Salut tout le monde !

Et oui je suis vivante ! Bon tout d'abord les excuses: je m'excuse sincèrement pour n'avoir donné aucune nouvelle ni signe de vie. m(_ _)m

Ensuite les explications: Voilà, j'avoue j'avais abandonné cette fiction. J'ai eu un petit coup de mou, un moment de faiblesse et j'ai, du jour au lendemain, déserté ce site. Et puis ces derniers jours j'ai regardé mes mails et j'ai vu que des nouvelles personnes suivaient cette fic'. Je me suis donc décidé à me connecter et j'ai relu toutes les dernières reviews. J'avoue que j'ai eu la petite larme aux coins des yeux tellement j'étais émue des encouragements et des critiques objectives que j'avais reçu.

C'est donc avec une certaine émotion que je vous annonce que je reprend cette fiction et pour prouver ma bonne foi, voici le chapitre 14 (tant attendu par certain-e-s) !

Mais tout d'abord un grand merci à 14thallen, Surrricahe, Rubis-san, Leila Hale, The story of a rabbit, ainsi tous ceux et celles qui m'ont laissés précédemment des commentaires !

Je vous embrasse fort et vous remercie de m'avoir redonné l'envie d'écrire 3

Je vous laisse découvrir ce nouveau chapitre, qui je l'espère sera à votre goût.

Enjoy !

April


Résumé: Isaya a quitté, amère, le Moby Dick en espérant qu'Izou se réveille de son comas. C'est donc en compagnie d'Ace (à qui elle a collé un méchant râteau) que la dragonnière a continué sa route, la rapprochant de son but : retrouver ses pouvoirs disséminés aux quatre vents. De son côté Ojutaï est resté sur le navire de Barbe Blanche en compagnie des pirates, suivant de loin le début des péripéties de sa maîtresse. Quand à Marco, celui-ci n'a pas adressé la parole à la jeune femme et ne lui a pas dit au revoir, lui en voulant encore pour ses actions irréfléchies ayant mis en danger la vie de son ami de la 16ème division...


Chapitre 14

L'aube se levait, inondant les voiles d'une lueur orangée. Isaya inspira l'air marin du petit matin à plein poumons profitant du calme matinal régnant sur le pont, c'était un peu devenu son nouveau rituel depuis qu'elle avait atterri dans ce monde avec celui habituel de son passé martial de quelques étirements et échauffements. Elle laissa son regard se promener sur les vagues qui s'écrasaient contre la coque du navire. Il était l'heure, elle sentait son point de débarquement non loin. Replaçant une mèche de cheveux rebelle derrière son oreille, la dragonnière se détourna de la vue pour s'engouffrer dans les entrailles de la réplique du Moby Dick en direction de la salle de navigation. Arrivé à destination elle frappa deux coups le long du battant en bois puis entra dans la pièce encombrée de cartes et paperasses en tout genre. Trois hommes y étaient présents : le navigateur, le commandant Ace ainsi que son second. Les pirates se tournèrent vers la nouvelle arrivante quand elle franchi le seuil.

- Commandant, messieurs.

Ils lui répondirent d'un geste de la tête sauf Ace qui lui offrit un immense sourire avant de l'inviter à les rejoindre dans l'observation d'une carte maritime.

- Alors qu'est-ce qui t'amène ?

- Je venais te dire que je vais bientôt vous quitter, je voulais donc te demander de me débarquer à un endroit précis.

Le brun sembla réfléchir un instant.

- Déjà ? Moi qui pensait pouvoir profiter encore un peu de ta présence.

Il prit un air abattu, essayant de faire fondre le cœur de la jeune femme qui ne s'y laissa absolument pas prendre par son nouveau running gag.

-Malheureusement c'est impossible, je sens qu'on se rapproche d'une forte énergie.

Le visage du commandant de la seconde flotte redevint sérieux.

- Comment peux-tu en être aussi sûre ? As-tu des coordonnées à nous transmettre ?

- Je le sais c'est tout, je sens une forte masse magnétique et aura magique s'échapper d'une île, sûrement sous-marine. Chaque île dégage une sorte d'énergie mais celle-ci semble très concentrée en magie de mon monde. Quand à sa localisation exacte, je pense qu'elle se trouve dans ces eaux-là.

Isaya pointa du doigt un endroit sur la carte. Le navigateur marqua l'endroit et calcula selon leur vitesse et leur emplacement actuel, à quelle heure ils pouvaient y arriver. Après quelques minutes le verdict tomba :

- Je pense qu'on y sera d'ici moins d'une heure, après je dois vérifier à nouveau avec le log pose mais on est très proche.

Poings ardents remercia le pirate et invita la dragonnière à partager un copieux petit-déjeuner avant que celle-ci ne les quitte.

La cantine étant quasi déserte ils furent servi rapidement. Ace s'amusa de l'expression de contentement qu'arborait sa camarade en croquant dans un pain au chocolat encore tiède.

- Profites, tu ne sais pas quand tu pourras en manger à nouveau.

- Je sais, je crois bien que je devrais faire un stock de ces trucs pour mon voyage. L'idéal aurait été d'avoir Satch sous la main, ses viennoiseries sont un pur délice.

- Ah, ah, si tu nous préviens avant ton retour, tu en auras de préparés au moment même où tu poseras les pieds sur le pont du Moby Dick.

La dragonnière attrapa sa tasse de café et après une gorgée jeta un coup d'œil moqueur au pirate.

- Tu sais que je déteste ces escargots-trucs, ça me répugne. Mais sinon je ne suis même pas encore partie et tu me parles déjà de retour ? On dirait que je vais te manquer.

Le brun pris un air désabusé.

- Que nenni mon amie, en plus une femme à bord d'un navire porte malheur. Je dirais plutôt bon débarras !

Il claqua sa langue sur son palais pour appuyer ses propos mais la jeune femme remarqua l'étincelle de malice dans les yeux sombres du commandant.

Elle était plutôt heureuse de pouvoir reparler naturellement au pirate, surtout après les événements gênants survenus quelques jours plus tôt. Et dire qu'au début elle l'aurait volontiers jeté au fin fond de l'océan mais après de longues discussions et un certain temps d'adaptation, Isaya avait développé avec lui une belle amitié naissante. Bon il lui faudrait encore pas mal de temps et beaucoup de patience pour s'habituer au fait qu'il soit vraiment très tactile et collant.

Ace lui en donna l'exemple au moment même où la dragonnière y pensait lorsqu'il se décala à ses côtés et passa son bras autour de ses épaules. À ce contact la jeune femme se raidit et finit même par se dégager doucement en glissant sur le côté, laissant un espace sur le banc entre poing ardent et elle-même. Le commandant ne s'en offusqua pas.

- Voyons Isaya, tu sais j'ai déjà compris la dernière fois pas besoin de me fuir en plus.

