grisés par les boissons, une franche camaraderie s'installa entre les deux si bien que la soirée (bien arrosée) passa en un éclair. Ace avait eu des réponses à une majeure partie de ses questions restées en suspend et Isaya finissait de découvrir un jeune homme plein d'entrain et quand même charmant malgré ses nombreuses crises de narcolepsie qui avaient tendance à surprendre autant qu'à taper sur les nerfs de la dragonnière.

Quand la musique se tut définitivement ils décidèrent de rentrer jusqu'au navire afin de se coucher. C'est donc d'une démarche titubante qu'ils empruntèrent le chemin pour la plage.

Ace chantait à tue-tête alors qu'Isaya essayait de le faire taire afin de ne pas réveiller les habitants de la petite île.

Soudainement le pirate s'effondra au sol en riant bêtement à seulement quelques mètres du navire. La jeune femme tenta de le relever mais elle aussi bien éméchée, avait du mal à tenir sur ses propres jambes. Épuisée elle s'assit à côté du brun qui se moquait d'elle. Puis une idée fit surface.

- Hey, Ace. Tu voulais me voir faire de la magie ?

Le concerné se redressa immédiatement, les yeux brillants comme un gamin.

- Oh oui carrément !

La dragonnière se concentra et ferma les yeux pour les rouvrir sur un éclat émeraude, ses cheveux s'agitèrent et d'étranges runes apparurent sur chaque pans de peau découverte.

Le brun, la bouche grande ouverte fut surpris quand ils commencèrent à s'élever dans les airs, une bulle transparente les portant jusqu'au navire.

Isaya sentit le regard de commandant se reposer sur elle.

- Ouah tes cheveux flottent vraiment et puis tes yeux ! Tu sais que tu es vachement belle comme ça. Dis ça te dirait de venir boire un dernier verre dans ma cabine ?

Alors que la jeune femme aux cheveux neige s'apprêtait à lui répondre, le visage du pirate prit une teinte douteuse avant de passer au verdâtre. Voyant la catastrophe arriver, elle posa la bulle sur le pont du bateau et poussa Ace vers le bastingage afin qu'il soulage bruyamment son estomac. Dégoûtée elle n'attendit pas qu'il ait fini et le salua pour la nuit avant de tanguer jusqu'à sa cabine où elle s'effondra sur le matelas. Dans un dernier sursaut d'énergie la dragonnière se débarrassa de ses bottes puis de son pantalon et son haut avant d'enfiler une chemise et de se glisser sous la couverture pour rejoindre rapidement les bras de Morphée.

[...]

Quelques heures plus tard, Ace, qui ronflait comme un bien heureux fut réveillé en sursaut par un cri, celui d'Isaya. Enfilant un boxer à la hâte il se précipita encore ensommeillé jusqu'à la cabine de la jeune femme et toqua à la porte. Pas de réponse.

- Isaya ?

Seul le silence lui fit écho.

- J'ai dû rêver.

Alors que le pirate s'en retournait vers sa propre cabine, il entendit un gémissement traversa l'épaisse porte en bois de la chambre. Prudemment il posa la main sur la poignée et entra dans la pièce plongée dans la pénombre seulement légèrement éclairée par un seul hublot. La dragonnière était dans son lit mais lorsqu'il s'approcha d'elle il remarqua d'épaisses gouttes de sueur perler le long de ses tempes, son visage se tendait régulièrement et ses doigts étaient blafards tellement ses mains étaient crispées sur les draps. Ne sachant que faire il resta planté là à hésiter à la réveiller, de ce qui semblait être un cauchemar mais lorsqu'une plainte sourde s'échappa des lèvres carmines de la tourmentée, il l'attrapa par les épaules et la secoua fermement. Au bout de quelques secondes des yeux ambres, embués par les affres du sommeil, se plantèrent dans les siens, reprenant petit à petit le contrôle sur la réalité. Ouvrant la bouche Isaya murmura le prénom du commandant afin de s'assurer qu'elle était enfin tiré de ses tourments nocturnes.