Gênée la dragonnière ne sut quoi répondre. Ace en profita donc pour surenchérir :

- Je sais que tu n'aime pas qu'on empiète sur ton espace personnel ainsi que les contacts physiques trop soutenus mais tu ne voudrais tout de même pas que les personnes présentes dans cette cantine entendent ce que j'ai à te dire, non ? Et puis tu connais la chanson, il faut soigner le mal par le mal, c'est comme ça qu'on s'habitue.

Un sourire taquin fendit son visage lorsque la jeune femme à la chevelure neige tiqua puis se rapprocha du commandant ne relevant pas sa dernière boutade. Il en profita donc pour réduire les quelques centimètres qui les séparaient et c'est avec un chuchotement qui prêtait à la confidence qu'il se pencha vers Isaya :

- Est-ce que je dois passer un message pour Marco ou tu te débrouilleras comme une grande à ton retour ?

Exaspérée par le pirate, la dragonnière le poussa de manière à ce qu'il bascule en arrière puis tombe du banc et lui rétorqua, non sans une pointe d'amusement dans la voix :

- Occupes-toi de ce qui te regarde sale pirate.

Ce à quoi le concerné éclata d'un rire franc avant de s'endormir subitement sous l'effet d'une soudaine crise de narcolepsie.

Regagnant sa cabine, la jeune femme boucla son sac de voyage, replaça ses lames dans leur fourreau, enfila sa veste puis sans un regard en arrière, ferma doucement la porte avant de se diriger vers le pont où le navigateur ainsi que quelques hommes, l'attendaient.

Les au-revoir furent simples et sans fioritures, ils lui souhaitèrent bonne chance pour sa quête, la remercièrent pour l'aide qu'elle leur avait apportée quelques jours auparavant et s'excusèrent pour leur commandant qui dormait encore comme un bien heureux dans la cuisine.

Sous le regard curieux des pirates, Isaya se jucha sur le bastingage et créa par magie une bulle qui l'entoura rapidement avant de plonger dans les eaux sombres de l'océan. À mesure qu'elle s'enfonçait dans les abysses, la lumière décrût dans un rayon de clarté avant de totalement disparaître pour ne laisser qu'un pâle reflet à la surface. La température chuta aussi drastiquement faisant frissonner la dragonnière.

Quand elle put vaguement distinguer les fonds marins sous ses pieds, la jeune femme activa sa vision magique :

- Occulis.

À présent Isaya voyait clairement le monde l'entourant. En effet chaque être vivant dans cette pénombre ambiante, dégageaient une énergie qui lui était propre, certaines étaient plus vives que d'autres telles des flammes. Mais ce qui impressionna la dragonnière ne fut pas le monstre marin qui la frôla mais les effluves d'énergie et de magie qui flottaient autour d'elle. Toutes ondoyaient dans les courants pour s'éparpiller dans l'océan mais leur point de départ était le même : un immense trou dans les bas-fonds.

La jeune femme orienta doucement la bulle dans laquelle elle reposait, en direction de ce cercle d'ébène jurant avec la myriade de coraux chamarrés. Elle se plaça sur le bord du gouffre qui de près devait faire une vingtaine de mètres de diamètre, quand à sa profondeur elle n'en avait aucune idée. Mis à part le flot d'énergie qui s'en écoulait, aucun signe de vie ne faisait écho au sort d'Isaya. D'ailleurs aucune lueur ne semblait pouvoir s'en échapper ou encore y pénétrer.

Un frisson d'inquiétude, qu'elle ne put réprimer, s'empara brusquement de la femme aux cheveux blanc. Elle n'était déjà pas très à l'aise au fin fond de l'océan dans une quasi-obscurité alors face à ce gouffre hypnotique elle n'en menait pas large. Mais elle sentait qu'un fragment de pouvoir ainsi qu'une puissante magie reposait quelques part au bout de cet abîme vertical. Alors que son instinct lui hurlait de faire demi-tour, la dragonnière laissa sa protection transparente glisser lentement dans ce qui, vraisemblablement, la mènerait au début de son périple.

En quelques secondes à peines elle fut happée par les ténèbres et ses pensées s'envolèrent vers Ojutaï atandis qu'elle s'engouffrait dans la noirceur et le silence le plus total.

[...]

Quelques jours après avoir déposé Isaya, quelque part sur l'océan, Moby Dick, au cœur de la nuit.

Deux ombres silencieuses se faufilèrent sur le pont désert de l'immense navire puis se glissèrent dans les couloirs menant à la cantine. Elles pénétrèrent dans la salle où les pirates prenaient habituellement leur repas, puis se glissèrent discrètement dans la cuisine avant de se stopper net devant l'immense porte blindée menant au garde manger.

En effet une troisième silhouette se tenait devant la porte et tentait de la forcer. Soudainement elle se retourna après avoir senti une présence inopinée dans son dos.

- Qui va là ?

Les deux ombres tentèrent un retrait discret mais ce fut sans compter sur la rapidité de l'autre, se jetant sur elles, les plaquant fermement au sol. Brusquement une flamme s'alluma, illuminant le visage des trois personnes étalées dans la pièce.

Deux voix à l'unissons s'exclamèrent :

- Commandant Ace !

- Watson, Gabriel ? Qu'est-ce que vous faites ici, il est deux heure du matin !

Les trois pirates se redressèrent rapidement. Le moins courageux des jumeaux – c'est à dire Watson – craqua à l'idée de la sanction qui les attendaient et tomba à genoux, implorant.

- On est désolés commandant mais on avait juste faim, on ne pensait pas à mal. Par pitié ne dites rien à personne, on ne recommencera plus !

Son frère jumeaux grogna comme quoi il était un traître et lui asséna un coup de pied qui résonna dans la salle. Un silence pesant s'installa, chacun retenant son souffle. Puis grâce au poing éclairé d'Ace qui n'était rentré que depuis la veille, les jumeaux virent le visage de celui-ci se fendre d'un sourire diabolique. Un ricanement machiavélique s'échappa alors de la bouche du pirate qui continuait de fixer les deux intrus, puis il se glissa entre eux deux et passa ses bras autour de leurs épaules.

Ace murmura :

- Vous tombez à pic les jumeaux, je crois que le destin a décidé de nous réunir en cette nuit propice.

Les deux pirates s'échangèrent un regard surpris avant de comprendre. Gabriel fut le premier à s'exprimer :

- Vous voulez notre aide commandant ?

- Hé hé, je vois que vous avez compris. Effectivement j'ai besoin d'un coup de main. Satch a rempli les réserves aujourd'hui même et après enquête j'ai appris qu'un saucisson d'une très grande qualité a été acheté mais qu'il se le réserve pour lui-même. Vous comprendrez que c'est totalement injuste de sa part de ne pas en faire profiter ses propre frères.

Deux voix répondirent :

- Tout à fait commandant.

Satisfait, poings ardents continua sur le ton de la confidence :

- J'ai donc décidé, pour qu'il n'y ai pas de jaloux, de m'emparer de ce précieux bien et de le faire disparaître afin que personne ne se sente lésé dans l'affaire.

Les trois compères se déplacèrent jusqu'à l'imposante porte blindée, devant laquelle ils s'accroupirent, complices.

Ace continua son speech :

- Le seul problème que je rencontre pour l'instant est que si j'utilise mon fruit du démon et que je fait fondre le cadenas, Satch saura immédiatement que je suis dans le coup. C'est donc là que je sollicite votre aide. Est-ce que l'un de vous aurait un quelconque talent dans ce genre d'exercice ?

Les jumeaux échangèrent leur fameux regard malicieux.

- Tout à fait, c'est dans nos cordes.

- En réalité aucune serrure, cadenas ou dispositif de confinement ne nous résistent.

Le commandant se frotta les mains d'excitation.

- Parfait, parfait. Au boulot alors ! Je fais le guet.

Les pirates se mirent en action mais avant même qu'ils puissent déverrouiller le cadenas – soit dit en passant – ultra sécurisé, un bruit lugubre raisonna dans la pénombre. Tous trois se figèrent instantanément et tendirent l'oreille. Rien, tout était redevenu silencieux. Les jumeaux se dépêchèrent de se remettre au travail, une légère boule au ventre.

Mais bientôt un autre bruit étrange s'éleva dans la cuisine, cette fois-ci ce fut l'écho d'un murmure beaucoup plus sinistre, résonnant encore plus près d'eux que le premier. Les trois hommes se tendirent instantanément se jetant des regards inquiets.

Watson murmura :

- Commandant, qu'est-ce que c'est ?

L'intéressé, tendu, ne se retourna pas pour regarder son complice.

- Chuuut ! Ça se rapproche.

À présent ils pouvaient entendre clairement des bruits distincts, comme si quelqu'un ou quelque chose rôdait dans la pièce. Un glissement suspect à leur gauche les firent se retourner de concert en position de combat puis Gabriel poussa un glapissement aigu, indigne de sa carrure, lorsque la chose murmura des paroles incompréhensibles mais funeste dans son dos. Il se contorsionna pour voir ce qu'il y avait derrière lui mais rien, juste la pénombre et un silence de mort lui répondit.

- Euh commandant, on ne devrait pas partir immédiatement ? Pour le coup je le sens mal cette histoi-

Il fut coupé dans sa tirade par le hurlement strident de Watson qui pointait du doigt l'homme au chapeau.

- Derr – derrière vous commandant ! Il y a quelque chose !

Ace se retourna vivement mais il n'y avait rien, il fit donc de nouveau face aux pirates, son sang-froid commençant à sérieusement s'effriter.

- Quoi ? Qu'est-ce que tu as vu ?

- Je – je ne sais pas mais j'ai cru voir quelque chose ramper vers vous, c'était tout proche...

Les trois hommes échangèrent un regard apeuré quand un nouveau son s'éleva en résonnant.

- C'était un ricanement ça ?

- Je crois que oui mais on dirait que ce n'étais pas -

- Humain ?

Leurs visages blêmirent et sentant la situation lui échapper, Ace décida d'agir.

- Bon écoutez les gars, je vais aller voir ce qu'il se passe, surtout ne bougez pas.

Les jumeaux hochèrent la tête et regardèrent l'homme au chapeau se déplacer furtivement vers le fond de l'immense cuisine jusqu'à ce que la pénombre ne l'engloutisse.

- Commandant Ace, vous ne devriez pas utiliser votre pouvoir pour éclairer la pièce ?

L'intéressé lui répondit dans un murmure :

- On risquerait de se faire repérer maintenant silence !

La cuisine redevint terriblement silencieuse. Ace à présent se tenait accroupi derrière les immense fourneaux, essayant de vaguement distinguer l'environnement l'entourant quand soudain un bruit de quelque chose raclant du métal s'éleva dans les air. L'homme se figea instantanément cherchant d'où venait le son. Alors qu'il se penchait sous un meuble pour scruter ce qui aurait pu s'y cacher, il ne vit pas l'ombre menaçante tapie au dessus de lui, prête à s'abattre sur sa personne. Quand il se redressa ce fut trop tard, aucun son n'eut le temps de sortir de sa bouche lorsque la menace se jeta sur lui.

De l'autre côté de la pièce les jumeaux s'étaient serrés l'un contre l'autre, effrayés par le bruit sourd qu'ils venaient d'entendre.

- Commandant Ace ?

- ...

Seul le silence glacial leur répondit.

Gabriel s'ébroua.

- Frangin, je ne sais pas ce qui se passe mais il faut qu'on se tire d'ici.

- Mais pour le commandant on fait quoi ? On ne peut pas l'abandonner.

- S'il ne répond plus c'est qu'à mon avis il est foutu, maintenant il ne reste plus que nous deux.

Watson s'indigna :

- Hors de question de m'enfuir sans le commandant Ace !

Son frère râla.

- Okay, on va le récupérer puis on se sauve et on retourne tranquillement dans notre dortoir et on fait comme si rien ne s'était passé.

- Ça me va.

Les deux compères se déplacèrent prudemment, se couvrant l'un et l'autre, vers le lieu où poings ardents devait se trouver. Alors qu'il s'approchait des fourneaux, Watson trébucha sur quelque chose et quand ses yeux s'acclimatèrent à la pénombre ambiante, il remarqua qu'il venait de buter contre un corps étendu.

- Gabriel !

Son frère se pencha par dessus son épaule.

- C'est le commandant !

- Tu – tu crois qu'il est... ?

- Racontes pas de connerie, je crois qu'il est simplement endormi. Il a du faire une crise de narcolepsie.

- Tu en es certain ? À ton avis c'était quoi tous ces bruits ?

- Je crois qu'on s'est monté la tête tout seuls, je te rappelle qu'on se trouve dans la cuisine du navire de l'homme le plus puissant au monde, que veux-tu qu'il arrive ?

- Tu dois avoir raison, c'est notre imagination qui nous joue des tours.

Les deux hommes essayaient tant bien que mal de se rassurer, un rire nerveux les pris.

- Bon on ramasse le commandant, on le met dans sa chambre et on retourne se coucher en oubliant tout ce qu'il vient de se passer.

- Ouais, vas-y je te suis, je m'occupe de porter notre narcoleptique de service.

Watson passa devant son frère qui jucha son fardeau sur son dos. Il prirent la direction de la cantine et le pirate ouvrant la voie fut soulagé d'avoir presque atteint la porte de sortie. Mais un bruit de quelqu'un trébuchant le fit se retourner. Là son corps se glaça d'horreur. En effet Gabriel était à terre s'accrochant au battant de la porte délimitant les cuisine de la salle de restauration. Quelque chose semblait le tirer férocement par les pieds, un grognement macabre résonnait dans son dos et une expression d'horreur pouvait se lire sur son visage. Il regarda son frère et lui cria :

- Sauves toi Watson, sauves ta vie !

Puis dans un dernier soubresaut, il disparut dans les entrailles de la cuisine dominée par les ténèbres.

Son instinct lui hurlant de fuir le plus loin possible, le dernier rescapé s'élança sur les derniers mètres vers la porte de sortie menant dans le couloir et actionna fébrilement la poignée. Mais il se figea de terreur devant l'image du commandant de la quatrième division, le visage sombre, un manche à balai dans la main.