- Ace ?

- Ouais c'est bon je suis là, je crois que tu as juste fait un mauvais rêve.

- Ah euh ouais...

Un silence gêné s'installa dans la cabine, le brun le brisa en s'asseyant sur le bord du lit.

- Tu veux en parler ?

- Tu sais, Ace, je ne suis pas une enfant.

Le commandant rigola.

- Je sais mais ça fait du bien d'en parler parfois et puis j'aimerais apprendre à te connaître encore plus, je suis celui de la flotte qui t'as connu en dernier, j'ai du temps à rattraper.

- Ah toi et ta curiosité.

- Alooors ?

Isaya sembla réfléchir quelques instants mais le pirate se reteint de la brusquer plus ne voulant pas qu'elle se braque.

- J'ai rêvé de personnes que j'ai tué de sang froid. Mais ça reste un cauchemar assez commun aux personnes comme nous, côtoyant la mort régulièrement.

Le brun poussa un soupir las. Sujet classique malheureusement.

- Hélas oui, même moi, il m'arrive d'y penser ou d'en rêver. Surtout à propos du premier homme que j'ai tué. C'est quasiment toujours lui qui reviens me hanter. J'ignore le nombre de personnes que tu as tué mais je pense que cela est normal que certaines viennent te hanter, cela prouve que tu es humaine et non insensible devant la perte d'une vie quelle qu'elle soit. Ce qui techniquement est une bonne nouvelle, félicitation tu n'es pas un monstre sans cœur ni morale !

Isaya rigola doucement de son trait d'humour.

- Franchement je n'ai pas compté combien de gens j'ai bien pu mettre à mort, des centaines sûrement, la guerre ne fait pas de quartiers. Et toi ?

- Sûrement dans ces eaux là, peut-être quand même un peu moins.

Un blanc s'installa de nouveau. Au bout de deux-trois minutes, Ace jeta un coup d'œil à la jeune femme sur sa droite, Isaya était assise en tailleur, la couverture légèrement descendue sur ses hanches, le brun se doutait qu'elle ne portait pas de pantalon et sa chemise était légèrement déboutonnée, dévoilant la naissance d'une poitrine qu'il savait parfaite.

Ils étaient à présents tous deux bien éveillés et une sensation de gêne planait dans l'étroite chambre rendant l'atmosphère légèrement électrique entre eux. N'y tenant plus, le brun riva ses yeux dans ceux de la jeune femme tout en se rapprochant, le souffle en suspens, peu sûr de la réaction d'Isaya. Celle-ci ne bougeait pas et quand le pirate ne fut plus qu'à quelques centimètres d'elle, la dragonnière n'avait toujours pas fait le moindre mouvement de recul, seul son corps semblait aussi tendu que celui d'Ace. Ses pupilles toujours encrées dans celles hypnotiques de la jeune femme, le commandant effleura ses lèvres des siennes, si douces et désirables.

Le jeune homme souffla doucement, comme si le fait qu'il s'exprime à voix haute, ne brise cette grisante tension.

- Isaya... Je vais être honnête, j'ai envie de toi...

La concernée, toujours immobile, décrocha ses orbes ambres de ceux sombres et orageux de son vis-à-vis pour les laisser courir sur son torse avant de légèrement rougir. L'atmosphère semblait électrique et ni l'un ni l'autre ne semblait prêt à briser ce moment de flottement, jusqu'à ce qu'Ace, enhardi par l'absence de réponse de la jeune femme, s'empara de nouveau de ses lèvres, d'abord timidement puis férocement quand Isaya répondit à son baiser.

Alors comme aimantés, leurs deux corps se collèrent, torse contre poitrine, et le pirate glissa ses doigts dans les cheveux neige de la jeune femme dans ses bras. Son autre main quant à elle effleura un pan de peau frissonnant doux comme du satin.