Son supérieur jeta un œil vers les cuisines et un sourire figeant son subordonné prit place sur ses lèvres. Il se pencha alors sur le malheureux.

- Tu ne lui échapperas pas.

Piégé, le dernier des jumeau fit face à la menace et n'eut que le temps de voir une ombre aux yeux perçants jaillir des ténèbres et se jeter vers lui. C'en fut trop pour son petit cœur, le pirate s'évanouit donc de frayeur.

Allumant la lumière de la cantine, Satch se pencha sur la mystérieuse menace et lui offrit un sourire appréciateur.

- Je ne pensais pas que ça serait aussi efficace, je te dois une fière chandelle Ojutaï. Trois prises en une soirée, tu m'impressionnes.

- « Si tu m'avais dis bien avant que tu avais des problèmes de vermines traînant dans ta cuisine et pillant les réserves j'aurais pu régler le problème plus tôt. En tout cas ce fut un plaisir de te rendre ce service.»

Le petit dragon se lécha les griffes avec contentement.

- Allez viens, pour la peine je t'offre un bout de saucisson.

Les deux enjambèrent les fouineurs assommés et se dirigèrent vers la porte blindée. Satch sorti une clé de sa poche et déverrouilla le cadenas leur donnant accès au Saint Graal.

Une fois repus, ils refermèrent la porte et sortirent de la cuisine puis se séparèrent, chacun retournant se coucher.

Le lendemain à l'aube les jumeaux s'éveillèrent avec un mal de crâne et sans demander leurs restes, filèrent dans leur dortoir se jurant de ne plus jamais essayer de voler quoi que ce soit dans la réserve.

Quand à Ace il fut réveillé d'un coup de pied par l'un des cuisiniers chargés du petit déjeuner. Il regagna donc le pont se demandant ce qu'il s'était passé la veille et se promis d'éclaircir le mystère du fantôme de la cuisine.

Pendant les jours qui suivirent, une rumeur inquiétante circula sur le navire racontant que quiconque tentait de s'approcher du garde-manger risquait de s'attirer les foudres d'une créature démoniaque apparaissant de nuit sur le Moby Dick.

Ainsi une légende fut créée.

[...]

Cela faisant maintenant plusieurs jours qu'Isaya errait dans un dédale de couloirs de roches volcaniques. En effet après une descente durant de longues heures dans la nuit la plus totale, la dragonnière atteignit enfin le fond et découvrit un autre tunnel latéral remontant légèrement dans une caverne haute de plafond à moitié immergée. Plusieurs galeries hors de l'eau s'y trouvaient.

Isaya explora des chemins qui grimpaient fortement puis tournaient dans une direction pour ensuite redescendre dans les entrailles de la terre et à nouveau bifurquer à l'opposé. Parfois elle se trouvait à des carrefours contenants de nombreuses voies. La jeune femme devait alors se concentrer et chercher le chemin d'où le plus d'énergie s'écoulait.

Une forte odeur de moisissure et d'humidité régnait dans ces grottes, rendant Isaya nauséeuse au bout d'un moment. Voilà maintenant quatre jours qu'elle déambulait dans cet endroit immense et labyrinthique sans en voir le bout. N'ayant pas de repères entre la nuit et le jour, la jeune femme se contentait de parcourir les couloirs plusieurs heures d'affilées puis de se reposer trois à cinq heures, reprendre sa route et ainsi de suite. Quand elle avait faim elle s'arrêtait pour se sustenter et en profitait pour en déduire qu'elle route suivre.

Épuisée mentalement par son périple dans le noir constant et se sentant prise au piège dans l'étau des tunnels de plus en plus étriqués, elle fit une énième pause pour s'hydrater.

Un soupir las s'échappa de ses lèvres; elle avait déjà quasiment épuisé toutes ses réserves.

Au bout de quelques minutes à ruminer Isaya capta une lueur bleutée au détour d'un boyau. Faisant alors disparaître son orbe lumineux, elle se dirigea vers la source de la clarté et découvrit avec stupeur une caverne immense emplie de petits cristaux transparents pulsant d'une douce nitescence.

Émerveillée par le spectacle, la jeune femme ne vit pas tout de suite l'escalier longeant les parois de la grotte et menant à une unique ouverture dans la roche. Ce fut lorsqu'elle tourna sur elle-même qu'elle vit la sortie. Poussée par son instinct, la dragonnière monta quatre à quatre les marches grossièrement taillées dans la pierre et remonta la galerie attenante. Au bout de celle-ci une lumière, naturelle cette fois-ci, illuminait une pièce circulaire de taille moyenne.

Mais ce qui attira le plus le regard d'Isaya fut la sorte de dôme transparent constituant le plafond et laissant entrevoir des dizaines de créatures marines en tout genre flânant paresseusement dans un ballet aquatique fascinant.

Une voix calme et profonde résonna alors sous la coupole :

- Hypnotisant n'est-ce pas ?

Sursautant, la dragonnière fit face à une personne qu'elle reconnut immédiatement mais dont elle ne s'attendait absolument pas à voir en ces lieux.

- Crypto ?

- Dragonnière.

En effet, au centre de la pièce se trouvait un bassin de mosaïque empli d'eau où paressait une sirène aux cheveux courts et ramenés en arrière, sa peau était bleue striée de blanc, des draperies de soie blanche l'habillaient partiellement et sa queue dissimulée dans l'eau remuait celle-ci en un rythme lent et doux.

La créature planta ses yeux dorés dans ceux ambrés d'Isaya. Dans sa main, un cube qui – la jeune femme le savait – contenait une partie de ses pouvoirs. Toutes deux se dévisagèrent un bon moment avant que la femme sirène ne prenne la parole :

- Je t'attendais, plus tôt certes, mais je savais que tu viendrais.

D'un geste nonchalant de la main, elle invita la dragonnière à s'asseoir sur le rebord du bassin. Cette dernière s'y plaça avant de pousser un long soupir.

- Crypto, que faites-vous là, je veux dire dans ce monde ? N'étiez-vous pas à Erevan ?

Isaya avait en tête la fois où elle avait rencontré la prophétesse sur les rives du lac Ouriant, celle-ci lui avait prédit la guerre à venir. Devinant ses pensées, un sourire fin étira les lèvres de la sirène, dévoilant des dents pointues.

- Je suis ici mais aussi là-bas. Je ne suis pas attaché à seulement un monde mais à plusieurs, disons que c'est l'une des particularités propres aux sibylles. Là où il y a de la magie et de l'énergie, je serais. Maintenant poses tes questions.

Gardant à l'esprit que la sirène connaissait sûrement déjà ses précédentes péripéties, la jeune femme lui fit un court résumé des derniers événements.

- Actuellement j'ai tellement de questions en tête. Pourquoi dès que je récupère un fragment je retourne à Erevan ? Et alors comment se fait-il que je ne puisse pas y rester ? Pourquoi le temps d'assimilation d'un fragment varie à chaque fois ? Est-ce que je vais un jour pouvoir rentrer chez moi ?

«Est-ce que quelqu'un m'attend là-bas, me regrette, sont-ils inquiets ? Vais-je mener à bien ma mission ? Ai-je toujours foi en mon cœur et rôle de dragonnier ?»

L'esprit fourmillant, Isaya tut ses interrogations plus personnelles et qui ne regardait qu'elle-même.

N'étant pas dupe, la sibylle semblait être au courant de ses tourments internes mais faisant fi de ceux-ci, elle prit la parole.

- Je ne suis qu'une prophétesse mais ayant vu de nombreuses choses durant ma longue existence, je peux répondre à certains de tes questionnements. Tout d'abord, saches qu'à chaque fois que tu récupères un fragment de pouvoir, c'est un lien entre toi et ton monde d'origine qui se créé. Ta magie provenant d'Erevan te sera assimilée et restituée qu'en passant par celui-ci. Mais tu ne peux rester que pour une durée indéterminée.

- À cause du sort ?

- Exactement car tu es aussi passé à travers le sort que tu avais jeté à Loksann pour l'emprisonner dans ce monde. De ce fait tu seras toujours expulsée d'Erevan à moins de briser le sortilège, ce que tu réussiras seulement en réunissant tous tes pouvoirs et en surpassant ta propre magie ou en levant l'enchantement de la personne visée à l'origine par celui-ci.

Un silence s'installa, vite coupé par la dragonnière en pleine réflexion.

- Autant dire que la deuxième option est impossible et quand à la première je m'y étais déjà résolue même si cela prendra du temps.

La femme poisson ne répondit rien lorsqu'Isaya enchaîna :

- Et donc pour le temps d'assimilation des fragments et la réaction de mon corps à celui-ci ?

- Je n'ai pas la réponse à cette question mais il est facile d'en déduire qu'il s'agit d'une réaction physique et biologique au niveau cellulaire.

- Donc je suppose que je ne pourrais pas influer dessus malheureusement. Il me faudra sûrement m'isoler à chaque fois et redouter le moment de où et quand cela arrivera.

Dépitée la dragonnière s'arrêta avant de reprendre:

- Mais sachant que je serais toujours renvoyé ici, comment puis-je faire pour rester plus longtemps à Erevan ? Et j'arrive toujours dans un lieu totalement aléatoirement.

- La force d'esprit et ta détermination.

- Comment ça ?

- Au fur et à mesure que tu récupéreras tes pouvoirs et que ta volonté sera aussi dure que l'acier, tu pourras repousser le moment où tu seras expulsée d'Erevan. Tu peux même essayer de décider où tu vas atterrir, autant à Erevan, qu'ici. Comme tu l'as déjà inconsciemment fait.

- Comment puis-je le faire définitivement et régulièrement ?

Comme si elle n'attendait que cette question, la sibylle se glissa rapidement aux côtés de la jeune femme, un sourire dérangeant collé aux lèvres et les yeux brillants d'excitation.

- Avec de l'entraînement. Maintenant fermes les yeux et concentres toi sur l'endroit où tu veux aller. Quand tu te sentiras prête tu prendras le fragment en ma possession mais attends que je m'éloigne car en bouleversant l'espace-temps tu risques d'aspirer quiconque t'entoure.

Isaya ouvrit les yeux en sentant le contact des mains froides de la prophétesse effleurer ses épaules avant de descendre le long de ses bras, quand elle se retourna la sibylle glissait lentement dans l'eau du bassin, où une sortie devait sûrement se trouver, jusqu'à complètement disparaître sans émettre le moindre remous. Son regard se posa alors sur le cube flottant doucement sur la margelle à ses côtés.

Une voix résonna dans sa tête, on aurait dit un murmure s'éloignant.

- « N'oublies pas, tout dépendra de ta volonté. Bonne chance dragonnière, que ton destin guide tes pas.»

L'écho des derniers mots de la prophétesse résonnèrent plusieurs fois avant de se taire laissant place au silence. Ceux-ci encouragèrent la concernée.

Balayant ses pensées, elle s'imprégna alors une dernière fois la sérénité des lieux puis, tranquillement, positionna ses mains de part et d'autre du cube hypnotisant de manière à le frôler. Le bout de ses doigts se mirent à la picoter et elle referma les paupières de manière à faire le vide en elle-même. Contrôlant sa respiration et entra en phase de méditation profonde. La dragonnière imagina un endroit qui lui était familier et dans lequel elle s'était toujours sentie à l'aise.

Prête elle empoigna le cube et la – maintenant bien connue – sensation d'être aspiré l'emporta. Puis tout se stoppa, la terre arrêta de tourner, la jeune femme senti de nouveau la gravité s'emparer de son corps, celui-ci s'enfonçant lourdement dans un tapis végétal.

Les yeux toujours fermés et espérant chasser la nausée montante en elle, la dragonnière inspira à plein poumons. Son nez perçu alors l'odeur de l'herbe humide, de la terre et un parfum de violette. Ouvrant doucement les paupières, Isaya découvrit une plaine de haute herbes ondulants comme la houle sous la brise. Il faisait nuit mais malgré la déception de ne pas voir comme en plein jour, la jeune femme ressenti un frisson de liesse oubliant presque les effets indésirables du passage à l'autre monde : elle avait réussi.

Se relevant alors prudemment elle put distinguer une falaise s'élevant à la verticale non loin d'elle; en quelques minutes elle y fut.

L'escalade débuta alors, la première partie étant la plus facile mais l'ascension commença vraiment lorsqu'elle arriva à mi-chemin. Là, la roche ne présentait que peu de prises forçant Isaya à parfois se suspendre et s'élancer dans le vide pour contourner les zones à risques. Dans ces moments là, seul la force de ses bras l'empêchait de tomber.

Ses jambes se mirent à légèrement trembler et ses doigts à se crisper, la jeune femme se demandait si elle y arriverait en fin de compte. En effet, Ojutaï avait toujours été là pour l'emmener au sommet et même si elle avait déjà escaladé ce promontoire cela avait été encordée mais surtout de jour. Alors le tenter de nuit et sans sécurité relevait de l'inconscience voire du suicide.

Tandis qu'elle commençait à sérieusement manquer de prises mais surtout de force, quelque chose frôla légèrement son épaule. Relevant la tête, Isaya distingua une racine jaillissant hors de la roche. D'abord elle s'assura que celle-ci ne céderait pas sous son poids puis s'en saisit pour se hisser jusqu'à une nouvelle, etc. Elle s'éleva ainsi bien plus rapidement et sans grande difficulté jusqu'au point culminant.

Épuisée la dragonnière se laissa choir sur le dos, se massant douloureusement l'avant-bras prit d'une soudaine crampe. Elle y était parvenu. Un rire franc s'échappa de ses lèvres, au point où elle en eut le hoquet. Se calmant et reprenant son souffle, la jeune femme tourna la tête vers l'ombre imposante qui la dominait de toute sa grandeur et noblesse. Un majestueux saule-pleureur, vieux comme le monde, il trônait là fièrement au dessus de la vallée, entouré par les pics de quelques montagnes qui étaient en réalité les arrêtes d'un ancien volcan depuis longtemps éteint.