De plus en plus grisé, il plaqua la dragonnière contre son oreiller et glissa ses lèvres dans le creux de son cou, déposant de ci de là d'humides baisers, la faisant sursauter à chaque fois. S'amusant de sa réaction et alors que la jeune femme laissait ses propres mains s'aventurer dans le dos du pirate, Ace entreprit de déboutonner le reste de sa chemise devenue trop encombrante pour ce qui allait suivre.

Mais tandis qu'il allait passer ses doigts contre ses côtes, Isaya se tendit puis se détacha immédiatement du corps bouillant du commandant. Celui-ci comprit immédiatement le message et se redressa, les mains en l'air pendant que la dragonnière reboutonnait rapidement sa chemise à présent grande ouverte.

À présent les deux jeunes gens se trouvaient à un bon mètre de distance, se jaugeant du regard, Isaya parla la première.

- Je – Je suis désolé Ace...

- Pas de souci, je comprend si tu n'en as pas envie. Sûrement l'alcool aussi.

- Non ce n'est pas ça, c'est juste que tu – enfin -

Le pirate voyait bien dans son regard fuyant qu'elle essayait de lui dire quelque chose sans le blesser mais ne savait pas comment s'y prendre. Il poussa alors un soupir las après avoir plus ou moins compris.

- N'aies pas peur de me vexer ou quoi que ce soit dans le genre. Sois honnête, tu en a envie mais pas maintenant et sûrement pas avec moi ?

Surprise, les joues de la dragonnière rosirent légèrement sous le teint halé. Il avait vu juste. Quand même un peu déçu et frustré, le brun décida de taquiner la jeune femme en prenant une moue déconfite.

- Ah mais quel dommage, moi qui en rêvait depuis pas mal de temps déjà ! Quel chanceux ce Marco, être désiré par un aussi joli brin de femme, je l'envie, l'ignorant.

Sachant qu'il avait probablement encore tapé dans le mille, le commandant se délecta de voir Isaya passer d'un visage d'étonnement puis de questionnement et réflexion avant de rougir plus fort puis de se ressaisir. Ils les avaient observés ces deux là, se jetant des regards discrets dans le dos de l'autre pendant les deux semaines où ils ne se parlaient quasiment plus. Peut-être eux-mêmes ne s'étaient pas rendus compte de leur attirance mutuelle ou alors ils se voilaient la face. Ce qui était fort probable. Se faisant à l'idée qu'il n'aurait plus jamais l'occasion de coucher avec elle, Ace s'allongea de tout son long sur le lit à côté de celle qui lui avait collé un râteau. Histoire de la détendre définitivement et clôturer le chapitre, il lui lança :

- Bon, l'heure est à la confidence. Il paraît que tu es immortelle ? Ça fait jaser depuis quelques temps déjà.

Le plan du pirate commençait tout d'abord par l'amadouer avant de lui tirer les vers du nez. Soulagée du changement de discussion, la jeune femme se plaça à ses côtés glissant tout de même un oreiller entre eux. Ace s'amusa de ce geste de précaution inutile en attendant qu'elle finisse de s'installer avant de lui répondre.

- Plus ou moins, si Ojutaï et moi-même ne nous faisons pas tuer, on peut en effet vivre très longtemps. Personne ne connaît la limite. Tant que notre dragon renaît à chaque fois on ne peut mourir car c'est lui qui déverse, consciemment ou non, de son pouvoir en nous, ce qui conduit à cet étrange phénomène de non-vieillissement. Après je ne sais pas en détail comment ça marche, il me semble que le corps vieillit mais extrêmement lentement.

- C'est dingue quand même.

- Ça reste quand même impossible de vivre indéfiniment, la mort peut quand même frapper à tout moment, dans une bataille, une tempête, une maladie, un accident quelconque.

- Mmm, c'est Marco qui doit quand même être content.

Les yeux fermés, les bras derrières la tête et un sourire en coin le brun attendait la question de la jeune femme.

- Comment ça Marco ?

- Et bien sûrement grâce à son fruit du démon, notre cher phénix n'a toujours pas changé physiquement, à part la prise de muscles évidemment, ça fait plus de vingt ans qu'il a le corps d'un fringant jeune homme dans la fleur de l'âge.