Cela ne faisait que quelques mois qu'Isaya avait quitté Erevan et pourtant face à cet arbre elle eut l'impression que cela faisait une éternité. Un flot de souvenirs jaillit de sa mémoire, lui renvoyant tantôt des images d'elle et Ojutaï jouant plus jeunes dans les hautes herbes, tantôt juste des sensations telles l'odeur du feu, l'humidité dans l'air, la rugosité des écailles du dragon contre sa peau, le bruit du vent dans les branches. Tous étaient des fragments de mémoire d'un passé où elle pouvait être elle-même, où elle se débarrassait de son rôle tel un manteau qu'on laisse à l'entrée. Ces moments avaient été beaux, forts et aucune ombre de guerre et de mort ne pouvait entacher ce tableau, ces lieux. C'est pourquoi cet endroit tenait une place aussi prédominante dans le cœur de la jeune femme, car il n'était que le reflet d'un bonheur et d'une liberté exquise. De son refuge à elle seule.

Se relevant, Isaya escalada l'une des imposantes racines jusqu'au tronc de l'arbre séculaire. Elle y apposa ses mains et se gorgea de l'énergie pulsant lentement et continuellement dans les veines du vieil arbre. Ainsi connectée, la dragonnière étendit son ressenti au promontoire, puis à la plaine pour ensuite arriver à la forêt bordant la vallée en cercle, jusqu'aux limites de la caldeira. S'ouvrant au monde elle puisa dans cette énergie immuable, ressentant chaque vies comme des flammes, de la plus douce à la plus féroce car toutes étaient des plus différentes mais se complétaient dans une harmonie parfaite.

C'est exactement ce que la dragonnière cherchait : l'Équilibre. Principe fondamental et inaltérable régissant le monde, autrement dit l'origine de l'ordre des dragonniers. Effectivement ceux-ci vivaient pour faire respecter ce dogme, rééquilibrer la balance et bien sûr protéger ceux régis par celui-ci.

S'imprégnant de la vitalité de l'arbre et se remémorant pourquoi la jeune femme vivait et quel était son rôle dans tout ça, une nouvelle force s'empara d'elle et de son cœur. Alors apaisée, Isaya redescendit de son perchoir et se plaça au pied du tronc le long d'une de ses titanesques racines où elle s'adossa. Il lui fallait un plan concret, quelque chose pour la motiver, la guider.

Premièrement il lui fallait réussir à nouveau à entrer en contact avec son maître. Même si la lettre qu'elle lui avait écrit durant son passage chez le clan des Levan avait du lui être remise depuis déjà longtemps, il lui fallait lui parler de vive voix. Chose qu'elle pourra se permettre de faire lorsqu'elle sera assez puissante pour rester plus d'une journée à Erevan.

La jeune femme devait donc retourner rapidement dans l'autre monde et par tous les moyens nécessaires retrouver d'autres fragments. S'endurcir et s'entraîner toujours plus serait aussi de rigueur car elle ne savait toujours pas ce qui l'attendait et encore moins ce qu'elle pouvait être amenée à croiser. L'inconnu était son pire ennemi à présent et la magie ne pouvait plus la protéger totalement, la dragonnière devait s'en remettre encore à ses capacités physiques -certes améliorées depuis – mais encore pas assez développées pour se permettre de voyager tranquillement sans avoir à se soucier de sa sécurité.

Ensuite – et le plus important – la dragonnière devait se ressaisir et accepter les changements s'opérant en elle. Comme Marco lui avait fait remarquer, nouvelles opportunités et aventures se présentaient à la jeune femme. C'était une en vérité une chance unique d'élargir ses horizons, ses connaissances, son savoir et de toujours plus grandir et abreuver son âme. Elle se devait de ne regarder que vers l'horizon sans penser au passé ou aux désagréments qui l'attendaient au tournant de ces nouvelles expériences. La jeune femme devait avancer car l'apprentissage passait aussi par la souffrance et faisait partie intégrante de tout cela. D'abord chaque chose en son temps, elle surmonterait tous les obstacles se présentant sur son chemin et ce sans faillir.

Après ces intenses réflexions, elle hésita à essayer de repartir tout de suite, tentée d'attendre que l'assimilation du fragment à son organisme se fasse ressentir. Mais finalement elle ne savait pas quand celui-ci se produirait.

C'est donc déterminée et gorgée par toute l'énergie du monde l'entourant Isaya médita et se concentra sur l'autre monde recouvert par les océans et jeta toute sa volonté vers l'image mentale qu'elle venait de créé.

Après de longues minutes elle disparut alors dans un flash de lumière éclairant momentanément les lieux. Le seul témoin de la scène fut un petit campagnol rentrant se cacher activement dans sa tanière. Non loin de celle-ci, reposant près d'une racine où était gravée une discrète rune, une mystérieuse capsule de métal et de verre contenant une lettre de la plus haute importance.

{ - }

Moby Dick, bibliothèque, au même moment.

Le stylo plume qu'il tenait s'arrêta de rédiger le rapport de mission qu'il devait coucher sur papier et un long soupir de soulagement s'échappa discrètement de la bouche du commandant de la première flotte. Une sensation chaleureuse le prit au cœur lorsque la marque sur son poignet réapparu dans une faible lueur. Elle avait réussit, Isaya avait récupéré un autre fragment et était revenu de son monde. Cette fois-ci cela n'avait pas prit longtemps et le pirate s'en senti soulagé.

Se concentrant sur le lien les unissant il comprit que la dragonnière se trouvait relativement loin de leur position. Inconsciemment ces derniers jours il vérifiait régulièrement sa position et la couleur de la marque. Un second soupir, las cette fois s'échappa à nouveau de ses lèvres. Les remords le rongeaient, le tenant parfois éveillé de longues heures la nuit. Dans ces moments là il se rendait à l'infirmerie et allait parler à son ami, Izou, toujours dans le coma. Il en voulait encore un petit peu à la jeune femme pour l'état actuel du commandant de la seizième division même s'il savait que son ami s'était également volontairement jeté dans un merdier pas possible.

Dans le fond il lui reprochait de ne pas voir plus loin que sa condition de dragonnière, de ne pas se rendre réellement compte qu'elle était libre de vivre pour elle. D'embrasser pleinement l'opportunité qu'était cette expérience de voyage dans une autre monde. Et en même temps il la respectait, une jeune femme telle qu'elle, portant le poids des responsabilités et d'un royaume et peuple entier. Le commandant avait quand même vu, quand elle s'était confiée un peu à lui ce sombre jour, qu'elle commençait à réfléchir sérieusement à cette nouvelle dualité. À enfin toucher du bout du doigt le problème profond des barrières qu'elle s'imposait.

Laissant les souvenirs remonter et se remémorant alors les semaines avant l'accident, il se fit un récapitulatif : il l'avait vu rire, s'énerver, redevenir une enfant et découvrir le monde avec des yeux neufs et purs. Ce qui avait été pour lui très rafraîchissant et agréable à observer. Puis, alors qu'il pensait qu'elle commençait à accepter ce qui lui arrivait; il l'avait vu sombrement se refermer dans une carapace de froideur, une colère sombre grondant, surtout contre elle-même.

Mine de rien il s'était attaché à la jeune femme au regard d'ambre vous clouant sur place de par sa profondeur. Il s'était habitué à son léger parfum qui lui était unique, sa manière souple et silencieuse de se déplacer, son regard déterminé lors des entraînements, sa façon d'observer le ciel, avide d'une sensation liberté qu'elle ne s'octroyait pas. Marco semblait à la fois la connaître depuis toujours alors qu'il ne la connaissait que depuis quelques mois et en même temps il ne savait rien d'elle. Mis à part qu'elle n'avait plus de famille, la jeune femme ne leur avait jamais vraiment donné d'informations personnelles et cela le frustrait. Bien sûr qu'elle leur avait conté mille histoire de son monde, sa topographie, son histoire, sa politique, ses batailles, ses missions, les différents peuples et créatures vivant là-bas, la manière d'y vivre et parfois elle évoquait rapidement la guerre et quelques détails sur sa formation. Mais c'était toujours dans la légèreté sans réelle profondeur. Isaya leur fermait encore son passé, la trame de son apprentissage de dragonnière, comment elle y était réellement parvenu ou encore ses relations, qui étaient ses proches. En vérité il ne connaissait que quelques noms cités de temps en temps mais c'est tout. Et surtout, à part ce fameux début d'intime conversation qu'ils avaient eu, elle leur cachait ses réflexions profondes, ses pensées et ses doutes.

Le phénix ne savait pourquoi mais l'envie le démangeait de voir la dragonnière parler de ses peurs et faiblesses, partager toujours plus ce qu'elle ressentait et cachait derrière ce regard profond ambré qui se voulait fort où il n'avait pu que fugacement apercevoir une once de fragilité. En vérité il espérait égoïstement qu'elle se confie à lui, il voulait en savoir plus.

Pourquoi ne pouvait-il s'empêcher de songer à elle ? Aucune femme auparavant n'avait retenu son attention à ce point. Était-ce parce qu'elle était exotique, du fait qu'elle venait d'un autre monde ? Ou alors à cause de sa droiture et de sa loyauté envers un monde qu'il ne connaissait même pas ? Le fait qu'elle chevauche un dragon, ce qui en son sens, était déjà extraordinaire ? Ou tout simplement, son physique ? Le pirate n'arrivait pas à mettre le doigt sur le pourquoi de cette attraction profonde, son esprit logique le poussant à chercher des réponses qu'il n'avait pas encore atteint. L'homme avait déjà eu beaucoup de mal à enfin reconnaître l'attirance physique grandissante en lui, envers la dragonnière. Tout était-il lié à ça ?

Il passa une main dans ses cheveux rebelles et se pencha en arrière, faisant basculer sa tête vers le plafond. Fermant les yeux quelques minutes il rumina encore ses sombres réflexions. Qu'allait bien pouvoir faire ? Son rôle de second de Barbe Blanche lui permettait de se jeter dans un travail colossal ne lui laissant guère le temps de penser à Isaya mais dès que la nuit tombait ou qu'il se retrouvait seul, le phénix ne pouvait s'empêcher de laisser ses pensées vagabonder bien loin du navire, à la recherche de son nouveau tourment.

Éreinté, le pirate s'attela à terminer son rapport afin de profiter au plus vite de la quiétude de l'aube.

Soudain quelqu'un brisa le silence régnant sur la salle, en toquant discrètement sur le bois de la porte. Un pirate entra doucement dans la bibliothèque et se dirigea vers le phénix qui se relevait déjà de son siège.

- Commandant, le capitaine vous fait demander dans ses quartiers.

- Bien, dites lui que j'arrive bientôt.

Le messager se retourna et sorti de la pièce aussi tranquillement qu'il était rentré.

Quand à Marco, il se dépêcha de signer et dater son rapport avant souffler sur l'encre afin de la faire sécher plus vite. Une fois terminé, il rangea son matériel et glissa le journal de bord sur l'étagère prévue à cet effet.

Un dernier regard sur la bibliothèque lui permis de vérifier que tout était en ordre puis il s'engouffra rapidement dans les entrailles de l'énorme navire, calme en ce début de matinée.

[...]

Quelque part très loin du Moby Dick, île inconnue.

Il était furieux. Et encore le mot était faible. En effet le soleil à peine levé, son second était venu le secouer pour lui montrer quelque chose de soit disant important. Et ça avait intérêt à l'être car sinon foi d' Eustass Kid, il ne répondrait plus de rien.

Le capitaine pirate sorti de son antre et se retrouva sur le pont où ses hommes commençaient déjà la réparation du navire. En effet, l'équipage avait essuyé une terrible tempête et s'était échoué sur une petite île qui semblait déserte. La nuit ayant été beaucoup trop courte, le roux s'était octroyé une sieste jusqu'à ce que Killer le réveille.

C'est donc d'une humeur de chien qu'il sauta lourdement du pont du navire dans le sable humide. Le massacreur l'attendait à l'orée de la forêt tropicale, régnant sur l'île.

Tandis que le second de l'équipage menait à grand pas son capitaine vers une destination inconnue, celui-ci perdit patience et rattrapa l'homme masqué, le retenant par le bras.

Une colère sourde semblait s'être emparée des yeux yeux du pirate.

- Bon sang Killer ! Tu vas me dire ce qu'il se passe maintenant !

Le blond abdiqua et repris sa marche, se déplaçant maintenant sur une sorte de sentier grossièrement pavé, prouvant que l'île n'était peut-être pas si abandonnée que ça.

- J'avais envoyé une équipe trouver de l'eau et des vivres mais aucun des hommes n'est revenu. J'y suis donc allé à mon tour avec Wire et c'est là qu'on l'a trouvé dans la forêt Capitaine.

- Mais de quoi bon sang ?

Sa question resta en suspend quand ils débouchèrent près de Heat et Wire, dans une clairière où un minuscule et pittoresque village se tenait, maintenant à l'abandon. Il y régnait un silence de mort. Le regard de Kid se posa alors sur un nombre important de cadavres de tous sexes et âges confondus qui devaient être les habitants, tous mort depuis plusieurs semaines déjà, à part quelques uns qu'il reconnut comme ses hommes.

L'odeur abjecte du charnier le frappa et sa colère s'envola aussi rapidement qu'elle était apparue et le pirate fronça les sourcils en direction de ses gradés. Ceux-ci restaient proches de la lisière et ne semblaient pas vouloir s'approcher plus, fixant quelque chose au loin.

Par curiosité les yeux du roux balayèrent à nouveau la place désertée de vie avant de capter un léger bruit de chaînes.