- Je ne savais pas.

- Bon maintenant que tu es grillée, passe aux aveux, tu en pinces pour la tête d'ananas.

Ce n'était même pas une question mais une affirmation. Isaya n'eut aucun échappatoire et réfléchit sérieusement. Elle soupira avant de se confier:

- Je ne sais pas vraiment, je me sens bien en sa présence, il est très respectueux et à l'écoute. Pas que je cherche à être en particulier à ses côtés, c'est juste que je suis à mon aise quand il est dans les parages, il dégage quelque chose d'apaisant. C'est un homme intéressant voire fascinant et qui impose le respect en tant que second de ton capitaine. Mais alors de là dire que j'en « pince » ce n'est pas le bon terme. Certes, j'ai peut-être un possible attrait physique pour lui mais je n'ai pas le temps pour ça et puis ce n'est pas dans ma nature de rechercher ce genre de relation. Dans mon royaume les personnes de ma caste n'ont pas le droit de s'enticher d'une autre personne sans parler du fait qu'on n'en a absolument pas le temps à part quelques relations non sérieuses ou non officielles par ci par là mais jamais rien d'autre. Et puis, de toute façon Marco ne m'adresse plus la parole après ce qui est arrivé à Izou donc pourquoi y réfléchir plus que ça, c'est une perte de temps.

- Peut-être mais au moins j'ai semé le doute dans ton esprit maintenant tu vas y penser plus sérieusement. Peut-être que votre attirance physique est mutuelle. Oublies que tu es une dragonnière un peu et penses à la femme que tu es avant tout. On n'a qu'une vie même si la tienne peut-être à rallonge. Sinon ne t'inquiète pas pour Izou, il est sur la bonne voie quand à Marco à ce propos et bien, je pense qu'il ne sait juste pas comment réagir, laisse lui le temps de réfléchir, il peut être assez lent tu sais.

Voyant le regard de la jeune femme se perdre dans le plafond, le commandant changea de sujet, jugeant que maintenant c'était à elle de gérer seule.

- Sinon pour te faire pardonner tu me racontes une histoire de ton monde ?

Un air angélique collé sur le visage, le brun suppliait des yeux la dragonnière, qui s'en voulant quand même un peu se décida.

- D'accord mais si tu t'endors subitement je te colle dehors.

- Marché conclu !

- Parfait, je vais te raconter comment s'est passé mon premier vol avec Ojutaï.

La magie s'opérant au fur et à mesure de son récit, la cabine s'emplit bientôt d'images, de sons et même de sensations illustrant le tout les laissant éveillés jusqu'aux premières lueurs de l'aube.

Après cette nuit là, ils scellèrent leur nouvelle amitié inattendue.

{-}

À plusieurs jours de navigation de là, un homme étendu dans la vigie regardait les dernières étoiles disparaître du ciel, qui prenait des teintes pales, puis ses yeux indéchiffrables se posèrent sur son poignet où reposait une marque venant d'un autre monde. Décidément, il aurait dû lui parler avant qu'elle ne parte et maintenant il s'en voulait terriblement.

« Isaya revient vite. »


Et voilà, fin de ce chapitre 13, j'espère avoir réussi à vous surprendre un peu ;)

Maintenant Isaya ne va pas tarder à tracer sa route seule et bien sûre elle va rencontrer pas mal de monde, vous découvrirez aussi des personnages d'Erevan mais je ne vous en dit pas plus.

Sinon comme expliqué plus haut, je risque de retravailler longuement le prochain chapitre qui sera majeur pour la compréhension de l'histoire, je vous invite donc à m'envoyer un commentaire ou même un MP pour me faire part de votre avis afin que je redirige ou non ma fiction.

En attendant n'hésitez pas à me laisser une review juste pour me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre !

Sur ce je vous souhaite de bonnes vacances et je vous dis à la prochaine !

Baisers tout doux,

April