C'est alors qu'il la vit. Une ombre encapuchonnée, serrée étroitement par de lourdes chaînes qui ne ressemblaient à aucun métal connu et ancrées profondément dans le sol. Il fit quelques pas en avant pour mieux observer la scène mais fut vite stoppé par son second avant qu'il ne puisse atteindre la première rangée de cadavres.

Agacé, il s'arracha à sa poigne, le blond s'exprima alors d'une voix calme :

- Je te conseilles de ne pas aller plus loin, nos hommes en ont fait les frais.

Wire se rapprocha alors, désignant de son trident la silhouette avachie sur le sol dans une trace d'impact.

- C'est un homme, très maigre, il semblerait qu'il soit là depuis longtemps. Il respire mais ne semble pas conscient.

L'homme masqué continua :

- Deux de nos hommes qui ont tenté de l'approcher sont tombés, raides morts. Avant de passer l'arme à gauche ils hurlaient qu'on leur arrachait leur vie.

Leurs yeux se reposèrent sur les innombrables corps plus ou moins décomposés et figés dans des positions évoquant la souffrance.

Le roux pointa du doigt l'homme qui semblait – de plus près – déjà à moitié mort.

- Et ce serait lui qui aurait fait tout ça ?

L'homme au trident lui répondit :

- Dès que les matelots sont tombés au sol des sortes de symboles sont apparus sur son visage et ses mains.

Le capitaine semblait réfléchir. Il leva alors le bras et plus loin, les entraves de l'inconnu s'agitèrent grâce à son fruit du démon. Celui-ci ouvrit alors de grands yeux gris profondément creusés quand sa capuche bascula sur ses épaules. Les pirates présents purent donc l'observer à leur convenance.

Effectivement l'homme, assez jeune, les cheveux bruns mis-longs, semblait très mal en point avec son teint gris maladif, ses joues creusées et sa respiration légèrement haletante. Kid observa ses vêtements en cuir, rapiécés, sales, ils semblaient sortir d'un autre temps.

Après quelques minutes l'homme hagard darda son regard métallique devenu plus vif dans celui rougeoyant du pirate. Un échange silencieux s'opéra. Le capitaine eut des frissons d'excitation. Il pouvait lire la cruauté, l'intelligence mais surtout l'appel de la vengeance folle et ravageante dans les yeux, plus dur et froid que l'acier, de l'homme enchaîné.

Un rire rauque et faible s'échappa alors de la gorge desséchée de l'inconnu. Puis une voix faible et éraillée s'éleva dans les airs.

- Puissant... Je sens une grande puissance s'échapper de vous quatre. Bien plus que les autres.

Il désigna d'un coup de tête hautain les cadavres gisant autour de lui.

Heat pris la parole :

- C'est toi qui a causé tout ça ?

L'homme maigre s'étouffa à nouveau dans son rire. Il continua difficilement :

- Ça fait déjà de nombreuses semaines que je croupi ici sans eau ni nourriture. Il faut bien survivre.

Sa phrase se termina dans un souffle qui semblait douloureux. L'homme masqué reprit :

- Tu as causé ceci avec un fruit du démon ?

Un silence lui répondit pendant quelques secondes avant que l'homme au regard métallique, n'esquisse un sourire sardonique.

- On peut dire que oui.

Kid, de plus en plus intrigué suivait silencieusement l'échange entre son second et l'inconnu. Celui-ci répondait vaguement aux questions, certaines de ses réponses ne faisant aucun sens. Normalement le capitaine pirate aurait lâché l'affaire et l'aurait laissé pourrir dans cette jungle de malheur mais quelque chose dans son attitude, son regard, ses vêtements, tous ces morts autours d'eux, lui dictait de lui prêter attention. Comme si son instinct lui disait que quelque chose d'intéressant et de grisant était sur le point de prendre place. Il aimait l'ombre orageuse qui se reflétait dans le gris tranchant de ses iris. Un fin sourire étira les lèvres du roux.

Coupant alors le massacreur d'une main, il s'avança d'une démarche assurée vers l'homme immobilisé. Arrivé à son niveau il plia les genoux pour se mettre à la hauteur de ses yeux. L'homme semblait encore plus mal en point de près et une odeur répugnante s'échappait de sa personne. Le capitaine en faisant fi, étira de nouveau ses lèvres en un sourire sadique.

- J'ai une proposition pour toi. Je te libère et tu te mets à mon service. Bien sûr tu devras tout nous raconter à ton propos et si tu fais un seul pas de côté j'te bute.

La réponse ne se fit pas attendre.

- Seulement si tu arrives à me libérer de ces chaînes.

Un regard de défi moqueur imprimé sur son visage émacié, l'homme se redressa légèrement et très difficilement donnant un meilleur accès à ses entraves qui de plus près semblait luire et dégager une légère aura.

La main droite du roux se posa alors sur une des chaînes et reçu une petite décharge électrique et une sensation de malaise le parcouru fugacement.

Puisant alors dans son pouvoir, une goutte de sueur perla sur sa tempe alors que le pirate se concentrait pour briser les maillons. Il jura entre ses dents, extrêmement surpris par la résistance qui s'opérait. Même si les entraves n'étaient pas faites de granit marin, celles-ci lui résistaient. Au bout de quelques minutes d'un combat mental acharné, les chaînes explosèrent littéralement projetant des dizaines d'éclats métalliques qui retombèrent lourdement au sol, chassant définitivement l'aura qui les englobait.

Une expression étonnée voire ahurie se ficha sur le visage de l'homme maigre tandis qu'Eustass Kid se redressait triomphant. Il tendit une main vers l'étranger.

- Ton nom.

Se saisissant de la main tendu l'aidant à se relever sur ses jambes tremblantes et faibles, l'homme s'inclina légèrement et difficilement.

- Jace Loksann, pour vous servir.

Le roux se détourna et ordonna à ses hommes de conduire au navire le nouveau venu, incapable de marcher seul, afin qu'il voit un médecin, se lave, enfile des vêtements propres et surtout se nourrisse correctement.

Le brun se laissa porter, trop faible. Seuls ses yeux brillaient d'un éclat où brûlait le désir de vivre car ce qui l'avait maintenu en vie et empêché de devenir fou n'était pas seulement tous ces êtres vivant dont il avait aspiré la vie. Non c'était bien plus que cela. Ce qui le rongeait de l'intérieur était le poison ardent de la défaite, s'insinuant dans ses veines, l'alimentant de haine et rancœur. Maintenant son leitmotiv était la vengeance.


Et c'est ainsi que se conclut ce chapitre. Je pense que certain-e-s s'en doutait mais j'espère vous avoir quand même surpris !

Sinon en étant honnête je ne sais pas quand sortira le prochain chapitre, je suis déjà en train de travailler dessus mais je pense que finalement je vais le réécrire donc je préfère vous dire qu'il ne sortira pas avant deux semaines. Bien sûr s'il est terminé avant, je le mettrai en ligne dans la foulée. :)

Sur ce je vous laisse et je vous dit encore merci pour vos reviews qui m'ont motivées à reprendre. Ne vous inquiétez pas Isaya est de retour et plus déterminée que jamais.

Bise sur vos miches et à bientôt !

April